‹ Notes d'une voyageuse en TurquieChapitre 4 sur 10 · Gare!... are · texte numérisé non relu

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ET DE REVOLUTION l07

tographe. J'entends des noms connus, respectés et redoutés, — Ahmed-Riza bey... Mahmoud - Mouktar Pacha... Chefket Pacha... Et quand passe une voiture à quatre chevaux, les soldats portent les armes, un cri formidable retentit :

— Padischachini tchok yacha!

A peine avons-nous entrevu, dans la voiture fermée, la figure lourde et bénévole, le fez, la stambouline noire... Mahomet V, sultan depuis une heure, a passé...

Ce soir, les journaux nous avisent que la population est autorisée à circuler dans les rues jusqu'à dix heures, et à illuminer le mieux qu'elle pourra. Mais il est interdit de tirer des coups de fusil en signe de réjouissance.

Les Grecs et les Arméniens de l'hôtel sont tout heureux. L'Américaine, qui ne s'étonne de rien, continue à imiter le banjo pendant que les hommes lisent tout en haut les derniers suppléments du Stamboul et de la Turquie.

La séance de l'Assemblée avait commencé ce

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matin, à dix heures, par la lecture de dépêches innombrables, venues de tous les coins de l'Empire et réclamant la déposition d'Abdul- Ilamid. La question de la déchéance fut mise aux voix; mais pour conserver à l'acte toute sa valeur légale et le rendre conforme aux prescriptions du Ghériat islamique, une délégation fut envoyée au Cheik-ul-Islam. Cette délégation ramena le Cheik-ul-Islam lui-même, accompagné de son chancelier qui apportait le décret de déchéance.

Le mécanisme môme de la déposition explique les retards étranges qui nous avaient inquiétés. Le Sultan, ayant une double autorité de souveraine! dechef religieux de l'Islam, ne peut être détrôné par un simple vote du Parlement. Si la nation rejette le souverain, il faut d'abord que le clergé mahométan ait rejeté le calife pour des raisons d'indignité ou d'incapacité. C'est ainsi qu'en août 187(3, le sultan Mourad V fut déposé par un fetva « parce qu'il souffrait depuis son avènement au trône, d'une maladie sans espoir de guérison ».

Cette maladie prétendue devint en effet, par suite d'une longue détention, un mal réel et incurable : la folie...

Le temps réservait une singulière revanche au fantôme irrité de Mourad V, puisqu'un autre fetva dépossède Abdul-Hamid. Ce fdva est une sorte de questionnaire, auquel le Gheik-ul- Islam doit simplement répondre par oui ou par non.

Voici le texte officiel qui résume, d'une manière caractéristique, les griefs de la Jeune- Turquie * :

« Lorsque le Commandeur des Croyants supprime certaines questions importantes, égales, des livres sacrés; qu'il interdit, déchire, brûle ces mêmes livres; qu'il dépense et dilapide le trésor public ou s'en empare illégalement que, sans motif légitime, il tue, emprisonne et exile ses sujets, et prend l'habitude de commettre toutes sortes d'autres tyrannies; puis, après avoir juré de revenir à la vertu, violant son serment, persiste à provoquer de

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