II. LEXIQUE (l
abaltrîche ou albaltrîche, wall. de Fosse lez-Namur, espèce d'hirondelle appelée martinet, Ce mot est formé de arbaleste e1 <lu suffixe -erèce. Difficultés de forme : i° on a la variante -eriche au lieu de -erèche comme dans livriche, bourriche, brasserich; ce sont des terminaisons picardes; 2° on s'attendrait à trouver en rouchi (sous-dialecte picard «lu Eainaut) *arbal'terèche, avec Isi réduit à //, en wallon *arbasierèce ou iibasterèce, avec Ist réduit à st. Ainsi à Bastogne la compagnie des arbalétriers s'appelait confrérie de Varbastrie (Tandel, Communes Luxembourgeoises, t. IV, p. 128). Les formes t'ossoises précitées sont donc empruntées au rouchi, comme il arrive souvent à Fosse. Nous n'en avons pas encore trouvé d'autres. Voyez toutefois le mot. suivant àbastreû. — Difficulté de sens : le sens premier serait donc : (oiseau ou hirondelle) qu i ressemble à une arbalète. Il y a en effet une comparaison analogue dans le mot wallon signifiant martinet : cet oiseau s'appelle à Verviers êrtchî, littéralement archer, non pas dans le sens du français archer, mais dans le sens adjectival de *arcarius, en arc, en forme d'are.
àbastreû, wallon, dans Gggg., II, 494 : (< système de bascule dans une machine à vapeur ». Est-ce un système arbasterez, c'est-à-dire en arbalète? En ce cas il faut sans doute prononcer àbastreû. Je préfère supposer une déformation du suffixe -erez en -ereu que de rattacher eu à -et uni on à -e(n)sem au mépris de la sémantique.
abaterèce, i° wall. liégeois : terme de mineur, sorte de haverèce pour abattre le charbon; 2" wallon de Givet, Dailly, Scry- Altce : cognée de bûcheron ; 3° à Stoumont : espèce de faux longue et étroite, BD 1908, p. 102. — Mot de suffixe différent de abate-
\ l>ré\ iations : B = Bulletin de la Soc. liég. de Litt. wallonne. BD = Bulletin du Dictionnaire wallon.
MM. Ilaust et Doutrepont ont relu mon premier manuscrit et m'ont signalé diverses corrections et additions. Je dois à M. Ilaust notamment les mots Bèvrèsse, Piètrèsses, bouterèce, rèperèce, f'uheréce, (rouwale) folerêce, (Ion/) hoûlerèsse, plazerê, ReceDrèsse. M. Doutrepont m'a suggéré une meilleure explication de fueresse ; M. Dewert m'a rectifié d'après le ms. l'explication de pineresse.
Ajoutons eu outre (pie M. Belirens a insère dans sa Revue quelques articles 'pli avaient échappé a M. Thomas, «pie M Ilaust en note encore une dizaine dans la Renie de Dialectologie romane, n° >.
rèsse, i°« chanterelle placée à une certaine distance en avant du filet; 2° faucheuse. Voy. HD 1906, p. 5i et 90.
ameresse, anc. -franc, et anc. -wallon. Les ex. de Godefroy, v° ameor, montrent (pie ce mot est d'abord adjectif, féminin de a nie or, anieur, par le suffixe -issa. Aux ex. de Godefroy. ajoutons celui-ci, du Liégeois Hemricourt : « en temps qu'il avoit environ de 70 ans d'eage, ilh s'acontat d'unne strangne femme..., .une povre ameresse pour amours... », édit. C. de Borman et A. Bayot, n" 845.
? ameret, franc dialectal. On trouve- petit ameret ou petit dameret, pomme de blanc» dans Rolland, Flore pop., t. V. p. io5. Le premier terme reste douteux, parce qu'il semble être une déformation du second. Le second est bien en -aricius et a été note par M. Thomas, p. 75.
armerez, anc. -français. Godefroy traduit armer et par: «qui a la passion des armes et de la gloire ». Le mot existe sous la forme armeret dans Du C avec une fausse définition : « galant, poli, qui cherche a plaire », laquelle montre que l'auteur rattachait ce mot a a in are! Au Gloss. latin, v" amaratus. il y a un texte de Froissart où armeret suit amoureux : (c noble, frisque, sage, amoureux et armeret avoit esté ». La qualité de galant étant exprimée par amoureux, armeret doit nécessairement signifier, pour compléter le portrait : propre aux armes, destine aux armes, adonne aux armes. Voyez d'autres ex. dans Godefroy.
apoyerèce, wall. de Viesville, étançon, littéralement : (perche) « appuyeréce ».
avalerèce, wallon. Toutes les définitions données sont gauches ou fautives: il faut les comparer pour atteindre le primitif. Gggg. définit par « bure (pie l'on avale, c'est-à-dire que Von est occupé à creuser », mais il ne s'aperçoit pas que on avale a le sens passif de est avalée, et que le mot. avec le suffixe -erèsse qu'il lui prête, ne peut signifier que l'actif a val eu se. Bormans, Voc. des houilleurs liégeois, écrit avaleresse et définit ainsi : « nom donné à la fosse pendant qu'on la creuse; riprinde i avaleresse d'on beur, en continuer [?] la construction, l'enfoncement ». Louvrex, II, 241. dit : « c'est un nouveau [?] bure que l'on commence [?| à travailler ». Delmotte. lassai d'un glossaire wall. (montois), I, 5o : « puits creusé pour parvenir à la première veine ou couche d'une houillère. Quand le puits coupe une ou plusieurs veines, on le nomme bure ». Ar. Carlier (Charleroi) traduit par « puits
d'aérage, fosse d'air ». Que conclure, de là? Riprinde Vaûaleresse don beiïr doit signifier : entreprendre par contrat la partie ou la besogne avalerèce d'une bure, c'est-à-dire la besogne de creusement en aval, suivanl la ligne verticale. Le sens adjectival est : qui concerne le creusement en aval, qui concerne l'action d'avaler ou profonder, connue dit encore l'ancien liégeois. Puis la partie avalerèce est à la t'ois le travail d'avalement, et le puits vertical qui en résulte. Donc, du thème verbal : avaler -f- -aricia. — - Le mot a passé du pays liégeois dans le Hainaut, témoin le texte de Delmotte ci-dessus, mais il s'est déformé en avarèsse à Baudour, I'resles, etc., forme notée par Doxy, B., t. 5o, p. 517.
averè, wall. de Charleroi, t. de bouilleur, pioche. C'est la forme masculine du liégeois hnverèce (voy. ce mot), preuve que l'un n'est pas plus un diminutif en -et que l'autre n'est un substantif d'action en -er-èsse.
aygreret, anc. -franc., Godefroy; mesure spéciale de grains dans le Louduuois, redevance d'une telle mesure, etc. Variantes graphiques du mot : aygreret, aggreyret, eguerret, esgarret, esgayrreyt! il me semble que ces variantes cachent un *agrerez, servant pour les champs, relatif aux champs, peut-être à un champ de surface déterminée (acre?), dont le rendement a pu servir d'unité de mesure. Du Cange donne, dans le même sens, agi* ère, agrier, a g ri ère, et il n'a pas les formes notées ci-dessus.
bachereche, anc. -wall., préposée à un bac : « a femme qui fut Clamen, jadit bachereche, et a ses hoirs », i438, Jos Halkix, Le bon métier des vignerons de la cité de Liège, p. 33 (= B., t. 36, p. 39).
baignerèche, anc. -franc., qui sert pour le bain. Godkfroy a l'expression « une cuve baignerèche » dans un compte de Aralenciennes de 1434.
bancherèce, anc. -franc.; dans le Gloss. franc, de Du Cange, p. 54, on trouve « coignée bancheresse : certaine cognée à l'usage des charpentiers et charrons ». Carpentier, dans le Gloss. lat. de Du ('., l'ait venir bancheresse de bancart, ce qui n'a guère de vraisemblance. L'exemple, repris par Gon., est : « le suppliant, tenant une coignée bancheresse, de laquelle il t'ai soi 1 ung essieu de charrete », 1448- J'interprète dans ce sens que cette espèce de cognée est opposée à celle du bûcheron; c'est une cognée propre a travailler au banc de menuisier. — Cf. Godefroy, v° bancheresse, et Thomas, v" bancherez, p. 73.
banneresse, anc. -wallon, porte-drapeau. Gggg. ne l'enregistre que dubitativement (II, p. 555), mais nous le retrouvons dans Halkin, Le bon métier des vignerons r/e la cité de Liège, p. :>7 (= B., t. 36, p. 35) : « le porte-drapeau ou banneresse, dont la fonction consistait a porter la bannière du métier lorsque celui-ci sortait en corps»; dans Poncelet. Le bon métier des merciers de lu cité de Liège, p. 6o (= B., t. 5o, p. 298), qui a un paragraphe sur le banneresse et qui renvoie au Bull, de rinstitut arch. liégeois, t. 26. p. 53. La graphie des documents est doublement fautive, puisqu'il faudrait -erèce au lieu de -erèsse, et la l'orme masculine -erez au lieu de -erèce. Comparez (coq) bruereche. Cette graphie prouve que le masculin se prononçait jadis comme le féminin. L'exemple de Godkfkoy, chevalier bannereche, 1 p> ■>. Mous, a aussi la forme féminine. — Ne pas confondre avec banneresse, femme du banneret.
barbierez, qui sert à < barbier » (bârbi), propre à faire la barbe. Thème verbal. Exemple de Du Cange, v° barbescere, repris par God. : <• De fait le dit sergent print le bassin barbierez du suppliant, dont il se aidoi! à user de son mestier ». i388. Godefroy a les variantes barbieret, barbiret, barberech, dont la dernière, ne contenant pas d'i, peut aussi dériver de ba r ba : propre à la barbe, pour la barbe.
baterel; batrel, picard, dans leMistere de saint Quentin, v. 12896, édition H. Châtelain : « assommer d'un batrel». Ce batrel doit être un pilon. Le mot est-il un vrai diminutif? C'est douteux: le sens est plutôt : (bâton) pour battre, c'est-à-dire pour concasser. Le pilon de la baratte est aussi un diminutif en wall. : bateroùle.
baverèce ou baverète, 1 bavette, 20 bavarde, à Prouvy (pays gaumais, partie lorraine du Luxembourg méridional;; baverète, bavette, à Gosselies, B., t. 45, p. 100, GIoss. de Wyns; id. à Charleroi, à Neufchâteau. Sens premier adjectival : qui sert pour baver ou plutôt quand on bave; d'où bavette. Comparez èscumerèce, èsemnerète pour le passage de -èce îi-ète. — Si le sens de bavarde n'est pas dérivé de l'autre, il faut inscrire baverèsse, fém. de buveur, à côté de baverèce, toile ou linge pour baver.
bergerez, anc. -franc., qui sert aux brebis, de brebis. Se trouve dans Dv Cange, y" bergerius : « baston bergerez, pastorale pedum, vulgo houlette», texte de 1398. Godefroy donne seulement bergeret, petit berger, et bergerois, de berger. Thomas, p. 88, a seulement bergerece, bergerie, ce qui est bien la forme féminine, avec, comme nom sous-entendu, le mot étable.
Bèvrèsse, lieu où est situé le cimetière de Malmedy (.1 rm. dol saméne, Bdalmedy, 1908, p. 3g). Il faut écrire bèurèce et expliquer le mol par : (place) propre aux bièvres. La commune voisine de ce lieu s'appelle Bévercé, en wallon Béuurcé. Bèvrèce serait simplifié <lc bèurerèce, comme piètrèce et d'autres.
bloeret, anc. -franc., drap bleu, Godefroy. Dérivé de bloe, bloi, bleu, employé substantivement; (drap) tirant sur le bleu. L'exemple de Gou. a bloerez : « petites rayes et bloerez d'icelle ville ».
bosqueret, anc. franc., donne par God. 1 omme signifiant petit bosquet Ce serait un diminutif singulièrement fabriqué. 11 serait au contraire tout à t'ait régulier de l'interpréter par bosquerez, (bois) en forme de bosquet.
bourriche, fiançais. On trouve dans le gloss. franc, de Dr C. les formes hétéroclites berroiche, borroche, bourroche, bouresche, boueresche, bourrache, bourroiche, burache, avec des définitions peu variables : ce sorte de panier; instrument en forme de panier, propre pour pêcher ». Tous ces articles renvoient au gloss. lai. v° bertavellus, où l'on peut mieux se faire une idée de l'objet par les exemples. 1827 : item li courgnon [nasse] des eliees [d'éclisses] que l'en dit bourroiche ne corra point en nulle saison » — « borroche, cistae speeies : une borroche de jonc plaine de poupées de lin et du lin filé ». — « Le suppliant print une pleine borroche de prunes, laquelle il getta à l'encontre de son frère ». La terminaison -iche de bourriche, que l'on constate d'ailleurs si variable par les formes précédentes, n'est pas irréductible à -èche. -èce. On trouve de même brasserich pour brasserech (Thomas, p. 95), brasserich id. 74) et, dans notre liste, abaltriche, livriche.
boutcheré, gaumais, Liégeois, Com.pl. du lex. gauin., p. 23. Il ne s'agit point d'une petite bouche, mais d'un exanthème propre à la bouche, venant autour de la bouche.
bouterèce, wall. du Condroz, sarcloir à manche employé dans les semis en lignes (eomm. de M Henri Gaillard, de Xeuvillesous-Huy). Dérivé du verbe bouter. Ce sarcloir est ainsi dénommé sans doute parce qu'on le pousse devant soi par petites secousses. Ailleurs on l'appelle rèperèce. Voy. ce mot.
1. bouveret, un des noms du bouvreuil ou pyrrhule vulgaire. On trouve aussi bouvier, bouvereuil, bouveron, bouvereu x . Gaston Paris a écrit un articulet sur ce mot (cf. Mélanges linguistiques publiés par Mario Roques, p. 5i5). Le bouvreuil.
dit-il, n'est point par son nom un petit bœuf, mais un petit bouvier. Je crois qu'on peut aller plus loin et voir dans bouveret, bouvereux, etc., des divergences d'un primitif bouverez. L'oiseau bouverez (bovaricius) est l'oiseau qui accompagne le bœuf. C'est moin- poétique, il est vrai, que le petit bouvier de <L Paris, mais c'est certainement plus juste que le petit boeuf de Littré.
2. bouveret, anc.-franç., terrain propre à être labouré par des bœufs. Carpentier, dans Di C, v° boverius, définit ainsi : <c ipsa agrorum cultura, quia bobus exercetur » (une couture, en ce qu'elle est labourée par des bœufs). Les exemples qu'il donne ne laissent aucun doute sur le sens ni. par conséquent, sur le suffixe : « trois courvées de cherrue l'an, pour aidier à faire nostre bouveret de Joinville » u354) : « cinq corvées de bras è> bouveres d'icellui prieur » (I491)- — Lorrain : bouverot. — M. Thomas, p. 88, a bovareza, chemin des bœufs, et boverecc, bouverie. — Le Bouveret, village sur la cote S.-E. du Léman.
bozerez, de Thom \s. p. 74. existe sous les formes i° Boseret, 2° Bosret comme nom de famille d'un chansonnier namurois, et 3° Bosseret, nom de famille à Namur, dans Halkix, Le bon métier des vignerons, p. 6<). Le sens donné par Godefroy, « sali de bouse» du thème bouse, wallon bosse (boue), ne rend pas compte du suffixe. Il faut partir de : t'ait pour la boue, qui aime à jouer, à se vautrer dans la boue. Mais le sens a vite passé de la destination au résultat. Il s'en est suivi un verbe se bouserer . On ne peut en tout cas considérer boseré comme le participe passé de ce verbe : les anciennes graphies bouseret, bouserez (cf. God.) s'y opposent.
bruereche, anc.-wall., de bruyère. Le mot est dans la Lettre des Venalz ( 1 3 1 7 ) , étudiée par Gggg., B., t. VIII, ne partie, p. 7. Il note les variantes coq bruereche, cocq bruerece, kock brureche. kok broueche et cok brieche. Dans les deux dernières, un re en abréviation a dû échapper aux copistes. Les ex. de Louvrex, qui ont tant intrigué Gggg., kockeuerele, etc., se résolvent aussi en cocbreuerece et les conjectures de Gggg. sont inutiles. — On confond déjà en i3i7 la forme féminine avec la forme masculine —Je trouve dans J.-S. Renier, Histoire du Ban de Jalhay, t. II, p. 254, que le coq de bruyère est appelé broultea ou coq de fangne. Ce broultea a bien l'air d'un brouerece mal lu. — bruerez est pour ::br uye rerez : il y a superposition des deux re.
bucheret, anc. -franc, instrument pour pêcher. Synonyme buckière. Dv C. v° bnchia, a l'exemple :« lesquels tirèrent
ai ii ta aef au chable pour pescher au bucheret », i47--
ti 3FROY définit buchière par « bramail, engin de pèche »,
mais bucherel manque. Le sens primitif reste indéterminé; le thème est-il le germ. bue, comme dans trébuchet, ou de la même racine que 1) ù c h e ?
bûrèce ou bû"'erèce, patois gaumais (lorrain du Luxembourg méridional . dans l'expression sèle bùrèce, LIÉGEOIS, Lex. 1^:111mais, p. 171. trépied pour lessiver (buer). — Ajoutez les notes de M. Thomas, p. o,5 et 102. — A distinguer de bûrèsse, lessiveuse, usité en gaumais, en rouchi (Sigart, p. io3); en wallon boiverèsse, bouwerèsse.
cendresse, anc. -franc, ad/., de couleur de cendre, Godefroy. Est-ce le féminin de cendrier, cendré, adj.? ou est-ce une réduction de cendrerèce, tiré de l'expression de couleur cendrerèce, de couleur relative à celle des cendres? L'exemple suivant, de Godefroy, ré ont le problème en faveur de la seconde hypothèse : » Si vint un hom qui portoit pain — Si coin de cendresse couleur », De S' Brandan, Jubinal, p. 116.
chambereche, anc. -franc., est défini par le gloss. franc, de Du C, p. 87, « cens ou rente que la Chambre du seigneur lève sur les terres de ses vassaux »; par Godefroy, « so:te de chambelage payé pour la terre elle-même ». Le sens propre est : (rente) relative à la Chambre, et la forme devrait être chambrereche. On peut saisir sur l'exemple suivant le moment où le sens adjectif se brouille : « Encor i a li cuens rente de terre k'on apie'e de chambereche », 1289, Lille.
chauderet et chaudret, IV. , Dict.. gén. d'après Savary, Dict. 'lu Commerce, 1723. On ajoute qu'il « semble dérivé de chaudière ». Au contraire, il n'y a pas la moindre analogie de signification. Le sens est : < cahier de feuilles de baudruche (var. de velin, v° eaucher) entre lesquelles on place les feuilles d'or, d'argent, déjà amincies par deux battages successifs (cf. v° eaucher. ca/care), qu'on enferme dans une enveloppe de parchemin pour les soumettre a un troisième battage ». Ce sens fait penser a une dérivation de chauder ou chaude. — Il n'en est pas de même de chauderete (God), petite chaudière. — Quant a chaudrette et caudrette, définis par le Dict. gén. « filet en forme de poche, monte sur un cercle, qui sert à pécher le crabe, le homard, etc. ». il es1 possible que par analogie de forme le nom de « petite chaudière » ait été donné au filet cerclé.
