I. II. III. IV
t^mèy abachi s'aneûti s' rafir
fyu tn'ine Sf abache fy' m' aneûtî ïju m' rafîye
tu firmes t'abaches tu V aneûtîs tufrafîyes
i firme il ubaehe i s' aneiiti i s' rafîye
tf twmnns <f abachans tf nous aneûiyans fy nous rafiyans
v' tii'mèy y' abachèy nous v'aneûtyèy vous />' rafiyèy
i tœmant i-abachant i s' aneûtyant i s' rafiyant
X l'examen de ce tableau, les différences se dessinent. 11 y a dans le radical du n" iv quelque chose qui manque au n° m : • 'est 17 de rafiyans. Il y a dans le n° ni quelque chose qui manque aux types i et n : c'est le y de aneûiyans. Le n" n avec son infiiiitil' en -i représente évidemment la classe des verbes qui ont en
français -ger, -cher, -sser; les consonnes palatales ont absorbé 17, qui n'est plus visible qu'à L'infinitif ; autrement dit, abacham est un épaississement de abassyans, comme le français aba i sson s vient de abaissyons. Donc, si i représente les verbes on -are précédés d'une consonne, n et m représentent des verbes en -y -are, iv îles verbes en i- y-are. Le y ici est purement théorique et représente évidemment «les phonèmes palataux à rechercher. Les verbes en y- are donnent ier en ancien français, yé en ardennais, i en nord-wallon par une contraction tout ordinaire, 1 bref en gaumais, ce qui doit provenir d'un abrègement subséquent de î. Donc les verbes en i -y-are auraient dû donner en ancien français i-ier, en ardennais i-yé, i-yi en nord-wallon, i-yi eu gaumais. Par conséquent s' rafiyi, s' rafiyé, ou spiyi, spiyé sont parfaitement réguliers; mais guètyé, guèti, ou nètyé, nèti. ou roûvyé, roûoi, en regard «le gatir, nètir, roublir apparaissent maintenant comme ayant t'ait subir au radical verbal une contraction : guèti est contracte de guèliyi, l'ardennais nètyé de nètiyé. Le gaumais gatir, nètir a aussi fait la contraction, mais il a de plus retenu l'/\ et c'est ce qui fait l'originalité de ces verbes. A quelles terminaisons latines effectives correspond ce théorique i-y-are? D'abord il faut devant -are un premier élément palatal, lequel est constitué par c, g le plus souvent, mais peut l'être par li (cou siliar e), par cl somnic(u)Iare), par ti (*c umi ni tiare). Ensuite il faut (pie ce y soit précédé d'un second clément palatal i ou e. A ces conditions même on n'est pas sur d'aboutir à un infinitif en -ir en gaumais. 11 faut encore que ce second élément palatal / ou e soit persistant; or cet / ou e est atone et disparaît souvent en roman, laissant en présence deux consonnes qui se combinent. Ainsi castigare devenant casti-y-ar donnera au français châtier, au gaumais tchètir; mais excorticare perdant 17 avant l'altération du c devient escort'car, qui donne au français écorcher, au gaumais ècôchi; fabricare devenu fabregar, faurgar, donne au français forger, au gaumais fordji; impedicare devenu emped'car donne à l'ancien-français empeg ier, au gaumais apifyi; *e umi ni tiare devenu cumintiar donne au français commencier, commencer, au gaumais coumaci ou coumèci. L'existence persistance «les deux cléments palataux est la condition nécessaire pour aboutir a la finale -ir en gaumais. Communicare, dont!'/' subsiste, devient comunîr, precare donne prîr, negare nir, *nitidicare ou plutôt netticare nèiir. Si fricare, secare, plicare n'ont pas
donné en gaumais frir, sîr, plir, mais frouyi, souyi, plouyi, c'esi que la première voyelle avait cesse d'être palatale. Si au contraire eaeare a donne tcllir, même en wallon, c'est parce que la transformation du ca initial en che a précédé l'autre et fourni la \ oyelle palatale e.
Les verbes en -iliare ou en -iclare, en français -ciller, i-ller, donneront donc -ir en gaumais, et la ]>lus grande partie de notre liste se compose effectivement de verbes qui correspondent aux verbes fiançais en -iller : anc. -franc, gatiller, gaumais gatir.
Il s'agit maintenant d'expliquer certaines exceptions apparentes. Le verbe roublir, oublier, doit provenir de re-oblityàre, c'est-à-dire de re-oblitare dont le / a dégagé un yod. Pour que sternutare donne tarnir, il faut que le latin -utare soit devenu dans cette région -iityare ou -itrare. Cependant le traitement analogue «pie l'abbé Rabiet a signalé a Boni berain pour les verbes en -urare, -i rare (') ne se retrouve pas ici.
Voici une liste des verbes gaumais en -ir issus de i -y-are que nous avons pu recueillir :
abèrzîr, enchevêtrer, emmêler, brouiller; Liégeois, Compl. du lex. ççaum. — Cf. abèrzilié à Bourlers, Iïainaut, brouillé par la boisson, un peu gris.
abir, habiller ; à Jamoigne abir in pignan, crépir un pignon.
acramîr, acrèmir, emmêler. Cf. messin ancremié, ard. ècramyé.
agavîr, gaver (la volaille), littéralement engnviller.
s'aheûkir, s'envelopper la tête d'un voile, nommé heûke. Cf. ard. s'aheûkyé.
atortîr, entortiller.
atrâtîr, habituer un poulain, un bouvillon aux traits.
bauskîr, brouter, paître, Jamoigne.
bèguîr, bégayer; ard. bèg'iiyé.
boquir, v. intr., faire un travail de boquillon ou bûcheron. Liég. Complément du lex. ganm.
brîr, briller.
bwatîr, boitiller, boiter.
cahîr, se dessécher, en parlant de la terre; se déjoindre, en parlant des ais : Dasnoy, p. 61.
canîr, chipoter, toucher à tout sans nécessité.
(' | Revue <lcs Patois gallo-romans, I. p. 267 .
canr. se pavaner, se carrer, a Virton, Mais, Dut. man.; se dandiner, se donner de grands airs, a Tintigny, Liégeois, Compl., p. 3o.
cawir, remuer la queue, frétiller; ard. cuivré.
chorir, défini dans Liég. Lex. : tourner autour d'un lieu, d'une reunion avec de mauvaises intentions. Cf. messin échorié : écouter clandestinement, et chorié, qui a l'oreille coupée, essorillé. Donc de *ex a u r i c(u) lare avec le sens particulier de mettre oreilles dehors.
comunir, réunir des pâtes, des liquides; communier.
confir, confier. De *eon f id va r e .
contrâlir, contrarier.
copîr, copier.
côtîr, côtoyer, suivre pas a pas.
crankir, recroqueviller, faire Iriser un cheveu. Chiny.
cusmir, d'après Liég. Lex. : muser, tripoter autour du feu. Cl', messin keusmeillé, faire un travail de peu d'importance. De c o- s oui n ic (u )1 a re . Le wallon somi = sommeiller : il y aurail lieu de rechercher un verbe gaumais soumir.
cuvir, écouvillonner. De :r:scopiliare .
ciinir, cuire doucement, Chiny.
dècaf'ir, ôter les cosses (café ou cafié a Virton, cafiètes a Chiny). Virton, Mais. Cf. ècaf'ir.
dècrèmir, démêler; ard. discramyé.
dèfir, défier.
dègatir, chatouiller; ard. diguètyé, verv. duguèti.
ilègobir, dégobiller.
dènakir, mordiller, grignoter, Liég. Compl. p. <)2. Ci. nâtchir.
dètortir, détortiller.
écafir, ôter les écales {cafu, cafiotes, ard. châfes). En ard. sicafyé. Cf. dècafîr.
ècarquir, écarquiller.
s'èg-osir, s'égosiller.
èo-rajir, étendre les cendres d'un brasier; messin angrahié.
èparpir, éparpiller.
èscofir, subtiliser, dévorer, détourner. Tarait être un doublet de ècafir, car Tard, scafyé signifie a la fois ôter les écales de quelque chose et l'absorber subtilement, d'où faire disparaître.
ètrir, et, par suppression de l'e initial, fréquente en gaumais, trîr, étriller.
ètudir, étudier.
fêtir, fêter, cajoler, Jamoigne, Ste-Marie.
su /'//•. se fier.
flambir, flamboyer.
froumir, fourmiller, avoir des démangeaisons.
gaspîr, gaspiller.
gatir, chatouiller, ard. guètyé, verv. guèti, liég. catî, nain. kèki, messin cokié, à Bourberain guètoyé. De *ca1 ulyare, et non de eatuli re comme disent les étymologistes.
grawir, gratter, touiller en grattanl ; ard. grawyé, n.-w. grawi, messin growillé.
grîr, griller.
hàrir, faire tourner un «attelage de droite à gauche et de gauche à droite, .Jamoigne.
hosquîr, bégayer.
houspîr, houspiller.
maquîr, faire le maquignon, maquignonner, Jamoigne.
màtrir, maîtriser; le wall. mêstri, kimêstri, tyranniser, maltraiter a passé à la conjugaison en -?.
mawîr, mâchonner, ard. mawyé.
.s' mèfîr, se méfier.
morfîr, mâchonner, mordiller, litt1 morfiller.
mouchîr, émoucher. De *exm uscicare.
musquir, muser, s'oecuper de menus ouvrages, Rossignol, Sainte-Marie.
naquîr, Liég., Compl. 92, mordiller, grignoter; parait être le même (pie nâtchîr, Liég , Lex.. i52, manger du bout des dénis, sans appétit : messin naquéillé.
nètîr nettoyer; su nètîr, expulser l'arrière-faix; ard. nètyé, n.-w. nètî, messin natié.
nîr, nier.
pètir, pétiller, Liég., Compl., 99; pétrir à Jamoigne.
pîr, marcher sur, fouler aux pieds, ard. piyé. De *pedicare.
plàdîr, plaider. De plaid -f- suff. -iliare.
peûcir, épouiller, passer son temps à des futilités. Manque en wallon. Etym. incertaine faute de formes comparatives. J'avais propose, à cause de la sifflante, un dérivé de pollicem, soit *p olli cicare; c'est peut-être simplement un dérivé du gaumais peu, pou, avec nue consonne de liaison anormale, un suffixe -iliare et un préfixe ex qui disparait souvent en gaumais sans laisser de trace.
prîr, prier.
