‹ Notes de pédagogieChapitre 12 sur 102 · L'habitude de redire ces leçons · texte numérisé non relu

L'habitude de redire ces leçons

de vive voix d'abord — travail un peu difficile au début, mais qui devient aisé — surtout quand la leçon a été précisée et que la maîtresse en a indiqué les principales idées,

par écrit ensuite — c'est plus aisé parce qu'on se possède davantage — et peut-être faudrait-il commencer par là.

3. L'application de l'esprit qui cherche : à comprendre une lecture imposée, à reproduire par écrit ce qu'on a lu — ce travail peut se faire soit à l'aide de la table des matières un peu commentée, soit par quelques pensées extraites de chaque chapitre.

L'instruction s'acquiert :

par l'étude de mémoire de pages choisies et désignées par la maîtresse, et le soin de redire ce qui a été appris mot à mot — non pas machinalement, mais avec intelligence — faisant ressortir le sens des mots — la force des pensées — les impressions reçues — parlant, racontant plus que recitant.

par l'obligation de reproduire sur un cahier :

ce qu'on a vu,

ce qu'on a entendu,

ce qu'on a désiré,

ce qu'on "a senti,

ce qu'on a imaginé.

ce qu'on a trouvé de beaii^ à'élevé, de spirituel, de gracieux dans un livre — ce qu'on pense à'un fait raconté et à' wn jugement porté.

C'est là un travail de tous les jours sous des formes qui peuvent varier..., mais travail plein d'attraits.

L'instruction se complète :

par la recherche un peu minutieuse d'abord, mais devenant attrayante peu à peu de ce qu'il y a de beau dans une page littéraire.

C'est, avant tout, la pensée générale de l'auteur indiquée par le titre — qu'on cherche à résumer en une phrase.

C'est le développement de cette pensée, c'est-à-dire l'indication de ce que l'auteur a ajouté qui la rendra plus saisissante, plus forte, plus attrayante, plus utile.

C'est la manière dont ce développement a été exprimé et présenté: images, comparaisons, mots choisis... citations.,.

C'est l'impression produite sur le lecteur qui a été captivé, entraîné, qui s'est senti enrichi de connaissances ou nouvelles ou plus complètes.

L'instruction exige le goût, — je dirai même la passion de la lecture qui nous met en rapport avec les richesses que nous ont laissées tous les siècles — qui nous permet de les apprécier, de les faire nôtres... mais il ï^iui savoir lire — r/zo/'s/V ses lectures

— adapter ses lectures — s'enrichir de ses lectures

— jouir de ses lectures... — Ces simples indications seront développées plus tard.

Moyens d'acquérir l'Education.

L'éducation s'acquiert :

1° par les conseils donnés soit directement, soit indirectement, chaque fois que l'occasion se présente. — Elle se présente presque à chaque instant, à la maîtresse dévouée, qui veut le bien de ses élèves.

C'est, après un fait historique dont on montre la grandeur, la justice ou l'iniquité.

C'est, après une lecture, dont on résume l'enseignement, montrant ce qu'elle renferme d'utile, pour la conduite de la vie.

C'est, après tine pensée, choisie exprès quelquefois, mais présentée comme par hasard, et ayant pour but de redresser, de corriger, d'encourager, de donner une leçon qui aurait été mal reçue peut-être ; une poésie, une histoire racontée... une action ou généreuse ou coupable, qui s'est passée sous les yeux de tous.

L'éducation s'acquiert :

2° Par les actes d'obéissance, de générosité, d'application au devoir — de domination de caractère... actes exigés tous les jours avec douceur, persuasion, encouragement sans doute, mais avec fermeté et avec constance — actes qui seront d'autant plus formateurs qu'ils auront coûté plus d'efforts.

L'éducation s'acquiert :

3" Par la répression constante de tout acte d'indiscipline, échappé même à la légèreté, mais surtout produit par la mauvaise volonté et l'entêtement...

