Matin
nous avons la liberté, maintenant... Alors, nous espérons qu'on nous laissera nous instruire, et que vous nous trouverez bien différentes, si vous revenez à Andrinople, dans quelques années.
— Vous vous réjouissez d'avoir la liberté! Pourquoi ? Vous voudriez poser le voile, sortir à votre gré, comme les Européennes ?
Elle répond, avec une dignité touchante :
— Non... pas ça... Nous voulons ce que la religion permet, et elle ne nous oblige pas à l'ignorance... Nous voulons devenir des femmes meilleures, bien élever nos enfants pour le pays, pour la pauvre Turquie...
Ainsi, le patriotisme est le premier sentiment social qui se développe chez ces demirecluses.
Je demande encore :
— Vos élèves ne redoutent-elles pas le moment où elles prendront le tcharchaf?
— Elles?... Si on les écoutait, on les voilerait à neuf ans... Elles sont impatientes de paraître femmes... bonnes à marier..;
— Elles VOUS quittent à treize ans?
— Presque toujours. A quatorze ans, on les marie.
— Et quand elles sont mariées, elles ne lisent plus et elles oublient ce que vous leur avez enseigné?...
— Tout dépend de l'homme qu'elles épousent. Mais elles ont un bon souvenir de nous et sont très reconnaissantes.
— En Europe, il n'y a pas bien longtemps, une femme de bonne famille ne pouvait travailler sans déchoir. Aujourd'hui, un très grand nombre de femmes vivent indépendantes, et, même mariées, gagnent leur vie. Est-ce que vous les croyez heureuses?
La question, traduite par madame P..., fait sourire les jeunes institutrices, et la directrice répond avec vivacité :
— Nous gagnons notre vie, nous, et nous en sommes fières... J'ai à peu près cent francs par mois, et les maîtresses adjointes trente... Ce n'est pas beaucoup, mais les autres femmes, — celles qui ne sont pas abêties, — nous
admirent, et sentent que nous sommes supérieures à elles.
Avec quel orgueil naïf elles proclament cette supériorité! On les sent fines et intelligentes, ces jeunes femmes, et capables d'énergie, malgré leur instruction déprimante et leurs habitudes de passivité... Je voudrais bien savoir ce que pensent les maris, et s'ils éprouvent quelque considération pour les compagnes dont le modeste gain contribue au bien-être du ménage... Mais si j'interroge les femmes sur ce sujet délicat, je ne serai jamais sûre qu'elles me répondront sincèrement...
Je leur parle de la condition des travailleuses, à Paris, de l'exploitation des ouvrières et des employées, de l'immense effort féminin qui, déjà, inquiète l'homme — l'homme devenu, au lieu de protecteur, un concurrent, un rival... Mais elles ne comprennent pas. Comment pourraient-elles imaginer de pareils conflits, de telles mœurs, elles qui n'ont jamais ouvert un de nos livres, et qui parlent, pour la première fois, à une femme d'Occident?
Encore des limonades, accompagnées, cette fois de macarons. Nous passons dans la classe de broderie, puis dans la classe de musifjue, 011 une fillette, assise devant le piano, très intimidée, joue, — avec un doigt! — la marche de la Constitution... Et quand elle a terminé ce pénible exercice, elle recommence un autre morceau. Les maîtresses nous jettent des coups d'œil aiïectueux qui nous invitent à l'approbation. Los petites demoiselles, rangées en cercle autour de l'instrument du supplice, examinent l'effet produit par la musique, et s'étonnent peut-être de notre froideur...
Marguerite murmure :
— Qu'est ce qu'elle joue?... Tu connais ça? Ça ressemble à quelque chose que j'ai entendu...
— A un air turc?
— Je ne sais pas... Comment savoir, avec tant de fausses notes?... Je crois que nous devons applaudir...
Parbleu! C'est la Marseillaise qu'elle joue, cette enfant!... A contre-mesure, mais l'inten-
tion y est... Bravo I bravo I... Toute l'école s'émerveille... Nous avons enfin reconnu l'hymne national!
Il n'y a qu'un auditeur mécontent : c'est un bébé de deux ans, tout noir, tout frisé avec des yeux de charbon, qui n'aime pas du tout la musique et encore moins les dames à grands chapeaux. Il se précipite dans les jupes de la gracieuse adjointe qui nous signifie, par gestes, que ce bébé lui appartient en propre. Et elle demande combien nous en avons.
Je lève trois doigts.
— Machallah!... (Dieu vous les conserve!) Je montre la directrice. . . Combien d'enfants,
déjà?... Un, deux? L'adjointe éclate de rire, et tapant sur le ventre rebondi de son clief hiérarchique, elle répond, tout haut, devant les élèves :
— Rien qu'un... Et il est là!...