— 2frt —
rabèrzir, emmêler, Liég.
nibir, rhabiller.
s' raçrâtir, se ratatiner, .s' racrâtè à Jamoigne, s' racrêtier, Dasnoy, 4-9
racécir, faire prendre le trais, syn. de rapârèy. — su racécir « se reposer quand on a chaud ». Jamoigne.
racÉ'èmir, emmêler. Cf. acramir.
s' rafir, se réjouir; ard. si rafiyé, n.-w. s' rafiyi. De rend *f i dyare.
ramuchir, rôder sournoisement, Sainte-Marie. De re -f ad -jun fréquentatif en -iliare de mu ci a re, mucier, musser. ramuchi à Jamoigne.
rasèrcir, repriser des bas, ravauder, rentraire. En Chestrolais (zone de N^euf château) rasèrcé, ard. rasèrcyé ou rasèrcé, liég. rasèrci, Malmedy rasièrsi. Cf. messin rèssèrcis, reprise à l'aiguille, rouchi rassarcir, picard ressercir, .Jura resservir. G-randgagnage l'ait venir ces mots de sarcire, mais pour le gaum. et le wall. il faut poser re-ad-*sarciliare.
ratortir, entortiller, envelopper. Cf. atortîr.
raug'iiir, « être rauque «Jamoigne. Cf. w. ranki, râler, (Jggg. II, 278.
ravir, éveiller. De r e-ad- vigilare.
rôchir, ronger un os. De *rodilyare. Cf. roche, dévorer, ;i Bourberain.
roublir, oublier, oublir n'existe pas; ard. roùvyc, n.-w. roûvi. De re-*obl i tyare.
ruinercir, remercier. Doublet de rumèrcièy et formé par analogie. En n.-w. rimèrcï.
rucopîr, recopier.
riuur, renier, Jamoigne; riinouyi dans Liég., Compl., 119.
sàbrir, semoncer, taper dur pour finir un ouvrage. LiÉG. Compl., 122. Litt1 sabriller.
sàrpir, travailler avec la serpe.
sautrir, sautiller.
tarnir, éternuer, messin trènoivé, ard. stièrnï, n.-w. stièrmî ou stièrni; à Spa, Stavelot, Wallonie pruss., stiènvï.
tchambrir, tituber.
tchandir, être en chaleur, Liég., Compl., p. 34-
tchèrir, charroyer, Jamoigne.
tchètir, châtier.
tchutchir, chuchoter. Jamoigne.
toupîr, se remuer, litt' faire la toupie; ard. toupyé.
tourbir, tourbillonner.
trir, étriller. De *strigilare pour strigulare.
trir, trier. I>e stricare pour extricare, avec chute <le s init iale.
s" treûtîr, se vautrer dans la boue, comme la truie, en gauin. Inryc. Je ne crois pas qu'il puisse être question ici de la truite, qui ne recherche point la vase comme l'anguille.
uchir, ouvrir et fermer les portes; litt1 huissiller, de ostiuin.
s' vétrir, se vautrer, l'aire le veltre ou vautre, liég\ si uoutn, s' kihoûtrï; ard. s' kihoûdriyé, nain, si cohoûtri ou cowoùtri, à Sari s' cuvètrouyî. Lobet donne pour Verviers kvautrî.
vir, veiller; vèyi à Jamoigne.
Le suffixe toponymique -ster (\.)
Il ne s'agit pas ici des finales germaniques bien connues -chester, -rester, -caster (château); -closter (cloître); -munster (monastère); -oster, -ooster(de l'est); -wester (de l'ouest) ;-stert (bout, extrémité) ; mais d'un terme particulier employé tantôt seul, tantôt comme préfixe, le plus souvent comme suffixe, dans des noms de lieux assez nombreux qui s'échelonnent le long de la frontière linguistique belge. Il suffira de citer comme exemples, pour fixer les idées, Pepinster, Jehanster, Surister, Herbiester, Solwaster, Thimister, Ilodister.
Ce suffixe obscur a été expliqué de diverses façons, les unes plaisantes, les autres vraisemblables (2). La plus naturelle est celle qui a été défendue par M. X. Lequarré, qui posait comme étymologie le verbe latin stare et citait des articles de Dr ('ange (3). 11 faut d'abord examiner cette explication, qui est en effet la plus ordinairement fournie et la plus séduisante par sa simplicité.
Stare est devenu en français ester, ce qui est mi-savant au lieu de éter, en wallon ster (prononcez ste). Sins wê ster, dont les
(l) Abrégé du travail intitulé : Les noms de lieux en -ster, qui a été publié en i;j(>4 dans le Bulletin de la Société vèroiétoise d'archéologie et d'histoire, i. V, p. 2i4-35G, travail beaucoup trop long pour être inséré ici, a cause de -a marche analytique. On a dû aussi supprimer le lexique des noms en -sic/-. qui s'est augmenté de nombreux termes depuis la première publication.
(~ ) Cf. Bulletin précité, pp. 217 et i>'53.
(3) Bulletin de lu Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XLIII (njoa), p. 182.
dictionnaires font un verbe wèster, signifie sans guère attendre. Nous trouvons ensuite dans Grand gag-nage, II, 426, le mot testa, expliqué par pause, halte. La traduction est exacte, niais il n'y a pas plus de testa que de wèster, je n'ai jamais entendu que on p'tit testa, et cette expression doit se comprendre et s'écrire on p'tit esta. Dès lors le sens de arrêt, j>ause se justifie de soi-même, le mot est de la même racine que le verbe stare. Le mot est d'ailleurs dans Godefroy :
« Estât, arrêt, station :
Desus la fosse s'aresta.
Longuement i fist son esta Por esgarder que dedans ot.
Reiuut, i>4<07 (MÉON). »
Je trouve encore en vieux wallon le mot steis, substantif, au sens de obstacle, retard : sans avoir steis ou difficulté ('). Ce mot est évidemment de la même racine que les précédents. Il ne peut y avoir place a côté d'eux pour un stèr, dont 1'/- se prononce, dont l'e est ouvert, et qui, dans certaines régions, est susceptible de devenir stier, stir (a l'ouest de Liège), et même sty.
Du Cauge semble nous donner tort., Il cite un stare ou estare, qui se décline! On eu conclut aussitôt que c'est l'infinitif latin stare, pris substantivement. Ce n'est pas impossible; dans le latin étonnant du moyen âge, ce stare se déclinant comme mare et doué d'un ablatif stari pourrait être, à la rigueur, l'infinitif stare: mais c'est bien invraisemblable. Quand le moyen âge lui-même s'est-il avisé de décliner velle ou esse? Le latin manquait-il de mots pour signifier habitation'! Quand il écrit : in domo seu stari Sancii Firmini ('-), n'est-il pas évident «pie stari traduit domo, que domo est le terme latin et stari le terme barbare qu'affectionne une population étrangère? Enfin ce stare n'est pas isole; il esi flanque de variantes pour tous les goûts : starium, siarrium, starrum. En présence de ces quatre mots, il y a lieu de se demander i° : si stare, starrum n'ont pas été inventes précisément pour sertir le mot ster de la langue vulgaire dans un document lai in. par analogie de mare, mer. de carum, eber; 20, si starium n'est pas une traduction de stier, sti, suivant l'analogie de primarium : premier, wallon prèmi ou prumi. An moyen âge, le latin a une
(') Casier et Crahay, Coutumes du Du cite île Limbourget itrs Paysd'Outre meuse, p. 34.
(2j Du CANGE, Glossarium mediue et infimae latinitatis, o° stare.
étonnante plasticité ; il sait se modeler sur les particularités des dialectes romans et les retraduire. Précisémentce luxe de variantes ne me dit rien qui vaille; et je n'en ai pas épuisé le nombre! On pourrait y ajouter steria, du Steria monticula de 961 (1). La forme s'explique : stier masculin peut donner sterium puisqu'il moutier, /mm stier, //n//7Ster correspond /m;/» a sterium; mais si le stier de 961 était féminin, comme il l'est dans Géronstère (lez-Spa), on a eu raison de substituer steria à sterium. Nous concluons hardiment que les formes du bas-latin stare, starium, starrium, starrum, steria sont des latinisations de ster, stier, sty, stère et n'ont absolument rien à voir avec le verbe stare.
La phonétique repousse également stare. L'infinitif stare en vieux wallon devient steir ; c'est la graphie ordinaire, conforme à une régie générale : -are et -atum deviennent -eir, -eit. Mais -stier et steir sont deux. La diphtongue ie a l'accent sur i et -stier se prononçait -stir. En d'autres termes, il n'y a pas de variante orale stier pour notre suffixe -ster, il y a la prononciation -stir, -sti, et -stier est une pure graphie analogique calquée sur l'alternance prumîf premier. Cela posé, est-ce que le latin stare, devenant stér ou steir sans contestation possible, pouvait devenir en même temps stèr, stir, sti'? C'est contraire à toute loi (2). Aussi les scribes ne s'y trompent pas. Dans leurs francisations intempestives, ils obéissent pourtant à des régies. Lorsque, au lieu d'écrire bravement à la wallonne Bouegnistir ou Bovegnisty, ils se mettent à imiter, ils écrivent alors Bovegnistier, mais jamais Bouegnisteir sur le patron de steir = stare (3).
Enfin on peut tirer argument de la géographie linguistique, en examinant l'aire d'emploi du mot en conteste. Si le stare de Du Cange était l'infinitif latin stare, comme l'a cru sans défiance M. Lequarré, il n'y aurait aucune raison pour qu'il ne fût pas d'usage général en France, et en latin vulgaire et en roman. Or, nous voyons qu'il n'en est rien. Pour ce qui est du latin vulgaire, tous les exemples rapportés par Du (.'ange lui-même a cet article sont empruntés à des chartes du sud-est de la France. Ce stare
(') Dans un diplôme que donne Sigebert de Gembloux (Peut/., A/G'//, VIII, 029). Voyez l'article Steria du Lexique précité des noms en -ster, p. '$$3.
