II. — Texte
LE VOL DU CHAT DE VERVIER Chant Burlesque
Dju creû quu l'diâle est fou d'èfiè, Qu'i-aprint tofêr des nous saqwès A ces d'Vèrvi et ces d'Dinant. — On d'vint tos lès djoûs pu met chant ! — 5 Â vi timps c'n'esteûl uin ainsi :
1-4. II esl nécessaire «le mettre on regard les deux débuts et de les discuter :
ju creu qul-dial et fou d'efiel sis fée la L'dial est fou d'aiufair
(pii âpre 11 toi le jou de novai saquoi < >n L'va vey, va scou qui flair,
a set dvervy et set tliuant Po set-d'Vervij po set dînant
Ou dvin tôt le jou pu mechan Qui dufnet to<li pu méchant ;
Dans M le second vers esl compose de deux chevilles, puis le troisième suit cahin-caha sans signification précise. Absente aussi l'idée ironique de faire passer la grosse sottise des Verviétois pour une inspiration malicieuse du démon. Je crois donc (pie le texte de M a été refait sur ce thème : le diable est hors de l'enfer, le seul qu'une mémoire peu fidèle eût retenu, et que I) est plus proche de l'original. La forme èfièt comparée à ainfair milite dans le même sens. Abstraction faite des graphies, qui sont mauvaises, èfiè ou înfiè (inf ernuin) avec sa diphtongaison iè comme Slimbiè. Hombiè, Houbiè, l.ambiè, boubiè, est la forme ancienne et populaire, détrônée aujourd'hui par la l'orme d'origine religieuse infêr. C'est donc inf'êr qui a été substitué à infiè, èfiè, et, par conséquent, la rime flair a été fabriquée à cause de iiifèr. Donc la leçon de I) vaut mieux. — Mais le vers 2 est trop long dans 1). Comment le rétablir par conjecture ? ("est tos lès djoûs, encore employé au vers 4, qui a dû se glisser là par erreur de souvenir. Il faut lui substituer todi ou plutôt tofêr qui est si verviétois. Enfin, comme le vers est encore trop long et qu'on ne peut dire d'nooês pour dès nooês, je conjecture dès nous. — M. Haust propose, en supprimant saquoi : qu'i-aprint tos les fyoûs de no ne.
3. ces (ceux / n'existe plus a Ver\ iers, sauf en composition (cès-ci, cès-vo-ci). C'est pourquoi J. Matthieu l'a remplacé. Aujourd'hui on dit lès ris, avec l'article. Matthieu a cru qu'il pouvait contracter en l'cis, ce qui est impossible. La concordance des deux mss. prouve que ces est la forme usitée au xvnC siècle. — Le rapprochement établi entre les Verviétois et les cogères de Dinant est également d'une bonne ironie.
4. Je choisis la leçon on d'oint, qui imite comiquement la poésie sentencieuse au moment où la morale n'est pas en situation. II faut prendre méchant dans le sens de malicieux, diabolique.
5. M au vy-temps on nesteti-n'ainsi. D a vij lems on n'esteu nin ainsi. — a est une vieille graphie traditionnelle, mais la présence d'un seul au prouve contre tous les ;< l'existence de la prononciation â : nous inscrivons donc partout â. Cf. Introd., Phonétique. — n'ainsi offre une contraction de deux
on n'saveûl çu quVèsteûi d'pârlî, \, du scuvin, uè d'porcureû, STè d'fcos ces diâles \ olaDts d'magneûs. \,,- pères, qui d'raorinl a Stimbiè, Qui-èstinl scuvius inte ces boubiès, De vrry prirint-i ô foyan,
.... I! faudrait, pour rétablir la mesure, c'n'èsteût nin ainsi. <>n pourrait croire que c'esl en mal lu qui a eréé on et par suite nainsi. On se mihstituail d'autant plus facilement que la phrase suivante corrélative a
I •sujet on. Si "a objecte que l'auteur aurait écrit snesteu, je montrerai
qu'au vers suivant il écrit bien <•// et non su pour ç u.