Personne n'est choqué. A tout âge, les
Turques ignorent la pudibonderie hypocrite. Et les petites filles regardent sans rougir cette corpulence passagère de madame la directrice...
Rien qu'un enfant!... Machallah! Dieu le conserve ! . . .
3 mai.
Au bord du ruisseau, les femmes karagachanes étendent les manteaux de laine brute qui ressemblent, avec leurs manches écartées et leur épaisseur velue, à des peaux d'ours écorchés.
Le paysage, sous la parfaite rondeur du ciel tout blanc de vapeurs orageuses, est infini, monotone et vert, à peine ondulé à droite par de petites collines. Ce sont des pacages immenses que M. B... loue chaque hiver, depuis dix ans, à la tribu nomade des Karagachanes. Ces bergers, d'origine grecque, élèvent des moutons et des chevaux qu'ils ramènent, dès le mois de mai, dans la montagne.
La ferme des B,.., où nous sommes venus déjeuner en pique-nique, — à vingt kilomètres d'Andrinople, — est isolée parmi ces pacages,
les plus fertiles de la région. Une route, creusée d'ornières profondes, raie obliquement les coteaux, traverse la plaine, aboutit à la grande porte. On voit, de loin, revenir vers cette porte, sur la route unique, les chariots attelés de buffles gris, chargés de bois feuillu en masse verte. Dans un pli du ravin, les Karagachanes ont dressé leurs huttes.
Ils nous attendent, là-bas. Avant de visiter leur campement, nous nous sommes arrêtés près du ruisseau qui s'élargit sous les saules, pour regarder les laveuses. Elles sont quatre, deux vieilles et deux jeunes, vêtues de toile rouge et brune dont les couleurs rappellent certains beaux papillons des bois. L'aïeule, dont la chemise entr'ouverte découvre le cou granuleux et la gorge de sorcière, nous fait un salut amical et nous indique la direction du village.
Un village? Un rucher, plutôt... Au détour de la route, entre deux pentes herbues qui l'abritent, il cache ses quelque douze huttes coniques et blondes, percées d'une seule ouver-
lure. II semble que des abeilles géantes vont sortir de ces vastes paniers renversés... Au centre, une hutte plus grande, mieux construire, mieux aménagée à l'intérieur, est la demeure du chef, car la tribu a un chef, le plus riche, le plus influent des Karagachanes, qui fait fonction de maire, de juge et de capitaine, choisit les pacages, conclut les accords avec les fermiers, ordonne les fiançailles, organise la défense du bien commun. C'est presque le roi-pasteur des chants homéiiques.
Ce chef a bien voulu nous accueillir — il n'est pas toujours d'humeur hospitalière — parce que le consul de Grèce est parmi nous. Comme tous les gens qui sont ou qui disent être de race grecque, — Macédoniens, Thraces, et même les arrière - neveux des Byzantins, les Grecs de Péra, — ces pauvres bergers ont au cœur le vivace, l'indestructible sentiment philhellénique... Ils pourront errer sur le sol conquis par les Turcs, s'y fixer même, leur âme et leur désir resteront fidèles à l'antique patrie hellène... La seule vue du consul les
remplit d'orj^^ueil, de respect, de joie. Rangés sur deux lignes — les hommes devant les femmes très en arrière — ils le regardent s'avancer. Le chef parle le premier, remercie, présente sa troupe, dans un dialecte assez rude, puis il nous tend la main, à tous, avec dignité. C'est un homme de soixante ans, large d'épaules, étroit des hanches, les jambes longues et nerveuses, les bras sculptés de beaux muscles saillants, et qui tendrait sans edbrt l'arc d'Ulysse. Il tient une grande houlette recourbée comme un sceptre. Ses hommes, — presque tous parents, — ont une magnifique allure, avec leur courte veste de drap brodé, leur culotte bouffante cachée par une sorte de jupe en drap blanchâtre, fendue par devant et tout ornée de galons noirs; leur large ceinture de cuir, leurs jambières de feutre, leurs sandales. Quelques-uns portent des cafetans en grosse laine, pareils à ceux que les laveuses étendaient sur la prairie. Tous ont un lambeau d'indienne entortillé en turban.
Ils sont très calmes, très graves; les plus
jeunes beaux comme des demi-dieux, avec cet air noble que donne la vie nomade et libre. Leurs yeux ne se détournent pas des nôtres, mais leur regard n'est pas insolent, à peine curieux.
Les femmes, plus sauvages, reculent quand nous avançons. Le chef nous fait visiter quelques huttes... Dans le noir, on distingue des tapis, des armes, des ustensiles de cuisine, un métier à tisser, très primitif, un berceau en bois, une forme de femme accroupie, immobile...
