‹ Notes de philologie wallonneChapitre 21 sur 34 · cabossi, scabossî, habossi, étudié ci-dessus, p · texte numérisé non relu

cabossi, scabossî, habossi, étudié ci-dessus, p

ii. Enfin il y a le solaus consant rappelé tantôt, du montois Di i motte, sans correspondant connu en wallon.

Si on a répugnance à joindre consîre à cette liste comme ayant perdu l's, il reste encore une ressource. On trouve dans Du Cange le doublet consa à cote de sconsa et esconsa (lanterne sourde). On

! "''.lit donc s'autoriser de consa pour imaginer un participe

-latin consus sans préfixe abs-, et un verbe anc.-franç. ' cotiser nnsicr. Notre consîre serait alors un mot simple régulière-

ent formé à côté du composé sconsîre. Pourtant, si j'ai le droit

urra trouver d'autres exemples dans notre Phonétique du gaumais comparés, §8a (dans le Bull, de la Soc. liég. de Litt. walt., t. 3;). imer de ce paragraphe l'exemple messin h coué, «jiii doit être rappon avec le gaumais ;i chuay, à l'essui, de exsugare.

d'exprimer une appréciation, au risque qu'elle soit entachée de subjectivisme, je dirai que consa et consire m 'apparaissent comme des formes isolées qui ont perdu Vs initiale.

Il est temps d'arriver au sens. Du Gange ne cite pour esconsc qu'un sens tout spécial, lanterne sourde; mais il est évident que absconsa : esconse a dû signifier, en général, comme participe passé : caché, comme substantif : chose cachée, dérobée aux yeux, puisque c'est de là que provient le verbe esconser qui a, lui, une signification générale. Notre sconsîre a un suffixe -ire désignant l'endroit ou l'objet contenant; il signifie donc : le lieu aux absconsa. Mais le mot absconsa, choses cachées, peut être pris dans deux sens qu'il importe de démêler ici. Le soleil descendu sous l'horizon est un absconsum, une chose cachée, dérobée aux yeux; mais le fond où il semble être descendu est aussi un absconsum Ce fond est l'invisible, l'abîme, l'inaccessible. Plus vulgairement on peut donner le même nom à une fosse, a un trou que la mousse ou la bruyère dissimulent dans la fagne, à toute cavité que la neige comble en hiver. Bref, sconsîre est -il l'endroit aux neiges dissimulées ou l'endroit aux trous dissimulés par la neige? Forcé de choisir, il nous semble que ce sont les cavités ou la hauteur des neiges qui sont dissimulées, non la neige elle-même; sconsîre est à nos yeux le réceptacle aux cavités dissimulées et traîtresses. Le meilleur synonyme serait fondrière, mais fondrière connote l'idée d'affaissements, sconsire l'idée de fonds que la neige remplit et partant dissimule. Lorsque le vent nivelle la neige (iviler), celle-ci comble les fosses, et le marcheur, incapable de distinguer les inégalités du fond sous cette belle surface unie, va s'enliser dans quelque mauvais trou.

On peut donc maintenant préciser le sens du mot : i° Il ne s'agit pas d'amas de neige en hauteur, mais en profondeur; 2° Notre mot ne désigne pas proprement le contenu : la neige entassée, mais le contenant; 3° Le contenant ne peut être un talus, un rebord (hoûrlê), mais un creux, soit ravin ou fondrière, soit simple fossé le long de la route. Les autres significations, que nous ne songeons pas à nier, sont obtenues par extension.

franc, crayer.

Le Dict. gén. donne un subst. masc. crayer, qui est un terme technique pour désigner la v cendre de charbon vitrifiée par un feu ardent ». 11 le présente comme d'origine incertaine et, toutefois, propose dubitativement craie. Mais le wallon possède dans

le Maman; '! le Namur le moi craya, dans les deux provinces de l'Esl crahè, qui signifient braise éteinte, charbon de bois, par extension scories. Ces deux mots sont de simples variantes, ■ lunt la terminaison liégeoise -ê et la terminaison namuroise -ia dénoncent un diminutif en -ellum. Le h germanique, très perceptible en liégeois, s'affaiblit ou disparait en namurois et peut être remplacé par y euphonique. Le wallon a encore crayi, se cliarbonner, en namurois; crahelî en verviétois, marchand qui allait vendre du charbon transporté à dos de cheval dans les villages; crayon en Hainaut (Sigart, i35) houille vitrifiée, mâchefer. Donc pour le français crayer, la sémantique milite en faveur d'une origine wallonne. Ce mot est un collectif formé comme pailler, tas de paille, poussier, bourbier, cendrier. Il a probablement été pris à la langue populaire et utilisé par les ingénieurs de charbonnages du Nord dans leurs rapports et autres écrits technologiques.

w. dizi, d'zi.

Dizi est enregistré par Gggg. sans étymologie (I, 178). C'est le nom de l'orvet commun, anguis fragilis; par extension, il est quelquefois don né au lézard (Defrecheux, Voc. des noms wal. d'animaux, 3e éd., p. 57). Ce mot étant particulier au Nord-wal., c'est dans le domaine germanique qu'il faut en rechercher l'origine. Or le flamand donne hagedis, lézard, l'ail. Eidechse, aha. egidëhsa, mha. eg'edëhse. Quelle (pie soit la valeur du premier composant egi-, hage-, nous n'hésitons pas à identifier le \v. dizi avec dëhse.

djâwan.

M. Jos. Marichal, deWeismes, nous a transmis ce mot fyàwan

avec le sens de « l'autre jour ». M. l'abbé J. Bastin l'a inséré dans

son Vocab. de Faymonville, p. 14 (= Bull, de la Soc. de Litt, wall.,

'• L, p. 546). Mot rare et ancien, survivant au-delà des Fagnes, où

a conservé tant de termes curieux; nous ne l'avons jamais

utendu en A.rdenne, ni en pays gaumais, ni nulle part dans la

province de Liège. Autant qu'on peut en juger sans autre forme

tive, nous y voyons une locution adverbiale composée de

deux mots.

premier sérail fya, latin jam, français ja dans jadis, jamais, retrouve à Stavelot, par exemple, dans des phrases x n'iriz fya, i n' sâreût fya, où il n'est pas nécessaire de voir dans //.•, une réduction de d'fya, dètya.

Le second élément est plus problématique. Avant, qui s'offre tout d'abord à la pensée, doit être rejeté, par deux raisons. Pourquoi le v de avant, eu admettant même que la phonétique du wallon connût ce changement, se serait-il modifié en w dans le composé t/awant'i D'autre part, pour marquer l'antériorité dans le temps, le wallon n'emploie pas avant, mais clivant : divant-z-ir (avant-hier), a-d'uant-z-îr (ard., même si g n.), diuant qwatre eûres. Avant signifie « profond, profondément ».

Mais il existe en ancien français une expression adverbiale oan, ouan, provençal ogan, du latin hoc an no = cette année, qui se prête parfaitement à expliquer t/àivnn pour la forme et pour le sens. Le simple atvan existe encore comme mot isolé dans la Wallonie prussienne (.1 . Bastin, 0. c, p. 14): mais, quand même il ne se rencontrerait plus, on serait toujours en droit de décomposer (fnwan en tja -f- oan. Le sens primitif de « déjà cette année » se sera obscurci peu à peu, comme il est arrivé à l'allemand morgen, au gaumais èchwa, littéralement « hier soir », réduit au sens de « hier », au gaumais ancu, ardennais ènè, une. franc. anuit, littéralement hac nocte, réduit au sens de « aujourd'hui ». Dans le même ordre d'idées, signalons aussi l'expression diivanl autan, qui a Stavelot et à Malmedy signifie « l'année dernière » (l)ict malin, de Villers) et à Faymonville-Weismes « il 3' a deux ans » (d'après M. l'abbé J. Bastin), de même que l'anc. franc, avant nnlan, naguère.

fr. estaminet — //. stammenee — w. staminé — w. stamon. stamonîre, staminée.

L'origine du mot français estaminet est obscure. On y distingue bien une racine stam-; mais stam- existe à la fois dans les langues classiques et dans les langues germaniques : pour lequel se décider (')? D'autre part, estaminet n'est pas très ancien dans la langue française : quels sont ses antécédents? On le voit, il faut invoquer ici d'autres raisons qu'une vague ressemblance phonétique pour résoudre cette question d'origine et de filiation.

(') Le grec nous offre TTx;j.t; ou <rcau.îv, gén. crcafjJÉvo;, poutre verticale formant la membrure du vaisseau ; tttjjxï, fil de chaiue (la chaiue était verticale), filameut, étamine ; <tti};jicov, la chaîne. — Le latin a slamen, chaiue, fil, tissu. — L'allemand a stamm, tronc, tige, lut. Tous ces mots ont la même racine, qu'on retrouve dans laxTj;j.t, stare, sistere,stehen. — Le français en a tiré, notamment, étaim, estaim ou estame, estamet, estamette, étamine, du latin stamen ; — estaminois, étamoi. étains. étambot, étambraie de la racine germanique stamm.

