VI
Rapport sur le Dictionnaire -wallon (]).
Le comité directeur du présent Congrès a pensé qu'il y avait lieu de s'occuper aussi, aux assises de Liège, de l'archéologie du langage, et il a désiré voir publier un rapport sur l'élaboration du Dictionnaire wallon annoncé depuis plusieurs années. Une explication serait assez opportune, en effet, car le public commence à accuser le comité chargé de publier ce dictionnaire. Parmi les personnes qui veulent bien s'intéresser à cette œuvre, il en est qui s'imaginent que la Société liégeoise de Littérature wallonne compose ce travail depuis cinquante ans. qu'elle le détient, tout fait, en portefeuille, et qu'il ne s'agit que de l'imprimer. D'autres ne comprennent pas qu'il faille tant de temps
(') Présenté au Congrès de la Fédération archéol. et hist. de Belgique tenu à Liège en 1909. Inséré dans les Annales du XXL Congres de la Fédération, t. II, p. 176-199.
pour composer un ouvrage sur une matière dont nous avons tous les éléments en nous, les mots! Même il ne s'agit à leurs yeux que de compléter un dictionnaire existant. Ils nous demandent donc, avec une candeur qui nous effraie, à quelle lettre nous en sommes. Jugez du scandale lorsque nous répondons : « à la lettre A ! »
— « Alors, c'est comme à l'Académie française ! » nous objecte aussitôt le questionneur.
— (.( C'est bien pis ! » répliquons-nous avant d'entamer des explications sur notre « paresse ». Mieux au courant des difficultés de l'affaire, philologues et historiens voudraient, eux aussi, savoir ce qu'on a produit jusqu'ici, ce qui reste à exécuter, et comment nous procédons, et comment s'opérera la publication. Le présent rapport a donc pour but de prévenir les désirs des uns et des autres en exposant l'histoire et la préparation du longtravail entrepris.
Ou a dit maintes fois que la constitution d'un dictionnaire wallon fut un des objectifs de la Société liégeoise de Littérature wallonne à ses débuts. Cette affirmation peut s'interpréter de diverses manières. Le public l'a prise dans son extension la plus large, sans distinguer entre dictionnaire liégeois et dictionnaire wallon, entre recueillir des matériaux et mettre une oeuvre sur pied. Comme cette affirmation, aujourd'hui, commence à se retourner contre nous, il importe d'en mesurer l'envergure.
La Société, prise en bloc, ne songeait au début qu'à la culture du liégeois. Dans son esprit, le nom de Dictionnaire wallon, qui peut recouvrir bien des programmes divers, n'avait guère alors l'étendue de sens actuelle. L'article V des statuts, de 1857 à 1898, reste libellé comme ceci : « La Société réunit les matériaux du dictionnaire et de la grammaire du wallon liégeois ». Voilà ce que dit l'officiel, ce que l'on crut sagace d'acter, ce que la majorité vota, non pas, je suppose, sous l'impulsion des plus timides, mais à la voix de ses philologues réputés.
Qu'un projet plus étendu existât dans les désirs de deux ou trois membres, il n'est guère permis d'en douter. C'est pourquoi, en regard du texte officiel, on voudrait savoir quelles étaient les visées de Charles Grandgagnage et de l'élite en ce même temps. On peut le conjecturer par les préfaces du Dictionnaire étymologique et par les rapports ou discours qu'il fit à la Société même.
La première partie du Dictionnaire étymologique, qui l'ut imprimée d'octobre 1845 à 1847, c'est-à-dire dix ans avant la naissance de la Société, ne contient pas de préface explicative; mais, dans l'avertissement de la seconde partie (i85o), l'auteur nous apprend que la première avait été précédée d'un prospectus dont il rappelle un passage important : « Nous ne voulions faire autre chose en commençant qu'un glossaire, c'est-à-dire un recueil des mots que nous jugions les plus remarquables, en nous bornant à peu près, quant à leur explication, à la recherche des correspondants; cela, par la double raison que nous avions un autre ouvrage sur le métier, et que, nos études n'ayant point été dirigées de ce côté, nous ne citions pas pouvoir entreprendre davantage ». C'est en préparant la rédaction définitive de sa première livraison que G-raudgagnage sentit « que, pour être vraiment utile, il fallait embrasser le cercle tout entier : chose longue et difficile ! Tout, en effet, était à créer : recueillir tous les mots des différents dialectes et des différents âges, s'assurer les formes, de la vraie signification (ce qui est bien plus malaisé qu'on ne le croirait), établir une orthographe conséquente sans qu'elle blessât ni l'étymologie, ni l'œil, comparer les mots d'abord entre eux, puis avec ceux des autres langues et idiomes romans, enfin rechercher l'étymologie dans plusieurs langues différentes éparses dans une quantité de livres. Le pis est que, le fond même étant pour ainsi dire inépuisable, les matériaux continuaient à arriver pendant que le travail d'élaboration s'opérait, de sorte que l'édifice croulait souvent avant d'être achevé ». On ne saurait mieux décrire à la fois le programme intégral de ce qu'il y avait à faire, et l'impossibilité de réaliser ce programme sans une longue et patiente et minutieuse enquête préalable. Ce passage nous éclaire pleinement sur le but que Grandgagnage assignait à ses efforts. Il l'a poursuivi à travers la maladie, les afflictions et l'indifférence presque totale de son entourage.
A la Société même, quelques années plus tard (discours du i5 janvier i858), il semble que Grandgagnage ajoutait au but purement philologique affirmé jadis un second but plus pratique.
11 parle de « constituer la langue wallonne » en faisant dans un dictionnaire l'inventaire de ses richesses ». Ici l'expression de langue wallonne reste indéterminée par rapport à son étendue ; mais cette idée de constituer une langue par un dictionnaire attribue au dictionnaire une action éducatrice et unifiante qui ne cadre guère avec le but scientifique d'une étude des patois.
Un autre sociétaire, Adolphe Picard, en 1859 (*), dans une séance rnérale devant le public liégeois rassemblé, développait un programme plus étendu que celui de l'article V. Toutefois il n'osait parler que de matériaux : « N'est-il pas intéressant de recueillir le vocabulaire de tous les mots qui ont eu cours parmi nous?.... Sans doute ce ne sont là que les matériaux d'un travail plus sérieux, mais ces matériaux ne sont-ils pas indispensables aux savants laborieux qui recherchent, dans l'origine et la formation des langues, une des phases les plus intéressantes de l'histoire? Les linguistes les plus distingués de tous les pays n'ont eu garde de dédaigner ces ressources et les Burguy, les Diez, les Diefenbach, les Genin, les Chevallet, etc., ont consacré la meilleure partie peut-être de leurs travaux aux divers patois de la langue d'oïl. Ce sont des recherches de ce genre qui ont valu à notre honorable président [Grandgagnage] une légitime notoriété (p. 21). Le but de la Société est donc bien caractérisé : elle veut encourager les études sérieuses, elle veut contribuer pour une part, si faible qu'elle soit, aux travaux de la philologie française. » (p. 24).
Non, le but n'était pas très bien caractérisé quant à l'étendue de pays qu'on allait explorer, mais il l'était par rapport à l'esprit qui animait les directeurs de la Société, et il dépassait visiblement la conception d'un dictionnaire liégeois. Tel n'était pas l'idéal de tous les membres, sans doute ; cet idéal de l'élite restait lui-même assez flottant, un peu trop platonique. On compte sur les concours beaucoup plus que sur l'effort personnel pour le réaliser. Au reste, dans la conception même des philologues de la Société, il y avait de singuliers compromis ou de singulières lacunes. Ainsi le même discours d'Adolphe Picard (p. 26) annonçait que la Société avait résolu de publier dans son Bulletin une série de glossaires technologiques. Pour justifier cette innovation, l'orateur explique que le but est d'apprendre aux ouvriers les termes français de leur métier et de leur faciliter la lecture des livres français qui leur dévoileront les secrets de leur art. Initier l'artisan à la lecture des Manuels Roret ! J'avoue que nous avons une idée fort différente de l'utilité des glossaires technologiques. Mais peut-être est-ce un argument de circonstance, afin de populariser ces glossaires ? Nullement. Pour se
1'1 1 Discours prononcé à la séance de la distribution des prix aux lauréats du Concours, le 24 juin iS5<). Cf. Bulletin de la Soc. liégeoise de Litt. wall., 3e année (18G0J. pp. 21-2(5.
détromper, il suffit de se reporter à la parole d'un homme compétent, J.-L. Micheels. Dans un rapport adressé à la Société même ('), où il n'y avait aucun besoin de venir humaniser Pavai) tage de ces glossaires, Micheels insistait sur les mêmes raisons : « Sur la proposition de M. A. Leroy, vous avez décidé la rédaction de glossaires technologiques.... Ces travaux seront d'une grande utilité, tant au point de vue du propriétaire ou de l'industriel qu'à celui des ouvriers; les uns et les autres y trouveront L'équivalent du terme wallon ou français qui portera dans l'ordre c'est-à-dire : dans les commmandes], la convention ou le bordereau, la clarté qui est indispensable dans les relations d'affaires >> (*).
Ll serait puéril de louer ou de blâmer les sociétaires d'alors de limiter ainsi leur programme. La plupart furent franchement liégeois, ils n'eurent point de lointaines visées; c'est tout ce qu'il faut noter. Ce n'est que progressivement qu'ils s'élevèrent à la conception d'un but scientifique et qu'ils étendirent leur champ d'investigation. Particularisme fâcheux, si on se place au point de vue de l'exploitation des dialectes wallons, parce qu'il y avait peutêtre dans les parlers de 1860 des richesses qui ont disparu depuis; mais, en revanche, ni en surface, ni en profondeur, on n'aurait pu conduire alors une enquête systématique. On aurait exploité la surface comme les anciens propriétaires des mines du pays de Franchimont. L'analyse des phénomènes du langage a pris de nos jours une précision qui eût semblé minutie à nos devanciers. Fait alors, le dictionnaire aurait été, j'imagine, un Forir précédé ou plutôt suivi article par article d'un Grandgagnage. La Société aurait pu patronner et fusionner ces deux oeuvres? Mais elles avaient été conçues avant son existence el en dehors d'elle. Et pourquoi, d'autre part, aurait-elle assumé une tâche identique, puisque deux de ses hommes, poursuivant leur ouvrage, composaient l'un la partie philologique, l'autre la partie pratique du « dictionnaire wallon », tel qu'on pouvait le concevoir? Pour oser entreprendre un plus ample travail, les esprits n'étaient pas mûrs, ni la science. C'est pourquoi, jusqu'en 1898, l'article V des statuts ne prévoit qu'un dictionnaire
C1) Séance du i5 janvier i859, Bulletin, t. IV. 1" livraison, p. 2;.
(») Quelle illusion! Les patrons, toujours pratiques, prêtèrent s adresser a un wallonisant que de consulter nos glossaires. J'ai ete appelé ainsi a donner par correspondance maintes consultations, une lois par exemple sur le mot ahèsse. dont le sens était contesté dans un testament.
liégeois. Le sentiment de la nécessité philologique n'entrait pas en ligne de compte. On songeait plutôt pratiquement à constituer la langue, à faire du liégeois une v,owî; que les autres cantons adopteraient peu à peu, à faire des auteurs liégeois les fournisseurs de toute la Wallonie. On rêvait de ressusciter la fortune du dialecte attique et du dialecte de l'Ile de France, sans songer à la différence des temps.
Quoi qu'il en soit de ces différences notables de conception, on doit ajouter que jamais la Société ne se montra exclusive. Elle accueillit et, probablement, elle provoqua les essais littéraires et philologiques dans tous les dialectes. Le travail d'analyse nécessaire à la création du dictionnaire général commença donc assez tôt à s'opérer. Notons-en les étapes principales.
La première édition du Dictionnaire des Spots de J. Dejardin paraît au tome IV du Bulletin (t86i), avec un savant rapport de M. J. Stecher. (''est un essai de dictionnaire partiel, dont l'auteur ne se limitait pas du tout au liégeois.
Le premier glossaire est celui des termes archaïques donné en annexe à l'histoire du Métier des tanneurs, par M. St. Bormans (t. V, 1862).
En i863, paraissait chez Renard la Grammaire liégeoise de L. Mficheels], membre de la Société.
Le premier glossaire technologique du wallon moderne est le Vocabulaire des houilleurs liégeois, le second est celui des drapiers, dus également à M. St. Bormans, (t. VI, i863, et IX, 1867).
Le premier travail de linguistique comparative est le recueil des Versions wallonnes de la Parabole de l'enfant prodigue (t. VII, 1870).
Au tome VI (1864), Charles Grandgagnage continuait ses études dialectales par ses extraits annotés du dictionnaire malmédien de Villers. Au tome VIII (1866), commence la série des vocabulaires d'Albin Body, esprit curieux et encyclopédique, qui exploita surtout les parîers de l'Ardenne liégeoise.
En 1868, t. X, paraît le premier essai d'orthographe, par J. Delbœuf, appliqué à la transcription d'une pièce de théâtre, li Mâïe neur d'à Cola. Ce système ingénieux aux graphies trop archaïques ne fut d'ailleurs pas suivi.
M. I. Dory étudie les wallonismes en 1878, t. XV. Il est également le premier qui compose des articles d'étymologie (1878, t. XI), suivi bientôt par M. G. Jorissenne (1879, *• XVII).
L'examen critique des dictionnaires wallons existants fut entrepris par le président J. Dejardin (1886, t. XXII). Cette œuvre touche de trop près à notre but pour ne pas nous arrêter un instant. Constater les parties faibles de ce qui existe est une préparation et un excitant à de meilleurs travaux : l'examen de Dejardin avait donc le droit d'être sévère, pourvu qu'il lût suggestif. Il ne fut ni sévère, ni suggestif, ni critique. L'essai de Dejardin ne donne guère autre chose que les titres des dictionnaires, deux ou trois mots de biographie, des extraits de chaque préface pour montrer le but de l'auteur, puis une partie critique souvent très faible; enfin, à titre d'exemple, l'article herna de chaque ouvrage. Il ne dit pas ce qui a manqué à chaque lexicographe pour- faire autre chose qu'une œuvre d'amateur ou de fantaisie. [1 ne s'occupe qu'incidemment de l'orthographe de ces auteurs, chose pourtant de première importance, et même, à l'article Hubert, il dit n'avoir pas « mission » de s'occuper de l'orthographe! On voit, par les « conclusions » (p. 357), combien la pensée de Dejardin était loin de la philologie romane : les dictionnaires y sont considérés par lui comme « devant servir aux Liégeois pour rendre exactement en français les mots wallons qu'ils emploient ».
La première étude de morphologie est le Tableau de la conjugaison dans le wallon liégeois, par M. Georges Doutrepont (t. XXXII, 1902), œuvre d'un romanisant couronnée au Concours.
Une question de délimitation linguistique : « le gaum[ais] (l) est-il du wallon? » est examinée pour la première fois en 1896, dans un rapport du soussigné sur le Lexique du patois gaumais de M. Edouard Liégeois. L'esprit avait changé : à la demande de l'assemblée et surtout de son président, M. X. Lequarré, une partie de ce rapport fut développée en un mémoire qui exposait comparativement la phonétique du gaumais et celle du wallon et où l'on essayait de tracer la limite entre wallon et lorrain du côté du Sud (t. XXXVII, p. i85). C'était le commencement de l'analyse phonétique des dialectes en vue du dictionnaire, comme le travail de M. Liégeois était le premier lexique régional, abstraction faite des extraits de Villers.
(') J'ai écrit jadis gaumet à l'imitation «le M. Liégeois, qui se basait sur le féminin gaumète. Mais aucun nom ethnique ne se termine par cl. L'ensemble des villages gaumais s'appelle gaumachie. Je croîs donc que gaumais doit suivre l'analogie de hamais-havnacher, marais-maraîcher, anglais, etc.
Au reste, le dictionnaire, non plus partiel et liégeois, mais général désormais, entrait dans les préoccupations de l'assemblée. « 11 convient, dit le même rapport sur le lexique gaumais (t. XXXVII, p. 186), de laisser un sens assez élastique à ce mot de dialectes wallons pour n'exclure aucun des villages romans de la Belgique ». Celui qui dissertait alors sur le patois gaumais était bien décidé à faire triompher le projet d'un dictionnaire général contre ceux qui bornaient le but de la Société à rapetasser l'œuvre de Forir. D'ailleurs, il n'avait été nommé membre de la Société (mars 1895) que parce qu'il composait, de son côté, un dictionnaire wallon. Il sentait bien, grâce à ce qu'il savait des dialectes du Luxembourg, qu'il fallait asseoir les recherches étymologiques sur des bases plus larges que ne l'avait fait Grandgagnage. Mais, pour composer un dictionnaire, il faut une orthographe. Le nouveau venu agita dès les premiers mois cette grave question. L'appel demeura sans écho, et le manuscrit lu en séance resta pour compte à l'auteur. Tout ce qu'il obtint fut de faire ranger la question dans le programme des Concours.