Ce sont les femmes qui ont édifié ces maisons de paille, fabriqué ces objets indispensables, tissé et brodé les vêtements. Elles font tous les ouvrages domestiques et même les travaux de culture, car les hommes, jaloux de leur dignité virile, ne consentent qu'à porter le fusil et à garder les troupeaux. Frelons armés, courageux, mais frelons, que nourrissent, abritent et servent les brunes abeilles résignées et industrieuses. C'est la loi de nature, l'exploitation du faible par le fort, l'asservissement
de la femme laborieuse à l'homme guerrier, mais fainéant...
Je dois dire qu'elles ne paraissent pas bien malheureuses, ces dames karagachanes, et qu'elles considèrent sans émotion de jalousie, peut-être avec dédain, les hommes qui nous accompagnent et qui nous témoignent une courtoisie, pour nous toute naturelle, pour elles bizarre et choquante... Debout devant les huttes, elles tiennent par la main ou sur le bras, leurs enfants vêtus comme elles. Vieilles et jeunes, femmes et filles, sont belles, par la noblesse de leurs traits réguliers, simples, à peine plus expressifs que les traits des cariatides. Deux ou trois ont un admirable type éginétique, des yeux presque trop grands, le nez droit, la bouche en arc, dédaigneuse et triste, l'ovale un peu court, des tempes larges de Méduses sous les serpents tressés de leurs cheveux. Leurs nattes rudes, aux reflets d'acier bleuâtre, ramenées sur le front, s'y croisent, s'y enlacent, sous un voile de laine couleur de sang séché. Des boucles d'argent, des pende-
loques de corail, des pierres bleues porte-bonheur tremblent dans l'ombre du voile, dans l'épaisseur des tresses, contre les tempes renflées.
Toutes ces femmes portent une jaquette sans manches en drap rouge, brodée de soulache noire, violette et or, doublée d'une toile si rigide qu'aucun relief, aucune inflexion des lignes ne révèle la féminité. Les seins sont écrasés, la taille comprimée dans cette espèce d'armure, qui fait aux vierges, aux mères, aux aïeules, un même buste de garçon. Les manches demi-longues de la chemise, en toile écrue, sont brodées de coton bleu et brun. Très basse, une ceinture de cuir plaquée d'argent enserre les hanches, contient le ventre, et supporte la jupe plissée, courte, d'un beau ton rouge pompéien. Un étrange tablier, un écran plutôt, en broderie d'or, pend à la ceinture par deux chaînettes, et tombe du genou à mi-jambe. Les bas, sans pieds, reproduisent dans leurs mailles tricotées les dessins multicolores des broderies et des soutaches; de simples san-
dales, retenues par une bride, protègent les pieds nus et parfaits.
Le chef, sur la prière du consul, invile ses gens à danser... Dans le décor du ravin herbeux, des grandes ruches blondes, du ciel paie, la double chaîne se forme, quatre jeunes hommes, quatre femmes qui se tiennent par la main. Ils vont à gauche, puis à droite, d'un pas rythmé, en chantant une « chanson de printemps », un air très simple, très lent, à deux phrases alternées, majeure et mineure. Parfois, les hommes frappent le sol, à la manière du cheval qui piaffe, le genou relevé, la tête haute.
Et c'est très beau, cette danse de bergers, qui évoque la pyrrhique, le double chœur chantant la strophe et l'antistrophe, les défdés des frises, les rondes sacrées ceignant les vases. Je pense à Sophocle, à Isadora Duncan... Mais le consul de Grèce me dit :
— Ces bergers sont originaires de l'Épi re. Ils descendent des fameux Souliotes qui luttèrent contre Ali, pacha de Janina... Ils
ont le sang des vieux Ivlephtes de l'Indépendance...
Les souvenirs de la Grèce classique se sont évanouis. Je me rappelle le tableau de Delacroix, une page de Lamartine, le Dernier chant du Pèlerinage cVHarold, le refrain des femmes souliotes, poursuivies par les Turcs, et dansant, sur la plate-forme d'un rocher, avant de se précipiter à l'abîme...
Cependant, la double chaîne se brise, et voici qu'on apporte un plateau d'étain où sont de petits morceaux de fromage, — un pour chaque visiteur. Le chef remplit de vin résiné une tasse qu'il donne au consul, et que chacun devra vider, ensuite, à la ronde...
C'est le rite ancien, le svmbole d'alliance et de paix. Marguerite, comme par mégarde, s'en est allée, là-bas, du côté des voitures... Une tasse unique, pour tant de personnes!... Marguerite n'a pas le courage de participer à la communion poétique et patriarcale., et je ne peux l'imiter! Je suis entre le chef karagachane et le consul qui tient la tasse et me
regarde d'un air confus... Tant pis!... Vidons le calice... Le consul, poliment, eflleure à peine la tasse d'étain, et me l'offre au lieu de la passer à M. P... son voisin, à la grande surprise du chef tout scandalisé... Les hommes se servent les premiers, chez les Karagachanes, et les femmes ont les restes, quand il y a des restes...