(2) Le participe correspondant au français été est, en wallon, il est vrai. sti. stou, stu, niais c'est une nouvelle formation par analogie fies participes d'autres cou j u gaisons.
f3) Nous avons trouvé une t'ois -steir, dans Colosteir signalé p. 209. C'est une forme isolée qui n'infirme point, pensons-nous, notre raisonnement.
particulier n'a donc reçu les honneurs du latin que dans une région restreinte. On ne voit pas du tout que meùm stare (ma maison) soit une expression usitée dans le latin de tous les monastères : il en serait resté quelque chose dans les écrits du temps. Pour ee qui est du roman, on ne dit pas mon ester ma maison) dans toute retendue du pays, on ne le dit même pas du tout : ester substantif, au sens du stare de Du Cange (domus ubi (juis stat seu manet), n'est pas même dans le dictionnaire de Godefroy. Cette absence de retentissement a travers la France, pour un sens aussi ordinaire, aussi commun, d'usage aussi prosaïque que celui de meiun stare, nous force à conclure, encore une fois, de la môme façon : le stare qu'on invoque comme l'original de ster et qu'on croit être identique à l'infinitif stare latin n'a rien de commun avec le latin et est au contraire une latinisation de ster.
Du Cange ne nous fournit pas l'étvmologie de ster: son terme stare est étroitement localisé et il est stérile, il a tous les caractères d'un moi barbare introduit. Cela ne nous dit pas encore quelle est la patrie primitive de ster, mais n'est-il pas vrai que, si Ster n'est pas roman, il ne peut être (pie germanique?
L'article de Du ('ange nous donne au moins un sens approximatif de ster et nous montre le mot jouant lerôle de nom commun. Dans cet emploi, nous n'aurons pas la naïveté de croire qu'il est aussi récent que la forme Herbiester, puisque nous l'avons rencontré, semble-t-il, en 961, latinisé sous la forme steria. Après l'avoir vu en traduction latine, il serait intéressant de le retrouver comme nom commun en roman. Notre raisonnement de tantôt montre qu'il faut renoncer à le voir franchement usité partout, mais faut-il renoncer à l'espoir de le rencontrer dans les mêmes régions où la toponymie et les chartes le montrent existant? Nous avons eu la chance de le trouver au moins une fois dans un texte de la Wallonie. Le texte est de 1 3 r 4 : il est dans un relief des Fiefs de Poncelet (') : « Jehan de Dormale, 1 bonuarium terre ( = terrae) entre Dormale et le stier condist au chaîne» .Voilà un mot nouveau et un passage précieux qui manquent au dictionnaire de Godefroy. Ce stier serait, pour une région plus méridionale que celle du wallon, estier ou ester. Nous avons trouvé dans Godefroy un estier qui a aussi toutes les apparences d'un terme technique localisé, sans rapport avec stare (être debout). Il pourrait être
(>) PoNCKLi.T, Le livre des Fiefs de l'Eglise de Liège sous Adolphe de la Marck. p. 1G2.
identique à notre ster, mais nous ne sommes pas en mesure de rien affirmer à cel égard. Transcrivons cependant l'article, qui esl illustré d'exemples curieux.
Estier, ester canal.
• Une pièce de terre... ensi comme «'Ile se lievet, <> Le fous don fossé qui esl et t'iert a Veslier dou port dessous le chasteau..., et se commencel la dicte pièce de terre d'un des rheps de Veslier que l'en appellet Veslier l'eu (Juill. Moreau, ainsi comme ledit estier et le ditfossése estahdent jusquesaus terres. i3i5. Arch. J. J. 52, f° 80. r° (*).
Comme les suppliants feussent en un vaisseau nommé gabarre, estant sur eaue en un lieu nommé l'ester du port de Corsse près de la dite de St Jehan d'Angely..., ou «lit ester sur Veaue estoit aussi une autre gabarre.... et estoit en la fin du dit ester à l'entrée de la dite rivière. 1.400. Arch. J. .J. i55, pièce 390 (') ».
S'il est une ehose visible, c'est que, dans aucun des deux passages, le mol ne signifie canal. Un fossé qui frappe à un canal, cela ne se comprend guère; un vaisseau dans un canal sur l'eau, c'esl un singulier pléonasme. 11 s'agit bien plutôt dans le premier cas des soubassements en pierre d'un château, dans le second cas, d'une digue ou quai ou estacade, de part et d'autre d'une construction artificielle qui baigne dans l'eau et qui est frappée par les eaux.
Dans la Frontière linguistique (I, 290), M. Kurth a aussi rencontré le suffixe -ster et il a exprimé son opinion en ces ternies :
Reste enfin un suffixe certainement germanique, bien que difficile a identifier, qui se trouve localisé sur la rive droite de la Meuse, vers les extrêmes frontières de la Wallonie : c'est -ster. I >éri ve-t-il de la même origine que dans les nombreux noms a même désinence de: la Norwège et des Shetland (colonisées, ajoute-t-il en note, par les Norwégiens), ou faut-il y voir plutôt le -stalt allemand, le -siede flamand devenu -ster en vertu d'un phénomène linguistique peu rare en ces régions? J 'ai rapproché de nos noms romans, la plupart groupés dans PArdenne liégeoise, un certain nombre de noms identiques ou similaires, recueillis par Pcerstemann ; ces ressemblances créent une présomption en
sur de la germanicité ». L'auteur faisait suivre ces lignes suggestives d'une liste déjà copieuse, puisqu'elle contenait cinquante et un noms, auxquels il faut joindre deux noms nouveaux qui
(') Référence de Godefroy.
figurent dans les additions du vol. II. p. 106. Partant des données et des suggestions de M. Kurtli, nous avons repris a nouveau l'examen de ce petit problème et tenté une démonstration.
Le procédé ordinaire de la consultation des chartes jette peu de lumière sur la question. Aussi loin qu'où remonte, les noms de lieux actuellement termines en -ster y apparaissent avec leur finale ster. 11 faut ajouter que ces noms n'y ai rivent qu'assez tard, et enfin que peu de noms en -ster y sont cités et rarement, faute d'avoir été portés par des villes importantes ou d'anciens établissements monastiques. S'il y a des variantes parfois lumineuses dans les chartes, c'est pour la première partie du nom. La meilleure chance qu'on ait de rencontrer des noms en -ster, c'est de les trouver sertis dans les noms de personnes, parce qu'un lieu peu considérable a néanmoins pu servir a constituer un nom de famille. Voici une liste de formes, qui n'aura guère d'autre résultat «pie de montrer l'inefficacité de la méthode ordinaire. Xous choisissons les dates de première apparition des noms. 124O. Winand de Uogister (J. Cuvelier, Inventaire des archives
du Val-Benoit lez-Liége, Bulletin de l'Inst. Arch. liégeois,
t. xxx, Liège, 1902: p. 82).
1270. Henri Davister, (Bormans et Sghoolmeesters, Cartulaire
de l'Eglise Saint- Lambert de Liège, t. 11, p. 209).
1276. Jacobus de Tiuwiuster, (Codex diplom. Limburg., dans Ernst, Histoire du Limbourg, t. vi, p. 293).
1277. Colebunster (Liber rubeus de St-Lambert, f° 173, aux Archives de Liège, cite par Kurth, Frontière linguistique, t. 1. p. 296).
i3o6. Arnoldo de Avinster, {Cartul. de Saint-Lambert cité cidessus, t. m, p. 68).
i3o8(?). Adam de Sallewaster, (ibid., t. m. p. 88).
i3i2. Jehan de Côlonster, (ibid., t. ni, p. n5).
i3i4- Laraberto de Hodeboster, (Ed. Poncelet, Le Livre des Fiefs de l'Église de Liège sous Adolphe de la Marck, Bruxelles. 1898, p. 2).
i3i4- « Presentibus G. de Bovignistier, milite.... », (ibid..., p. 9).
i320. « Apud Rogister in villa de Herves .. », (ibid., p. 44)-
i32i. Johans de Côlonster, et, 1822 : Colosteir {Cartul. de Saint- Lambert, t. m, pp. 23i et 236).
i33o. Stiers (comni. de Donceel); i332 : Lowar de Stirs; 1342: Henri de Stiers, échevin de Donceel. (ibid., t. m, pp. 341, 347, 4o3, 617).
. ; j. Sters (comm. d' \nsi, (ibid., t. m, p. 439)- A.nselme de llanduster, (ibid. t.. 111, p. 444)- ,;,,. ,, Ou terroir de Hodeboster ou ban de Herves en lieu c'on
dist as bruyères »>, (Registre de lu Cour féodale de Liège, archives de Liège, cité par KLurth, o. c, t. 1, p. 297). [348. Pepinster, (ibid., p. 297).
1 ;si. t( Rogister ou terroir de Herves », (ibid. p. 298). 1 ; s 1 . o Thiwister », aujourd'hui Thimister (ibid., p. 298). [382. c< En KLokiestier » (comm. de Wonck, tiré d'une liste de
lieux-dits fournie par Kurtii, o. e., t. 1, p. 171).
Comme on le voit par eette lisst e, qu'il est inutile de prolonger au-delà du xiv siècle, le suffixe -ster reçoit dans les documents les formes stir, steir, stier, star. Une l'orme Avisteit, de e45i, notée par M. KLurth (1. 296), est intéressante, mais 911e l'aire d'une variante isolée qui peut si facilement être due à une faute de scribe? ("est parce que l'avantage de la méthode ordinaire nous manque que le problème est difficile à résoudre. Peut-être y a-t-il des formes plus anciennes et plus suggestives que celles-ci; mais alors elles sont si rares ou si bien dissimulées que le chercheur les laisse passer sans reconnaître leur identité. 11 faut donc tourner d'uu autre côté ses investigations, opérer par comparaison, étudier d'abord îles noms en -ster où le premier composant est immédiatement ou facilement reconnaissable, afin qu'il ne reste qu'une inconnue au lieu de deux et que la connaissance du premier terme jette quelque lumière sur le second; étudier les premiers termes au point île vue phonétique, pour connaître la date approximative de la composition de ces noms ou de leur fixation sous nue forme définitive; étudier de même toutes les finales germaniques contenant st en éliminant tout ce que la sémantique et la phonétique démontreront invraisemblable, peser notamment les phénomènes de la caducité du d de -sted et de l'intrusion de /• en ster. Cette marche patiente nous a suggéré des dissertations peutêtre intéressantes au point de vue de la méthode, que nous avons exposées dans la première édition de cet article, mais cette comparaison ne conduisait qu'à des probabilités. Toutefois les inductions et le raisonnement n'ont pas été inutiles : ils nous ont amené a la découverte de preuves directes, que nous n'aurions point trouvées autrement, sinon par hasard. Quoi qu'il en soit, ne retenons de ces recherches que la conclusion : il n'est pas étonnanl que sted soit devenu -ster; r n'est pas même là un intrus, mais un remplaçant; pareille chose rentrerait dans un ordre de
phénomènes tout ordinaire. Nous sommes en règle avec la linguistique sur ce point. Mais, non content de ce résultat, nous voudrions passer de cette haute possibilité a l'affirmation.
