‹ Notes de philologie wallonneChapitre 20 sur 34 · Projet d'article A · texte numérisé non relu

Projet d'article A

à exprime la tendance ou direction vers.

I. à forme, avec un second terme, un complément marquant direction vers un objet.

|| 1° à employé absolument sans premier ternie. Ce premier terme peut exister sans influencer le sens, mais n'existe pas quand l'expression est énoncée d'une façon exclamative, sous le coup d'une émotion. Le régime indique un lieu : à Berlin !. à la Bastille! ; un objet localisé : au feu!, à l'eau!, aux armes!, aux pompes!, aux voiles! à la potence!, à la lanterne!; une personne ou un être animé : adieu!, au diable!, à Molière, à bon chat bon rat, à trompeur trompeur et demi; une action : a l'assaut!, au secours! à l'abordage! à l'ouvrage!, au travail ! ; une qualité, un état, un objet abstrait : à la vie à la mort, a la guerre comme à la guerre; un temps : à demain, à jamais, a la semaine prochaine. | Il peut y avoir en avant de l'expression un adverbe coordonné : sus à l'assassin!, vite au travail! | L'idée de direction est renforcée par la présence d'un autre complément marquant le point de départ. Lieu : de Paris à Bordeaux, l'étape est longue. Personne : de vous à moi, d'homme à homme, de nation à nation, de Turc a More. Quantité : de six a neuf. Temps : du matin au soir, du jour au lendemain, de temps à autre, d'un jour à l'autre. État subjectif '.: de gré à gré.

|| 2° à employé avec un premier terme marquant la même tendance ou direction que la préposition : aller, venir, conduire, mener, mettre, tendre, arriver, descendre, monter, tirer; verbes

— v)IO —

composés avec le préfixe ad- : attirer, appliquer, apposer, apprendre, adapter; substantifs verbaux : la course à ..., la montée à ..., la mise à ..., etc. | Le régime indique un lieu : aller à Paris, aller à l'école, venir à bord, monter au ciel, mener à terre, mettre à son coté; voyage à Rome, sa fugue à Genève, la fuite à Lyon, la retraite du roi a Gand : arriver au sommet, appliquera l'orifice», atteindre à la limite, j Le régime indique un objet : un triste spectacle s'offre à mes yeux, parvenir aux oreilles, attacher au brandies, aller d'une chose à l'autre, conduire au bois, passer au premier rang, mettre à la charrue, ajouter à la somme. | Le régime indique une personne, un être animé : venez à moi, attirer à soi, mieux vaut s'adresser à Dieu qu'aux saints, tendre la main à qui le mérite, cet argent revient à l'État | Le régime indique une action : marcher à la mort, venir à résipiscence, au repentir, recourir à la ruse, s'adonner à la boisson; arrivera ne plus penser. tendre à monter, tendance à monter, se mettre à parler, en venir à voler, aspirer à descendre, s'acharner à faire, son acharnement à mentir, s'apprêter àmourir. | Le régime indique un état : tendre à la perfection, réduire à la misère, réduire à un petit volume", venir à bien, mettre à mal, tourner à la honte, tirer à sa fin, mettre à prix, la mise à prix, le retour au néant, les aspirations à l'idéal, son passage à la dévotion. | Le régime indique un temps : remettre à demain, remise à jeudi, ajourner à l'an prochain. L'expression du lieu et du temps est fournie indirectement dans aller à quatre pas, venir à portée, ajourner à huit jours on à huitaine, remettre à trois heures (— à un endroit distant de quatre pas, à un endroit où le coup de fusil porte, à un moment distant de huit jours, à la troisième heure ou au moment où l'horloge marque trois heures).

|| 3° à employé avec un premier terme n'impliquant pas direction ou tendance vers l'objet-régime. mais se prêtant à ce sens et n'empêchant pas le sons illatif de la préposition : écrire, dire, parler, enseigner, rire, donner, prêter, passer, se conformer. | L'objet-régime est un lieu : écrire à Paris, se rendre à Paris, téléphoner à Liège, câbler une nouvelle à New-York; | une personne: écrire à son ami, dire à quelqu'un, enseigner à quelqu'un, rire aux anges, rendre grâce à Dieu, se rendre au vainqueur, qui donne au pauvre prête à Dieu; | un objet : marche à l'étoile.. parler au cœur, rire à la barbe de quelqu'un, s'installer à table, lier les boeufs à la Charrue; | un état : se vouera la prêtrise, tomber a la misère, dégringoler au vice, marcher à la gloire, renoncer au

— oïl —

monde ; ! une action : partir à la recherche du pôle, à la découverte, se préparer à taire, commencer à travailler, continuer à lire, se décider à parler, s'ingénier à l'hypocrisie. Dans ce dernier cas on peut dire que le complément marque le eut de l'action.

II. Par absence du premier terme et mise en rapport du complément avec une autre expression (pie le premier terme naturel, à forme avec son régime un complément, qui, au lieu de marquer nettement la direction vers un objet, semble marquer uniquement un autre rapport.

i° Le complément marque un rapport de lieu, mais c'est la situation dans ou auprès au lieu de direction vers (Question où — ubi i. j H parait dépendre d'un substantif par suppression d'un verbe de direction : l'épée au coté (= étant mise, missa, au côté), le juron à la bouche, la canne à la main, l'arme au pied, une profonde blessure à la tète. | Il paraît dépendre d'un verbe de repos ou situation : être à table, demeurer à la campagne, être à sa place, les étoiles brillent au ciel, s'asseoir au soleil. | Par extension, le rapport de situation est exprimé par à quand même il ne découle pas d'une direction antérieure : notaire à Paris, négociant a Lyon, conseiller à la cour d'appel.

2° Le complément marque un rapport de temps, mais c'est la situation dans un temps au lieu de la direction vers ce temps (Question quand? : j'irai à midi, il revient aujourd'hui, alors (= à l'ors). | Le régime indique le temps indirectement dans : à trois heures, à ces mots, à sa vue, à ce coup, à vingt ans.

3" Le complément n'a point d'emploi à lui seul, il est mis en rapport indirect avec un substantif et l'ensemble forme un complément de manière (Question comment'/, de quelle manière?), mais le sens de la préposition est visiblement la direction : goutte à goutte (goutte tombant ou allant après goutte), brin à brin, sou à sou, feuille à feuille, mot à mot, pas à pas, fil à fil, homme à homme; petit à petit, peu à peu; un à un, deux à deux. | Le mouvement est réciproque dans nez à nez. bec à bec, face à face, vis-à-vis, tète à tète, corps à corps, côte à côte, bout à bout, porte à porte, manche à manche: deux à quatre (terme de jeu). | Au complément de manière se rattache le complément d'intensité d'une action ou de quantité : pleuvoir à seaux, à torrent, à verse; distribuer à poignées, à pleines mains, à profusion (en recourant a des poignées, etc.).