Tout le monde a bu ou a feint de boire. Les femmes, groupées, tassées en bloc, s'humanisent peu à peu. La plus belle — une Proserpine aux tresses presques violettes — me prend la main dans sa main robuste et hâlée, me met au doigt son anneau d'argent qui glisse et tombe, trop large, et, sans façon, elle essaie mes bagues.
Elles sont si étroites pour ces doigts de bergère qu'elles ne dépassent pas la première phalange. Alors, il y a de grands rires. Les belles bouches de déesses éginéliques, s'ouvrent sur les dents éclatantes... Madame P.. . traduit quelques réflexions... Ces dames karagachanes, nous trouvent toutes mal habillées.
ISO CnOSKS ET GENS DE PROVINCE
La Proserpine me demande :
— Pourquoi n'as-tu jjas des habits brodés, comme nous? Tu ne sais donc pas travailler avec l'aiguille.
— Non, je ne sais pas.
— Alors, à quoi es-tu bonne?
A quoi suis-je bonne, en efl'et? Une femme si petite, si frôle, qui ne brode pas, qui serait tout de suite fatiguée s'il lui fallait remuer la terre ou bâtir des huttes 1
Elle me considère avec une gentille pitié, un peu moqueuse.
— Tes mains ne ressemblent pas à mes mains : elles sont blanches et pointues, elles ne peuvent pas faire le môme ouvrage...
Pleine d'indulgence et aussi de curiosité, Proserpine va chercher une jaquette de drap rouge, inachevée — son propre ouvrage — et m'invite à l'essayer. Complaisamment, j'enlève mon manteau qui est taillé dans une robe chinoise de soie écrue, brodée de fleurs bleues, et garnie de baguettes en satin noir. Proserpine, aussitôt, s'en empare et enfile les larges manches,
pendant que je passe la rude jaquette... Ahl que n'ai-je un miroir!... Elle est rigide comme une armure, cette jaquette karagachane; elle me meurtrit la poitrine et me coupe les bras aux entournures... La Proserpine, enchantée, se tourne et parade dans le manteau chinois aux fleurs bleues. Grands éclats de rire.
Elle dit enfin :
— Si mon mari te voyait, il te garderait avec nous.
Cette plaisanterie porte au comble la gaieté générale, et les jeunes mères, qui cachaient prudemment leurs nourrissons, se rapprochent, s'apprivoisent, et s'informent du nombre de nos enfants.
Je l'ai remarqué déjà : turques ou grecques, musulmanes ou chrétiennes, toutes les femmes de tous les pays finissent toujours par s'entendre. Elles ont deux grands intérêts communs, deux éternels et passionnants sujets de conversation : les enfants et la toilette.
Mai.
Un bouquet de nouvelles variées : le ministère Tewfik Pacha est constilué; le grand Tchélébi de Koniah va venir à Stamboul pour la cérémonie de l'investiture; treize officiers et civils ont été pendus hier, au petit jour, par groupes : cinq sur la place Ba^azid, cinq devant Sainte-Sophie; trois au boutdupont deGalata. Leurs corps sont restés exposés au soleil toute la demi-journée.
Je ne regrette pas d'avoir manqué ce vilain spectacle qui attira, paraît-il, une foule énorme, et qui sera renouvelé trop souvent, à Stamboul et en province. La répression commence Partout, les cours martiales vont fonctionner, et même les instigateurs de la révolte d'Andrinople, incarcérés depuis Tautomne, auront leur tour. Ils attendent leurdestin avec philosophie, ne perdant pas une bouffée de cigarette, et c'est eux, peut-être, qui dansaient, l'autre soir,
dans la prison, au rythme des casseroles, remplaçant le tambourin.
Quant au grand Tchélébi, j'ai peu de chance de le rencontrer jamais... Ce personnage, de vieille race noble et presque royale, est comme le général des derviches turcs. 11 a le privilège de porter un bonnet de feutre, trois fois plus haut que le bonnet ordinaire, et c'est lui seul qui peut « investir » le Sultan du fameux sabre d'Eyoub. Cette investiture, dans la sainte mosquée interdite aux chrétiens, équivaut au sacre des anciens rois de France, à l'onction du chrême dans la basilique de Reims.
A défaut du grand Tchélébi, j'ai vu, hier,
les derviches tourneurs d'Andrinople, qui
n'opèrent pas comme ceux de Péra, devant un
public de touristes et tournent humblement
pour le seul amour de Dieu... J'avais une
méfiance et une répugnance singulières de ces
pauvres derviches 1 Je me souvenais d'être
entrée, une fois, à Stamboul, dans un petit
tekké de hurleurs et de m'en être enfuie avec
dégoût. Le gardien m'avait placée dans le harem,
loge grillée réservée aux femmes, où se trouvaient déjà deux petits enfants loqueteux, et deux pauvresses, très dignes, très polies et très sales. J'avais à peine entrevu les saints hommes accroupis sur leurs talons et formant le cercle dans une salle très banale. Leur balancement de bêtes en cage, leurs cous tendus, leurs yeux désorbités, leur cri guttural et monotone, surtout l'odeur affreuse du harem m'avaient donné quasiment le mal de mer. J'étais partie sans attendre les grands hurlements terribles, le chœur démentiel de la fin.