Si on rencontrait en abondance dans les chartes, pour le même lieu, des doublets en -ster et en -stet (ou -sté, -stay, -steit), la question serait résolue depuis longtemps. Si l'on en est encore réduit aux conjectures, c'est parce qu'il est aussi difficile de découvrir quelque preuve directe sur cette question qu'à un botaniste de découvrir quelque espèce nouvelle. Mais la discussion phonétique nous a armé d'expérience. Nous savons mieux quelles formes il faut interroger et commenter. Au lieu de chercher simplement dans les cartulaires des variantes de Jehanster ou de Pepinster, nous chercherons dans la prononciation locale pour savoir si l'r est bien solide ou s'il est adventice et purement graphique. Puis nous examinerons le présent et le passé des noms en -stat, en stet, en -sic. en -st, en -stay, voire en -steert et en -stert, noms que nous aurions rejetés avec dédain comme n'étant pas de notre ressort, si l'étude en apparence trop longue de /• finale ne nous avait ouvert les yeux.
1. Nous possédons au moins une forme ancienne en -steit pour un nom qui a aujourd'hui -ster. C'est Avisteit (i4-">i qui s'appelle aujourd'hui Avister ('). Nous ignorons quelle est actuellement la prononciation locale de ce nom.
2. Il existe au S. de Xiaster illar/.é) un bois dit de Wenhister. Telle est la notation des cartes officielles du dépôt de la guerre (feuille i36, n° i5). Mais les autres caftes écrivent Wenhisteit, celles des touristes Wenhistet, d'après la prononciation locale.
3. Il nous semble à Verviers que 1'/- finale ne peut être absente d'un mot comme Pepinster, et que l'on n'a jamais pu dire Pepinstè. Voici un cas destine a combattre cette illusion. Il y a un Hodister commune de Wegnez, dont le nom se prononce toujours bien franchement Hodister. Mais il existe un autre Hodister dans la province de Luxembourg au X. de Halleux et de Vecmont. Ce dernier est toujours Hodistè dans la bouche des gens du pays. Les chartes l'écrivent diversement : Hodiester au xuie siècle. Hodister en i463, Hodistre, Hudistel en i54i. Que signifient ces variantes graphiques, sinon qu'il y a une consonne amuïe et «pie les scribes ne savent trop laquelle? Pour nous, nous n'hésitons
(') La source est indiquée dans KORTH, o. e. : Archives de Liège, Liber rubeus de Sut ut- Lambert, p. J09 v°.
pas, Hodistè nous représente nn Hodistet, auparavant Hodiestet, ,m précédemment encore Hodierstet.
a 1 1 \- a un Nantistay à Soiron el un Nantistay a Goé. Mais le [ieu-dil de Goé esl aussi dénommé è Naniister e1 nous avons même
lu mie lois dans une ai QCe de notaire Herlant islcr. Celui de
Soiron esl écril aussi Notaystaue,Notèsta, Nutonsta. Ces variantes aboutissent à la même conclusion : il y a une consonne am aïe, on ne sait plus laquelle, ei on en donne un équivalent par v ou r, en s'aidaul de suggestions analogiques.
5. 11 existe dans le Luxembourg belge, commune de Morhet, un Remiance qui ne parait pas se rapporter à notre étude. Mais il a été note Remianster au xr siècle ('). Ce l'ait ne signifie pas nécessairement que l'on a prononcé IV haut et clair pendant des siècles. Nous croyons avoir affaire à un Remianstet, qui a pu prendre IV dans certaines bouches, qui a pu dans d'autres s'obscurcir progressivement en Remianstè, Remianste, Remiansse ou Remiance. ti. Entre Aubier et Sehockville, il y a un Heinstet, ainsi noté par M. Rolland ('-). Les cartes belges appellent cette localité Heinstert. La carte des bords du Rhin de Logerot l'appelle Heistert. La forme en -stert est bien la forme actuelle, mais ce qui porte a croire qu'il y a eu insertion de1 /•, ce sont les variantes de Heinstet recueillies pour d'autres localités. Foërstemann a les formes Heinstat, Heinstetten du \ 1 1 1 siècle pour désigner Hainstadl I < rrand Duché de Bade) (3). Le cartulaire de l'église Si-Lambert de Liège (') nous offre pour 1008 un Heinsteti à rechercher dans la province d'Anvers entre la Xèthe et la Dyle. Nous laissons de côté les Eichstet, les Heichstet, les Heystède, les Hemstat, dont la première partie contient d'autres radicaux.
-. Mais on peut encore refuser son assentiment à ces rapprochements de noms de localités différentes. Tant de suffixes peuvent se joindre a tant de radicaux que -stet et -ster peuvent très bien être étrangers l'un a l'autre en s'adj oignant des déterminants identiques. Faisons donc bon marché des Heinstet en face de Heinstert et des comparaisons analogues.
Di. Ki.ifi kxbkrc, Mon. pour servir à l'histoire des provinces de Namur, Hainaui el Luxembourg, i. vin, p. ">4- — Kurth, Cartulaire de Saint-Hubert, 1>. i2. donne la date de 1028, avec le texte suivanl : << quinque uiansos in Iteinianster et unum quartarium terrae ».
llOLLAXD, Toponymie namur oise, 1, p. i4'>-
Altdeutsch.es Namenbuch, t. 11, col. 786. ') T. 1. p, uU.
Heinstert n'est pas un mot de physionomie exceptionnelle dans la toponymie du Luxembourg. En lisant les cartes du Grand- Duché, nous étions frappé au contraire de la quantité de mots en -ert que nous rencontrions. Parmi eux se trouvaient des Hostert. Dans beaucoup de ces noms, /•/ était expliqué comme une réduction de -rode (wall.-sart). M. Kurtb, auquel il faut toujours revenir comme à un guide sûr, et qui connaît cette région luxembourgeoise a fond, ne parlait pas de -rode à propos des Hostert, et, sans songer à les rattacher à -ster, il les expliquait par hofstatt. Voici textuellement ce passage : « Le latin emprunta à l'allemand le mot hofstatt, dont le sens est à peu près analogue à celui de maceriae, pour le transformer de plusieurs manières. Dans le français comme dans l'allemand, le mot désigne les ruines d'un édifice; place de maison, mais surtout place où il y a eu habitation. C'est avec ce sens exclusif qu'il figure sous la forme hostert dans le patois luxembourgeois » ('). Ce passage devenait très important pour notre thèse. Etudier hofstatt hostert, c'était donc étudier statjster, mais cette fois-ci. c'était l'étudier joint à un autre suffixe, ayant acquis plus de corps et moins propre à glisser entre les doigts. Si donc on pouvait démontrer que les hostert ont pour origine hofstat, le problème était résolu pour -ster. Mais il fallait vérifier le sens des deux extrêmes hofstat et hostert. et trouver des intermédiaires nombreux, probants.
Une fois débarrassé de l'idée de chercher rode à la fin de Hostert comme il est à la fin de Hannert (Vance),une fois persuadé par les études précédentes que rt n'était pas un obstacle à la filiation présumée, il ne restait plus qu'à chercher patiemment des preuves.
D'abord il y avait une grande difficulté de sens. M. Kurth affirmait de la façon la plus formelle que hostert signifie ruines, maceriae, en patois luxembourgeois. Mes amis du Grand-Duché ne connaissaient pointée nom à titre de nom commun dans le patois de leur pays. J'en ai conclu que hostert n'existe plus qu'à titre de nom toponymique, inconnu à la langue usuelle. Dès lors, le sens était à vérifier par des explorations pénibles dans les archives grand-ducales. Heureusement, le problème fut plus accessible par un autre bout.
En flamand, à côté de hoeve, hoef avec le sens de ferme, existent les composés hofstad. résidence, hofstede, maison de campagne,
(l) G. Kurth, o. c, i, $i[). 18
métairie, hofstedeken, petite métairie. Eu remontant dans le pasliose nécessaire parce que ces mots de faine et de métairie
ont pris un sens banal et imprécis, nous avons trouvé, dans le livre de comptes de Guillaume tic Kyckel ('), des désignations plus exactes : h une mansus (p. i6o); curies sine areas sine hofstat (p. [58); moneke hofstat, manse des moines à Aalburg (p. i56). ("r-i doue l'ancienne curtis qui est désignée par hofstat, aujourd'hui hofstede. Mais il ne s'agissait pas d'une habitation en ruines. Quelle est la valeur de -stat, quelle est son opportunité dans hofstat i Place de la court, cela n'a pas grand sens! Eu cherchant des cas analogues, nous avons trouvé haardstede, foyer. Le premier (-(imposant n'a point valeur de génitif , mais valeur appositive ou locative. Haardstede n'est pas la pince du foyer purement et simplement: car, le loyer disparu, la place reste; c'est la pièce qui est un foyer, où esl le foyer. Eu wallon pièce a le même sens concret que le flamand sfede; il signifie pièce de maison : è lu p'tite pièce, è l' pièce du dri. Tel est aussi le sens dans hofstede : c'est, par opposition aux champs, prés et bois, la place où s'étale l'habitation rurale. Il va de soi (pie l'autre sens est possible aussi, et alors hofstat, hofstede peuvent signifier non seulement la place où est la coui-, mais encore la place où elle fut et on elle n'est plus. C'est dans ce dernier sens (pie paraît avoir été employé le hostert luxembourgeois. Voilà la disparité de sens réduite à son minimum.