\l (-;/ nsaveu. I) mi saveu. M parli. I) parly. — eu (ce) : les deux textes donuenl toujours eu, à lire çu, et jamais çou, qui est la forme ordinaire actuelle.
du -kuviiis ni d 'ces porcureux «lu skuvin ny d'porkureu
net d'tol ces dial volans d'magueux net tôt se dial volant d'magneu 7. il manque une syllabe dans I), mais il n'est pas probable que ce soit de M; la symétrie de rémunération et d'ailleurs la mesure demandent plutôt ni du sfiii'in ni d'porcureû. Mais nr, qui se trouve sous la forme net au vers suivant dans les deux manuscrits, doit être la prononciation de l'original. Comme il serait étonnant que l'original eût ni et ne dans la même éuumération, nous rétablissons né dans les deux vers.
i!< volant, tarare, où l'on engouffre la matière première à nettoyer, grains, laine-,, etc. Cf. Lobet, p. i">o. Nous ne voyons rien, dans l'affaire du chat volant, qui justifie ce développement contre les « parliers», échevins et procureurs. I, 'auteur avait une dent contre les gens de loi.
1 !• porte no graupére, qui est synonyme, mais qui rompt la mesure. C'est sans doute une mise au point d'un scribe de la génération suivante, qui ercevait que les pères étaient devenus des grands-pères. — Ce vers montre que l'auteur est stembertain. Au vers 14. il parle de son grandparrain dans l'affaire du foyan ètèré. Au vers 19, il dit w;.s- Vètèrins.
10. I» i/ui estin. M estin. La version de I) paraît plus favorable au sens, ree qu'elle déchiqueté moins l'idée. Voici comment je comprends la suite du raisonueineut : ■ Le diable inspire aujourd'hui des malices infernales autrefois il n'en (Mail pas de me me ; on vivait naïvement, ne ronnais- ~"1' »i avocats, ni échevins, ni procureurs, ni autres sangsues (5-g). C'est • qui explique l'aventure de la taupe enterrée vivante par nos Stemhortaius. Bref récit, explicatif et justificatif de cette aven- Mais cette affaire est anodine en comparaison de celle du chat e Verviers, qui l'ut. elle, le fait de savants, qui fut une sottise sans
■' V "Il ~.
utins semble en contradiction avec le vers 7. si on ne le prend le sens de chefs, car il n'y avait point d'organisation municipale qui faisait partie de la commune de Verviers. Je comprends cul des borgnes dan- le royaume des aveugles.
x' d'eoée. Je ne puis me résoudre a conserver ce texte lui :« trouvé aucun sens, a corrigé en ine feye, correction •' comprendrait pas que l'expression si commune one fèye 1 verviétois se fût transformée en quelque chosec d'in-
is dan- des copies aussi diverses que M et D. II faut
\ supposer que de née pût signifier t< en vie»,
mple, ce mot ferait encore double emploi avec tôt
Su Pètèrint-i tôt viquant, Po çn qu'i-areût fait bècôp d'mâ A in'grand pârain Lambiè Rauviaux, i5 A te dès hauts d'têre è s'corti,
— Bècôj) pus' quu so leù plantchî ! —
oiquant du vers suivant. Je conjecture de urée, «à la vérité», en français « de vrai », locution qui a une valeur logique, marquant une concession et éclairant la suite des idées. Qu'un copiste ne l'ait pas compris, l'ait estropie, rien d'étonnant. Cependant M. Ilaust me suggère une interprétation ingénieuse : conserver iVèvée au sens de de iiwidia, « de colère ». Je l'adopterais volontiers si je trouvais des exemples d'une locution d'enoie ou de inoidia avec le mot envie au sens latin de ressentiment, colère.
— 1) pririn ti. M y prirint. — I> on foean. M 6 foëant.
ii>. M su leterreînt-il. I) su le terin ti.
i3. M po sut quiareu. 1) po su kiaveu. .le préfère le conditionnel, qui introduit une nuance de plus (parce qu'il aurait, dit-on...) ci dont aveu parait être une simplification. L'affirmation simple réparait au vers 19.
— 1) mau.
\\. M D paurin. Le grand-parrain doit être le père du parrain, par analogie du sens de grand-père.
— M rauoiau. I) rauviaux. Ce nom n'existe ni dans l'ouvrage de A. Fassiu sur Stembert ni dans le Foyau ètèrré de X. Poulet 1 Huit. île In Sor. liég. de Littérature wallonne, t. 3), dont le récit est tout de fantaisie.