Que de tact, que de prudence, que de savoir-faire, que d'abnégation, que de dévouement, que de possession de soi... demande à une maîtresse cette direction des actes extérieurs et intérieurs d'une enfant.

Louanger, — blâmer, — récompenser, — punir, — exciter, — contenir, — relever, — accoutumer à la franchise, — faire détester l'hypocrisie, — détourner du mensonge, — apprendre à être généreux, à aimer le devoir, le sacrifice, — à ne pas se plaindre pour un rien... et que de vertus dans une maîtresse. Si elle n'a pas Dieu en elle, que fera-t-elle r

L'éducation s'acquiert surtout :

4° Par la connaissance insinuée doucement, affectueusement des vérités religieuses.

Par l'habitude contractée de vivre avec Dieu et sous le regard de Dieu.

Par la pratiq^ue de la prière — parla fréquentation des sacrements.

Par la soumission aux enseio:nements de TEglise.

L'éducation a pour base absolument nécessaire : La connaissance et l'amour de Dieu.

Dieu infini en puissance, infini en sagesse, infini en miséricorde, infini en bonté ;

Dieu maître qui commande, qui sait tout, qui connaît tout — qui récompense tout ce qui est bien — punit tout ce qui est mal — vient en aide à tous ceux qui l'appellent ;

Dieu père qui protège, qui relè\e qui pardonne, qui aime, qui demande le respect, l'obéissance, l'amour — qui paie en bonheur, tout ce qui est fait en son nom, tout ce qui est fait de bon...

« Il y a quelque chose de très supérieur à la science, à la philosophie, a dit un penseur — c'est Véducatioji .

L'éducation, ce n'est pas d'/ns/r/z/r^, c'est à'élever les âmes, de cultiver, d'exercer, de fortifier, de développer toutes Tes facultés intellectuelles, religieuses, morales, qui constituent dans un enfant la nature et la dignité humaine :

C'est restituer à ces facultés toute leur intégrité et les établir dans la plénitude de leur action ;

C'est former ainsi l'homme lui-même et le préparer à servir son pays dans les fonctions sociales qu'il aura à remplir ;

C'est enfin, dans une pensée plus haute, élever l'âme jusqu'à la vie éternelle.

Voilà le but de l'éducation. »

Par qui sont données l'instruction et l'éducation dans le Pensionnat.

L'instruction et l'éducation sont données par des maîtresses choisies avec discernement.

1. Elles ont reçu cette mission, non pas des parents des enfants — mais de Dieu lui-même.

L'enseignement est pour elles :

non pas inie position inat-'riclle — ni un simple attrait, mais une v'ritable vocation divine.

2. Elles ont accepté généreusement cette mission et cette vocation dont elles connaissent :

toutes les peines matérielles ; fatigues inévitables — veilles souvent prolongées — assiduité d'unesurveillance à peu près continuelle — études incessantes pour être au niveau des progrès

de la science — travail assujétissant, monotone, sans profit réel pour leur intelligence, à cause de la correction quotidienne des devoirs des élèves. toutes les peines morales :

formation des caractères souvent rebelles, luttes contre les mauvais penchants et les mauvaises volontés,

supportdes murmures, des ingratitudes, desoublis,

obligation pénible, mais nécessaire, de punir,

par conséquent, d'irriter des cœurs qu'elles aiment,

leproches souvent et ordinairement immérités de

la part des parents.

« Elles savent que l'œuvre à laquelle elles se dévouent, esinne œuvre de tous les jours^ demandant une application continue :

— Une œuvre de longue haleine, réclamant une attention soutenue et patiente.

— Une œuvre complexe qui, requérant de multiples sollicitudes, veut que toutes concourent et tendent au même but.

— Une œuvre délicate dont il est impossible de s'acquitter sans un savoir-faire instructif et une grande expérience.

— Une œuvre difficile qui exige, tout à la fois, la direction ferme d'une autorité irrécusable et le dévouement d'un amour sans borne. »

3- Elles ont été longuement préparées à cette mission, par des études difficiles qu'elles continuent toujours pour être plus utiles à leurs élèves.

