Introduction
J'entreprends de rééditer au point de vue linguistique la pasquille wallonne sur l'aventure du cliat volant de Verviers.
Elle a été publiée jadis, mais uniquement comme curiosité historique, par M. Jules Matthieu, bibliothécaire de la Ville de Verviers, dans un journal verviétois, la Feuille du Dimanche, en 1880 (*). M. Armand Weher, dans le Jour, en 1894. a reproduit le texte de Matthieu en appendice d'un article intitulé Un apothicaire verviétois nu XVIIe siècle et le fumeux chut volant (3).
On a le texte manuscrit dont s'est servi J. Matthieu : il appartient à la Bibliothèque de Verviers. On peut donc contrôler le travail de l'éditeur. La version imprimée m'avait toujours semblé très infidèle : non seulement beaucoup de locutions n'étaient pas conformes au patois d'aujourd'hui, mais encore elles ne pouvaient pas avoir existé autrefois. Mis en présence de la vieille copie, qui est du xvme siècle, je m'aperçus (pie Matthieu avait ajouté beaucoup de fautes à son original en voulant l'interpréter et en corriger les fantaisies graphiques.
C'était immanquable. Le regretté Jules Matthieu était liégeois et les particularités du dialecte de Verviers lui échappaient en grande partie. Bon historien, agréable conteur, il n'était pas assez linguiste pour distinguer où et surtout comment il devait corriger les graphies fantaisistes de l'original.
Ainsi, partout où le texte (M) présentait set (lisez ces au sens du
(') A paru dans le Bulletin de la Société veruiétoise d'Archéologie et d'Histoire, t. xi. J'ai utilisé des notes critiques de M. Ilaust pour opérer quelques légères retouches au texte et surtout pour renfoi'cer le commentaire.
(2) En tirage à part : Le Chat volant de Verviers, par .T. M.. Verviers. Nautet-Hans, 1880.
(3) Cet article existe en tirage à. part, à 100 ex. 1111m. et signés. Verviers, Nautet-Hans, 1894.
ux), Matthieu (m) a cru devoir corriger en ci ou V ci, qui
n'existe pas :
Vers 3, M : po set d'Vervi; m : po ci d'Vervi. Vers 21, M : tôt set d'V. ; m : tôt 1' ci d'V.
\ ers 66, M : conte toi set... ; m : contr' tos V ci. Vers [27, M : set du Stainbiet; m : ci du S. L'auteur ne savail pas que la l'orme ces est très légitime et encore usitée ailleurs, sinon à Verviers; ni, d'autre part, que les expression- verviétoises modernes sont, pour le singulier li ci, forme réduit.- /' ci, pour le pluriel lès cis, qui ne peut pas se réduire en /• cis.
De même le manuscrit présente une l'ois nel (lisez ne au sens du français ni). L'imprimé (vers 8) corrige en ni. C'était au contraire une indication de prononciation ancienne qui méritait d'être conservée.
Les pronoms il et ils sont en wallon verviétois i devant une consonne. Le manuscrit rend cet i par il. L'éditeur a corrigé cet il en il :
M 12 eierreint ii (il est vrai ici que le / final a les apparences de /. mais tout semblable est le premier t de eterreint) ; m. éterreint-il pour ètèrint-i.
M 68 : qui serai; m : il s 'r eut, pour i sèreùt.
M 1 14 •' it grettet; m: il grettet, pour / grètèt.
M 120 : itfa.it; m: il fait, pour i fait.
Mais il conserve au vers n y prirint pour i prirint.
Quand il corrige au vers n (levée en in' feie, il ne s'aperçoit pas que ine pour one est liégeois. Quand il corrige au vers 26 sis Luegnrée en liquelV Iwegnrée, il ne s'aperçoit pas que le texte .■tait bon et que liquéle est liégeois.