L'expérience était acquise que, pour faire fleurir la philologie à la Société autrement que par les Concours, il fallait d'abord renforcer le contingent des philologues. L'assemblée voulut bien se prêter à cette réforme : M. Aug. Doutrepont fut nommé en avril 1896, M. Haust en avril 1897, M. Parmentier en mars 1898. Les mots de « grammaire et dictionnaire du wallon liégeois » qui avaient figuré pour la dernière fois dans le Bulletin de 1894 (t. XXXIV), perdent l'épithète restrictive dans la suivante réimpression (1898).
Désormais les années ingrates étaient franchies. Pour ramener l'attention de la Société et du public sur la question toujours pendante de l'orthographe, le soussigné soumit au concours et jeta ainsi dans la discussion un Essai d'orthographe wallonne ('), qui, vivement critiqué par un des membres, M. J. Delaite, eut la chance d'obtenir les suffrages du jury. La question était amorcée, l'assemblée nomma une commission chargée d'élaborer un projet d'orthographe définitive pour le dictionnaire futur et les publications de la Société, comme aussi pour les écrivains de la Wallonie qui consentiraient à sortir de l'anarchie et de l'ignorance. Cette commission se composait de l'auteur du mémoire couronné et de MM. Delaite et Doutrepont.
(!) T. XXII, fasc. I,(i9oi).
L'auteur du premier travail condensa les règles proposées en un petit traité provisoire (juin 1901) («). On s'aboucha avec les principales sociétés littéraires liégeoises. On fit des tentatives de discussions, — sans grand succès, la phonétique n'étant pas un article courant. — Le plus ardent adversaire du projet, et le plus éclairé, fut M. Delaite, qui, partant de principes opposes a ceux de ses collègues, devait rester irréductible. L'assemblée ratifia les propositions de la majorité. On peut voir, en com [tarant les solutions préconisées par VEssai et celles des Règles d'orthographe wallonne, que le projet de M. Feller était sorti indemne de l'aventure.
C'est que, à vrai dire, on n'était pas ici en présence d'un système artificiel auquel on pût opposer d'autres systèmes artificiels. Il se posait, au contraire, en face de tous les systèmes artificiels comme la classification naturelle de Jussieu s'oppose, en botanique, aux systèmes antérieurs. Il était simple, il voulait être phonétique, analogique et étymologique exactement là où il fallait l'être et dans la mesure où il le fallait; il se promettait de respecter les lois bien constatées de la formation et de l'évolution des sons et des mots dans les langues romanes, dont le wallon fait partie, l'analogie n'étant qu'une façon abrégée de respecter l'histoire du développement linguistique; enfin, il laissait du jeu aux graphies, admettant certaines tolérances que l'avenir doit nécessairement restreindre. Une couple d'années se passa encore à favoriser la diffusion du système. L'auteur se mit à la disposition des poètes, romanciers, dramaturges, qui voulaient se servir de la nouvelle orthographe pour la publication ou la réédition de leurs œuvres. D'autre part, M. Haust, nommé secrétaire de la Société et, de ce chef chargé de veiller à la correction des épreuves de toutes nos publications, a contribué beaucoup, par la bonne tenue du Bulletin, à montrer les avantages du système.
Ce grave problème résolu, on pouvait désormais se tourner vers le dictionnaire. Il fallait d'abord donner une idée précise, adéquate, de l'ouvrage qu'on voulait entreprendre. On peut affirmer qu'au sein même de la Société peu de personnes avaient conscience de la richesse inouïe de nos parlers romans et de la
0) J. Feller, Règles d'orthographe wallonne, ^'tirage : juin 1901 ; 2e tirage janvier 1902 ; 3e tirage : mai 1902. Bulletin, t. XLI, lus.-. 2. Deuxième édition.
complexité du travail ; le public à plus forte raison ne les soupçonnait pas. Il fallait aussi montrer aux pouvoirs dirigeants, dont on devait solliciter l'appui, le genre de travail qu'on projetait. Au lieu d'entamer de longues explications, la Société chargea l'ancienne Commission de l'orthographe, à laquelle avait été adjoint M. Haust, de rédiger un spécimen d'articles. De la est né le Projet de Dictionnaire général de la langue wallonne (l). Un mot du titre d'abord. C'étaient bien les patois de la Belgique romane dont on annonçait l'exploitation ; mais le mot roman n'aurait rien signifié aux yeux du public sur lequel on avait besoin de s'appuyer et dans l'esprit duquel nous devions d'abord populariser notre œuvre. De là, l'emploi du vieux terme historique wallon, que les Hennuyers peuvent revendiquer au même titre que nous, que tout le nord de la France a porté et continue à porter. De là aussi le terme ambitieux de langue wallonne, emprunté à Grandgagnage, terme qu'on nous a reproché avec plus de raison que de finesse. Les romanistes étrangers ne s'y trompèrent pas d'ailleurs. On ne pouvait nous accuser d'ignorer des limites que nous avions contribué à déterminer. Les deux principaux auteurs du Projet, MM. Feller et Haust, ont essayé d'y traiter des exemples très divers, des cas difficiles : mots rares et de sens même controversable (vièrlète), mots à double forme et à double étymologie (bètsâle, bètôle), mots d'étymologie obscure (hô, chou, consîre, hèrlèye, rèmîdrer), mots à dialectologie curieuse (pan, arègne, ranteûye, p'tchï), mots remarquables par la variété de sens ou d'expressions proverbiales (pan, êwe, tchin), mots surannés rencontrés dans l'ancien wallon (èheù), mots choisis en dehors du langage liégeois (êwée, êwihas', troufe=troc, sorfa), mots empruntés à la toponymie (fay, fayit, hièrdâve), particules intéressantes au point de vue grammatical ou par leur archaïsme (a, mièr, ins, insè, le suffixe -a), verbes à conjugaison forte (sûre). Grâce à ce travail, on comprit enfin que le dictionnaire valait la peine d'être entrepris, et la Société nomma une Commission définitive du Dictionnaire, composée de MM. A. Doutrepont, J. Feller et J. Haust.
Mais la rédaction du Projet n'avait été qu'un intermède, ou, si l'on aime mieux, une réclame, — une réclame qui avait coûté huit mois de travail à plusieurs collaborateurs. Depuis l'adoption
(') Liège, Vaillant, 190^-1904.
des règles d'orthographe, on s'était mis résolument et systématiquement à l'ouvrage. La première besogne devait être de concentrer à p:ed d'oeuvre, sons l'orme alphabétique, le contenu des nombreux lexiques épars dans les Bulletins de la Société! Pour ne pas perdre de temps à recopier ou à résumer chaque article, il fallait prendre deux exemplaires de chaque glossaire, un pour en utiliser le recto, l'autre pour le verso, puis découper chaque article et le coller sur une fiche. Ce travail de démembrement fut conduit par les soins de M. Delaite. Au reste, les glossaires technologiques ne donnèrent pas tant de richesses qu'on en espérait. Les mêmes noms d'instruments usuels reviennent à satiété d'un vocabulaire à l'autre. Beaucoup d'articles ne l'ont souvent que répéter Remacle, Lobet et Forir. Il faut excepter de cette critique et mettre hors de pair les glossaires composés par MM. Albin Body, Jos. Defrecheux, Semertier, Martin Lejeune, dont les auteurs doivent être rangés, pour cette raison, parmi les plus méritants des premiers collaborateurs du Dictionnaire wallon.
Les dictionnaires existants, à cause de leurs mauvaises graphies, doivent être traités de la même façon que les glossaires, ou bien il faut renseigner sur des fiches spéciales la page exacte où chaque mot est traité. Il fallait repérer de même L'o aivre de Grandgagnage, à cause de ses multiples additions et de sa façon de traiter plusieurs mots en un seul article. Une bonne partie de ce triple travail est maintenant achevée (1).
Il y avait ensuite à dépouiller les œuvres littéraires wallonnes, et d'abord les chiquantes volumes du Bulletin, en notant tout ce qui, à la lecture, frappait l'esprit comme particulier, original, obscur et, pour suivre une règle pratique, tout ce qui, en général, ne se rencontrait pas dans le dictionnaire de Forir, Pour le Bulletin, les fiches, établies par M. Haust, passèrent à MM. Feller, Doutrepont, Henri Simon, qui y ajoutaient les éclaircissements et les comparaisons avec d'autres dialectes que leurs connaissances respectives leur suggéraient. 11 ne fallait pas non plus négliger l'immense fouillis des autres publications wallonnes, théâtre, œuvres lyriques, romans, journaux, almanachs, en tous les dialectes. Est-il nécessaire de dire que, malgré d'incessantes lectures, malgré une concentration vigilante de tout ce qui paraît
C1) Depuis la date de ce rapport, le Grandgagnage a été mis sur fiches par M. Haust, Remacle et Forir par M. Heuri Simon, le manuscrit de Maus (dict. du patois gaumais) par M. Ed. Liégeois.
en Belgique et même au-delà (Fumay, Maubeuge, Tourcoing), nous n'avons pas réussi à épuiser ce fonds réellement inépuisable?
Par dessus tout, il fallait recourir aux sources orales, aller étudier les patois là où on les parle dans leur grâce et leur naïveté coutumières, noter les particularités de prononciation, de sens, les spots de chaque terroir, les formes grammaticales, les idiotismes. Ce travail, MM. Feller et Haust s'y appliquaient avec ardeur depuis longtemps : le premier, depuis 1879, notait, à la lumière de Grandgagnage, Dasnoy,Lobet et autres lexicographes, ce qu'il avait appris dans son enfance des dialectes de la Semois, de l'Ourthe et de la Vesdre et ce qu'il entendait autour de lui ; l'un et l'autre, conjointement depuis 1888, consacraient une partie de leurs vacances à des excursions pour étudier la linguistique et le folklore wallons (1).
Mais l'impossibilité de se transporter partout pour faire de longues et profondes enquêtes à la fois sur le phonétisme, la morphologie, la syntaxe, le vocabulaire de chaque dialecte; la difficulté de s'ancrer suffisamment dans un endroit pour inspirer confiance et délier les langues; la nécessité grandissante de consacrer le plus clair des vacances aux publications elles-mêmes, ces raisons ont amené les deux enquêteurs à perfectionner un organisme qui s'est créé tout naturellement par la force des choses. Ces visites dans les provinces wallonnes nous faisaient des amis, qu'on pouvait interroger au besoin par écrit et qui même, parfois trop rarement, prenaient l'initiative de nous renseigner sur des mots rares ou des particularités curieuses, ou même de nous questionner sur des points qui les intriguaient. Ainsi s'est formé peu à peu un noyau de correspondants qu'il n'y a eu qu'à augmenter pour créer un des organes les plus intéressants et les plus nécessaires de l'œuvre. Ce fut surtout afin d'entretenir des relations suivies avec ces collaborateurs éloignés que fut créé le Bulletin du Dictionnaire wallon, en novembre 1905. 11 débute par des Instructions à nos correspondants dans lesquels M. Feller, bon connaisseur des mentalités ardeunaises, essayait de stimuler par persuasion les activités hésitantes, de dissiper les défiances naturelles des Wallons de nos campagnes. Il se
(') 1891 sqq. : J. Feller, Flore populaire wallonne, dans Bull, de Folklore wallon. — 1892 : Geoi'ges Doutrepont et J. Haust, Les parlers du nord et du sud-est de la province de Liège, dans Mélanges wallons. — Voyez aussi dans le même recueil : Aug. Doutrepont, Formes variées de quelques mots wallons.
continue par des discours et des rapports de MM. Feller et Haust sur le but, l'opportunité, la nécessité de l'œuvre entreprise et sur les travaux déjà exécutés. Puis il fournit des questionnaires, les uns sur des sujets aimés, la fenaison, la moisson, les instruments agricoles, le rouet, le foyer, l'abeille, le jeu de quilles ; les autres sur des mots qui doivent venir au début du dictionnaire, sous aa-, ab-, ac-, ad-, ae-, a/-. Ce moyen d'enquête s'est révélé le plus puissant et le plus pratique; son seul défaut est d'être très exigeant. Les correspondants reçoivent des exemplaires interfoliés des questionnaires. La plupart répondent sur des feuilles ad hoc avec beaucoup de bonne volonté et d'intelligence. Et ce n'est pas un mince mérite, car les vocabulaires qui leur sont soumis sont très long, très serrés de texte, et. pour gagner de la place, fourmillent d'abréviations.
On nous a objecté qu'il est dangereux de tabler sur des matériaux ne provenant pas de pbilologues ou non recueillis personnellement. Lu principe, rien de plus vrai. Mais ce n'est vrai que pour les pbilologues étrangers, souvent réduits à étudier le wallon dans les Remacle et les Lobet, qui leur fournissent des matériaux moins suis, moins bien élaborés que ceux de nos correspondants. Quand nous n'aurions pas d'autres sources, l'avantage serait encore de notre côté. Mais bâtons-nous de dire que nous avons d'autres sources. Les directeurs de l'entreprise connaissent la pbonétique des dialectes sur lesquels ils interrogent. Leurs efforts tendent surtout à recueillir plus de termes rares et tecbniques, plus d'expressions pittoresques et proverbiales. La comparaisou des renseignements recueillis n'est pas non plus un critérium inopérant. Enfin, en cas de doute, le contrôle est facile et l'on ne craint pas d'en user; c'est l'enquête personnelle sur les lieux au premier jour de liberté, ou l'enquête par écrit, simultanée, auprès de divers correspondants.
Les questionnaires sur la vie rurale ont été faits en général par M. Eeller. Les vocabulaires-questionnaires, œuvre beaucoup plus considérable, qui rassemblent une matière déjà beaucoup plus ricbe, plus sûre et plus scientifique surtout que tous les dictionnaires wallons réunis, ont été composés par un des trois rédacteurs à tour de rôle, et revus, corrigés, augmentés par ses deux collègues.
Les dépouillements des réponses ont été faits jusqu'ici par M. Haust, à qui les cabiers sont renvoyés en sa qualité de secrétaire de la Société. Le classement des ficbes au siège de la Société est
surtout fait par M. Auguste Doutrepont. Ou aurait peine à se figurer la multitude et la variété de formes, de significations inédites et même de mots nouveaux que nous apportent ces enquêtes de tous les points importants de la Wallonie. Le classement en est laborieux, mais la récolte vaut largement l'effort.
Aux milliers de fiches ainsi constituées viennent s'ajouter celles qui proviennent de communications spontanées, soit de membres de la Société, soit de correspondants doublement actifs : s'ajouter les notes que nous prenons en dépouillant non seulement les œuvres littéraires, mais encore les documents les plus divers : vocabulaires anciens ou nouveaux, travaux envoyés aux concours, anciennes pièces de concours restées anonymes et inédites, textes d'archives. Ainsi s'explique le fait qu'en la seule année 1908, nos collections aient pu grossir de près de 3o.ooo fiches.
A sa réception chaque fiche nouvelle, ramenée au format désirable, est soigneusement contrôlée. On inscrit en tête le mot-type auquel elle se rattache. Enfin gï'âce à un travail d'insertion systématique et jamais interrompu, la fiche va prendre sa place dans l'un de nos 4°o cartons à coté d'autres consacrées au même mot. Chaque mot a donc son dossier, qui s'enrichit peu à peu. Un carton pourrait recevoir jusqu'à mille fiches, si certaines notes, découpées et collées n'augmentaient pas l'épaisseur des feuilles. Au reste, comme la même feuille reçoit aussi très souvent plusieurs renseignements, il y a compensation.
Il existe encore d'autres provisions de fiches. La principale est celle qui a été recueillie par le signataire de ce rapport avant et depuis 1895, pour servir à ses études de philologie wallonne. La grande majorité d'entre elles, en vue du Dictionnaire, est classée par ordre alphabétique ; le reste, qui a trait à la phonétique et à la morphologie, est classée provisoirement d'après l'ordre usité dans le traité qui précède le Dictionnaire général de la langue française. Le tout comprend environ 5o.ooo fiches. Il est regrettable, au point de vue de l'unité, que cette collection ne puisse dès maintenant être versée à la masse au siège de la Société. Mais ce transfert à Liège paralyserait l'auteur, puisque celui-ci, résidant à Verviers, serait en ce cas privé d'un instrument de travail auquel il doit avoir recours à tout instant. 11 y a là une dualité fâcheuse, à laquelle le détenteur remédie par des copies et des extraits au moment d'établir les vocabulairesquestionnaires.
Au total, on peut évaluer à 3oo.ooo fiches le nombre de notes actuellement recueillies et classées ('). Nous indiquons ces chiffres uniquement pour la curiosité, car il est plus facile de se faire une idée exacte des richesses acquises en consultant les vocabulaires et les suppléments publiés dans notre petite revue.