4. Elles renoncent à tout profit matériel, à toute gloire humaine — ces deux grands stimulants du travail sur la terre — pour ne considérer c\}xiin devoir dans leur dévouement et que la récompense promise par Dieu après la vie.

s. Enfin, elles n'attendent que de Dieu — mais elles l'attendent avec une certitude qui fait leur joie — et qui est leur soutien — la récompense qu'elles méritent.

Conclusion.

11 y a dans les maîtresses qui dirigent un pensionnat — et dans chacune d'elles — deux personnalités qui se fondent en une seule dans l'enseignement qu'elles ont à donner :

L'Institutrice, L'Educatrice.

Instruction — Education, ce sont deux rayons qui sortent du même foyer : Vdme de la maîtresse*

comme sortent du soleil les rayons qui échauffent et éclairent, qui colorent et mûrissent en même temps. On peut les étudier séparément, voir séparément les effets qu'ils produisent, mais ils agissent ensemble...

Voilà pourquoi nous allons, dans un premier livre, nous occuper presque exclusivement de Védîicatrice.

Et, dans un second livre, nous occuper de V institutrice,

montrant à chacune d'elles, comment l'une et l'autre doivent se former pour être capable de remplir leur mission, et puis unir leur dévouement pour agir sur les enfants qui leur sont confiées.

Résumons, en quelques lignes, ce qu'il y a de particulier dans la mission de l'institutrice et celle de l'éducatrice.

\S Institutrice a pour mission spéciale surtout :

La formation et le développement des facultés par lesquelles l'homme voit — connaît — apprend — juge — apprécie — raisonne. — Ces facultés sont dites facultés intellectuelles.

\JEducatrice a pour mission spéciale surtout :

La formation et le développement des facultés par lesquelles l'homme sachant qu'il vient de Dieu et qu'il va à Dieu, veut lui obéir s'attacher à Lui, vivre sous sa dépendance — et le servir par tous les

moyens qu'il a mis à sa disposition — faire, en un

mot, son devoir quel qu'il soit.

Les facultés de l'âme dont l'éducatrice s'occupe

spécialement, sont la volontr et /a sensibilité. L'instruction meuble l'esprit, L'éducation, le cœur.

L'instruction donne l'essor à l'intelligence. L'éducation donne la vigueur à la volonté. L'instruction enrichit la mémoire et fait briller

l'esprit.

L'éducation donne la rectitude au jugement. L'instruction prépare et forme la femme savante. L'éducation prépare et forme la femme dévouée. L'instruction donne le savoir qui flatte. L'éducation élève le caractère et le plie aux exigences de la vie.

On le voit, ce n'est que par l'union de l'éducation

et de l'instruction que Winie se forme, se développe,

détruit ou affaiblit en elle ce qu'il y a de défectueux

— et la jeune fille devient ainsi, ce que Dieu veut

qu'elle soit :

un efre utile.

lï O T E s

Elever.

Quand un Romain devenait père, on déposait à ses pieds son enfant nouveau-né.

Si de ses mains, il le relevait de terre, l'enfant devait vivre, grandir, et devenir comme lui, citoyen de Rome qui commandait au monde.

Si l'enfant était laissé à terre, il devait mourir.

Parents chrétiens, vous dont le cœur est haut et les destinées sublimes, quand Dieu vous donne un enfant, prenez-le vous aussi dans vos bras, élevez-le vers Dieu, notre maître et le sien, faites-le regarder le ciel, but de son terrestre voyage ; et que cet acte d'oblation spontanée soit pour lui, comme pour le jeune Romain, l'emblème de la vie, mais de la véritable vie, de celle qui ne finit point !

Bientôt alors commencera une autre élévation, celle dont la première, faite au seuil de Texistence, n'aura été que l'image : l'éducation.