4° Le complément marque un rapport d'appartenance (Question a qui?, à quoi?), mais le verbe appartenir (pertinere ad) décèle

encore bien l'ancien rapport : appartenir à la reine, ce hameau appartient à la commune de.... ; | par analogie : ce livre est à moi, avoir à soi; | sans verbe : la fille à Nicolas, la femme a papa, la flûte à Siebel.

5 Le complément est en apparence un complément qualificatif ou déter mi natif. 11 indique la qualité ou spécifie la détermination d'un objet d'une façon indirecte, en exprimant la destination ou la conséquence ou le but. || C'est la destination dans : pot a eau (= destiné, adapte, approprié à l'eau), moulin à blé, terre a froment, grenier à foin, fer à gaufres, pompe à incendie, étui à aiguilles, chasse a la bécasse, cuiller à café, cuiller a bouche; et, par extension, cuillerée à bouche. || La destination est indiquée par une action et peut s'appeler but dans : arbre à planter, bois à brûler, tabac a fumer, avoir maille à partir, lettre à écrire, conseil a suivre, pièce à dire, fille à marier. Dans ces exemples, l'objet exprimé par le substantif subit l'action exprimée par le verbe : on brûle le bois, on marie la fille, etc. | Dans les exemples suivants l'objet énoncé est agent ou moyen, et non patient : fer à friser, Ici' a repasser, cire à eacbeter, brosse à cirer. | L'objet est le lieu de l'action dans : salle à manger, chambre à coucher. || La qualification est exprimée par la conséquence, c'est-à-dire par une action possible, consécutive. La préposition marque tendance vers cette action. C'est un arbre à donner beaucoup de fruits ( destine à donner, prêt ou propre ta donner, approprié ou adapte à donner), une entreprise à vous ruiner, une maladie à vous entraîner (m terre, un homme à vous voler sans scrupule, une bonne à tout faire, il est homme à vous trahir, un jeu à faire -aiiter la banque, un vent à décorner les bœufs; le sujet de l'infinitif est différent dans : un conte à dormir debout. La qualité est exprimée par un adjectif dans ; noire à faire peur, gonflé à crever, rempli à déborder, belle à ravir, belle à croquer. | C'est une action dont la modalité ou l'intensité est exprimée par la conséquence dans : aimer a en perdre l'esprit, verser à faire déborder le vase; frapper à mort, aimer à la folie (= aimer à ce point d'en perdre l'esprit, l'amour tend vers ce point extrême). La qualification est exprimée par un complément de but qui a l'air d'être un complément direct ou attributif dans : aimer à rire, apprendre à parler, enseignera lire, donner à écrire, donner à penser, verser à boire, chercher a tromper, trouver à redire; être à dormir, c'est-à-dire, c'est à savoir (= donner qqch. afin ou en nue qu'on l'écris e, etc. ).

6° Le complément est en apparence un complément de moyen du mot précédent, nom ou verbe (Question avec quoi?, par (jucl moyen?, avec quel accessoire:' . Le premier terme sous-entendu est un verbe recourir à marquant la direction vers. | Ou bien c'est une action qui recourt à un objet ou instrument comme moyeu effectif : pêcher a la ligne, au filet, à la mouche, pêche a la ligne, chasser au chien courant, aller à cheval, se battre au pistolet, travaillera l'aiguille, charger a mitraille; | ou qui recourt à un mode d'action : se sauver a la nage, à tire d'aile, aller à pied, marcher à reculons, sonner à toute volée, parler à cœur ouvert, combattre à outrance, reconnaître à sa démarche, à l'œuvre on connaît l'artisan. !| Ou bien c'est un objet recourant à un objet accessoire, a un mode particulier d'action : panier à anse, char à lianes, costume a carreaux, habit à grands revers, manche à gigot, chapeau a plumes, filet aux champignons, omelette au lard, chasse au basset, homme à projets, à prétentions, abonnes fortunes; | chasse a courre, lutte a outrance, achat a crédit, poulet à la financière, chapeau à la mode, habit à la française.

7" Le complément est en apparence un complément circonstanciel d'extraction, de provenance, d'éloignement (Question d'où?, hors de quoi?, (te qui?). En réalité il ne dépend pas du verbe précédent, mais d'un verbe illatif inexprimé : arracher aux flammes; voler sa montre à quelqu'un ; soustraire, prendre, enlever à quelqu'un ; ôter à un roi sa couronne; emprunter à quelqu'un : prendre a l'un pour donner à l'autre (Pour arracher des flammes, il faut aller aux flammes : le complément indique le premier mouvement et le verbe le second. Compare/ : la fille de Nicolas et la fille à Nicolas, e.vciter à).

w. âbète, /'r. aubette; w. houbote; dihobier ; huvéte, houvirète.

Aubette est un mot particulier au français du nord. 11 figure déjà dans le dict. fr.-all. de Mozin. Littré & Scheler l'ont admis, mais le Dict. gén. l'ignore. Mozin définit le mot : « corps de garde des bas-officiers », Littré : « bureau où les sous officiers d'une garnison vont à l'ordre ». Ce dernier le fait venir de aube, par la raison singulière qu'on va prendre les ordres de bon matin. Bien que nous ayons trouvé aubette en picard avec le sens de aube (Corblet, s. v°), nous n'en sommes pas plus enthousiaste de l'étymologie de Littré; il sacrifie le sens à une fallacieuse identité de forme. En réalité aubette désigne un petit kiosque, une eonstruc-

tion en bois de quelques pieds carrés, installée sur le bord du trottoir, à un coin de place publique, ou même à l'intérieur d'un édifice plus grand; vraie cage servant pour la vente des journaux, la distribution ^\c tickets ou de billets, ou comme salle d'attente de tram, bureau de voitures de louage, débit populaire de boissons. Il existe aujourd'hui pour ces divers usages des pavillons parfois très élégants, que le liégeois dénomme abète, d'après le pseudo-français aubette. Mais autrefois, quand il n'y avait guère que des échoppes de passeurs d'eau et de bergers, une baraque de ce genre s'appelait en liégeois houbète, en verviétois houbote, en gau niais hobète, en namurois et en rouchi obète. Ce nom est resté à la niche du chien ou de l'écureuil, à la guérite on à la baraque improvisée: seule la houbote de luxe est devenue une iibète.

Le sens ainsi fixé, il me paraît certain que le mot aubète n'est autre chose (pie hobète débarrassé de l'aspiration initiale. Celui-ci est, un diminutif du mot hobe, déjà connu en a.-frane., lequel est simplement l'ail, haube, aha. Imbu, mba. luïbe. Comparez robe, de rauba. Or haube signifie chaperon, par ext. toit qui protège, dôme, coiffe d'un clocher ou d'un moulin, ce qui entoure une lumière, toute cage protectrice : « in vielen Gewerben, ein liber etwas angebrachtes Dach », dit Sanders. Rien d'étonnant donc à ce (pie notre dérivé hobète signifie chez nous l'échoppe du gagne-petit et ait produit aubette. — De même racine est le verbe si d'hobier (Laroche, Lux.) inconnu aux lexiques wallons, qui signifie « sortir de son enveloppe, de ses couvertures, de son lit». Djans donc, dihobiez-ve ! dit-on au dormeur paresseux. — De même racine encore le rouchi huuéte « sorte de coiffe de nuit », que donne Gggg. (I, 3i3), et le wallon houvirète, coiffe que l'enfant a parfois en naissant. L'allemand haube a le même sens. Mais l'emprunt est, en ce cas, d'une région où le b s'est transformé en v, /'. Eupen dit h ///'/', le néerl. huif.

w. ac'mwède; ac'mwèsse.