Voici d'autres singularités : fae du vers 36 est interprété par fawe (hêtre) au lieu de faye (feuille); Ion 5c) devient loiva (louai au lieu de loya (lia); maue <\i est traduit en man\ qui n'a pas de -'•h-, au lieu de may ou maye (jamais); maue 70 est rendu cette fois par maw (moue) au lieu de mây ; roelée 44 est travesti en roclei, qui n'a pas de sens, au lieu de rôyelêye (rayée).
t ' esl cirer des graphies fransquillonnes contre le texte et contre la prononciation wallonne que d'écrire intr' pour inte (vers 10), contr' pour conte 66), propres pour prôpès (8G).
sait que le verviétois remplace volontiers o tonique «les
leetes par a, devant ;/>, m, n, gn, l, r. Matthieu corrige
■ fois indûmenl son manuscrit en rétablissant L'o liégeois :
un, m coin'; M 112 val, m vol'; M 114 cam, m edmm';
M 120 cam, m coin, ("est l'a de fae 36 qui l'a empêché de songer à foye et qui lui a suggéré juive. Ailleurs l'a est conservé : M 28 cam, m cam; M 5~ donne, m donn' ; M 78 ra/, m ca//' : M io5 caé, m cawes; M 106 balawes, m id. : M. 68 lembar, m Limbâr.
Les variations de a et de an ont été conservées 24 fois sur 27 : voici les trois dissidences : M 67 quanr, m qwarts; M 70 maue (c'est-à-dire mau-y-e), m maiv. M 101 quaur, m quarts.
M 1128 rarin devient dans m /■;//■/ et M i'5o n'arin devient n'auri. Ici l'infidélité se double d'inconséquence, puisqu'il faudrait ra/'/, ft'ârï ou rauri, lïaurî. Le ver\ iétois moderne dit le plus souvent rârît, n'ârît, niais rarît, n'aril avec a bref s'entend aussi. Quant à la désinence, il ne fallait rien changer à in, qui était jadis la terminaison de la 3P personne du pluriel a l'imparfait et au conditionnel. Il n'y a pas une seule exception clans notre texte manuscrit.
M io3 et 104 porte sïonhe, ionhe (s'il eût, il eût); m corrige en s'iohe, i'ohe. Or le on noté ici est un o long fermé assombri jusqu'à la nasalisation : i-ôhe, ionhe. Le phénomène est régulier en verviétois et il n'y avait pas lieu de modifier.
Que graphie singulière de m consiste à infliger les finales de l'impartait français aient ou ail à la terminaison -et de nos verbes :
M 4 duf'net est corrigé en duvnaient, pour duv'nèt (deviennent).
M 35 meritet est corrige en méritaient, pour mèritèt (méritent).
M 37 contet est corrigé en comptaient, pour comptât (comptent).
M 48 proiwret est corrigé en prouvait, pour prouvera (prouvera).
M io5 haivet est corrigé en hawaient, pour hawèt (= ils aboient).
M 106 />o/e/ est corrigé en volaient, pour po/ëi (voient).
M 125 ratrapet est corrigé en ratrapait, pr ratràpèt (rattrapent).
Lu fin les trois passages suivants contiennent des corrections inadmissibles : M 7 du skiwins ni d' ces porcureux, m ni du skavins ni porcureux : M i>3 delluengne tyre, m des Iwegne tire, mais le sens de tire (race, engeance) s'oppose au pluriel et le texte aussi ; M 80 si tassin transformé en //' Tassin,
Nous ne citons pas les doublements de consonnes, les apostrophes inutiles ou mal placées, ces mille et une infidélités réunies en i3o vers sans rien améliorer au texte : tout cela s'explique par l'absence de principes orthographiques en 1880. L'original n'était certes pas un modèle d'orthographe, mais iljavait au moins le mérite de la simplicité, de la naïveté. Il faut donc sur ce point conclure que la petite publication locale de Jules Matthieu, suffisante pour contenter les curieux d'histoire anecdotique, — et
i toute l'ambition de son auteur, — ne peul nullement servir études dialectale
\ ,,. point de vue la satire est précieuse et mérite une nouvelle publication. L'aventure qu'elle blasonne est de 1641. A en juger ,,;,, [os détails circonstanciés qu'elle contient, elle ne doit pas avoir été composée Longtemps après l'événement. 11 suffit pour s'en convaincre de la comparera une pièce française du xvin* siècle (') sur le même Bujet, reproduite par M. Weber dans l'article énoncé oi-dessus. L'invention filandreuse et sans précision, chargée de pathos ci de mythologie, de la pièce française, œuvre de quelque savant du terroir, contraste avec la narration sèche et toute en faits locaux de l'auteur wallon. Cette pasquille wallonne est la plus ancienne œuvre verviétoise connue. Le texte original du wii siècle nous manque, il est vrai, mais les graphies d'une copie subséquente, par leur inconséquence même, tantôt rajeunissant le langage, tantol copianl le modèle servilement, nous permettent d'étudier des détails di1 la phonétique antérieure.