Les derviches d'Andrinople se réunissent dans un couvent plein de lumière paisible et de silence. Leur salle d'exercice est parquetée et cirée, glissante, sous les sandales, comme un miroir. Sur une petite estrade circulaire, il y a des personnes dévotes — beaucoup de soldats — venus pour s'édifier. Les musiciens sont installés dans une galerie haute, et nous nous mettons, discrètement, derrière eux.
En robe brune, en robe verte de drap très lourd, coiffés du feutre conique, les derviches
de tout âge — il y a môme de petits garçons parmi eux — défilent devant leur supérieur qui reste immobile, et qui a les paupières baissées, le sourire ambigu d'un Bouddha. Chacun s'incline, baise la manche de Vimam, et passe les bras croisés. Dans la galerie, la longue flûte de roseau commence à gémir; le tambourin vibre, à coups rythmés; un chant aigu, strident, triste et passionné, entraîne les processionnaires comme un irrésistible courant. Ils décroisent lentement leurs bras, à mesure que se meuvent leurs pieds sous la jupe élargie en cloche. Puis, fermant les yeux, penchant la tête, avec le souple mouvement d'un nageur, ils flottent, abandonnés sur le fleuve tourbillonnant de l'extase.
Et plus vite, toujours plus vite, sans jamais se heurter, dans la lourde fleur épanouie de leurs robes vertes ou brunes, ils dessinent les figures des constellations; ils deviennent le flot, le vent, la planète; ils participent au tournoiement éternel de l'univers autour de l'axe mystique qui est Dieu. La flûte les appelle; le
tambour les excite; les voix les poussent, et la béatitude infinie descend sur leur visage, avec la sérénité des morts.
Et quand la valse sainte est terminée, quand ils recommencent leur procession, leur salut, leur hommage, le supérieur, qui n'a pas bougé, lève les bras vers le ciel. Il psalmodie une belle phrase religieuse qui ressemble à notre plain-chant, et tout à coup, il exhale une sorte de soupir, un « Ah! » suraigu qui s'enfle, s'affaiblit, s'achève en murmure...
Cette invocation, ce long trait sonore a traversé le silence. Ainsi, l'étoile monte au zénith, file en courbe décroissante et tombe dans le vide du ciel... Les musiques se taisent. Aux vitres, verdies par le jardin, passent des vols sifflants d'hirondelles.
Lésâmes détachées du corps matériel, entraînées dans la spirale vertigineuse, redescendent peu à peu. Et les derviches, pâles, éblouis et mal réveillés, reconnaissent les choses de la terre.
CHOSKS ET GliNS DE PROVINCE 103
Mai.
Il y a, tout près de chez nous, une fête de mariage, el nous sommes allées voir la fiancée, avec Marika. Un jour de noces, les portes sont ouvertes pour toutes les passantes. Nous avons seulement jeté un manteau sur nos robes d'intérieur qui sont amples et molles, presque « à la turque ».
« C'est un petit mariage de rien, — dit Marika, — un mariage de pauvres... »
La maison, au fond d'une cour, est basse, obscure, mal aérée. Deux chambres seulement. Et la cour et les deux chambres sont très encombrées par la foule noire des tcharchafs.
Dans la pièce principale, la mariée est assise sur un fauteuil en guise de trône et sous des festons de mousseline et de roses en papier qui simulent au plafond un dais royal. Contre le mur, on a tendu un panneau de salin brodé en paillettes d'argent et fleurs de soie. Tout autour de la chambre, les parentes et les visi-
19i CHOSES ET GENS DE l'UOYINCE
teuses sont rangées sur une estrade à deux marches, et au milieu, dans l'espace vide — quelques pieds carrés — sont accroupis les musiciens.
Ces musiciens devraient être choisis parmi des aveugles qui font ce métier, et qui — seuls entre les hommes non eunuques — sont admis dans les harems. Mais quand il n'y a pas d'aveugles disponibles, l'usage permet de prendre de très jeunes garçons. Ceux-ci ne sont pas tellement jeunes, il me semblel... Ils ont de quinze à dix-huit ans, et ils seraient bien fâchés d'être aveugles, car ils ouvrent des yeux, des yeux!...