1."). I) qui feue de ho. M au fé des lios. — nu fé continue mieux la phrase, il est moins affirmatif; et cet emploi île l'infinitif avec l'article était plus répandu en ancien wallon qu'aujourd'hui.
i(i. M pus qu sot I) pu qu'so... Le sens de ce vers demanderait toute
une dissertation. Disons d'abord que plantchî dans le langage du paysan est le plancher du premier étage, et par extension, la pièce du premier étage. In enfant invite son condisciple à venir jouer -< so nosse plantchî », ou il le repousse en disant <■ va-re-z-è so l' plantchî ! ». Quand il y a deux étages, le premier s'appelle prumi plantchî, le second est Vdeûzinme plantchî. Mais la connaissance de ce mot n'élucide rien. Que signifie leû plantchî ï Le plancher de (pli .' Leur désigne plusieurs possesseurs, or. on n'a parlé (pie d'une taupe, d'un propriétaire, d'un jardin. Dans tous les cas. leur est donc mis par syllepsc. Ou peut comprendre « le plancher des Rauviaux » ou « le plancher des taupes ... De là divers sens possibles : i° « La taupe prisonnière avait fait beaucoup de mal à Lambert Rauviaux — à faire des taupinières dans son jardin: — (à part) évidemment, elle en avait fait pins dans son jardin (pie sur le plancher des Rauviaux ! » i>° «... à faire des bosses dans son jardin. — (à part) beaucoup plus encore qu'il n'y a de hosses dans le misérable plancher des Rauviaux. ce qui n'est pas peu dire ! » 3° «... à faire des taupinières dans son jardin, ■•■ plus qu'il n'y en a dans leur plancher •> celui des taupes, la prairie, où l'on peut admettre (pie les taupes sont dans leur terrain 1. J'avais, dans la première édition, expliqué l'idée du vers i(i en disant que c'était « une de ces plaisanteries genre La Palice, jetée en sourdine ou en «7 parte, dans laquelle le défenseur se dédouble un instant pour se moquer un peu de celui qu'il défend, par besoin de montrer qu'on n'est pas dupe ». Cette explication peut s'adapter aux sens 1 et :>. — M. Haust me suggère une 4e interprétation. Pour lui. il n'y a point d'n parte, il faut prendre bècôp comme une reprise du vers i3, où il y a bêcôp d'mâ, et reunir pus i/uu qui signifiera puisque au lieu de /dus </iie. De là le sens : « Beaucoup de mal. puisque, sur leur plancher (= sur le sol, plancher des
I n'avcut n in si vite semé
oiiu toi s'corti 'nu' èsteût r'inouwé.
Vola poqwè qu'nos l'ètèrins.
Après l'djudjeminl d'tos lès souvins.
Vola poqwè qu'tos ces d'Vèrvî,
Tanl d'Hodîmonl quu d'so l'Martchî,
Nos ont loumé dèl luwègne tire.
taupes . il u'avail pas plus tôt semé que tout son jardin en était remué i retourué par elles) ».
Je ue puis me rallier à cette ingénieuse hypothèse, pour trois raisons : i° dans ce cas, le complément - sur leur plancher » n'a vraiment plus de sel et n'a pas de raison d'être : 20 la reprise emphatique bêcôpet la coupe du vers ainsi césure ne sont |>as «hms les habitudes populaires; 3° je puis certifier que dans M il y ;i un point après cnrti et un point après plantchi ; le transcripteur de M comprenait donc bien : « beaucoup plus que... ». Il n'y a jamais de ponctuation dans I). m;iis I) a écrit : » baico /m qu'so... ». avec pu sans .s-. preuve que lui aussi comprenait « bêcôp pu (= plus) qu'so (que sur)», car puaqui ou pusquu > puisque) ne peut perdre l'a. M et 1) pouvaient faire contresens, mais telle est leur interprétation, qui nie semble être l'interprétation traditionnelle. Le sens 4 écarté pour ces raisons, c'est le sens 2 qui me sourit le plus parmi les trois autres.
ii u'aveu 11 i 11 -i vite semé «pion poleu riu de monde semé
qu tôt s'corti I uesteu r'moué qui n'aveu co pu toi rmoué.