Ainsi la documentation se fait pour tout l'ouvrage en général, et en particulier pour les premières feuilles à imprimer. Mais le public se tromperait s'il croyait que le dictionnaire ne comporte que des enquêtes ou des opérations de classement et de compilation. Ce serait oublier que l'étude de chaque mot, de son origine, de l'évolution qu'il a subie, de la différenciation dialectale, de la filiation des sens, ne se fera pas mécaniquement, par simple juxtaposition des documents recueillis. L'histoire des mots exige des connaissances philologiques très étendues. Elle ne peut se l'aire que par une comparaison incessante. Or, à la limite linguistique où nous sommes placés, ce ne sont pas seulement les revues, lexiques ou autres travaux de philologie romane ou de latin médiéval que nous devons manier chaque jour, mais aussi les œuvres de philologie germanique, notamment pour ce qui concerne les dialectes flamands, néerlandais et ceux de la Prusse rhénane. La connaissance de la technologie, des métiers, de la vie rurale, de la botanique, de la zoologie, ne serait pas chose superflue, ne fût-ce que pour empiéter avec intelligence, apprécier avec justesse les renseignements reçus et définir les termes avec précision. Pour mener à bien le Dictionnaire général de la langue frc.içaise, il n'a pas fallu moins qu'un logicien comme l'était Hatzfeld, un phonéticien comme Arsène Darmesteter, un romaniste comme Antoine Thomas, un grammairien comme Léopold Sudré. Et combien plus facile, leur tâche !
Le dictionnaire à composer ne peut guère être comparé a celui d'une langue littéraire comme la langue française. La langue française correspond à ce qu'on appellerait en botanique une « variété cultivée » : le wallon, (nous ne dirons pas ici la langue wallonne ! | nous représente toute une flore de dialectes eb de sous-dialectes. Entre une langue arrivée à l'hégémonie et une juxtaposition de dialectes, il y a, si vous aimez mieux, la différence que présente raient l'organisation d'une monarchie bien unifiée et celle d'une agglomération de petits états féodaux. Que de problèmes ardus cette féodalité va susciter ! Pouvons-nous créer au hasard de
(l) Ce nombre s'est encore accru considérablement depuis 1909.
l'ordre alphabétique un ouvrage qui sera une bigarrure de tous les dialectes ? Certes le romaniste ne s'en effrayerait pas plus que de celle qui existe dans Godefroy ou dans Du Cange ; mais il faut :mssi que le dictionnaire wallon puisse servir aux Wallons. Donc, au lieu de composer un article sur chaque forme d'un mot ou variante dialectale, il vaudra mieux grouper la matière relative à un mot dans un seul et même article. Quand le mot existe eu liégeois, la forme liégeoise servira de tête d'article, et les significations, les exemples seront rassemblés à cette place. Pour éviter des généralisations erronées, un sens particulier à une région sera indiqué comme appartenant à cette région. Les autres formes dialectales d'un même mot, celles qui seront sensiblement différentes, devront être inscrites à leur ordre alphabétique, mais avec simple renvoi à l'article principal. Les mots qui n'existent que dans un dialecte déterminé auront nécessairement leur article à la place où chacun doit être1 inscrit. Ne sera-t-il pas opportun aussi de distinguer par quelque différence typographique les principales régions ? On a le choix entre une différence de caractères affectant tout le mot, un signe conventionnel précédant le mot, une indication dialectale à la suite. Cette dernière est en tout cas nécessaire, mais sera-t-elle suffisante ? Il serait bon que, dans les quatre colonnes qui formeront deux pages en regard, l'œil pût distinguer instantanément ce qui est du dialecte liégeois, ce qui est ardennais, ce qui est namurois, ce qui appartient aux dialectes extra- wallons, le gaumais et le rouchi. Ces cinq divisions pourraient suffire pour signaler le genre ; l'indication dialectale après le mot préciserait l'espèce. Le plan idéal d'un article consisterait à suivre d'un bout à l'autre l'évolution phonétique et l'évolution sémantique d'un mot. D'abord devrait venir la dialectologie. Car si le mot mis en tête de l'article n'est qu'un titre ou un constat d'existence, les variantes devraient l'accompagner pour la même raison. D'ailleurs les variantes dialectales forment souvent un faisceau d'arguments pour aider à retrouver l'origine du mot. La partie sémantique, de même, devrait présenter les sens dans leur ordre d'engendrement ou filiation, autant qu'il est possible de le découvrir, et non dans l'ordre de fréquence des sens ou dans un ordre arbitrairement imaginé en vertu de conceptions logiques subjectives. On pourrait considérer la partie historique et la partie sémantique comme étant sans liens entre elles, et adopter pour la seconde un ordre purement pratique, sans prétention à reproduire l'arbre généalo-
gique des sens. Ce procédé, qui est à peu près celui de Littré, serait un pis-aller. Il ne peut servir que dans les cas où l'étymologie, et par conséquent la filiation des sens, sont inconnues.
Quel que soit d'ailleurs le caractère donné à cette seconde partie des articles, elle devra contenir des exemples significatifs, empruntés a divers dialectes. 11 sera plus difficile d'en restreindre le nombre que de L'augmenter. Elle fera bien de renvoyer le lecteur à d'autres mots synonymes ou quasi-synonymes, sans insister sur les nuances, puisque le rapprochement des définitions et des exemples doit suffire pour les indiquer.
Si le dictionnaire était fait uniquement à l'usage des littérateurs, malgré toutes ces précautions pour assurer la clarté et l'ordre, je considérerais comme une monstruosité de rassembler dans un même ouvrage et de mêler dans la même page et jusque dans le même article «les formes et des phrases de physionomie très diverse. Mais ici la variété est partie constitutive de l'œuvre. Le dictionnaire des dialectes romans de Belgique s'adresse à la fois aux Littérateurs et aux linguistes. Aux premiers, il faut donner les moyens de distinguer soigneusement ce qui appartient à leur dialecte propre de ce qui revient aux dialectes circonvoisins. Sans cette précaution ils emprunteraient de toutes mains des formes disparates, car les poètes sont avides de mots nouveaux. Notre dictionnaire ne veut pas les empêcher d'emprunter, de naturaliser un mot qui leur paraîtrait de bonne prise, mais il veut leur permettre d'emprunter en connaissance de cause. Aux linguistes, il faut offrir le recueil comparatif auquel ils ont droit, destiné à remplacer avec avantage, c'est-à-dire avec plus de richesse, de méthode, de science, ce qui traîne épars dans une vingtaine de publications, épars et fragmentaire, le plus souvent erroné et antiscientifique, ("est seulement par la substitution de grands recueils méthodiques au nombre infini de lexiques régionaux sans grammaire et sans critique, que les études comparatives de philologie romane pourront s'étendre avec sûreté sur des aires de plus en plus vastes. Acceptons donc de bon cœur ce voisinage des dialectes dans notre œuvre. Il est bien plus étendu dans le Thésaurus de Du Cange, où les mots prétendus latins, fabriques par quelque moine ou quelque tabellion, n'ont souvent de latin que leur terminaison : ce sont des vocables saxons, burgondes, picards ou wisigoths déguisés. Il est plus étendu aussi dans le Dictionnaire de l'ancien français de Godefroy, où l'on soupçonne à peine, par la qualité des
exemples cites, la vraie patrie d'un mot. C'est très décevant pour qui savent are dans ces ouvrages sans fil conducteur. Heureusement, ces recueils sont de vastes nécropoles de termes morts, où le publie ne pénètre guère. Nous essayerons de donner toujours a chaque mot, à chaque forme dialectale, son état-civil exact, afin d'éviter, à force de clarté et d'analyse, ce que la complexité .lu sujet pourrait présenter de déroutant pour le public.
Une œuvre semblable doit être publiée non en une fois, mais par fascicules de 64 à 80 pages. Attendre qu'elle soit rédigée en entier pour en entamer la publication ne ferait ni l'affaire du public ni celle des auteurs. Ceux qui ne verraient rien venir accuseraient ou soupçonneraient les auteurs de ne pas travailler. X'est-ce pas ce (pie le public pense déjà maintenant ? Que serait-ce si nous tardions vingt ans à donner le premier fruit de nos recherches? Nous essayerons donc dès l'année prochaine de livrer le premier fascicule de l'œuvre (l). Le relevé systématique des richesses de nos idiomes doit être complété par une grammaire comparative des dialectes romans de notre pays. Les Mélanges wallons dédiés par des élèves et amis à M. Wilmotte, la Revue des patois galloromans, les Bulletins de la Société contiennent déjà des travauxpartiels sur la phonétique et la morphologie. Il ne peut être question de composer une œuvre grammaticale d'ensemble avant de recevoir, du moins en partie, l'expérience que doit donner la composition du Dictionnaire.
In atlas phonétique est le complément naturel de la partie phonétique de cette grammaire.
Mais l'histoire des mots ne peut se limiter à des lois en quelque sorte mathématiques et soustraites aux temps : le vocabulaire de l'ancien wallon, dont Grandgagnage a donne un noyau en cent pages à la fin de son dictionnaire étymologique, doit être exploité, recueilli, venir en témoignage dans la partie historique de notre oeuvre. Que d'autres travaux importants ou nécessaires se rattachent encore à celui du Dictionnaire, attendant chacun son ouvrier! Il y aurait lieu d'étudier la langue de chaque auteur wallon ancien, ou assigné au domaine wallon, comme M. Georges Dont repont l'a fait pour Hemricourt, de les étudier à tous les points de vue, vocabulaire, idiotismes, grammaire, orthographe
(l) Cette promesse n'a pu être tenue, faute de ressources. Une pétition, datée 'I" iti janvier 191 1. vient d'être adressée au gouvernement belge.
et phonétisme, en des monographies ou en des éditions plus critiques que les anciennes.
Nous voici, je pense, a la fin de notre explication. Le dictionnaire est donc fait ou il n'est pas fait, suivant ce que l'on exige de nous. Plus exigeants que nos propres amis, nous ne pouvons nous résoudre à produire une compilation comme il en existe tant, entreprises par des gens qui centralisent des notes, mais (pii, incapables d'en faire la critique, impriment tout pêle-mêle. Ces gens ne donnent l'illusion qu'ils sont des auteurs (au sens réel du latin auctures. parent de auctoritas et de augere) qu'aux lecteurs incompétents et crédules; les autres reconnaissent à l'ensemble et a mille détails le résultat de compilations mal faites, où rien n'est à sa place, ni interprété sainement, où même souvent le compilateur n'a pas su tenir compte avec intelligence des notes de ses correspondants. Nous espérons que pareil reproche ne s'adressera pas à notre œuvre. Si nous voulions faire une rhapsodie de ce genre, elle est laite et bien au-delà : il ne reste plus qu'à numéroter 4.00.000 fiches et imprimer ! Si nous voulons créer une u livre, (die est a composer tout entière, avec une sage activité, et il ne faudra pas moins de l'esprit critique, des connaissances diverses et des talents particuliers de ses trois rédacteurs, aidés de leurs collègues de la Société de Littérature wallonne et d'une armée de deux à trois cents correspondants, pour la mener à bonne fin. 11 y aurait un moyen pratique de presser le travail et de terminer trois fois plus tôt. Ce serait que chacun composât le tiers de l'ouvrage. Mais nous n'entendons pas ainsi la collaboration. Que l'un ou l'autre des trois ait pris l'initiative de charpenter un article, il faut que son travail suit examiné, complété, raccourci, remanié par ses collègues. Mais tout heureusement ne comporte pas discussion et controverse.
M'arrèterai-je ici sans parler des circonstances vitales de personnes, d'impression, de dépenses? Ce serait volontairement rester incomplet. Pour réaliser le Dictionnaire, il faut plus qu'un beau plan et un beau programme. Il faut une somme que je n'oserais pas évaluer sans faire jeter les hauts cris, une demifortune. D'abord l'œuvre exige un matériel d'impression tout à fait particulier, 'qu'un éditeur ne se procure pas sans des garanties sérieuses. Xous devons compléter notre bibliothèque romane et germanique. Jusqu'ici les auteurs y ont pourvu, grâce au budget ordinaire de la Société et surtout de leurs propres deniers. Sous le rapport des dépenses, il n'y a pas à craindre d'être laissé
découverl i1). L'État, les Provinces, les Villes, déjà sur la simple appréciation des travaux commencés, le Projet et le Bulletin <lu Dictionnaire, rivalisent pour nous envoyer leur cotisation annuelle. Des particuliers tiennent à honneur d'être inscrits parmi les protecteurs de cette œuvre. Quant aux hommes, il y a à craindre l'âge, la maladie, les découragements, les dissentiments, l'absence de loisirs. .le passe très vite à dessein sur ces causes de retard, dont, quelques unes existent réellement et devront être vaincues. En dépit des obstacles, le Dictionnaire se fera, certes; mais il importe aussi qu'il se fasse vite, qu'il se l'aise bien, couvé par la chaleur de ceux qui l'ont conçu, et, pour y arriver, il ne faut escompter rien moins qu'une synergie parfaite de toutes les forces, de toutes les aptitudes et de tous les dévouements.
Principes d'orthographe wallone (8)
La Wallonie souffre de ce «pie l'écriture, telle qu'elle est pratiquée par la majorité des auteurs wallons, ne reproduit fidèlement ni les sons, ni les formes, ni les rapports syntaxiques. On ne lit pas les œuvres wallonnes, on les devine plutôt. Le but que nous
(') Cette prévision volontairement optimiste ne s'est pas réalisée en entier. Les publications actuelles, Bulletin général, Bulletin du Dictionnaire, Annuaire, Bibliothèque de philologie wallonne, les récompenses affectées aux vingt-cinq Concours annuels absorbent toutes nos ressources et nous laissent en déficit. Ce n'est pas que la Province et les Villes nous aient marchandé leur appui, mais la subvention efficace doit venir de l'État. [A cette date du S mai 1911, l'intervention de l'État n'est pas venue sous la tonne que nous espérions, malgré les efforts persévérants de notre ami et collaborateur Â.ug. Doutrepont. L'État ne manque pas de lionne volonté envers notre œuvre, mais il entre difficilement dans nos vues et n'a pas le sentiment des nécessités qui nous entravent : et peut-être craint-il aussi pour sa générosité des remontrances flamingantes... Pour mettre l'œuvre en train et couvrir les frais d'impression du premier fascicule, nous axions besoin d'une dizaine de mille francs, que la Société endettée par sa propre activité ne pouvait fournir : M. le Ministre nous propose un subside de t,5oo francs par fascicule à charge d'envoyer 4°- exemplaires de l'ouvrage au ministère. 11 n'a point calculé que ces 401: exemplaires nous conteront 1,200 francs et que l'État ne fait ainsi qu'une souscription. Or chaque fascicule nous contera i.ooo francs de papier el d'impression, et nous aurions, si l'État maintenait ses conditions, a fournir douze cents exemplaires au public (800 6X. promis aux sociétaires. 400 au ministère) avant d'en mettre un exemplaire en vente! Et puis nous restons toujours dans l'impossibilité «le démarrer].
Chapitre détaché des Règles d'Orth. wall.. 2' édition, tgo5, pp. 14-16.
nous sommes fixé, en élabornnt ce système d'orthographe, peut se résumer de la façon suivante :
r. Représenter plus exactement les sons de la langue parlée : notre orthographe sera donc, autant que la pratique le permettra, phonétique.
2. Respecter la parenté qui unit les dialectes wallons au français : notre orthographe sera, autant que la phonétique le permettra sans danger, analogique.
3. Respecter les différences dialectales et les analogies dialectales, aussi exactement que la pratique le permettra. On y arrive d'ailleurs en se conformant aux principes d'analogie et de phonétisme énoncés plus haut. Notre système ne sera donc ni liégeois, ni verviétois, ni namurois; il doit servir pour tous les dialectes wallons; il doit permettre à un poète liégeois d'être lu fidèlement par un Ardennais, un Malmédien, un Brabançon, voire par un étranger qui connaît les habitudes graphiques du français. Tout artiste wallon comprendra l'avantage d'une orthographe qui ne trompe pas le lecteur. Unifier l'orthographe, c'est faire des règles telles que les mêmes sons, dans les mêmes mots, soient écrits par tous de la même façon ; que des sons différents soient écrits différemment. A différence phonétique (assez sensible pour être exprimée par l'écriture), il faut une différence graphique. Certains auteurs, mus par un sentiment patriotique excessif, préféreraient un système purement liégeois, ne prévoyant que les prononciations liégeoises, étouffant les autres prononciations dialectales. Cette politique, soyez-en sûrs, ne pourrait donner au liégeois qu'une catholicité artificielle. C'est par l'excellence des œuvres, non par des équivoques de prononciation, qu'il faut assurer à un dialecte la supériorité sur les autres.
4. Respecter les lois bien constatées de la formation et de l'évolution des sons et des mots dans les langues romanes, dont le wallon fait partie. Méconnaître ces lois par des graphies fantaisistes, c'est rejeter le wallon en dehors du cycle des langues romanes. Quand nous refusons d'écrire bai pour bé, c'est parce qu'il ne nous est pas du tout prouvé que l'on ait jamais prononcé en wallon ba-i, bay. Bai s'éloignerait donc du phonétisme sans raison analogique ni historique.