()n se doute bien que les savants ont hasardé des conjectures Sl - Voici quel esl Total de la question. Diez n'a point

,.,.,,, tré le mol dans ses recherches, mais son fidèle éditeur et

son émule Scheler a recueilli diverses conjectures dans les trois éditions de son Dictionnaire d'étymologie française. Voici les plus -.•ri. -use-, qu'il il laisse subsister dans la dernière édition : i" celle de Bescherelle, <|ui l'ait venir estaminet « du flamand stamenay, dérivé de stamm, souche ou famille », en ajoutant une longue explication fantaisiste; 2° celle de Littré, qui en fait un dérivé d'étamine el suppose que los tables étaient couvertes d'étamine; | celle que nous retrouvons aussi dans Kôrting, à savoir que les estamentos <>u assemblées des Cortès espagnoles auraient servi à désigner plaisamment les assemblées de buveurs flamands. — Grandgagnage n'a point rencontré le mot wallon correspondant staminé, ou bien il l'a négligé volontairement, le jugeant sans doute identique au français et peu intéressant. — Le Dictionnaire • ■encnil <!.• Hatzfeld et Darmesteter affirme en sa concision obligatoire que le mot français est emprunté du wallon staminet, d'origine inconnue. — Enfin M. J. Vercoullie, professeur à l'Unir ver si té de < iand, dans son Dictionnaire étymologique de la langue néerlandaise (2e éd., 1898) considère la forme néerlandaise, qui est aussi estaminet, comme un emprunt au français parlé en Belgique. A son tour, le terme belge estaminet proviendrait d'un dérive flamand de stam, avec la même signification qu'-en allemand stammgast, stammtisch. 11 aurait été formé sous la domination espagnole par l'influence de l'espagnol estamfijcnto. assemblée. — \1 . Vercoullie est revenu sur cette question dans un article récent, para dans le Supplément de la Flandre libérale du 6 décembre 1906. 11 ne parle plus d'influence espagnole. Le mot français, <iui devrait être estaminai, lui paraît répondre à un type bas-latin, «le suffixe -etum, et dérivé du germanique stamm. L'auteur semble vouloir attribuer 1'// de; estaminet à l'état ancien de la racine, stuiitn; du moins il écrit plusieurs fois estamfijnet. Enfin il conjecture que le mot bas-latin a vécu dans le latin des étudiants allemands et aurait été importé en Belgique flamande par des troupes suisses ou alsaciennes.

Au moment de livrer notre article à l'impression, nous recevons

un troisième état, en flamand, de l'article estaminet du même

• Extrait des Bull, de l'Acad. royale de Belgique, classe des

;, n° 6. pp. 425-35. C\\ p. 43a). L'auteur ajoute à

journal : i° une citation curieuse contenant la forme

française estaminette : 20 la citation de Hécart contenant l'expression être de staminet : 3° nu post-script uni dans lequel il rapporte :

a) une suggestion venant de M. II. Pirenne (estaminet, rapproche de est ami ne, fil de chaîne, serait un terme de l'industrie drapière avec li- sens originaire de scheringschool); — cette étymologie sourit tant a L'auteur qu'il la déclare meilleure que la sienne, notamment parce qu'elle explique la présence de / entre m et n ; —

b) un renseignement de M. Hoffmann, à savoir que l'expression correspondant a op stammenee gaan signifie, aux environs d'Echternach (Grand-Duché de Luxembourg), aller à lu veillée, la veillée désignant une reunion d'hommes «t de femmes, chez un particulier et non dans un cabaret, pour causer et réveillonner.

Tel est l'état de la question. Les articles de M. Vercoullie nous ont excité à pousser les recherches du côté wallon. 11 nous a semblé qu'on était faiblement documenté sous ce rapport. A tort ou à raison, ces recherches nous ont éloigné des conjectures de nos devanciers.

Pour nous orienter dans cette étude, il faudrait d'abord déter miner l'aire d'emploi du mot, ensuite dist inguer la forme original»; des forme-, empruntées : alors seulemenl on pourra songer à rechercher l'étymologie.

Le mot est connu, sous des formes variées, dans les dialectes de la Belgique wallonne et flamande, l'ans ceux des départements français limitrophes de la Belgique. Sans affirmer qu'il soit populaire en Hollande, il existe dans le dictionnaire néerlandais de Kramers. Au midi, il s'est introduit dans le dictionnaire de l'Académie française, ce qui lui assure un emploi assez général.

Pour ce qui concerne les dialectes, il faut entrer davantage dans le détail. En pays de langue flamande, nous trouvons les formes estaminet, stammenee, (pie donne M. Vercoullie; stamenay, que donne Bescherelle, on ne sait sur quelle autorité; staminée dans un vocabulaire du Hageland ('). — En Hainaut et dans la région française voisine, le mot existe, et il y est populaire, car nous le trouvons dans les journaux et des chansons en patois : «. d' (lins V fond du staminet», dit le journal le Ropieur de Mons (XII, n° 26, p. 2, col. 3); Maubeuge prononce estaminet (voyez l's èsta-

(') D. Ci.aes, Bijooegsel aan de Bijdrage tôt een Hagelandsehe idioticon van J. F. Tuerltnckx, Gand, 1904. — Le Hageland est la région du Brabant belge située entre Louvaïi), Tirlemont, Léau, Diest et Aerschot.

minets, d's estaminets dans G. Dubut, Maubeuge en chansons, pp. 24, 4»'. 87). — Dans les provinces wallonnes proprement dites, le mot n'est plus d'un usage courant; il n'apparaît guère mir les enseignes des cabarets; cependant il n'est pas aussi inconnu que le croit M. Vercoullie. Les vieillards l'emploient, mais leurs tils, dans la bourgeoisie, prêtèrent le mot café, dans le peuple cabaret. One preuve de la vogue de ce mot au temps jadis, c'est (pi'il existe dans presque tous les dictionnaires wallons : sous la forme staminet dans les deux éditions de Remacle, ce qui est contraire aux citations de M. Vercoullie, mais Rem.2 a en plus un ait ici.' estaminai, auquel les citations de M. Vercoullie se rapportent : sitaminai dans Fouir, avec les exemples : / n'est mày foû <lc staminai et Uni staminai; staminai dans Lobet et dans Ih bert. Mais, comme les dictionnaires peuvent se copier, voici une seconde preuve beaucoup meilleure : nous trouvons le mot dans uw noël très populaire qui doit remonter au moins au x\ 111' siècle :

Tint-on cial on staminai,

Qiïons i tenante et cju'ons i brait/

Nous la trouvons encore dans une pasquèye de 1714 (Annuaire de la Soc. lié»-, de Litt. wall., III, p. 104) :

Pinses-tu qiïi vonse a staminay Magnî dèl tripe, ine qwâte di bire '.'

(Penses-tu qu'ils aillent au cabaret manger du boudin, (boire) une quarte de bière?)

Je trouve même staminea beaucoup plus tôt, en i373, dans une liste de lieux-dits de la commune de Petit-Hallet (N.-O. de la prov. d<- Liège) ('). La finale -ea correspond d'ordinaire au latin -ellum, wallon moderne -ê, et devait se prononcer êè ou êa, comme les voyelles de l'ancien grec affectées de l'accent circonflexe, en baissant le ton sur la seconde partie de la voyelle; mais, quant au sens, on n'oserait affirmer que le mot signifie déjà cabaret.

Au sud de la Semois, le mot a conservé sa vogue, et môme on le lit fréquemment sur les enseignes des cabaretiers.

1 1rs formes concurrentes en présence. Laquelle est née la première et a servi de type aux autres? L'histoire nous montre

') Ki 1:111, Frontière linguistique, t. I. p. 1S9.

que le français estaminet est d'introduction récente. On ne le rencontre sous aucune forme dans les vastes répertoires de DuCange,

de Lacurne h de Godefroy. Il y a bien dans une addition des Bénédictins au Glossaire de Du Cange un estaminet a, diminutif évident de estamina, étamine, ayant d'ailleurs le même sens d'étamine, et qui doit être une latinisation de étaminette comparez satin, satinette et moire, moirette). Estaminet pourrait être une tonne masculine de ce mot, désignant : i° la table de cabaret tendue d 'étamine; 2° la salle même, par une métaphore identique a celle de bureau. Telle est, rendue aussi vraisemblable que possible, l'opinion de Littré. Mais cette opinion, comme toutes celles qui rapprochent estaminet d" étamine, se heurte à des difficultés : i° estaminet ne pouvant être formé «le étamine, mais de estamine, doit de ce chef remonter au moins au xi î* siècle. Or les lexiques ne citent aucun texte antérieur au \\ m siècle; — 2° si le mot est contemporain de estamine, on ne voit pas pourquoi il n'aurait pas évolué de conserve, lue forme en est-, mi savante et exceptionnelle comme celles de esprit, estampe, ne serait guère vraisein blable quand il s'agit d'une chose populaire comme le cabaret, et, d'autre part, le primitif étamine subsistait toujours pour lui imprimer une similitude de forme. Dira-ton que c'est une illusion de croire ce terme si populaire, qu'il est plutôt bourgeois, formé par des étudiants ou des basochiens pour qui le latin n'était pas langue morte et qui pouvaient se plaire a créer un mot estaminet d'après un type latin stamina ou stamineta, par un archaïsme semblable à celui qui, de nos jours, a donné naissance au mot estudiantinl Cette explication ingénieuse viendrait toujours se heurter au silence des textes; — 3° on n'a point prouvé, ce qui devait être le point de départ, que les tables de cabaret aient été tendues d'étamine. Le luxe a imagine des tables recouvertes de toile cirée facile à essuyer, des tables de marbre; l'étamine est bien ce qui convenait le moins dans un lieu de beuverie sous les verres et les brocs.

En réalite, donc, c'est dans un texte du xvn" siècle que Delboulle l'a trouvé mentionné pour la première fois ('). llécart le cite dans un texte de 1702 ("). Le dictionnaire de Trévoux l'inscrit

(') HATZFELD-DARMESTETER, Dict. ffén., v° estaminet.

(2) « ... se plaint que le jour d'hier vers les six heures et demie de relevée, étant de staminet chez le nommé Ghislain, cabaretier demeurant sur le marché au poisson... ».

