‹ Notes d'une infirmière, 1914Chapitre 6 sur 33 · QUI ON AIME PENDANT LA GUERRE · texte numérisé non relu

QUI ON AIME PENDANT LA GUERRE

Cette effroyable guerre, on la maudit de toute son humanité et, cependant, dixfois, vingt fois par jour, on ne peut s'empêcher d'admirer ses merveilleux effets, au point de vue moral. « La guerre est un fléau de Dieu », nous apprend l'Écriture. Il faut

bien que ce fléau émane de Dieu même, pour emporter si haut dans les souffrances qu'il cause des âmes qui, sans lui, auraient toujours végété dans la médiocrité des intérêts personnels à courte vue et des passions vulgaires C'est le niveau moral de la nation tout entière qui monte, monte incessamment depuis trois mois.

J'entendais, ce matin, un soldat de vingtcinq ans qui a les deux bras fracturés demander à son infirmier à qui il pourrait dicter quelques lettres. » A la dame qui vient tous les soirs faire la tournée de correspondance. Mon pauvre vieux, tu seras obligé d'en passer par là! — Eh bien!

qu'est-ce que ça me fait? — Eh! eh! dit l'infirmier, d'un air malin, ça dépend à qui l'on écrit... » L'autre haussa les épaules, d'un mouvement de suprême dédain. " Autrefois, je ne dis pas; mais à

présent, tu sais, c'est différent. En temps de guerre, on pense à la mère, et c'est tout. " Ah! douloureux, mais saint temps de guerre, qui purifie notre jeunesse, qui reprend toutes nos puissances affectives pour les faire passer par un creuset nouveau, d'où elles sortent épurées et noblement orientées. Chacun de nous, il me semble, pourrait énumérer, dans le secret de sa vie, un certain nombre d'actes, de préoccupations qui a n'existent plus en temps de guerre », parce qu'ils étaient coupables, tout au moins, de futilité, d'inconscient égoisme.

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