EFFETS PRATIQUES DU BON SENS CHEZ UNE ÉDUCATRICE
Le bon sens — pour une éducatrice, — vaut mieux que la science. — Certes, la science lui est nécessaire, nous le dirons, mais le bon sens, uni à une science ordinaire, peut suffire bien souvent à une bonne direction de la vie, à son utilité et même à son agrément — et empêcher souvent bien des fautes.
La science est une lampe qui éclaire la route ; le bon sens la place où doit passer le voyageur.
La science est un foyer qui rayonne et qui chaufife; le bon sens est en quelque sorte le grillage qui empêche le rayonnement du foyer d'éblouir et sa chaleur de brûler.
Voici pratiquement, quelques effets du bon sens, dans la manière d'agir d'une éducatrice :
1. Le bon sens empêche à' agir trop vite — de vouloir trop absolument — à'exiger trop impérieusement.
2. Le bon sens rend : simple pour commander — docile pour écouter — persévérant pour essayer.
3. Le bon sens sait utiliser les facultés de chaque enfant — distribuer la science selon l'âge — adapter
- 9' — à chaque enfant une manière d'agir, d'après son tempérament, son caractère — lui donner des conseils en vue de son avenir.
4. Le bon sens sait concilier l'esprit de justice avec les récompenses ou les punitions — tout en ne blessant personne. — Il y a une règle générale pour tous, mais on ne doit pas l'appliquer à tous, avec la même rigueur. — Le bon sens donne le tact nécessaire.
5. Le bon sens sait tirer partie de toutes les circonstances prévues ou volontairement amenées — pour le bien général et le bien particulier des enfants.
C'est un événement — c'est un accident — c'est un fait ou triste ou joyeux — qui sert de motif à une leçon...
C'est une visite — une promenade qui n'est pas seulement une simple récréation, — mais pendant laquelle on apprend à l'enfant à voir — à r -^garder — à se rendre compte...
De toute chose, peut fleurir une leçon.
6. Le bon sens sait comprendre ce que nous pouvons exiger de tel ou tel enfant :
soit pour la longueur du travail imposé, soit pour la rapidité à faire ce travail.
Tous les enfants n'ont pas la même facilité.
Le bon sens apprend à faire plier un article dit règlement, sans produire ni secousse ni désordre.
7- Le bon sens nous fait patienter, n'exigeant pas que les enfants aient, tout d'un coup, de bonnes habitudes — de bonnes manières — réformant en une semaine ce qu'il y a en eux de défectueux — sachant parfaitement leurs leçons, etc..
8. Le bon sens rend prévoyants et précautionnés. La prévoyance voit les conséquences d'un acte —
par exemple, V effet que produit une punition donnée à une classe entière — ou une parole humiliante dite devant toute une classe.
Elle sait supporter, comme ne l'ayant pas vu, un léger désordre dû simplement à l'étourderie — elle sait attendre l'heure opportune d'une correction.
9. Le bon sens prévient les fautes pour ne pas être obligé de les punir... et, quand elles sont légères — ne risquant pas de donner mauvais exemples — il pardonne le plus souvent ou même fait semblant de ne pas les voir.
10. Le bon sens sait attirer la confiance d'un enfant, par son accueil bienveillant — il encourage — il conseille — il aide — mais n'écoute jamais une dénonciation et surtout n'agit jamais d'après ce qui lui a été dit, sans avoir minutieusement contrôlé.
11. Le bon sens empêche une maîtresse de laisser apercevoir les peines, les révoltes intérieures... qu'elle éprouve. — N'a-t-elle pas le bon Dieu pour confident ? Et le bon Dieu la laissera-t-elle sans mettre auprès
d'elle un cœur et une âme vraiment dévoués pour la relever et la soutenir ?
12. Le bon sens maintient une maîtresse dans une parfaite égalité d'humeur — ne la laissant pas agir par caprice :
tantôt punissant la plus légère faute, tantôt tolérant un réel désordre, tantôt passant tout à quelques enfants, tantôt sévère à Vexcès pour les mêmes fautes selon le plus ou moins de sympathie qu'elle éprouve. — C'est ce qu'on appelle Yesprit de suite, dans la direction générale, dans l'emploi du temps, dans la manière d'enseigner. On ne fait bien que ce qu'on /a// souvent avec méthode.
13. Le bon sens montre à une maîtresse la nécessité d'acquérir :
des manières aimables et polies qui attireront les enfants à elle — et lui permettront de s'insinuer délicatement dans les âmes et les cœurs, pour les former et les porter à Dieu,
un goût sur, pour apprendre aux enfants à voir, à sentir, à apprécier ce qui est vrai^ ce qui est beau, ce qui est délicat,
un tact fin qui lui montre comment elle peut pénétrer le cœur des enfants. — Le tact se rapporte plus spécialement à la formation du caractère, — le goût à la formation de l'esprit.
14- Le bon sens prémunit contre un certain esprit d'iitn ovation qui porterait à modifier ou à abolir, dès les premiers jours, les usages établis, ou à vouloir introduire, dans la maison où on est admise, ce qui se fait ailleurs.
Il faut présumer, jusqu'à preuve du contraire, que les pratiques existantes sont fondées sur de bonnes raisons.
15. Le bon sens empêche aussi de s'opposer à toute modification, par esprit de routine, sous prétexte que ce qui se fait — s'est toujours fait. — On doit toujours tendre à perfectionner la pratique des devoirs d'état, mais sous le contrôle et l'assentiment des supérieurs.
16. Le bon sens montre avec paix, après un insuccès — ce qui aurait dû être fait et comment il faudra faire dans les mêmes circonstances. Il combat surtout avec fermeté le dccoiiragewent dont nous parlerons plus loin.