PREMIERE PARTIE
formation de l'Éducatrice.
Formation de TÉducatrice.
ANS ces pages, nous nous occupons '-^l^yr^j directement de la formation de l'Edui^^A'^ii^ catrice, lui indiquant : ce qu'elle doit être, ce qu'elle doit savoir,
et comment elle doit communiquer son savoir, pour remplir la délicate mission que Dieu lui a confiée.
Cette mission est de former — au bien, à la vérité, à la vertu, — les âmes, les intelligences, les volontés des enfants à qui elle s'adresse, et, par là, de
faire de chacune de ces enfants des personnes vertueuses, utiles, dévouées,
et de développer, ce qu'on a appelé si justement :
le germe divin que Dieu a déposé dans leur âme.
Le sculpteur taille dans le marbre pour en faire jaillir un chef-d'œuvre, — Véducateur modèle les âmes d'enfant pour en faire le chef-d'œuvre par excellence : de vaillants serviteurs de Dieu.
Nous supposons :
1° que les maîtresses à qui nous nous adressons, ont été formées au point de vue chrétien et an point de vue religieux.,
qu'elles ont compris le besoin de leur union avec Dieu — à qui elle se sont données comme auxiliaires :
union par la communication de l'esprit : La prière.,
union par la communication de l'âme: La Sainte Communion,
union par la communication des œuvres: Le don de soi à tous ceux qui leur sont confiés, leur faisant du bien et se dévouant,
union enfin, de leur volonté à la volonté de Dieu, s'appliquant, parce que Dieu le veut, à l'étude régulière, forte, réfléchie de tout ce qui peut être utile aux enfants qui leur sont confiées : études religieuses, littéraires, liistoriques, scientifiques. — Ce travail intellectuel devient pour elles un devoir d\'tat duquel dépend leur salut.
Nous supposons :
2° que celles à qui nous nous adressons, ont accepté la mission d\'ducafrice et d'institutrice par l'effet d'une vocation spéciale,
qu'elles ont senti — inspirées par Dieu — un désir ardent de faire connaître Dieu, de le faire servir, de le faire aimer — de consacrer à cette œuvre, auprès des enfants, toute la puissance de leur intelligence, et toute l'affection de leur cœur — et que s'étant ofïertes généreusement à Dieu, elles ont entendu ces paroles qu'a sanctionnées le directeur de leur conscience :
Alle{, enseigne:^ ces enfants — apprenez-leur à me connaître, à me servir, à ni aimer . — Tout ce que vous fere^ à ces petits c'est à moi que vous le fere^ — c'est moi qui serai votre récompense.
Nous supposons enfin :
3" des études sérieusement faites.
Etudes couronnées par les succès dans les dififérents examens, constatant la science acquise et donnant le droit, par les diplômes obtenus, d'ouvrir un pensionnat, de le diriger et d"v enseigner les sciences dans tous leurs degrés.
Etudes, qu'on sent le besoin de continuer, d'actualiser, de perfectionner, de préciser, (ï adapter aux différentes classes d'enfant — de diriger surtout vers le but principal de la mission reçue : former des âmes, des intelligences, des cœurs, des volontés, des caractères.
Or, former une âme, n'est pas seulement l'embellir, la meubler, l'enrichir, lui donner de l'éclat. C'est faire d'elle :
1° une enfant de Dieti — qui connaisse Dieu — aime Dieu — obéisse à Dieu ; vivant, bonne et dévouée dans sa famille, sous l'influence de cette connaissance et de cet amour ;
2° un apôtre de Dieu — faisant connaître, aimer et servir Dieu autour d'elle et défendant Dieu dans la sphère où Dieu l'a placée ;
y un être utile autour d'elle — étant dans sa famille ce qu'est Yair pur et bienfaisant sans lequel on ne vit qu'avec gêne et contrainte.
— 37 ~ ce qu'est la lumière sans laquelle on reste dans
la tristesse et souvent dans le désordre, ce qu'est r^r/'rt' devenu fertile, qui nourrit par ses fruits — réjouit par ses fleurs — repose par son ombrage.
Former une âme — c'est ensemencer cette âme d'une semence forte et féconde qui, en se développant, apprenne à l'enfant :
à penser plus qu'à retenir,
à comprendre plus qu'à savoir,
à s'enrichir par des idées plus que par Vérn-
dition, à donner à l'intelligence de la largeur et des clartrs, plus que des mois spirituels et brillants.
Former une âme — c'est faire jaillir de cette âme ce qu'il y a en elle de beau, de grand, de divin — il y a de tout cela dans une âme. — L'Education n'est pas an sommet, elle est partout, elle est dans l'intime surtout — il faut aller jusqu'au fond pour découvrir et aider à sa croissance, le germe divin.
C'est — pour la maîtresse — avoir dans la pensée. comme régie d'action :
Toujours bien, Toujours mieux.
Toujours en avant. Toujours plus haut.
Après avoir exposé le but de F éducation^ nous dirons comment doit se former celle qui est appelée par Dieu à donner cette éducation, lui indiquant : 1° Les qualités d'une bonne cducatrice, 2° Les vertus spéciales d'une bonne éducatrice, y Les défauts que doit éviter une bonne éducatrice, 4° Les récompenses que Dieu réserve à une bonne éducatrice.
But de l'Éducation.