Quant à la forme, le premier composant de hostert pouvait aussi bien receler holtz ou hoh que hoj. Il fallait interroger le passé des Hostert eux-mêmes, car accumuler en une liste les hovestat et les hofstat flamands ne faisait pas l'aire un pas à la question. Nous avons été assez, heureux pour trouver des faits probants dans un 1 1 a vail de E. de la Fontaine < '). Quoique ce soit un toponyrïiiste bien crédule, nous lui devons de la reconnaissance pour avoir rassein blé, a son insu, dans ses articles, les faits qui ont ici joué le rôle de l'étincelle électrique au milieu des gaz mis en présence. Voici «os extraits de cet ouvrage :
i. Hostert, commune de Xiederanwen, canton de Luxembourg ■• Le nom est appliqué a toute espèce de bâtiments en ruines. -
•i II. I'ikknm:. Le livre île Vabbé Guillaume de Ryckel, is^q-ihjz; Comm. roy. d'Histoire, \^<^>.
) II. de la Fontaine, Essai étymologique sur les noms de lieux du Luxembourg germanique, «Unis les PUBLICATIONS DE [,'Institi t ROYAL oii.wn-nrcu. Di l.i VEiiBOUiu;, tomes XII-XV et XVIII.
Ce village est à peu près tout entier bâti sur un amas de ruines romaines ». Puis l'auteur cite à titre d'autorité un passage descriptif de Wiltheiin : « Squalet etiamnunc ingens et tuberatiis subinde colliculis aceruus, a quo nomen loco Hostert seu Hosteren, quod «ruinas » dicimus (J). M. de la Fontaine en profite pour faire venir Hostert de hostelleriel et cependant, trois lignes plus lias, il donne sans s'en douter la véritable étymologie, puisqu'il ajoute : « Dans divers écrits extraits des archives de Saint- Maxi min, nous avons trouvé le nom deHostert écrit Hovesteden ». Voilà qui est sans réplique, et j'en crois un auteur qui cite une tonne ancienne avec tant de désintéressement !
'2. Hostert. commune de Folschet, canton de Pediugen. « Sur la croisade de deux grands chemins dont l'un porte tous les caractères d'un deverticulum romain. Recèle des amas d'antiques ruines... ». Puis l'auteur cite une charte de 1080, où le nom est écrit Hossteden, et une autre, de 1489, où il est écrit Hocksteden. Dans cette dernière forme, la première partie est défigurée par essai d'étymologie populaire, mais le suffixe est intact et cela nous suffit.
3. Haster-Haf, ferme isolée sur la commune de Waldbillig, canton d'Echternach. « Nommée lliiôschterhaf dans le dialecte du pays. Son nom retrace des bâtiments en ruines ». Il retrace davantage, puisqu'il désigne une ferme moderne (hof) sur l'emplacement d'une ruine de maisons seigneuriales (hofsted). C'est un mot gros d'histoire locale.
4- Osterbour, ferme isolée, dépendante de la commune de Zolwer, canton d'Esch ; fort ancienne; le nom s'écrit, en 1235 et 1247, hosterborn.
5. Ostert, habitation isolée, contiguë au village de Medernach; construite sur un sol autrefois couvert par des débris de bâtiments romains.
Maintenant, nous espérons que la conviction du lecteur est faite aussi bien que la nôtre sur l'identité de hoster, hostert avec hofsted, hosted, hostet, et, par conséquent, sur l'identité de -.s/cr et de -stet. Qu'on ne nous accuse pas d'y être arrivé par un chemin
(i) Ajoutons (1ue V. GAUCHEZ, dans son ouvrage sur la Topographie des voies romaines de la Gante Belgique (ANNALES DE L'ACADÉM. d'Arch. DE BELGIQUE, 111e série, t. vin, 1882), décrit de la même façon remplacement de Hostert et note les « substructions d'une mansio très achalandée, à l'intersection du Rœmerwegde Dalheiin à Alttrier ... Témoignage désintéressé de l'archéologue sans souci d'étymologie.
bien long. Nous répondrons que pour s'occuper des hostert et les taire entrer dans son cercle d'observation, il fallait au contraire une gestation intellectuelle prolongée.
\,uis voici donc arrivés au -stat germanique. Mais quelle est son origine? Stat ne pourrait-il pas venir du latin station, tout comme straat strasse, ou inciter, ou casier chester, ou munster, et, par après, avoir débordé un peu sur la marche romane ? Non, il 11 \ ;i point d'exemple «l'un suffixe toponymique qui aurait été emprunté d'emblée par les Germains aux Latins sans avoir d'abord été usité en terre romain:. Ainsi le -strée de Féronstrée n'est pas issu il"' statut; pas plus, hàtons-nous île le dire, que -straat n'est issu de la forme strée. ("est le latin strata qui a voyagé, qui a passé «le bouche en bouche, déposant en pays wallon un strata qui est devenu plus tard strede, puis strée, déposant en pays flamand un strata qui est devenu straat. Pour stat/stet, le voyage s'est l'ait en sens inverse, et stet s'est arrêté un peu en-deçà de la frontière linguist ique.
C'est donc au fond de la langue germanique, dans l'ancien -haut allemand, dans le gothique, dans le vieux-saxon, dans le vieuxnordique qu'il faut aller chercher l'origine de -sler.
Mais voila que nous tombons sur deux stat et nous avons l'embarras du choix. Lequel des deux se cache sous nos noms en -sterl
On trouve en gothique un stat lis, génitif stadis, radical stada, masculin, signifiant lieu, place. Celui-ci est en vieux-haut-allemand stat, avec un /, en nouveau-haut-allemand statt avec une variante graphique (tt) sans valeur de prononciation, et une différence de prononciation de l'.s qui n'est pas indiquée dans l'écriture. En vieux-saxon, la forme est stad avec d. Le francique ancêtre <\\\ flamand) et en général les autres dialectes bas-allemands avaient le '/. ce qui a donné les formes stad, stade, slede.
Il y a encore en gothique un autre staths, génitif siathis (radical en i?), également masculin, signifiant plage, rivage. On le retrouve dans l'allemand gestade, dont le simple, stad, a disparu de la langue courante et n'existe plus (pie dans les noms de lieux. A insi, sauf les corrupt ions toujours à craindre, stad en Allemagne doit -,• distinguer de statt. Egli fait soigneusement la diffé- . Il traduit staad, stad, par landungsplatz (place de
Egli, Nomina geographica, p. ~>\i.
déchargement) et par gestade (rivage), et il cite comme exemples des localités riveraines des lacs suisses : Walenstad sur le Walensee, Altstad à Lucerne, Oberslad, Niederstad, Immenstad.
Dans les dialectes bas-allemands, ce second staths prenait aussi la dentale douce, de sorte que les deux mots se confondaient. 11 y a donc lieu de se demander auquel de ces deux mots il faut rapporter notre -ster, dans une région dont les noms germaniques ue sont point des créations de tribus parlant le haut-allemand, ("est encore le hofstatt allemand qui doit décider. Quand bien même le sens ne nous inviterait pas à choisir, l'orthographe de hofstatt nous décèle la présence de stait qui signifie locus, et non de stad lui signifie ripa. Evidemment^ il doit en être de même du flamand moderne hofstede et de ses variantes plus anciennes. J'en conclus jue les hostert, d'abord, et les autres noms en -ster, ensuite, contiennent comme suffixe l'ancien staths, stadis signifiant lieu, place.
Il convient de se demander aussi d'où proviennent toutes les variantes qu'on rencontre dans les noms de lieux allemands et flamands qui contiennent ce suffixe, et de laquelle est issu notre •ster. En effet, dans la région flamande, si on consulte les chartes, >n trouve non seulement la finale stad, mais stade, stede, stide, itadon, stedon, stedun; dans la région allemande, on rencontre ion seulement stat, statt, stadt, mais encore stiitte, stadte, stette, ;t même stetin, stettin, stetten, steten, stâdten, etc.
L'explication est des plus simples. L'e au lieu de l'a est un uloucissement(umlaut) qui apparaît régulièrement au pluriel dans es langues germaniques, mais qui peut provenir aussi de différenciations dialectales. L'e final décèle un nominatif pluriel, qui a >u d'ailleurs ultérieurement être pris pour un singulier collectif; s'est en quoi le flamand hofstede (maison de campagne) diffère ctuellement de hofst ad (résidence). Avec en final (anciennement »;j, un), on a affaire à un datif pluriel, forme qui a parfois prévalu >arce que les noms de villes sont souvent cités au datif locatif.
Quant à décider de laquelle de ces formes germaniques procède Lircctement notre suffixe, nous ne nous y hasarderons pas. Nous royons que ce serait mal poser le problème, d'ailleurs, que de echercher une forme unique comme productrice de -ster et de ses ariantes. Il est assez naturel de supposer : i° que les formes >leines en -stert du Grand-Duché proviennent des locatifs -stedden m -sieden : l'hypothèse est confirmée par les antécédents de deux
Eïosterl pour Lesquels nous possédons des variantes antérieures ('); 20 que l<s stir ou -stier de l'autre extrémité correspondent à une prononciation dialectale stide; 3° que ster, stère est la forme normale correspondant à stede. Au reste, quand on examine dans Fôrstemann les variantes anciennes des nombreux noms en -statt, on s'aperçoit vite que le nom de chaque localité a passé par diverses désinences : il se déclinait comme les noms communs. n'étanl qu'un nom commun à l'origine. Cette inconsistance nous enlève toute facilite et toute envie de pénétrer plus avant.
Maintenant que nous connaissons, autant qu'il est possible, les ascendants, il convient d'examiner aussi de plus prés quelle est l'amplitude des variations de -ster. Nous avons déjà touché a ce sujet, mais uniquement pour montrer que le sted germanique n'était pas immuable. Il y a lieu ici de présenter le tableau des variations du même suffixe primitif des deux côtés de la frontière linguistique actuelle, et de montrer qu'il s'agit bien du même suffixe primitif.
1. L'identité de -ster et de -stère ne peut être contestée quand on voit les mêmes noms écrits indifféremment Colonstère ou Colonster, (Jéronstère ou Géronster, Rosistère ou Rosister, (Jilniinster ou Gilminstère. Il semble même que stère ait mieux conserve la forme et le genre féminin de stede. On dit la Géronstère unanimement à Spa, et les annonces des notaires portent " la Gilminster », « chasse de la Gilminster », (< la Maelster ».
