UNE PLAINTE
Sœur Gabrielle me signale aujourd'hui un blessé dont le mal s'aggrave. Absorbée par plusieurs opérations, elle ne peut s'attarder à ce chevet de souffrances. Je m'y rends donc, et savez- vous quelle plainte j'entends passer, douloureuse et tendre d'une indicible tendresse, sur les lèvres de ce jeune homme? « Ah! pauvre France, tes enfants souffrent bien. Pauvre, pauvre France! » Il la plaint du martyre qu'elle endure à travers sa chair. Gomme il sent bien qu'il est son fils! Et, de fait, jamais elle n'a été plus glorieusement, plus cruellement et plus tendrement mère qu'aujourd'hui. Sa solUcitude pour ses enfants sol-
dats envahit jusqu'à la moindre chaumière de son territoire. On pense à eux, on travaille pour eux, partout, chaque jour, sans distraction. Rien ne ressemble à la pitié qu'ils inspirent. Cela vous prend le vif du cœur, vous fait souffrir non pas d'une douleur de sympathie, mais d'une douleur personnelle. Cela vous hante et vous poursuit partout. C'est bien l'âme maternelle de la France qui frémit et pleure en chacun de nous, qui implore sans trêve, au prix de tous les sacrifices, le soulagement de ses enfants héroïques et malheureux.