I. Le verbe wallon ac'mwède signifie acclimater une personne, un animal, l'habituer à un milieu, à une maison, a un métier, à un patron nouveaux. On trouvera dans le Vocabulaire-questionnaire AC- (') un groupe assez, complet de variantes dialectales; mais

(' A» premier volume <ln Bulletin du Dictionnaire wallon. i<)o<», p. 126.

toutes n'ont pas la même valeur : on peut en résumer l'essentiel en constatant que le sud-wallon prononce -mwade, lorsque le nord dit -mwède, et aco- au lieu de ac-. Cette alternance aco- : ac- nous révèle la présence de deux préfixes, ad-cum ; ensuite l'alternance wc : wa nous décèle un ancien o entravé comme dans' stwède : stwade (ane.-fr. estordre). Que la consonne disparue est r et que -nuvède répond au français -mordre, c'est finalement démontré par l'existence d'un infinitif ac'mwèrder, refait sur la première conjugaison, qui est signalé en Condroz, et par le participe liégeois ac'mwèrdou, namurois acoimvardii.

Le participe passé ac'mwèrs, ac'mwè.sse, est issu directement de morsus, morsa. La forme féminine n'a été rencontrée jusqu'ici que comme substantif, au sens de accommodation, acclimatation, mais on la retrouvera sans doute quelque part avec sa valeur participiale. En attendant, tablant sur une forme du participe féminin ac'mwède, qui nous apparaît maintenant refaite sur l'infinitif, on avait a tort, dans le Vocabulaire précité, imprimé aç'mwért au lieu de ac'mwèrs, comme s'il s'agissait d'un composé de mwért (mort).

Ce qui empêchait d'y reconnaître d'emblée un parent du franc. mordre, c'est d'abord que le composant mordre n'existe pas en pays wallon, où l'on emploie le verbe hagnî (*); c'est ensuite la grande différence de signification.

<c>ue vient faire dans ac' mwède et ac'mwèsse l'idée de mordre":' Elle y joue le même rôle que dans le français amorce. L'amorce est d'abord, non l'appât qui fait mordre, comme dit le Dict. g'én., mais l'appât mordu, je dirais volontiers admordu; puis, la distinction temporelle se perdant, elle est l'appât à mordre. L'idée de mordre peut devenir métaphorique comme dans « mordre au latin ». Si « mordre au latin » se comprend aisément, on eut compris de même en français « amordre au latin », et comordre et acomordre, et enfin s'acomordre, où le pronom .se s'expliquerait comme dans « se saisir ». Or telle est, identiquement, la composi-

te1 ) En liég. hagnî, verv. hègni, ard. hagner, nain, ligner. L'origine de ce mot est encore à découvrir. Il est hors de doute que sa provenance est germanique : l'existenceen \v. du nord et de l'est d'un h initial qui disparait en namurois et en rouchi, le démontre assez. Mais GGGG. n'a rien trouvé de décisif. La forme "excauia re proposée jadis en passant par M. Wilmotte dans la Revue des patois gallo-romans, II, \o, ne pourrait signifier (pie « ôter les chiens » ; ensuite un primitif en exe- ou se- exigerait dans nos dialectes du sud un eh- ou se- initial, que hagner, agner ne fournissent nullement.

tion de l'expression wallonne s'ac'mwède us' noix'' mèsiî, s'adapter à son nouveau métier.

II. Si celte explication est juste, il sera difficile de maintenir l'étymologie proposée par M. A. Thomas pour le mot êquemôdre, (|u"il ;i trouve dans Contiïjkan, Glossaire du patois de Montbéliard, p. to6 ('). Cet êquemôdre nous apparaît absolument identique a notre ac'mwède et il devrait être écrit èc'môdre. Constatons d'abord la similitude de sens. L'auteur du glossaire le définit : << habituer uu animal qui va aux champs pour la première l'ois a suivre le troupeau ». Nous dirions de même ac'mwède ine bièsse.

Cependant le savant philologue a vu dans êquemôdre « nue forme refaite du verbe médiéval escomovoir », et il faut bien vérifier cette hypothèse. Deux objections déblayeront le terrain. En premier lieu, il a fallu supposer un type latin vulgaire *excommovere, qui peut avoir existé en provençal et en italien sans jamais avoir pénétré jusqu'au pied des Vosges. En second lieu, il est impossible d'accepter que ce *movëre ait pu produire -môdre. Pour justifier l'ingérence de d dans des proparoxytons en -vëre, il faut une consonne devant le v du latin : puluërem > poldre (poudre), solvére > soldre (-soudre); mais vivëre devient vivre et non vidre, bibere devient boire. On ne peut non plus assimiler le cas de movëre à celui de exmolere devenant esmoldre, esmoudre cl esmeudre (émoudre). Y a-t-il dans -môdre un cas exceptionnel qui m'échappe? Je crois plutôt que l'auteur a été trompé par une graphie mauvaise et par le manque de formes comparatives. S'il avait eu en main notre mot wallon et connu son sens exact, ni lo faux air de cet e initial de êquemôdre, ni la suggestion des formes méridionales ne l'auraient emporté. C'est en quoi nos modestes études, même défectueuses, pourront rendre service aux linguistes français : elles apporteront un indispensable contrepoids.

âsses.

G au t. 11, p. xi, enregistre un mot iizes avec le sens de

■ débris île foin et de fourrage qu'un cheval à l'écurie laisse tomber ;i terre », H ajoute le proverbe suivant : qwand i tone è mas', è may on magne ses Âsses », c'est-à-dire qui;, la saison étant retar-

A. Thomas. Nouveaux essais de philologie française. Paris, i<)o.">.

dée, on est forcé en mai de manger les déchets d'abord dédaignés. A Liers. Le proverbe s'énonce ainsi: « qwand i tone è mas', H cinsi r'inagiie ses asses; en avri (= qwand i tone en avri), i s' réfyouwit ». — Ce mot doit être identique à l'ail, aas, asz, pâture, « Viehfutter . aha. uz « repas », en général. 11 y a encore un autre aas, aha. as, qui signifie , appât, viande corrompue pour appâter ». ('es deux mots d'ailleurs se rapportent à essen, et les dicfc. ail. et flam. les confondent sons le même article. — Le sens de (c restes on déchets de repas » que donne Gggg. ne peut être un obstacle a cette filiation, car ce sens n'est qu'apparent : /•' tnagni ses âsses signifie simplement a remanger ses repas », façon énergique de dire « manger ce qui a échappé la première fois ».

gaumais beuilli.