•2. L'identité de -steden ou -stede avec -stert a été assez démontrée précédemment. Mais le t final, si nous comparons à -ster, Vr qui précède, si nous comparons à stet, est un ennui pour le linguiste. Peut-être faut-il voir dans rt un essai de dissimilation du double d ou / apparaissant dans -stedden -stetten. Quoi qu'il en soit, l'apparition de rt final n'est pas limitée à la seule région du Grand-Duché ni au seul nom de hostert. Rassemblons ici quelques faits probants, lue vigne dénommée en Jonster à Ougrée-Sclessin, en i;V34> se trouvait désignée en tiert de Justert en i433 (-). — Haltert, arrondissement d'Alost, était anciennement Haltera, Haltre f ). — 11 y a un Hostaert près de Genck (pr. de Limbourg) • pie nous n'avons aucune raison de séparer des Hostert luxem-
(r) < ï. ci-dessus, p. -j-j^--2-^.
1 Ci velier, Inventaire des Archives du Val-Benoit, \>. u(>7. ) .1. .1. ni. Smkt. Essai sur les noms de villes el communes de lu Flandre orientale, p. u j. Dans Mem. de VAcad. roy. de Belgique, t. XXIV = i85o.
bourgeois. — Je trouve même IV s'introduisaut eiî double, dans doux syllabes successives. Ainsi, dans la carte toponymique de la commune d'Aubel dressée par le bourgmestre Nicoîaï (*), il y a un Horstert au sud du village, dont le premier r me parait représenter Vf ou v de hofstede.
3° L'alternance stert stet, ster stet ou steit se trouve assez démontrée par les exemples invoqués plus haut de Avinster = Avinsteit, Heinstert = Heiustet, Wenhister = Wenhisteit — Wenistet, Hodister = Hodistè, Nantister = Nantistay.
4° Si on prononce -stier a la française, comme le mot setier (s'tier), on sera gêné de; le considérer sans preuves supplémentaires comme une variante de ster. Mais nous avons montré que le wallon a toujours eu l'accent sur la première partie de la diphtongue ie% que Ve n'a pas plus <)e sonorité dans -stier que dans l'allemand brief (lettre), stier, (taureau). Les vieilles graphies Bovegnisiir, Boùegnisty l'indiquent assez. Déjà en terre allemande. -stier pour stedt a été signalé dans Pavenstier par M. Kurtli. En voila plus qu'il n'en faut pour faire admettre -stier parmi les variantes de notre suffixe.
5° Quant à l'identité de stet et de sté ou ste, nous invoquerons les faits suivants. On rencontre en 1416 un « Rennekin Proiste de Kokeroule », et, en i443» (< e11 V\eu dit Proistet » à Alleur (2). — Que peut bien signifier het gebergste (3) sinon la place, c'est-àdire la partie qui est du côte des collines sablonneuses de Meerhout? — Que signifie groote hofste (*') sinon grande ferme? Ce nom nous présente hofste = hofstede = hostert. — Que signifie Stedonk (s) sinon : le monticule au siede, à la ferme habitée, par opposition à d'autres monticules émergeant de parties trop marécageuses pour être habitées? — Que signifie Wolfsté, à Hérenthals, sinon l'endroit, la station du loup, ou la maison d'un nommé Wolf? ce qui, dans les deux cas, nous ramène à notre suffixe. — De la région germanique si nous passons en terre wallonne, nous trouvons, par exemple, à Fauvillers, à la limite des langues, les noms
(' ) Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. \ il — i8G(i.
(2) J. COVELIER, Inventaire des Archives du Val-Benoit, p. u35 et i>85.
(3j Si toutefois la forme n'est pas fausse. Le diet. de Jourdain et Van Stalle porte simplement Gebergte. la Carte de Belgique d'après Ferraris, dressée par l'Établissement geographicme belge en i83i. porte Gebcrgste. La chute de Vs s'expliquerait, mais la forme me parait plus douteuse qu'autrefois.
(*) Au sud de Wendune, FI. oce., dans la même Carte d'après FERKAKis.
(5) Hameau au sud de Helmond sur l'Aa.
de Pasté et Warmosté; à Dochamps le nom de Rubiesté; Fragaste au non! «le Sibrel ; ions noms qu'il sera bien difficile d'expliquer par un autre suffixe. Loin de nous l'intention d'affirmer que tous les noms en -sic contiennent le stede ou stett germanique, mais quelques-uns le contiennent à l'évidence.
6° Nous sommes même persuadé que maintes dénominations en -st contiennent notre suffixe; mais, naturellement, plus on s'éloigne de la forme originelle, plus l'interprétation devient sujette à caution. Nous n'avons pas l'intention de passer en revue tous les noms en -st ; ce serait déplacer le centre de notre étude. Bornons-nous à quelques observations. A priori, il n'est pas plus étonnant de voir stede se réduire à -st que de voir -rode se réduire à rt. Mais, d'autre part, les dialectes haut et bas-allemands ont un si grand amour delà finale -st qu'on est bien obligé d'admettre que tantôt -st est analogique et sans valeur étymologique, tantôt significatif. Sans doute, quelques-uns seulement de cette dernière catégorie sont de notre ressort, comme Beoerst (séjour des castors). Ce qui doit nous mettre en garde contre le désir de trouver -stede dans tous les -si, c'est de voir, par exemple, certains dialectes flamands remplacer alsem et la forme populaire els par aalst (absinthe) : bos (touffe) par beust; brembosch par brembust; mœss par most (mousse); rijs par rijst(oriza, riz); le wallon ramonasse, qui vient du latin armoracea, par ramenast; maspruim syncopé de damaspruim (prunes de Damas) par mastpruim; heulenteer (sureau) par huilteter; huis, qui est la forme légitime, témoin le français Iioux, le latin ilex, les composés flamands hulzenhout (bois de houx), hulzeboom, hulzenbosch, est remplacé par hulst, h u ilst, b<r7lst, œlst ; varen (fougère) par vaarengst, varinkst, varœts ; wiscb (saule) et la forme dialectale wissen par wisten (')• De même en toponymie nous voyons les noms en -st nous glisser entre les doigts : Reninghelst est appelé Reningens in Flandria en io65 {"); ialst du Brabant septentrional, canton d'Eindhoven, est dénommé Haeslaos in pago Texandri en 711 (3). Là où le -st est légitime, on s'aperçoit d'ordinaire ou bien qu'on a affaire à des noms de rivières, genre de noms où le sens de stede ne se justifie pas, et qui sont déjà traduits en -sta, nullement en stata, dans les chro-
(') Anlst est dans le dict. de Callewaert, les autres formes eu -st sont dans K. PAQUE,Z)e Vlaamsche volksnamen der planten, Namur, 189G; passim. ') Gallia christ., III, 83, cité dans Piot, Pagi, p. 23. (3) Amplissima collectif, I, col. 18, cité dans PlOT, Pagi, p. -4.
niques latines cinq ou six siècles avant l'époque de la déformation moins radicale en ster: ou bien qu'on a affaire à d'autres suffixes connus, comme dans les noms terminés par oorst, vurst ( farsi, forest, fr. forêt) horst, hurst, hirst. Bref, bien que J.-J. de Smet. il y a plus de quarante ans, sans avoir pour se fourvoyer le désir de tout rapporter a -stede, ait songé naturellement à expliquer Heyst par ffeistede et Alost (11. Aalst) par Aelstede, néanmoins, pris en bloc, les noms en -si nous sont devenus suspects. Même quand il existe, à côté, des formes plus pleines en -ste ou -ster, il faut se défier. Ainsi, par exemple, bien qu'on possède comme noms de lieux Ginst, Gînste et Ginster, cependant Ginst nous paraît correspondre au latin genesta, genista, et Ginster à genistruin.
7° Stede peut devenir -stee, comme staden peut devenir stayen, comme stide, une autre variante, peut devenir -stie. A tort ou à raison nous expliquons ainsi : Stée dépendance de Braibant(Ciney, pr. de Xamur): Stayen (environ de St-Trônd), qui est Staden dans le Cartulaire de Saint-Lambert (t. i, p. 95), et dans Ciiestret de Hammi i:. Histoire de In Maison de la Marck (p. 254): Staebroeck (au X. d'Anvers) devenu Stabroeck dans les atlas plus modernes (pie celui de Ferraris; Houstée, lieu-dit cité dans le Cartulaire de Saint-Hubert (année i554; P- 120). Ces exemples ont ceci de commun que les deux voyelles avoisinant le d ont subsisté.
8° Il existe à Stavelot un Mâsta, un Binsta, un Mista et un Hausta pour lesquels il y a une étymologie très populaire. On dit dans le pays que ces noms signifient le mal-placé, le bien-placé, le mieux-placé, le haut-placé. ("est très ingénieux, très séduisant, mais nullement solide. D'abord, nous ne pouvons accepter un sta = status (placé), alors (pie nous vo3Tons status dans la langue courante devenir esté, été en français, sté, siî, stou, stu en wallon, c'est-à-dire évoluer vers les extrêmes de l'échelle vocalique. Ensuite, ces noms se présentent le plus souvent terminés en -staz, stat, ce qui leur donne déjà une autre physionomie. Enfin, dans cette hypothèse, il faudrait détacher Hausta ou Hosta de toute une série d'homonymes ou quasi-homonymes, que nous reconnaissons être des hofstatt ou hofstede. Nous nous croyons donc en droit de compter -sta, -stat, -staz parmi les variantes de -ster.
90 II y en a d'autres qui s'éloignent davantage du primitif. M Kurth n'a pas hésité à ranger dans la liste des hofstaat les formes Housteau, Hocheté, Houstaches, et avec raison. La première présente une francisation sur le modèle de bê / bia = beau,
la Seconde une déformation de la sifflante en chuintante, la troisième un -slu augmenté sans doute d'un suffixe diminutif -chen ou -clic Enfin si nous inscrivons encore -stay, qui peut être une variante graphique de -stê ou un changement analogue à celui que nous avons vu dans Stayen, nous aurons, semble-t-il, passé en revue toutes les formes synonymes de -ster.