Père et mère chrétiens, choisissez alors des maîtres craignant Dieu ; par vocation ou par état, plus versés que vous ne l'êtes dans les voies de la vérité et de la science, ils achèveront votre œuvre, et feront de vos fils des hommes eu cœur droit, à l'âme virile, à l'intelligence ouverte, large et bien ornée, des hommes humbles, mortifiés, charitables;

des hommes d'action, d'abnégation, de dévouement ; des hommes utiles à leur patrie, fidèles à leur foyer, et ardents au service de Dieu.

Mais cela, ils ne le feront que si vous leur mettez entre les mains des enfants bien élevés. .

Si vos enfants sont gâtés — tout est perdu.

Parents chrétiens élevez vos enfants vers Dieu ! Un cœur d'or, une main de fer, une âme de feu,

Voilà ce qu'il vous faut, tout cela et rien que c^la.

1 1 Eduquer — donner l'éducation.

Ce mot signifie : tirer d'en bas — sortir d'un endroit inférieur et conduire en haut.

C'est tirer l'âme, l'esprit, le cœur de l'enfant :

1° De Vignorance dans laquelle il est enveloppé. ^— L'ignorance est comme une nuit. On ne voit pas ce qu'on doit connaître, ce qu'on doit faire — ce qu'on doit aimer ;

2° De l'esclavage, des choses sensuelles qui le pénètrent et l'accoutume à ne voir que par les sens — à na chercher que ce qui flatte les sens — à n'aimer que ce qui donne une puissance aux sens ;

C'est conduire l'enfant vers la vie de l'intelligence, du cœur, de la foi.

Instruire'.

Ce mot indique l'action de l'architecte construisant un bâtiment sur des bases solides.

La personne chargée d'instruire une âme d'enfant, doit avant tout, poser dans cette âme, ia vérité religieuse. — C'est le seul fondement sur lequel puisse reposer l'ordre général, — fondement immuable, sur lequel s'élève tout ce qui est bon, tout ce qui est grand, tout ce qui est utile.

Ceux qui le dédaigne, dit Rousseau, ôtent aux affligés la dernière consolation de leur misère — aux puissants et aux riches le seul frein de leurs passions. — Ils arrachent du fond du cœur le remords du crime et Vespoir de la vertu... Par elle-même, \-â. philosophie, c'est-à-dire l'instruction sans Dieu, ne peut faire aucun bien que la religion ne le fasse encore mieux — et la religion en fait beucoup que la philosophie ne savait faire.

On enseigne à l'école laïque, quelquefois même très bien, mais c'est tout, dit un homme du monde.

Et cependant, le maître d'école, doit remplacer les parents pour V instruction et pour V éducation des enfants.

Dans les lycées et dans les écoles primaires nous avons des professeurs et non des éducateurs : je n'accuse pas les instituteurs, ce n'est pas leur faute. Selon la parole de M. Gurnand, « ils ne sont pas tenus d'être héroïques. Ils enseignent... Ce sont des cerveaux ; ils parlent aux cerveaux ouverts devant eux, et s'efforcent d'y faire pénétrer avec leur science le goût du savoir. Mais il ne faut pas leur demander de former des cœurs et des volontés, de discipliner et d'orienter des consciences.

Ils pourront intéresser leurs élèves par un cours de morale éloquent, mais ce n'est pas dans un cours, dans un livre, SI bien faits, si entraînants soient-ils, qu'on apprend le devoir et la pratique habituelle de la vertu.

Seuls sont vraiment communicatifs l'exemple et les accents du cœur. L'exemple, ils le donneront quelquefois, mais ils ne donneront pas leur cœur. N'espérons pas qu'il y ait des exceptions ; entre eux et leurs élèves, ce contact affectueux qui rendra expansives des âmes jeunes et, par conséquent, avides de se livrer toutes ; n'espérons pas que jamais les élèves s'abandonneront, en toute confiance, pour la direction de leur vie ou simplement pour la recherche d'un conseil, au proviseur ou au professeur.»

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