Le g. beuilli, feni. bciiillite, qui ne nous est connu que par le dict. manuscrit de Mans, signifie c< bossue ». Nous ne savons s'il faut prononcer ill ou y. ni si ce participe passe a un verbe complet. 11 doit être rattaché a l'ail. Heule, bosse, aha. biula, biilla, mha. billle, plutôt (pi'a la famille latine bitlla, bullire dont tous les dérivés ont o, ou en gaumais comme en wallon, à l'atone comme à la tonique (bouye; bouyète ou bouyote; bouyeter; boûre; bolant, g. boulant; boli, bouli; bolèye, g. boulie).

hièbe du bon.

Lezaack, Dict. des noms u>. des plantes des environs de Sj)a (dans Hull. de la Soc. de Litt. wall., t. 20 (i885), p. 1221 et 248), donne ce nom d'hièbe du bon pour la véronique officinale. Aucun commentaire, le dict. de Lezaack n'étant d'ailleurs qu'une simple nomenclature. Dans nos empiètes de flore populaire, nous n'avons nulle part retrouvé ce nom, ni du reste aucun nom pour désigner spécialement la véronique officinale. Depuis lors, M. l'abbé Bastin a retrouvé le nom à Faymonville-Weisines (Cf. Bull, de la Soc. de Litt. wall., t. 5o, (1909), p. 55o). Au reste, L'attribution pouvait avoir été faite légèrement sans que le mot devînt pour cela suspect. D'autre part, il ne semblait pas que bon pnt être l'adjectif fr. et \v. bon. Partant de là, nous avons cherché parmi les noms assignés aux diverses espèces du genre oeroniea, et nous sommes tombé sur le mot becabunga, qui désigne une espèce voisine, la véronique grasse des fossés et des ruisseaux. Ses tiges, qui sont cylindriques, chose rare chez les scrophularinées, présentent souvent

des nodosités ou renflements à chaque entrenœud. Ce sont ces nodosités <| ue désigne le mot germ. bunge. Le mha. bunge, ulia. pungo, dit le Dict. de Weigand (5e éd., col. i34), signifie Pflanzenknolle». Bécabunga est emprunté du néerl. becke-bunge, eu ail. bache-bunge (Diez, p. 47)» c.-à-d. « bung des fossés ». Nous croyons que le w. /><>/; représente ee mot germanique et que l'expression wallonne s'applique mieux à la veronica becabuhga. — Diez fait observer avec raison que le fr. bécabunga n'est, guère un mot français, qu'il a conservé la marque du latin des officines et n'est pas populaire. Si notre explication est exacte, la partie importante de ce mot aurait au moins vécu dans un coin de Wallonie, mais elle est détrônée par des désignations plus populaires, comme cresson, sàuadje cresson, cresson du dfvô, tripes dès pores. — .le ne crois pas que la bécabunga soit ainsi dénommée « wegen der Fruclitknôpi'chen », comme le dit Weigand. mais à cause des renflements très visibles de sa tige.

#-. bore, bôrer, bôru ; w. beûre ; /'/•. bure, burin.

Le dict. gaumais manuscrit de Maus nous donne encore boor, creux, et booré, creuser, que nous écririons bore, bôrer. Dasnoy a bore, terrier, et l'adjectif bôrru, « creux, (arbre) creux, (dent) creuse ». Liégeois, p. 100, définit bore « trou servant de retraite à certains animaux, particulièrement grenouilles, poissons, écrevisses »; il ajoute l'exemple « bore des fàyes, caverne des fées ». En wallon, Gggg. donne bor, bonr, tronc d'arbre, et Forir bôr, hangar, abri. — Il faut écarter le bor de <tu<;<;., qui doit être rattaché au celtique (?) bour de bourg-épine, bourgène ou bourdaine. Les autres formes sont apparentées à l'ail, bohren, percer, creuser, fl. booren, aha. borôn, mha. boni. C'est également l'origine du liég. beûre, puits de mine, du fr. bure, du fr. burin. Seul le bôr de Forir semble assez éloigné au point de vue du sens. Mais, d'une part, il ne peut se rapporter au bas-allemand bord, franc, bord, forme féminine borde, cabane, qui serait en wallon Inverti; d'autre part, le prétendu hangar qu'il désigne peut être un simple trou creusé dans le schiste derrière la maison.

w. bricelèt.

Nous avons rencontré le mot bricelèt d'abord dans une vieille

chanson verviétoise : « avou on bon brislet — po niète è vosse

café», puis dans les A musettes de Michel Pire, excellent chan-

- 3ig —

soimier verviétois : « Fâie du brislet />o s' forer l' boke, - djèl régule du p'titès tchansons ». Ce mot, aujourd'hui peu connu ù Verviers, se retrouve sous une forme légèrement différente, dans Remacle et dans Lobet, deux lexicographes verviétois. Remacle (2e éd., 1. 1, p. 259) définit breslet comme ceci : <c i° bracelet». (En ce cas l'étymologie est claire et l'auteur aurait dû écrire brècelèt) ; 2" pâtisserie qui a la forme d'un bracelet et dont les Wallons doivent conserver le nom à cause de la ressemblance ». Lobet, de son côté, outre le sens de bracelet, donne aussi a breslet (p. 117) le sens de : « giniblette, petite pâtisserie dure et sèche en anneau sépare ». Le liégeois Forir, qui a soigneusement utilisé les œuvres de ses devanciers, néglige le second sens, comme inconnu à Liège. Grandgagnage, lui. a omis le mot dans son Dict. étym., sans doute parce que l'étymologie lui en semblait si évidente que le mot devenait sans intérêt a ses yeux. Il eût changé d'avis s'il avait connu la variante brislet et les suivantes.

A la suite d'un premier article, d'aimables correspondants nous ont signalé l'existence du mot sur d'autres points de la Wallonie et à l'étranger. M. Henri Angenot, bibliothécaire de la ville de Verviers, a noté la prononciation brislet à Soiron, breslet à Clermont (pays de Hervé). A Soiron, il s'agit d'un gâteau qui peut affecter diverses formes : il ressemble à un (' dont les deux extrémités seraient recourbées jusqu'au dos de la lettre, de manière à composer deux anneaux irréguliers ; on bien le cordon de pâte a été replié en un seul anneau dont les extrémités sont croisées l'une sur l'autre et débordent en croix; ou enfin c'est un simple rectangle de pâte A Clermont, le brislet n'est plus qu'un vulgaire gâteau rectangulaire, de vingt centimètres sur quinze, a sez épais, vendu quinze centimes ("est la pâtisserie qu'on offre au « café » des funérailles. D'après M. le Dr Randaxhe, à Thimister, non loin de Clermont, ce gâteau s'appelle brice. M. Eugène Monseur, professeur â l'Université de Bruxelles, nous signale pour Hervé la forme briksèl et ajoute que cette pâtisserie est un gâteau contourné en 8. A Malmedy, d'après mon collègue Joseph Boyens, le mot est britsèl. C'est aussi la prononciation que nous donne M. l'abbé Pietkin, curé de Sourbrodt. Voilà déjà une liste respectable de variantes dialectales dont l'ensemble n'est point favorable ;i l'étymologie suggérée par Remacle et par Lobet.