chaufferette, franc.; côfrète, Calvados; eschauferetie Godefroy. Le diminutif paraît aussi peu justifiable que dans cheumerette ou passerète, mais trouve-t-on dans quelque patois chaufferesset
cheûverèce, wallon, dans l'expression fwate (?) cheûverèce, que le dict. namurois de Pirsoul t. I, p. 274, définit « grande fourche en bois, à deux dents, dont se sert le batteur en grange pour relever la paille ». Faut-il lire fwane cheûverèce, fourche destinée, non à chover (balayer), puisqu'on ne balaye pas avec une fourche, mais a relever les cheûves (fanes ou tiges)? Ou y a-t-il une méprise plus forte? Cf. fènerèce et heùrèce.
chiter^, gaumais, basse carte, a Virton : Mais, Dict. manuscrit; à Tintigny : Liégeois, Lex. gaum., p. 110. Du verbe chiter, foirer, on du substantif chite, diarrhée. Ce mot énergique devrait signifier : papier destine a la chite. — Cf. hiterc.
ciergeret, anc. -franc., chandelier pour cierge, Godefroy. Le diminutif n'a aucune raison d'être; il faut rétablir ciergerez, instrument pour supporter des cierges. Un ciergeret diminutif ne pourrait signifier que petit cierge.
clouk'terê, wallon du Condroz et de i'Ardenne, alytes obstetricans, litt' grenouille ou crapaud propre à clouk'ter. Cf. Gggg., II, 43, v" lurtai, et Defrecheux, ]'oc. des noms wall. d'animaux, v° lurtai.
colèrèce, anc. -franc, et franc, dialectal, dans paelle couller esse, ustensile qui sert à couler 1111 liquide. Thomas, p. 76, a placé par mégarde colère/, parmi les thèmes nominaux: il a d'ailleurs colèrèce parmi les thèmes verbaux, p. 107. Il signale en patois actuel de Pont-Audemer cou 1er esse ou couler et te, passoire. La l'orme couleresse existe aussi dans le Dict. gén. de Hatzfeld et Darmesteter avec le sens de « cuve employée dans les raffineries ». — Godefroy a encore coulerel, coulisse, où le suffixe et n'est guère justifiable et ne paraît pas primitif.
côperèce, i° wallon, scie horizontale des scieurs de long, A. Body, Voc. des charrons, etc., p. 78. Le sens est scie destinée à couper. C'est une scie à deux manches verticaux, à dents très espacées, plus destinée à couper qu'à scier. — 20 On trouve dans Haillant, Flore des Vosges : herbe de copresse et herbe de copesse pour désigner Vachillea millefolium L. Le premier terme parait être le résultat d'une contamination de herbe côperèce, h. pour quand on se coupe, avec h. de côpèsse, h. de coupure.
côpera'-fiêr, à Faymonville-Weismes, Wallonie allemande, dans .1. Hast in, Vocab. de Fa,ymonville, p. u3, (= Bull., t. 5o, p. 555). Bastin le définit : « Passe-partout, grande seie avec une simple poignée à chaque extrémité, scie de long horizontale ». Littéralement « fer couperez », destiné à couper.
coquerez, existe sous les tonnes coqueret, -ette, elle, etc., en wallon coquerê ou cokrè, avec des sens multiples. — coquerê i° le séneçon vulgaire, senecio uulgaris L., qu'on donne à manger aux oiseaux en cage; -2° le champignon appelé chanterelle; 3° la pièce en métal, en forme de coq, qui surmonte le clocher d'une église; 4° le gros chien d'un fusil a pierre, qui avail la forme d'un coq : Bury, Gloss. des graveurs sur armes, dans 1!., t. 2<), p. 3i4- Définition et dessin dans le Compl. nu voc. de l'armurerie liégeoise, de J. Closset, B., t. 34, p. 18G. — Pour le ti° 1, le sens originel est : destiné au coq; pour le n° 1, la chanterelle ou girolle est en forme de coupe, elle est jaunâtre, elle est comestible : rien là de particulier au coq; mais Baujiin, Pinax, 071, l'appellait fungus angulosus et uelut in lacinias dissectus : c'est parce qu'il devient lacinié en crête de coq qu'il a reçu le nom de coquerê; pour les nos 3 et 4, le sens est : en forme de coq. Le Dict. gaum. tus. de M vus traduit par « petit coq », en wallon coque : c'est alors diminutif. — coqueret = i° senecio uulgaris, Rolland, Flore pop., t. VII, p. 24; 2° une espèce de pomme, ibid.,t. V, p. 180; 3° une pièce de montre à verge, Paulus, \'oc. de l'horlogerie, B., t. 42« P- 377. Le manuel Koret de l'horloger, plus explicite, appelle coqueret : i° une petite pièce de laiton ajustée sur le coq et dans laquelle est le trou où pivote le pivot du balancier; 20 une petite plaque d'acier servant a fixer sur le coq un contre-pivot en pierre ou servant ellemême de contre-pivot. Dans les montres, le coq est la plaque qui recouvre le balancier; elle est en forme de coq ; mais le coqueret n'est pas un petit coq par la forme; son nom provient de ce qu'il accompagne le coq et s'ajuste sur lui. — coquerette = cardamine des prés, dans le Haut-Maine, Roland, Flore pop., t. I, p. 239. Le sens doit être : herbe pour les coqs, interpréta tion justifiée par d'autres noms de la cardamine pratensis : pain d'oiseau, pain d'alouette, ("est une crucifère de la nature du cresson. — coquerelle, coqueret, coquerette est l'anémone pulsatille, i>uls;iiilhi vulgaris Mill., dans l'Aube, la II"' Marne, la < ôte d'Or. Dans la Meuse on dit couchiri, coucheriu, -cricu, ■cru, -ereu, -eriol, Rolland, Flore pop., t. 1, p. 16. Toutes ces
formes nous montrent coque rez passant à d'autres suffixes. — Le wallon câcarète est peut-être encore une forme de coquérette.
côrèce, wallon, dans rêne-côrèce, grenouille verte. Le liégeois dit rêne-côrèce on côrète. Gggg. I, 125 enregistre comme namurois côrète ou côrase. Le gaumais dit réne-côtète, Liégeois, Lex. »-au m , p. 118 et Compl., p. in ; r. cawrète à Musson. Le champenois et le lorrain ruine côrasse, le normand raine coudrette, Rolland, Faune pop., t. HT, p. 74. Voyez d'autres indications au t. XI, p. 146. notamment caurresse, ane. -français. Defbecheux, Yoc. des noms wall. d'animaux, a aussi coiirresse, mais sans indication de localité. 11 n'est pas douteux que ces formes ne soient issues de corylus, coudre, en wallon côre -f- le sutï. -aricia. Le sens est donc : grenouille qui fréquente les coudriers. (T. Thomas, p. 7"). v° eoldrerez. Delmotte, II, p. 569, qui fournit la forme raine corache, ne manque pas d'ajouter que ce surnom vient a la rainette de son coassement*. — Corette ou corrette, anc. -wallon, gelinotte, gallina corylorum, est en réalité le même mot que le précédent. On le trouve : 1" dans la Lettre <les Venalz de 1017, dont Gggg. s'est occupé dans B., t. 8, 2e partie, p. 8. Variantes des manuscrits : coerrette, corcette, corecte, coret, courette; 20 dans J.-S. Renier, Hist. du Ban de Jalhay, II, p. <)2 : « Etant allé vers un créancier pour le fléchir en portant six poulets, il les a estimes a rien et m'a rebouffé très bien. Lui représentant les misères des guerres, maladies et dissenteries, il me dit que, si je lui faisais présent de six corettes, il aurait patience », i683.
costeret, anc.-franc, charge, panier, Godefroy ; costeré, espèce de vaisseau ou hotte pour la vendange, Du ('. Je conjecture qu'il s'agit d'un pani er eosterez. qui se porte sur le côté, laissant les deux mains libres pour cueillir les grappes. Godkfroy donne encore costereau, celui qui est a côté, où le diminutif n'a que faire et peut être une maladroite francisation, et costeret, costerot, (cousteret en plus dans Dr Ci, mesure de vin, d'huile ou d'autre liquide, sur Lesquels il est plus difficile de motiver un jugement. — Comparez cwèsterè.
[costrê, wallon, trésorier d'église. -Mot de même racine que l'anc. -franc, coustre, marguillier, du lat. custor = custos. Est-ce un diminutif en -ellum, ou une réduction de costrerez, au sens de : relatif au marguillier ou au sacristain? Costrerez se comprendrait mieux de choses afférentes à la personne du coustre; d'autre
part, il semble que le sut fixe -é a simplement pour but de donner du corps au mot .]
coterê, wallon : i" cotillon ; 2° toison, Dasnoy, p. 295 ; ; épervier, espèce de grand filet affectant la forme d'un cône tics évasé, A. Jacquemin, Voc. du pêcheur, B., t. 29, p. 256. L'ancien wallon dit cot rcal : Bormans, Le bon métier des drapiers, p. toi, Documents divers, B., t. (i, p. 107; l'ancien français dit coterel. cotte; d'arme; il est donc possible que coterê soi 1 un diminutif en -er -ellum. Le sens 3 n'y répugne pas : le filet de pèche a pu être comparé à un de ces jupons courts et «vases de paysanne. Néanmoins j'en doute.
coûrerèce, wallon : r° rifflard ou demi-varlope, Ggug., I, p. 342; repris par M. Thomas, p. 107 ; Body, Voc. des charrons, dans B., t. S, p. 79, donne des explications sur ce sens. De même Mathelot, Voc. de V artisan-maçon, B., t. 11, p. 77, définit par demi-varlope, servant à enlever la superficie grossière du bois. 20 Outil en fer muni d'un manche pour tracer des moulures sur le moyeu, Body, o. c, ibid. ; 3° Grande carde que l'on employait pour dresser le poil d'une étoffe. Bormans, Le bon métier des drapiers, même Bull., p. 253. — Bormans, qui part du sens de varlope, voit dans le terme du drapier un emploi analogique. 11 fallait partir du sens adjectival : destiné à courir. Tout ustensile, approprié pour courir sur un certain fond, si variés que soient sa forme et ses effets, peut être dénommé courerez ou coûrerèce.
courseret, anc.-franç., voiturier, roulier, Godefroy. Sens premier : pour faire des courses, pour courir.
coûterèce, wallon liég., verv., état de ce qui est trop court; employé surtout dans l'expression coûterèce d'alêne, haleine courte. Sigart, p. i32, écrit courteresse ; Delmotte de même, avec le sens de déficit; Vermesse courtreche eteourtresse. M. Thomas, j). 36o, donne corterecc comme un mot à suffixe -aricius. Deux choses cependant contrarient cette opinion :
i° Le mot serait formé d'un adjectif, non d'un substantif ou d'un verbe; 20 le sens est le sens abstrait des mots en -esse, -i s s a.
La première objection atteint encore les mots long'ueresse, sécheresse, forteresse. Mais e° pour forteresse, les Bénédictins ont ajouté au Du ('ange primitif un fortaricia latin de l'an 1210, un fortareza provençal de vers 1173. Le mot semble donc de formation baslatine et tiré — non directement de l'adj. n. pi. devenu subst. 1. s., qui aurait donné forcerece, — mais du singul. forte, c'est-à-
Jire d'un adjectif à valeur substitutive, une époque où l'on sentait Micore forte dans Eortia; 2° pour sécheresse, il va l'italien secchereccio, qui signifie d'abord bois sécherez; et je ne sais au surplus si le français sécheresse doit lui être assimilé et n'est pas plutôt un mot abstrait en -esse; 3° longucresse est un ternie de sarrier — non abstrait — qui n'est pas nécessairement le même .pue longuesse, bien qu'on ait pu souvent les confondre. Est-il tiré Je longueur, avec le sens : suivant la longueur, ou de long substantifié? Le cas de courterèce paraît ressembler beaucoup a celui de sécheresse. Le mot n'est pas un terme si abstrait que les dictionnaires wallons le t'ont croire. Il est aussi adjectif. On peut dire d'un asthmatique : il est coûtràc(e) d'alêne, e'est-àlire il est — tirant sur le court — au point de vue de l'haleine. À. côté de c< coûtress d'aleinn », Remacle2, I, p. 404, écrit sans s'y arrêter <> coûtress-ideinn » : remarquons à sa place que coùterêce -st encore adjectif dan- cette expression, mais nous achemine vers le substantif au point que Remacle ne perçoit pas de différence. De même, en italien, secchereccia a bien passe jusqu'au Stade de substantif abst rail : car. ,-i l'on peut douter que coûtrèsse, 3. I'., soit le même mot que coùterêce, adj. m. et fém., on ne peut louter en italien, parce qu'il n'y a pas moyen de confondre aricia devenant -ereccia avec -itia qui devient -ezza.
cramerèce, wallon, Charleroi; t. de mouleur : palette en fer ivec laquelle on enlève les scories hors de la poche. L'ouvrier j'appelle crameû (écrémeur); il se sert de la palette cramerèce. J emparez houmerèce.
coveret, franc., dans Lanessan, Botanique, p. 2 : «On place >ar dessus le tout la lame mince de verre connu sous le nom de 'oueret ». Le mot n'existe ni dans Goi>. ni dans le Dict. gén., îi dans Mo/.tx. C'est sans doute un terme dialectal élevé par [uelque savant à la dignité de terme technique. Pour coorerez, lestiné à couvrir, bien que n'ayant pas la forme d'un couvercle.
crènerèce, wallon. En combinant les renseignements partiels le Lobet, 3ii (repris par Gggg. II, 3o2. v" ricranner); Body, Voc. des couvreurs, B., t. 11, p. i5o; Body, Voc. des tonneliers, B., t. 10, p. 243; Jacquemin, Voc. du serrurier, B., t. 16, p. 224, m peut répartir en deux sortes les outils de ce nom : i° outil des ouvriers du fer et autres métaux appelé scie à refendre : hune le fer ou d'acier, dentée, munie d'un manche pour fendre et liviser la tôle, le zinc, les tuyaux de plomb, etc. Cf. ricranerèce: 2° feudoir des ouvriers du bois, etc., vanniers, cordiers, jardi-
niers. Lobet donne encore : fil de fer avec lequel le potier de terre détache l'ouvrage de dessus le tour. Mais c'est l'habitude de Lobet de copier et de donner comme sens ù un mot wallon lout ce qu'il trouve de significations à un ternie français correspond, int Le sens général est donc outil destiné a faire un cran ou entaille. 11 faut sous-entendre laine ou sôye.
crèsterèce, wall., brique faîtière de forme particulière, littéralement : propre à faire la crête, crèsse.
cueilleret, anc. -français, registre du receveur, Godefroy. L'expression première doit être registre cueillerez, registre pour le cueillage ou levée des impôts, par opposition à des registres d'autres attributions.
cwèsterê, liég., verv., mal m., cwasterê, ard. , correspond à l'anc. -franc, costerez, fém. costerèce, que M. Thomas explique p. 75, 83, 89. Le sens général est : formant côte, disposé à la façon de la côte embranchée à l'épine dorsale, puis formant côté, ce qui est déjà une divergence. È cwèsse en wall. signifie de travers, en travers, obliquement, de côté, en anc. -franc, costerècement, qui est dans Baudouin de Condé. Sens spéciaux : M. Thomas signale deux sens (pie nous n'avons pas encore retrouvés en wallon : i° les côtes de l'aile du moulin à vent; 20 les madriers faisant partie d'un métier de haute lice, plus précisément : les côtes des deux ensubles, qui soutiennent ces ensubles à leurs extrémités; 3° quant à cotret, que M. Mosenviller fait venir de courteret (Cf. J. Haust dans Mélanges Knrth, II, p. 319, n. i), et dont le Dict. gén. déclare ignorer l'origine, bien qu'il note les formes anciennes coteret, costeret, M. Thomas n'a pas de peine à y retrouver un primitif costerez. Je crois seulement que la filiation des sens doit être modifiée ainsi : branchettes qui sont les côtes des branches et que le bûcheron détache pour en faire des fagots de menu bois. C'est au pluriel que le mot signifie collectivement fagot.
Le wallon possède cwèsterê dans le sens de clou à tète allongée et à deux pointes dont ou ferre souvent le talon et le bout des gros souliers de travail, Trillet, Voc. du cloutier, B., t. 5o, p. G3i. L'abbé Bastix, Voc. de Faymonville, B., t. 5o, p. 557, note plus étymologiquement qu'on en garnit les bords des semelles et des talons. En effet, on place au centre des clous à une pointe. Mais, ce qu'il faut surtout dire, c'est que ces clous à deux pointes sont places transversalement au bord. La définition de Kinable, Gloss. du cordonnier, B., t. i>4, p. 281, est en partie erronée.