Maintenant que nous connaissons l'origine du suffixe en remontant même assez haut, il convient de réfléchir davantage au sens île ce suffixe. 11 ne s'agit pas de se contenter du sens de l'antique stat isolé, car rien n'est plus vague que ce sens, mais de l'étudier dans ses rapports avec le déterminant, pour voir dans quel sens particulier il a été employé sur notre sol.
i" D'abord ce suffixe peut être joint à un nom propre de personne. Les premiers exemples que nous avons essayé d'interpréter étaient de cette nature, parée que nous avions choisi les noms les plus transparents et probablement les plus modernes. Ce nom de personne indique le fondateur ou le propriétaire ou l'occupant. Le plus souvent, il sera le fondateur, parce que le besoin d'un nom se fait sentir aussitôt pour désigner le nouvel établissement. En fait, le fondateur sera d'ailleurs aussi, d'ordinaire, le propriétaire et l'occupant. Le rapport est un rapport de possession, plus ou moins vague évidemment, car il ne s'agit pas ici de propriété juridique. Le suffixe lui-même doit avoir un sens concret; il doit désigner, non la portion d'espace qu'un objet occupe d'ordinaire ou peut occuper (la place de mon livre, votre place à table), mais le lieu-terre, ou le lieu-habitat. A ce point de vue, Jehanster est la place ou la pièee de Jean, lot reçu de la communauté ou parcelle achetée et défrichée ou essartée ou mise eu culture ou habitée par Jean.
2. Le rapport est encore un rapport de possession quand le déterminant désigne un animal. Nous avons cru reconnaître ce cas dans Beverst (prov. de Limbourg)et dans Wolfsté (dépendance d'Hérenthals). Si Wolfsté n'est pas simplement la demeure d'un nommé W'olf, il représente ce qu'on appellerait en wallon li han des leûps i lieu-dit, eomm. de Polleur). Fôrstemann rapporte au radical bera, ours, ou bien à ber, sanglier, les noms de Èerestat, ou lier ist ut (ixe siècle) devenu Bârstatt (dans le Nassau), de Berstai (année 852) devenu Berstadt (in Oberhessen). .1. ,1. de Smet. qui a travaille longtemps avant Fôrstemann, explique aussi Beerst FI. occ.) par « demeure du sanglier ». 11 y a un Berstett au N. de Strasbourg qui pourrait avoir la même origine. On trouvera beau-
coup d'antres interprétations de ce genre dans l'ouvrage tant de fois cité de Fôrstemann, par exemple Rehstett, de reh (chevreuil)- Âlahstat, de eluh (élan) ; A wisteti, de aui (brebis) ; .4 ranstedi, de aro (aigle); Eberstat, de ebar (sanglier) ; Fussestat, de voss
(renard).
3. Le déterminant désigne un objet inanimé. Cet objet pourrait être nommé sans le secours dn suffixe -siai. Le sens et l'opportunité du suffixe sont alors plus difficiles à saisir. C'est ee qui faisait dire à Grandgagnage que l'explication par stade (lieu) n'avait pas grand sens iM. Quelle est donc sa valeur relative dans le nom commun flamand hofstede (ferme)? dans haardstede (foyer), dont nous avons parlé plus haut ? Que signifient exactement h place du foyer, place de la court*. » A quoi servirait une distinction entre le foyer et sa place, la maison et sa place? Il faut évidemment écarter cette distinction qui n'a aucune raison d'être en toponymie. Mais il restera encore plusieurs interprétations possibles. Ainsi w on peut comprendre « le lieu qui est la court » par opposition aux autres parties de l'exploitation, « le lieu qui est le foyer », par opposition aux autres pièces de la maison. Le rapport en ce cas est celui qui relie une apposition ou un attribut au mot déterminé, n) On peut concevoir l'emplacement comme plus grand que la construction. La place du moulin, molensfede, n'est pas uniquement le moulin, mais la région, la section où gît notamment le moulin. Ainsi quelqu'un pourrait être possesseur d'une prairie a la place du moulin, c'est-à-dire dans les environs du moulin. Cette fois le sens est plutôt locatif. Peut-être est-ce dans ce sens qu'il faut comprendre hofstede : la portion au centre de laquelle est la maison rurale. C'est en tout cas le sens qui s'imposera quand le déterminant sera un nom de plante ou de chose. Eichstat, Eeksted désigne soit un endroit où il y u des chênes, une chênaie, soit un endroit où il y a un chêne (2). On interprétera de même Aspenstide, l'endroit aux trembles; Tunstettin, les endroits aux sapins; llullisteti, les endroits aux houx; StocJiestat, l'endroit aux stocs (troncs, souches, surtout d'épine). Waldenstidi, qui est devenu Wallenstedt (3), signifie « les lieux qui sont des
(') Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique orientale, article Stattk.
(*) Comparez le t'r. Place à Vaulnoit, dép. de la com. d'Ellezelles (Hainaut). De même Linthusen (FôRST., o <•. Il, 996) ne signifie pas maison de tilleul. ce qui serait ridicule, mais maison />rcs du eu des tilleuls, maison aux tilleuls.
(3) Wallenstedt lez-Gronau. non loin de la Leine, au S. de Hanovre.
liois •>, par opposition à d'autres lieux, ou bien a les lieux où sont des bois, le côté bois ».
Le premier composait est ainsi détèrminatif, niais détèrminatif de plus ou moins grande importance: la place des chênes peut être chênaie, mais la place au chêne sera souvent un grand espace distingué par coite particularité topographique qu'il contient un
chêne.
A Le déterminant désigne un objet, mais cet objet a disparu. Quand une maison seigneuriale a disparu, l'emplacement subsiste avec une physionomie particulière, et l'endroit s'appelle dans le Grand-Duché de Luxembourg- un hostêvt, place de la ferme ou du château (brûlé, ruiné, etc.). De même un Waldstede pourrait désigner la place de l'ancien bois (essarté, brûlé, défriché) ; un Meulenstede pourrait être la place d'un moulin ruiné; un Wyverou un Woiiversfedc la place d'un vivier ou étang- comblé. Bref, la connaissance des deux composants d'un nom semblable ne nous livre pas encore le sens précis du nom : il faudrait, par l'histoire, pouvoir déterminer la valeur exacte du rapport.
5. Au lieu de désigner un objet, le premier composant peut être un adjectif, et alors l'interprétation est bien simple. L'ouvrage de Fôrstemann nous a permis de rassembler comme exemples les anciennes formes suivantes : Aldestede, Niwerstat, Blankenstat, Gruonstede, Bredanstidi,Tihrsteti,Tinfstadum, Heiligenstat, Sâligenstat, Hohstat, où vous reconnaissez les adjectifs qui signifient vieux, neuf, blanc, vert, large (braid, breit), obscur {dire), profond
i tiuf, tief), saint, haut.
6. Enfin, je ne voudrais pas négliger pour la connaissance de -ster les traductions ou synonymies qui se rencontrent dans les chartes. Deux passages sont instructifs à cet égard : i° celui de Du ('ange que nous avons déjà cité: in domo seu siari Sancti Firrhini, qui nous montre -ster signifiant maison ; 2° le passage suivant d'une charte de Henri de Gueldre: pars grangiae quae dicitur ster, où ster est une grangia, c'est-à-dire une villa rustique comprenant greniers, grange, étables, remises, etc.
Passons maintenant de la toponymie à l'histoire. Est-il possible ;i l'historien de tirer quelque profit de cette étude avant tout linguistique ? (Quelle est l'époque de création des établissements dénommés d'un nom en -ster't De quelle race étaient leurs fondateurs?
Partout où se sont répandues les langues germaniques, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, -stat est usité, sous
l'une ou l'autre forme, arec un sens tantôt plus ancien, tantôt plus moderne. C'est doue sans succès que l'historien demanderait à la linguistique pure de déterminer avec précision quand et par qui un établissement en -stat a été fondé. En est-il de même pour -ster't Faut-il répondre par cette conclusion négative que -ster est un pur accident phonétique, sans intérêt pour l'histoire, et noyer définitivement les -ster dans l'océan des -stat'! II le faudrait si les établissements en -ster avaient existé auparavant sous le suffixe -stat. Mais le contraire résulte des faits déjà discutés.
i. A part les exceptions, signalées plus haut, de Baustert qui est Bustat en 893, de Hostert qui est Hossteden en 1080, les documents ne nous montrenl pas les -ster fondés sous des noms différent-.
2. Fôrstemann, qui a dépouillé les documents jusqu'à la fin de l'an 1100, donc jusqu'au seuil du xn^ siècle, et qui n'a pas négligé notre région, ne cite ni formes en -stat ni formes en ster pour les localités qui nous intéressent ici.
3. Xous avons pu lire les bonnes feuilles du (lartulaire de Stavelot-Malinedy. si parfaitement édité par MM. Roland et Halkin, jusqu'à l'année 1046. Pas une de nos localités en -ster n'y est mentionnée.
4. Aucun nom en -ster ne se rencontre parmi les noms de villas royales carolingiennes; c'est sans aucune preuve que Pepinster est donné comme un pied a-terre ou rendez-vous de chasse des fameux Pépins.
5. Aucun nom en -ster ne se rencontre parmi les localités citées dans les descriptions géographiques des pagi des ixe et xe siècles, liemianster est du xr (1028 et l'étymologie desteria (961) est trop douteuse pour qu'on puisse en faire état.
Ce silence peut être interprété de deux façons.
Ou bien les établissements dont nous recherchons l'origine n'existaient pas, ou bien ils étaient trop infimes pour avoir été cités dans les chartes.
Pouvoir les déclarer sans existence ou sans importance avant 1100, c'est déjà un résultat. Mais nous voudrions des conclusions historiques plus précises. Peut-être les obtiendrons-nous en confrontant soigneusement les données de la linguistique avec celles de la topographie et de l'histoire.
Comme il répugne, à priori, de donner une existence relativement si récente à des localités dont on explique d'autre part le nom par des étymologies germaniques, c'est cette contradiction que l'argumentation doit résoudre.
\ i . l,a phonétique a montré que les établissements en -ster ont pu être fondés sous les formes -ster,stir, stier, puisque nous avons même trouvé stier employé au xur siècle comme nom commun. Ster a (loin- eu une certaine existence en terre wallonne.
2. On le trouve latinise sous diverses formes dans Du Cânge, ce qui équivaut a des lettres de naturalisation romane.
3. 11 n'a pas eu une existence romane aussi répandue que d'autres suffixes d'origine germanique, mais il a existé chez nous, soit à L'étal de suffixe, soit seul, employé absolument, ce qui prouve bien qu'il avait un sens.
4. 11 est suffixe à des déterminatifs de forme toute romane, Jehan, Martin, Anseau, Piron.
5. Bovegnister est un nom surcomposé. Il apparaît en 118G. Ces sortes de noms ne sont certes pas primitifs : ils doivent être rangés parmi les derniers venus de la toponymie.