Poursuivons notre enquête en pays étranger. A Eûpen, d'après l'excellent petit Worterbuch (1er Eupener Spruche de MM. Tonnar et Evers (Eupen, 1899, p. 27), il existe un substantif bretzel,

féminin, (é intermédiaire entre e el i d'après l' Introduction, p. 5), el un verbe brêtzele, qui est traduit par Snôrkel maçhen, décrire des crochets, des lacets. - En feuilletant, par amour du folklore, un petit livre de dist riblltion de prix ('), nous avons trouvé la note suivante : bretzelle [à Stuttgart] est un « petit gâteau sec en forme île huit évase par le haut ». Ne cherchons pas comment l'auteur, dans un gâteau de cette forme, distingue le haut et le bas, mais constatons que l'identité d'objet avec notre bricelet est incontestable. Partant de là, nous avons découvert le même terme allemand dans les dictionnaires de Mozin, Rottek, Sanders, Sachs- Villate. Rottek l'écrit brâzel, Mozin brâtsel, bretsel, brezel, Sanders brêzel. Nous avons comparé les définitions. Mozin dit : « diurnes hartes Backwerck, in (Jestalt zweier ineinander verschlungener Ringe, craquelin ». Sanders, 1, 21^, est plus explicite encore : « Gebiick ans weissem Mehl, in Gestalt zweier in einander geschlungener Arme, oder eines in einem doppelten Ring zusammengelegten Stricks », (deux bras entrelacés, ou une corde disposée en double anneau). Sanders note encore que, à la plupart des devantures de boulanger, se trouve une brezel peinte, soutenue par deux lions ; que, dans la forme de cette pâtisserie, on voit une allusion aux liens du Christ. Les romans d'Erckmann-Chatrian men-

tionnent souvent les bretzel d'Alsace parmi les mets traditionnels de ce pays. — D'après Tandel, Communes luxembourgeoises, t. II, p. 47» à Luxembourg, le premier dimanche de Carême, les jeunes gens qui se sont mariés dans l'année envoient à tous leurs parents et amis une sorte de pâtisserie en forme de w fermé par le haut ou de 8 renversé(co ), bien connue dans cette région et en Alsace sous le nom de bretzel. — M. Monseur a, d'autre part, retrouvé notre bricelet assez loin d'ici, à Vevey sur le lac Léman. C'est, dit-il, un biscuit très mince, très sec, assez dur, carré, d'environ cinq centimètres de côté, portant en anneau l'inscription :

BRICELET DE VEVEY.

Si on pouvait déterminer le symbolisme primitif de cet humble petil craquelin, on arriverait facilement de l'origine de la chose a l'origine du mot. Mais quelle variété d'interprétations! D'un côté on rapporte que ce mets sert au repas des funérailles, de l'autre c'est un préseni que les mariés de l'année envoient au début du carême

La Grotte merveilleuse suivie de Le premier voyage de Cordula, deux nouvelles d'Ottilie Wildermuth, traduites par Em. Tandel : Bruxelles. m. Collection nationale). Cl', p. 76.

à leurs parents et amis; tantôt il représente des bras entrelacés, tantôt les liens dont on a enchaîné le Messie. Un auteur allemand, D1' Paul Kleinpaul, Deutsches Fremdwôrterbuch, voit dans la brezel la représentation d'un bracelet. Les bracelets accompagnent les morts dans le tombeau : les brezel en sont le symbole et se rapportent au temps de carême et an culte des morts '). Voilà un joli problème de folklore religieux pour mon ami Eugène Monseur, spécialiste en cette matière; quant à moi, je suis forcé de me contenter d'une remarque sur la forme du bricelet. Il semble bien que la forme carrée n'est pas primitive et que le biscuit de Vevey avec son inscription en cercle représente l'intermédiaire entre les formes en anneau et celles en rectangle dont nous avons parlé. Mais le gâteau primitif est-il en deux anneaux ou en un seul, nous ne saurions le dire, et nous sommes obligé d'aborder le problème étymologique avec cette indétermination de sens.

Les lexicographes allemands donnent comme étymologie de brezel l'italien bracello. En effet, on trouve en italien : bracciello, sorte de craquelin: bracciatello, « sorte de gâteau fait de fleur de farine paîtrie avec des œufs, fait en cercle, brasselet de pâte » (Veneroni, Dict. ital. -franc., 1710). Mais cette concordance ne prouve pas encore que le terme allemand vient de l'italien et les formes wallonnes de l'allemand. On peut tout aussi bien songer au latin bracel lus, qui est dans Du ('ange avec le double sens de bracelet et de gâteau et qui a l'avantage de ne pas déterminer avant examen le lieu de l'emprunt. L'ancien-français nous offre bracel seulement avec le sens de bracelet, mais il y a un doublet dialectal bresseau dans Godefroid qui est défini « sorte de pâtisserie ». Entre bresseau et bracel il y a cette différence que l'a de brachium est transformé en è comme dans le wallon brès', brès, mais le français connaît aussi e dans bressin, variante brécin, dérivé de bras. Rien n'empêche d'identifier bresseau à bracel par un intermédiaire *breeel.

L'enquête semble donc nous ramener au point de départ. Cependant elle permet de constater que le problème n'est pas aussi simple qu'on aurait pu le croire. D'où viennent nos variantes wallonnes, qui sont toutes de la frontière linguistique? S'il n'y avait que brècelèi, on en ferait un dérivé de brècel diminutif de brès'; mais bricelet semble bien influencé par les formes alle-

(!) Connu, de M. Paul Scharff.

mandes, britsèl de la Wallonie prussienne est franchement allemand, le liervien briksèl est une déformation de britsèl; reste brice, auquel on trouve des correspondants germaniques dans les formes plus simples breze, brctz que donne WEIGAND.

Les faits concordenl si bien de la sorte que nous écartons d'autres étymologies, pourtant séduisantes, proposées par deux de nos correspondants. L'un suggère Brod + le1 suffixe sel de Wechsel, et, quant à la voyelle, il la voit se transformer comme dans Brôdchen on dans l'anglais bread. L'autre explique britsèl par ]> re t i o 1 n ni : dans les anciennes écoles de couvent, dit-il, on donnait comme « prix » aux enfants des pâtisseries qui avaient souvent la forme de lettres de l'alphabet. De là l'expression courante : c< Er will sieh einen Bretzel verdienen », il veut se faire bien voir, il l'ait des dénonciations ou des platitudes pour avoir une bretzel en récompense. Le Wôrterbuch (1er Elberfelder Mundart récemment paru (Elberfeld, 1910) a un verbe brétzeln qui correspond au néerlandais brijzelen, réduire en miettes, usité seulemenl dans cette expression : « dann lot eck meck brétzeln », icli lasse midi totschlagen. Nous renonçons à discuter ces trois hypothèses pour ne pas allonger cet article outre mesure, mais combien nous voilà loin de la sérénité de Remacle et de Lobet!

brosder et broster ; brosse ; broussin ; breûsse, breusti.

