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Hommatje à Auber, poésie de Louis Galiel

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M. Auber et M. Fétis étaient à peu près du même âge: ils sont morts presque en même temps. Le savant directeur du Conservatoire de Bruxelles, qui fut à la fois musicographe, critique et compositeur, a accompli pendant sa longue carrière un ensemble de travaux à faire pâlir un bénédictin : il a écrit pour le piano et pour l'orchestre ; il a composé dés sonates et des symphonies, de la musique de chambre et de la musique d'église, des motets, des litanies, des hymnes et des opéras. A neuf ans il était organiste du chapitre noble de Sainte-Waudru et accompagnait le chœur des chanoinesses et les anciennes messes de vieux maîtres allemands et italiens; h quinze ans il avait déjà dans son bagage musical : deux concertos de piano , une symphonie concertante pour deux violons , alto et basse avec orchestre ; des sonates et des fantaisies, un Stabat, une messe, des quatuors et un concerto de violon. Tout cela a été anéanti, nous dit-il, à l'exception de trois qua-

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tuors, composés à l'âge de douze ans, conservés par curiosité.

De 1830 à 1832, plusieurs de ses opéras furent représentés à Feydeau et au théâtre Yentadour. Le Mannequin de Bergame et la Vieille obtinrent même un certain succès; mais le génie de M. Fétis n'était rien moins que dramatique, et l'on ne trouve pas dans les ouvrages qu'il a écrits pour la scène cette fraîcheur d'idées, ces lines harmonies et cette nouveauté dans la forme qui distinguent la plupart de ses compositons instrumentales. Aussi Berlioz, en sortant d'une représentation de la Vieille^ que l'on venait de reprendre à TOpéra- Comique, écrivait-il dans le Journal des Débats : « Je viens d'entendre la Vieille musique de M. Fétis. » C'est ce qu'on peut appeler de l'ironie par absence de ponctuation. Le trait alla à son adresse, et l'on doit croire que M. Fétis eut le bon goût de ne pas s'en souvenir lorsqu'il publia dans sa Biographie universelle des musiciens la notice relative à l'illustre compositeur.

Parmi les ouvrages didactiques, historiques et critiques que M. Fétis a fait paraître ou qui étaient en voie de publication au moment de sa mort, les plus importants sont : le Traité de fugue et de contre-point^ le Traité de l'accompagnement de la partition , la Biographie universelle des musiciens , la Méthode des méthodes de piano, la Méthode des méthodes de chant , le Traité complet de la théorie et de la pratique de V harmonie, la Philosophie générale de la musique^ X Histoire générale de la musique, les Souvenirs d'un vieux musicien (Mémoires sur la vie

de l'auteur et sur ses relations avec les hommes les plus célèbres dans l'art et dans la science pendant soixante ans) et une traduction française du Traité de musique de Boèce. En 1806, M. Fétis fut engagé dans un travail immense, dont il nous dit lui-même qu'il n'avait pas mesuré l'étendue, qui fut plusieurs fois interrompu, qu'il reprit cependant toujours avec courage et qu'il a enfin achevé après trente années de recherches et de patience. Il s'agit d'une révision de tout le chant de l'Église romaine, d'après les manuscrits les plus authentiques et les plus curieux, conférés avec les meilleures éditions: travail immense, en effet, pour lequel M. Fétis, remontant bien plus haut que Giovanelli, Guidetti et Palestrina , a dû compulser deux cent quarantesix manuscrits des bibliothèques de Paris , de Cambrai, d'Arras, du Musée britannique de Londres, de la bibliothèque des ducs de Bourgogne , à Bruxelles, etc., etc., et dont plusieurs datent du neuvième siècle. « Le Graduel et l'Antiphonaire, ajoute-t-il, sont prêts à être livrés à l'impression ; mais il est vraisemblable que le fruit d'un si grand labeur ne verra jamais le jour: car, après avoir été témoin des luttes violentes où les ecclésiastiques de France se sont laissé entraîner à propos d'opinions plus ou moins mal fondées sur ce qu'ils ont appelé la restauration du chant grégorien, l'auteur de la première idée de cette restauration et des premiers travaux entrepris pour l'opérer se gardera d'appeler sur lui-même l'animadversion de tons les partis. En l'état actuel des choses, il s'exposeraK, en publiant le fruit de ses veilles sur ce

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sujel, à voir troubler la tranquillité de ses derniers jours , sans aucune chance de succès. » Il faut espérer que M, Fétis, craignant moins pour sa mémoire que pour « la tranquillité de ses dei-niers jours », aura chargé son lils M. Edouard Fétis, le savant et judicieux critique de l'Indépendance belge, du soin de livrer à la publicité et à toutes les vivacités de la polémique une œuvre d'une si haute portée et d'un si grand intérêt. Nous en dirons autant de V Histoire générale de la musique^ dont il n'a paru jusqu'à présent que deux volumes, ainsi que de la Philosophie générale de la musique, ouvrage borné à un seul volume, mais que l'auteur regarde comme un des plus considérables qu'il ait écrits.

Si M. Fétis redoutait les attaques des gens d'église, du moins était-il depuis longtemps habitué aux discussions les plus acerbes avec les laïques de tous pays. Jamais écrivain ne fut si contredit dans ses opinions ni taxé d'autant d'erreurs. C'est de l'Allemagne surtout que lui sont venus les plus rudes coups; il est vrai que les savants belges , ses compatriotes, ne l'ont pas épargné davantage. Évidemment son œuvre est trop vaste pour être parfaite ; l'ensemble de ses travaux n'en est pas moins un des monuments les plus complets et les plus dignes de la reconnaissance des artistes qui aient été élevés de notre temps à l'art musical et à l'histoire de la musique.

On a reproché à M. Fétis, avec une justesse de raison que je ne veux point examiner, de n'avoir pas toujours élé guidé par la conviction la plus

sincère dans les appréciations de sa critique. On l'accuse même d'avoir subi certaines influences que l'homme qui tient une plume doit absolument repousser. Il est bien difficile de prouver des accusations de ce genre. Elles tombent quelquefois d'elles-mêmes, sans que l'écrivain attaqué prenne la peine de se défendre, et je n'ai pas entendu dire que M. Fétis se soit jamais défendu.

M. Fétis est le fondateur de la Revue musicale; en même temps qu'il collaborait ù cette publication, il rédigeait le feuilleton du Temps et celui du National^ ce qui Ta obligé plusieurs fois à écrire trois articles dans le même jour sur un opéra nouveau. Dans chacun de ces articles, qui paraissaient le surlendemain de la représentation , l'ouvrage était considéré sous un aspect différent. M. Fétis a publié aussi, dans la Gazette musicale de Paris et dans la Revue de la musique religieuse^ une multitude d'articles de critique, de théorie, d'histoire et de philosophie de la musique, formant plus de 2,.o00 pages d'impression.

Il est mort à l'âge de quatre-vingt-sept ans. C'est M. Gevaert qui lui a succédé comme directeur du Conservatoire de Bruxelles,

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