Citons ici, d'après le dernier article de M. Vercoullie, la forme curieuse

,mi insinuanl une origine flamande. Le mot fait son entrée dans la j édition du dictionnaire de l'Académie en 1762, ri ,,n lui assigne aussi une origine flamande. On avait donc la sensation que le mol venait du Nord, et on assignait sans doute aU8si la même origine à la mode des estaminets ou tabagies qui était implantée a Taris des cette époque.

Mais quelle région du Nord a créé le mot? En picard comme en français, il est ■-ans famille et sans histoire. S'il avait existé depuis des siècles en pays picard, on l'aurait retrouvé dans les chartes, d'où il auiait passe dans les recueils des lexicologues. Enfin, en Picardie aussi, le st- initial se serait transformé en et- en menu; temps <pie dans une foule d'autres mots. Doue, là aussi, sa forme insolite, son isolement, le silence des textes le dénoncent comme récent ci introduit.

Faut-il donner la priorité au néerlandais, qui insère dans ses dictionnaires un mot estaminet (Krame rs, Vercoullie)? Mais la pi'ésence de e initial devant si, phénomène tout roman, et la finale -et suffisent pour dénoncer l'emprunt. Quant au flamand, on chercherait en vain à donner une origine indigène à ses mots en ee. Stamenee ou staminée sont empruntés, comme eadee = cadet, pree — prêt (argent de poche qu'on donne à un enfant) ('), coin me bjee biais, rabbee = rabais, portemonee = portemonnaie, zjuzj (U- !><•<■ juge de paix (2). Ces mots ont l'accent sur -ee; ils sont visiblement fabriqués de façon à imiter les finales romanes en ê (-ais, -ai, -ait, et), quelquefois en -et bref, comme le prouve le mot cadee cite plus haut (3).

Ainsi, par élimination, c'est au wallon que revient la priorité, c'est a la forme steminê. Nous aurons à voir si l'observation directe favorise cette conclusion. Mais, en attendant, le fait que c'est le flamand qui a emprunté le mot aux provinces du Sud suffit pour ruiner celle idée; (pie les gouvernants espagnols seraient pour

\minette, tirée des Mémoires du graveur J.-G. Wille, mort eu i>4° : Les artistes --e rassemblaient ordinairement au Panier fleuri, vue de la uchette, chez un marchand «le vin célèbre, pour y souper dans une chambre

qui leur nuit < stammenl réservée et qu'on nommait l'estaminette >'.

1: an ki in . Diil. Iiisl. îles mis, métiers et professions, 1 <)<>(>, v° estaminets). tirer arguinenl «le cette forme féminine dans divers sens ; nous seulement i<i en noter la date.

dans ieHageland; cf. Ci,.\i:s. ouvr. cité. iar M \ ercoullie.

1 pourtant qu'apparente : cudee a dû être emprunté ; wallonnes de l'Ouest, • j 11 i allongent la finale -et des mois

quelque chose dans la création <lu mot (M. L'action espagnole en Belgique s'est exercée, dans le langage comme dans l'architecture, sur lu population flamande (-), on citerait difficilement un mot wallon qui nous vienne directement de leur influence (:i). C'esl que la Principauté de Liège, qui s'étendait tout le long de la .Meuse, leur échappait.

Si c'est le wallon staminé qui a rayonne, déjà il y a présomption que la racine est le stamm germanique. .Mais quel est le rapport logique entre slamin, tronc, et staminé, cabaret? Que signifie le suffixe -et D'où provient -in- de staminé!

M. Vercoullie pose comme forme germanique non starn on stamm, mais stamn. <>n peut lui objecter que c'est partir d'une forme trop ancienne et qu'il y a en wallon des mots issus de la même racine, plus anciens assurément (pie celui-ci, comme désignant des choses plus nécessaires et plus anciennes, qui n'ont pas trace de n. Staminé n'est donc pas un stam né avec voyelle intercalaire; c'est stamin- qu'il faut expliquer.

Le premier de ces mots plus anciens est stamon, que ne donnent point les dictionnaires wallons, mais (pie nous avons relevé à Trois-Ponts ('), à Solwaster | "■), à Faymonville (6), c'est-a dire à la frontière linguistique. Stamon désigne le montant en bois qui se dresse à côté de l'auge. Chaque crèche ou auge est donc entre deux poteaux ; une vache est séparée de sa voisine par le stamon (:). La finale -on n'est pas un suffixe : c'est la finale de

(') Vov. Scheler, Kôrïing, Vercoi [..lie. Koktim. suggère à L'article s tu mentit m de son dict. du latin vulgaire que « le mot français estaminet usité eu Belgique pourrait bien venir de là ». Ce stamentum, qui vient de stare, a donne à L'espagnol estamentos, les Etats, assemblée des chambres réunies. et le doublet estamiento, état de quelque chose. Les Espagnols en Belgique auraient comparé les assemblées de buveurs et fumeurs à leur assemblée des Etats. C'est trop spirituel pour ne pas induire en défiance. De plus ou ne nous explique point comment estamento produit staminée ou estaminet. C'est estament ou, comme diminutif, estamentet qu'on devrait avoir.

Voir dans le Soir du 10 septembre 1911, un curieux article de M. II. van VRECKOM, intitulé : Le Marollien, souvenirs et mots lègues pur les Espagnols.

(3) Pas même le mot toûbac , Âdios' semble bien espagnol, mais il serait hasardeux d'imaginer dans quelles circonstances cette locution fut empruntée.

(*) Au confluent de l'Amblève et de la Salm. (■"') Au X.-E. de Spa. (H) A l'E. de Malmedy.

(T) Ces renseignements ont été confirmés depuis par l'excellent Vocabulaire de Faymonville de l'abbé Joseph Bastin. Cf. p. 3G : lès oatches sœ galet conte lès statuons dol contêne [Les vaches se frottent contre les piliers de l'auge (cantine)] ; p. Ho : « stamon, montant 'de bois qui sépare deux vaches à l'étable; espace compris entre deux statuons; dans ce dernier sens on dit aussi stamounîre ».

l'accusatif germanique à la déclinaison faible comme dans bacon, k'fenon (gonfanon), fyiron, héron, sporon , wazon.

I.., crèche elle-même, un bac-mangeoire assez bus pour les vaches, porte un nom dérive de stamon, dont voici les formes dialecta i

stamoilnîre à Faymonville (Prusse wallonne). stamonire dans Body, Yoc. des agric. {Bull. 20, i85); dans le

dict. ms. de Baillei \.

stâminire, recueilli à Jupille; a amené par contamination de sta,

é table.

stâminire, Gggg., II, 3g3.

staminî, recueilli à Grand- Rechai n; id. à Verviers (Lobet,; id.

dans Gggg. ; mais s(i)tâminî dans Forir, sous l'influence de

stâ, étable. Les auteurs ne disent pas si le mot est masc. ou

t< ni. En vervieiois il est fém., -î étant une réduction de -ire,

comme dans fowî, brouwt.

staminéye à Cherain, à Lavacherie-sur-Ourthe, à Neufchâteau

( Dasnoi i, à Trois-Ponts.

staminée, fém. avec amuïssemënt de e final, à Solwaster, Francor-

champs, cl dans Body, Yoe. des charrons (Bull. 8, 125). staminéye, à Villettes-Bra, et ailleurs en Ardenne dans le nord

du Luxembourg, si j'en crois ces deux vers d'une vieille

chanson entendue dans mon enfance :

8}'a dci'is vatches (' in sitaminèye,

ci sèrè /«> fé </rs livrèyes (des habits, des livrées).

Staminée est formé avec le suffixe -ata; il signifie d'abord l'auge a\ ec ses poteaux, puis toute la charpente, enfin, comme dans les deux vers cités, l'étable des vacbes. Stamonire est formé avec c sut fixe wallon -ire, i'r. -ière, signifiant : ce <jui est adapté à, ce qui est corrélatif de. comme menton : mentonnière, bouton : boutonnière, etc

On ne scia pas étonne du changement de o en i à l'atone dans

stâminire, staminée, ni par conséquent dans staminé. Les exemples

s ne manquent pas. Citons mohon : mohinète, bordon :

dîner, //' ac'done : ac'diner, forgon : forguiner, mangon :

se. D'ordinaire cependant, Vo s'affaiblit en e et cet e

b plus syllabe : abandon : abandener, bwèsson : abwès-

boton : abotener, botenîre, etc. Des formes comme malonî,

sont récentes : elles sont refaites sur des formes fran-

»H sur les mots simples wallons.

Nous proposons donc staminé comme un dérivé de stanwn, eomme un mol de l 'Est-wallon issu d'une racine germanique. Il reste a contrôler cette hypothèse : le suffixe s'explique-t-il ? l'objet s'accorde-t-il avec pareille origine? le rayonnement du mol vers les autres régions ne se lieurte-t-il pas à des impossibilités?

Si on recherche d'abord le sens du suffixe -ê, il faut choisir • 'litre -ellum et -et uni. Le premier est un diminutif qui ferait de staminé un petil pilier, puis un pilier, par la perte du sens diminutif, puis au besoin une salle soutenue par un pilier. Le second est un collectif qui nous donnerait le sens de colonnade, salle à colonnes. Au point de vue phonétique, il y a présomption en fa\ eur de -ellum. Ce suffixe devient bonjours -ê en wallon de l'Est; -etum y donne ordinairement -ce au Nord, -ce, è (souvent écrit -et) au Sud. La toponymie milite aussi en faveur de -el lu m , s'il faut avoir égard a la forme staminea de l'an i373 notée plus haut. Si on se place au poinl de vue de la transmission du mot d'une région à Tant re, pour répondre à une forme en -ellu m le namurois devrait avoir st ami nia, le rouehi stamineau. Or ils ont la forme de l'Ouest. Tour résoudre cette difficulté, il faut admettre que le mot a passé sans changement de l'Est-wallon à l'Ouest, parce que, dans l'Ouest, s/aminé étant isolé de sa famille, c n'y était pas senti comme un suffixe. Le rouehi, lui, a pu transcrire le mot avec une finale -et, parée que, ayant l'habitude bien connue de prononcer -ê ee que le français écrit -et, il a réciproquement écrii -et ce qu'il entendait prononcer -ê. Enfin cette graphie du rouehi explique bien que le français n'ait pas estaminai : il a emprunté la transcription au rouehi ou au picard et il prononce -et bref par analogie. Aucune difficulté par rapport au flamand, que le mot lui vienne du Ilainaut ou du Brabant wallon onde la province de Liège.