L'analogie ou imitation des graphies françaises n'est qu'une façon abrégée de respecter l'histoire du développement linguistique du wallon. Un homme qui n'a pas le temps ou les moyens d'apprendre le pourquoi et le comment d'un acte, se tire d'affaire
on imitant le voisin qui est mieux au courant; de même, nous autres Wallons, tante de connaître par une suite continue de documents la transformation du latin en wallon, nous allons demander au français les résultats d'une transformation parallèle.
Os considérations sur la valeur de l'orthographe analogique, qous permettront de nous affranchir au besoin de l'analogie. Le français a des graphies mauvaises, inutilement compliquées, dues an pédant isme on à l'ignorance. Il faut savoir en secouer la tyrannie, en wallon, pour se rapprocher de ce qu'exigent la phonci ique et l'histoire.
5. Quand on doit obéir a plusieurs néeessités à la t'ois, il faut établir une subordination entre elles. Qui l'emportera de la phonétique, ou de l'analogie brutale, ou de l'analogie corrigée et simplifiée par l'histoire? \ notre avis, la phonétique doit primer tout. On pourra donc aller, dans les concessions analogico-historiques, aussi loin seulement que le permettra cette nécessité de représenter exactement les sons de façon à ne pas tromper le lecteur.
Beaucoup de ceux qui demandent à un système orthographique <l'etre facile, sans plus, confondent l'orthographe et la grammaire Tout système présuppose la connaissance de la grammaire, c'està-dire une certaine habileté dans l'analyse du langage. L'espèce de facilite qu'on demande surtout a un système orthographique, celui-ci ne peut la donner. On voudrait qu'il dispensât de savoir diviser le discours en mots, de savoir distinguer un sujet, un verbe, une négation, un subjonctif, un homonyme, un rapport syntaxique. Aucun système ne peut en dispenser. Qu'on ne mette donc pas au compte du système orthographique les difficultés de la grammaire générale et de la logique II faut appeler simple et facile tout système permettant a qui connaît la grammaire de transcrire sa pensée, sans avoir à trembler pour chaque mot devant les exceptions et les caprices de l'usage.
L'orthographe du dialecte de Frameries (1).
M. Louis Dufrank a eu l'heureuse idée de faire paraître, en annexe aux œuvres de Joseph Dufrane, un Vocabulaire contenant lu plupart des mots framerisons (— de Frameries) prv-
I m ra n du Jjull. du DicL de lu langue wall., 4e année, 1909, pp. 37-49.
sentant une particularité. Ce vocabulaire a 87 pages et contient plus de 1100 articles. C'est une bonne contribution à la lexicographie du Hainaut. Nous n'examinerons pas le lexique en luimême ; nous en tenons les renseignements pour excellents, car ils émanent d'un connaisseur amoureux de sou dialecte. C'est sur un autre point que nous voudrions attirer l'attention.
Le Vocabulaire est précédé d'une note sur l'orthographe, qui appelle la discussion. En voici le premier paragraphe :
« L'orthographe adoptée par .lus. Dufrane dans ses dernières œuvres se rapproche, mitant qu'il est possible, des régies fixées par la Société liégeoise de Littérature wallonne. Nous avons, dans la présente édition, accentué encore le rapprochement, mais en respectant scrupuleusement L'étymologie dont Les Liégeois s'écartaient trop, au sens de Bosquktia ('). Toutefois, nous n'avons pu suivre aveuglément toutes les règles imposées; il y en a qui auraient rendu notre dialecte illisible en lui donnant l'aspect d'une langue artificielle. <>n pourra on juger, car nous avons placé entre parenthèses, à la suite de chaque mot, l'orthographe telle que l'exigerait la Société liégeoise. »
Ce préambule nous plaît. Nous avons affaire ici à gens de bonne foi. Or nous sommes de bonne foi nous-même; nous ne demandons pas mieux que d'apprendre les étymologies dont nous nous éloignons, bien à notre insu, et nous ne prétendons pas qu'on suive aveuglément nos régies. Nous sommes donc dans de bonnes conditions pour nous entendre, d'autant plus que, paraissant d'accord sur les principes, nous n'avons qu'à examiner les points particuliers sur lesquels l'honorable éditeur de Bosquètia fait des réserves.
1. « Une quantité de mots se prononcent de deux façons : faudra-t-il deux orthographes pour ces mots?» - L'ancien français n'hésitait pas à écrire une gent, des gens: un enfant, des enfans; une clef ', des clés; un buef, des bues (bœufs), parce que la consonne finale du singulier ne se prononçait pas devant Vs au pluriel ou se combinait avec elle. Aujourd'hui encore, on écrit cheval et chevaux différemment parce qu'ils se prononcent différemment, et personne ne réclame l'uniformité graphique sous prétexte d'unité ou de simplicité. Donc, logiquement et en théorie, à prononciations diverses doivent répondre des graphies diverses. Dans la pratique (car, dans un système d'orthographe populaire, nous distinguons toujours la pratique de la théorie, et nous cherchons des tempéraments pour concilier la logique avec la
C1) Pseudonyme de Joseph Dufrane.
tradition, les aises on la faiblesse des lecteurs), il y a lieu de peser les avantages des deux procédés.
Vous propose/ d'uniformiser «huis l'écriture des formes d'un même mol différentes par la prononciation. Comme il n'est pas vrai que jusqu'ici nous ayons exigé une orthographe strictement phonétique, nous comprenons très bien le désir de Bosquètia d'écrire Armand ou Annan dans tous les cas. Cela ne gène pas les Framerisons. Ils prononceront, dans les cas divers d'euphonie syntaxique, selon les liabitudes acquises, et ils n'ont pas besoin d'être avertis par récriture pour bien prononcer. Mais la question est de savoir si M. Dufrane se contente d'être lu par ses voisins. N'écrit -il pas aussi pour nous, qui ne sommes point de Frameries ? S'il veut (pie les oeuvres de Bosquètia soient lues par nous et savourées par nous dans leur vraie prononciation, — je ne dis pas seulement comprises, car comprendre est un minimum, je dis savourées avec leur plein goût de terroir, — il doit nous aider à les bien prononcer. La solution dépend donc du but ; ce n'est pas nous qui vous l'imposons, c'est votre but.
Supposons donc <pie les écrivains wallons de Frameries ne dédaignent pas d'être goûtés par ceux de Liège. En ce cas, ils ont le devoir de nous faciliter, par des graphies fidèles, la prononciation exacte du dialecte qu'ils aiment, et dont ils sont fiers à bon droit, et qu'ils ont consacré par quelques jolis chefs-d'œuvre. Tirons les conséquences.
Vous dites, — permettez-moi seulement de traduire un peu, — que maison se prononce avec la voyelle nasale pure on devant consonne, tandis que, devant voyelle ou à la fin d'un membre de phrase, maison se prononce avec voyelle orale o suivie d'une consonne nasale gutturale. Vous voulez l'écrire de la même façon dans les deux cas. Cela ne vous est pas défendu, même par notre système, mais vous y gagnerez (pie tous vos lecteurs étrangers ignoreront cette particularité dialectale et prononceront maison. Le verviétois, qui présente une différence analogue, n'hésite pas a écrire tché, né, vét, ré (chien, pas, vient, rien) et tchin, nin, vint, rin : !fu n'n ré vèyou (je n'ai rien vu), mais r/ii n'vou rin (je ne veux rien). A la vérité, cette dernière graphie est mauvaise et ne correspond pas a la réalité, car on prononce ce rm précisément connue a Frameries, mais nous voulons acter ici que le principe des deux graphies est observé a Verviers sans que nous soyons intervenu. De même, je n'hésiterais pas, si j'avais à écrire le langage de Frameries, à adopter le principe des deux
graphies, représentant les mots tantôt avec des an, on, in purs, tantôt avec le signe de la nasale gutturale. Est-ce à dire que nous imposons cette nasale gutturale? Pas plus à Frameries qu'à Verviers. Nous avons jusqu'ici toléré rin pour rè» et tchin pour tchéw a Verviers, ce qui n'est pas le signe d'une grande tyrannie, ce qui démontre que nous ne sommes pas les théoriciens intransigeants et irréductibles que croit M. 1).; mais enfin nous avons bien le droit d'exprimer une préférence et de dire comment nous écririons, en ce qui nous concerne.
M. D. dessert notre orthographe sans le savoir en nous prêtant des graphies barbares. 11 s'imagine (pie nous écririons marchanng, Armanng, maisonng: C'est nous écraser sous le coup du ridicule. Jamais nous ne voudrions, a aucun prix, de ces graphies horribles, et nous prions M. I). de ne pas nous les endosser dans son Vocabulaire- Quel sera le signe adopté ?
A petite différence phonétique doit répondre une petite différence graphique, assez Légère même pour que les lecteurs peu délicats ou distraits ne l'aperçoivent pas, — ne l'apercevant pas, ils n'en seront pas gênés, — mais suffisante pour que le lecteur délicat soit averti de la différence. Je représenterais donc Yn guttural, non par nng, mais par une n légèrement modifiée, soit ». Les lecteurs vulgaires prendront la boucle inférieure pour une fioriture ; la fantaisie des imprimeurs de prospectus et la mode leur présentent des déformations de caractères bien plus grandes, qui ne les déroutent guère. D'autre part, les lecteurs étrangers, qui veulent lire le framerison en framerison et non en français, sauront gré à l'auteur d'avoir si élégamment résolu un petit problème d'orthographe. Nous écririons donc fil maison, tju m'in von.
On autre avantage de cet n, c'est qu'il permet d'écrire les consonnes finales et de respecter scrupuleusement l'étymologie, que nous prétendons respecter plus exactement que Bosquètia. Xous n'écririons donc pas marchan et marchanng-, mais marchand et marchand ; non pas inuchan et muchanng, mais muchant, muchant (méchant). Cela nous permettra de conserver Vs du pluriel : vous hésiterez à écrire maisonngs, nous n'hésiterons pas à écrire discrètement maisons. Cela nous permettra encore de conserver les désinences personnelles des verbes : il in vont a Paris et non pas i7 in vonng a Paris.
Vous ne voulez pas de mou n sous prétexte que je n'ai pas
hésité à inventer un signe spécial. De grâce nous ne nous disputerons pas pour cela. Tournez la boucle à droite et n'en parlons plus ! Mais avoue/ que notre » ne rendra pas trop pénible la Lecture des mots framerisons et verviétois, qu'il ne tire pas l'œil, qu'il a des qualités.
•2. On prononce à Frameries Icù (loup) devant consonne, leuy devant voyelle. Nous avouons le désir de voir employer les denx graphies. Que M. D. ne nous prête pas l'idée d'écrire en ce dernier cas leuïe, car nous ne mettons pas l'e final à tort et à travers. Leiïie serait doublement fautif, et par sa terminaison féminine et par l'emploi de ï en fonction de y.
3. Dans les terminaisons -et, -é, -ais, -ez, la voyelle se prononce à Frameries comme l'e des mots français le, nie, te, se, de. On peut représenter ce trait intéressant de prononciation par eu, par œ, par un e pointé ou simplement par un e en caractère différent du reste du mot. Il suffira donc d'imprimer muguet, maquet, assoume, café, astez, pied, ou muguet, maquet. assoume, cale, astez, pied. Le masculin restera ainsi aussi conforme que possible au féminin, et aussi aux graphies françaises dont on désire ne pas s'écarter.
4- Si parti, banni se prononcent parte, banè, il faut écrire parte, banè, sous peine de mal faire prononcer les mots.
5. On prononce à l'infinitif fumé devant consonne, fumèy dans les autres cas. Nous écrivons fumer, fumèy. A vrai dire, l'r de fumer nous a été arrachée par un désir de rester le plus possible d'accord avec le français. Nous regrettons bien cette concession à l'analogie, parce qu'on ne prononce pas fumer partout, et que l'alternance des formes dialectales fumé, fumé, fumèy, est plus logique. Mais, fumer ou fumé, la différence ne touche pas ici à la prononciation, et l'on peut tolérer les deux. Ce qu'on ne peut accorder, c'est qu'on adopte entre fumé et fumèy un moyen terme, une graphie; fumei qui est mauvaise dans tous les cas, puisqu'elle se prononcera fumé. Les questions de phonétique ne se résolvent pas comme les questions de vente et d'achat, en « coupant la différence en deux ».
6. L'e aigu nasal est très fréquent en framerison. Ce son est absolument inconnu en français. L'auteur conclut... qu'il ne faut pas le figurer dans l'écriture ; que, si on le figurait, le plus patoisant des Framerisons ne pourrait plus lire couramment deux lignes. Ainsi, chose bizarre, quand les auteurs écriront malén, don vén, magazén, gobén, les lecteurs dépaysés ne parviendront
plus cà lire ! Il faut absolument que les auteurs écrivent malin on malin pour que les lecteurs prononcent malén ! Bref, nous nous butons toujours au même procédé : écrire les choses en français, le lecteur les devinera et les prononcera en wallon. Nous affirmons, au contraire, que, au bout de cinq lignes, sans avertissement préalable, le lecteur comprendra la valeur et le bienfondé des graphies en on.
La graphie malén n'est pas disgracieuse. Elle n'est pas irréprochable, puisqu'on peut l'interpréter mal et lire malé-n: mais c'est un défaut qui lui est commun avec les autres signes des voyelles nasales. Elle est certes plus exacte que malin, et elle est moins sujette à erreur, car -in n'existe pas non plus en français et, par conséquent, on sera tente de le prononcer î-n. Une fois le principe admis que le signe compose en représente une voyelle nasale, la prononciation s'ensuit : en est la voyelle nasale de é. Mais, une fois le principe admis que le signe in est une voyelle nasale, la prononciation qui en résulte est simplement in, c'est-à-dire la voyelle nasale de è et non celle de é.
7. Suivant en cela une habitude du Hainaut qui est déplorable, l'auteur change les in en ein et en ain. Les écrivains hennuyers s'imaginent rester plus fidèles à l'étymologie quand ils écrivent bonlaintyie à cause de l'a de boulanger, teimpète à cause de l'e de tempête, deint à cause de l'e de dent. C'est sans doute en cela qu'ils estiment que nous nous écartons de l'étymologie. Hélas, ils ne savent pas que les graphies ain, ein ont une histoire particulière et qu'il n'y a pas de rapport entre ain et an, entre ein et in. Si l'on écrit aujourd'hui main, j>ain, plein en français, c'est parce que l'on a prononcé jadis mayn, payn, pleyn : corrélativement, M. D. est-il sûr que l'on a prononcé jadis en framerison bonlayntjie, teympète, deynt ? Nous sommes certain du contraire, et, par conséquent, ce qui respecte l'étymologie, c'est d'écrire boulinfyiy, timpète, dint. On doit être intransigeant sur ce point. Cette habitude des ain et des ein est empruntée à quelques vieux auteurs sans connaissances grammaticales. Le plus grand service qu'un écrivain hennuyer pourrait rendre à sa région serait l'échenillage de ces a et de ces e parasites.
8. Il paraît que nous proscrivons d'une façon absolue les consonnes parasites, mais sans fournir aucune règle. Si l'auteur avait lu, dans VEssai d'orthographe wallonne ou dans les Règles, les passages relatifs à cet objet, il saurait qu'il s'agit ici non des consonnes finales qu'exigent la déclinaison et la conjugaison, si
— bo —
du veut rester dans le cercle des langues romanes, mais de consonnes ridiculement introduites par les grammairiens do \ Ve et du XVIe siècle, au mépris des lois du langage, qu'ils ignoraient. .1 ai cité jadis vingt ai doigt comme étant les plus caractéristiques de ces bévues. Le latin viginti, qui contient un g- en effet, est devenu à peu près viyinti, vinti, vint; digitum est devenu a peu près deyt', puis doyt' (de-if, do-if). Les grammairiens français de la fin du moyen âge, en écrivant vingt et doigt, ont introduit un g qui était mort ou transformé en y depuis dix siècles et plus ! Et, pour comble, ils l'ont introduit à une mauvaise place, après n de vingt, c'est-à-dire après le n de viginti ! Ces Messieurs les grammairiens, beureuse inconséquence ! — n'ont pas pensé à introduire ce même g dans froid, de t'rigidum, dans roide de rigidam. Il est étonnant qu'ils n'écrivent pas roig à cause de regem et loig à cause de legem. Mais ils nous ont doté de scier à cause du c de secare, qui s'était aussi changé en y quelques siècles auparavant, et de sçavoir à cause de scire, bien que savoir vienne de sapere et non de scire. Partant nous devons nous féliciter de ce que les gallopbiles ue nous ont pas encore réclamé sçoyî au lieu de soyî et sçaveùr au lieu de saveur.