Au reste nous avons eu la chance de trouver une seconde copie, également du xvnr2 siècle. Un de nos collègues de la Société verviétoise d'Archéologie et d'Histoire, M. le juge Prosper Deches- 111', dont la famille est originaire1 de Stembert, découvrit récemment dans des papiers anciens un texte wallon qu'il me communiqua. J'y reconnus le chant burlesque sur le chat volant avec maintes variantes, .le montrai la publication antérieure de .1. Matthieu a M. Deehesne, qui me laissa son manuscrit pour confrontera loisir les deux textes. Grâce à l'heureuse trouvaille et :i l'obligeance de M. Deehesne, il est donc possible de comparer les deux copies anciennes et de se l'aire une idée plus précise de l'original. C'est maintenant presque un devoir d'éditer ces i3o vers : les textes anciens en patois de Verviers sont trop rares pour en laisser échapper un seul, quelle qu'en soit d'ailleurs la valeur historique ou littéraire.
1 chai volant | île la Ville «le Verviers, | histoire véritable arrivée par Monsieur Willem Crac. -- Imprimé à Amsterdam, chez '!"••- La France, à l'enseigne du Chat Botté, en 17'^). Suivi <le la ] ou Les cousins. Poème inédit. || Verviers, imp. de
fils 1 S4 1 . pour la 1" édition, voyez WEBER, Bibliog.
--■ — M. All'in Bod} m'écrit que* le bibliophile L.-F. v. en possédait deux copies, l'une de sa main en vue d'une 'autre plus ancienne, et que cette copie plus ancienne n'était ne le lexte de l'édition Angenot,
Peut-être découvrira-t-on d'autres versions. Au point de vue où nous nous plaçons, semblable découverte ne détruira pas nos constatations linguistiques, elle les précisera. La reconstitution littéraire doit choisir parmi les variantes, mais la linguistique peut se contenter de les collectionner. Or, dans le cas présent, il s'agit moins d'une œuvre littéraire à ressaisir dans son intégrité que d'un recueil de faits dialectaux.
Etudions maintenant nos deux copies manuscrites, que nous appellerons M et 1), du nom de leurs possesseurs, en désignant par m l'imprimé dérivé de M.
M et I) sont deux feuilles de même hauteur, papier officiel filigrane aux armes des princes-évêques. Aucun nom propre, aucune date. La feuille M, très fripée, a pour titre, au-dessus de l'œuvre même : Le vol du chat de Vervier, chant Burlesque. La feuille 1) n'a pas de titre, mais porte au revers, sur une des faces de la feuille pliée en quatre, les mots paskée faite sur Veruîer, inscription à peine visible sur cette face extérieure très salie et chamarrée de chiffres.
L'écriture de la copie I) a pu être identifiée à celle d'un manuscrit que possède également M. P. Dechesne. C'est le registre du margnillier Jean Quirin Bouxha, de Stembert, né a Stembert le io octobre I7">3, mort au même lieu le 8 octobre 1828. Son manuscrit fut commencé en l'année 1781. De la même écriture est encore un « Règlement pour faire le Jeux franc principalement » pour le grand boursier dont on trouve tout ce qui est le plus » essensielle pour tous les jour de la dédicace et pour l'octave et » jour suivant écrit l'an 1774 »■ L'auteur de la copie est donc J. Q. Bouxha, qui la fit aux environs de 1780.
Malgré cette date relativement récente, D est plus archaïque que M par l'orthographe et par les particularités de la phonétique. M s'attache moins à la lettre du modèle, il respecte mieux la grammaire et la prononciation de son temps. Examinons ces points de plus près.