La chambre, sauf le dais et le divan, est meublée comme les logements ouvriers de CharoTine ou de Grenelle. Commode en noyer, lampes à pétrole, guéridon en faux acajou que couvre un tapis de jute imprimé! Et la mariée elle-même, pas jolie, l'air « chien battu », engoncée dans sa robe de satin broché et son corset raide, me fait penser aux petites mariées souffreteuses qu'on rencontre dans les paroisses
de faubourg ou sur les pelouses de Vincennes... Je rimagine très bien, avec un fiancé en paletot et chapeau rond, flanquée d'une mère à capote de jais, et d'un garçon d'honneur loustic... Mais elle a, cette mariée turque, qu'on devine pauvre — ses mains sont abîmées par le travail! — elle a un diadème de diamants sur les cheveux, un collier de diamants sur la poitrine et des rosaces de diamants collées sur les joues 1
Les invitées, aussi, resplendissent de joailleries. Et Marika m'explique que c'est la coutume de louer des bijoux pour ces trois jours des fêtes nuptiales. Cependant, dit-elle, des femmes de très humble condition possèdent quelquefois des perles magnifiques, héritage et patrimoine de famille qu'on ne vend jamais. Les deux vieilles personnes qui sont assises derrière nous n'ont pas dû louer leurs boucles d'oreilles, ces délicates girandoles de diamants qui brillent au bord de leur serre- tête noir. Tandis que les belles-sœurs et amies ds la mariée — quatre ou cinq jeunes femmes
bouffies, énormes, habillées franchement à la turque de vastes blouses bleues et roses, la taille libre, hélas! de tout corset — ont emprunté contre argent les orfèvreries étincelantes de leurs parures.
Nous demandons quelques détails... On nous apprend, par l'intermédiaire de Marika, que la fiancée est une fille de campagne, orpheline, plus âgée que son mari. Elle a vingtquatre ans; lui, dix-neuf. Une tante a fait le mariage. Les époux se sont vus, hier, pour la première fois — dix minutes, le matin — Il a trouvé la fille à son goût et l'a embrassée, en signe d'acceptation. Puis il s'est retiré avec ses camarades qui festoient de leur côté, et il est revenu le soir...
— Ils ont passé la nuit ensemble..., dit la vieille dame aux belles boucles d'oreille. 11 lui a ôté les fils d'argent qu'elle avait dans les cheveux K.. Et maintenant, on attend la bellemère...
1. Ces fils d'argent ont la signification symbolique de la «uuronne d'oranyer.
— Pourquoi?
— Pour constater. . . l'innocence de l'épouse. . . On a gardé les preuves, vous comprenez?...
Je comprends ainsi l'air « chien battu » de la nouvelle dame... Cet époux qu'elle ne connaissait pas hier matin!... La vieille assure qu'elle en est contente, très contente... C'est donc un consentement intérieur, tacite...
L'odeur écœurante qui m'avait chassée du tekké des hurleurs, l'odeur de la foule féminine des basses classes — corps mal lavés, linge douteux — se répand dans la chambre. Sans cesse, des visiteuses arrivent, des passantes qui lèvent leurs voiles de visage, et s'asseyent en comprimant les voisines. Quelques-unes portent ou conduisent de petits enfants qui piaillent. Les musiciens reprennent leur vacarme, leur chanson à trémolos déchirants, et, dans le cercle un peu élargi, paraît la Danseuse!
La danseuse orientale, l'aimée, la bayadère, la houri, la femme- volupté qui hante les rêves des collégiens et danse dans les strophes des poètes... La voici, dans sa réalité, sans prépa-
198 ciiosKS i:t gens de province
rations ni trucs à l'usage des voyageurs aiïamés de poésie... La voici, telle que le petit peuple de là-bas la connaît et l'aime, telle que je l'ai vue, de mes yeux.
Une grosse femme, pas jeune — ce qu'on appelle chez nous une « dondon » — habillée d'une jupe courte à trois volants de mousseline, qui découvre des mollets de femmetorpille, des bas de coton rayés blanc et bleu, des pantoufles de satin sans quartier. Le corsage léger n'a pas de baleines. Il contient difficilement une énorme masse mouvante qui apparaît par le triangle du décolletage. La face lunaire s'arrondit, entre des pendeloques de strass et des pi(}uets de fleurs artificielles. Et, par un raffinement exquis, la danseuse a disposé sur ses épaules et sa vaste gorge un petit boa en plumes de coq mauve, un petit boa effiloqué, minable, comme on en voit aux vitrines des « chauds d'habits »...
0 Hermann Paul!... 0 Abel Faivre!... Quel modèle pour vous!... Castagnettes aux doigts, elle se place devant nous, les étrangères, et
elle commence à remuer frénétiquement sa croupe, ses seins flasques, son ventre obscène...
L'auditoire, enthousiasmé, l'excite en battant des mains... La mimique se précise... Les chanteurs s'égosillent... La mariée, cependant, demeure muette, pâle sous sa poudre et ses rosaces de diamants... Elle songe à quoi?...