Notre système à nous est de suivre l'analogie du français partout où c'est plausible, de ne pas la suivre dans ses verrues et ses polypes. Au moment où nous nous occupions d'agencer une réforme cohérente, la réforme de l'orthographe française était dans l'air. Nous espérions que les romanistes français réussiraient à balayer certaines consonnes ridiculement introduites : ils ont échoué contre la routine et l'incompréhension des académiciens. Us ont échoué; mais nous, qui sommes libres, pourquoi irions-nous jusqu'à imiter les verrues d' autrui? Nous nous sommes permis d'écrire vint et doit, et. chose plus grave, nous avons supprimé Vs que le français a introduite à la première personne du singulier dans toute la conjugaison, écrivant^/ von à cause de volo, tyi so à cause de su m, fyi vin (venio), fyi prind ( prendo), fyi voleû (volebam), dfèsteù (stabam).
9. La graphie wa n'a pas eu l'heur de plaire à M. D. Pourquoi? Est-ce parce que la voyelle a précédée d'un w s'exprime mieux par oi? Non, mais Frameries prononçant wa comme le français, on n'y sent pas la nécessité de changer oi français. Le raisonnement est excusable, mais ce n'est pas se soucier beaucoup de ce qui correspond à oi français dans les autres
dialectes wallons. Ceux qui prononçaient wè, wé, prétendaient aussi conserver oi ('). De sorte que, dans tout ce qui s'est écrit en wallon eu dehors de notre orthographe, il n'y a pas moyen de savoir ce que l'auteur prononce quand il écrit oi 1 II n'y a qu'un seul remède à cet abus de la graphie oi : c'est de faire écrire wé, wè, ma, ivâ, wo suivant la prononciation locale.
io. L'abus des signes w et k donnerait, dit-on, aux dialectes wallons un aspeci germanique. — C'est répéter ce que nous avons dit nous même; nous sommes donc d'accord sur le principe. Mais où est l'abus? M. I). a-t-il jamais vu écrit du picard ancien? Sans doute. Il sait «loue que les dialectes romans du Nord ne répugnaient pas a remploi de w et de k. Le texte picard d'Aucassin et Nicolete écrit ki à côté de qui, kaitif à côté de caitif, manke et non manque, waucrer, waumoner. Philippe Mouskès écrit enkor, ki. arceveskes, rike (riche), clokète, triuwe (trêve), lieiiwe (lieue), waiter guetter), wès (us). Les exemples foisonnent dans les écrits namurois et liégeois. L'emploi de w et A" se justifie doue par la tradition. Au reste, nous n'abusons pas de ces deux lettres, puisque, partout où le français emploie c et (]ii, nous en usons de même. Il n'y a qu'une exception à cette règle de bonne analogie : c'esl lorsque le c dur se trouverait en wallon devant c, /". Si commencer se dit comincher en Hainaut, cumincî en verviétois, il est kiminct à Liège et nous ne pouvons pas écrire ciminci, ni quiminci, ni cuimincî. Xos graphies nous sont dictées par des circonstances plus fortes que nous, tandis que nos contradicteurs s'imaginent toujours que nous les choisissons par caprice, pour taquiner les habitudes reeues et barbariser les textes. En conséquence, il faut employer le k ailleurs encore que dans les mots d'origine étrangère, dans uake, kèryi (charrier), kèrki (charger), keude (coudre), kèyére (chaise), keuy (chu), qui ne présentent qn ni en français ni en latin. Pour le w, nous n'approuvons pas plus scouatei que ouallon : c'est sewatèy, walon, wé, watyûre (2) qui s'imposent.
il. M. D. loue notre emploi de la demi-consonne y. Cependant il ne se fait pas une idée tout-à-fait adéquate de son emploi (s). Sans quoi décrirait leny, fuinèy, aiwéye (aiguille), ab"yi (habillé).
(*) Un correspondant hennuyer nous écrivait un jour que, dans sa localité. « connaître » se disait counoite. Invité à préciser quel était Le son qui se dissimulait sous cette graphie équivoque, il transcrivit counwote !
(2) M. D. écrit par inadvertance wadgnre avec 1111 g.
(5) Jamais notre y n'équivaut à ii.
Il ne proposerai pas de conserver /// pour y, juste au moment où en France le signe de / mouille vient, de perdre le son de / mouillé. Le signe y esl si commode, si simple que les Français devraient l'adopter; le signe /'// est si incommode, si compliqué, si équivoque enfin que les Français devraient le rejeter. Cet ///.disionsnous, • a toujours été une cause d'embarras; il ne correspond plus a la réalite ». M. D. nous l'ait l'honneur de nous citer, puis il conclul a la conservation de /'//. Nos arguments ont donc, glissé sur lui.
Les Borains n'ont aucune raison d'adopter ly, dit-il, puisque, dans aucun de leurs mots, il n'existe d'ill mouillé « proprement dit ». M. I). a l'air de comprendre (pie nous lui conseillons d'écrire papilyon quand il prononce papiyon. Eh bien! pas du tout. Si vous prononcez milyon, écrivez milyon; si vous prononcez papiyon, écrive/, papiyon. Ce que l'on déconseille, c'est d'écrire papillon, parce que personne ne sait si vous prononcez cela comme les Français d'aujourd'hui ou comme les Fiançais d'hier; parce que les provinces n'ont pas encore adopté la mode parisienne et que ill, en conséquence, est équivoque. Vous aurez beau me citer le gl italien et le // espagnol; cet argument ne me touche guère, puisque vous ne proposez pas d'écrire papiglon. Ce qui est plus grave, vous citez la « tradition » boraine; c'est la prononciation boraine qui a « prévalu »; c'est une « abdication » de supprimer le signe ill « puisqu'aujourd'hui tous les peuples latins le prononcent comme les Wallons l'ont toujours prononcé ». M. D. voudra bien nous accorder que #7 et // ne sont pourtant pas ill, en sorte que le français seul se sert de ill, et non tous les peuples latins. Le patriotisme fait faire à l'auteur une confusion entre les signes et les sons. Si d'autre part le borain prononce y aujourd'hui un groupe qui a été (' / ou gl. puis yl, pour devenir ly (/ mouillé), il a subi la même évolution que les autres peuples; il n'a imposé sa prononciation à personne; et, quant à la façon de figurer cette prononciation, si l'italien en est resté au stade gl et le français à il, ill qui représente la prononciation yl d'il y a dix ou douze siècles, ce n'est pas une raison pour adopter ce gl ou cet ill; au contraire. Ce serait affubler un jeune homme d'une défroque de vieillard Ce serait abdiquer sa jeunesse et le droit de renouveler le vieux costume graphique des mots. De quel côté serait l'abdication?
12. De même, c'est parce (pie le français a tort d'écrire nous portions et des portions que je désire supprimer cette équivoque
en wallon. Puisque l'espagnol et l'italien touchent M. I)., qu'il regarde comment le -tion français s'écrit dans ces deux langues (il. venerazione, propagazione, ambizione; esp. narracion, corrupcion, émotion), il sera moins fasciné par la graphie française; il ne craindra ni constitution, ni portion, ni action ou acsion.
i3. Pour liyon, M. D., emboîte l'argument contraire. Tantôt il voulait conserver -ill- et -tion parce que la prononciation boraine est conforme au français. Ici il prétend conserver la graphie française, bien que la prononciation soit différente, C'est parce que, en fait, M. D. se guide d'après des répugnances et des sentiments. Son siège est fait, son parti pris avant qu'il n'argumente. Répétons donc pour le cas de lion ce que nous avons déjà dit : si vous l'écrivez comme en français, je le prononcerai comme en français, en une syllabe, soit lyon. Si vous l'écrivez liyon, vous m'apprendrez qu'il y a une syllabe li et une syllabe on, liées par un y qui se prononce plus ou moins suivant les régions et suivant les individus. Vous êtes libre d'écrire comme vous voulez et de me tromper par vos graphies, mais je veux avoir le droit de prononcer ce que je vois écrit.
Les exemples fournis par M. D. ne prouvent donc pas que nous ayons préconisé des règles incompatibles avec le génie de son dialecte. Aucun d'eux ne démontre que les créateurs de l'orthographe wallonne n'ont pas une connaissance suffisante des dialectes hennuyers. Pour adapter une graphie à un son, il n'est pas nécessaire de savoir tous les mots d'un dialecte. Celui qui sait moins de mots et plus de phonétique est beaucoup mieux préparé pour déterminer l'orthographe d'un dialecte que celui qui sait plus de mots et moins de phonétique.
Au fond, n'y a-t-il pas quelque malentendu entre M. D, et nous? Pour M. D. notre orthographe se confond avec l'orthographe phonétique. De là certaines erreurs de son Vocabulaire. Certes nous tendons au phonétisme, mais avec bien des atténuations. Ainsi nous écrivons, tout aussi bien que M. D., clicotia, blaria, èscoiwion au lieu de -ya, -yon. Nous conservons les lettres finales muettes qui attestent l'étymologie du mot; au lieu des graphies blouk, bideu, catwar, crabo, gado, corau, qu'il nous attribue, nous écrivons blouke (fr. boucle), bidet, catwâre, cras-bos, gadot, corô ou corde (fr. courroie) (')• En revanche
- (') Le liégeois prononce et écrit corûye. haye; le framerison prononce et peut écrire corô, «. mais il peut aussi conserver I'e muet du français courroie, haie.
nous repoussons pusse pour pus' (puits), colibète pour quolibet'. Nous conservons la douce finale dans dalâge, pwalâge, iêve (lièvre), cachîve, ga.de, m'atind-je, mâgue, (maigre), parée qu'elle est étymologique et qu'elle se prononce douce dans certains cas, par exemple devant une voyelle initiale. Nous écrivons, tout comme M. I)., (fiiiue, dèsconcanèy, et non kine, dèskonkanèy, mais aussi broke (fr. broche), et non broquc. Nous notons soigneusement la voyelle longue et fermée dans skeùie (secouer), cèmintiêre (cimetière), etc.
Voici d'autres mots où l'orthographe de l'éditeur et la nôtre, bien enseignée cette fois, sont en présence. Nous ne craignons pas d'en offrir la comparaison à tout lecteur non prévenu.
Orth. Dukrane
aroïie
arrousette, barrette
artoile
assayie
bauffe (petite cave)
bauillie
bèrdouille
billettes
bi'n-aise
brain
busïe
causse
cerque
couaille
coueillie
doûgt (doigt)
dueil, sueil
eindamei
t'ourbillïe
gaillie
habeille
mouiat
pouail
saillette
waillin
Orth. de la Soc. Wall.
aroyî
arousète, barète artwal (fr. orteil) assayî
bôfe
bôyi
bèrdouye biyètes binaise
brin (fr. bren, embrener)
busyî ( = bus'yîj
eau s' (chaux)
cèrke (cercle)
cwaye (caille)
cwèyî (cueillir)
dont
dwèy (deuil), swèj7
indamèy (intaminare)
fourbiyî
gayî
abèye
mouya (liég. mouwè
pway (poil)
sayète
wayen
Notre orthographe n'a certes pas la prétention d'être impeccable, puisqu'elle n'est pas exclusivement phonétique et qu'elle
comporte une certaine somme de transactions. Encore convientil de ne pas lui attribuer par erreur des vices qu'elle a pris soin d'éviter. Le système que nous préconisons est le fruit d'une étude approfondie; une pratique de plusieurs années en a l'ait ressortir les avantages. Nous reconnaissons toutefois qu'il est susceptible de s'améliorer et de se compléter. C'est ainsi que M. D. nous révèle l'existence à Frameries d'un œ fermé nasal qu'il transcrit par un : pûn (pomme;, inrùn (discorde), d'rûnbèy (dérober . Cette graphie est parfaitement acceptable.
Nous serions heureux si les explications qui précèdent pouvaient dissiper chez M. D. ses dernières préventions contre l'orthographe dite « liégeoise » et lui faire voir que nous sommes bien près de nous entendre.
La zone picarde-wallonne (')
étudiée par le R. P. Grignard.
L'œuvre couronnée du P. Grignard sur les patois de l'Ouestwallon n'a pas eu la chance d'être corrigée et remaniée amoureusement par lui pour la publication dans nos Bulletins. Sa vocation l'a conduit aux Indes, où il évangélise les Faharias ou les Lepchas à la mission de Kurséong, au pied de l'Himalaya, au lieu de peser des syllabes picardes ou wallonnes à Charleroi. Peu avant son départ, il avait bien commencé une refonte de son premier manuscrit, dont les grandes pages pleines de surcharges, d'additions aux marges, de notes intercalées en des temps divers, n'étaient pas déchiffrables pour un imprimeur. Mais il n'a pas eu le loisir de pousser très loin ce travail. Il s'est arrêté au début de la lettre o, et encore renvoie-t-il souvent du second manuscrit au premier, compliquant ainsi la publication au lieu de la faciliter. Quant aux trois autres quarts, il a dû se contenter de biffer au crayon des mots, des exemples, des membres de phrase incrimines par le jury et d'ajouter des numéros aux paragraphes. Or, on a vu par le rapport de M. A. Doutrepont que le jury aurait désiré une mise en valeur beaucoup plus intime et plus laborieuse des précieux matériaux accumulés. La mission m'est échue d'opérer ce travail. Je dois donc dire en quoi j'ai respecté l'œuvre
(') Préface de la Phonétique et Morphologie des dialectes île l'Ouest-wallon. par Adelin Grignard, S. J.. éditée par J. Feller, dans Bull, de la Soc lié»-. de Littér. wall., t. 5o, 2e partie, 1909.
première, en quoi j'ai cru devoir la transformer, à mes risques et
aux risquer de l'auteur — absent et consentant.
L'œuvre de M. Grignard a l'avantage, ou la disgrâce, suivant le point de vue, qu'elle n'expose pas l'étude d'un dialecte wallon naturellement délimité, offrant, à tous les endroits, sur tous les points importants de son vocalisme, le même traitement presque invariable, n'ayant que des variations légères de détail, comme de tchantnut a tchantneiit ou demwart à mwtrt. La région étudiée ici n'a pas d'unité. C'est une zone de transition où se croisent et s'entrecroisent deux dialectes. Les esprits purement spéculatifs objecteront que toutes les régions sont intermédiaires, que dans toutes se présentent des limites phonétiques, en deçà et au delà desquelles les mêmes mots ne sonnent plus du même son. Nous leur répondrons qu'il y a différences et différences : il ne faut pas seulement les compter, mais les peser. Les unes sont presque négligeables, les autres sont radieales, et, accumulées, impriment la sensation bien nette du passage d'un idiome à un autre. Telle est la région explorée ici. Deux espèces appartenant à des genres différents, le rouchi, du domaine picard, et le namurois, du domaine wallon, s'y rencontrent et s'y entrepénètrent. Ce n'est pas un centre d'où les eaux gonflées s'avancent rythmiquément en ondulations successives, c'est un détroit où s'entrelieurtent les derniers flots de deux mers opposées.
Voilà ce qui rend si compliquée la description phonétique de ce soi-disant dialecte de l'Ouest-wallon. Cette description, l'auteur l'avait commencée sans avoir une vue bien nette des oppositions qu'il aurait à mettre en relief. Il a cru qu'il lui suffirait d'emprunter le moule d'un travail analogue fait sur le dialecte de Namur et d'introduire les variantes dialectales. Mais le dialecte de Namur est homogène : il n'y a, pas d'homogénéité dans la région qui s'étend de Waterloo à Chimay et de Walcourt à Thuin. A mesure qu'il avançait dans sa description, l'auteur s'en est aperçu. A la fin, il en avait acquis la claire intuition et c'est alors qu'il a rédigé cette introduction S3rnthétique à laquelle nous nous sommes gardé de toucher. Il en résulte que l'exposé des traits dialectaux est resté assez lent et confus. L'auteur y mettait un peu toutes les questions au même plan. Il faisait la chasse aux exemples rares et d'étymologie douteuse, tandis que pareille démonstration réclame des exemples communs et non contrôler sables. Puis il arrivait que certains mots choisis à cause de leur singularité avaient besoin d'exhiber tout un état-civil de
variantes et de dérivés. Tous ces détails, sollicitant l'attention en même temps, empâtaient le sujet principal. D'autre part, trop peu étonné des résultats de son enquête, l'auteur enregistrait les variations profondes et les superficielles avec la même sérénité, sans une phrase qui mît le lecteur en arrêt et l'avertît de l'importance du phénomène. Mon premier rôle a donc été, dans ce travail de mise au point, de supprimer des causes d'encombrement et de confusion, de sacrifier certains exemples, de délester l'œuvre des remarques de syntaxe et de lexicologie inopportunes, de clarifier et de raccourcir les délimitations géographiques des sons, de donner çà et là, par quelque phrase ou quelque mot précis, la sensation qu'on avait affaire à une zone de transition et à un caractère différentiel important.
Forcé de respecter autant que possible la conception d'autrui, je n'ai pu m'en affranchir aussi complètement que j'aurais voulu. Il est souvent plus difficile de remanier une œuvre que d'en composer une nouvelle. Ainsi, quoi que nous ayons fait pour rendre plus saillants les traits spéciaux et réduire la place des caractères génériques et communs, nous avons conscience de n'avoir réussi que très imparfaitement Nous avions contre nous à la fois le sujet, trop composite pour se prêter à une rapide analyse, et la crainte de trahir notre auteur, trop éloigné pour nous donner sur chaque innovation son opinion définitive. Puissent mes deux collègues du jury, qui ont étudié attentivement l'original, estimer que six mois d'un travail intensif n'ont pas nui à l'œuvre consciencieuse du P. Grignard.