Il faut interpréter le '/(/'de I) 17 par au point </ne. Au reste je choisis la leçon de M pour une raison de style : le vers suivant commencera encore par i/iiu ; cela formerait une enfilade de subordonnées horrible.
is. 11 faut transformer D en qui tï l'aveût ou adopter M en traduisant nexleti eu 'un' estent, en était. Nos copistes ne sentent pas bien la réduplication d'une consonne, à preuve leur graphie set dinant pour ces d'Dinunt.
19. I) vola pokoi kno le terin. M vola poquoi qu'not leterreins. Aujourd'hui ètèris. Cf. p. >74
D gumen. M jugmen. La graphie maladroite gumen provient de la difficulté de figurer les dj.
•21. M et-oln poquoi lot set.
as. Le lieu dit le Marche était si tue devant l'ancienne église Saint Rem a cl e.
qui a disparu, sur le tertre de Sommeleville. où gisent aujourd'hui les bàti-
timeuts de l'Hôtel de ville. Toutefois il y avait une rangée de maisons entre
la place du Marché el celle de l'Église. Hodimont, l'ancien faubourg d'Es-
n'es( cité i'-i comme partie de Verviers qu'à cause de sa proximité II
aisait partie du Duché de Limbourg, dépendance de l'Espagne. Ou peut-être
-ii il que de la rue. le Hodimont.
Ilnengne-tyre, I) del luweugne tir. m des Iwegne tire. Traduction :
•m nommes enfants de la sotte engeance, tire est un nom abstrait
engeance, espèce, sorte ». Il est encore usité à Liège. Verviers,
On trouve èfnnt dèl sot tire dans les .[musettes de Michel l'ire pour
précisément « enfant de Stembert »: c'est une sorte de blason îles
i. (pie notre texte rappelle également. Il ne faut pas songera
11 pluriel comme l'a l'ait m. De plus Itoègne, luwègne (ane. franc.
me du soie de Michel Pire. <>n ne peut donc songer à
;. "îninc l'a l'ail II. Angenot dans Wallonia,
Mais d'pô, diàle! n'ont pus rin a dire!
a5 I-oiit biu fait one pus ôte soterèye,
Hoùtez ô pô cisse luwègnerèye :
1-ont bin volou lé vol' on tchèt, Sin éles, sins cawe, corne ô mollet.
Jamây lès compères du Dinant,
3o Qwand dj'direû même tos leûs èfants,
Ne même to lès ces di Stimbiè N'ont volou le 'ne sufaite saqwè.
Vola poqwè nos è rîrans
t. xvii, p. 3oo. - Quant à la graphie luengne. el 1 1* est équivoque : on peut comprendre en -j- gn on e -f- ngn. Aujourd'hui, bien qu'on rencontre souvent les graphies Iwingne. siagne, bwingne, je n'ai jamais entendu que Iwègne, bwègne, sègne ou s agne. II faudrait figurer le son par ? surmonté d'un a.
±\. I) mai dpodlal. M mais dpau : V dial. — I) ij non. M i' nont. Il y a deux moyens de rétablir la mesure : i° supprimer dpô du diàle; 2" faire l'ellipse «lu sujet i, qui n'est certes pas sans exemple, bien qu'assez dure.
25. I) yon bin volou fé one ôte pu soirée. M i -oui bin fuit mine pu grande stotrea — volou fé brise la mesure, car le verviétois n'admet pas la réduction en vlou. Il y a eu confusion avec le volou fé qui est légitime au vers 27 ou bien il faut lire f'one par s\ nizese fé one. — pu, ajoute après coup entre ôte et .soirée, est mal placé, mais il garantit la valeur de ôte : car, là où on intercale un mot, l'esprit n'a pu manquer île l'aire attention aux mots avoisinants Pus ôte (plus autre) est d'ailleurs très wallon.
2(i. I) mais honte est une l'orme initiale de phrase dont le mouvement ne cadre pas avec le sens du vers 20. — I) ô po. M on po. — 1) cis lu toogree : graphie maladroite. M sis luegnrée.
27. I) volé. M voV. L'apocope île é à l'infinitif devant la voyelle suivante est assez dure, mais elle n'est pas sans exemples. — M et D onehet.
28. M sen <-ue sen zèles. I) sen :el sen kaive. Cawe, qui ne peut signifier ici que la queue de l'oiseau est expliqué par éles. ("est pourquoi sins éles doit précéder.
— M cain omohet. I) comme on moxhet. Yoy. note 3i.