En note d'un article sur le w. crètelê, dans \a,Zeitschrift fur franz. Spr. uiul Litt., 1907, Abhandl. p. 287, M. Behrens est amené à citer une phrase de Grggg., II, 562, ine erète di mitches po brosder sètehes, et demande un éclaircissement sur brosder. Ce mot peut se traduire ici par ((grignoter». Il se dissimule dans le Dict. étym. sous la forme broster (I, 80). En deux autres endroits (I, 338 et II, p. xv), Gggg. note que broster est une forme namuroise et brosder une forme liégeoise, et cela concorde avec ce qu'on trouve dans Forir et dans Pirsoul. — Ce mot est le verbe correspondant au substantif brosse très usité en Ardenne : aler kî dol brosse po les gades, aller chercher de la brousse pour les chèvres, c'est-à-dire ■mimités de jeunes branches, parties tendres que les chèvres mangent avec avidité. À Tellin, brossegade sert à désigner la spirœa ulmaria. — Je suis étonné de ne pas trouver « brousse » ans le Dict.gén., alors que des voyageurs et des écrivains ont isécenora pour désigner les halliers africains. Je suis 'tonne encore d'y voir la brosse à brosser confondue avec la "Miter. Ce dernier sens n'est indiqué qu'à la fin de l'ar-

ticle, comme un sens analogique de l'autre et vieilli. Vieilli, peu nous importe ; mais analogique, il y a lieu de protester. Enfin notre brosse se dissimule encore sous la forme brout, anc. franc. brost, jeunes pousses des arbres au printemps. Le fr. brouter venant du germ. bruston, j'en conclus que broster est en w. la tonne correcte et que brosder a changé le / en d sous l'influence de brosder = broder. - Le \v. et fr. brosse est-il une forme fém. de broust dans laquelle st s'est réduit à ss, comme dans crosse (croûte), gos' (goût)? Si, pour s'en assurer, on rassemble les mots prétendument de même origine, on s'apercevra bientôt que, dans ce cas-ci, deux familles de mots ont dû se rencontrer et s'entrecroiser. Le latin du moyen âge fabriqué d'après les formes populaires existantes donne brossa, brossia, broça,brocellum, brocaria, brocare : puis bruscale, bruscia, bruscus ; puis brustia, brustio, brustum. Ainsi le rouchi bruscale (broussailles), que donne Gggg., et l'anc. fr. bresque, que cite Du ('., le fr. broussin, broissin, sont apparentes au latin bruscum (broussin d'érable). Mais en présence de brustio « duinet uni. minor boscus », de brustum «le broust, pastio animaliuin, bine brouster », nous concluons que le \v. brosse représente un type bas-latin brusta et que la première série en «s et eu ç n'est qu'une reproduction grossière des formes dialectales. — Quant au franc, brosse et brosser, le picard brouesse et le w. breûsse montrent (pie c'est un tout autre mot. On le fait venir du germ. burstja, aha. bursta, ail. borste, t.. qui signifie cheveu raide, soie. Le t en effet se ravive dans le w. breùsti que donne seul Lobet iv" breusseti), où la brève -ij prouve qu'on n'a pas affaire a un dérive en -eter, mais a un verbe en -tir tiré d'infinitif germanique en -tjan.

w. cabossî.

Le franc, et wall. cabosser, cabossi en gaumais, signifie bossuer, couvrir de bosses. Mais on trouve dans Bormans, Tanneurs, p. 36o et 3;2, un autre verbe cabossi, enlever les émouchets, châtrer, émasculer. Ce sens ne cadre guère avec celui de cabosser qui précède. Je suis persuadé que ce mot vient par déformation de scabossi, c'est-à-dire du préfixe ex + cabossi. La peau brute que doit travailler le tanneur est toute « cabossée » ; il s'agit de l'eac-cabosser. Je n'avance pas cette disparition de s initiale devant c sans argument : cramer, écrémer, est déformé de la même façon, et il y en a d'autres. (l) Au reste, ce qui est encore plus probant, la

(l) Cl', ci-après, article consîre, p. 'ô-2~.

forme scabossi existe à Marilles (Brabant), habossi à Huy, etc., hanbossî à Jupille, avec h résultat naturel et ordinaire deexc-, au sens de décolleter les betteraves, en rabattre les cimes ; puis ces formes régulières sont remplacées par cabossî à Cras-Avernas, Noduwez, Pellaiues, c'est-à-dire à l'ouest <le Liège et dans la partie adjacente du Brabant. Voyez Bull, du Dict., 5e année (1910), l>. M, v" abossî.

w. caca-laids-oûys.

C(!i te forme caca-laids-oûys est donnée par Pirsoul, Dict. namurois, 1, 91. Elle n'a rien de logique, et sa singularité nécessite une explication.

<;< 1. 96, a un article « caiz ouiez. bigle, myope, vue mauvaise •>. Mais il parle d'après autrui, Dejardin et Simonon ; il ne connaît pas le moi par lui-même. De là sa graphie caiz, qu'il faut prononcer câyîs, cl qui est de la même origine que le franc, cailler. D'ailleurs Gggg. connaît le verbe câiî (prononcez câyî), se couvrir de chassie, et dicâiî, qu'il traduit par déchassier, décrotter. Cette traduction est erronée, car dé- signifie en ce cas : de haut en bas, complètement, et des yeux dicâyîs (namurois discauyis) sont des y.-ux tout chassieux. 11 est vrai que le même verbe pourrait signifier, par le second sens de di, dé, se décrotter les yeux. Gggg. a rectifie au mot dicâiî, I, p. 167, où il dit que le sens habituel du participe passé dicâyi est « gâté par la chassie, de là chassieux ».

Nous pouvons maintenant en revenir à l'expression namuroise inscrite au début. Il semble que, à côté de câyî et dicâyi, il a existé un participe cacâyî ou cacàyé, avec préfixe ca-, qui a servi a créer une expression cacayés-oûys, ou plutôt, avec // mouillé antérieur, cacaillés-oûys. C'est cette forme qui, par étymologie populaire, a pu devenir caca-laids-oûys.

gaumais calôgne.

Liégeois, Lex. gaumet, p. 29, définit ce mot par « personne nonchalante » et fournit l'expression ène grande calôgne. C'est en •Net uniquement comme injurequele mot estemployé aujourd'hui. 1 combien ces mots du dictionnaire poissard ont laissé s'oblitérer leur sens primitif. Il n'est donc pas du tout certain que a lôgne signifiai i jadis nonchalante. Faisons appel à l'étymologie. s gaumais donnant ô pour or devant consonne (ex. bôgne, !<■. m bôgne clô, ardennais on bwagne elù), je rétablis la forme <- calorgne. Or calorgne a des parents ailleurs : en nor-

mand catougnard, louche, en une. !i\ calorgne, qui n'a qu'un œil. Le mot est composé de la prétendue particule péjorative ca e\ de lorgne, louche, d'origine inconnue, w. Iwègne, Iwagne. Le scn> noté par M. Liégeois se rapporte à l'adj. grande autant qu'au subst. calôgne : il évoque l'image d'une grande femme lourde qui s'attarde à lorgner tantôt à droite, tantôt à gauche.

w. chèrbin, hèrvê ; f'r. escarbille.