Ce cwèsterè est originairement adjectif : son substantif nous est fourni par une expression clà cV cwèstrê, -- déformation évidente declà cwèstrê, — que donne Body, Voc. des charrons, etc., B., t. 8, p. 74.
cwèsterèce, liég. ; cwasterèce, nam. ; costerèce, rouchi : Sigart, p. i3o: costerèce, Frameries : J. Dufrane. Sens spéciaux : i° terme de mineur : des définitions vagues ou embarrassées de Louvrex, II, p. 242; Bormans, Voc. des houilleurs liég., B., t. 6, p. 176; Delmotte, Essai d'un gloss. wall., p. i54; Sigart, p. i3o, nous inférons que les voies dites cwèsterèces sont des voies qui débouchent transversalement sur une voie principale, montée ou vallée. Sur ce dernier point, Louvrex distingue des coistresses de montée, II, p. 252, et des coistresses de vallée, II, p. 2"î3. Les cwèsterèces sont reliées aux galeries principales comme les côtes sont reliées à l'échiné. — 20 ternie de charpente : arêtier, pièce de bois qui forme l'arête de la croupe d'un comble. Viène di cwèsterèce, panne d'arêtier, Body, Voc. des charrons, etc., II., t. 8, p. 76. A Hervé, on dit aussi plantche di cwèstî. — 3° terme de couvreur : angle saillant d'un toit, bords latéiaux de la toiture, Body, Voc des couvreurs, etc., B., t. 11, p. 148. — 4° rampe à jour d'un escalier portatif, Gggg., I, 120; II, 5i6, 067. C'est simplement la partie de côté de l'escalier. — 5" pomme à côtes, Gggg , I, 120; calville des prairies d'après Bastin, \~oc. de Faymonville; espèce de pomme sure, dit vaguement Pirsoul sous la forme namuroise cwasterèce, écrite coist cesse. A Charleroi, d'après Ar. Carlier, on dit juin d' castrèsse, eastrètche, cwast cesse, castrèfe. — 6° employé adverbialement, par ellipse, dans a) d" oisèy costerèce, parler à côté de la question, parler sans savoir de quoi il s'agit : Frameries, L. Dufrane; b) tapèy costerèce, t. de mineur : dans des bouveaux trop étroits, abattre le charbon en frappant avec le pie derrière soi par dessus l'épaule : Frameries, id.
dismeret, pour dismerez, ane. -franc., Godefroy; relatif a la dîme. « Veau dismeret » dans Du Fail. -- dismeresse, pour dismerèce, où l'on recueille la dîme, Du Cange. — dismeré, subst. : « Nous avons un petit dismeré au ban d'Aul fiance, dit le petit dismeré de Villers », 17/p. Terrier de l'abbaye d'Orval,dans Tandel, Communes luxembourgeoises, t. III, p. n65.
djamberèce, wallon, t. de batellerie, syn. de plat-boûrd, en franc, plat-bord (Charleroi, Ar. Carlier, Dict. wallon, dans le journal L' coq d'awous'). Gugg., II, p. 53i, définit ainsi : « Jam-
bresez [au pluriel], planches mises à plat, qui forment le bord supérieur d'un bateau et qui débordenl vers l'intérieur » ; il donne comme syn. fyondrèce. Le mot donc, p. 522, est défini .< bois servant à revêtir les j'noz et à soutenir la jambrèse ». L'article plat-bord de A. Jal., Glossaire nautique, t'ait voir que fyondrèce n'est pas syn. de fyamberèce. — Cf. gamberé.
djèrberèce, guumais, i° dans j'enéte fyèrberèce, Liégeois, Compl.
au lex. gaum., p. 63, fenêtre propre à rentrer les gerbes, ou faite
pour rentrer les gerbes; 2° dans fône fyè'rberèce, fourche à deux
dents, assez rapprochées, pour manier les gerbes. - Thomas,
p. 36o, a noté jerberez.
djonderèce, wallon, i" donné par Gggg. comme ayant le même sens que fyamberèce, voy. ce mot. — 2° grand rabot, varlope : Pirsoul, I, 349; Dasnoy, 3j7 ; Gggg., 1, 257. — 3" colombe, espèce de varlope renversée et portée sur quatre pieds, ("est l'outil qui est immobile et la pièce à raboter qui est manœuvrée par l'ouvrier, Body, Voc. des charrons, etc., B., t. 8, p. 98, et Voc. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 265. — 4° tenaille plate servant aux forgerons. Plate signifie qu'elle s'applique parallèlement sur les faces de l'objet à prendre : c'est une tenaille pour j oindre l'objet. Le sens premier du mot est : propre à joindre.
dobulrèce, wallon verviétois, dans rize dobulrèce, Lobet, 493 : second versoir de charrue destiné à doubler le premier, afin de verser deux sillons a la fois. Lobet écrit rize d'obulresse (!); Body, Voc. des charrons, p. 84, risse dobelresse.
dosserê, wallon, enfant de chœur. Lobet, i58, écrit dozerai et traduit par castrat; Remacle, 21' éd., I, 527, donne les formes dosrai et geosraî, enfants qui chantent au choeur. Dosseray existe comme nom de famille. Il est difficile d'admettre l'étymologic de Gggg., I, 181, et de séparer ce mot de dosseret dérivé de dos au sens de dossier, qui signifiait en anc. -franc, dossier d'un dais et le dais lui-même. Le sens premier serait-il acolytes ou chanteurs qui entourent le dais?— Cf. Dict. gén.,v° dosseret : Thomas, p. 84 dosserez et 89 dosserece, et Hàust dans les Mélanges Kurth, p. 3i8 fin.
[<( échardrounnette, i° instrument qui sert à échardonner ; 20 chardonneret, oiseau », H. Baudon, Le patois des environs de Rethel. Le mot semblerait une déformation par métathèse de r, • le échardounerète, dont le suffixe irrationnel -crête aurait remplacé un primitif -erece (comparez les diverses formes de houmerèce): mais comme il existe aussi un verbe échardrouner, il est
plus prudent do considérer à la fois ce verbe et notre substantif comme de simples dérivés dechardron, lequel, comparé au wallon ardennais tchèdron, exprime deux fois IV de cardon ein (cf. scandalum : esclandre)].
*effacerèce, anc. -français, Godefroy : effaceresse, qui sert à effacer.
escrevicerez, âne-français, qui marche à reculons (Godefroy), qui a rapport a la marche de l'écrevisse.
esteret, anc. -français. God., sorte de pâtisserie. Est-ce un (h) a star ici us?
*èwerèce, anc.-wall., forme que je rétablis d'après un texte liégeois cité par Godefroy, y sou 2 : un sou eauiveresse, i585, et repris sous le mot everez par M. Thomas, p. 76. La façon d'écrire .sou sans accent et le féminin eauweres.se ont empêché M. Thomas de s'expliquer l'expression. Il faut lire soii, seuil. Eauiveresse est une francisation maladroite, un monstre comme les demi-lettrés du moyen âge en ont fabriqué par milliers. De plus, son réclame le masc. èwerez; si un texte de i585 s'y est trompé, c'est qu'il s'agit d'une vieille expression (v. baneresse, qui est dans le même cas). Le sens est : seuil pour puiser de l'eau; il s'agit de degrés établis à l'endroit de la rivière où les ménagères vont soit puiser l'eau, soit battre le linge. — Le correspondant italien acquereccia, aiguière, signifie (cruche) pour contenir l'eau.
fagnerèce, wallon, dans grive fagnerèce, litorne, grive qui séjourne dans les taillis proches des « fagnes ». Il va de soi qu'on dit aussi substantivement fagnerèce, Thomas, p. 89.
faherèce, wall. ; dans un passage des Noëls wallons d'Auc Doutrepont, p. 141 : fyi creù qiï fyèl oeù d'oins 'ne faherèce. Le mot doit s'interpréter à l'aide du vers suivant : Non fait, c'est 'ine cripe as moutons (une crèche). L'opposition veut qu'on écarte le sens de bande, lange, pour adopter celui de corbeille destinée à contenir le maillot, les langes. Peut-être le mot est-il encore usité dans certains villages, mais nous ne connaissons que fahe ou fâche et fahète ou fachète (maillot).
« faneret, fenaison », H. Baudon, Le patois des environs de Rethel; pour : (mois) fanerez, mois propre à faner, comme on dit en wallon fènâ-meùs.
faverèce, ancien lieu-dit du ban de Gérouville, arr. de Virton. prov. de Luxembourg, mentionné au cartulaire Rouyer (i636-i664) des archives paroissiales de Gérouville, (Tandel, Communes
luxembourgeoises, t. III, p. 162). Il n'y a pas d'indication topographique plus précise sur ce mot, transcrit d'ailleurs sous la tonne « à la favresse », niais nul doute qu'il représente un *fabaricia, terreaux lèves. Compare/ Vacherèce et Porcherèce. Il y a des noms de lien identiques dans Thomas, Nouveaux Essais, p. 89.
Le masculin Faverez a dû exister aussi comme nom de lieu (champ faverez); sans quoi on ne saurait expliquer Favrais et Favereau, (Tam>i;l. 0. c, t. IV, p. 53 et passim), deux noms de famille d'origine toponymique, dont le premier est une mauvaise francisation de faverez. M. Thomas ne cite que fa vero is (p. 84), qui semble être du suffixe -et uni.
fecheret ou fequeret, lieu-dit à Sugny, arr. de Neufchâteau, prov. de Luxembourg- (Tandel, Communes luxembourgeoises, t. VI, pp. 708, 716, 721). Le wallon fètchîre vient de i'ilicaria; fecheret, qui ne peut s'expliquer parle sens diminutif, doit correspondre à *fil'caricius. Peut-être le wallon fètchereù, fougeraie, est-il aussi une déformation de *fètcherê.
fènerèce, gaumais, dans fane fènerèce, Liégeois, Lexique gaum., p, i3i et Compl., p. 63, v° fourchette; BD 1908, p. 72 et 78. Fouine à deux dents et à long manche pour charger et décharger les récoltes. Sens primitif : fourche destinée à faner.
*ferrerez. On trouve au Gloss. français de Du C, v° pain, l'expression v pain ferez, par ex. gauffre ». Il me paraît évident qu'il faut comprendre : pain fabriqué avec le fer et lire ferrez ou fererez. (''est un de ces mots où les deux syllabes en re se sont superposées. Le mot est synonyme de waufrerez.
finderê, wall., i° hache avec laquelle on divise le bois destiné à faire des bêles, Bormans, Voc. des houdleurs liég., dans B., t. 6, p. 192. — 20 t. de tonnelier : fendoir, espèce de hache, à manche en équerre, qui sert à refendre les douves sur leur épaisseur. Elle s'applique sur la douve et on la fait entrer dans le bois à l'aide d'un maillet, Body, Voc. des tonneliers, B., t. 10, p. 25i. — On trouve à Rethel fendret, fendoir, couperet, H. Baudon, Le jmtois des environs de Rethel; dans Godefroy, fenderet, synonyme de couperet, encore deux pseudo-diminutifs. D'ailleurs, le wall. a aussi la forme féminine finderèce, qui garantit l'explication de ftndcrc par -a ricin s.
finderèce, wallon, i° cochoir, sorte de hache destinée à faire des encoches sur les cercles, Body, For. des charrons, B., t 8, ]». 85; Voc. des tonneliers, B., t. 10, p. 252; Pirsoul, I, 267. —
2" hache de charpentier, Mathelot, \'or. de l'art, maçon, B., t. ii, p. 88. - 3° hache de boucher, grande hache à lame rectangulaire qui sert à fendre la tête de l'animal, Semertier, \'oc. de /a boucherie, B.. t. 35, p. 39.
flotcherèce, wall. de Stavelot; terme de tannerie : couteau d'ouvrier écharneur, J. Haust, Voc. du dial. de Stavelot, B., t. 44. p. 507. Littéralement : lame pour enlever les fJotches ou nœuds de chair adhérents à la peau.
floterèce, anc. -français ; dans Godefroy, floteresse : sur laquelle on flotte.
folerez, anc. -wallon, pour fouler les draps. Xe se rencontre cpie sous la forme folereche, bien que se rapportant à un nom masculin. Ex. « molendinum iiinini cura suis appendiciis univrersis nuneupatum le molien folereche, contiguum molendino tanatorum leodiensium», 1 373, Échevins de Liège, dans Bormans, Le bon métier des tanneurs, p. 404. (qui a le tort d'écrire moulin de Folereche dans le titre). Une pièce du métier des drapiers, de i365, contient les expressions mollin follereiche et mollin follereçhe, Bormans, Le hou métier des drapiers, p. 202. Ces graphies sont d'imitation picarde. La forme féminine est encore usitée dans rouwale folerècc, 1. d. de Jupille. Voy. Top. de Jup., B., t. 49. P- '-67, où l'explication donnée n'a que la valeur d'une tradition orale. — Cf. folerez dans Thomas, p. 96.
fonderèce, anc.-franç., dans l'expression rue fonderèce, (rue de S'-Quentin) 1290, c'est-à-dire rue destinée aux fondeurs, où sont cantonnés les fondeurs. Cf. Godefroy.
forceret, anc.-franç., petit fort, d'après Godefroy; coffre, cassette, d'après Du Caxge. Construction ou engin pour servir de coffre-fort. Ex. «villes, chastelx et foreeretz », i357 (Lettre d'Edouard III). Ce forcerez est un syn. de forterece tiré -le f ortia ou f orcia . Pour le second sens, Godefroy renvoie à forgeret. Là, deux exemples donnent forgeret, un donne forceret. Ce ne peut être le même mot qu'en passant par for cher et; mais ce qui empêche ce forgeret d'être un dérivé de forger, c'est que forgerez ne pourrait désigner qu'un outil on une matière destinée à forger, non le produit de la forge.
fourtcherè, wallon chestrolais, fourchette, c.-à-d. « pièce de bois en forme d'Y, qui assujettit la flèche [du char] au train de derrière, au moyen d'un ressort de bois appelé garot », Dasnoy, p. 84. — fourtcherè, gaumais, arrière-train du char, arrière-train du cheval (Prouvy-Jamoigne, note de L. Roger). Sens primitif : en forme de fourche.
foûrerèce, anc. wallon. Mol rétabli d'après l'exemple suivant noté par M. Thomas, p. 96 : << vint boniers et set verges fueresses en terre à la mesure de Liège», 1248, Romania, XIX, 86. De fuerre, wall. foùre, loin, fourrage. Il ne s'agit pas, comme le conjecture M. Thomas, de (verges) dont on se sert pour mesurer les terres fouies; c'est l'étendue de terre, comprenant 20 bonniers, 7 verges, qui est qualifiée de fueresse, *foderaricia, c'est-à-dire propre à donner du loin.
foûsserèce, wallon. Gggg., II, 526, note l'expression carpe fousseresse, carpe ceuvée. Il rapproche de ce mot le franc, du Centre' carpe forcière, carpe qu'on garde pour la reproduction. Mais forcière ne vient pas de forcer : c'est une mauvaise graphie de l'orsière, foursière, dérivé de l'anc. -franc, fourser. Sous sa valeur substitutive, forcière est mentionné dans le Dict. gén., avec le sens de « petit étang où l'on fait multiplier le poisson ». — Thomas, v° forserece, p. 96, l'a placé dans les théines nominaux. Il semble que le sens est : destiné à fourser, que le thème est verbal, et que forcière est un co-dérivé synonyme.
fouyeret, wallon de Solières (Huy), rameaux feuillus qu'on a plantés sur le parcours de la procession. On les recueille, on en met dans le foin pour qu'il ne se gâte pas et pour le préserver des rats. On peut interpréter ce mot en sous-entendant vain (rameau); alors le sens premier de fouyerê sera « garni de feuilles », par opposition aux rameaux recueillis pour être brûlés ou pour ramer les pois.
foyerèce, wal!., t. de menuiserie : rabot ou bouvet à faire les feuillures, Body, Voc. des charrons, etc., dans B., t. 8, p. 87; Mathelot, Voc. de l'artisan maçon, B., t. 11, p. 88. De foyi, fouiller, et non de foye, feuille, comme l'a très bien démontré M. Thomas, o. c, à l'article feuiller, p. 271.
gamberé, rouchi, dans Sigart. p. 192, « gambré : planche épaisse servant de pont pour arriver dans les bateaux »; dans L. Dufrane, ]'oc. de F rameries : « gainbrét, plan incliné en planches ». Dérivé de gambe, jambe, au sens de planche ou plancher destiné aux jambes ou à enjamber. Cf. //am bercée.
gaterèce, wallon, t. de sabotier à Lavacherie-sur-Ourthe : couteau ou plutôï lame tranchante recourbée en crochet et adaptée à un manche coudé, pour achever d'évider l'intérieur du sabol . ( f. graterèce.
goymerez, ceux qui doivent des corvées avec le goy ou serpe,
Dr C, Gloss. franc. — Goy, d'après les additions de Carpentier, est une serpe de bûcheron, ou une serpe à tailler les vignes, ou à arracher les buissons (syn. uougesse). — Pour goymerez, forme singulière que (rODEFRov ignore, un texte latin d'une charte de i3ig encadre ainsi le mot : « De xj. libris et xv. solidis Turon. annui census, quem Petrus de Dyciaco miles habet et percipit super bomines qui vocantur les goy nierez et les bandons [sujets d'un ban] ».
grateré, franc, dialectal, Vosges, galium aparine L., appelé ailleurs gratteron, gratereau, Rolland, Flore pop., VI, p. 242. Le sens est herbe à gratter, propre à gratter : thème verbal -f -erez; il n'y a pas de sens satisfaisant dans les diminutifs, qui doivent être des déformations. — grateret,Hte-Marne, raniinculns aruensis L., ibid. , I, p. 53. Signifie : pour gratter, à cause des épines qui garnissent le fruit. Les carpelles du fruit de cette renoncule sont munis de longues pointes sur les faces. — graterais, à Semur, Côte-d'Or, ibid., I, p. 54.
graterèce, wall. de Bourlers, région de Chimay. Syn. gaterèce, wall. de Lavacherie sur-Ourthe. Terme de saboterie, outil pour aplanir le talon du sabot en dedans : H graterèce po nètiè V talon. — Je crois que gaterèee est une déformation, et que la saboterie de Lavacherie est originaire de l'Entre-Sambre-et- Meuse, comme il appert d'autres mots.
grimperé, picard, Corblet, p. /\3i; en fr. grimpereau. Comme le suffixe -eau du français est également -eau en picard, il faut bien interpréter grimperé par -eret ou par erez.
grôyerèce, wallon de Monstreux lez-Nivelles, dans fauchèle grôyerèce, faucille de forestier. Syn. fièrmint a biïse. — grôyerèce, à Clermont-Thimister, est substantif et signifie : serpe à long manche pour gruyer les haies, c'est-à-dire pour couper les branchettes du bas. BD 1907, p. 21.
hadrê, anc- wallon. i° sorte de chaudron : 1780 : « quattre marmittes de fer coulé, deux chaudrons hadrays et un grand à la lecive » Reg. aux Œuvres de Sprimont, n° 66, p. 252, (citation eonim. par M. Jean Lejeuxe, de Jupille). - 2° Il y a un mot hadrai dans Lobet, 234, traduit par « baille, baquet fait de la moitié d'un tonneau scié en deux, bail lotte, baquet de bois, tonneau défoncé d'un côté ». Gggg. II, 533, n'a fait qu'abréger Lobet; Body, Voc. des tonneliers, etc., B., 4°. P- a57< définit de façon équivalente : « moitié d'un tonneau, tinette de brasseur ». C'est ce qu'on appelle communément on côpé. — Il semble bien
que l'idée de couper en deux, diviser, soit inhérente au n° 2; dès lors il doit être de même racine que le miia. hader « zerrisznes Zeugstiick », que le w. hade, étriqué, et hadrène. (î'est un diminutif. Mais le n° 1 est adjectif; le chaudron, qu'il qualifie, est un objet en fer. — 3° hadrai d' boûre, une assiette chargée de beurre. Malmedy, Body, Voc. des agriculteurs, B., t. 20, p. 8(5. Est-ce l'assiette qui s'appelle hadrêl est-ce la motte de beurre trop grosse ?
halerasse, lorrain du pays messin, prune du prunus j'ruticans Weihe. Rolland, Flore pop., V, p. 383. Le sens est : (prunes) a ha 1er (secouer), propres à être secouées, donc liai erè ces.
hatcherê, lie». ; hètcherê, verv. ; hatcherê, gaumais; couperet de cuisine à deux poignées, parfois à une seule Hervé), propre à hacher la verdure ou la viande sur le tàveli ou plantche hatcherèce. — Le hachereau de God. est un faux diminutif, de même que couperet.
hatchrèce, liég., nam ; plantche hatcherèce, ard., Spa, Body, Voc. des charrons, B., t. 8, p. 128; planche épaisse munie d'un rebord sur trois côtés, sur laquelle on hache la viande ou la verdure. — 2° hatcherèce signifie aussi le couperet à Liège, d'après (Jggg., v° hatcher. Alors, au lieu de sous-entendre un nom générique masculin, comme fer ou couteau, qui explique le masc. wall. hatcherê comme le franc, couperet, il faut sous-entendre un nom fém., par ex. lame on serpe. — 3° hache ou couperet qui sert à couper les os et à les casser, ainsi qu'à fendre les bêtes en deux. En France, pour ce dernier usage, on se sert de la « feuille à fendre ». Semertier, Voc. de la boucherie, B., t. 35, p. 46. — 4° tranche, outil en acier qui sert à enlever les scories des parois des chaudières, Jean Lejeune, Voc. des chaudronniers, B., t. 4°> p. 4J4«
hausseret, anc. -franc., chemin de halage, Godefroy. Syn. hausserée.