11 nous faudrait maintenant le secours de l'archéologie, permettant de confronter le mot avec l'objet. Mais les archéologues ci les folkloristes ont négligé de nous renseigner sur la forme des vieilles salles enfumées des cabarets. Peut-être pourrait-on se documenter dans les anciens tableaux de genre, mais les Brauwer et les Teniers n'ont guère fleuri dans la région wallonne, où précisément il faudrait voir la forme de l'ancien staminé. Faute de ce secours, nous hasarderons une observation sur le point capital. On dit de celui qui fréquente trop ou trop longtemps le cabaret qu'il est un pilier d'estaminet. Pourquoi cette dénomination si l'estaminet n'avait pas de piliers? Cette expression seraitelle formée par analogie sur une autre? Remarquez cependant

n ,|lt de quelqu'un qu'il est un pilier d'église, un piïier l'antichambre, c'esl bien parce que l'église, parce que l'antichambre on1 des piliers. 11 y a comparaison, certes, mais non comparaison avec quelque chose d'inexistant. On ne s'avise pas de dire un pilier de salon ni un pilier de cuisine. Nous croyons donc que l'expression c'est un pilier d'estaminet correspondait à quelque chose de réel, signifiail primitivement : il ne bouge de ami net pas plus nu' un de ses piliers, il est un des supports ou des soutiens de Vestaminet. Nous présumons donc que le staminé étail une s;illr à un ou plusieurs stamons, peut-être en bois à l'origine comme dans l'étable. Cette pièce n'était pas la première salle, où se trouve le comptoir, encombrée de rouliers et de p ts8ants qui boivenl debout. Elle est une annexe, un agrandisse-

ni du débil primitif ajouté plus tard à la maison en faveur d'une

clientèle spéciale. Si on consulte les dictionnaires, l'estaminet est, dans un cabaret, une salle particulière réservée aux fumeurs. « > 1 1 appuie avant tout sur l'idée de tabagie, et l'encyclopédie

Laroussi itienl même un article historique intéressant sur les

premiers estaminets parisiens, qui montre bien qu'il s'agit de salle réservée aux fumeurs. Ce sens ne doit pas être primitif. Nos cabarets de villages n'avaient pas de consommateurs si vite gênés de la fumée, ni des salles en si grand nombre. Il faut plutôt s'attacher à l'idée de salle réservée, salle d'habitués ou de sociétés : ons / tchante et ons î brait. 11 n'était certes pas défendu de fumer dans la pièce commune, mais les clients n'y étaient pas à l'aise pour siroter leur verre, fumer, jouer aux cartes, chanter, causer, tenir leur séance de société artistique ou littéraire, passer la soirée bruyammenl dans l'intimité.

w. furloricos, floricosse.

•'■ , extr. de Villeks, p. 53, inscrit sans autre explication :

furloricos : bon compagnon, homme sans souci ». Le vrai sens

être : homme qui dépense a fonds perdus ». En effet ce mot

itique à un terme assez fréquenl eh toponymie wallonne :

Malmedy, à A.ndrimon1 lez-Verviers, floricots à

iïuy, etc. Or ce mot correspond à Verlorenkost du

.qu'on trouve à Adinkerke, Iloogstraten, Liedekerke,

Chourouf : a Verlorenkost « maisons éparses

ine haut. -m- dominée par un des forts extérieurs

■'■ la Fontaine, Essai et ym. sur les noms

'u.. dans !>ubl. de l'Inst. roy. grand-duc. de

Lux., t. XIV, p. 57). 11 signifie « terrain ingrat, où l'on perd ses peines

Il y a égalemenl des verlorenbrood pain perdu = peine perdue), des uerlorenhoek, verlorenhof en pays flamand : des floriheid, florival, florivaux en pays wallon; mais, si l'on peut a la rigueur accepter pour fLoriheid l'étymologie de verlorenheid parce (pie le second composanl esl germanique, il ne peut en être de même pour florival qui doit signifier val fleuri. J'interprète verloren (perdu) par sans valeur », non par « écarté ■ comme dans le français coin perdu ».

/'/■. grimaud.

Le Dict. gén. n'ose se prononcer sur l'origine de grimaud. [1 suggère toutefois qu'il est peut-être dérivé du radical de grimoire. Mais grimoire n'est qu'une variante dialectale de grammaire, et, vraiment, il faut être complaisant pour accepter qu'il existe une analogie de sens entre grimaud et grammaire.

Le mot grimaud n'est pas isole; il a des dérives, grimaudage, grimauderie ; il a des collatéraux : grime, grimelin, grimeliner, peut-être grimace. Examinons ces mots de plus prés.

Grimaud est défini par Gattel : - écolier des basses classes », parle Dict. gén. : « écolier qui en est aux «déments ». Peut-être le désir de voir grimoire dans grimaud a-t-il conduit à cette idée d'éléments. Mais grime esl défini aussi « petit écolier » dans Gattel, « méchant écolier -dans le Dict. gén. Il y a donc une parente évidente entre ces deux mots, parenté (pie le Dict . gén. résout en disant, contre toute vraisemblance, que grime est tiré de grimaud. On trouve ensuite grimelin. petit garçon (Gattel), petit écolier (Dict. gén.). Voilà donc trois mots évidemment parents, qui tous trois désignent le gavroche du moyen âge. Est-ce en tant qu'écolier? en tant qu'ignorant et rebelle aux éléments? C'est à examiner.

Il ne s'agit certainement pas d'écolier dans le passage suivant, qui est du dialecte lorrain :

D'on p tiot grima u que tient venin su 1ère.

IJACLOT), Les passe-temps lorrains, 1834, 1». 22),

je le traduirais en wallon par : (l'on p'tit gnêgnê.. . Mais grime a aussi le sens de « vieillard comique ». L'idée d'enfant n'est donc pas plus inhérente a ces mots que celle d'écolier.

Cette critique nous dégage les mains. D'abord elle nous permet

. sans désir préconçu de justifier un sens particulier,

imaud e\ grimelin comme des dérivés de grime. Ensuite elle excite à rechercher le sens.

[/adjectif qu'on rencontre le plus souvent accolé à ces mots

.. La première classe des petits grimaulx» dit Rabelais,

il . . .. allez, petit griinaud, barbouilleur de papier !» dit Molière,

Femmes savantes, III, 3; « petits grimelins » dit Tabourot;

moindres grimauds » «lit Boileau, sat. 4- Or ()" sait (llie les termes dont la signification s'oblitère se chargent facilement de la signification des mots qui le déterminent d'ordinaire. Voilà d'où \ ient l'idée de petit, laquelle est à retrancher du mot.

-t dans le germanique grim-, base du mot grimace, qu'il faut aller chercher le sens réel. Lui seul résout toutes les difficultés. Grime désignera la figure mobile ou ravinée, soit de l'enfant, -oit du vieillard, soit de tout autre; grimace sera le nom de ces singeries; grimaud et grimelin désigneront le petit être grimaçant, écolier ou non, mais on comprend que ce soit à l'école, .m le maître d'autrefois exigeait un silence d'autant plus absolu que ses oracles interessaient moins, que les contorsions des enfants détonnaient, étaient sévèrement réprimées et le gamin sévèrement qualifié. Tons les textes précédents s'expliquent aussi bien par ce sens et la filiation devient plus claire.

.l 'écarte pour grimaud, qu'on ne peut isoler des autres termes,

l'idée de I msidérer comme issu du nom propre germanique

Grimaud Grimoald, écrit dans Philippe Mouskès Grimaus (au vers t [90), Grimot (v. it>5()), Grimols (v. 1696), vers où il s'agit du fameux maire du palais de Sigebert II. L'adjectif possède bien leux mêmes éléments que le nom propre : il lui est identique, mais il n'en provient pas.

w. groubié, roubié ; groubiote, groubieûs.

H existe ;i Laroche (Lux.) un adjectif "rouble, auquel correspond an -ml de l'Amblève, a Chevron, roubyi, à Villettes-Bra, ' ri boù est lot roubié d'mohes, le bœuf est tout couvert de •he-.; i-gn-a des crompîres tôt groubié l'terrain, il y a des pommes de terres tout plein le terrain; H têre est co tote groïii nioaye, la terre est encore toute chamarrée de neige. luctions "«■ rendent pas bien l'idée, difficile à traduire. 'm ardennais, cherchant des fraises, s'écrie : i 'nnè bié, il entend par la (pie le sol, par places, en est tout fraisiers se présentent en agglomérats un peu

partout. On ne trouve rien en roman qui paraisse de même origine, rien même qui traduise cette image : couvert et plein sont des pis-aller; grouillant marque un mouvement; varié, bigarré, la couleur; chamarré, marbré, des traînées et des vides. Nous avons donc cherché du côté germanique. Il faut découvrir un mot qui remplisse deux conditions : i° il doit satisfaire l'esprit pour le sens; 2° il doit avoir une racine simple en r- et une forme en gr-, ce qui est possible si g-- représente le préfixe ge-. Or le grand Idiotieon suisse, II, 691, nous fournit grubig = « narbig», c'està-dire grenu, chagriné, dont la surface présente des aspérités. Ce mot doit être un dérivé du nlia. grob, rude, raboteux, non poli au toucher. <>r grob est en aha. et en nilia. gerop. Le dialecte d'Eupen possède encore le snbst. rubbele « Erhôhung auf IIolz », et les adj. rubbeleg, rubbelteg traduits par « uneben, rauhe Flâche ". En Westphalie, on trouve rubbel aspérité, et rnbbelig. Rien donc ne parait s'opposer a ce que groilbié soit un dérive roman de grob.