Chèrbins, m. pi., à Laroche (Lux.), signifie tas de tessons, d'écaillés, débris de vase ; hèrbin, m., à Sprimont (Liège), désigne L'ardoise grossière dont on se sert encore en Ardenne pour taire des toitures économiques ; /erbin à Stavelot signifie à la fois, suivant le dict. ms. de Detrixhe, tesson et grande ardoise de toiture. — Guuu. ne connaissait que hèrvê, tèt, tesson, qui existe en liégeois et en verviétois.

On ne peut douter que chèrbin ne représente l'ail. Scherben, tesson ; quand à hèrvê, comme b germanique, précédé d'une consonne ne donne pas v en roman, il ne semble pas issu directement de la variante scherbel, il vaut mieux le considérer comme un diminutif de la forme dialectale schârv constatée à Eupen (Tonnar et Lvers, Wôrt. (1er Eupener Spr., p. i65). — Malgré le Dict. gén., je suis tenté d'assigner la même origine au fr. escarbille. Ce serait plus simple : cela dispenserait de postuler en français la conservation de se à la mode du rouchi, dans un mot qu'on fait venir du latin carbonem, sans se préoccuper d'autre part de la suppression insolite de la finale on.

w. cirion, claus d' cirion.

Dans le t. XVIII de Wallonia. p. i3i, M. Alph. Maréchal demande ce que signifie clan de Sirion qu'il a trouvé dans un couplet du chansonnier namurois Lagrange. Sans connaître l'expression par d'autres voies, je pense qu'il faut écrire cirion et non sirion, ou encore Sirion comme nom propre; que les clous de cirion sont les larmes tombant ou plutôt coulant de cierges allumés à l'église.

Il faut savoir, quant au fond, que les larmes des cierges bénits, du cierge pascal notamment, étaient réputées pour la guérison de divers maux et maléfices. En ce qui concerne le mot, cirion paraît bien être de la même racine que le français cire et cierge. Cire vient de cera, cierge de cereum (de cire.

adjectif) : noire cirion diffère par le suffixe. Ou y distingue d'abord m, suffixe -on (mii bien connu; mais d'où vient 1'/' qui précède -ont Comme un primitif "cereonein aurait donné ciri/on, il l'aul admettre que cel i provient d'un suffixe diminutif qui est en latin -ili-, en français -ill-, lequel en wallon se réduit à y (écrit i après consonne). Exemples français : tourbillon, corbillon, moinillon, cendrillon, grésillon, Ancillon; wallons : toiibion, vôtion, dwèmion, niguion, ôbion ou âbioh, cramion, hoûbion, brôdion, roudion, wandion, hûfion, troufion, ohion, nokion, ploumion, hayon, poyon,grusion, pètion, awyon, sàvion,bawyon,

fyowyon.

Ces mots en -ion désignent un objet qui est le diminutif d'un autre. s«>it parce qu'il est plus jeune (poyon), soit parce qu'il est plus petit {ohion, fyowyon, nokion), soit parce qu'il est un fragment de la (diose totale (hayon, ploumion, troufion). Quelquefois il est possible d'attribuer deux sens au même mot : ploumion est une petite plume ou un fragment de plume; Ancion est un petit Anse ou un jeune Anse (Anselme); mais d'ordinaire, en ce cas, les deux sens coïncident presque et se confondent.

.l'estime donc (pie cirion doit être expliqué comme troufion (petit fragment de troufe, tourbe) : cirion est une « petite cire» dans le sens de fragment de cire (').

clintch-bowe.

Le supplément du Dict.étym.de Grandgagnage (II, 5n) contient l'article suivant : « cl i n ge-bo w e , Malm. (jower a cl. : jower a/ luis/ = jouer au bâtonnet) Sim. 2, mél. ». Cet article nous fournit un nom particulier du jeu bien connu des bâtonnets, appelé jadis en français jeu de la briche (Cf. briche dans Goi>.), appelé en wallon brisse, cherat, cayèt burnè (Cambresier), tchùl, kinîkinaye, bâdèt (Delaite, Gloss. des jeux wallons). Celui-ci vient de clintch, gauche, fr. esclenc, et de l'indic. prés, du verbe bawî, regarder de côté, lorgner, épier, ard. bawyer. La forme bowe est étonnante, mais je la connais d'autre part dans une vieille chanson du pays de Hervé : ci ^>rand lourdaud qui m' louke, qui m' bowe, ci grand lourdaud qui m' louke todis...

n<'|>uis la rédaction de cette note, nous avons retrouvé un mot presque

identique eu rouchi. Vermessk a a chiron, cierge ». et il cite un exemple de

un ON, L's épistoles kaimberlotes (= de Cambrai), p. °.i>. que voici.

sauf l'orthographe : « Qu' Noter-Dame d' bon-S'cours nos perde (nous prenne)

tous deûs in compassion : /" li aleume in chiron uni bout de cierge) ».

consire.

Dans le Projet de Dictionnaire général de la langue wallonne, il y a un article consacré à un mot rare, consire, d'origine inconnue, qui est défini provisoirement « place où le vent amoncelle la neige ». On y hasardait comme étymologie une forme *considaria. M. Antoine Thomas, le maître français, auteur des Essais et des Nouveaux essais de Philologie française, dans le compte rendu qu'il lit du Projet de Dict. ('), proposa *congeria pour congeries. Sans être partisan île *considaria, qui ne s'appuie pas sur un substantif antérieur, il nie semblait d'autre part que '"cou ge ri a ne couvrait pas les formes précisément les plus importantes du mot wallon. Il fallait donc maintenir ce terme en observation.

La difficulté de fixer l'étymologie de consire provient de deux causes : absence de formes comparatives extra-wallonnes, ignorance du sens exact. Quanl au sens, les exemples recueillis font hésiter entre « amas de neige » et « fondrière remplie de neige ». Cependant, puisque le mot consire a besoin d'un complément qui signifie « de neige », c'est un signe «pie l'idée de neige n'est pas inhérente à ce mot; mais rien ne nous dit s'il implique l'idée du contenu, l'amoncellement, l'amas, soit en hauteur, soit en profondeur, ou l'idée du contenant, la fondrière. Le sens exact ne sera donc déterminé que par L'étymologie, et c'est la question phonétique qu'il faut examiner d'abord.

