LE BUREAU DE SOEUR GABRIELLE
Au milieu de la salle, derrière la rangée des lits de droite, se trouve une petite porte basse qui donne accès dans le bureau particulier de la Sœur. Ce bureau est une sorte de couloir étroit et long, éclairé par un vasistas qui n'a vue que sur le ciel, tout comme l'existence de sœur Gabrielle. Il y a là une table de bois sur laquelle est ouvert un grand registre où sont tenues en ordre les entrées et les sorties de blessés. Il y a là un crucifix pendu au mur blanchi, une étagère qui soutient quelques Uvres, soigneusement recouverts d'étoffe noire. Le porte-manteau révèle
l'unique préoccupation de toilette qui ait place dans la vie de sœur Gabrielle : la blouse immaculée qu'elle vient ici revêtir à la hâte, par-dessus la livrée bleue des Filles de la Charité, avant de se rendre à la salle d'opérations. Il y a encore, tout au fond, une large commode, dont les tiroirs portent les étiquettes suivantes : Provision de chocolat; Gâteaux secs pour les malades ; Chaussettes et effets de laine à distribuer. Il y a enfin sur le sol, un peu partout, des musettes entreposées, des pantalons rouges et des vestes miUtaires à remettre en état, de lourdes chaussures d'hommes qui dégagent une odeur de cuir plutôt incommode. Au miUeu de ces objets étranges, sœur Gabrielle, avec son jeune visage enserré dans la cornette ailée, res semble à quelque angélique apparition, dont le ciel attend le prochain retour.
C'est là qu'elle vient reprendre haleine, au pied de son crucifix, dans les journées trop rudes, là que je l'ai surprise tout en pleurs, quelques jours après l'annonce de la mort de son frère. C'est de là qu'elle revient à ses malades, plus sereine encore, plus doucement maternelle.