B. Le sens de -ster ne s'oppose pas aux mêmes conclusions. Ster n'a pas servi à désigner la sain, le laer ou le heim d'un nouveau seigneur franc installé en terre conquise. 11 indique quelque chose de beaucoup plus humble, une dépendance, une ferme, une grange, une exploitation rurale ou forestière quelconque. Le sens du mot est tellement large qu'on le trouve donné à des lieux qui ne semblent pas avoir jamais reçu la moindre construction.
C. Ceci nous achemine à considérer l'emplacement des -ster. Arnold (') pose en loi que les établissements fondés dans les terres les moins bonnes sont plus récents, et, dans la suite, ont disparu ou n'ont pas prospéré. M. Kurth fait état de cette observation à propos des -hausen (F. />., 1, 287). On peut l'appliquer ici. Un ami m'a fait remarquer qu'il n'y a pas un seul lieu en -ster dans les terrains cultivés de la commune de La Gleize. Les -ster de la Grleize sont des collines boisées. Il n'y a point non plus de fagnes ainsi dénommées; les fagnes sont des terrains ingrats exploites par après, .le n'ai trouvé d'exception que Hargister, défini par M. Q. Esser de Malmedy, dans ses cahiers manuscrits, « plaine de bruyères, fagne entre Longl'aye et Xhoffray ». Souvent les -ster sont des sommets boisés, des plateaux élevés (Jehan ster, Solwaster, Surister, Bernister, Colonster). Il y en a pourtant le long de la Vesdre ou dans de petites îles de cette rivière. Nulle part l'emplacement n'apparaît très enviable Les ster furent fondés en
>i il Ansiedelungen und Wanderungen deiilscher Stàmme, a" e«l. Marbourg r88 1 . p. '<<)<>.
terres ingrates, donc après la plupart des localités connues. Et ils ne se sont guère développés, pour la même raison. Pepinster, la plus connue des localités en ster, n'est érigée en commune que depuis soixante ans, et elle doit sa prospérité a un événement tout moderne : l'intersection de deux voies ferrées.
Peut-être est-ce a cette destination subalterne des ster, à leur simple valeur de désignation cadastrale souvent, qu'il faut attribuer la pénurie des noms en -ster dans les chartes et chroniques anciennes, plutôt qu'à une inexistence complète. Constatons cependant que la topographie ne contrarie pas les constatations delà phonétique a leur sujet.
D. Quant a l'histoire proprement dite, peut-elle nous être de quelque secours dans la solution d'un problème de ce genre? Si l'histoire de la colonisation sous les Carolingiens en nos régions était plus intimement connut1, la question ne serait plus à résoudre. Mais les historiens ont relaté les laits de guerre et les éclats, non les faits journaliers et communs, ("est précisément à la toponymie qu'on demande de remédier en ce cas au silence des historiens. Voyons cependant si l'histoire m; nous offrira pas un certain nombre de points, dès maintenant acquis, d'où l'on puisse tirer argument.
Les Francs, a-t-on dit, eu terre romane, se sont emparés sans fonder. Quelques seigneurs firent la loi aux anciennes populations, s'approprièrent des établissements existants. Ils en fondèrent sans doute, mais plus tard, quand les anciens devinrent insuffisants; mais, aux iv et Ve siècles, ils ont si peu créé que les cimetières seraient seuls à nous fournir des renseignements sur leur occupation première, si l'on n'avait pas, heureusement, la toponymie. Ce qui nous intéresse1 surtout ici, c'est leur action dans la forêt des Ardennes, le long de laquelle s'éclielonnent nos -ster, en prévision du cas où il faudrait leur en assigner la fondation. La masse salienne s'était arrêtée au seuil de l'antique Arduenna silva; les Ripuaires s'étaient contentés de la côtoyer à l'est. Mais ce que les groupes francs n'ont pas fait en tant que groupes et en quelques années, les individus l'ont fait isolément dans la suite des siècles. Par malheur, la Forêt a trop bien dérobé aux yeux des historiens le lent travail des générations de défricheurs et de fondateurs. Aussi est-elle encore trop souvent conçue comme un bloc, un massif impénétrable où il n'y avait que des loups et des sangliers. Au contraire, comme le dit M. Kurth (F. L., 4>3), elle était déjà certainement « toute semée de fermes et d'exploitations
rurales à l'époque celtique ». Il y avait en Ardenne autre chose que des arbres et des fauves. D'ailleurs, ai la fagne ni les rochers nus de la province de Luxembourg n'ont eu assez d'humus pour nourrir des bois. Donc, après les Celtes et les Romains, nul dont.- que les Francs ne se soient glissés par les interstices à l'intérieur de la vaste Forêt, le long des cours d'eau et des grandes chaussées. La toponymie le démontrera de plus en plus. Plus lard, elle devient le lieu de chasse favori des Carolingiens. Il faut donc faire la part de l'amplification oratoire dans le fameux texte de la donation de Sigebert au monastère de Stavelot-Malmedy. Le rédacteur de l'acte y apparaît trop visiblement préoccupé de justifier la donation. Il y a plus d'exagération encore dans la description que fait de la région de Stavelot un Nieolaus diaconus racontant la vie de Saint Lambert ('). Et si Hugues de Fleury décrit encore l'Ardenne du xne siècle avec les termes de César (*), c'est un cliché banal qu'il emploie. La forêt des Ardennes ne semblait pas diminuer en surface, d'accord, mais évidemment elle s'amincissait peu à peu comme une étoffe qui montre la trame; tdle subissait des trouées intérieures : mille clairières, mille vallées riantes s'ouvraient au soleil. La toponymie ne parviendra (pie peu à peu à démontrer dans quelle proportion les établissements postérieurs aux Romains sont dus aux populations galloromaines et aux Germains. Et, pour ne pas être en cela le jouet d'une illusion, encore faudra-t-il distinguer ce qui, fondé par des Gallo-romains, fut dénommé pourtant de noms germaniques adoptés et romanisés de ce qui est vraiment d'origine et de nom germaniques. La distinction ne sera pas toujours facile à établir, ni même possible, mais il y a lieu d'essayer. Pour ce qui est des noms en -ster, voici ce qui, en dernière analyse, nous apparaît hautement probable, et quant à la nationalité des fondateurs et quant à la date de fondation : i° 11 est visible que -ster n'a pas été aussi familier aux bouches wallonnes que heid, haie, bourg-, boix, bàix, falise, mots d'origine germanique dont la moitié sont entrés dans le vocabulaire français et s'y sont installés en permanence. C'est un mot de cette lisière linguistique où les deux langues se compénétrèrent, voisinant dans une fraternité d'usage et d'emprunts dont on n'a plus d'idée aujourd'hui. Nous nous représentons les populations elles-mêmes de cette zone aussi mélangées
lhapeauville, i, 383.
('-') PiOT, Pagi, l'A").
que les langues. C'est la linguistique qui, en dernier ressort, constatant la l'orme romane des déterminants, assigne nos -ster à des populations dont le roman était la langue maternelle. 2° D'autre part, nous n'avons trouvé aucune raison historique de les considérer comme plus anciens que les -rode, les -raet, les -snrt, tous les tard-venus de la toponymie. Mais a quels siècles les rapporter? Sous les derniers Carolingiens, les populations étaient si malheureuses, si éprouvées par les guerres civiles et les invasions qu'elles ne cultivaient plus la terre. Elles manquaient de bestiaux et de grains pour ensemencer, bien loin qu'elles songeassent à déroder et à augmenter le> étendues labourables. Nous croyons plutôt l'existence des -ster liée aux défrichements tardifs qui commencent au XIe siècle, alors que notre région cessa d'être le centre de l'Empire, mais aussi de recevoir tous les coups. On doit aussi considérer comme une loi qu'une dépendance de commune est un établissement postérieur a la tête de cette commune. Or. qu'on examine a ce point «le vue de la relativité des établissements: on verra combien peu de lieux en -ster ont le titre de commune. Solwaster est une dépendance de la commune de Sart; Surister dépend de Jalbay. qui était dénommé en allemand Gellert ( ' . c'est-à-dire Gel le rode ; Hargister est une dépendance de Longl'aye; voilà les -ster subordonnés aux -sart, -rode, -faye, a des localités dont les noms décèlent une origine bien plus récente que les noms en -iaciun de la toponymie belgo-romaine. ("est la fin du Xe siècle, s'il faut l'aire état de Steria (961), sinon, c'est le XIe qui marque le début du mouvement créateur «les noms en -ster de la Wallonie
0) Communication orale .le M Quirin Esser, le savant toponymiste de Malniedy.
Articles détymologie et de sémantique.
Un projet d'article sur la préposition à
En étudiant les articles consacrés par divers dictionnaires aux prépositions, il m'a semblé que, si fines que fussent les analyses présentées, elles offraient pourtant la matière tantôt d'une façon peu philosophique au théoricien, tantôt d'une façon trop compliquée à celui qui cherche des renseignements pratiques. Cette impression, je l'ai «'prouvée surtout quand il s'est agi de mettre la main a la pâte, c'est-à-dire, ici, dans le cas particulier qui m'occupait, de trouver une forme définitive pour le premier article important de notre Dictionnaire wallon, article relatif à la préposition à. Dans le Projet de Dictionnaire, forcé de courir au plus pressé, le comité de rédaction s'est borné au cadre que lui offrait le Dictionnaire général de Hatzfeld-Darmesteter- Thomas. On n'aurait pu choisir un meilleur modèle. L'article à y est réellement présenté avec plus de méthode qu'ailleurs et l'on peut mettre en un tableau séduisant les divisions et subdivisions établies par les auteurs. Il suffit de comparer cet article avec celui «le Mo/in ou celui de Littré pour en apprécier la valeur. Si, malgré ces qualités, je rêve des modifications de rédaction et de classement, je dois d'abord m'excuserde cette hardiesse, je dois ensuite expliquer pourquoi et en quoi je voudrais innover.
1 Les principes.
L'article «lu Dictionnaire général introduit comme divisions principales « destination de lieu, destination de temps, destination de but, destination de personnes et de choses, destination de moyen ». 11 subordonne à ces cinq divisions celles de « direction, proximité, position; — progression vers un temps, coïncidence, accomplissement; — tendance vers un but, conformation en vue l'un but, situation par rapport à un but; — attribution, adjonc- 1011, appartenance; -- recours à une chose qui sert à produire un effet déterminé, réunion d'une chose avec une autre qui con-