Les changements opérés portent tantôt sur la forme et tantôt sur le fond. J'ai déjà parlé du travail d'élagage dans les exemples : il en reste souvent trop, mais le lecteur peut s'arrêter en cela au bout de deux ou trois exemples probants, et négliger les exceptions et explications qui remplissent le reste du paragraphe. J'ai séparé dans la mesure du possible les phénomènes généraux des variations particulières. Les indications des limites ont été souvent mises à part, afin que le lecteur puisse les sauter ou les consulter attentivement, suivant son objet. L'auteur n'a pas craint la copieuse énumération des communes formant la limite de chaque phénomène. Il faut lui en savoir gré, et l'on peut être sur qu'il a déterminé ces limites avec soin et presque toujours sur place. Quand ces listes faisaient double emploi avec une carte, je les ai abrégées; celles qui, au contraire, remplaçaient une carte, ou qui contenaient des considérations théoriques, une
façon particulière de présenter les faits, je les ai conservées.
Parfois l'auteur ne donnait que des titres et des exemples : j'ai dû alors interpréter les résultats et les classer. Parfois je n'ai pris que les exemples et j'ai refait tout le cadre de l'exposé théorique. Il en est arrivé ainsi, notamment, dans la partie relative aux consonnes. Le jury aurait voulu une disposition à peu {très semblable à celle de la grammaire de Meyer-Lûbke : je n'ai pas osé opérer une reconstruction aussi complète; mais, conservant chaque famille de consonnes, j'ai refait à peu près chaque chapitre. L'auteur commençait par des accidents phonétiques sans importance, mélangeait les cas des consonnes simples et des consonnes doubles, des groupes d'origine latine et des groupes d'origine romane, ce qui ajoutait une anarchie; nouvelle à l'anarchie naturelle1 du langage composite de cette région. Il faisait venir au même plan et dans la môme liste des phénomènes très distincts comme la dénasalisation de c dans tchèrpètî (charpentier) et la disparition de n dans ministerium. J'ai tâché de présenter un tableau complet des destinées de chaque consonne, les prenant d'abord entre voyelles ou simples, comme initiales, médiales protoniques et posttoniques, finales; ensuite doublées ; puis en groupe avec d'autres consonnes, groupe latin, groupe roman, consonnes précédant et suivant, groupe initial, médial, final. C'est dans cette partie, où je croyais d'abord n'avoir rien à changer, que j'ai dû innover le plus.
Partout j'ai essayé d'accentuer les différences entre l'Est et l'Ouest du pays exploré, entre la région wallonne proprement dite et le domaine du rouchi. Rarement l'auteur mettait en opposition les deux usages. Certes nous savons ce qu'il y a d'artificiel dans cette action d'individualiser par un nom un idiome local, mais nous savons aussi combien c'est plus clair et plus commode pour le lecteur. Ici d'ailleurs on peut parler de dialectes différents sans courir le risque d'errer et de prendre des variations insignifiantes pour des caractères différeneiels tranchés. Sur ce point il n'est pas possible que je sois en contradiction avec l'auteur. Il a lui-même synthétisé son opinion dans le chapitre d'introduction : je n'ai fait que la répartir en détail dans les divers paragraphes. C'est un soulignement, tout au plus.
l 'iiil'ois cependant j'ai dû me mettre en opposition avec des idées de l'auteur et je n'ai pas toujours indiqué en note ces divergences, pour ne pas me poser en critique de l'œuvre savante que j'avais à publier. Ainsi j'avertis ici que l'auteur, dans une
longue note ajoutée au § 82 (L + consonne) et que j'ai fondue dans ce paragraphe, croit, avec son guide Xiederlànder, que / est tombée après e dans bellum : bia, sans se vocaliser en u. Je lui ai endossé dans mon texte l'opinion contraire : « dans le ia namurois, qui est pour iau, u s'est résorbé » (§ 82). Je dois donc assumer la responsabilité de divers changements de rédaction qui impliquent une autre façon d'interpréter les faits. Peut-être aurais je dû avertir, comme je l'ai fait dans une note à la fin du § 36 pour a représentant in et in de. Mais la théorie en tout ceci n'est-elle pas une chose accessoire? Ce que le linguiste recherchera dans ce travail, ce n'est pas une explication conjecturale, ee sont des faits, des faits nombreux et classés avec ordre.
J'ai ajouté une couple de cartes, une pour où : wè (frou, f'rwè, frigidum), une pour doûr : dwam (dorm(i)o), qui montrent la distribution géographique de deux traits d'une importance capitale. J'ai essayé de rendre plus parlantes certaines autres cartes, par exemple celle de l'imparfait, celle de la seconde personne du pluriel en -èz, -éz, -iz, -ôz, -ouz, celle de la troisième personne en -tè, -et, -mit, -liât, -net.
Le mot mis entre parenthèse après un exemple wallon a simplement pour but de faire reconnaître facilement par un étranger l'identité du mot wallon, et non de fournir au linguiste, qui n'en a pas besoin, l'étymologie du mot. Pour y arriver, nous choisissons tantôt la forme latine, pleine ou syncopée suivant l'opportunité, tantôt la forme française collatérale. Quand il n'y a pas d'erreur possible, nous omettons toute traduction. Pour alléger le texte propre, nous avons rejeté souvent dans cette même parenthèse des variantes dialectales, que le lecteur pourra délaisser s'il est plus désireux de trouver une suite de formes concordantes que curieux de divergences et d'exceptions.
L'auteur n'a pas choisi pour ses exemples une orthographe purement phonétique. Il a cru, et personnellement nous aurions mauvaise grâce à lui en faire un reproche, il a cru devoir adopter celle de la Société de Littérature wallonne, en se rapprochant toutefois du phonétisme et en laissant les tolérances analogiques permises. Ainsi son travail sera plus accessible à toute une catégorie de lecteurs. Quant aux philologues, il n'y a pas pour eux d'erreur possible de lecture dans ce système, s'ils veulent bien retenir que l'e non marqué d'accent représente Ve muet du français, que les consonnes finales non suivies de la minute (') sont muettes, que la consonne douce et sonore finale est forte et
sourde dans la moitié dos cas, que les voyelles nasales sont écrites comme en français. On a d'ailleurs averti de la prononciation dans le texte, quand on prévoyait une confusion possible.
Il nous restera, au cours de l'impression, à dresser un index des mots wallons cités.
Une dernière réflexion, au sujet du titre. Cette région étudiée, l'auteur l'appelle Ouest-wallon : je la nommerais volontiers zone picardo-wallonne. La raison de cette différence gît dans la façon d'interpréter les faits. L'auteur choisit une limite séparative (c -f- a, voir l'Introd.) en décidant qu'elle est la plus importante et que le wallon commence à cette limite. A notre avis, on tombera dans l'arbitraire chaque fois qu'on voudra, en fait de délimitation dialectale, choisir pour frontière une ligne et non une zone. Il ne faut pas adopter de ligne-limite. Les partisans des solutions simplistes y trouvent leur compte, non la vérité. L'expérience nous montre que les dialectes se compénètrent à leurs confins comme les ondulations de l'eau parties de deux centres voisins. Une lutte pour la vie se produit là entre les phonèmes synonymes, et le résultat, c'est la bigarrure dont nous tenons ici un superbe exemple. Le faisceau des limites importantes, depuis la plus occidentale jusqu'à la plus orientale, enserre une bande de terre qui est la vraie limite, la marche commune entre les deux dialectes.
L'auteur avait commencé, en attendant l'opinion du jury sur le présent travail, une Phonétique et Morphologie des dialectes de la Haine. Il n'en a fait que la phonétique, et pour la morphologie, des tableaux de conjugaison. Il nous a livré son manuscrit, précieux bien qu'inachevé. Peut-être aurons-nous quelque jour le loisir de le compléter et de le publier.
Pour la Typonymie wallonne.
Comment faut-il faire la toponymie d'une commune ? (l) C'est surtout en toponymie que les concurrents nous donnent
(') l'aies détachées d'un rapport lu à la séance <le mai 1907. sur deux travaux de toponymie, et inséré dans le Bulletin du Dictionnaire, 2e année. 1907, p. 1-10. L'assemblée avait décidé de publier incessamment cette partie générale, qui pouvait être utile dès cette année aux participants du 10e concours. —On sait que la Société liégeoise de Littérature wallonne inscrit au programme de ses concours, depuis plusieurs années, une « Étude sur la toponymie d'une commune wallonne ».
— très savamment parfois — ce dont nous n'avons que faire, quittes à ne pas nous fournir ce (pie nous demandons. Comme d'autres auteurs sont déjà tombés dans ce défaut (2), il sera peut-être d'un intérêt assez général de préciser le but du concours, de tracer dans ses grandes ligues le programme des recherches à faire, de délimiter une bonne fois pour les concurrents futurs ce qui est indispensable, ce qui est suffisant, ce qui est facultatif.
Lorsque la Société a inscrit la toponymie parmi ses questions de concours, elle a été mue par les considérations suivantes.
En soi, par son contenu, la toponymie relève plus de la linguistique que de l'histoire proprement dite. Elle prête à l'historien des matériaux dont il peut tirer des conséquences historiques, mais c'est le philologue qui doit étudier les noms de lieux. Ou plutôt, comme ces qualités de philologue et d'historien sont des abstractions et peuvent se rencontrer réunies, à des degrés divers, chez les savants, disons que c'est faire œuvre de philologue que de recueillir, définir et expliquer les noms, œuvre d'historien d'en tirer des arguments et des conséquences. Une société qui a inscrit la philologie à son programme ne peut se désintéresser de la masse énorme de termes qui ont servi dans notre région à dénommer, depuis vingt-cinq ou trente siècles, les eaux et les bois, les monts et les vaux, les lieux habités, les lieux cultivés, tous les accidents de terrain, tous les phénomènes de colonisation et d'appropriation du sol. Ces termes font partie du langage; ils évoluent dans leur phonétique et leur signification au même titre que les autres. Ce qui les différencie, c'est qu'ils sont plus difficiles à observer et à recueillir. Parfois même ils n'existent que par unité. Or ces termes ne sont explicables et significatifs qu'à deux conditions. D'abord il faut bien connaître la nature de l'objet dénommé, dans le présent; et, cet objet étant immeuble, on doit aller à lui pour le connaître ou bien avoir recours aux lumières des indigènes. Ensuite il faut pouvoir remonter dans le passé des lieux et de leurs habitants.
Une société comme la Société liégeoise de Littérature wallonne, un philologue, un historien ne peuvent se transporter partout, pour étudier à loisir les lieux et les dénominations. Us ne peuvent que s'évertuer sur les matériaux fournis par les travailleurs
(2) Les auteurs des toponymie* de Francorehamps. de Spa, de .Tupille. de Jamoigne.
locaux. Ils demandent donc ces matériaux aux gens instruits et de bonne volonté qui connaissent à fond la topographie de leur commune. Que faut-il doue savoir et quel travail faut-il exécuter pour être à même de fournir à la Société wallonne une contribution utile? Nous allons essayer de le dire, de point en point, en suivant un ordre presque chronologique des opérations.
La première condition est de connaître la région à décrire par le menu. On ne doit pas se contenter de puiser dans sa mémoire ou dans quelque liste cadastrale : il faut aller visiter les lieux, pour se rendre compte de visu de la nature et des qualités de l'endroit. Quelles sont les dimensions approximatives, l'altitude, les limites, les lieux avoisinants, la nature du sol? Cette visite doit aboutir à une description topographique précise, courte, de l'objet; elle pourrait se réduire à deux ou trois lignes de texte, souvent a moins quand il s'agit de prés, de labours, de propriétés, à condition qu'on ait soin de tracer de bonnes cartes.
Les cartes sont indispensables. Celui qui entreprend de décrire sa commune doit s'en faire une carte étendue et complète. D'ordinaire l'hôtel de ville de la commune en possède une de grande dimension. Mais c'est un plan cadastral se préoccupant beaucoup plus des limites des propriétés que des noms originaux. 11 ne contient qu'une minime partie des noms à relever. En outre, il ne dit rien du relief du sol qui joue un si grand rôle dans les dénominations. Le relief du sol sera donné par la Carte de l'Institut cartographique militaire au vingt millième. A l'aide de ces deux cartes, le concurrent devrait fabriquer une carte toponymique assez grande pour être bien lisible, qui indique à la fois le relief du sol avec les lignes hypsométriques de cinq en cinq mètres, et qui retienne de la division cadastrale des terres ce qu'il juge utile comme argument, sans exagération de détail. La numérotation cadastrale des propriétés n'aura que rarement de l'importance. Ce travail préparatoire achevé, l'auteur inscrira les noms fidèlement, soigneusement et, si j'ose dire, calligraphiquement, avec la pensée que sa carte devra être gravée et reproduite par l'impression. Qu'il soit bien pénétré de cette idée que la recherche des noms est sa besogne fondamentale, et que l'inscription précise de «es noms en bonne place sur la carte équivaut à un procèsverbal d'identité entre le nom et le lieu. Tout le reste est commentaire, éclaircissement, démonstration.
Jusqu'ici, le travail n'est guère une œuvre dé philologue ou d'historien; c'est plutôt une œuvre de géographe, avec cette différence capitale toutefois que le géographe ne donne le nom que comme un moyeu facile de reconnaître le lieu, tandis que le toponymiste donne les indications topographiques pour définir et expliquer le nom.
Tous les renseignements ainsi rassemblés contiendront déjà la solution de maintes questions de linguistique et d'histoire. Il est cependant des termes, et ce sont les plus anciens et les plus intéressants, qui ne se laisseront expliquer qu'en remontant dans le passé. Ici le procédé d'exploration est tout autre, et moins à la portée de tous les concurrents. Il consiste à chercher dans les archives manuscrites des traces de l'ancienne toponymie communale, à consulter les anciens plans terriers, les vieilles listes cadastrales, les registres aux tailles, aux contributions foncières, les recueils aux œuvres et procès relatifs à la propriété, les procèsverbaux de uisitation et cirquemanage, à noter (avec la date de l'acte et les indications de registres pour rendre toute vérification facile) les faits intéressants relatifs aux lieux et surtout les anciennes formes de ces noms curieux dont il s'agit de déchiffrer l'origine et de suivre l'évolution.
Cette partie historique ne peut se résumer par une carte. C'est pourquoi tout nom qui ne s'explique pas de soi-même en raison de sa modernité doit avoir son article, plus ou moins touffu suivant la qualité du nom lui-même, suivant l'abondance ou la pénurie des documents. On ne demande pas aux auteurs de bourrer leurs articles de conjectures sans preuves et d'exercices de haute voltige étymologique : on leur demande plutôt des faits, et on les laisse libres d'abandonner aux philologues de profession le soin de tirer de ces faits des conjectures et des conclusions scientifiques.
Dans cette recherche à travers le passé toponymique d'une région, il se présentera bien des noms tombés en désuétude, qui ne pourront trouver leur place sur la carte, et faute d'identification précise, et parce qu'il n'est pas bon, sur une carte, de confondre le passé avec le présent : ces noms devront aussi avoir leur article, qui sera d'autant plus intéressant et plus précieux. La toponymie d'une commune ne doit pas se limiter volontairement à retracer l'état présent; elle doit essayer d'atteindre le passé. Ainsi la reproduction des cartes anciennes, d'anciens plans serait une bonneaubaine, qui enrichirait singulièrementun travail.