J'en ai assez. Je veux m'en aller... Mais comment, sans impolitesse, déranger la danseuse, les musiciens, et toutes ces femmes? Elles veulent être aimables. Elles nous sourient... Ma voisine, d'un geste gentil, écarte le manteau qui me suffoque et considère ma robe de crêpe turquoise, la brassière Empire, qui a des dessins légers en soutache d'or, et elle dit naïvement :
— C'est des écritures turques que tu as sur la poitrine?
Elle ne sait pas lire, évidemment. Ces soutaches l'intriguent beaucoup. Curieuse comme les Karagachanes, elle tâte l'étoffe soyeuse, la
guimpe de tulle. Les autres veulent voir aussi. Et le chapeau!
— Il ne te gêne pas, ton chapeau?
— Pas du tout...
— Il est grand...
Elles le trouvent trop simple. Une écharpe de satin, un bouquet de roses... Rien que ça... Je ne dois pas être Ijien riche... D'autres dames franques ont de plus jolis chapeaux, qui viennent de Péra, qui sont empanachés comme des volières et fleuris comme des jardins...
Quand elles m'ont assez regardée, elles examinent la robe grise de Marguerite T..., sou collier de perles, ses bagues.
Qu'il fait chaud! Un bébé pleure... Les parentes de la mariée échangent des propos bien amusants, car elles se tordent de rire... Une grosse blonde écroulée, endiamantée, de figure assez agréable, s'interrompt tout à coup. Elle dégrafe sa blouse, sort — sans la moindre pudeur — une mamelle déformée qui pend, jaunâtre sur le satin rose cru. Et tandis qu'on
cherche le nourrisson, elle se reprend à fumer et à rire, devant les musiciens...
Charmante réunion!... Et toute pleine de poésie orientale!...
Mai.
Depuis quelques jours, nous avons fait beaucoup de visites chez les amies turques de Marguerite et de madame P...
Je pense, avec une douce gaieté, aux gens qui m'ont dit avant mon départ :
— Vous avez bien de la chance ! Vous entrerez dans les harems, dans les principaux harems de Turquie!...
De quel ton, ils prononçaient ce mot « harem » I Ils voyaient une salle somptueuse et mystérieuse, des tapis, des divans, des eunuques, des narghilés et des brûle-parfums. . . Et parmi ces « turqueries », des femmes grasses, blanches, un peu bêtes, très jalouses, vêtues de gaze et de pantalons bouflfants...
Mes amis, le harem n'est pas cette prison dorée. Le harem, vous pouvez l'avoir chez vous, si Madame fait chambre à part, et si elle possède un petit salon où n'entrent pas vos camarades, où les dames seules sont reçues. Le harem c'est l'appartement particulier de la femme.
— Des femmes?
De la femme... Les Turcs de 1909 ont rarement plusieurs épouses et la monogamie devient la règle générale, entendez une monogamie tempérée... comme la vôtre, bons Européens. Les quatre femmes permises par le Prophète constituent un luxe coûteux. L'époux est obligé de partager équitablement entre elles les esclaves, les bijoux, les robes, et les... témoignages d'affection. Il préfère posséder une seule épouse, moins exigeante, et quelques discrètes amies. Grecques, Arméniennes, voire Occidentales, qui représentent le plaisir sans devoirs et ne troublent pas la paix du ménage. Cela lui permet d'affecter un air libéral, et de dire :
— La polygamie est faite pour les barbares. Moi, je suis un civilisé.
Pourtant, ne croyez pas que les maris turcs soient pires que les autres maris. Tout est relatif. Ils aiment leurs femmes, ils aiment surtout leurs enfants. L'épouse obéissante, élevée dans une famille pieuse, instruite à l'école que je vous ai décrite, accepte le sort que lui font la religion et les mœurs. Elle épouse sans répugnance le monsieur que ses parents lui ont choisi pour maître et protecteur. S'il est bon, elle est toute disposée à l'aimer. S'il est dur et injuste, elle est malheureuse. Mais n'y a-t-il pas, en France, des femmes mal mariées, des unions bâclées, des surprises déplaisantes après les noces?
— Et les « désenchantées », me dites-vous?... Elles existent pourtant I
Mes amis, nous sommes en province. Il n'y a pas de désenchantées à Andrinople... Nous verrons, plus tard, à Stamboul... Ici les musulmanes sont satisfaites ou résignées. Elles ne se plaignent pas. Si elles sont malheureuses,
elles ignorent leur malheur. J'ajoute qu'elles ne parlent pas le français, ou à peine, et qu'elles n'ont jamais lu un roman.
Voulez-vous me suivre chez elles? Trois maisons, trois harems, entre tous, m'ont laissé des souvenirs caractéristiques.