haverèce, wallon; en général, outil propre à hauer (excaver, râper, racler). i° pic des bouilleurs, plat et tranchant, avec un manche en bois, servant à ouvrir des héues (rainures) dans les couches pour faciliter l'abatage, Bormàns, Voc. des houillcurs liég., B., t. 6, p. 201; Gggg., I. 283. — 2° plantche haverèce, grosse planche appuyée d'un côté sur deux pattes, ce qui en fait une espèce de chevalet bas, dont on se sert en tannerie pour aplanir les peaux en leur donnant partout la môme épaisseur pour haoer et ravaler), Bormans, Le bon métier des tanneurs,
B.. t. 5, pp. 363. 367, 38i. — L'ancien wallon écrit xhavresse : (Jggg. II, 607 « manges de by et de xhavresses » (manches de pics et de h.) — Cf. Thomas, p. 108, v° eschaverece.
heneri, Vosges, patois de la Bresse, baguette de coudrier, de laquelle on détache régulièrement les éclisses appelées lierions, .) IliNGKi:, ]'oc. de la Bresse, dans Bull, de la Soc. philomatûjue vosgienne, t. 32, p. 90. Ce mot serait eu wall. *hinerê, baguette à hiner (détacher des éclisses).
hènistrèce, wall . grive draine ou haute grive, turdus viseioorus L., Defrecheux, Vocabulaire des noms wall. d'animaux, H., t. 25, p. 55. I/adj. a été fabriqué sur la forme plus pure hènistê (eichenmistel) plutôt que sur hènistrê, gui. Le sens ne peut être que : (grive) relative au gui.
heûrèce, wall., dans fotche heùrèce, fourche à secouer le foin. BD 1907, p. 37. Pour heûrerèce. Cf. cheûverèce. hêyerèce, wall., outil pour hêyî, chantourner les lames de scies. hièrtcherèce, wall. liég., croc pour attirer le panier à l'orifice de la bure, Bormans, Voc. <les houilleurs liég., p. 2o3. — Dans le sens de femme qui traîne les paniers, il faut écrire hièrtche cesse : c'est un autre mot, le féminin de hièrtcheù.
hiterê, wall., raioche. A rapprocher du gaumais chiteré, qui, se disant d'un papier, ne peut impliquer l'action.
hoterèce, anc. -wallon, trouvé dans le Cartulaire de Fosses, par Borgnet, i°, p. 110 : <c item, et toutefois que on reboutte ledit vivier, il doit avoir ou ventisea ung trou de tarière hotterecht (variante terrer hottererck, peut-être.'Uiollerecht, ajoute la note) jectant eawe par la maistresse buze, et en tout temps, pour servir la bonne ville ». 2°, p. 142-143 : « Item ont déclaré encor par icelle dite lettre que quand l'eawe est détenue et remise dedans le vivier l'Evesque, que ou ventiseau ou ventelle doit avoir ung trou de tarrier hottereche jettant eawe par la maistresse buze dudit vivier ». Le sens est tarière destinée à boucher la bote. C'est, d'après M. Aug. Lurquix, ce qui s'appela plus tard à Fosse li pilot do grand vèvî et la hôte est li trô do pilot. Il s'agit d'un étang intermittent dont l'eau était évacuée à certaines époques.
hottereau et hotteret, franc., cf. Dict. gén., Gon., v° hotterel, exemple de i359 : « sis hoteraus ». Hotteret est dans Trévoux, 1762. Sens : petite hotte grossière. Ces mots en -ereau, -eret décèlent d'anciennes formes à suffixe -erez, où, -ères n'étant plus compris, les terminaisons tournent folles et finissent par s'atta-
cher tantôt à -ère/, tantôt à -eref. Le sens doit s'interpréter : panier, etc.) ressemblant grossièrement à une hotte
hoûlerèce et hoûdrèce, ane. -wallon. M. René Dubois, auteur des Rues de Huy, a relevé les inentions d'une tour qui faisait partie des fortifications de la ville de Huy. Nous tenons de lui les tonnes suivantes, que nous rangeons, pour ne rien préjuger, dans l'ordre chronologique : i" (tour) hullereche, i4<>7, de Schoolmeesters, Notice hist. sur lu seigneurie de Marchin et son église (dans Bull, de l'Inst. arch. liég., 1873, p. 62); 2" (tour) houlereiche, i4^4 : (( moulin aux papiers appelé aile devant-renne fosse sis devant la thour houlereiche », Archives de la Ville de Huy, vol. 19, p. 173; 3" t. hourlerece, 1461, Schoolmeesters, ibid. ; 4" t- houdresse, i54o : « mollin as papiers sis sur le Hoyoux en dessous de la tour houdresse », Archives de la Ville de Huy, vol. 19, p. 173; 5" t. houldresse, 1624, Schoolmeesters, ibid.; 6° t. houdresse, i663, Schoolme esters, ibid. — Gggg. nous permet d'identifier ces formes dissemblables en enregistrant, t. T, p. 3i3, les formes synonymes hoûremen, hoûdemen, hoûlenien, hoûnemen, éehafaud. Toute question de phonétique réservée, il est évident que hoûlerèce est à hoùlemint comme houdrèce est à houdemint, et que nous avons affaire à des variantes d'un même mot. Ce mot est dérivé de hourd, hourt, que Godefroy définit en général par retranchement, palissade de claies, et en particulier, d'après Viollet le Duc, par a ouvrage en bois, dressé au sommet des courtines ou des tours, destiné à recevoir des défenseurs, surplombant le pied de la maçonnerie et donnant un Manquement plus étendu, une saillie très favorable à la défense ». Nul doute que la tour hoûlerèce ou hoûrdrèce de Huy ne fût une tour à galerie en bois ou encorbellement de cette nature. Nous traiterons ailleurs les questions d'origine, de filiation et de sémantique relatives à hourd, hourder, hourler, hourlê, etc.
houmerèce, wall. liég., verv. ; choutnerèce, ardennais; cheumerète, ehestrolais, Dasnoy,p. 140; keumerèce et keumerète, gaumais, Liégeois, Lex. gaum., p. 162; kémeroce, vosgien, dans Thomas, p. 107, qui rapporte à tort kémeroce à eremerece; chimerece, Charleroi; scumète, escumète, écumète, rouchi, JSigart, Delmotte, p. 224. Le sens est écumoire, littéralement passoire pour écumer le bouillon, etc. Il y a changement de suffixe dans les formes en -de. Liégeois définit keumerète par petite écumoi re , et keumeresse par écumoire, mais la distinction de sens es1 sans fondement. — Cf. Thomas, p. 108, v" escumerèce.
houperf, gaumais, Liégeois, Lex. gaum., p. 142, houperê, chestrolais, Dasnoy, p. 267. Meulon que l'on fait à la fin de la première journée de fanage.
houteré. wa.ll. liég., terme de mineur. Bormans, Toc. des houilleurs lié»-., B.. t. G, p. 206, définit le mot : « bâtiment qui recouvre une bure aux bras ou petite fosse », et en fait un diminutif de honte, butte Gggg., i. 3i4, donne les sens de magasin et lieu «l'attente, puis il revient sur le sens au t. II, p. xxxv ; alors houterai signifie : en général, selon Simonon, butte, abri; en particulier, l'ensemble des bâtiments qui entourent la bure dans les petites exploitations, ce que l'on nomme aussi butte en terme de mineurs. Enfin, au Gloss. de Vanc. wall., Gggg. donne la forme boutreau : « ens boutreaux de fosses et builleries (houilleries) », 1687. En dépit de cette forme en -eau, j'interprète le mot par bâtiment propre à se mettre a honte (à l'abri), à s'ahouter.
« jottrait, (hors d'usage), pièce de bois vertieale adaptée aux extrémités des hamindes, et qui descend jusqu'au poitrail des chevaux », Bormans, l'or, des houilL, p. 208. La dernière partie est destinée à justifier I'étymologie que l'auteur fournit ensuite : « pour diso-traitl ». ,Vy vois un j osterez, en wallon * fyosterè.
lamerê, wall., bois attaché transversalement au front ou au cou d'un animal (vache, chien, porc, etc.) pour l'empêcher de traverser les haies. Renier, Hist. du ban de Jalhay, II, p. 69 : ordre « de munir de billots ou lamrays tous chiens de berger, mâtins de cour et autres, à peine «le les voir tuer », 17 15. — M. Randaxhe signale dans une communication manuscrite qu'à Thimister, Clermont, etc. (pays de Hervé), lamerê désigne la toile épaisse, dite aussi oantrin, mise sous le ventre du taureau, du bélier, pour empêcher la copulation. Ce mot est-il identique au précédent? Il peut être aussi une déformation de lanerè, facilitée par ce fait que l'idée d'empècber est commune aux deux objets. — Ce sens écarté, lamerê paraît dérivé de lame syn. de lamé. Gggg. II, 10, v" lamai, cite un exemple précieux, qui montre que le sens premier de lamai est palonnier, et que le billot mis au cou des animaux est seulement dit « en forme de lamay ». Si lame prend aussi ce second sens, c'est par comparaison; le mot propre est bâton lamerez, substantivement lamerê
laneret, anc. -franc., pour 1 a nerez; dans Godefrotd :« cardon laneret, peigne laneret » : cardon ou carde pour la laine, pour peigner la laine. Thème nominal : lana + -aricius. — Mais le
IV. laneresse, fém. de lanier, ouvrier qui travaille la laine, est un substantif en -erèsse.
larèce, gaumais, Liégeois, Lex. gaum., ifâ; lérèce à Chrny; côté d'une maison qui se trouve entre deux pignons. Ans è abatu la lêrèce, èlë <•</<>/ fadue, on a abattu le mur de côté, il était lézardé. De latus -f -a ri ci a. Bien entendu, la lârèce est le mur de côté quand le pignon donne sur la rue, suivant l'ancienne façon de bâtir. — Godefroy donne laresse, arêtier. Ce sens est-il exact ? Les exemples qu'il fournit sont conformes au sens wallon ci dessus.
lassèt, wallon, Lobet, = franc, laceret, « aujourd'hui remplace par lacet, piton à grosse tète percée dans laquelle passe et pivote un corps mobile, tel par exemple qu'une tige d'espagnolette » : Manuel Roret du serrurier. Le Dict. gén. donne laceret et lasseret, piton à vis. La vraie forme est loceret = locerez, clou qui est percé en forme de /oce (louche). En wallon, je ne me trouve que laset ( = lassèt ) dans Lobet, 826. — Cf. Thomas, 78 et 86; Godefroy, loceret.
laterê, wall. de Cherain (N. du Luxembourg), « petite » latte employée dans le plafonnage, dit A. Servais, Voc. de Cherain, dans le journal l'Annonce de Stavelot, n° du 3o avril 1905. S'agit-il vraiment de petites lattes, ou de bois plats, refendus, destinés, dans la pensée du menuisier ou du préparateur, à être utilisés comme lattes? Laterez existe en anc. -franc,, sous les formes laterech, laterat (lateret dans Godefroy), mais qualifie clou : cleus lateres, cleu laterech, cloz laterat. Dans notre sens wallon, ce serait bois laterez.
lâterèce, gaumais, dans goule làterèce, épanchement de lait, soit de la femme, soit d'un animal, surtout de la vache, Liégeois, Compl. du lex. gaum., p. 80. De lacté -f- -aricia.
laverê, lavrê, wall., torchon, lavette, proprement linge destiné à laver (la vaisselle, etc ). — Gggg., II, 17; Lobet, 328.
lèherê, wallon, n'est plus guère usité que dans l'expression fyône lèherè. Remacle, i,e édition, p. 204, traduisait lèhrai par « jeune homme imberbe » et geônn lehrai (excusez l'orthographe) par « jeune évaporé ». Gggg, II, 20, insère cet article et fait du mot un dérivé du verbe 1ère, lé ho n (lire, lu) Tout porte à croire qu'il est un dérivé de lèhe, lice, chienne, et que le sens premier est <c jeune chien ». Defreciieux, Vocab. des noms wall. d'animaux, 2' éd., p. 79, note le mot sous la forme lèhrèt, fém. lèhrètte, avec le sens de jeune chien, jeune chienne. Le mot n'est
resté qu'au figuré, dans fyône lèherê, qui ne signifie ni jeune évaporé (Rm1), ni jeune important (Rm2), mais jeune garçon en quête d'amourette. Lobet, p. 339. le traduit ridiculement par « bacehant, qui court les bacchantes », mais il a la perception que le mot n'est employé (pie relativement au sexe. Disons que le sens premier est « propre a la lice, relatif à la lice », (pic tjônes lèherès signifiait jadis petits d'une lice, Cjône étant le substantif et lèherê l'adjectif. Quand l'expression ne fut plus employée qu'au figuré, on crut que fyàne était l'adjectif et lèherê le substantif. On pourrait objecter qu'il est bien plus simple de considérer lèhrai comme un diminutif en -ellum. dont le féminin, avec changement de suffixe, sera lehrète. Mais a-t-on réfléchi à l'étrangeté de désigner le jeune chien mâle par un nom tiré de la lice et qui ne pourrait signifier que lice en petit, petite lice? 11 est beaucoup plus logique d'admettre que tous les petits de la lice, mâles et femelles sans distinction, étaient désignés par les éleveurs et les chasseurs du nom générique de licerez, — comme d'autres objets relatifs à la lice, — de même que les petits de la louve sont des louverez, en wall. leiwerê. Il faut ajouter que les substantifs féminins lèherète et louverèce ne doivent avoir été employés que quand le sens générique se fut éteint; le genre de ces noms en -erez dépend uniquement du substantif sous-entendu, non du sexe de l'objet désigné. — Le. mot est souvent déformé : Lucien Colsox, dans Andrî Mâlâhe, dit lès fyônes lèvres; Gggg., dans ses extraits de Villebs (B., t. 6, p. 58), note on tyône havrai ou ha w rai, un jeune blanc-bec. A moins que hawerê ne vienne de hawer... — Scheler a note, dans le Catholicon de Lille, le mot leceresse, qui est le féminin de notre lèherê : « ganea, leceresse, putain ». Lèhe a le même sens en wallon.
lèperê, wallon, i° grosse lèvre; 20 morceau de chair ou de viande semblable à une grosse lèvre, Gggg., II, 221, v° lèpe, et 29, v° lipète; id. dans Semkrtier. Voc. de ta boucherie, B., t. 35, p. 61. — 3° pince, languette ménagée sur le devant du fer à cheval et s'appliquant contre le devant du sabot, Lohet, p. 33o. 4° « toyère, pointe au devant [?] d'une hache, qui entre dans le manche et la soutient », Lobet, p. 669.
leûverê. wallon, louveteau, Defrecheux, Voc. des noms wall. d'animaux, v° leùvrai. — loverèce, dans lovresse- fosse, 1. d. à Francorchamps, noté aux Archives par M. Jean Lejeune. — louverèce, loverèce. louve, Rm2, Dkfrecheux, o. c. On ne trouve pas leùverèce. La suite des sens a dû être : relative au loup,
ou aux loups ; louveteau femelle, jeune louve. Cf. lèherê. — Loverèce a aussi Le sens de coureuse, <m;gg., II, 42. Cf. lècerèce, v° lèherê.
|leuverê, wall., lucarne, Gggg., Il, 25 et 614. Dérive par le suffixe -el.lum de l'anc.-franç. luver, louer (?), Godefrov : lovier, lucarne), d'après la note de Scheler à Gggg., II, 614 ; celui-ci en fait un diminutif de leuue, larmière.]
■lèverez. Gggg., 11, 3og, v° riliurese, note l'ancien levairitz, au sens de accoucheu(se?). Si mal que soit graphie ce levairitz, il est difficile de ne pas y reconnaître un levaricius.
lignerê, wall., lange. Gggg. II, 28, écrit limerai, qui n'est pas cou forme à la prononciation. 11 le fait venir de lin eus, qui a donné linge, comme laneus adonne lange, d'abord adjectif. Lange substantif a son adjectif en -aricius : lamerez, Godei'kov. Je conjecture donc drap lignerez, pièce ou carré de lin, pour emmaillotter.
lingeret, anc. -franc,., celui qui porte de beau linge, Godefroy. Sens premier : qui aime le linge. Cf. armerez.
liseret, wall. de Neufchâteau, Dasnoy, pp. 3o2, 128, liseré. Le Dict. gén. fait de liseré le participe de 1 i serer, dérivé de lisière, qui est donné comme d'origine inconnue. Mais on pourrait faire de liseré un dérivé de *lise, radical de lisière et de l'anc.-franç. lisiette (lisière). Le verbe liserer se serait développé du substantif compris comme un participe passé. Dans cette hypothèse, le sens premier de liseré serait : pour servir de *lise : fil, tissu, cordon, ruban liseré. Quant au thème, je note simplement que l'ardennais dit lèstre et que 17 n'est peut-être pas primitif.
lîstrê, wallon ard., liég., verv., stavelotain ; à Namur listia, Pirsoul, Dict., I, 385; lissoir, palette de plafonneur, qui sert à lisser les murs recouverts de plâtre ou de ciment. Je trouve listriau dans Gggg., II, 6i5, dans un texte de i58i : « ceux qui... useront du listriau couvrant et placquant édifice ». Gggg., qui ne connaissait pas le mot d'autre part, traduit par mortier. .le conjecture, en dépit de la forme listreau, qui me paraît être une francisation maladroite, que la forme première est listerez, avec le sens de : (outil, palette) pour lister Mais qu'est-ce que liste]? Ce verbe manque dans les dictionnaires; cependant le fr. liste, listel, l'ail, leiste, l'ital. lista, m'empêchent d'y voir un simple synonyme de lisser; je lui attribue le sens de façonner les bords, délimiter des filets.
lîterê, gaumais et ehestrolais : litre a Prouvy, litre, lîtriè à Virton, d'après Maus, Dict. manuscrit; litre à Neufchâteau, Dasnoy, p. 85, et à Chiny. Le mot, au singulier, signifie : châssis d'une charrette, les deux « longues pièces de bois [reliées par des traverses] qui forment a la l'ois le fond de la charrette et les bran cards », Dasnoy. Vous tarerez lu litre d' la tchèrète et vous métrez l' burù (la caisse du tombereau) s' lès rues (roues), Chiny. On dit aussi lite, qui est létê dans le Nord, Body., Voc. des charrons, B., t. 8, p. loi. Les deux mots paraissent dérives de lectum, lit, au sens de base ou châssis de la charrette. L'un est un diminutif en -ellum, L'autre un dérivé en-aricium au sens de : pour former le lit, pour servir de lit ou base.
