CARAFA
Août 1872.
Carata, que le ministre des beaux-arts, en son discours, a appelé l'auteur du Solitaire. eiqu'û eût peut-être mieux, valu appeler l'auteur de Masaniello; Carafa, qui fut directeur de ce Gymnase militaire que le gouvernement impérial crut devoir supprimer et que le gouvernement actuel ferait peut-être bien de rétablir ; Carafa, l'ami le plus dévoué de Rossini, vient de mourir. Il était à l'âge où ces sortes d'accidents arrivent, bien qu'ils arrivent à tout âge, malheureusement. Carafa était né en 1785: il avait donc 87 ans. Depuis quelques années, sa mort était pressentie et n'a surpris personne; tandis que la mort de M. Auber, qui fut un jeune homme jusqu'à ses derniers instants, semblait.ne devoir jamais arriver. Donc celui qui en son temps fut un compositeur presque illustre et souvent applaudi s'est éteint sans faire grand bruit parmi cette génération trop jeune pour avoir pu le connaître et le bien apprécier. On ne jouait plus ses œuvres depuis bien des années; la dernière
tentative faite au Théâtre-Lyrique par le directeur Pellegrin, un contemporain du maître, n'avait pas réussi. Le Solitaire, « qui sait tout, qui voittout » , ne sut pas plaire au public, ne put pas se maintenir sur raffiche et vit la déconfiture prochaine de la direction qui l'avait exhumé. C'est en ce cas seulement que le Solitaire ne se trompa point, et il faut croire que c'est de son propre mouvement qu'il se retira. La reprise de Masaniello eût été en ce temps-là et serait encore aujourd'hui une opération bien meilleure et bien plus profitable aux intérêts du théâtre qui en ferait l'essai, et à la gloire posthume du compositeur. La Muette a fait oublier i)/ûsrmi'e//o; mais les musiciens vous diront que Masaniello n'est certainement pas indigne de tenir son rang à côté de la Muette. Le duo : Un oiseau qui supporte à peine la lumière^ est un chefd'œuvre; la barcaroUe a joui d'une vogue à nulle autre pareille, et bien d'autres morceaux de la partition sont extrêmement remarquables.
Garafa, qui, avant de se livrer à la composition, avait été officier de hussards, écuyer du roi de Naples, puis officier d'ordonnance de Joachim Murat, a écrit une trentaine d'ouvrages, représentés en Italie, à Vienne et à Paris, et dont les plus populaires sont : le Solitaire (1822), le Valet de chambre (1823), la Violette 1827), en collaboration avec Leborne; Masaniello (1828) et la Prison <ÏEdimbourg (1833), ouvrage, dit M. Fétis, qui réussit peu, mais qui méritait un meilleur sort.
C'est en 1837 que Carafa succéda à Lesueur comme membre de l'Académie des beaux -nrls.