Si un concurrent se trouve avoir les connaissances nécessaires pour faire la description topographique de sa commune, sans avoir le goût ou les aptitudes nécessaires pour consulter les cartulaires ei les archives, rien ne l'empêche de s'associer à un collaborateur à qui le travail oppose serait plus accessible. Il y a dans nos dépôts d'archives assez de jeunes savants formés aux bonnes méthodes, qui savent à quelles conditions un travail local peut contribuer a un ensemble; il y a dans nos écoles des maîtres d'histoire «pie la lecture de poudreux manuscrits ne rebuterait pas : les uns et les autres ne demanderaient pas mieux (pie de contribuer pour leur part à un travail de ce genre. Je souhaiterais (pie toute œuvre de toponymie communale fût le produit de la coopération d'un habitant de la commune, instituteur, secrétaire communal, desservant, arpenteur, garde-forestier, etc , et d'un spécialiste archiviste. (')
Être aussi complet et aussi précis que possible dans les renseignements, consulter tour a tour le sol et les vieux écrits, c'es-1 tout ce qu'il faut pour produire un travail utile à la science. Que les concurrents cessent de s'imaginer que nous leur demandons, à la place ou à côté de ces renseignements, des tours de force étymologiques. Ils font fausse route s'ils considèrent ce sport dangereux comme le tout ou le principal de leur œuvre. S'ils ne savent rien du celtique, qu'ils laissent dormir le celtique, qui n'est pas d'ailleurs du ressort de la toponymie locale. 11 y avait dans l'ancien libellé du concours une clause qui recommandait la comparaison des noms découverts avec les noms présumés identiques d'autres endroits : cette clause a été rapportée; elle ne figure plus depuis plusieurs années dans le libellé. Non pas (pie la méthode comparative soit prohibée, mais elle exige plus que de la bonne volonté. L'un va chercher ses analogies dans l'Hérault ou le Tarn au lieu de regarder autour de lui; l'autre étale du celtique parce que, au premier nom de cours d'eau, il peut copier
f1) Tout archiviste ou employé d'archives, désireux de servir la science. devrait d'ailleurs prendre la bonne habitude de noter au passage, dans ses lectures de documents, les noms de lieux qu'il rencontre. Ces indications rapidement jetées sur fiches et centralisées peu à peu formeraient des répertoires inestimables. On objectera (pie les documents sont utiles à bien des points de vue. et que, si on devait s'astreindre, au cours d'une recherche. a noter tout ce qui se rencontre d'intéressant, l'accessoire étoufferait souvent le principal. Je le sais, et pourtant j'insiste. Toute notation, même générale, signalant simplement la richesse toponymïque de tel registre, sera une indication utile aux chercheurs futurs.
d'Arbois de Jubain ville on, plus simplement, la partie parue de la Toponymie namuroîse de Roland : niais, arrivé a la partie romane, il divague si follement qu'on s'aperçoit bien alors que toute cette science celtique était du plaquage, de l'emprunt plus on moins adroit, et que les principes les plus élémentaires de la phonétique lui font défaut. Laissant donc aux linguistes et aux historiens de profession l'examen de ces problèmes, nous ne demandons réelment au toponymiste local que la précision, l'exactitude, l'abondance des matériaux. Xous le laissons libre de faire de l'étymologie, mais nous ne lui en faisons pas une obligation ni ne lui en donnons même le conseil: et que. au lieu de faire graviter tout le monde celtique ou roman autour de son village, il veuille bien se rappeler qu'on lui demande un deux-mille-six-cent-vingtième du dictionnaire toponymique de la Belgique.
Qu'importe, pourrait-on dire, tout ce fatras étymologique, si on vous le donne par surcroît, si le reste est bon? D'abord, celui qui use son temps a fournir ce superflu fournit rarement le nécessaire; nous le savons par expérience. Ensuite le mauvais jette le discrédit sur le bon. Autant une conjecture discrète, une explication ressortant de la topographie bien observée de l'endroit sont légitimes, autant les suppositions en l'air, les vagues analogies sans base sérieuse encombrent et enlaidissent de leurs verrues énormes un travail consciencieux.
Il reste à dire aussi un mot relativement a la quantité des indications requises ou demandées.
La toponymie d'une commune ne se compose pas seulement des noms que contiennent les cartes ou les dictionnaires géographiques. A côté des noms de lieux habités, utiles au service des postes, il y a des centaines de noms de ebamps, prés, bois, haies, sources, fontaines, arbres, rochers, ravins, qu'il importe de nous indiquer. Un grand nombre de ces désignations ne contiendront peut-être qu'un banal nom de personne : c'est possible; mais alors, cités sans commentaire, ils ne tiendront pas dans le travail plus de place qu'ils ne méritent. La toponymie locale doit souvent se résigner à donner trop pour donner assez. Philologues et historiens chercheront leur butin dans cette mine copieuse, mais il serait dangereux, pensons-nous, de laisser au toponymiste local le soin de faire lui-même l'élimination des non-valeurs.
Sur le plan général de l'ouvrage et la constitution de chaque article, il y a aussi des recommandations à faire.
La disposition alphabétique ne paraît désirable qu'en sousordre, 1" dans le détail, pour classer des désignations de même valeur, 2° pour récapituler, en un index nécessaire, le contenu du travail. Dans le corps de l'œuvre, il faut établir une classification logique basée sur la qualité des lieux. Cet ordre n'a rien d'immuable encore. Cependant on est à peu prés d'accord pour observer le principe de classification suivant : traiter des objets et accidents naturels, cours d'eaux, collines, forêts, ete., avant de traiter des objets et accidents qui proviennent de l'industrie humaine, hameaux, chemins, Termes, châteaux, moulins, prés et terres. L'index alphabétique corrigera du reste ce qu'il pourrait y avoir de différence sous ce rapport entre un auteur et un autre auteur. 11 faut éviter en tout cas de placer dans le même chapitre des choses disparates. Un chapitre Lieu.x dits, bois et chemins est absolument factice : lieux dits est un terme générique; il n'y a pas de rapport entre bois et chemins. Le chapitre consacré à l'hydronymie doit contenir tout ce qui est cours d'eau, étangs, fontaines, viviers, mais non tel nom de village sous prétexte que son étymologie rappelle le nom de la rivière. Le caractère hybride do certains lieux peut seul faire hésiter : faut-il classer les fagnes parmi les prés ou parmi les bois ou à part? C'est à celui qui étudie les terrains à prendre parti.
Chaque article devrait être construit de façon invariable. Ce que nous avons dit plus haut des recherches à faire nous permettra ici d'être bref. Un article de toponymie doit fournir :
i" le nom indigène et le nom officiel. Lequel devra servir de tête d'article, de l'orthographe officielle ou de la prononciation locale ? Pour les neuf dixièmes des cas, la solution est tout indiquée : il n'y a pas de forme officielle, parce que le nom n'est connu que des habitants de la commune. Pour les autres, il est préférable de partir encore de la forme wallonne, qui est la seule vraie et authentique; la l'orme francisée figurera d'ailleurs dans l'index alphabétique avec renvoi à l'article. Quant aux noms anciens sans équivalents modernes, il est évident qu'ils ne peuvent figurer que sous la forme ancienne. S'il y a plusieurs variantes anciennes, il faudra choisir comme tète d'article, non la première en date, mais la graphie la plus rationnelle.
2° les indications relatives à l'emplacement; les autres notions topographiques, s'il y a lieu d'en donner.
3° les formes découvertes dans les chartes, et la date de chacune ; des formules abrégées, aussi peu encombrantes que possible,
pour désigner les volumes et registres «l'archives où on les a trouvées. Ici encore le choix est nécessaire. Accumuler des pages de variantes trop peu distinctes ne ferait pas avancer le problème philologique.
4° s'il y a lien, la discussion des formes recueillies, la mention d'autres formes analogues à titre de comparaison, le tout présenté en vue d'éclairer la signification du nom. D'autres arguments de nature historique pourront aussi être invoques, cela va sans dire; des citations et des renvois précis aux travaux toponymiques les plus récents seront parfois désirables ou nécessaires, mais il importe (pic l'auteur voie bien que, dans un pareil travail, tout converge vers l'explication intégrale du mot. Quand même il ue conclurait pas lui-même et ne ferait qu'exposer les pièces du procès, la même disposition s'impose.
Ajoutons enfin qu'il ne faut pas se battre les flancs pour créer de longs articles sur des désignations toutes modernes que tout le inonde comprend. Souvent même une simple mention suffira.
Les considérations et le programme qui précèdent ont pour but de guider les futurs concurrents et d'endiguer en quelque sorte un zèle trop susceptible de s'égarer. Nos recommandations relatives à l'étymologie, nous en avons bien conscience, sont plus prudentes que généreuses. Qu'on nous pardonne ces défiances en raison du résultat d'ensemble qu'il s'agit d'obtenir. Le Dictionnaire de lu Langue wallonne ne peut laisser de côté les noms communs toponymiques, et même nous caressons le projet de publier plus tard un Glossaire toponymique général de la Wallonie. Un de nous, M. Baust, en a même fait dernièrement à la Société la proposition formelle. C'est donc le sentiment profond du but à atteindre qui nous donne la hardiesse de tracer des règles, afin d'éviter autant que possible les déperditions de forces.
Les recherches étymologiques exercent une puissante attraction. Parmi nos correspondants, plusieurs ne se croiront payés de leurs peines que s'ils ont découvert eux-mêmes le sens des noms de lieux qu'ils enregistrent. A ceux-là, nous conseillons de ne point se livrer au jeu séduisant des conjectures sans avoir médité : i° pour leur éducation phonétique, le Traité de la formation de la langue française qui accompagne le Dictionnaire général de Hatzfeld-Darmesteter-Thomas; 2° pour leur orientation en science
toponymique, la Frontière linguistique de M. Kurtli (l). Ces livres leur procureront pour plusieurs années ample matière à méditation. Le dernier leur fournira une bibliographie excellente, qui les guidera dans leurs investigations ultérieures, qui les mettra en garde par quelques jugements sommaires contre les ouvrages surannés. 11 sérail injuste de ne pas citer ici la Toponymie namuroise de M. le chanoine Roland, mais le premier volume, le seul qui a paru jusqu'ici, traitant uniquement des noms les plus anciens, sera moins utile que les volumes suivants pour l'étude des lieux dits : il peut servir au même titre que la Frontière linguistique à l'éducation générale des concurrents en toponymie. Les quelques travaux de toponymie communale exécutés avant ceux (pie nous publions dans nos Bulletins, sont également notés dans l'ouvrage de M. Kurtli. Nous pourrions compléter ces indications par quelques exemples d'articles, mais nous pensons que la Toponymie de Jupille (-'), éditée par M. llaust, fournira un nombre suffisant de modèles variés.
L'État des Études toponymiques en Belgique (3).
1. — A diverses reprises, dans les introductions de leurs travaux; de toponymie, nos auteurs ont jugé bon de démontrer l'utilité de cette science encore neuve et d'en rappeler les antécédents. En coordonnant ces notes fragmentaires, il serait facile de composer une histoire de la toponymie en Belgique. Mais, bien que courte, elle dépasserait le cadre de ce rapport. Xous nous contenterons d'indiquer ici les passages où les curieux pourront se documenter.
i° L;i Frontière linguistique de M. Kurth (t. I, p. 6) rappelle la grosse question posée par l'Académie royale en 1822, sur l'origine de la différence de langue en Belgique, le mémoire de Uaoux, la réplique de Meyer. En somme, cette question de 1822, prématurément posée, aboutit au livre de M. Kurth, qui en est
(') KORTH, La Frontière linguistique en Belgique et dans le .Von/ de lu France, dans les Mémoires couronnés de V Académie Royale de Belgique. collection in-8°, (omeXLVIII; vol. 1. i8<p; vol. II, iS<,s.
(2) Elle .1 paru dans le tome 49 du Bulletin.
(6) Rapport présenté au Congrès de la Fédération areh. et hist. de Belgique tenu à Liège en 1909. Inséré dans les Annales du XXIe Congrès de la Fédé ration, t. II, pp. S.'{ 1 853.
une réponse éloignée de soixante-quinze ans. Preuve qu'il n'est pas toujours mauvais d'attirer l'attention sur des questions prématurées.
■2" A. -G. Chotin, dans les Prolégomènes à ses Études sur les noms de villes, bourgs, villages, hameaux, rivières et ruisseaux du Brabant, publiées en 1859, remémore les appels faits par le ministre de l'Intérieur aux Commissions provinciales de statistique en 1843, les mémoires de Willems, de J.-J. de Smet en i85o, puis le concours ouvert par la Société provinciale des sciences, arts et lettres du Ilainaut pour obtenir une toponymie du Ilainaut. On ne visait alors que les noms géographiques et on ne songeait pas encore à une exploration toponymique minutieuse. Chotin eut le prix. Son mémoire, imprimé en 1857, est refait en 1868, après une seconde étude, celle du Brabant, qui est de 1859.
3° Dans l'intervalle, avaient paru les deux travaux de Grandgagnagne, le Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique orientale, 1854, et le Vocabulaire des mêmes noms, 1859. Signalons ici, dans le même ordre d'idées, le remarquable travail de Piot sur les pagi de la Belgique, 1876.
4° La même introduction de M. Kurth (p. 11) signale une proposition faite en 1877 par le curé Sulbout à l'Institut archéologique du Luxembourg, tendant a faire recueillir en détail la toponymie de cette province. Le dixième volume des Annales de rinstitut archéologique du Luxembourg (1878, pp. vm-ix), retrace cet épisode et la fin de non-recevoir opposée à Sulbout.
5° Les appels réitérés de M. Kurth depuis i885, en vue d'obtenir des sociétés d'archéologie du pays des glossaires toponymiques de communes, sont présents à la mémoire de tous. Ils ont été rappelés dans la même introduction de La Frontière linguistique, dans celle du Glossaire toponymique de Tongres, par Ulrix et Paquay (1908), laquelle ne mentionne même que les efforts de M. Kurth son Glossaire toponymique de la Commune de Saint- Léger et son intervention dans ce sens à la Société d'Art et d'Histoire du Diocèse de Liège
6° Enfin la propagande entreprise par la Société liégeoise de Littérature wallonne a été récemment mise en lumière par M. Emile Dony dans son article intitulé : Pour la toponymie {Revue des Humanités, mars 1908) et par la bibliographie que fournit sur la question le Liber memorialis de la même société {Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XLVI1; 1908, pp. 58-59).
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En réunissant ces divers écrits, le lecteur qui le désire aura mu' idée des aspects variés sous lesquels on a envisagé la question «les recherches toponymiques en Belgique et des faits qui
jalonnent cette histoire. L'étude des noms de lieux peut, en effet, se faire de diverses manières et à divers points de vue. Elle peut être entreprise en vue d'une démonstration d'ordre historique, comme celle des pagi ou de la Frontière linguistique. Elle peut se proposer une fin linguistique, l'explication des noms eux-mêmes, dont l'historien et l'archéologue pourront ensuite tirer parti, à leur tour, pour étayer leurs thèses, telle la Toponymie nnmuroise de Roland. Elle peut se proposer simplement de dresser le catalogue systématique des noms de lieux d'une commune, d'une province, d'un pays. Ce qui a été reconnu le plus immédiatement nécessaire, c'est ce dernier genre de travaux. Un des meilleurs conseils qu'on puisse donner à des chercheurs en quête de sujets est celui-ci : « Faites-nous le glossaire toponymique de votre commune ». C'est ce qu'a prêché longtemps M. Kurth et, après lui, la Société wallonne.
11. — C'est un lieu commun, aujourd'hui, de démontrer l'utilité de ces glossaires aux historiens et aux linguistes; ce n'en est pas un du tout de la démontrer aux autres, à ceux précisément qui auraient les loisirs, les connaissances requises pour composer ces recueils. Et c'est depuis peu même que les sociétés archéologiques, en général, sont converties à l'utilité et à la possibilité de l'entreprise. Ecoutez-en l'exemple instructif : il expliquera pourquoi les meilleures idées doivent subir un si long stage avant de produire des fruits.
Sulbout avait donc proposé, en 1877, que l'Institut archéologique du Luxembourg s'adressât aux instituteurs afin d'obtenir la désignation des lieux-dits et des petits cours d'eau sous leur prononciation locale. Le secrétaire, M. Dupont, dans son rapport d'octobre 1877, publié quelques mois après la mort de Sulbout, reflète l'opinion du comité permanent de la façon suivante :
« Messieurs, nous vous ferons observer d'abord qu'il y a
une quantité innombrable de lieux-dits, et, dans notre province, montueuse par excellence, un nombre considérable de cours d'eau.
» Réunir tous les noms de ces ruisseaux et de ces endroits exigerait un travail énorme; et quel serait le fruit d'un tel labeur? Nul n'ignore* Messieurs, que la plupart des lieux-dits doivent leur nom a des circonstances fortuites, à des accidents ou à des événements le plus souvent sans importance; qu'endroits et ruisseaux
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tirent leur dénomination presque toujours de leur aspect, de leur situation, de la nature du sol ou de celle de l'eau : en un mot ils l'empruntent généralement à des faits qui n'offrent guère d'intérêt ni de caractère historique, et il serait téméraire de tirer de ces appellations des inductions a l'aide desquelles on prétendrait éclairer le passé !
>: Il faudrait, en outre, compulser des montagnes d'archives et faire des recherches infinies à travers les anciens registres de l'enregistrement et des hypothèques; car ces dénominations changent fréquemment de génération en génération, preuve manifeste qu'il ne s'y attache le plus souvent que peu de valeur historique; enfin beaucoup de ces noms se sont altérés dans la bouche du peuple, au point qu'il est impossible de les reconstituer dans leur état primitif.
» J'ajoute, pour terminer ce point, que les noms des lieux-dits, dont la dénomination aurait quelque importance par le fait qu'elle se conserve à travers les âges, sont consignés pour la plupart dans les atlas cadastraux et dans ceux des chemins vicinaux, où il est facile de les trouver.