*liverê, une. -wallon. On trouve dans Bormans, Le bon métier des drapiers, B., t. 9, p. 271, les textes suivants : c< livrea, poids de 12 livres servant autrefois «l'unité pour vendre la laine » ; — « les pessants condist livreaux... », 1627, i56G ; — « avoir poisé 26 livrars de laynes », i58o. — Pourquoi un poids de 12 livres serait-il désigné par un diminutif de livre, et pourquoi ce diminutif serait-il au masculin? J'en conclus que livreaux, livrars, et même livrea, sont des graphies maladroites et contradictoires, qui interprètent un terme livré ou plutôt liverê, déforme de livrerez = libraricius par superposition des deux r. Les pesants livrés, comme on devait prononcer en 1027, sont les poids métalliques qui comptent par livres, consistant en livres, par opposition aux poids d'une horloge, d'un tourne-broche ; puis livré a signifié tout seul cette espèce de poids, et enfin une unité de poids.
lîverète, wallon, forme en bois pour mesurer le beurre en livres, Gggg., II, 3o. — Inventaire de 17^8 de Mainvault (Ath), comm, de M. J. Dewert. Liverète s'emploie encore aujourd'hui à Ath dans le sens donné par Gggg. On dit même une liverète de cerises, désignant une forme semblable à une liverète a beurre retournée, et le contenu de cette livei'ète, les cerises elles-mêmes. Comme liverète n'est pas une petite livre, j'y vois une déformât ion de liverèce (au sens de forme livrerèee) analogue a celle de escumerète, etc.
liveriche, anc. -wallon, d'une livre, consistant en une livre. « .1. Michelo. boulanger, veut qu'on distribue aux pauvres a ses anniversaires : decem panes seu miche in vulgari dicts miches liveriches », i4i5 : Bormans, Documents divers dans B., t. 6, p. io5. «Item, du pain de iiij. muis spelte en miche livriche »,
[132 : Bormans, ibid., p. no. « l'n muid de blé (lèvera donner [20 miches liueriches », Chartes I, [i3, 3 : Semertier, Voc. des boulangers, !>.. t. • >{. p. ^;4- •'<*' trouve encore liuriche dans une ordonnance <lu Prince-Évêque de i-u relative à Verviers. 11 paraît résulter de ces textes que liveriche = liuerèche livrerèche. i" 11 y a eu dans ce mot superposition des deux r, phénomène expliqué par M. Thomas, o. c, p. 69. 2° On trouve -icAe pour -èche dans brasser i eh (Thomas, p. 9:3 et 74). peut-être dans bourriche ; dans l'anglais (normand) butter i s (Thomas, p. roi) : sont ce des restes de la l'orme à i long -arfcius? ou tau t -il expliquer liveriche par allitération avec michel
lomberê, wallon Gggg., II, 35, écrit tomberai, griblette de porc échinée. Semertier, Voc de la boucherie, B., t. 35, p. 61, donne lombrai et longrai, avec le- même sens, et ajoute en note cpie le mot se dit aussi d'un petit morceau de viande adhérent en partie à l'épine dorsale du bœuf. Comme il ne s'agit pas de petits lombes, on est, bien forcé d'interpréter par lomberez, morceau ayant rapport aux lombes.
longuerèce, ane.-wall., terme d'extraction d'ardoises, est dans Delmotte, Essai d'un gloss. wall., p. 4o5, v° longueresse, et dans Littré. On taille dans la carrière d'ardoises des prismes rectangulaires allongés; on débite ces masses par le clivage dans une hutte en dehors de la mine. Ce sont ces masses prismatiques allongées, avant, la mise en œuvre, qui s'appellent longnèrèces. Le sens primitif doit être adjectival, comme pour panerèce : r° relatif à ia longueur, 2° entaille on face dans le sens de la longueur, 3° bloc détaché en longueur. — Thomas ajoute que Mozin connaît seulement longuesse (« partie de la carrière qu'un ouvrier travaille »), ce qui nous fournit un mot en -itia du type paresse, grossesse.
lozeré, wallon, cordonnet brodé au chef d'une étoffe pour l'embellir, Martin Lejeune, Voc. de Vapprèteur en draps, B., 1. 4(>-
makerê. anc. -wallon. Instrument en forme de râteau avec lequel on allonge le drap en le battant (muker . Bormans, Le bon métier des drapiers, B., t. 9, p. 272, croit que ce uiot est le même que makerê, sorcier, fr. maquereau. Partant de là, il s'évertue bien inutilement a montrer que la sorcellerie consiste ici à tromper en allongeant le drap indûment. On trouve macrea dans une charte de r527, dont Bormans, o. C, p. l33 et 272, donne cette phrase : « On ne peut dorénavant plus employer l'instrument appelé macrea pour attacher la tète de l'étoffe à la wende ». — Le sens
primitif doit être : instrument pour maker. Il a sonné ensuite comme un diminutif de makeû.
monterèce, anc.-wall.,dans xhalles montresses : «hereirs, mairnis, xhameaux de ehaer, xhalles montresses et xhalles d'aoust » (i382), Remkr, Histoire du ban de Jalhay, II, p. 33. Le sens es1 : échelles propres à monter, servant a monter, par opposition aux échelles des charrettes ou î-idelles, etc.
moteret, anc. -franc., « aux motterets de la rivière» : mottes ou monticules formés par érosion le long d'une rivière, Godefkoy. Diminutif en -er-et ?
moudresse, gaumais, destiné a moudre ; dans « pierres moudresses », 12J4, charte d'affranchissement de la communauté de Limes (eomrn. de Gérou ville, arr. de Virton, prov. de Luxembourg), dans Tandel, Connu, lux., t. [II, p. 178. Déformation de m o ûd rerè c e .
moûnerê, walh, nom de la mésange à longue queue, Acredula caudata L., Defrecheux, Voc. de la faune wall., v° masinfye, (H., t, 25). Le sens premier est : relatif au meunier (suffixe -aricius), ou : pet i t meunier (suffixe -ellus), parce que, comme le meunier, cet oiseau a la tète et le haut du corps blancs. Le synonyme moîïni milite en faveur d'un moûnerê diminutif.
mousseré, gaumais (Chiny, Etalle) ; moussiré, chestrolais, Neufchàteau, Dasnoy; mosserê, ardennais, Laroche (mossê dans le N.-E. wallon, mosset et mossîa à Xamur, Pirsoul; moussé, mousset en rouchi). Si le namurois mosseria, que donne Defrecheux, est confirmé, il faut admettre un suffixe diminutif dans mosserê. Sinon, il est permis de l'interpréter dans le sens primitif de litière, tapis, etc.. formé de mousse, ou encore lieu abondant en mousse. Je trouve en effet un lieu dit « pré le mousseré » à Breuvanne, commune de Tintigny, prov. de Luxembourg (Tandel, Comm. lux., t. III, p. 741): or ce nom ne peut signifier « pré mousse », mais « pré bon pour produire de la mousse, pré trop humide ».
muré ou muret, wall., giroflée de muraille, Cheiranthus cheifi L —Variantes : Gggg., II, 148, donne pour le liég. et le nain. muré, pour le rouchi muré. Sigart (Mons) a muret et meiiret. Hécart (Pas-de-Calais) a muret. Lezaack (Spa) meuret. Synonyme muralyer. Comme un diminutif muret ou muré signifierait petit mur, je vois dans muret un primitif murerez, propre aux murailles.
muserèce, wall. de NTeufchâteau, Dasnoy 42i> miserète, G<ua;., Il, i >o, v" tnizuèle. Musaraigne. De mus, souris. Sens primitif : animal des champs ressemblait a la souris.
nokerê. wall., r" broiissin, excroissance d'une plante ligneuse, IIimui.i: ', 233, el Remacle -, II, 35o, v° nokrai; Gggg., II. 166. 2° nokerè, noukerê, pointe spéciale du clou de féru cheval, TaiLLET, Toc. de lu j'nbric. des clous..., !>., t. 5o, p. 633. Le sens primitif est : qui ressemble à un nœud, qui a dés analogies avec un nœud.
[noyerèce Dr Cange a tiré d'un ancien glossaire latin-français la phrase « natrix, noerresce, un serpent)». On doit évidemment comprendre noerrese comme une traduction de natrix, nageuse, donc comme le féminin en -esse de neor. nageur. Peut être, comme nom de l'hydre ou d'un serpent d'eau, le mot est-il en -erèce : serpent destiné à nager, capable de nager.]
panerèce, wallon, i" face de la brique destinée à l'extérieur du mur. ("est le long côté par opposition an côté court, appelé boutisse. Le pareils' (Fine briquetirèye sont fuites u boutisses et panerèces, G. Halleux, Supplément nu doc. du briquetier (inédit). 2° pierre ou brique employée en parement, c'est-à-dire île façon que son coté long soit dans le surface du mur, pour former le pnn de la muraille. La boutisse est celle dont le coté court reste visible. — Gggg., II, 190; Thomas, p. 91. — Ces mots paneresse (avec ss) et boutisse sont français au sens 2; cependant le sens primitif doit avoir été adjectival : face panerèce, face boutisse; puis face a été sous-entendu; puis le nom a passé de la face a la brique placée d'une certaine façon.
passerète, wall. chestrolais et gaumais, Dasnoy, Dict. wall.frunc.. p. 387, 145, ustensile pour [tasser, passoire. Il y a changement de -èce en -ète ou formation analogique d'après cheumerète, nord-wallon choumerèce, houmerèce, écumoire.
pateurr\ gaumais, Liégeois, Lex. gaiim., p. i55, rustre, homme mal élevé. Le même a aussi pateureau, terrain inculte, prairie sèche où l'on ne récolte pas de foin, et où l'on se contente; de faire pâturer les betes. Ce dernier doit être un mot étranger"; sinon, le suffixe eau n'y existe qu'en apparence. Quant a pateuré, j'y vois un primitif past(r) erez, relatif au pâtre.
* pescherez, anc -français. On trouve dans Dr C, Gloss. franc., p. 239, l'expression bat tel et pescheret, nacelle pour pécher. A rapprocher de pesé h ère/,, oiseau qui pèche, donné par Thomas, p. io5.
pèserê, wall., balance romaine, à Liers ; « balance américaine servant à éprouver la force d'un ressort »>, Closskt, Voc. de l'armurier, B.. t. 34, p. iii5. C'est donc un instrument qui, sans ressembler à la balance, sert a peser. En liég. pèse, Forir, Hubkrt, franc, peson.
pèterê, wallon, i" bâton ferré pour frapper (peter) sur la glace. etc.; svn. de piquerê, ( rGGG, Il, 2i5. — -2° bâton garni d'une pointe de fer et qui sert de canne aux paysans, Body, Voe. des tonneliers, etc., p. 280. - 3° pèterê, gaumais, Virton, Mus: putere. Tintigny, Liégeois, Lex. gaum.,\). 161 : puterè, chestrolais, Neuf château, Dasnoy, p. 3o, sorbier des oiseleurs, sorbus aucuparia L. — M. Maury, de Chiny, me dit qu'on grille ce bois pour en l'aire des manches d'outils, et qu'il pétille beaucoup à cette opération. De là son nom. Le rouchi &pétriau, le champenois pétreau, au sens de genévrier, parce que les branches de genévrier pétillent beaucoup quand on les brûle. — 4° pèterê. ardennais, Cherain, petite poire, ce que l'on appelle aussi pour la même raison craqueté. — 5" nom de lieu à Sprimont : « item demy journal ou environ d'orge niellé a petteray [= à pèterê] », 1699. Œuvres de Sprimont, reg. 4^, fol. 7 v° (Connu, de M. Jean Lejeune, de Jupille). — 6° pètrèles, Genappe, petites poires. pommes, pommes de terre (comm. de M. J. Dew.ert).
pîcerê, wall.. traverse en bois qui porte les lames. Martin Lejeune, \'oe. de Uapprêleur en draps, B., t. 4°. écrit piss'rai comme pise perche, et différemment de picège pinçage. .J'en conclus qu'il faut écrire pire perche, pîcerê petite perche.]
les piètresses, lieu dit à Jupille. Doit s'écrire piètrèces et signifie : terres propres aux perdrix. M. Haust, qui me signale ce mot, ajoute : « Dans mes notes sur la Toponymie de Jupille de MM. Lejeune et Jacqueutotte, j'explique ce mot comme dérivé de piètri à l'aide du suffixe -èsse, lat. -ici a. Je crois maintenant que piètrèces est une simplification de piètrerèees. Comparez bè près se ».
pincheriau, rouchi, picard, Vermesse, p. 386: pince de paveur, ciseau de maçon pour couper les murailles. Faux diminutif, semble-t-il, par substitution de suffixe.
[pinerèsse. anc.-wall., peigneuse. Privilège des drapiers d'Ath, dans Bormaxs, Le bon métier des drapiers, B.. t. 9, p. 278, v° peigne. En l'absence du texte de la charte, j'avais cru bon. dans la première édition de ce travail, d'interpréter peigneuse par instrument pour peigner la laine. M. J. Dewert, d'Ath, m'a
envoyé la phrase du texte, qui supprime toute équivoque : 14G1, . Item el sour le fait des pineresses, garderesses et filler esses d'icelle dicte ville...].
piquerê, wall., bâton pointu, propre à piquer. Spécialement: i° les deux bâtons, ai'incs de pointes de 1er, dont les enfants se servent pour faire avancer, leur traîneau. (Verviers, Jupille). — 20 aiguillon pour piquer les bœufs, Semertier, Voc. de la boucherie, I»., t. 35, p. 78. - 3° pointe carrée, pliée d'équerre, -rivant a élargir les trous, Jacquemin, Foc. du serrurier, B., t. 16, p. 207. - - 4° fyoUs piquerês, bâtons feuillus et ornés, de processions et de fêtes. — 5° piquerê a bayonète, piquerê a maclote, Lobet, 424- ~~ Faut-il comprendre : petite pique? ou bâton dispose de façon à piquer (la glace, le bœuf, etc.) ou à être piqué (en terre)? — On trouve dans la Flore de Rolland, I, p. 54, le mot piquerau (-ot?) en Anjou et Poitou pour désigner le ranuiiculiis arvensis L. — Comparez piqueret de Goi>., dont l'exemple est « clans piquerês », clous, non pointus comme traduit God., mais destinés à piquer.
planerê, wall., sîtèlle d'Europe, syn. grimpereau bleu, pic bleu; nanmrois plaueria (?), d'après Defrecheux.
[piastre, wallon, pâtée, Gggg. II, 233. ("est un diminutif dont la traduction par pâtée ne rend pas tout le pittoresque. D'abord plâstrer et plàsse sont dits comiquement de la nourriture. Un piastre est un bon petit papin qu'on se colle dans l'estomac!]
platrèce, Pirsoul, II, 149, outil pour étendre le plâtre. Le mot doit être emprunté; sinon, il aurait la forme plausterèce. Au reste, cette forme empruntée (au rouclii?) doit être elle-même pour plâtrerèce, par superposition des deux re.
plazeré, gaumais : Buzenol, Sainte-Marie, i° petite place en général, petit terrain bien plat : v'ia in vilatje qu'est bâti su in bé plazeré. 2° pelouse devant la maison pour y étendre le linge au soleil (mêle a la rive). 3° clairière. Le mot a mieux conservé que le primitif place, lat. platea, le sens de terrain plat. Mais est -il un diminutif, comme le sens 1 semble l'indiquer, ou un 1 ocu s ]> 1 a tear i ci us?
plènerèce, wallon, outil de tourneur servant à planer les cylindres de laminoirs, planeuse. Jean Lejeune, Foc. du fabricant de fonte, fer et acier, dans B., t. 43, p, 209.
plonkerê. wall., syn. plonkèt, plonkeû, pionkerou, grèbe castagneux, Podiceps (Juviatilis minor Gm., plongeon de rivière. Diminutif signifiant petit plongeur?]
— 2 in —
pokerê, wallon, orgelet : selon Hubert, Diet.. « poireau », e'est-à-dire verrue, Gggg., II, 242. Le sens premier doit être : bouton ressemblant aux pokes ou pustules de la petite vérole. Xi l'orgelet ui la verrue ne sont plus petits que les pokes de façon à justifier un diminutif.
Porcheresse. commune de la prov. de Luxembourg, arrondissement <le Neufchâteau, Porcaritias en 902, puis Porcereclie dans les actes romans: commune de la prov de Naniur, arrond. de Dinant. 11 faudrait écrire Porclierèce, de porcaricia, car il lie s'agit pas ici de pwatcherèsse, gardeuse de porcs, mais d'Une place pour les pores, soit comme étable, soit pour la glandée. Connue ce nom appartient à une quinzaine de lieux dits et communes de France, d'après le relevé de M. Thomas, p. 92, je pense qu'il s'agit plutôt d'un endroit coutumier où le porcher d'un village menait jadis son troupeau de pores (sanre) à la glandée.
pordjèterèce, wall., truelle destinée â gobeter ou rejointoyer (porfyèter, litt1 pro-jeter), Pirsodl, II, 167. Rifyèterèce a le même sens. Lobet, 449< définit ainsi : petite truelle qui n'est mise en usage par le plafonneur que pour les ornements en relief, |par] le maçon [que pour crépir. De plus, il appelle porfyètèdfe un crépi laissant les pierres ou briques apparentes et ne couvrant que les joints.
poterèce, rouchi. Vermesse, Dict. du patois de la Flandre française ou wallonne, p. 4°4- fournit l'article : «Potresse, potasse, terre à poterie». La première de ces formes, dont la seconde n'est qu'une déformation, signifie évidemment, dans le sens adjectival, propre à faire des pots; terre est sous-entendu.
purerèce, wallon, dans banse purerèce, manne ou panier d'osier destiné à laisser égoutter les écorces qu'on retire des bassements ou coûvelâs. Bormans, Le bon métier des tanneurs, v purresse, p 382, 365, 870.
pwèterê. wallon. i° bâton destiné à porter deux seaux sur l'épaule, palanche, Gggg., II, 241, v° poirter ; Body, Voc. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 284, syu. coiibe. 20 pwèterê d! l'anseû, traversier, bâton pour porter les cordes dans un métier de tisserand. 3° pwèterê d' mèstî, i° bâton porte-lames, destiné â hausser et baisser alternativement les lames du métier; 2*' cassin, châssis situé au-dessus du métier â tisser, destiné à porter les poulies. D'après Bormans. Le bon métier des drapiers..., dans B., t. 9, p. 281. — 4° au plur., deux bâtons croisés derrière la nuque,
(lesi inés ;i porter un panier on quelque autre fardeau sur le dos. — 5" deux perches parallèles portées horizontalement par deux personnes, destinées à transporter connue sur un brancard, du foin, etc., S. Kandaxiik, BD 1907, p. io5. — Le thème est verbal. Un diminutif en -ellum n'aurait aucune raison d'être.
qwârerèce, wallon, dans hèpe qwârerèce, hache destinée à qwârer (équarrir), A. Body, Voc. des charrons, etc., dans B., t. 8,
rac'têrèce, wallon nain mois, Pirsoul, II, i85 : « chaîne que Ton attache au timon d'un chariot ». Le sens générique est : chaîne destinée à retenir; je n'ai pu préciser la définition insuffisante de Pirsoul.
rafilerèce, wallon, pierre de rémouleur, pour affiler les tranchants, Body, Voc. des charrons, etc., B., t. 8, p. m, et Voc. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 287.
recevrèce. nom d'un édicule du xve siècle bâti à côté de la remarquable église gothique d'Avioth, près de Montmédy. Cette chapelle détachée servait à recevoir les offrandes apportées par les paroisses voisines le jour de la décollation de saint Jean- Baptiste. LTn fac-similé de ce curieux monument se trouve au musée rétrospectif du Trocadéro. Viollet-le-Duc .lui a consacré une monographie dans son dictionnaire d'architecture. Une étude complète sur l'église d'Avioth a paru dans le Bulletin de l'Institut archéologique aVArlon. Enfin Jean d'Ardenne la décrit dans son guide du touriste Y Ardenne, t. I, p. 278-276, édition de igo3.
rejoindrèce, montois, varlope, long- rabot, Delmôtte, Essai d'un gloss. wall., p. 58g.
rèperèce, wallon, sarcloir, nom que prend la bouterèce à Lineent lez-Hannut. Dérivé de rèper, franc, riper, gratter.
ricèperèce, wallon; ruciperèce, gaumais, Liégeois, Compl., p. n5; grande scie pour ricèper, c'est-à-dire pour scier transversalement un tronc d'arbre, Gggg., II, 3i4- S'appelle aussi fier a r'ccpc, ricèpe, ricèpeù. côperèce, Pirsoul, II, 207 : Body, Voc. des (haïrons, etc., B.. t. 8, p. 119.
ricranerèce, wallon, espèce de scie destinée à ricraner, c'està-dire à scier suivant une ligne courbe. Elle sert surtout dans la préparation des bois de fusil, GGGG., II, 3()2 ; THOMAS, 107 et 109. — Cf. crèneri ■ce.
ridjèterèce. wallon, petite truelle pour rifyèter (récrépir), Gggg., IL 307, d'après Lobet, 489* qui ajoute : truelle qui n'est
mise en usage que pour de menus ouvrages de maçons, de plafonneurs. Cf. porfyèterèce.
rifenderèce, liég., dans sôye rifinderèce, Mathelot, ]'<>e. de l'artisan maçon, B., t. n, p. 124; re/endrèce, rouchi, a scie à scier de long » : Delmotte, Essai d'un gloss. wallon (montois), p. 58;.
rilîverèce, liég., verv.; reléverèce, rouchi, garde de couches, Gggg., II, 3og. — Cf. lèverez.
riparerèce, wallon namurois, outil pour recrépir, riparer, Gggg. II, 3 12 ; Pirsoul, II, 220; Thomas, 109. Gggg. a en outre un article réparerèce, namurois, à qui il donne, comme premier sens, le sens précédent, comme second sens : partie de la machine appelée brôye, qui sert à élever les bois, La brôye est un élévateur à levier. Que faut-il penser de ces deux formes? Le Namurois Pirsoul, faisant un dictionnaire namurois, s'est contenté, comme il lui arrive souvent, d'enregistrer les notes du Liégeois Grandgagnage sous le titre ripar'resse.
ripasserèce, wallon, carde 1res fine pour « repasser» la laine déjà cardée, Bormans, Gloss. du métier des drapiers, B., t. 9, p. 283.
sabouré, picard, Vermesse, 453; sable grossier, sable à écurer. Je conjecture sablerez avec le sens de : gravier ressemblant à du sable.
