COMMENT SE DONNE LA SCIENCE
Il y a, dit M?"' Dupanloup, plusieurs sortes de savoir :
1. Le savoir proprement dit, celui dont nous venons de parler — et qui s'acquiert par l'étude et par la réflexion.
2. Le savoir-dire qui attire l'auditeur et le captive — qui, par le charme de la parole, fait pénétrer la vérité dans Tâme, la fait aimer et lui vient en aide pour fructifier.
Le savoir-dire a des degrés, et n'est pas le même dans l'orateur qui veut entraîner et dans le professeur qui enseigne.
Celui, qui a pour mission d'enseigner, de faire ce qu'on appelle une classe, doit être clair, précis, intéressant toujours. Le geste doit être sobre ■ il peut être nul. Le ton de la voix doit être Jiannonieux sans affectation — incisifs quelquefois, ferme ; ne
craignant pas d'accentuer fortement une proposition, une démonstration, une parole, de redire les mêmes choses.
Les relies Je la dict'on données en classe sont pour l'élève autant que pour la maîtresse.
3. Le savoir-faire qui est le puissant auxiliaire du savoir proprement dit et du savoir-dire...
Le savoir-faire est sans doute un don naturel, mais il e.Kiste en germe dans toute maîtresse qui a la vocation de l'enseignement, et il se développe sous l'influence du désir de bien faire et des exemples donnés autour de soi.
C'est le savoir-faire qui met en classe ce qu'on appelle l'entrain — mot imagé qui montre toute une classe entraînée — fait suivre la maîtresse dans ses explications — fait apprécier, désirer, aimer tout ce qu'elle dit et tout ce qu'elle fait.
C'est le savoir-faire qui crée et entretient l'émulation pour les élèves.
L'émulation est un sentiment généreux qui excite à égaler, à surpasser même quelqu'un en talents et en mérites.
Elle est un puissant moven pour développer un esprit, former un caractère et fortifier une volonté.
Mais elle doit avoir pour but, non pas directement de surpasser les autres, mais
de bien faire, et de très bien faire, de mieux faire tous les jours,
de faire plaisir aux parents et aux maîtresses,
de devenir plus utile,
d'accomplir surtout son devoir — le devoir voulu par Dieu.
L'émulation alors est un élément de succès et de joie. Elle ne détruit pas l'amitié, mais elle l'entretient et l'anime. Elle fait lutter sans arrière pensée et la lutte est toujours utile.
Seuls, les petits esprits sont jaloux.
L'émulation a pour stiinulant :
1° Vcloge donné en public à l'élève qui a le mieux réussi,
à celle aussi qui s"e>t le mieux appliquée,
à celle qui sans avoir mérité la première place a fait des progrès réels.
Ces éloges doivent être justes, mesurés sans exagération, mais sans découragement aussi pour ceux qui ont moins réussi.
Ne décourageons jamais — une enfant découragée prend facilement 50« /'(îr// des reproches qu'on lui fait et des mauvaises notes qu'on lui donne — et elle peut devenir un funeste exemple pour les autres.
2" Les notes — l'inscription sur le tableau d'honneur — une pancarte indiquant le succès acquis (le bon point) — c'est Vcloge rendu permanent.
3" Les recompenses à époque fixe — ou ions les mois ou tons les trimestres — résultat, connu
d'avance, du nombre de bonnes notes ou de bons points.
Il faudrait que cette séance publique où sont, chaque mois, distribuées les récompenses, fut entourée d'un certain éclat : grande tenue, concours de toutes les maîtresses — musique et chant — scènes déclamées — lecture, pour les hautes classes, des meilleurs devoirs dit wo/5 conservés dans un cahier spécial — déclamations par les petites...
4° Les prix à la fin de l'année.
Nous indiquons seulement ces moyens d'émulation. Chaque maison a, dans son directoire, un mode d'action auquel elle doit s'attacher.
L'émulation a ses dangers. — Elle risque de développer le sentiment de l'orgueil — et de faire mépriser les autres.
Il est une émulation bien sainte, c'est :
Lcmnlation de soi-même — s'appliquer à devenir
meilleur aujourd'hui qu'hier — travailler mieux
aujourd'hui qu'hier... Cette émulation développe
les facultés, réforme le caractère, donne à l'éduca-
àtion morale une heureuse direction.