M est copié sur un autre texte et non transcrit de souvenir ou de audit 11. En effet, il contient des corrections qui ne s'expliquent pas autrement, corrections immédiates faites par le copiste rectifiant à mesure une erreur commise. Au vers 23 il substitue y à i dans tire ; au vers 33 il substitue ryrans à rirans. Or la logique ne demandait pas ces corrections, mais seulement une fidélité superstitieuse à un texte antérieur. Au vers 36, après avoir mis des=sucri duoen, il barre duven et lui substitue au-dessus son
lisez so'ne faye), el la fin du vers suit la direction déviée de son nfae. Vu même vers, le copiste avait d'abord écrit paucgmin, puis il corrige eu inscrivanl un /» sur le g. Sans doute le h du modèle s'étendait plus en aval par son second jambage qu'en amniii par la Uaste, et le lecteur avait pu le prendre d'abord pour
De même l> est copié sur un texte antérieur. Au vers 28, moh... est biffé pour y substituer moxhet, afin d'écrire xh, subite affeclation .le science orthographique qui prouve que la personne copie un texte. Au vers 46, k umen avait d'abord été transcrit par qu. Au ver- 6a, ahimen est précédé de auxhe biffé ; le copiste, tenté d'employer auhèyemint, la forme usitée de son temps, s'est repris, évidemment pour rester conforme à son original. Au vers 89, on voit m1"' pietrau a été ajouté après coup, en caractères plus petits h plus droits, laissant un intervalle inusité entre lui et le mot suivant, si l'auteur avait entendu le mot, qui est Pierrot, il n'aurait pas liésité pour l'écrire et surtout il ne lui aurait pas donné cet te sotte graphie.
Quelle relation y a-t-il entre les deux copies? A certains endroits, elles concordent, sauf des différences fantaisistes d'orthographe. A d'autres, elles apparaissent si discordantes pendant troisou quatre vers qu'il est visible qu'elles procèdent, non d'une source commune, mais de traditions assez incertaines, en partie orales. Comme jadis dans les chants épiques des aèdes, ce que la mémoire n'avait retenu qu'infidèlement était refait plus ou moins d'après de vagues souvenirs.
11 serait insipide de reproduire ces deux textes avec leurs agglutinations et leurs fragmentations absurdes de mots, avec, tour à tour, leurs consonnes muettes antiétymologiques et leur nudité phonétique, qui ne connaît aucune grammaire. Le travail à faire consiste précisément à tirer un texte de ces deux copies, qui soit lisible, «pii soit correct, qui résolve les énigmes au lieu de les laisser résoudre au lecteur. D'autre part, il ne faut point donner au linguiste un remaniement sans contrôle possible. Autant il ; fastidieux de fournir toutes les variantes graphiques lettre par lettre, autant il est nécessaire de noter les variantes ayant me Importance au point de vue de la phonétique et du sens. Au paraître trop long, nous nous sommes attaché à donner ordre d'idées plutôt trop que trop peu. Ainsi, lorsque rons un des deux textes, nous donnerons l'autre en iae la graphie exacte du texte adopté. Si nous
nous écartons de tous les deux, ce qui arrivera plus d'une l'ois, nous exposerons le cas en note. De la sorte, celui qui préférera une des Leçons de la note pourra choisir en connaissance de cause. Ce système est le seul mode de publication qui ne soit pas assujetti à l'arbitraire de l'éditeur.
Si on examine la texture de cette pasquille, elle n'apparaîtra pas très satisfaisante.
Il y a d'abord une introduction comparant l'affaire du chat volant reprochée aux Verviétois à celle de la taupe enterrée vivante reprochée aux Stem bertains. La palme de la sottise revient aux Verviétois. Ni Stembeii ni Dinant n'ont imaginé rien de semblable (vers i-34). 'j(> la'' mérite d'être transmis par le parchemin à la postérité (35-36). En effet il ne s'agit pas ici d'un acte isole, individuel et sans portée : les Verviétois se croient très intelligents, ils ont îles magistrats savants, ils ont tous participé à l'affaire, ("est bien une bande de fous que je vais vous exhiber (37-4<>>.
L'initiative revient à Louvegnez le bourgmestre. Éloge ironique. 11 avait depuis longtemps médité et discute cette merveille : faire voler un chat. Il avait consulté ses grimoires pour conclure qu'on peut y arriver en lui attachant deux vessies (4i-53). La théorie trouvée, il s'agissait de passer a la pratique. On eut recours aux lumières du second de la cite, Malempre, le notaire. Malempré demande de la ficelle, lie les deux vessies a l'arrière-train (53-56).