Dans la mémoire des hommes, les traits d'un mot peu employé risquent de s'atténuer et d'être infidèlement reproduits. 11 faut donc déterminer la forme la mieux conservée. L'article du Projet nous enseigne que consire est généralement usité dans la province de Liège, la Prusse wallonne, l'Ardenne. Si l'on trouve côssi à Dison-lez-Verviers, c'est par dénasalisation de on et par réduction de ire à -i comme dans fowi, fondri, brouwi, goti (l'oyèr-e, fondrière, bruyère, gouttière). Les formes en -ière qu'on trouve dans la zone voisine du patois gaumais achèvent de montrer à l'évidence que le suffixe de notre mot est le latin -aria, fr. -ière. — A la place des consonnes fortes c et s, on trouve parfois les douces g et z, ensemble ou séparément. C'est une déformation à écarter, car la régression de la faible à la forte est rare : fèrou, qu'on rencontre çà et là pour vèrou, est influencé par fier (fer). — an de

(') Romania, janvier 1905.

ganeière à Neufchâteau est une transformât ion de on fréquente en gauiuais el en chestrolais, où tnancé correspond à monceau, fanténe à fontaine, Ranpancé à Romponcel (rond-ponceau), commune de Jamoigne. — An sud-est, à Porcheresse, Malvoisin, Gedinne [l), c'est sconsîre qui est employé : cne suconsîre, dès sconsîres du nîve. Cette s initiale fait partie de la racine ou provient d'un préfixe. Or, dans les deux essais d'étymologie prérappelés, «>n est parti de la forme consîre. Mais si, par hasard, cette forme esl le résultat d'une apocope de s, c'est en vain qu'on cherchera une famille à consîre. Il est donc plus sûr, dans nos recherches, de partir de sconsîre, dont Ys ne peut être une superfétation.

Si nous sommes bien orientés, le problème revient à chercher dans l'ancien français ou dans d'autres dialectes voisins des tiares d'un mot sconsière ou plutôt esconsière. Or nous trouvons tout de suite esconser, se cacher, dans les expressions so/ei7 esconsant, li solaus est esconsés (Perceval); puis esconserie, action de celer qqch. ; esconsail, abri où l'on peut se cacher; esconse, dans le sens spécial de lanterne sourde. C'est évidemment le participe *escons, f. esconse, du latin abseonsus (caché), qui a donné le jour à ces divers mots. Au reste, esconser n'est pas mort : encore aujourd'hui, dans la Bresse, « soleil couchant » se dit selô yconsiant ou /cousant f2), et le verbe yconsier ou yconser signifie disparaître, se cacher, en parlant des astres (') Delmotte, Glossaire wallon, t. 1, p. i55, enregistre la forme montoise solaus cousant, inconnue à Sigart, où cousant semble avoir perdu l'.s comme consîre. Notre sconsîre-consire apparaît si bien dans sa famille au milieu de tous ces mots que nous croyons en avoir trouve l'origine, si tout peut s'arranger au point de vue de la phonétique et de la signification.

La difficulté n'est pas de rattacher sconsîre au latin abseonsus, c'esl de faire accepter que sconsîre-consire existe avec ces étranges initiales dans une région où l'on prononce choùter-hoùter (ascoltarej . 11 n'y a, pour se-, heureusement, qu'à mieux examiner les faits. Oui, il est vrai, l'ardennais et le namurois disent chaîne,

Localités des provinces de N'anuir et de Luxembourg, au N. de la Rémois, à l'E. «le Fumay.

Nous figurons par un y grec la consonne qui correspond au ch allemand de ich.

I. Hingre, Voc. ,/u putois de la Bresse (Vosges^, dans Bulletin de la Soc. philomatique vosgienne, XXXIIe année, 1907, p. 86.

- 3ag

chaper, chârder ou chaurder, chète, cheûre, chôpier ou chôpi, choûter, chooer, chnme ou ehoiune, ruais a-t-ou dressé en regard la liste des mots en sc-1 II y a moins de se- dans l'ardennais, mais beaucoup dans le namurois, qui, en cela, tend la main au rouchi et dont on peut dire qu'il connaît à dose égale les deux traitements. Les exemples suivants le montreront à suffisance :

Namurois.

scadia (bassin à beurre)

scafia (cosse, gousse)

scafi (écosser)

scafiote (gousse)

scamia (à Meux, escabeau)

scaye (ardoise) et ses composés

scayon et chayon (écbelon)

seau f ion (gousse)

se augne (écale)

seauyi (se fendre outre mesure)

sclauchî (claquer)

skète et chète (éclat de bois)

sclide (traîneau)

scot (écot)

scochi (ébraneber)

scwèle (écuelle)

sewarner (écorner)

scoriye (écourgée)

scorion (lanière)

scotia (gousse)

scramer (écrémer)

scrabîye (escarbille)

scrèper (racler)

serôles (copeaux)

scroter (ex-crotter)

scru-fièr (fonte)

scùre (ex-cuire)

squére (équerre)

Ardennais.

chàfe (écale)

scafier (écosser, dépenser)

ehafiote, seafiote et cafiote

chaîne

chaye

chayon

châyer

chlaquer

chète

scliyon

scot

scocher

chète

chivarner

score y e

scorion

cramer

croies

scroter

crou-fièr

La chute de Vs initiale est un accident dont on a des exemples dans larégion qui nous intéresse ici. Legaumais dit keume (écume, aha. scîlm), kieiile (scutella), cotchreuy (écorebeur), coûter (écouter), couchû ( an e. -franc, escourçuel, tablier), cuvian et cuvir

écouvillon, écouvillonner) ; le messin a cwéle (écuelle), côrchous écorcheur, ronchons (écosses); bien que d'ordinaire ils converti se- en ch- i1). Dans le nord-wallon, c'est // qui correspond au c/< de l'ardennais et du gaumais. (Jne forme en c est la forme simple, une forme corrélative en h est composée : clore signifie clore, mais hlàre éclore; cron signifie cru, mais hrou écru ; crouler signifie tamiser, mais hroûler l'aire sortir en tamisant. Un examen approfondi ue fail que diminuer le nombre des cas supposés d'abord exceptionnels. Ainsi corîhe, que nous croyions être a priori une déformation de scorihe, en face du namurois scoriyé, de l'ardennais scorèye et du français écourgée, correspond plutôt en réalité à l'anc. -franc, corgèeei n'a probablement pas le préfixe. D'une liste provisoire d'exceptions dressée pour montrer s dispa rue laissant à nu le r, il nous reste trois ou quatre mots :

i. carcèle Rem., l'r. escarcelle, de l'adj. esebars. Le mot est boni à fail d'emprunt et la déformation purement individuelle. Carcèle ne peut pas compter comme mot wallon.

■j. cramer, fr. écrémer; cramèù, fr. écrémeur. drainé lèssê ne signifie pas •■ lait crémé, couvert de crème », mais « lait écrémé ». Le -impie a-t-il remplacé un hramé qui a disparu comme trop difficile a prononcer?

"-.. calbote, barbote, nam. scarbote, compartiment.

j. clintch, gauche, qui nous paraît un simple doublet de hlintch, anc.-franç. esclenc, de l'ancien francique slink, ail. link. Comparez sclinbwagne à Marche (qui lorgne de travers) et clitchepate .1 Laroche (gaucher). J'écarte le composé mha. gelink.

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