Diriger le cœur
Voici quelques moyens pratiques de diriger ce qu'il y a d'affectueux dans le cœur.
I. Forcer, doucement sans doute, mais toutes les fois que l'occasion se présente, — forcer l'enfant à partager ce qu'il a avec les autres — le prêter, le mettre comme à la disposition de tous.
Lui faire donner lui-même aux pauvres ce qui leur est destiné — et lui apprendre à se priver quelquefois pour donner.
Oh I l'amonr des panvrcs, acclimatez-le dans le cœur des enfants. — Accoutumez-les à faire la part du pauvre, chaque fois qu'ils reçoivent de leurs parents des provisions, des boites de bonbons... Accoutumez-les à se rendre les uns aux autres tous les petits services qu'ils peuvent se rendre.
Ne leur permettez pâ.?> de demander impérieusement ce dont ils ont besoin...
Les occasions de rendre un enfant bon, généreux, serviable... se rencontrent tous les jours.
C'est, un devoir exactement, promptement, bien fait — pour faire plaisir à la maîtresse.
C'est, un service à rendre, service presque insignifiant, mais utile.
C'est, une peine à épargner — une joie à partager — une consolation à donner entre compagnes d'étude et de jeux...
2. Mais dans cette formation du cœur, il y a des précautions à prendre.
Trop de caresses données ou acceptées exciteraient dans l'enfant, — nous l'avons dit, — l'instinct de la sensualité et pousserait à la passion.
Trop parler du plaisir qu'il y a à donner, accoutumerait à nètre bon que pour jouir. — 11 est nécessaire de montrer ce qu'il y a de beau, de grand dans le dévouement — de beau surtout et de méritoire dans ce qu'on appelle un sacrifice,
c'est-à-dire dans l'acte de se priver soi-même de ce qui plaît pour en faire jouir les autres.
Le récit d'actes de bienfaisance, d'héroïsme même, laissent toujours de bonnes impressions et éveillent des sentiments généreux.
3. Rien de plus important que la formation du cœur. — Toute sagesse, toute vie morale, toute vraie philosophie vient du cœur, et Dieu a résumé tous nos devoirs dans ce seul mot : Tu aimeras.
Cultiver le cœur, c'est donc lui apprendre à aimer, c'est-à-dire à se d''votier, à se prêter, à être toujours dispose à être utile...
Aimer, c'est voir ce qui est bon, c'est le vouloir., c'est \q faire.
Or, nous n'arriverons jamais là sans un secours divin — et ce secours nous le trouverons toujours dans la prière et dans la frrqucntation des sacrements.
m. L'amour du Beau.
Le beau est pour l'esprit ce que le bien est pour le cœur :
une joie qui l'épanouit,
une lumière qui l'illurrdne,
une paix qui le laisse dans l'admiration,
un attrait qui lui fait aimer ce qui le charme.
Le beau, c'est le vrai et le bien qui resplendissent : Rien n'est beau que le vrai, Rien n'est beau que le bien.
Mais il faut la réunion du vrai et du bien à un degré supérieur, dans un même objet — alors seulement on dit : C'est beau !
Le beau est distinct de Vagrcable, mais il est agréable — tout ce qui est agréable n'est pas, par cela même, beau.
Le beau est distinct du joli et du gracieux.
Le joli enferme avec l'idée du beau celle de la petitesse, il s'adresse à la sensibilité plutôt qu'à la raison.
Le beau élève l'âme et grandit ; il s'adresse à notre raison autant et même plus qu'à notre sensibilité.
Ce qui caractérise spécialement le beau, c'est l'admiration qu'il fait naître.
Nous n'avons pas directement ici, à parler du beau, mais à le faire aimer.