Où se passe la scène et quand ? Cela n'est pas dit jusqu'ici. On ne nous indique bien que la part prise par trois ou quatre personnages. Après Malempré l'auteur cite un Jean Michaël ou Michel (65), qui parla comme un vieil Aristote, offrant de parier contre tous ceux qui étaient sur le marché (la scène a donc lieu sur le marché) qu'avant trois quarts d'heure le chat serait à Limbourg ou au-delà (65-70). Puis il cite Colin le décimateur qui se croit bien malin à parier que le chat volerait tout au plus jusqu'à Hombiet. Puis il cite Mangam : mais, désillusion ! il cite celui-ci pour dire qu'il a livré ou vendu le chat. C'est un peu tard !
Arrivé à ce point, on s'aperçoit donc que l'auteur n'a pas suivi l'ordre chronologique des faits. Mais il n'a pas suivi davantage l'ordre logique dans lequel il aurait dû présenter les types qui ont contribué à l'événement. Faut-il supposer que la pièce primitive valait mieux, qu'il y a du désordre dans l'œuvre, que ce désordre, existant dans les deux textes, remonte à une copie ancienne d'où procèdent ces deux textes ?
iv,,i ôtre aussi ce qui précédai u'était-il dil que pour acter la ,,. ,|„ vol <-i la proposition, mou pour raconter des faits On le croirait, à consulter certains verbes qui sont au futur dans M : [5 no va mostré, \6 poiret, fô it prouuret, 58 qu'on ret...saret. Mais pourtant le vers suivant, dans les deux verrions,éi ce l'art ion effective : on ly lo{y)a (5g). Donc ces futurs
,,ii pas un remède au mal que nous constatons; ils ne sont qu'une difficulté de plus, à laquelle il faut trouver une bonne -oint ion.
Prenons conseil <le la suite. Pour mettre fin à cette affaire, dit tire, il fallait de la « colle de notaire ». On n'explique pas à i|iK.i doii servir cette colle de notaire, et il semble que ce soit une simple façon de faire intervenir le notaire en le ridiculisant. Mais comment prendre la chose dans le sens d'intervention notariale, puisqu'on va chercher cel ingrédient chez l'apothicaire et que, n'en trouvant pas, on se contente de saindoux, dont on enduit la tête, les ailes (?) et les reins de la pauvre bête ? (77-86).
< >n signale encore la présence de deux personnages qui se disent représentants des xii hommes. Mais l'auteur ici, soit amitié, soit crainte de représailles, ne croit pas qu'ils ont été des dupes ;. ce irait manque dans M). Il affecte aussi d'innocenter in, l'apothicaire de tantôt (92-94). Colin non plus n'a fait que donner des conseils. Mais la façon d'excuser tous ces gens est assez équivoqae : l'auteur les soutient comme la corde soutient le pendu (<)"«- 106).
on attend, pour aider au vol, que le vent s'élève. Malempré
porte le chat, qui, de frayeur, inonde son porteur de diarrhée.
arrivée au clocher : il lance le chat par l'étroite lucarne. Chute de
l'animal, qui se réfugie aux environs. L'auteur ajoute un dernier
irait de satire sous forme de prédiction : gare si on le rattrape !
30ts incorrigibles ne concluront pas à l'impossibilité du vol;
nplaceront les deux vessies par deux coqs, c'est-à-dire par
deux volatiles incapables de voler. La morale ou réflexion finale
ramène a la comparaison du début; je savais bien que
bert aurait sa revanche !
11 résulte de cette analyse préalable ou expectante que, si
r a plus ou moins raconté le début et la fin de l'action, il en
; la partie centrale. Il ne montre ni la foule, ni le
L'intervalle entre les préliminaires et le
it rempli par un défilé de grotesques. Xe serait-ce
fait le plan etl'unité de notre pasquille au dévelop-
peinent peu académique? Voyons si cette hypothèse résout toutes les difficultés.
D'abord, s'il ne présente qu'une collection de types, l'auteur est par là-même dispensé de la rigueur chronologique. Le passage relatif à Mangam le boucher fournissant le chat ne paraîtra plus trop tardif en ce sens. .Mangam est un comparse: il fallait bien donner les premières places aux grands premiers rôles. Nous résisterons donc à notre désir de caser le couplet sur Mangam (72-76) après le vers 54, entre l'appel fait aux lumières deMaîempré et l'arrivée de ce personnage. Non pas que l'ordre de la composin'en dût être amélioré; mais, dans ce défilé de fantoches, l'action devient vraiment accessoire. 1011e était accessoire aussi pour les contemporains de l'événement, qui tous la connaissaient en détail.