[samerèsse, wallon liég., cigale à l'écume (saine), sauterelle enveloppée d'une sorte d'écume, Gggg., II, 338. Sans doute il faut ici comprendre que cette cigale fabrique son écume, elle fait l'action : le mot est en -erèsse.]
1. sèmerèce, (aussi sèm-, sinm-), pierre à aiguiser. Gggg.. II, 355, v'sème; Thomas, p. no.
2. sèmerèce, wallon, dans banse sèmerèce, manne destinée à recevoir les graines à semer, plus simplement manne ou panier pour semer. Body. Vocab. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 294, l'appelle aussi sèmeu panier en paille à forme évasée et anse). Je ne doute pas, cependant, que sèmerèce ne soit formé avec le suffixe -aricius : les mots en -erèsse ne restent pas accompagnés de leur substantif.
septembreche, adj., Godefroy, forme picarde. (Notre Dame) de septembre. C'est la fête de la Nativité de S.-D.. qui se célèbre le 8 septembre.
sîzerèsse, sîzènerèsse, sîzerète, wall., var. sîzeû, sizète, colchique d'automne. Fleur relative aux sizes, lougues soirées d'au-
fcomne, c'ést-à-dire apparaissanl avec elles? ou fleur veillons»1. comme l'indiquerait son nom wallon de sizeû;. veilleur, e1 son nom français de veilleuse?
i. soperèce, wallon. Dasnoy, p. 85, écrit sous-presse (!) et définit « lisoir, pièce de bois qui recouvre l'essieu de derrière et dans laquelle sont implantés les moulons (bras) ». Bokmans, Voc. des houilleurs lié g , p. 239, écrit : « sopressex s. f., (hors d'usage), pièce de bois taisant partie d'un herna a fy'vâ, dans laquelle est fixée la pêlète ou le bousson jpivotj de l'arbre qui tourne ». Enfin G<;<;<;., II. ,'>7:ï, donne le mot comme usité en Condroz avec cette définition : « partie d'un chariot, pièce de bois transversale sur laquelle repose et pivote le hamè ». Body, Voc. des agric, B., t. 20, p. 181, reprend le mot comme existant en Ardenne et reproduit la définition de Gggg.
-2. soperèce, namurois, ardennais. Le sens de levain que donne Gggg. est erroné; celui que donne Pirsoul : « action de préparer la pâte pour faire le pain, puis de la laisser [action de laisser!) lever » ne convient pas à un substantif. On dit fé soperèce, préparer la pâte, à Namur, à Sprimont : c'est une déformation de fé s' soperèce, car à Laroche on dit tji m' va fé m' soperèce. La soperèce n'est pas la levure, ni le levain; c'est la première pâte résultant du levain dilué dans de l'eau tiède avec un peu de farine. On laisse lever cette base de la pâte avant de la mêler à la masse de farine à pétrir.
sotcherî, Montbéliard, Contejean, la sarriette, = sécherez, herbe pour sécher (sotchi).
[spiterê, wall., saumoneau à l'âge de spiter, propre â spiter. Ce verbe, qui signifie au sens propre éclabousser, jaillir, est pris ici, comme dans l'adjectif spitant, au sens de faire des mouvements vifs, des sauts et des bonds. — Gggg , II, 388.]
spouseroû, anneau de mariage, Faymonville, dans J. Bastin, \'oc. de Faym , p. 59. Nous avons affaire à un *espouserez, destiné à épouser, qui. à l'époque de la désorganisation de -erez est devenu sposereul- en français, spouseroû en Wallonie prussienne. On trouvera peut-être ailleurs sposeré. sposerè mieux conservé.
stèssinerèce, wall., cuiller pour èstèssiner (arroser un rôti à la broche , Gggg., II, 099. De èstèssiner ou tèssiner, que Gggg., I, 196, donne sans étymologie.
[tastrê, wall. de Malmedy. Yillers. Extraits de Gggg. dans
B., t. 6, p. 87, donne « tastrai, solive, soliveau ». C'est un diminutif de tastre, poutre, dont Goi>. donne deux exemples.]
tchak'terèce, wall.; i° pierre plate servant à une espèce de jeu de billes. Djouwer al tchak'terèce, c'est jouer à retourner, avec une bille qu'où laisse tomber d'une certaine hauteur, des pièces de monnaie mises à plat sur une pierre. Littéralement : pierre propre à tchak'ter. Le verbe signifie produire des bruits, des tchak, en heurtant la pièce avec la bille. Voy. Delaite, Glossaire des jeux wallons de Liège, dans B.. t. 27, p. 142. — 20 filet pour pécher au choc pour tchak'ter, A. Jacquemin, Voc. du pécheur, B., t. 29, p 253. Le sens donné dans BD 1909, p. 28, s'éloigne beaucoup de celui-là : pèchi al tchak'terèce signifierait, à Andenne, pêcher avec un poisson d'étain ou de plomb comme amorce. On agite ce faux poisson, qui tchik'tèye, c'est-à-dire qui avance par tchikèts, par courtes étapes. Ce rapprochement de mots rend louche la définition elle-même. - 3° Au contraire, tchak'terèsse, grive qui t'ait tchak-tchak, semble bien être d'un adjectif en -eresse.
tchanteryè, gaumais de Virton; tchanteré, gaumais du nord; tchanterè, chestrolais : i° grillon, Maus. Dict. (manuscrit) ; Liégeois, Lexique g-aum., p. ni; Dasnoy, p. 275. 20 tchanterè dès bruyères, alouette pipi, Dasnoy, p. 372. — Est-ce un vrai diminutif de chanteur, ou un faux diminutif, produit par méprise de suffixe, comme doit l'être l'anc. -franc, chanterel, livre d'église, qui n'est ni un petit chanteur, ni un chanteur, mais un livre chanterez- '( Le président de Brosses dit encore adjectivement des alouettes chanterelles (voy. Dict. gén., sub v°).
[tchapitre gaumais, salle en avant de la tour à l'église paroissiale de Jamoigne (Luxembourg méridional). Comm. manuscrite de M. L. Roger. Il existe un chapitre au en dialecte normand (cf. Goi)., v° c ha pi tel) qui signifie auvent, porche d'église.]
tchèdjerèçe, wallon, « fourche à manche long, plus gros, à dents plus larges que la fotche d'awous' ». BI) 1907, p. 37. Elle est à deux dents et sert à enfourcher et à charger le foin.
tinderê, wall., défini par Bormans, Voc. des bouilleurs liégeois, B., t. VI, 2e partie, 1862 : « pièce de bois que l'on chasse entre deux autres pour maintenir celles-ci en place. De fini (tenir) ». Je crois plutôt que ce mot vient de tinde (tendre), car le d ne s'explique point par le verbe Uni ou tinre, et qu'il faut y voir une simplification d'un tindreré, pièce pour tendre.
tonderèce, wall. de Clermont-Thiniister, dans hèpe tôderèce, serpe destinée à tondre les liaies, c.-à-d. à couper les grandes branches qui dépassent, la cognée étant réservée pour les tiges el les arbres, s. Randaxiie, dans BD 1907, p. 19.
toûnerèce, wallon, dans pire toùnerèce, meule de moulin, meule a aiguiser ; proprement : pierre taillée et disposée de façon à tourner.
truicerèce, anc. -franc., dans << plaie truieeresse »; adj. que GrODEFROY traduit par perforante Le thème est un dérivé de *traucum, trou. Le sens est : propre ou destiné à perforer.
Vacherèce, 1. d. du Luxembourg méridional: voy. Faverèce.
|vanterê, wallon, vantard, Gggg., Il, 4^°- Groi). a un ex. où ventereaulx rime avec trompereaulx : ee sont des diminutifs de trompeur et v auteur.]
« vantresse », anc.-frane., Goi>.; eensive de vingt deniers pour livre. Le mot est tiré des Archives du Loiret. Il s'agit d'une eensive vinterèce, à vingt deniers.
venteresse, ane. wallon. Mon ami Lin. Fairon, des Archives de Liège, me communique ee mot avec le texte suivant : Pacquea le meunier cède à Pirotte le Rossea et Gabriel Delbrouek la (( thour délie follerie » à Sauheid et une place alentour... « pour y faire par les dits prendeurs ung fornea pour fondre le fer on aultrement en uzer à leur volunté, ensemble eulx aissesier (s'a/ies.sz) derivaige joindant à l'eawe, ossy avant que ledit Paequea, pour charger et desehargier densrées et marchandises au deseur des venteresses et uzine... ». Document sur parchemin émané des Lehevins de Liège, de l'an i56*2. Le mot est évidemment de même racine que ventail, w. uinta. Le texte montre qu'il s'agit d'une digue ou vanne munie d'un ventail pour mesurer l'écoulement de l'eau.
? vèterê, wall. ardennais de Marche, loggia. Comm. manuscrite de M. Louis Bragard, qui écrit uetetrai. .Je conjecture un * vertariei us. destiné à tourner. Comparez à vèrtîre, porte de fenil (pii peut faire un demi-tour complet, le gond étant à l'extérieur (Manhay, comm. de M. A. Gilkinet). S'agit-il bien d'une loggia, chose toute moderne en notre pays, ou d'une vitrine mobile V
voiturais, ane. -franc., dans " porte voituraise » donné par Godefroy; destiné aux voitures. Semble bien être un voiturerèce méconnu.
^wauferê, gauferais en ane. rouehi de Tournai, (fer) qui sert a faire des gaufres. Sept ex. de Godefroy, v" waufret, sont
de la région tournaisienne. Il y a donc un waufcrè à rechercher dans cette région de la Belgique romane. Voyez fererez, même signification. Cf. Thomas, p. 69.
3 JLe préfixe be-
Le préfixe latin bis- (deux fois) a passé en roman sous les formes bes-, ber-, bar-. Actuellement il est représenté en français par bes-, ber-, bre-. be-, &'; par bis- dans des mots de création savante on en vertu d'une réaction étymologique. Presque toutes ces formes se retrouvent en wallon, par exemple dans bublou, hafyowe, balancî et birlanci, birlance, barlafe, barloque et birloqiié,barloquer ; bèrôler, bèroter, bertauder, berwète, berlanguer, bèsèce, bisègue, birouler, birlôzer, birouche. Aussi ce n'est pas sur la question phonétique, cette fois, que nous voudrions attirer l'attention, c'est sur la façon dont l'évolution de sens a été présentée.
Grandgagnage, a la suite de Die/. (l), pose à la base la signification de de travers, en biais. Darmesteter, dans le Traité qui accompagne le Dict. gén. (2), s'exprime ainsi : « L'idée de dualité amenant à celle de séparation, de déchirement et, par suite, à celle de peine et de mal, bis- a une valeur péjorative dans... ». L'évolution de sens, en cas d'aboutissement à une valeur péjorative, serait donc : i° dualité, 20 séparation et déchirement, 3° peine et mal, 4° mauvais état.
Nous ne croyons ni à l'idée première d'obliquité de Diez, ni à l'idée de séparation et de peine de Darmesteter.
Le sens péjoratif, à notre avis, est amené beaucoup plus facilement. Il provient de mots comme bévue, berlue, barlong-. Ce qui est double, quand il doit être simple, est mauvais. Ainsi la première qualité d'une bonne vue est l'unité de vision : celui qui voit deux tableaux, deux images dont les traits ne se superposent pas à cause de l'asymétrie de ses yeux, celui-là est afflig'é d'une espèce particulière de mauvaise vue, qu'on ne pouvait mieux dénommer que bes-vue, ber-lue. Un manteau qui est de deux longueurs différentes, plus long d'un côté que de l'autre, n'est
(1) Diez, Gramm., II, p. 4o3 et Dict. étym., s0 bis. — GGGG, Dict. étym.. y" barlafe. barloker.
(2) P. 82, auS 196. n° 5.
guère «'on forme à L'esthétique du vêtement, et c'est ainsi que le français bar-long devienl attributif péjoratif quand il s'agit d'un manteau.
Le sens péjoratif ne se produit que dans les cas où la dualité signifiée par le préfixe est mauvaise. Dans les autres cas, be et ses variantes peuvent avoir un sens fréquentatif : bèrôler, bèroter, birouler (bis-rotulare) ; ou marquer un mouvement de droit»; à gauche et de gauche à droite : balance, balancer, balanci, birlance, birlancer. Mais, si ce qui balance ne doit pas balancer, ou le fait sottement et avec ostentation, de nouveau l'idée péjorative apparaît, birloque, bêrloqne, barloquer, bien qu'elle ne soit pas inhérente au sens du suffixe.
4 L,e prétendu préfixe péjoratif ca- en français et en wallon.
Dans son ouvrage sur les Mots composés, p. 112, Darmesteter disait : « La particule ca- doit être d'origine germanique ou Scandinave, ou, ce qui est moins vraisemblable, basque ». Il a renoncé à cette opinion romantique dans le Dictionnaire général et dans son Cours de grammaire historique, III, p. 29. En effet le Traité de la formation de la langue française, qui sert d'atrium au Dictionnaire général de Hatzfeld- Darmesteter- Thomas, dit au ^ 196, 6, p. 82, que ca-, cal-, cali-, coli-, charisont différentes formes d'un suffixe d'origine obscure et propres au français et au provençal ; que ce suffixe a en général une valeur péjorative. On y cite cabosser, calembour, calembredaine, califourchon, camouflet, charivari, colimaçon. Dans les Mots composés, il citait en outre calorgne, caborgne, caliborgne, caloure, calouche. Enfin le Cours de grammaire historique consacre à ca- un paragraphe qui contient sans doute l'opinion dernière de Darmesteter et qui mérite d'être cité en entier :
((. Cal, particule d'origine inconnue qui se présente encore sous les formes cal. car, chai, char, gai, gar, — cali, gali, chali, chari, — ca, ga, cha.
« Elle a une valeur péjorative et forme un certain nombre de composés d'un caractère populaire d'après le type 20 a (') : califourchon ; calorgne (caborgne, caliborgne, caliborgnon.
Lequel est décrit S mji : « La particule est adverbe et produit un juxtaposé : bienheureux . déloyal, mésaventure, non-sens ».
caloure, calouche « louche, myope ») ; ralimande (espèce de limande); colimaçon (anc. calimaçon); cabosser (= déformer en bossoyant); charivari (vari signifie ((tumulte»); calembredaine (dans certains dialectes calembour daine, où bourdaine est un dérivé de bourde); calembour masculin du précédent ; galimatias (forme corrompue de l'ancien mot galimafrêe « ramassis de viande, plat grotesque », dont elle a le sens figuré « ramassis de sottises, discours incohérent »), etc. »
L'auteur donc ne part point de ca-, mais de cal-; il se contente de noter le sens péjoratif, comme Diez et Littré l'avaient noté, sans pouvoir dire s'il est primitif ou s'il s'est développé postérieurement; non seulement il supprime les conjectures étymologiques, niais il va jusqu'à l'affirmation que ce préfixe est propre au français et au provençal. Bref, l'article est rédigé avec une extrême prudence. En faisant table rase de toutes ses conjectures antérieures, l'auteur montrait qu'il n'avait plus confiance en elles, mais aucune conjecture nouvelle, aucun essai de démonstration n'est venu les remplacer.
Nous voudrions nous servir des dialectes du Nord, du picard et du wallon, pour tenter de résoudre ce mystérieux préfixe, le seul de la langue courante que les romanistes n'aient pas réussi à élucider.
Mais par où commencer l'étude d'un préfixe qui se présente sous des formes aussi variées qu'énigmatiques? Sait-on môme s'il y a là un préfixe ou plusieurs? Les philologues ont tiré sans doute le sentiment de cette unité de doublets comme caborgne, ealiborgne, mais cette unité reste a prouver sérieusement. D'ailleurs, qu'on ait affaire a un préfixe unique en plusieurs formes ou à plusieurs préfixes indépendants, il n'y a pas de différence au point de vue de la méthode : il faut instituer les mêmes comparaisons. Etudier ca- isolément serait se condamner d'avance à ne pas aboutir. Il faut, sur des listes copieuses, observer les mots a variantes, les comparer, tenter la résolution des formes dissyllabiques du préfixe avant d'arriver à ca- lui-même; car il y a plus de chance de découvrir quelque chose si on s'attaque aux formes les plus complètes. Même parmi ces mots en eali-, coli-, chari-, cal-, etc., il y a encore une sélection à faire: il sera bon de choisir ceux dont le second terme est reconnaissable, afin d'opérer sur une inconnue au lieu de deux.
Ces listes préalables, nous ne les consignons pas ici, pour éviter des répétitions. Elles trouveront place ailleurs et sous forme de
lexique : nous ne mettons ici que ce qui est strictement nécessaire à la démonstration.
