D AVIGNON
Monsieur le Vicaire général,
J'ai lu votre nouveau livre : Notes de Pédagvgin ; et j"v ai reconnu de suite les marques ordinaires de tous vos ouvrages : une haute sagesse, un charme pénétrant et une exquise piété.
On ne recommande plus vos livres au public : on les lui présente; ou, plutôt, ils se présentent d'eux-mêmes, avec le nom, connu partout dans le monde catholique, de l'Auteur des Paillettes d'Or.
Je n'étonnerai personne, en disant qu'en matière de pédagogie, comme en tout ce qui concerne la direction des âmes, vous êtes pour «la manière douce». Dans votre livre, vous parlez bien des « défauts à combattre» : comment ne pas en parler, lorsqu'on traite de l'éducation? Mais quelques pages à peine vous suffisent pour en dire ce qui convient à votre sujet; et vous passez aussitôt, pour y insister longtemps, aux «vertus à- cultiver». C'est surtout par la culture des vertus que vous voulez élever rame, la dégager de ses mauvais instincts, et la mener au bien.
Un jour, un enfant de treize à quatorze ans vient vous trouver pour vous entretenir de ses affaires de conscience. Vous le recevez avec votre bon sourire et cette affabilité
paternelle qui ne vous quitte jamais. Avant même qu'il ait commencé ses confidences, vous l'invitez à vous raconter ce qu'il a fait de bien- dans sa vie. L'enfant est étonné, embarrassé, ne sait que vous répondre : il a si peu vécu, et déjà, peut-être, on lui a fait tant de reproches ! — « Pourtant, vous avez été plus d'une fois serviable, généreux, pour vos camarades; vous avez donné l'aumône à quelques pauvres; vous vous êtes refusé à certaines ruses où l'honneur était engagé...» — Et l'enfant, tout surpris de voir qu'il n'y a pas que des faiblesses dans sa vie, ni que des défauts dans sa nature, vous ouvre son âme tout entière : il n'a plus de secrets pour vous
C'est là toute votre méthode, dans vos livres comme dans 1 exercice de votre ministère sacerdotal.
Vous .l'avez pratiquée pendant soixante ans; et l'on peut dire qu'elle a eu ses noces d'or, lorsque vous avez célébré naguère celles de votre sacerdoce.
Vous l'avez surtout pratiquée dans un pensionnat, dont vous fûtes l'âme et le bienfaiteur : qui ne l'a connu? Tout ce que vous dites dans vos Notes, vous l'avez donc expérimenté; et ce titre, d'apparence modeste, exprime très justement, très fortement, le sens et la portée de vos enseignements et de vos conseils. Ce sont des observations prises sur le vif, et que vous avez réunies en un système simple, clair, bien ordonné, oh l'abstraction n'a qu'une part discrète, où tout est animé et relevé par les belles et lumineuses idées de la raison la plus haute et du plus pur christianisme.
Cependant, les analyses y abondent; et combien fines, délicates, propres à éclairer les divers états de l'âme et à orienter chacune de ses facultés !
Soit que vous montriez comment l'éducatrice doit être formée, soit que vous lui traciez à elle-même la mission et
l'œuvre qu'elle doit accomplir auprès de ses élèves, il u'} a jamais rien de vague, rien d'aride, dans vos leçons. Vous les accompagnez, ou, pour mieux dire, vous les illustrez de mots et de choses qui attirent les yeux, fixent l'esprit ; et, !e long de 'vos pages, l'on voit se produire et se développer, comme à souhait, les formes les plus variées du bien et du beau, ces deux grands objets de la véritable éducation Ce n'est partout que lumière et vertu, science et devoir, caractère et bonté, ferm.eté et dévouement, grandeur et joie ; et au-dessus de tout, dominant et pénétrant l'œuvre sublime de l'éducation, plane l'idée de Dieu, avec la divine figure du Sauveur et les visions sereines de son Evangile.
De là l'intérêt et l'attrait qui s'attachent même aux parties les plus techniques de votre livre. Ce que vous dites des facultés de l'âme est vivant et en quelque sorte vécu, sans laisser d'être exact et scientifique. Vous n'aidez pas seulement l'éducatrice à se former elle même ; vous lui ofîrez encore, dans vos considérations, des vues, des idées et des disciplines dont elle n'aura qu'à s'inspirer pour instruire et élever les autres. Je le répète ; ce livre est bien de vous : il est le fruit de votre expérience, et il vient heureusement s'ajouter à la longue liste de ceux qui ont porté si loin l'action de votre infatigable apostolat.
Je le bénis bien volontiers; et je suis heureux de vous renouveler. Monsieur le Vicaire général, l'assurance de mes très respectueux et affectueux sentiments en N -S.