11 faut y rattacher l'adj. groubieùs, qui est dans Vil lers (Malmedy), et groubiote qui signifie à la fois excroissances, aspérités, grumeaux de farine (sur un Fond de pâte claire, sur un délayage), durcies du sein.

/>•. grouiller, rouiller.

Le phénomène qui vient de nous offrir l'ensemble des variantes

groabié, roubié se retrouvera plusieurs fois en roman. Il peut servir, croyons-nous, à expliquer le franc, grouiller, dont on n'a pas encore d'étymologie satisfaisante. Le Dict. géu., répondant à une vieille opinion qu'on trouve, par ex., dans Genin, Lex. de la langue de Molière, déclare ce mot différent de crouler et le rapproche du provençal groua. Scheler, à la suite de Diez, p. 6o5, invoque l'aha. grubilon, creuser, fouir, ce qui n'est guère satisfaisant au point de vue sémantique. Sans prétendre énoncer le dernier mot sur la question. nous ferons remarquer que Sigart, p. 319, nous donne le verbe rouchi rouiller, rouyer « remuer, frétiller », et le participe-adjectif rouillant, rouyant « remuant, frétillant, indocile ». De même Vermesse, p. 4^0. a le participe roullant « remuant » ( Valenciennes). Le Dict. géu. lui-même a un verbe rouiller 1. ex. comme il rouille les yeux ! Dès lors, au lien de rapprocher grouiller de crouler, il faut le rapprocher de rouiller 1. On peut admettre que grouiller = co-rouiller (co + *rotelliare).

Poul. co réduil à c, cf. cracher, w. rètchi (')• Pour c devenant g, ,.L reine-Claude, grotte, grotesque, graisse, grappe, gratter, griblette, gril, grincer, groseille, glaire, glas, glisser (?), glui. Dans le même ordre d'idées, voyez encore en rouchi (Sigart, p. 319) royer gronder, gargouiller, que je rapproche de grouyer, même significal i<>n.

harkê, gaumais harke, harcot; w. coûbe.

Hàrkê esl un mol qui a toujours intrigué les Wallons. Ils n'en savent pas l'origine e1 ils sont embarrassés pour le traduire en français. Ils liésitenl entre palanche, joug à porteur, porte-seaux, courge, cerceau, gorge (-), etc., faute de connaître la valeur exacte de ces mots français. 11 faudra doue commencer par des définitions.

L'instrument appelé en liégeois-verviétois hàrkê, en ardennais hàrkê, esl une pire- en bois, élargie et évidée an centre de façon .1 s'emboîter autour de la nuque, reposant de part et d'autre sur les épaules el les dépassant un peu en longueur. Aux extrémités sont attachées des cordes ou des chaînettes terminées à hauteur des genoux «lu porteur par un crochet. On suspendu ces crochets, à droite el à gauche, les fardeaux à porter, deux fardeaux bien équilibrés, ordinairement deux seaux ou deux paniers. Le meilleur hârkê esl celui qui s'adapte le mieux aux épaules sans les blesser, comme une bonne selle doit s'adapter parfaitement au corps du '•hc val. Il n'a pas seulement la qualité de diviser la charge et d'en faire supporter le poids au centre du corps; il tient encore à distance des hanches el des cuisses les fardeaux gênants, par exemple deux seaux remplis d'eau. Pour le rendre moins eneombranl à transporter quand il n'est pas sur les épaules, il est parfois partagé en deux parties égales qu'on peut replier l'une sur l'autre aide d'une charnière en fer. Division et charnière tombent donc au milieu de la niupie.

Cette description correspond au mot français (dialectal) gorge, qu'on trouve dans le Dictionnaire analogique de Boissière. Dans égion française au sud du Hainaut, on appelle souvent cet iiistiu . cm un porte-seaux.

e étude plus récente sur les préfixes co-etca-, insérée cisur cracher, v. p. 236; sur crouler, p. 287.

I pas une altération par étymologie populaire de 1 4 1 « > ) devenu courget En effet, l'instrument s'applique Bur la nuque (derrière) et non sur la gorge (devant).

Le français palanche a un autre sens. Il désigne nne pièce de l>oi- qui se place sur une épaule et perpendiculairenient à l'axe des épaules. Ici «loue plus d'échancrure pour le cou ; il y a seulement une entaille a chaque extrémité. Le but esl bien aussi de portci' Me- -e.uix et de- panier-, mais l'avantage de cet instrument est de permettre au porteur de cheminer avec son double fardeau dan- de- sentiers étroits, souvent niontueux.au milieu des buissons. Au--! les Lrdennais en font-ils bon usage. Ils l'appellent coùbe d'ein.i. du latin classique curva devenu en latin populaire curba. En effet, la pièce est infléchie en are. -oit a dessein, soit -mi- l'action des fardeaux. J'ai recueilli ces renseignements et examine l'objet a la gare de Gendron-Celle, ligne de la la — . Au reste, le français emploie aussi le mot courge, qui a la même origine {curbia. Voy. le Dicl. g'én.) (*).

Ce qu'on appelle eu français cerceau est un cercle de bois dans lequel entre le porteur et qui esl maintenu a la hauteur des cuisses par des courroies attachées aux épaules. 11 est destine a tenir écartés des jambes les -eaux remplis que le porteur transporte.

Le -eus et la synonymie étanl élucidés, quelle est maintenant l'origine du mot hârkê1 II ne faut pas se laisser entraîner aux propositions de Grandgagnagr, qu'il déclare lui-même peu probables au point de \ ue «le la | de met i ( pie. Pour restreindre l'aire de nos recherches, constatons d'abord que la finale ê doit être le suffixe -ellum. Cela nous permet de restituer un primitif wallon qui a dû être hark en forme masculine et harke en forme féminine. De fait, harke, f., existe en gaumais avec le sens de démêloir, et harcot y désigne uu râteau à dents de fer; mais la différence de sens ne nous permet pas d'affirmer de prime abord l'identité des mots.

De ce que le h de hârkê subsist e en pays ardennais, il est prouvé qu'il ne provient pas de se- comme dans hume : chaîne, du latin scammum; il est bien le // aspiré d'origine germanique.

Harke, t., en allemand du nord, signifie râteau. Ce sens parait très éloigné de celui (pie nous nous attendrions a trouver. Mais. si on se 1-appelle qu'en Hesbaye une sorte de râteau se nomme fotche (furca), on en conclura que ce qui a été dénommé à l'origine dans ledit instrument, ce n'est pas du tout la partie pourvue

(!) lie mot coûbe a été retrouve depuis dans GGGG., I. $4— sous la forme coupe, et, avec un autre sens (manivelle coudée . dans BORMANS, Voc. des houilleurs liégeois.

t8 | ,. râteau à retourner le foin n'est souvent qu'un bois l,u | ),. |e premier sens de hârkê paraît si bien être « fourche, . fourchu ■ que Gggg. a proposé l'anc.-h.-all. liacco (croc, fourche) e( le lat. furca comme étymons. En latin aussi, furca ,,,. „,, bois ù deux manches pour porter des fardeaux sur le comme il appert d'un dessin de la Colonne Trajane; le porteur un furcifer. Le horcado espagnol (lat. furcatum) a la forme (1 nI11. fourche on d'un râteau. Enfin Gggg. a lui-même note un dérivé hârkêye, qu'il écril horkeie, signifiant « fourche pour appuyer la carabine . En raison de ces analogies,il n'est donc pas étonnant que le même mol wallon signifie : i" joug qu'on met au cou d'un animal (vache, porc) pour l'empêcher de traverser une hnie, (synonyme lamé, billot); 2° gorge ou porte-seaux (')• H est probable que la forme actuelle du hârkê est le résultat d'un peronnemenl : à l'origine, ce pouvait être simplement un bois fourchu, disposé sur les épaules de façon que la partie simple fût derrière, les deux branches enserrant le cou et se dirigeant plus ou moins obliquemenl de manière à pouvoir être soutenus par les mains. Quoi qu'il en soit «les détails de cette filiation, nous ne «louions pas que hârkê soit un diminutif delà racine hark germanique.

w. mâvi.

gg. donne un mâvi 2 {èsse muni = être mort), où il suppose

que ce mol est le même que mâvi merle. Esse màvi serait un jeu

de mol provenant de la ressemblance entre mâvi merle et ma vike

1 vit mal. A notre avis, mâvi vient simplement de maie oiiws,

formé avec la demi-négation maie comme le lr. maussade, maus-

. maupiteux, le \\ . mâssaive, mâssi, màhaitî et monsain

Dasnoj -"<7 . qui est pour maussain. Le jeu de mot, dont je ne nie

stence, car c'est probablement lui qui a sauvé l'expression,

donc que subséquenl et suggéré par étymologie populaire. —

.l'expliquerais de même le paysan mauvi&e Sigart, p. 230, qui me

gnifier paysan misérable, et non grossier.

w. mèsblotch; mèsplègi ; mesbrudjî.

connaissons on dialecte de Laroche (Lux.) un adj. mes- ■ I caduc, estropié, en parlant d'une personne. On

- dit qu'à Viesville (Hainaut) goria siguifie «le même •- -'■' a gorge oii porte-seaux, liég. hârkê. De es M. A. Maréchal.

retrouve ce mot en patois gaumais sous la forme mèploch (tch ?) que Liégeois, Lex., définit par « perclus, privé momentanément de l'usage d'un membre, par ext. maladroit de ses mains ». D'autre part, Gggg., II, 110, a noté le namurois mèsplègî (fy?) « cassé par l'âge ou le travail ». Cette forme nous amène au verviétois mèsbrufyi, cumèsbrufyi , liégeois mèsbrutyi , namurois mêsbri//i, (pii signifie mutilé, éreinté, perclus, impotent, cassé, etc., d'après Forir: mutiler, rompre, d'après Pirsoul. Ces mots, que la sémantique rapproche si bien, sont-ils de même origine?

