w afî-ce qui
« Afin que » est très souvent rendu en liégeois par afis' qui, dont on explique l's par le pluriel latin ad fin es, aussi légitime en ce sens (pie le singulier ad fi ne m. Il faut au contraire écrire afi-ce, comme le démontrent les textes suivants.
Nous trouvons en effet dans le Mistère de saint Quentin, récemment publié par M. Henri Châtelain (Sc-Quentin, 1908), plusieurs passages contenant afin ce <jue, avec un ce qui forme syllabe et ne peut être confondu avec s désinentielle :
vers 12969 : Affin ce qu'il ne se transporte
Hors de nos mettes et nos royes...
vers 12980 : Affin ce qu'il erainde ton nom...
vers 17067 : Affin ce qu'on les adnichile...
vers 18099 : Affin ce qu'en mortel oraige binent leurs jours
vers 2i5oo : Affin ce qu'on le puist bénir....
vers 23322 : Affin ce que nostre empereur....
Le pronom ce n'a pas dans cette locution de fonction justifiable. Selon toute probabilité, il s'est introduit là par analogie des cas où ce venait après une préposition : par ce que, pour ce que. On trouve dans le même mistère avant ce que, vers 240:11 : Avant ce qu'on y chante ou lise.
Cette constatation est de nature à expliquer bon nombre de locutions, wallonnes ou de dialectes voisins du wallon. Quand des écrivains, peu soucieux d'orthographe et d'ailleurs peu capables d'analyse, nous servent des usqui, des dousqui, des aïusqui, des quoissqui, etc., il faut reconnaître un pronom ce dans la sifflante qui précède le qui ou que. U faut donc comprendre et orthographier : ù-ce qui c'est? (Wavre) : oû-ce que c'est? (Perwez); d'oû-ce
(') Articles qui out paru, sauf indication contraire, dans le Bulletin du Dictionnaire wallon. Ils contiennent «les corrections et additions nombreuses.
qui to DÎns? (Laroche); oû-ce qu'est ç' tè là? (gaumais, où est ce temps là?); a-y-û-ce qu'il a brichôdé tout s bié (Quevaucamps,
/'.</«•</>., i3); èoû-ce qui i><>s couroz?, de où-ce <jui vos div'noz? (Namnr); tôt qwa-ce qu'on wat; dijozqwa-ce qui 00s v'ioz (Nainur); tant-ce qu'a ça (Fraraeries : .1. Dufrane, Œuvres, t. III, p. 5); tant-cequ'a m' mère (Mon s, De la Fourmilière, Lés four miches, p. i(Ji); in riéce qui ce sivat (Mons, Parab., 29). On trouve même ce après un premier ce : tout çô ce qu'il avoun (Bassilly, Parab., 121, à moins qu'il ne Taille iei se rabattre sur un ancien cest.
Après les interrogatifs, ce a peut-être une l'onction originel h; différente II semble qu'il faille non seulement rétablir ce, mais 'ce provenant de est-ce. On peut hésiter sur ce point, parce que l'on retrouve rarement dans le mot qui précède ce une trace d'un ancien est. Le gaumais dit : coumèt-ce qiïèle put tant causèy?; le framerison : combié-ce qu'il a bié d' tamps qu'il est o'nu au monde'/ Mais quand Namur dit : fyi se bin què-ce qu'îrè (Colson, Œuvres [). 65, écrit qu'ess'), là où il faudrait logiquement qui-ce qu'îrè, je crois devoir conclure à une fusion de qui est-ce en qu'est-ce. Le wice qu'on prononce de Montegnée à Weismes ne me semble pas pouvoir être expliqué autrement : j'y vois un où-est-ce devenu w-est-ce, weee, wice.