Notre premier effort doit donc consister à prouver l'équivalence on l'identité de toutes les variantes données du préfixe. On y arrivera en comparant des variantes dialectales qui soient manifestement de même racine et de même sens. Ainsi : i° le wallon dfoli, bigarré, vair, tacheté, bariolé, de couleur pie, nous fournit à l'évidence la racine de catyolé (usité à Chiny), de carfyolé (Virton), de crafyolcye, (vache) bigarrée noire et blanche. Voilà doue car-, cra- et ca- attachés à la même racine sans différence appréciable de sens. Résistons au désir d'attribuer cette variété a une intrusion, compliquée de métathèse, de r. Attendons plutôt les suggestions de nouveaux exemples.
2° En face de fougni, fouir et fougnis ', fouillis que le sanglier ou le porc font en fouissant, il existe des composés cafougm, liég., nain., cafougner, ard., chiffonner, crafougner, racrafougner et racrafougneter, ard., même signification. Cet ensemble de formes nous permet d'isoler et de considérer comme pratiquement synonymes les préfixes ca-, cra- et même racra-.
3° On retrouve la même alternance de préfixes dans le gaumais carabossi, bossuer (Virton, Maus), à côté de l'adjectif cabossi (Virton), bossue, et du substantif crabosse, variante carabosse, état d'être courbé, travail qui exige cette disposition du corps. En français, Carabosse est le nom d'une vieille fée méchante et contrefaite.
4U L'escargot, qui est appelé à Liège caracole, est à Chiny nommé carcole, à Nivelles caricole, en picard carcaillou, en berrichon carcalou.
5° Au français caramboler correspond en wallon verviétois caraboler (Lobet); et, d'autre part, j'ai entendu à Dison (lez Verviers) l'expression lu caribolètye dès navètes, le jeu, le va-etvient, le virement des navettes.
6° L'équivalence de cari- et tara- est fournie par les formes herviennes caribôdias et caraboutchas (épaississement d'une variante caraboudias), par carimatyôyes et earamatjoyes que M. Haust a étudiées (dans les Mélanges Kurth, II, p. 3i6).
7° Mais la plus belle série, au point de vue de la variété des formes est celle de carmoussi, fureter (liég., verv.,) qui nous fournit : a) le simple ca- dans le rouchi cainousseaii, le gaumais camussète, le picard eamuche, le verviétois camoiisscr, le namurois camoussi, eamoussafye ; b) la forme car- dans le wallon
carmousser ou carmoussî, carmoùsse, carmoussètye, carmoussète, Le picard carmuchote; c) la l'orme ra/- dans le wallon calmousser ou calmoussi, calmousse, calmoussète, calmoussète, calmousserèye, le chestrolais se calmusser ; d) cas- dans casmoussî que donne Grandgagnage, i, 98, casmoussèfye, que donnent Grandgagnage, ibid., et le journal liégeois te Mestré, n° 49, p. 2; e) enfin, exceptionnellement, caA- dans cakmoussèfye, variante fournie par Hubert, p. 121.
Arrêtons ici cette énumération de variantes pour tirer nos premières conclusions.
i° Conclusion relative à cari-, citru-.
Du simple moussî, en français musser, on peut former les composés anwussi, entrer chez quelqu'un en se unissant, ramoussi, rentrer en se mussant, en gaumais ramuchîr, rôder sournoisement, où le préfixe va- est compose de re -f ad, comme en français dans ramener, rafraîchir, rafistoler. Or, le préfixe latin re-, sans ad-, donne seulement ri-, ru-, exemples: rimoussî, usité dans le sens particulier de rhabiller; ripwèrter, qui diffère de rapwèrter comme le français reporter diffère de rapporter. Souvent, il est vrai, on ne perçoit point de différence appréciable de sens entre ra- et /•/-. 11 nous semble donc logique d'admettre que cari- et cura-, pratiquement synonymes, diffèrent étymologiquement comme ri- et rail0 Conclusion relative, a cari-, car-.
Le préfixe ri- se réduit à r quand le mot précédent se termine par un son voyelle sur lequel r' peut s'appuyer. On dira po-l rimoussî, mais po r'moussi. Il nous semble donc logique de croire ipie la variante car- vient, non de cara- par suppression insolite de a, mais de cari- susceptible d'être simplifié en car.
3° Conclusion relative à car-, cra-.
D'où viendrait alors la variante cra-'t Elle doit être composée de la même façon. Nous n'acceptons pas l'hypothèse d'une métathèse de r. Si car- vient de cari-, cra- doit venir de kira-, et le préfixe ki- n'est pas à chercher bien loin : c'est simplement le préfixe latin co- qui devient co- en namnrois, ki- en liégeois, eu- en verviétois, etc., et qui peut s'abréger en A-' si le mot précèdent se termine par une voyelle : po-l kitoûrner, po k'toûrner.
Si le même mot passait par toute la série de ces préfixes a-, ri-, r\ ra-, cara-, cari-, car', kira-, kiri-, c'ra-, le phénomène éclaterait à tous les yeux. Mais il n'en est pas ainsi. Mouwer ne donne que rimouwer, r'mouwer et kir'mouwer, (uèl cur'mouwéz né
tant, Verviers). On trouve les verbes moussî, amoussî, ramoussî, rumoussî, car* moussî, mais point caramoussî ni c'ramoussî. 11 a
donc fallu établir des comparaisons partielles, en sériant les phénomènes. Néanmoins les conclusions prée (lentes apparaissent tellement simples en leur symétrie, si exemptes de complications et d'accidents phonétiques, qu'on s'étonne de ne les avoir vues formuler nulle part.
4° Conclusions relatives aux autres variantes.
Les autres variantes sont rares et sonnent comme des déformations. Ici les accidents phonétiques entrent en scène. Caram- de carambole a sa voyelle nasalisée; cal- vient de car- par permutation de liquide ('); de même pour cali- qui vient de envi-; cak'et peut-être caïf- sont de vraies corruptions de car-; cas'- pour car1est analogue à bes-jber-, bis-jbir-. sauf que la permutation s'est faite a l'inverse. Nous n'avons pas épuisé le nombre de ces changements : que l'on compare le wallon calfurti avec le français galef retier, le wallon caspoye avec le bressan garbouye, le wallon crabouyî et grabouyî; mais il vaut mieux renvoyer au lexique tout ce qui n'est pas nécessaire à la démonstration.
5° Il y a, dans cette analyse, quelque chose que nous n'avons pas encore atteint : c'est ca- lui-même.
11 existe sur ca- une opinion devenue classique, tellement ancrée qu'on préférerait, je crois, lui donner à priori une origine celtique, ou basque, ou Scandinave, que de renoncer à l'essence péjorative de ca-. Essayons d'examiner ce point capital sans préjugé.
Une première observation s'impose. Que le préfixe ca- vienne du Nord ou du Midi, s'il est aussi ancien qu'on le croit, s'il a existé dans le Nord au moment où la syllabe initiale ca- se palatalisait dans le Nord, il a dû devenir: en français cbe- ou eba-, comme dans chemise, chemin, chêne, cherté, cheval, chef, cheveu, charité; en picard et notamment dans le patois rouchi du Ilainaut ke-, k' ou ca-, comme dans kemiche, kemin, kêne, kèrté, kevau, keveu, cacher (chasser), caine (chaîne), caleur, (chaleur), calit (châlit), cambre (chambre), camoussé (moisi), can~ chon (chanson), candeler (chandelier), candèle (chandelle), canger (changer), cantiau (chanteau), capèle (chapelle), capiau, (chapeau), car (char), cat (chat), etc.; en wallon tchè-, tchi-, tchu-. Or le capréfixe péjoratif n'est pas devenu palatal en wallon comme le cades mots précédents. Les exemples caboùre, cabolèye, cadjolé,
1 ) Permutation inverse dans le namurois carculer, carcul, curculeû.
enfourner, capôtier, capére, capîche, cafouyi, camousser l'indiquent suffisamment. Donc le ca- préfixe est postérieur à la période de palatalisation.
Mais comment un préfixe postérieur à cette ère de transformation, c'est-à-dire passablement récent, nous serait-il venu d'une langue étrangère sans qu'on en eût pu contrôler la provenance? Pareille intrusion n'aurait pu rester mystérieuse.
Donc ca- ne vient pas de l'extérieur. Il s'est formé à l'intérieur du roman, par quelque déformation de ce qui existait avant lui ; il n'est pas primit if.
A la vérité, ce ca- ne peut pas être très postérieur à la transformation de ca- en che-. Nous en trouvons la preuve dans l'exemple camoissié, couvert de plaies (picard, Corblet) et camoisi, moisi (picard, Corblet), qui est en rouchi camoussé, gravé de la petite vérole, moisi (Vermesse); ce mot reste bien camoussé en gaumais, mais il devient tchamossî, tchamossé en wallon. Si on accepte que ce verbe est décomposable en ca- plus une l'orme identique au français moisir, nous avons là un bel exemple de ca- existant à l'époque du changement susdit, mais sans doute assez tard et sur la fin du phénomène, puisque la transformation n'est pas générale et que le gaumais es1 en désaccord avec le wallon. Cet exemple n'infirme donc pas notre observation, il la conditionne : il nous avertit que la production de ca- préfixe ne peut être assignée pour tous les mots à la même date et qu'il y a des avant-coureurs, comme camoussé-ichamossî, et des formations postérieures.
Si ca- n'est pas emprunte a l'étranger, s'il dérive d'autre chose préexistant sur place, il ne doit pas être très difficile de déterminer son origine. Ce n'est pas le c, vraisemblablement, qui a subi la déformation, ce doit être la voyelle. (Quelle était la voyelle primitive? Puisque c devant e,i devient sifflant, la voyelle primitive ne peut être que o ou u. Une seconde élimination viendra compléter la première : eu n'existant pas comme préfixe, il est naturel de se rabattre sur le préfixe co- bien connu et immensément répandu.
Voilà où l'observation et le raisonnement nous amènent. Il reste à étudier les faits non examinés jusqu'ici, à vérifier par des expériences multiples cette première proposition. Si la thèse se confirme, il y aura lieu en outre de rechercher la cause ou les causes du changement constaté.
Soutenir que le préfixe ca- vient de co-, c'est s'astreindre à étudier d'abord les destinées de co- dans nos dialectes du Nord.
Les desl inées du latin co-.
Dans l'Est-wallon, co- devient ki- en liégeois el en ardennais, cil en verviétois, cœ dans la Wallonie prussienne, mais il est coen namurois, cou- en roucbi et en gaumais. 11 y a exception a cette règle : i° lorsque co- ne sonnait plus en roman comme préfixe, ainsi dans coslcùrc (eosiitura, couture), costri (couturière, namurois; ardennais constîre, verviétois costi), coster (coûter), cos' (coût), costinfye (coût); 2° lorsque les mots sont empruntés au français, que l'emprunl soit ancien ou récent. 11 est ancien dans aconqwèster, consî (conseiller), consieû (conseilleur), acoustiimance, comugnî (communier), confyi (congé), com'sèfyî (commessagier), com'siè/jes (coin-messages, coumèssèfye dans Gggg., Il, XVI), convoyé (fém., convoi), compère, comére, etc. 11 est plus récent dans comprimle, compter, corompe, constant, complaire, condition, concubinètje, conoeni, corèhfi (corriger), etc. ; 3" Il arrive que les deux formes existent côte à côte, mais venues évidemment par des voies différentes et avec des sens différents, kirompe et kirompi, participe kirompou, crompou. a le sens de « briser en plusieurs endroits, émier », mais corompe, corompou, du français corrompre, corrompu, conserve la même signification qu'en français. De même kisinti, kibate n'ont certainement pas le même sens que consinti, combale, qui sont chez nous des néologismes, des emprunts nécessités par l'élargissement des idées et de la mentalité wallonnes. A part ces exceptions, le préfixe co-, malgré sa voyelle plus sonore, a rejoint dans tout le Nord-est wallon les deux autres préfixes latins re- et (te-.
Mais quand nous assimilons, au point de vue étymologique, coel eu-, en tout ou en partie, nous ne prétendons point que la forme ca- soit sortie des formes actuelles ki-, eu-, cœ- : il est bien évident que c'est de la forme co- (pie doit provenir ca-, si telle est son origine; que le Nord-est wallon a employé co- avant de l'atténuer en ki-, eu-, C0&-. Le liégeois pourrait fournir au besoin telle forme attardée où eo- est resté, par exemple le mot comineye qu'emploie Simonon, mot qui ne peut être emprunté au namurois, puisque le namurois dirait comwinrnéc.
Phonétiquement, ca- pour co- a la syllabe initiale n'est pas un phénomène extraordinaire. Le latin avait déjà une tendance à -nli-t il 11er a a une aut re voyelle a l'initiale : c a 1 i c e m correspond au grec v.jLv/.-j.. Mais les langues romanes et les dialectes en offrent de nombreux exemples. Le français eagouillc (volute au liant de l'éperon des grands navires) est emprunté de l'espagnol
cogollo (volute du chapiteau corinthien), qui est le latin cucullus, capuchon. Le français cagoule est une forme méridionale issue du féminin cuculla. Le français calandre vient du grec xûXivopov par le latin c u 1 i n d r uni ; c a n a p é vient du grec xwvwTretov par le latin conopeum; calèche du hohémieu kolesa (Die/.. I». 78) ou du polonais koluska (Dict. gén.). En wallon, si le latin cauda, coda reste cowe en liégeois, par contre le verviétois, l'ardennais et tout l'Est disent cawe. Le gaumais lui-même a cawière, cawelet (Virton, Macs). Verviers a cowète en regard de cawe, mais Spa et l'Ardenne prononcent cawète. Lobet traduit cocarde par kacâde (p. 262); Forir cacophonie par caçafoleic, où la déformation provient d'une étymologie populaire suscitée par l'assimilation fa ile de co- à ca-. Que l'on mette en regard cagne et cougnot, français quignon, ou les variantes couye, coye, cave (lat. pop. *colia, de c oie us) dont le verbe cayi n'est pas exclusivement vervictois et ne peut être attribué à l'alphacisme de cette région: inversement que l'on note les substitutions fréquentes de o, ou à a : poupa, popa au lieu de papa dans l'Ouestwallon et en Ardenne; mou m an an lieu de maman en Ardenne; comarade pour camarade en rouchi (Vermesse, p. i53); les doublets mougner et magner ou mougnî, magnî; toùbac, dont Vou ne provient pas de la forme espagnole, car ni le français ni le flamand n'ont ou; le picard cantour pour contour (Corblet); le picard condamine qui vient de campus domini, champ du seigneur; on sera bien forcé de conclure que la barrière entre o et a est bien fragile et qu'elle a souvent été franchie.
Si donc nous pouvons trouver, dans des dialectes voisins, des variantes du même mot offrant co- d'un côté, ca- de l'autre, il n'y aura aucune difficulté phonétique à poser l'équivalence ca- = codant les dites formes, et il sera légitime de rechercher lequel est primitif de ca- ou de co-. Procédons ainsi.
.le vois que le français colimaçon, le picard col imachon (Corblet, p. 317) a pour correspondant calimichon dans la Seine-inférieure, (Delboulle dans Rolland, Faune popul , t. III), calimacon dans le Calvados, l'Orne, la Seine-infér., Seine-et-Oise, le Loiret (Rolland, Faune pop., t. XII, p. 26), calimachon dans la Manche, le Calvados, la Seine-inf., la Somme (Rolland, ibid.), calémuchon dans le Pas-de-Calais (Rolland, ibid., p. 27), calimacon dans Duez, Dict, ital. -franc., 1678. Le suffixe n'est pas ici coli- ni cali-, et nous ne voyons pas d'autre part pourquoi le Dict. général décompose le mot en cal + limaçon. Les faits ne nous montrent que
limaçon précédé de co- ou ca-. Des formes comme cârmuçon (dans la Somme) el carmichon (dans l'Oise, cf. Rolland, ibid., p. 27)110 peuvent s'expliquer que par substitution de liquides; elles doivent être ramenées à câlmuçon, calmichon et décomposées en câ- 'muçon, ca-l'michon, ce qui nous ramène de nouveau à co-etca-.
Le français compère, commère a de curieux correspondants dans le Nord : 1" compère garçon fort, vigoureux, déluré : 20 kipére, dans les Noëls : kipére Bièt'mé, kipére Ernou ; 3° copêre ou copére en namurois, pour désigner les originaux naïfs de Dinant dont les bêtises légendaires défrayent le folklore, d'où copérerie, extravagance, naïveté; 4° dans le même sens on dit coupère à Virton en pays gaumais, capère à Rossignol, également en pays gaumais. Depuis Stavelot jusqu'à la Semois, on appelle Rosières, près de Sibret (prov. de Luxembourg), le pays des coupères ou des capères, ou des copères, à cause de la même réputation de naïveté que celle des anciens Dinantais. Ce mot nous donne donc pour le préfixe latin com-, co-, les formes com-, co-, cou-, ca- et ki-. Commère nous donne comére, kimére, cumérc, coumére (Givet), mais camére ne se rencontre pas.
Un bel exemple de l'alternance ca-j co-! cou-, c'est le mot qui se prononce en namurois copiche, fourmi, à Givet coupîche, à Bourlers (pointe sud du Hainaut) coupiche, mais capîche en gaumais et en chestrolais. De même fourmilière se dit copicherie en namurois, capichiè en chestrolais (Dasnoy, p 63, 273). Le verviétois piheran, fourmi, contient la seconde partie du mot, dont la racine est la même que celle du wall. pici, ou du franc, pincer qui est pour picer, ou du franc, piquer. Donc le mot doit être divisé en co- ou ca- plus piche et nous fournit de nouveau ca- = co-.
C'est d'une des formes germaniques pfatte, pfote, pote, qui ont produit vraisemblablement le provençal pauta, le français patte, pote, potelé, tripoter, patiner et l'argot fr. tripatouiller, que vient aussi le wallon ardennais capôtier. Exemple : ni capôtèye nin t'chapê ainsi .', ne tripote pas ton chapeau de la sorte. Le liégeois ne connaît que la l'orme à préfixe ki- : kipôti ; de même nous avons relevé à Stavelot cnpôtî, à Faymonville, en Wallonie prussienne, coepôlier', mais le namurois, si nous en croyons Grandgagnage, emploie la forme capôtyî (que Gggg., I, 100, a écrite capôchî pour capôtchî, qui sérail une forme épaissie de capôtyî). Il n'y a point d<- différence de sens entre capôtyî et kipôti.
Du latin bulla, qui a donné au français boule, bouille, et par emprunt bulle; qui a donné en wallon bouye, bosselure, bouyote,
bulle à la surface de l'eau, bosse, ampoule, vient le verbe kibouyî, cubouyî, et le dérivé kibouyeter ; mais l'ardennais dit cabouyer, le naintirois et le gaumais cabouyi, bossuer, bosseler, par le préfixe ca- et sans différence de sens.
De hossî, franc, hocher, secouer, le liégeois forme kihossi, ex: i f;i k'hossî pu (l'on pà, j'ai secoué plus d'un pieu ; mais l'ardennais et le chestrolai s ont cahosser, an sens actif de secouer et au sens passif de vaciller, ex. gn-a Vtàve qui cahosse, litt. : il y a la table qui vacille.