Même on peut dire que ee (pie nous avons appelé début et fin de l'action n'est encore qu'une apparence. Il ne semble y avoir un commencement de récit que parce que les premiers rôles interviennent au début de l'action. De même il n'y a de dénouement raconté que parce qu'il fallait bien acter les résultats de tous ces efforts combinés, ("est moins un récit que l'orchestration finale, le ridicule de tous après le ridicule de chacun.
Cette interprétation résout encore deux autres difficultés, celle des verbes qui sont au futur et la singularité des transitions, qui paraissent au premier abord si déplaisantes et si pauvres. C'est à la lettre qu'il faut prendre le vers 42 : uos ulez uèy one banne du fous. L'auteur se l'ait imprésario, il annonce une suite de silhouettes comiques et rien de plus : « Vous allez voir (42)...; — Lovegné va nous montrer (45)...; — il prouvera (48)...; — je crois qu'ils prendront du saindoux (84)...; — holà ! tout doux ! écoutez bien tous ! voici la drôlerie de ces gredins (107-108); — le chat va voler ! voici le conseil qu'on va leur donner (109-110); — regardez bien comme il pirouette ! (120) ; — s'ils le rattrapent, ils le feront voler accosté de deux coqs ! (120-126) ». — C'est le procédé tout subjectif et tout lyrique de l'homme qui croit encore assister aux événements, qui les montre, qui les prédit, qui touche les fantoches de sa baguette. Les verbes qui sont au passé, temps du récit, et qui ont pu donner le change, sont en réalité subordonnés aux autres et font ménage comme ils peuvent avec eux. Je les accuse d'avoir jeté une grande indécision dans l'esprit des gens qui ont successivement appris ou copié le texte. A cause de cette apparence de récit, plusieurs des traits que nous venons de rassembler ont disparu. On ne retrouve pas dans D l'annonce
„„-.„„. ,|(. l'exhibition : « Vousa//ez voir une bande de Tous » (42), „i Louvegnez va nous montrer » (45)... ni le mouvement de M « holà! écoutez!... voici!... », ni celui de M 109-110: a il /..-, voler ! voici... » ni celui enfin de M 120 : « regardez bien...». AJnfli l'origine des principales différences entre les deux textes pro, [0Uj ,ir cette difficulté d'interprétation. La difficulté est réelle, noua l'avons éprouvée aussi : qu'on nous pardonne donc la longueur ,1,. cette analyse ci de cette discussion, sans lesquelles il n'y avait de reconstitution du texte possible.
L'auteur est naturellement inconnu. 11 devait être Stembertain. prouvé i° par le soin qu'il prend d'opposer l'action des Verviétois à «'elle des Stembertains, pour en tirer une justification et une revanche en faveur dé Stembert ; 20 parle vers 9 : Nos /icres qui d'morint à Slimbiè. Peut-être était-il le receveur ou décimateur de Stembert en 1641: car, au vers 96 M, il appelle Colin d'dèmieù, décimateur de Verviers, son confrère. Le fait qu'une copie ;i été retrouvée dans les papiers d'une famille de Stembert est aussi une indication. Nous ne pouvons cependant aller au-delà : Stembert faisant alors partie de la commune de \ erviers n'avait pas d'archives, et nous n'avons rien trouvé non plus sur ce point dans le consciencieux travail de M. A. Fassin (').
Passons aux constatations phonétiques. L'ensemble des deux copies M et D, grâce aux variantes nombreuses, nous assure un total île 256 vers a étudier. On y voit (pu; tous les traits linguistiques distinguant le dialecte verviétois actuel du liégeois existaient déjà nettement marqués. Entre le langage d'aujourd'hui et celui du xviii'' siècle, il n'y a vraiment que de minuscules différences. Pour remonter au-delà, précieuses sont les contradictions entre les graphies. Au lieu de s'imposer une loi uniforme, le copiste sollicité a son insu par deux forces opposées, tantôt modernise ses graphies, tantôt suit la tradition de son modèle. Il lui arrive aussi d»; laisser dans son texte des indications sur l'état antérieur du dialecte, sur le verviétois du xvne siècle.