AFFERMIR LA PIÉTÉ
La piété estpour l'âme d'un enfant, pour son cœur, pour son intelligence, pour son être tout entier, ce qu'est, pour ses poumons, l'air pur qui entretient sa vie matérielle.
La piété unit notre âme à Dieu, nous donne la vie divine, la fortifie, la fait épanouir en bonnes pensées, en bons désirs, en actes d'obéissance, de fidélité, de dévouement.
La piété qui a son foyer dans l'âme, rayonne sur l'être tout entier. — Elle est :
pour l'esprit, une habitude de lumières^
pour la volonté, une habitude de sacrifices^
pour la conscience, une habitude de droiture, pour le cœur, une habitude de dévouement, pour l'extérieur même, une habitude ào. paix, de bonté, d'amabilité.
O vous, à qui Dieu a confié l'âme d'une enfant, rendez-la pieuse,
faites lui connaître Dieu, aimer Dieu, servir Dieu, vivre sous le regard de Dieu comme elle
vit sous le regard de sa mère, chercher à contenter Dieu comme elle cherche à contenter sa mère.
Pour son Dieu et pour sa mère, ce sont les mêmes sentiments qu'éprouvent le cœur.
Pour la mère, ils sont plus sentis, parce qu'ils impressionnent les sens ; mais pour Dieu, ils sont plus forts, et plus puissants.
Le mot de piété s'applique à nos rapports avec Dieu et avec la famille ; on dit la piété filiale.
Il est d'expérience, dit un homme du monde, que quelque éprouvées que soient les femmes pieuses, elles sont beaucoup moins à plaindre que les autres. Il existe pour elles un refuge, où elles sont toujours sûres de trouver un appui. — Les femmes que Vidée de Providence ne soutient pas, tendent les bras dans le vide ; les autres, au contraire, puisent, dans les
— 8o — pensées religieuses le baume qui calme les agitations, apaise les anxiétés et entr'ouvre ce coin du Ciel où sont toutes les espérances.
La piété s'insinue dans une âme :
i" par la parole pieuse de tous les jours — de toutes les heures presque, qu'une maîtresse zélée fait entendre sans apprêt et qui laisse dans l'âme d'un enfant quelque chose de divin.
Les mots le bon Dieu, la Sainte Vierge, range Gardien, deviennent familiers à un enfant, comme les mots mon père, ma mère, mon frère, ma sœur.
2° Par r étude du catéchisme qui doit être faite avec soin, avec précision, avec amour aussi.
Nous n'avons pas à indiquer la manière de présenter la doctrine chrétienne aux petits enfants, et de la faire aimer.
Nous indiquons seulement un livre d'une exquise simplicité : Le pain des petits, par l'abbé Dupplessis.
3° Par la lecture du Saint Evangile, qui pieusement et affectueusement faite, peut laisser de si douces impressions.
L'Evangile a des images qui ravissent — des histoires qui captivent — des conseils qui s'insinuent fortement et suavement — des reproches qui
pénètrent sans blesser — des leçons qui se gravent profondément. — Il a surtout une oric^ pour faire comprendre les choses de Dieu.
Oh 1 que de bien peut faire à une âme d"enfant, une page du Saint Evangile, lue par une maîtresse pieuse 1
4° Par le récit des faits de l'Ancien Testament — de rhistoire de l'Eglise, de la vie des saints...
=5° Et à mesure que l'intelligence de l'enfant se développe, la piété s'insinue, plus profondément se grave et fait partie de la vie : par des conférences raisonnées et apologétiques qui doivent être faites chaque semaine.
La piété — qui n'est tout d'abord qu'un sentiment, s'aflfaiblit vite sous l'impression des choses matérielles — et quand la jeune fille, qui n'aime Dieu que par sensibilité, n'éprouve plus la douceur qui la charmait, elle laisse Dieu, elle laisse ses prières, elle laisse ses devoirs.
11 est donc nécessaire d'affermir dans son intelligence et dans sa volonté la piété de ses premières années.
Oui, la piété est utile à tout, dit saint Paul, mais l'apôtre ne dit pas qu'elle suffit à tout.
On vous a vanté la foi du charbonnier, cette foi qui accepte tout sans autre preuve que l'autorité du prêtre qui l'enseigne, de l'évéque qui enseigne le
prêtre, du pape enfin qui enseigne l'évêque, foi admirable qui dans la simplicité du charbonnier est, sans qu'il s'en rende compte, fondée sur ce qu'il y a de plus rationnel.
Elle est certes excellente pour le charbonnier, dit Ms^"' Dadolle, mais les enfants qui vous sont confiés ont d'autres devoirs, des devoirs envers Dieu, que n'honore guère une piété sans doctrine — elles devront plus tard rendre raison de leur foi — Vhonorer par de fortes vertus que ne remplacent pas les pratiques d'une dévotion inconsciente — souvent la défendre, — et toujours la faire rayonner sur leur famille et sur la société.
Vous devez donc les rendre capables de répondre, comme le demandait saint Pierre aux premiers chrétiens, à ceux qui leur demanderont raison de leurs espérances.
« En présence des erreurs modernes, a écrit Léon XIII, nous jugeons très utile et très conforme aux besoins de nos temps, que chacun dans la mesure de ses moyens, fasse une étude approfondie ' de la doctrine chrétienne... et soit ainsi armé contre les sophismes des incrédules. »
La doctrine chrétienne est, dit M^'" Dupanloup, en harmonie profonde avec toutes les nobles puissances et toutes les grandes facultés de fâme humaine.
Elle est :
Lumière d'intelligence pour l'esprit, Flamme de vie pour le cœur, Puissance encourageante et redoutable pour la
conscience, Loi immuable pour les mœurs, Autorité douce et ferme pour le caractère, Grâce et secours pour la vertu.
Q.ui ne comprend tout ce qu'elle peut pour le développement des facultés r
"Voilà bien clairement exposé le but de Vcducation et les moyens à prendre pour le réaliser :
Détruire^ diminuer au moins les défauts des
enfants, Ensemencer de vertus leur âme, Fortifier le tir volonté.
Préparer leur vocation, Affe r m ir leur p iété.
Et faire ainsi de chacune des enfants que Dieu vous a confiées, des chrétiennes d'abord, puis des apôtres.
La tâche est grande ; elle est glorieuse ; elle est difficile aussi et exige un dévouement de toutes les heures.
Offrez-vous à Dieu : et priez-le- de vous faire comprendre et accepter généreusement ce que demande xo'ito. formation.
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