Chez madame Ilakki bey, — je change les noms — c'est la vieille, la plus vieille Turquie... Une maison très propre, sans luxe, un bassin de marbre dans le vestibule, quelques esclaves jeunes ou âgées, très familières, qui nous reçoivent avec force témenas... Le salon, demieuropéen, mais assez simple, garni de divans en toile, ouvre sur un jardin frais débordant de boules de neige et de roses pompon... Une femme de quarante-cinq ans, corpulente et d'humeur gaie, en longue robe rose à la turque, les cheveux cachés par un serre-tête, se présente d'abord. C'est la mère d'Hakki bey. Sa bru, pâle, fragile, effacée, vêtue d'une robe démodée, se tientdeboutdevant elle et parle bas.
Une autre dame, — cinquante ans passés, corsage beige et jupe noire, voilette tombante
sur des bandeaux plats, figure intelligente et grave de religieuse janséniste — entre au salon. C'est une amie, venue de Gonstantinople pour quelques semaines... Puis, comme l'esclave apporte le plateau du café, paraît une autre dame en robe écrue, septuagénaire, minuscule, recroquevillée, le nez touchant le menton... Les autres femmes se lèvent, à sa vue, et la grosse matrone va l'embrasser...
— C'est la grand'mère sans doute? dis-je à madame P...
Elle s'informe et répond :
— C'est l'autre belle-mère... la première épouse du pacha défunt... Comme elle n'avait pas eu d'enfant, parvenue à l'âge mûr, elle chercha elle-même une jeune femme pour son époux... Hakki bey est le fils de la seconde épouse. Elles l'ont élevé ensemble; ensemble, elles lui ont choisi une femme : il les respecte et les aime peut-être également. Soyez sûre que la vieille momie l'adore... Il est l'enfant mâle qui contenta l'orgueil du pacha, et qui lui succède maintenant, comme chef de
lamille. Et c'est très habile, ce qu'elle a fait, celte Sara stérile, en acceptant de bonne grâce, en conseillant le choix d'une Agar féconde... Elle a évité d'être renvoyée... Mieux vaut la polygamie que le divorce... Toute cette famille est heureuse, unie, grâce à la sagesse de cette vieille. Et le défunt époux la bénit du haut du Paradis musulman.
Il est très vrai que la bru, et les deux belles-mères, se traitent avec égards et même avec amitié. Nous essayons de les faire causer. Je leur demande comment elles passent leurs journées, si elles désirent un peu plus de liberté, et ce qu'elles pensent des Européennes.
Elles répondent avec une franchise qui semble réelle... Ce qu'elles font?... Le matin, elles préparent elles-mêmes le déjeuner du bey, leur lils, beau-fils et mari; elles veillent à sa toilette, brossent ses vêtements, et lui nouent sa cravate. L'après-midi, quand la maison est en ordre, elles font ou reçoivent des visites. Le vendredi et le dimanche, elles se promènent au Vieux-Sérail et goûtent sur l'herbe, avec
leurs esclaves... Elles vivent à peu près comme nos petites bourgeoises de province, avec cette différence qu'elles portent une voilette inamovible et ne reçoivent pas les amis de leurs maris. Mais elles s'invitent entre elles, combinent des mariages, colportent des nouvelles, voient tout et tous sans être vues. Elles connaissent très bien Marguerite, son mari, sa jolie petite fille... Et elles ne s'ennuient pas, bien qu'elles soient assez ignorantes et ne lisent guère que le journal...
— Pas de romans traduits?
La bru se récrie. Nonl son mari ne lui permet pas de lire les livres « où l'amour est écrit ». Il ne veut pas qu'elle sache v( comment les autres hommes aiment »...
La dame invitée, qui est une personne de bon sens, et très distinguée, malgré ses mains teintes au henné, en rouge orange, exprime une vive horreur pour les nouveautés en matière de mœurs, et de religion.
Que chacune vive selon sa foi, les chrétiennes selon la loi de Jésus, les juives selon la loi
de Moïse, les musulmanes selon la loi de Mahomet... Les Occidentales ont raison de découvrir leur beauté et de parler aux hommes, si elles ne commettent pas de péché en excitant ainsi les désirs masculins. D'ailleurs les désirs des Occidentaux ne sont pas intenses. . .
— S'ils l'étaient, quelle femme vertueuse s'exposerait à un tel péril?... Chez les Turcs, qui savent aimer, les femmes doivent cacher leur visage, par prudence... Honte aux dévergondées qui relèvent leur voile et raccourcissent, par coquetterie, la pèlerine de leur tcharchafi
Cette janséniste mahométane, aux mains orangées, raisonne avec une logique rigoureuse, déconcertante... La septuagénaire approuve : Ewet hanoum effendim M . . . et la matrone riante, que ces discours assomment, envoie les esclaves cueillir des bouquets pour nous.
Un autre harem... un autre salon plus prétentieux, meublé d'une affreuse commode en