Pour partir de ce qui semble le moins contestable, la première série de formes paraît contenir le préfixe péjoratif germ. misz-, en pays rhénan mesz, et le participe de l'allemand dialectal blotsclte, usité à Aix-la-Chapelle, à Eupen, blôtschen, en Suisse, meurtrir, froisser, écraser. Le Wôrt. <k>r Eupener Sprache traduit le subst. Blôtsch par Beule, bosse, au sens de bosse concave « eingedriickte Stelle an Gegenstânden ». et le rapproche du fr. blet.

Mèsbrud/î parait bien formé du même mesz et d'un verbe à déterminer. Ce verbe ne peut être le fr. briser, qui serait en wall. brihi, ni le germ. brikan, qui a donné le fr. broyer, le wall. broyi. La finale -tji correspond a une forme fr. en -gier, -ger. Or Carpentier, dans Du Cange, cite des exemples d'un verbe bruger, qui signifie pousser, heurter, d'origine inconnue. Godefroy donne la forme bnrger, qui correspondrait au \y. (mes)burfyi, que M. liaust m'assure avoir noté de auditu. Voilà ce que nous avons pu trouver de mieux.

Quant à mèplègî , nous ne pouvons accepter l'étymologie de Gggg. Son a mèsplégié, mal cautionné » est aussi séduisant au point de vue phonétique qu'il paraît éloigné sous le rapport du sens. Nous croyons qu'il appartient soit à la première série de nos formes, soit à la dernière, mais il faut attendre d'autres variantes dialectales pour décider.

w. napê, napion, nawê, canawê, carnawê. cârpê, cârpion.

Tous ces mots signifient gamin, espiègle. On m'a donné le second comme venant du grec vy'-*.ov ! En réalité napè et napion ont bien l'air d'être des diminutifs du germ. knabe, garçon, qui aurait perdu le k parce que le groupe kn est inconnu en roman. La Wallonie prussienne, moins rebelle aux groupes de consonnes germaniques, a le mot knab, noté par J. Bastix dans son Vocab, de Faymonville, p. 44 (Bull, de la Soc. de Litt. wall., t. 5o, p. 576). — J'attribue la même origine à nawê, gamin, qu'on pourrait

dentique à nawê, ooyau, s'il n'y avait pas la forme paralanawè, notée par Detrixhë à Stavelot. Nawê doit être une ,,,,.,,,,. réduite par suppression du A- du dialectal knave, knafe, et canawê une forme amplifiée par insertion d'une voyelle entre A" et n comme dans le français canif. — On trouve aussi carnapê, Bull., i. ;.., p. [21, (du l>' Martin Lejeune, Dison), à plus forte raison devrail on trouver canapé. Ce carnapê doit être le produit d'une contamination entre <-;irpc et napè qui signifient tous deux gamin. Cependant il n'y a point de rapport étymologique entre ces deux

mots, car les lermes rurpr (GGGG. roi, LiOBET, 27 1) et cârpioil

Diikimii, Stavelot) sont des diminutifs qui ne désignent le

gavroche espiègle el remuant que par comparaison avec le « car-

pilloil

w. porsome.

\ oici un vieux mot que nous n'avons trouvé que- dans la région de Stoumont-Malmedy et dont la forme elle-même est devenue très douteuse. Nous avons entendu à Stoumont : nu mètoz nin uosse nrrc sol porsome (lui tâve, ne mettez pas votre verre « sur le bord > de la table. A Trois-Ponts, à Mont-de-Fosse, on dit porsome ou forsome. A Stavelot, èsse so /' foi-son signifie être sur le bord, être dans une position douteuse ou hasardeuse. Nous croyons avoir retrouve le mot dans la Chronique de Philippe Mouskès :

vers 877 : Toutes mes gens et tôt mi orne M'ont relenqui à la parsoume.

Heiffenberg, en note, traduit par : à la fin.

3 25n : A la persome de.... Traduction : afin de. vers 642g : Jusqu'à sum.... Traduction : jusqu'au bout (*).

Mouskès nous donne ainsi le mot simple, sum, qui est le latin

summum au -eus de extrémité ("-); et persome, parsoume sera

donc, s,, us une forme féminine, la toute dernière extrémité. On

disait .■/ la parsoume comme à la parfin. 11 ne semble pas téméraire

■ le conclure à un masculin wallon porson, dont forson serait une

me corrompue, el à un féminin wallon porsome, dont forsome

fait une forme corrompue. A moins qu'on ne songe à des dou-

l'un composé avec per; l'autre avec for (foris), tel qu'on le

emenl : en soin le tertre, par soin l'aube (G. Bourg. 1281). ■ I. 119; III, 137. — Godefroy, sometparsome.

trouve dans les verbes for pou g ni, formagnî, fordiner et cent autres, dans les substantifs ou adjectifs forfant, forpâl (fém., ard., talon du jeu, de foris — partem), forsôlé. Mais, s'il faut choisir entre les deux solutions, je fournirai encore en laveur de la première les doublets forboûre, porboûre (Rem.1), /br-bouillir.

Pràyon, proyê, etc.

C'est le nom d'un hameau de la commune de Forêt lez-Chaudfontaine, province de Lieue. Dans l'orthographe officielle : Prayon, dans la prononciation locale : Prâyon ou Pràyon, dans les chai tes Prailhon. Le sens de ce nom ressorl bien du passage suivant de rji "> : « dedi monasterio Belli fageti (= Beaufays) silvam meam que dicitur Bellum fagetum, sicul adjacel a domo predicti monasterii usque ad prata que dicuntur prailhon. Miraeus, IL ^4 \. Le dit prailhon, au sens restreint du mot, devait être un pré le long de la Vesdre. Le suffixe -on avait sans doute en ce cas un sens dépréciatif : quelque chose qui ressemble a un pré.

Pratum et ses dérivés ont fourni beaucoup de noms à notre toponymie. Le neutre pratellum se retrouve dans préa u (comm. de ET.arcb.ies, de Willemau, en Hainaut), Préal (connu, de Liège), Proyê (En si val), Préaix a Floriheid (Malmedy). Le plur. neutre pratella se retrouve dans Préalle [comm. de Comblain, de Hollogne-aux-Pierres, prov. de Liège), Prayale 'Mous lez-Liège); avec contraction de voyelles dans Praile (Nalinnes, H"; Seilles, Ls«), Praille (Laissant. 11). Prudes (Rozée, X'), les Pralettes (Leuzedez-Dhuy, X'), Prêle (Tarcienne, X1 1, Prelle (Flamierge, Lux.), Presles (comm. du H'i, Praule Ham-sur-Sambre, X'.i. Presles est l'endroit où le patriotisme des archéologues belges a voulu localiser la bataille de César contre les X'erviens : on a cru que ce mot venait de praeliuml et, seconde énormité, on a cru qu'un lieu pouvait s'appeler « combat » ou a bataille » ! C'est pourquoi tout Belge qui a passé par l'école primaire connaît la célèbre bataille de Presles! Sic vos non vobis... agmina fertis, agri.

w. qwaqwa.

Ce mot est usité en verviétois, exemple, t>o/a /' qwaqwa, voilà l'affaire, le dessous de l'affaire, le fin mot, le pot aux roses; en liégeois, on d' hovra V qwaqwa, on découvrit le pot aux roses; en namurois : exemple donné par Grandgagnage, I, 145, i-ny-a do (jwatjwa, il y a anguille sous roche. Grandgagnage écrit quaqua,

selon sa coutume, mais il faut lire qwaqwa. On prononce de même en ardennais Deux formes dissidentes n'apportent aucun éclaircissement : j'ai trouvé quaka (à lire qwaka) dans une pas- , mille wallonne <lu xvna siècle que publiera prochainement M. Guillaume Eiennen, et caqua (à lire caqwa) dans les extraits de Villers faits par < ;<.<■«..

Le Bens précis et l'origine de ce mot ne me sont apparus qu'avec iinr troisième variante, en lisant dans le Dict.wall. manuscrit de Detrixbe la forme usitée à Stavelot. Detrixhe écrit a c'ès V kakiuet et tiatluit < le hic ». Nous ne doutons pas qu'il ne l'aille interpréter l'expression par c'est /' cas qwè, littéralement « c'est le cas quoi ». Mais cette étrange tournure a besoin d'être justifiée.

On dit aus-i eu \ervietois : c'est V cas po qwè, vola V cas po <jwè. on disail «le même jadis en français : « la raison pourquoi, le sujel pourquoi... ». Au point de vue de la syntaxe, li cas po qwè D'à guère besoin d'explication, mais U cas qwè en a besoin. Nous ne voulons pas du tout insinuer que le second provient du premier. 11 doit y avoir eu là contamination de deux tournures : tji v va dire qwè, < fi v' va dire li cas auront été combinés en une seule phrase. Ce qui corrobore cette explication, c'est que qwè a bien la forme tonique de l'interrogatif et non la l'orme atone du relatif. I omparez la différence entre pour quoi et pour que en français, po qwè ei po qui en wallon.