Le but de l'éducation, est
de rétablir — autant que le permet notre passage sur la terre — l'âme de l'enfant dans l'état où elle était quand elle' sortit pour la première fois, des mains de Dieu son créateur :
Etat d'innocence et de paix,
Etat de lumière et d'amour, qui auraient fait d'elle un enfant de Dieu toujours aimé, toujours aimant, toujours dévoué — rayonnant autour d'elle la splendeur, la joie, le bonheur...
C'est, de sortir l'âme de l'enfant, de l'encombrement qui la tient en bas, comme une esclave — et de Vélever en haut dans la région de la liberté sereine.
Oh ! qu'il est beau, qu'il est divin ce mot Elever, spécial à notre langue française et si profond dans sa simplicité.
Elever — a-t-on dit — c'est prendre quelque chose qui est en bas et le monter dans une sphère plus haute et plus pure.
Appliqué à l'âme de l'enfant : W'Iever, c'est prendre cette âme dans la bassesse, de ce terre à terre où elle est au milieu des nuages — pour la porter en haut où l'air est plus pur — où l'action de Dieu est plus active et moins entravée. ^
Ce mot élever a été trouvé si beau, si grand, si vrai, que nous lui avons sacrifié le mot écolier.
L'écolier est celui qu'on enseigne et qu'on instruit.
I. Les expressions bie7i ou mal élevées appliquées à des enfants, ne sont pas exactes.
Elever une âme, c'est la monter vers l'infinie grandeur, l'infinie beauté, vers la vertu, vers Dieu.
Or, un enfant qui a grandi sans Dieu n'est pas mal élevé. — // nest pas élevé...
Et comme l'a si bien dit un universitaire : La science ne se propose pas de nous rendre meilleur. Elle n'a d\%utre intention que d' accroître nos connaissances.
Seule, l'éducation élève.
Véléve est celui qu'on transforme, qu'on grandit — qu'on tire et qu'on fait sortir de sa petitesse et de son obscurité — c'est le sens du mot éducation (ediiccre).
Le grec avait peut être un mot plus heureux pour exprimer Yédiication, il disait : J'enfante (ra-oEw) — c'était l'enfantement à la vie intellectuelle et morale. La devise de tout éducateur, de tout éleveur d'âme, est le mot : Excelsior ,pliis haut : Plus haut que la science : La vertu ; Plus haut que l'honnêteté : La sainteté ; Plus haut que les honneurs : Le ciel ; Plus haut que le don des biens qu'on possède :
Le don de soi ; Plus haut que les combats pour la vérité : Le martyre.
11 la comprenait cette devise, ce savant, aussi modeste qu'illustre, Pasteur, quand il disait :
« Je voudrais que tout professeur se dise avec recueillement, en franchissant le seuil de sa classe : Comment élèverai-je aujourd'hui plus haut qu'hier^ le cœur et Vesprit de mes élèves ? »
Vous la comprendrez vous aussi à qui nous adressons ces pages — guides et auxiliaires de votre belle mission d' Educatrice.
Il la comprenait celui qui disait : Nous voulons que les jeunes filles devenues épouses et mères, portent dans leur ménage des principes de paix et d'harmonie.
Nous voulons qu'elles soient préparées pour vivre dans la famille avec des croyances qui les rendront capables de tous les dévouements et de tous les sacrifices. — Vivre avec le Dieu qui sera toujours leur force, souvent leur consolation, et qui fera d'elles sur la terre des anges de bonté, de douceur, de sollicitude — et quelquefois de patience, de résignation et d'héroïsme.
L'âme n'est pas un vase qu'il faut remplir, c'est un foyer qu'il faut échauffer pour qu'il échauffe à son tour.
]VIoyens pour réaliser le bat de l'Education.
L'Educatrice doit s'appliquer :
1° A détruire, à diminuer an moins les défauts — c'est-à-dire les mauvais penchants qui naissent dans l'âme et le cœur d'un enfant, comme naissent les mauvaises plantes dans un terrain abandonné.
Ces penchants portent l'enfant à désirer et à chercher ce qui flatte ses instincts ; et, petit à petit, l'entraînent à des actes qui compromettent sa dignité, son honneur, son perfectionnement et l'empêchent d'accomplir son devoir.
2° A faire naître dans l'âme et le cœur de l'enfant, et à cultiver les vertus — c'est-à-dire les penchants bons, généreux, utiles, qui lui font produire des actes bons, généreux, utiles, et qui affaiblissent et détruisent même les penchants mauvais.
Ces actes sont appelés vertus, parce qu'ils exigent une certaine force pour diminuer l'entraînement des penchants mauvais et produire les actes qui leur sont opposés.
3° A fortifier la volonté de V enfant — cette faculté de l'âme qui lui donne la puissance de combattre les mauvais penchants, et d'acquérir et de pratiquer les vertus.
4° A préparer la vocation de Venfant — c'est-àdire, la rendre capable de remplir la mission que plus tard, le bon Dieu, lui donnera. — Il y a sans doute pour chaque âme, une vocation qui ne se montre que plus tard — mais il y a aussi une/ormation d'âme qui la prépare, dès l'enfance — à ce que Dieu lui demandera...
5" A affermir la piété de l'enfant — c'est-à-dire, à établir entre son âme et Dieu, des rapports de soumission et d'intimité qui la rendent :
Eclairée par la lumière de Dieu lui faisant connaître ses devoirs ;
Forte de la force de Dieu, pour accomplir ses devoirs, malgré les obstacles ;
Aimable de l'amabilité de Dieu, pour répandre autour d'elle la paix, la joie, la consolation et le bon exemple.