Invoquons enfin un argument d'autorité. Grandgagnage a eu l'intuition que ca- est identique à ki-. En recueillant des exemples pour cette démonstration , nous avons eu le plaisir de rencontrer sur ce point une affirmation caractéristique. Elle a échappé aux romanisants et à nous-mème, d'abord parce qu'elle est enfouie dans une note an mot cafougni; ensuite parce qu'elle passe là comme une proposition en l'air, sans preuve, qui n'empêche pas l'auteur de formuler, aussitôt après, une autre étymologie de cafougni. Néanmoins citons le texte (I, S9) : « ca est une forme de la particule inséparable et intensitive ki (celle-ci, il est vrai, est presque la seule en usage a Liège : toutefois cf. caboûr et le suivant [cafouma] ; mais ca se dit encore [?] en N[amurois], et précisément selon Z[oude] devant/), f ou p, suivis de o ou ou ; or beaucoup de formes et de mots, jadis communs aux deux idiomes LFiégeois] et \[amurois], se sont conservés seulement dans ce dernier)...». Laissons de côté les erreurs partielles, à savoir que l'usage de ca- aurait été plus étendu jadis en liégeois, que les mots en ca- apparaissent ainsi comme des survivances, il reste néanmoins que les faits ont inspiré à un moment donné à Grandgagnage l'idée que ca- est une forme de ki-.
Dans tous les exemples qui précèdent, il nous est impossible de percevoir une différence de sens entre co- et ca-. Nous constatons simplement que le Nord-wallon a rarement la forme ca-, que celleci se rencontre plus souvent dans le namurois, l'ardennais, le chestrolais, le gaumais. Si on n'a pas reconnu cette identité do co- et ca-, cela provient de ce que ca-, donné comme péjoratif, considéré d'autre part comme une simplification de cul-, était par là-même éloigné davantage de co-. Or i° rien ne justifie l'hypothèse que la forme primitive est cal-; 20 co- a des sens qui conduisent graduellement à cette interprétation de ca- péjoratif. Pour le premier point, nous avons montré que cal- n'est qu'une transformation de car- qui contient deux préfixes et non un seul ;
pour le second point, il es1 nécessaire d'étudier d'une façon un peu plus analytique qu'on ne le l'ait d'ordinaire la sémantique du préfixe co-.
Sémantique du préfixe co-.
Co- marq le jonction, réunion, disent les manuels. 11 est adverbe el dépendant du terme principal dans confrère, compère, commère, consœur, collègue, coaccusé. Mais tout n'est pas dit, cependant, au point de vue psychologique. Deux sœurs sont consœurs au même degré, chacune est sœur avec l'autre, mais il n'en est pas toujours ainsi. Le compère est père avec le père, mais seulement père spirituel ou parrain. La commère est une mère-marraine, Le colimaçon esl limaçon avec un autre ; mais, par le l'ait même qu'on le compare, on le subordonne ; ainsi le colimaçon n'est pas le vrai limaçon, il n'esl qu'un adjoint. Mes co-propriétaires ne m 'apparaissent pas aussi propriétaires que moi !
Co- devant un verbe joue aussi le rôle d'adverbe et dépend du terme principal. Mais que signifie-t-il ? Conjoint a le sens de « joint avec », mais il faut tenir compte des éléments contingents (pii modifient le sens : dès lors conjoint se définit : (personne) jointe avec (une personne de l'autre sexe, par mariage). La consonne sonne avec (la voyelle). Conjuguer, c'est réunir par couple, l'un avec l'autre, donc ensemble, deux éléments, De l'idée de avec, ou d'accompagnement, on passe à l'idée de ensemble ou réunion. Ce n'est pas la même chose : les conjoints sont >< joints ensemble», un conjoint n'est pas un « joint ensemble» ; il conjure signifie « il jure avec d'autres », ils conjurent signifie « ils jurent ensemble». Au contraire ils compatissent, même au pluriel. signifiera : ils partagent la souffrance (d'un autre) et non : ils souffrent ensemble. Un verbe a tantôt les deux sens, tantôt un seul des deux.
Que «le choses restent encore dans le vague! Consterner ou plutôt le latin consternere signifie étymologiquement «abattre avec». Mais ce n'est pas abattre avec un bâton ou une autre arme. Le préfixe con- n'est pas instrumental, il marque l'accompagnement. Quelle sorte d'accompagnement? Il peut marquer que i<- sujet abat ce avec un autre» : il y a réunion des sujetauteurs de l'action, donc multiplicité du sujet. Mais il peut marquer le fait que le sujet abat une chose en même temps qu'une autre, plusieurs choses ensemble: il y a multiplicité de l'objet et simultanéité des actions partielles ; enfin il peut encore indiquer que !<■ sujet abat une chose immédiatement après une autre,
plusieurs choses à la file, successivement: il y a multiplicité de l'objet et succession des actions partielles jointes dans le temps.
Il y a des verbes avec lesquels la multiplicité d'action ne peut s'entendre aussi simplement. Dans consumere, il ne s'agit pas de plusieurs actions de prendre simultanées ou successives et virtuellement égales ; il s'agit d'une action unique, mais multiple, complexe, décomposable en une quantité de menus actes. L'esprit qui conçoit cette complexité indique par eon- la multiplicité des parties de l'action totale. Contenir est tenir par tous les côtes ; comprendre est prendre dans son ensemble, dans son entier, par tous les côtés a la t'ois ; confondre est meurtrir par plusieurs chocs ou blessures partielles ; la contusion est le résultat total de • •es meurtrissures partielles et rapprochées : contrister n'est pas attrister une autre personne avec soi, c'est la rendre toute triste. dans son entier, aussi complètement qu'elle peut l'être. Bref, le verbe marque alors une action complexe faite de mouvements synergiques contribuant à produire une action totale. L'idée de l'intensité d'une action remplace l'idée de multiplicité de l'action, ou plutôt la multiplicité est dans le détail, l'intensité dans l'ensemble ou le résultat.
Tel est le cas de la plupart de nos verbes wallons composes avec co-, ki-, etc. Co- n'est pas chez nous un préfixe mort comme en français, il est très vivant, il peut s'adjoindre à tout verbe en qui il est possible de marquer l'intensité de l'action par répétition de l'acte initial. Si bouyi existait, il signifierait faire une bosse. mais kibouyî a le sens de bossuer partout un même objet. Brôdi signifie brouiller, chiffonner; mais kibrôdî sera brouiller totalement, chiffonner d'un bout à l'autre. Twèrtchî veut dire tordre dans le sens d'une torsion simple, d'un quart de tour, d'un demitour ou d'un tour de torsion; exemple : si twèrchî l' pi. se faire une entorse; mais kitwèrtchî désigne une action totale faite de plusieurs torsions : kitwèrtchî on vantrin, c'est tordre un tablier comme une corde. La particule devient donc intensive dans kitaper, jeter de ci de la à plusieurs reprises : dans kidjèter, kiheùre, secouer quelque chose ou quelqu'un en l'empoignant de partout . kitchèssi, chasser quelqu'un de partout où il se réfugie; kitoùrner, retourner dans tous les sens : kipiter, repousser par de multiples coups de pieds; kipôti, prendre et malaxer dans ses «pattes kiminer, mener partout, d'un endroit a l'autre.
On peut encore augmenter l'expression de l'intensité en ajoutant le pronom tôt : i m'a tôt k'brôdi ou k'bouyî ou kipôti nf tehapê, il m'a tout cabossé mon chapeau.
On admettra <|ii<' cette action intensive peut produire sur l'objet qui la subit des résultats déplorables. Un chapeau tôt k'bouyi est un chapeau hors de service. Il s'attache donc assez facilement à cette idée «l'intensité une idée péjorative. Nous arrivons ainsi au terme de l'évolution sémantique de co-, 11 n'y a point de différence réelle entre le sens de co- et celui de ca-, Capôtier ne signifie pas autre chose que kipôtî. Ce que l'on veut percevoir de péjoratif dans le wallon cabouyer, catoûrner, cafouyer, cafougner, cabirlancer, dans le français cabosser, vient de la nature de l'action et non du préfixe. Nous avons montré jadis la même chose pour le préfixe bis-, bes-. Des mots en ca-, tels que caracoler, caramboler, cajoler, ne contiennent rien de péjoratif ; des mots en co-, tels (pie le français com pisser, le wallon kibrôdî, kichèrer i ardenn., déchirer) passeront facilement pour avoir un sens dépréciatif. Donc, pas plus an point de vue sémantique qu'au point de vue phonétique, nous ne voyons de différence entre ca- et co-.
Mais, dira-t-on avec raison, pourquoi tous les mots qui ont pris le suffixe latin co- ne le changent-ils pas en ca- ?
D'abord il faut considérer que le changement de co en ca- n'est pas le résultat d'une loi phonétique : c'est un accident, comme la métathèse ou la permutation de deux liquides. Les variations de voyelles dans les syllabes atones, dans les syllabes initiales, ne sont pas soumises à des lois aussi rigoureuses qu'à la tonique. Est-ce en vertu de lois que le français dit qvEnouille de c o n u cula i\v. kinoyé) ou d\me de domina? Nous n'avons donc pas affaire ici à une dérogation aux lois phonétiques, pas d'exception à expliquer. Nous avons les mains libres pour chercher ce qui peut avoir favorisé parfois la production de ca- au lieu de co-.
Plusieurs phénomènes concomitants ont pu exercer une action analogique.
i. D'abord le redoublement enfantin ou péjoratif qu'on trouve formé par la voyelle a précédée de la première consonne du radical : babaye, cheval; bablame, galant enflammé; babètch, bec: cacayes, joujoux; cacouyes on cacoules (Vebmesse), plaisanteries; tchâtchoûle, pleurnicheuse, etc.
2. ca- vient dans certains mots de co a- et peut s'être répandu par analogie sur d'autres mots. Le français cacher, wallon catchî, catcher, est expliqué par Darmesteter comme issu de coa e t i ca i-e, fréquentatif de eo-agere. Le verbe caill er vient de co-agularc. L'ancien français (abuser, trompe)-, séduire, vient, selon moi, de eo-abuser. Il ne faut pas s'entêter à vouloir
rendre compte de l'a dans tons les mots, mais peut-être quelquesuns des mots wallons et picards en ca viennent-ils de co-a. Il se peut que le namurois ca-pougnî vienne plutôt de co-apougnî que de co-pougnî, eu extourner de co-atoûrner, niais la démonstration sera souvent impossible. Je soupçonne le rouehi cagner, mordre en parlant du cheval, d'être une contraction de co-agner où agner est le même que 1*' liégeois hagnî, mordre (Cf. le liég. cagnesse). Je serais tenté d'expliquer le gaumais cachonée, ribambelle, par co-achonée, du gaumais achonée, assemblage, dont le verbe est achoner, wall. assonner ou assonler. français assembler. Mais si on le t'ait identique à cochonnée, portée d'une truie, j'y verrai un nouvel exemple de ca- = co-,
3. Voici encore une source inattendue de ca- péjoratif. Il existe en Ardenne une poignée de mots comme Calùtche, Cafame, Cafkn'r. Djivisse, qui sont des noms de personnages imaginaires d'une mythologie nouvelle. Voici des phrases qu'on peut entendre en Ardenne : Conte i mougne ! vos dîrîz Cafame ! — Qui est-ce qui v1 l'a dit ? — C'est Cafkœr. — Ây, mais, Djivisse est la ! Pour avoir la clef de ce langage, il faut voir dans ces mots des noms fabriqués d'une expression syntaxique par méprise ou par plaisanterie. Souvent la plaisanterie est chez celui qui articule la phrase et la méprise chez celui qui la comprend. Vos dîrîz Cafame doit être interprété vos dîrîz qu a fa me, vous diriez qu'il affame (au sens intransitif, c-à-d. est affamé). Que l'auditeur, un enfant, croie qu'il s'agit d'une personne, comme c'est le cas d'ordinaire avec vos dîrîz, et voilà Monsieur Cafame inventé ! J'ai connu des gens qui, de bonne foi, ne corn; remuent pas le mot autrement que comme nom propre. La transformation en nom propre est complète dans d'autres tours de phrase. Au curieux qui pose des questions indiscrètes : qui est-ce qu'a o'nou ? qui est-ce qui v' l'a dit ?, qui est-ce quo Va fait?, on répond : c'est Cafkœr, avec l'intention de forger un nom. Or, il faut comprendre q u'ave kére? de quoi avez-vous cure? de quoi vous mêlez-vous? On répond encore, moins poliment : c'est Cafkifoute. Comprenez qu'ave ki foute/ interrogatif de â/i n'ai qu' foute. On peut aussi unir les deux personnages : Avon qui fjàsiz-ve? - Avon Cafkœr et Cafkifoute. Djivisse est un rôle de surveillant, d'espion. A l'enfant qui va commettre une farce ou un mauvais coup, la mère apparaît soudain en s'écriant : Djivisse est là!; comprenez : J'y-vise est la! (j'y regarde). En namurois les galants sont appelés des kivons : il faut interpréter par dès qui-vont, de ceux qui vont faire leur cour. Le fanfaron, le
Tartarin ardennais est Galûtche. Alûtcher signifie viser avec uno arme. Voilà Monsieur Qui uise élevé au rang de héros mythique ! On répond à un vantard : / ravise Caliïtche, qu'a touwé sept' leùs il'on côp </' tchapê à coron d'on pwace !, il ressembla à G. qui a tué sept loups d'un coup de chapeau au fond d'un porche (ou vestibule . Dans le recueil de pièces wallonnes anciennes de Bailleux et Dejardin, un vers de la p. r33 crée deux personnages semblables : Cafaim et Mâsô i èstiiil. 11 faut comprendre qu'a-faim et Mâ-sô, « qui a faim » et t< mal-saoul ». Le picard connaîl Marie Cafoule, femme qui veut tout faire et ne fait rien qui vaille (Corblet). Je propose de comprendre qu'afouïe, bien qu'il existe un verbe caf'ouler, remuer et mêler des objets en cherchant. On pourrait trouver d'autres créations de ce genre : Canaro, qui signifie « du nauan », doit provenir d'une phrase c'est vous qu'an-aroz, c'est vous qui en aurez, et le mot est probablement d'origine enfantine (').
On fera peut-être accepter plus facilement la transformation de co- en ca- si on peut faire constater d'autres transformations parallèles de co-, plus étonnantes et d'ordinaire moins reconnues par les étyinOlôgistes.
Co- peut se réduire à ki- en wallon, où 1'/- est notre minimum de voyelle. Nous avons vu (pie ki- à son tour peut se réduire à A*', si une voyelle précède sur laquelle A' puisse s'appuyer. Supposez que le verbe simple de ce composé en A' soit tombé en désuétude, que le A' soit suivi de / ou r, alors il peut arriver que ce A' ne soit plus senti comme préfixe, s'agglutine avec la consonne suivante en cl,cr, et que l'alternance syntaxique ki j A' tombe en désuétude. Le verbe prend alors l'aspect d'un verbe simple, (/'est ce qui est arrivé au français cracher, que le Dict. gén. se contente de donner comme germanique sans toucher à la difficulté. Or. le wallon liégeois et verviétois est rètchi, le picard raquer, le provençal racar, l'aneien-français rucher 11 en résulte que le français cracher est issu de c'rcaher, pour co racher, et de même le wallon ardennais cratcher, cratchot, cratchote, qui existent a coté de râkion, nord-wallon rètehon. Le mot vient d'une racine ger-
('; De jeux de mots ou de méprises analogues ont été formés : legauinais Djmi Rabat, littéralement et étymologiquemeni «j'en rabats», personnage fictif qui rabat les prétentions: l)j;in Rabat passerai (déjà inséré par moi dans le Complément du lexique gauinais de M. Liégeois, p. 771: Pardennais Tchan-d'â-uint, Jean du Vent, qui souffle dans les cheminées et qui hurle dans tous les interstice-, des maisons, par jeu de mots pour .< chant du vent ».
manique hrax, dont le nordique kraekian, cracher, est un composé.
Autre exemple. Une plante rampante ou grimpante, qui est le lierre, ou la clématite des haies, ou le chèvrefeuille, ou le liseron suivant ies régions, s'appelle en wallon fouye <li rampe (ard.), rampioûle (nord-w.), mais dans le Dict. liégeois de Fouir cnun pioûle (Cf. J. Feller dans Bull, de Folklore wallon, t. I, p. i58). Il est évident que cette dernière l'orme est apparentée aux deux autres et composée de co + rampioûle. L'agglutination a pu être facilitée ici par la ressemblance du mot avec crampe, mais son origine est indiscutable
Le français croler, croller, crouler est de la même racine (pie rouler : il y a le co- en plus. Si le Dict. gén. avait admis cette origine avec conviction, la sémantique de crouler en eût été de beaucoup simplifiée : croulant la tète aurait correspondu au wallon kirôlani /' tiesse: la bête croule la queue s'expliquait par li bièsse kirôle H cowe. Crouler signifie donc primitivement rouler à droite et a gauche, remuer dans tous les sens en conservant un certain mouvement circulaire qu'indique le simple roui er.
Le français creux, malgré son apparence de mot simple, vient de *corosum, corrosum, corrodé, rongé, excavé.
Mais ce serait empiéter sur un autre travail que de rechercher tous les mots français et wallons où le c, môme le g initial, cachent le préfixe latin co-, ou le préfixe germanique ga-, ge-, comme gaspiller.- caspouyi, ga lefretier - calfuriî : nous ne voulions ici que dégager ca- de son mystère et le placer a côté de ses coffnats dans sa vraie famille.
S. JLe préfixe far- du franc, farfouiller
Farfouiller est un terme du Xord qui est entré dans le Dict. français. Il existe en picard, en champenois, en berrichon (Corblet, p. 4o3) ; le Hainaut a farfeyer, mais farfouyeur (Sigart, p. 175); le ganmais a farfouyi (Liégeois, Compl., p. 6b). En présence de fouiller et trifouiller (picard, Corblet), il n'y a pas d'hésitation quant à la partie capitale du mot. Mais le Dict. gén. déclare ne pas savoir l'origine du préfixe far-.
Far- n'existe en effet en français que dans ce mot. Nous en avons trouvé un second exemple en ganmais, qui, par bonheur, semble être assez transparent. C'est farnowèy, faire un ncfcud
impossible à dénouer (Liégeois, CotnpL, p. 60). Le messin dit enférnower, l'ardennais dil fèrnoke, noker ses soles ;i fèrnoke, nouer ses souliers à nœud (noke) double et impossible à dénouer.
Le verviétois a déformé l'expression en ftvêrnoke : par étymologie populaire, il v voit fwêrl noke <l), (jn'il traduit en son français par fort nœud. Mais comme fort se dit en ardennais fwart, il n'y a aucune vraisemblance que cet adjectif soit dans le mot fèrnoke. De plus la région gaumaise de Prouvy-Jamoigne dit fournawèy. Oette fois-ci c'est \'o de nowèy, nouer, qui est altéré, mais four est intact comme dans fourboure, fourdormi, fourmougni, fourpougni, etc. Il nous représente four- = latin Tu ri s = franc, for-. Le Dict. gén. a d'ailleurs accueilli le verbe technique l'ornouer, dont il donne un exemple de Duhamel m Monceau, Arts de la Draperie.
Nous ne doutons pas que ce soit la môme forme dialectale de for-, qui se trouve dans farfouiller. Le sens exact du mot est donc fouiller en excès. Ce n'est pas le seul exemple français où la particule for- se présente altérée : il suffit de citer faubourg pour forsbourg, faufiler pour forsfiler et faux-mai'cher pour forsmarcher.