Quant a la forme, si cas-qwè, cas-qwa ne sont pas restés bien

distincts, c'est parce que la prononciation cas-qwa de certaines

régions a créé, chez ceux qui ne comprenaient plus cet étrange

ri asm e, une confusion entre les deux syllabes : de MK/waka et

qwaqwa.

Singote.

Il y a dans le Voc. (te Faymoiwille de M. l'abbé Bastin un

article ainsi libellé : « singote! excl. À votre santé! je —, boire

;i la -ante île 1)1111. ». (Quelqu'un m'a demandé si ce mot signifiait

-ans goutte, boire sans laisser tomber une goutte », ou encore

gouttes ». Xi l'un ni l'autre. Il paraît évident que cette

ition est un souhait emprunté a l'allemand, un segneGott,

qu'on prononce en levant son verre. Segnen vient

çnare au sens religieux de « faire le signe de la croix ».

w. sîr (*).

I. Voici un mot énigniatique, qui n'est renseigné dans aucun dictionnaire. Nous l'avons trouvé employé dans un certain nombre d'expressions qu'il sera bon d'énumérer.

Ci n'est qu' sîr boton (ou botons?) so /' rôsî, on ne voit que boutons sur le rosier (Jupille).

Çu n'èsteût qu'on sîr boton (Verviers).

Çu n'èsteût qu'ô seur botô (Hervé .

Ci n'est qu' sîr-è-botons (Henri Simon ).

Çu n'est qu' sîr galon (ou galonsT), son habit est tout galonné, ce n'est qu'un galon i Verviers).

Mu stoumac' n'èsteût qu'one sîre plâye, ma poitrine n'était qu'une plaie (Concours du Tout-Veroiers, chanson intitulée Soterêyé).

I fait clér, çu n'est qu'one sire suteûle, on ne voit qu'une seule et même étoile ( Verviers).

Ci n'est qu'ine sire nîoaye, on ne voit que neige partout, c'est une plaine de muge (Liers, Verviers).

Ci n'est qu'ine sîre fleur, ine sîre peiïre, on ne voit que des fleurs, que des poires sur l'arbre (Liège).

Auâ I' oinave ci n'est qui sir drapeaus, dans le quartier, ce n'est que drapeaux partout (V. Carpentier, Toutou V macrale, p. 19).

Et tôt auâ nosse rowe ci n'est qu' cires tchèrètes, (Vrindts, Pâhules rimes, 11 4)-

Çu n'est <{ii' sir him-ham.es, on n'a (pie des embarras (Verviers, Henri Raxhon).

L'èfant a /' tièsseplêne du hèyes, çu n'est qu'on sir hèyis', l'entant a la tète pleine de pellicules, c'est une pure desquammation (Verviers).

la s' pantalon qui n'èsteût (ju'ô sir pleû, n'était qu'un pli Verviers).

Esse sir bocâ} avoir des habits en lambeaux, criblés de déchirures (Ch. Gothier, Ijoisirs d'un Liégeois).

On dit aussi a sîr (boton, etc.). Le dictionnaire manuscrit de Dethier donne même en un seul mot acire, ado., suivi d'un mot malheureusement illisible.

(l) Cet article, paru dans le Bull, du Dict. toall. (190G) a pu être augmenté ici grâce à des exemples nouveaux recueillis personnellement ou communiqués par MM. Al pli. Maréchal, Fréson (instituteur à Glons). Charles Havet (Grivegnée).

Peut-être y a-t-il aussi dans le Dict. étym. de Gggg, quelque oliose qui se rapporte à ce mol : i" On y trouve, II, 364, un s ires /avani du dialecte inalmédieu, interprété provisoirement par « si et si avant . el qui signifie en bloc « tout autant, aussi copieusement, ni plus ni moins »; 2° Au t. II, p. 568, v° commines, l'auteur note un passage d'une charte de i534 : « cire weaze, waranee, crapes el commines pareilles » Plus loin, p. 6^, Scheler, dans une note au mot weaze, traduit ce mot par le wallon wais', français iruesde, guède, el propose de séparer par une virgule cire et weaze. Il fail donc, sans le «lire explicitement, de cire le premier terme de l'énumératiou el un nom de marchandise comme les suivants.

Tels sont les éléments recueillis sur la question. Ils sont obscurs ou contradictoires. On ne peut même établir d'emblée par eux si le mol sir est substantif, adjectif ou adverbe.

II. Plusieurs personnes m'ont certifié que c'est le mot cîr = ciel qu'elles voient dans cette expression. Certains exemples paraissent leur donner raison : « On in poléve bin dire qui Vamour — N'èsteût qu' cîr et caresses (Chanson liég., de Joseph Mi dard). L'auteur, influencé par une interprétation populaire, a pu voir ici ciel et caresses dans une expression qui signifie pures caresses, rien que caresses.

In autre correspondant, très affirmatif,nous écrit que, à Glons,

le mot en question es1 (//•signifiant ciel; qu'il ne s'emploie que

dans l'expression : ce n'est que....; qu'il est toujours suivi de

la particule è ; (pie l'on n'emploie pas l'article devant le mot cîr.

Il orthographie et traduit ses exemples ainsi : ci n'est qu' cir-è-

botons (ciel et boutons), ... cir-è-galons (ciel et galons), ... cfr-è-

niuaye (ciel et neige), ... cîr-è-fleurs (ciel et fleurs), ... cir-è-peùres

eiel et poires), ... cîr-è-drapeaus (ciel et drapeaux). Il insère même

des remarques explicatives ingénieuses : « Pour signifier qu'il y

a abondance de boutons, on l'ait abstraction de tous autres objets,

*'' l'on ne voit «pie le ciel et les boutons ». « On n'a pas le véritable

•mploi du mot cir dans ci n'est qu' cir-è-galons so si stoumac; les

res exemples indiquent mieux et suffisamment, je pense, l'usage

ici de ce mot ». Là-dessus l'auteur nous laisse libre de

yraologie, sur laquelle il se défend d'exercer aucune

nte. comme si le problème étymologique était sans rapport

■ problème semant i. pie, ! Disons à notre correspondant

ous exemples coulés dans le même moule et qu'il se

ication en écartant tel exemple qui h; gène. Tous les

i pas un particulier admirant le nez en l'air des

fleurs de pommiers, des boutons on des fruits avec le ciel comme fond. Il ne s'avise pas non plus qu'on pourrait considérer cirés comme un adjectif au féminin pluriel. 11 ne sait pas que cîr existe sans è final et avec l'article. L'explication doit embrasser tous ces cas.

Ce n'est pas à Glons seul qu'on voit le ciel dans ces expressions. On l'y voit aussi ailleurs, niais sous l'orme de comparaison. On a le sentiment ou l'illusion qu'on a affaire à un nom composé, cîr-nivaye par exemple, et qu'il y a comparaison de l'objet avec un ciel chamarré ou étoile

D'abord de quelle nature serait la composition cir-boton, cîrgalon, cîr-nîvayel [mpossible de songera un type roman comme hôtel-Dien, puisque l'article s'accorde avec le second terme : ine cire-nîuaye. S'il y a composition, elle doil être de type germanique. Mais, outre qu'on ne trouve pas himmel en allemand dans des expressions analogues, il nous semble (pie ciel-bouton, ciel-galon, ciel-ptaie, ciel-neige i bouton, galon, plaie, neige en chamarrure, comme un ciel ), si séduisante que l'explication paraisse, ne sont pas conformes aux rapports qui peuvent unir un substantif déterminant à un substantif déterminé. En allemand, la comparaison se rencontre bien quand le déterminé est un adjectif (himmelblau, himmelhoch, himmelschôn), mais là-même le rapport est infiniment plus simple.

Pour tout espi'it non prévenu, dans ine sire nîoaye, sir est adjectif. Evidemment il se pourrait que, au lieu d'être primitif, cet accord de l'article avec le dernier terme fut analogique. Mais c'est bien peu vraisemblable, et la présence de l'article féminin milite contre l'hypothèse de cîr substantif et signifiant ciel (1).

Enfin nous voyons qu'à Hervé sir prend la forme seùr, ce qui n'arrive pas à cîr = ciel.

J'en conclus que l'explication par ciel est simplement d'étymologie populaire, ("est par cette influence de l'étymologie prétendue que sirès, légitime au féminin pluriel, a passé au masculin (sirès fleurs, sirès botons).

III. Dans tous les exemples, sir s'explique au mieux comme adjectif, avec le sens de « pur » pris dans sa signification quantitative de « entier, au complet, sans restriction », comme dans (( pure bonté, pure nature, une pure sottise ». Ainsi compris, on

(') Il faut écarter, pour la même raison syntaxique, tout rapprochement avec l'ancien français serre = série.

,/,,,, 6H\ un bouton d'un l)oui à l'autre»; ou ne distingue pas plusieurs boutons de fleurs sur l'arbre, il n'y en a qu'un seul, immense. Ine sire nîuaye signifie c< neige partout » : la campagne ,.s, pleine de ueige. Èsse sir bocâ, o'esl être, quant à ses habits, un unique trou, avoir ses habits à claire-voie à cause du nombre des déchirures «'i des lambeaux qui pendent. L'étymologie populaire ne manque pas de voir le ciel an travers de ce bocâ, mais R»e8l bien ;i condition de uc pas analyser de trop près l'étrange expression << ê1 re ciel-trou ».

Dans cette hypothèse, les deux expressions relevées dans Gggg. 8'expliquenl aussi beaucoup mieux que par les conjectures de

(ll oi .!«• Scheler. Sir ci si ;u>;mi signifie «purement et si

avant » : il y aurait passage du sens adjectival au sens adverbial, comme dans bel ci bien. Cire weaze signifiera « pure guède », et non •■ cire, guède », la cire n'ayanl d'ailleurs rien à l'aire dans cette énumération de plantes tinctoriales.

IV. Quelle sérail l'origine de notre adjectif? Rien dans les langues romanes ne lui semble apparenté. Nous avons bien trouvé dans GooKFiun un adjectif seri, au sens de « bien fourni, bien muni " ('). niais (pie l'aire d'un mot isolé, sans famille, aussi énigma tique que celui qui nous préoccupe? 11 ne peut servir à nous éclairer. Au reste, le l'ait que notre sir ne se rencontre pas dans I.' Sud wallon et n'existe qu'à la frontière linguistique, fait supposer une étymologie germanique.

Or r l'allemand nous offre zier, zierde, le flamand sier, ornement. De la zierpuppe, mijaurée? zieraffe, singe d'apparat, fat; nier plant plante d'ornement. Ce sens paraît un peu grêle et trop particulier pour expliquer le terme wallon dans tous les exemples précités.

: Il y a l'ancien adjectif allemand scr, flamand zeei\ Autrefois

sêr signifiait douloureux, cuisant, schmerzlich. C'est ce mot qu'on

habitué a employer dans le sens quantitatif de heftig, et qui

• •n allemand moderne n'a plus qu'un emploi adverbial sous la

■ .se///'. Mais le flamand zeer, qui est resté adjectif, a conservé

l'étendue de sens du .scr ancien.

0 M y a l'adjectif schier, que les dictionnaires allemands

luenl par k 1 a r, lauter, hell, rein, unvermischt, glat t,

ii était en gothique skeirs et qui est en anglais shecr.

hordement ci de proece, — d'umilitei ci «le larguece »

éll. l'vl.ll-ll.NHKltOj.

Dans la vieille langue, es ist schier Gold signifie : c'est pur or, rien que de l'or.

On voit que ce mot schier est eelui qui cadre le mieux avec notre sir au point de vue du sens Aussi avons nous reçu maintes observations (') à ce sujet, parce que nous nous étions arrêtés à sehr dans la première rédaction de cet article, ("est que le passage de sch a .s ne nous semblait pas bien établi. Outre cette difficulté phonétique, nous avions découvert dans Philippe Mouskès, Chroniques, vers i>462ô, édition Reiffenberg, un passage où nous croyions retrouver sire = sehr : « il desist k'il estoit lor sire, mais il le noioit bien el sire ». Dans le dialecte de Mouskès, que je ne puis pas appeler de l'ancien tournaisien, mais qui contient des expressions du Nord roman, il existe donc un sire adverbe qui sert à renforcer bien comme dans l'expression bel et bien. Nous l'avions assimilé à sehr en lui donnant le -eus de fortement; mais on peut encore l'assimiler à un autre schier, adverbe allemand qui signifie bald, sogleicb, schnell, beinahe(2). Comme l'expression citée peut signifier aussi logiquement « bien et vite » que « bien et fort •■, la solution doit rester indéterminée entre ces deux étymologies en attendant de nouveaux faits. Si maintenant nous considérons l'adjectif wallon sir comme dégagé de l'anc. -franc, bien et sire, son cas dépend uniquement d'une question de phonétique, a savoir ce (pic devient en wallon le sch initial allemand suivi d'une voyelle.

Tout wallonisant sait que sk germanique, qui devient plus tard sc/i,esl traité en wallon comme se latin issu de exs-,exc-, esc-, etc. : il devient h en Nord-wallon, ch en Sud-wallon, // mi-mouillé en Wallonie prussienne. Forcé de nous rabattre sur les exceptions, nous ne trouvons que le malmédien sêrmouze, recueilli par Grandgagnage II, 3V et .'->4<>, alors que le dialecte d'Aix-la-Chapelle dit schermull. Mais l'exemple est bien pauvre, car Verviers dit charmante et l'Ouest scàrmoye. On ne peut faire état de la transformation inverse, visible dans choucroute = sauer kraut, — où d'ailleurs le verviélois prononce sour croûte, — ni des variantes chaton : satou (Gggg.II, 342), sire: bonne chère (Gggg. LI, 364), chopine : sopène, chignon : signon où l'allemand n'est pas intéressé. On ne peut faire entrer ici en ligne de compte les cas 011 le sch allemand est suivi d'une consonne: /, n, w, /, car là les patois

(l) De MM. Paul Seharff, R. P. Grignard, Jean Haust. (2J Eunéerl. schier. presque.

germaniques voisins de notre région on1 déjà réduit sch à s : sùster : schwester, snelle : schnell, snuffen : schnuffen, wall. xnoufer. L'allemand prononce schtudiren en face du wallon stûdî, maie là c'esl l'allemand qui a emprunté an roman. Bref, pour identifier le wallon sir à l'adjectif allemand schier, nous n'avons jusqu'ici qu'une étonnante concordance de signification.

Faisons cependanl une dernière tentative. Peut-être le sch de ce mol était-il déjà devenu s dans la zone germanique voisine du wallon. Nous n'avons recueilli aucune preuve directe pour le schier de schier Gold, mais la note de M. Scharff m'avertit «pu; schier schnell se dit sir à Eehternack, et le petit dictionnaire d'Eupen (p. t83) me fournit de même sir non seulement comme représentant de scAr, mais aussi comme représentant de l'adverbe schier, si j'en crois les deux traductions : sehr, schnell. Voilà du moins mimencement de preuve.

w. solo.

Faut-il écrire solo ou solot (soleil)? La question d'orthographe, incline en soi. repose comme toujours sur une question d'étymoqui mérite l'examen. 11 s'agit doue de découvrir quel est le suffixe caché dans l'o final de solo.

D'ordinaire on y voit le suffixe diminutif -ot, et on est même parti de la récemment pour créer le verbe soloter. Cette opinion repose sur une observation bien simple : que la valeur de -o final correspond souvent a -ot du français. On n'a pas recherché si -o ne pouvait avoir une autre provenance, comme dos, gros, tjofyo, / fino. Un supplément d'examen paraît donc nécessaire.

Dans l'état actuel de nos patois, le nom du soleil est exprimé au moyen d'un diminutif. En effet le borain salau, le namurois so//a, l'ardennais sole représentent solellum, le rouchi solèy et le français soleil représentent solîculum. On peut inférer de là que c'esl bien un suffixe diminutif également qu'on trouve dans sole, forme usitée a Gueuzaine (Prusse wallonne), dans le gaumais s'io, le liégeois et le cambrésien solo. Mais il reste toujours à examiner si ce suffixe est nécessairement identique au français -ot. Consultons sur ee point les textes en ancien wallon et ancien ain. On trouve dans Job, 3oi, 10 la l'orme soloilh : « et ourons /. 'le nostre pense as rai/, del urai soloilh », dans le Dialoge Grégoire soloi Ih et soleilh : 129, 21. « Etquant li hom i\eu dfeiz cl mult chaut soloilh »; io3, 23 : « alsi com colhiz rai del soleilh ». Dans les Sermons de carême en dialecte

wallon du XIIIe siècle, publiés par Emmanuel Pasqubt, on trouve sololh au cas régime (p. 47). et dans la même page on rencontre deux fois comme cas sujet soles (lisez sol es). L'auteur avertit en note pour le premier exemple que l'état de l'écriture permet de lire sol os.

Soles ou solos, il n'importe d'ailleurs; ce ne sont là que les formes solelh ci sololh augmentées de Vs du cas sujet, devant Laquelle disparaît la consonne finale, ici / mouillée. On sait que e fermé tonique suivi dey/, ly aboutit a -cil, -oil suivant les régions. Le suffixe -/cul uni suffit donc à expliquer les formes précitées.

Le wallon moderne solo, sole peut provenir du cas sujet, ou de soloy, solèy ayant perdu la palatale. Le y final en effet disparaît en wallon dans les mots de suffixe -cul uni, -lium : crama, traua, cina, pion, vèrou, fyino, doù, tchivroû, mifou; il en est de même de oculum (œil) dans certains cantons.

De la il résulte L° que solo, sole ont leur ancêtre présentable, chose qui n'existe pas pour solot, solèt; 2° que l'on est dispensé de supposer l'existence, dans un étroit espace, de nombreux diminutifs du latin solem .

w. winre.

Winre, wêre est un mot de la région bervienne employé seulement dans deux expressions : i" mule winre, vaguement défini par un correspondant comme étant un temps « vif », un temps <( malsain », synonyme de mule mane (mauvais brouillard) ; '2" braire maie winre, voir tout en noir, annoncer de mauvaises nouvelles. S'agit-il de bise ou de brouillard, de vent, d'un temps gris et lourd, on ne sait. Cependant, comme on ne parle jamais de bonne winre ni de winre de telle ou telle direction, il faut écarter l'idée de vent, bise, temps clair.

Cherchons d'autre part quelque indication dans l'aire d'emploi du mot. 11 est usité ou connu, nous dit le I)1 Randaxhe, à Saint- André, Mortier, Julémont, W'arsage, Mortroux, Charneux, Aubel; inconnu à Clermoiit-sur-Berwinne et à Thimister. C'est donc un terme de la frontière linguistique et il est légitime de conjecturer que nous avons affaire ici à un de ces mots qui enjambent la limite des langues et qui sont bien reçus soit à cause de leur forme, ou de leur couleur pittoresque, ou de leur imprécision même, ou qui s'imposent à l'attention par le fréquent emploi qu'en fait le voisin flamand.

I ne Fois orienté vers ce côté, on trouve tout de suite weev, le t <-in [ ->. pour weder (allemand wetter). Alors on s'explique pourquoi le ."-«mis du mol n'est pas plus précis dans l'esprit du paysan aubelois. 11 n pris un sens péjoratif par sou contact avec l'adjectif nuVe, mauvaise, el il est resté figé dans cette seule expression.

Page 1