» Ainsi, Messieurs, le Comité permanent ne méconnaît pas l'utilité que pourrait offrir le recensement général réclamé par notre regretté confrère; mais il est d'avis qu'il est impraticable à cause de l'infinité de ces noms, de leurs variations continuelles et de la difficulté qu'il y aurait à contrôler les indications fournies par les instituteurs. Il serait plus pratique de se borner à demander des indications sur les noms locaux paraissant avoir un sens véritablement historique : c'est une question à examiner ultérieurement. »
Bien que la toponymie eût fait son entrée dans le monde avant 1877, ne soyons pas trop sévères pour cette fin de non-recevoir opposée à l'intelligente initiative de Sulbout Trente ans se sont écoulés depuis : trouverait-on, aujourd'hui, un beaucoup plus grand nombre de lettrés qui comprissent l'importance et le rôle de la toponymie ? Le rejet de la proposition ne nous scandalise pas; ce qui nous a semblé hautement intéressant, ce sont les considérations du refus, qui sont toujours d'actualité. Remercions donc les honorables archéologues qui se sont dévoués pour donner une formule — excellente, ma foi, — à des objections topiques, qui n'ont pas encore cessé de refleurir fidèlement; puis examinons-les. Nous échapperons ainsi à l'ennui de parler dans le vide et de paraître tisser des lieux communs sur l'utilité et sur la
possibilité dos recueils toponymiques. Le premier ordre d'arguments se rapporte à la difficulté du travail « Quantité innombrable ouvrage énorme.. .., compulser des montagnes d'archives , recherches infinies », tel est le premier cri. Mais
pourquoi les savants se réunissent-ils en sociétés, sinon pour oser des travaux (pie redouteraient la faiblesse individuelle et la brièveté d'une seule vie? A moins qu'on ne fasse alliance pour supporter à quarante le travail d'un seul et n'encourir que le quarantième de responsabilité!
« Difficulté de contrôler les indications fournies par les instituteurs ». Ainsi ce sont les instituteurs qui travailleront, et la société scientifique, n'ayant dans cette hypothèse que la charge de contrôler leur travail, la jugerait encore trop lourde! Cette besogne ne sera pas trop lourde : elle sera facile ou impossible; facile, si le contrôleur sait son métier de philologue; impossible, s'il ne le sait pas.
Pourquoi demande-t-on aux instituteurs (j'ajouterai aux prêtres, aux secrétaires communaux, aux gardes forestiers, aux géomètres du cadastre, aux notaires ou agents des notaires) de dresser des listes toponymiques? Ce n'est point dans l'intention de faire faire par les étrangers l'œuvre de la Société. Cette œuvre se divise en trois parties. La première, qui est la collecte sur place, est impossible à la Société sans correspondants dévoués : celle-ci ne peut sérieusement songer à se transporter dans les 2.620 communes belges, à étudier longuement le territoire et à interroger cent mille personnes. Au contraire, ce travail, réduit à une commune, est un jeu pour celui qui vit dans sa commune et la connaît depuis quarante ans. Il n'a qu'à parler de ce qu'il sait, il n'a qu'une commune à décrire. Demander les matériaux bruts à celui qui détient les matériaux, c'est croyons-nous, une démarche et une dépendance nécessaires, honorables pour celui qui fournit ces renseignements, nullement honteuses pour celui qui les reçoit. Ce n'est pas un édifice tout construit qu'une société demande à eel homme expert, mais seulement de quoi le bâtir. Et même, comme ces matériaux sont de deux sortes, modernes et anciens, il conviendra de partager la besogne, de demander les noms modernes aux topographes, les anciens aux archivistes. Qu'un archiviste s'abouche avec un ami qui est sur les lieux, ou que le connaisseur des lieux s'abouche avec un archiviste, ou qu'un homme soit assez compétent pour assumer les deux ouvrages, ou • pic la Société suggère le travail à deux personnes qu'elle associe,
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ou enfin qu'elle consente à recevoir deux ouvrages partiels poulies coordonner elle-même, ce sont des arrangements accessoires qui peuvent se plier à diverses variations.
La seconde opération peut s'appeler le contrôle des matériaux. La troisième est le travail de mise en œuvre. L'une et l'autre sont du ressort d'une société archéologique. Le contrôle exige un concours de connaissances diverses, topographie, paléographie, philologie avant tout. Il y faudra de la psychologie aussi : disons plus simplement l'expérience des fautes que les correspondants peuvent commettre, car il faut leur reconnaître le droit de se tromper.
On parait douter ensuite de l'utilité de l'entreprise ou du moins on affirme que le résultat ne serait point en proportion du labeur. On insinue (pie ce qui a seul quelque valeur est connu par les atlas du cadastre et des chemins vicinaux, que le reste est fugitif, fantaisiste, sans portée, et d'ailleurs corrompu. Que d'erreurs en peu de mots! Les atlas précités sont utiles, mais, faits souvent par des étrangers, ils estropient les noms d'une façon si naïve qu'elle déride les fronts les plus moroses. Chez eux, ans scotons devient Hausse coton (Vonèche) et petit-tiêr devient Petit-Hier (le/- Vielsalm). Ce sont des documents bons à consulter, rien de plus; ils ont d'ailleurs été composés pour enseigner les voies et las biens, nullement pour enseigner les noms.
Que les noms changent, est-ce une raison pour ne pas les recueillir? Si on veut dire par là qu'ils subissent des variations phonétiques, c'est un malheur qui leur est commun avec tout être existant, animal, plante, idée, vocable. Si on veut dire par la qu'ils ont une vie très éphémère et que la toponymie d'une commune se transforme complètement à chaque génération, c'est prendre l'exception pour la règle : la vérité est que la plupart des désignations sont stables. Et pourquoi d'ailleurs l'éphémère ne contiendrait-il pas en soi un enseignement?
Enfin il faut relever cette idée que les noms historiques seuls contiennent un enseignement historique. Je crains de découvrir en cela quelque immense illusion. Les grands noms ne recèlent rien de plus poétique ni de plus mystérieux que les petits; les anciens, rien de plus que les modernes. Rhône et Rhin signifient cours d'eau; Latium, Campanie, Champagne et Flandre signifient plaine ; Gand, Coudé, Coblenz, Gemûnd signifient confluent; Bruxelles doit son nom à quelque bois marécageux; un gué, un pont, un bouquet d'arbres, une colline, une source
ont suffi, autrefois comme aujourd'hui, à dénommer les lieux. Bref, ce ne sont pas les résidus étymologiques que peuvent laisser les analyses «les noms qui ont le plus d'importance pour l'historien, ce sont les circonstances qui entourent le t'ait même de la dénomination; ce sont les renseignements qui résultent de groupes de noms identiques. Ce ne sont donc pas nécessairement les noms obscurs et anciens qui ont seuls quelque chose à nous apprendre. D'humbles matériaux sans importance pour le linguiste peuvent donner à l'histoire d'utiles indications sur le régime de la propriété, sur les époques de défrichement et de colonisation, sur l'industrie, sur l'aspect ancien du pays aujourd'hui asséché, essarté et fertilisé, sur la nationalité des occupants d'une région. Il y a deux ans, au Congrès de Gand, un habile archéologue, M. Louis Stroobant, a montré victorieusement comment des noms encore parfaitement intelligibles pour les Campinois peuvent être révélateurs d'anciens bois sacrés ou de nécropoles historiques. Combien de fois le nom de lieu n'a-t-il pas inspiré ou guidé l'archéologue dans ses fouilles ? Les tombeux, les hostert, les paradis ou hemel, les wérixhas, les -sart, les -hem, les -lo, les -lé, les -ville nous instruisent à la façon des médailles et des urnes. Un groupe de noms insignifiants aura sa signification ethnologique ou économique à des yeux avisés.
Nous sommes donc peu touchés de cet argument que beaucoup de noms de ruisseaux, de champs, de prés, de bois seront d'une grande banalité. D'abord, ils ne prendront pas dans un recueil plus de place qu'ils ne valent. Il en est qu'il suffira de citer. Ensuite il n'importe pas que les glossaires toponymiques des 2.620 communes de la Belgique soient publiés à part et forment une littérature immense : il importe que, pour un travail d'ensemble, une société, la Société wallonne ou toute autre, possède en manuscrit le relevé des désignations toponymiques des communes belges.
III. — S'il s'agit maintenant de dénombrer ce qui a été fait jusqu'aujourd'hui dans ce sens, je ne puis compter comme glossaires de communes les travaux trop partiels de de Smct, de Chotin, de Tarlier et Wauters, de Tandel; ni les listes qu'on trouve dans divers dictionnaires topographiques, tels ceux de Delvaux de Fouron, dedeHyckel, de Vandermaelen, de Jourdain et Van Stalle : il ne s'agit ici que de glossaires de communes. Nous avons donc, a ma connaissance du moins, Le Rœulx ('),
(i) .1. MONOYER, Les noms de lieux du canton du Rœulx, Mous, 1879.
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Saint-Léger ('), Saint-André lez-Bruges (*), Braine-le-Comte (3), Bilsen (4), Francorchamps (5), Jupille (fi), Spa (7), Tongres (8), Gouy lez-Piéton i"), Forges lez-Chimay ("'), Beaufays (ll), Ayeneux (l2). Les histoires des communes contiennent souvent un chapitre plus ou moins copieux consacré aux noms de lieux. Pour ne pas remonter jusqu'aux travaux de Tarlier et Wauters sur les communes du Brabant, et de Tandel sur les communes luxembourgeoises, citons, par exemple, le glossaire toponymique annexé à V Histoire de la bonne ville de Waremme, par M. A. de Ryckel (l8); la table des lieux dits et la carte que M. Louis Darras a insérées dans sa Xotiee sur Vogenée lez-Walcourt ; le chapitre consacré aux lieux dits dans Y Histoire de la ville de Limbourg, par M. J. Thisquen (u). Dans les Communes namuroises, excellentes monographies historiques publiées depuis 1905 sous la direction de MM. C.-G. Roland et L. Lahaye, un chapitre de topographie fournit un certain nombre de noms pour Auvelais, Arsimont, Hemptinne. Nous souhaitons que les auteurs ne craignent pas de donner une extension plus grande à leurs listes pour les monographies ultérieures.
D'autres glossaires sont en formation. MM. Ulrix et Paquay annoncent dans leur Toponymie de Tongres, p. 36, un glossaire de Berg, et, p. 65, un glossaire de s'Heeren Elderen. Le titre
(') G. KuRTH. Glossaire toponymique de la commune de Saint-Léger, Namur, 1887.
(2) Aug. VAN SPEYBROUCK, dans Annales de la Société d'Émulation. Bruges,
f:)) C. Du JARDIN et J. CROQUET, Toponymie de Braine-le-Comte, i8y3.
(*) C. HUYSMANS et J. CUVELIER, Toponymische studie over Bilsen, iS<j-. Publié par l' Académie flamande.
(s) A. COUNSON. Glossaire toponymique de Francorchamps, dans Bull, de la Soc. liég. de Littérature wallonne, t. XLVI, i<)°^-
(6) Edm. Jacquemotte et Jean Lejeune. Glossaire toponymique de la commune de Jupille. même collection, t. XLIX, 1907.
(7) A. Bonv, Toponymie de Spa, même Société, inédit. 1904.
(8) E. Ulrix et .1. PAQUAY, Glossaire toponymique de la ville de Tongres. Tongres. 1908.
(9) L.-J. JAQUET, dans la Semaine religieuse de Gouy, 1908.
(,0) Em. DOXY. Toponymie de Forges-lez-Chimay. dans Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. LI, 1909.
(") Jean Lejeune, Edm. Jacquemotte et Ed. Monseur, Glossaire to[,onymique de la communne de Beaufays, dans Bull, de la Société de Littérature wallonne, t. LU, 2e partie, 1910.
C2) Jean Lejeune. inédit, Paraîtra dans le Bull, de la Soc de Littérature wallonne en 191 1 .
(13) Dans Bull, de la Soc. d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, t. \ . p.i66-i85. Sur ce glossaire, cf. Kurth. Front, ling.. t. I, p. 137.
(") Dans Bull, de la Soc. verviéloise d'arch. etd'hist.. t. X, 1908. p. 247-278.
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d'ailleurs promel encore davantage et le plan imprimé du travail d'ensemble comportait, outre Tongres, la toponymie de dix communes. M. Jean Lejeune, de Jupille, continue ses excursions à travers les communes voisines de son lieu natal et le dépôt des Archives de Liège. M. l'abbé J. Bastin compte nous donner prochainement la toponymie de Malmedy. Deux autres auteurs ont entrepris le glossaire de la commune de Polleur. Nous comptons refaire celui de Jalhay, ébauché jadis par l'eu J.-S. Renier ('). 11 est donc permis d'espérer que l'impulsion donnée ne s'arrêtera plus.
Le travail d'ailleurs deviendra d'autant plus facile crue les auteurs auront plus de modèles entre les mains. La Société liégeoise de. Littérature wallonne ne ménage ni les récompenses ni ses peines. Les rapports critiques qu'elle publie depuis 1895 abondent en conseils à l'adresse des auteurs éventuels.
lies glossaires toponymiques les plus difficiles à composer sont ceux des communes dont remplacement est occupé par quelque grande ville, ancienne et pleine de souvenirs, comme Liège et Tongres. Là, en effet, l'histoire locale, dans ce qu'elle a de plus minutieux, peut seule rendre raison des dénominations multiples que les rues, les places, les monuments, les maisons importantes ont reçues dans la suite des temps. C'est avec les archives surtout que ces glossaires doivent être composés, et ils ne peuvent être de simples glossaires. D'autant plus faut-il savoir gré de leur œuvre aux deux auteurs de la Toponymie de Tongres, et, à M. T. (iobert, de son énorme et savant travail sur Les Rues de Liège.
IV. — Mais, pour être fécond, le travail doit être bien organisé. Qu'a-t-on fait pour guider dans leur œuvre les chercheurs de bonne volonté? Dans cette question de méthode, il y a trois choses a examiner : 1" quels matériaux recueillir?; 20 comment procéder pour les recueillir?; 3° comment les exposer en un ouvrage? On paraît beaucoup mieux d'accord sur les deux premiers points que sur h; troisième.
Ier point. — 11 s'agit donc de composer une œuvre surtout ou exclusivement documentaire. Il y a à recueillir les noms actuels, les formes anciennes des noms actuels, les noms anciens qui sont
(') Voyez le rapport sur ce travail inséré dans le Bull, de la Soc. liég. de Littérature wallonne, t. .'58. p. 1 j)-i>C>. Le mémoire, rendu à l'auteur, n'a jamais été remanié ni imprimé. Quand la Soc. wall. est rentrée en possession de ce travail, à la mort de l'auteur, le ms. était à moitié carbonisé.
tombés dans l'oubli, sous leurs diverses formes; à identifier le nom et l'objet; à expliquer la convenance du nom à l'objet. Ce dernier article a seul besoin d'éclaircissement.
Si les recherches sur le nom avaient pour but de mieux faire connaître le lieu, le travail serait d'ordre topographique, ou géographique, ou cadastral. Mais, en ce cas, il est visible que le nom ne serait qu'une des caractéristiques du lieu, une des moins importantes peut-être. Ici, au contraire, les renseignements relatifs au lieu n'ont d'autre but que d'éclairer le nom ; ils sont subordonnés au nom; le travail est d'ordre linguistique. Sans doute le nom seul, sans la connaissance de l'objet, nous intéresserait moins, il serait moins clair. Le nom a besoin, comme on dit, d'être identifié avec l'objet. Le toponj^miste doit donc nous montrer l'objet juste assez pour nous intéresser au nom, et par les attributs qu'il juge à même d'éclaircir la désignation.
2e point. —Les noms, on les recueille à des sources diverses: à la tradition orale, pour l'usage actuel ; à la tradition écrite pour le passé. Les sources de la tradition orale sont : les connaissances propres de l'auteur en première ligne ; l'enquête auprès des gens experts, des vieux habitants du pays, de ceux qui, par métier, doivent mieux le connaître, par exemple les secrétaires communaux, les gardes-forestiers et les gardes-champètres. Les sources écrites sont les chartes, les documents d'archives, les cartes, les livres concernant la région.
L'identification se fait, pour les noms modernes, sur le terrain. en s'aidant des connaissances des gens experts cités plus haut, en s'aidant des cartes existantes, en faisant pour mémoire des croquis sur place. La vue du terrain suggérera nombre d'explications topographiques et autres qui trouveront place dans l'articule! consacré à chaque nom.
Pour les noms anciens périmés, l'identification ne peut se faire que pour autant que les documents fournissent des points de repère. Il ne suffit pas de parcourir rapidement les archives pour ne recueillir que les formes ; il faut souvent prendre note du contexte qui mentionne les lieux voisins, le propriétaire, l'étendue, la nature du sol, ou d'autres particularités utiles.
L'objet étant dénommé en raison de ses attributs, non de tous, mais de l'un ou de l'autre, qui peut être fort accessoire ou fort extrinsèque, ce serait maigre de se contenter d'inscrire un nom à une certaine place sur une carte : il faut expliquer, si on le peut, le rapport entre le nom et l'objet.
.')'' point. — Il s'agit maintenant d'exposer les renseignements recueillis. Nous n'irons pas jusqu'à (lire qu'un glossaire toponymique est formé d'un certain nombre d'articles, tous sur le même type. Avant de nous introduire dans le détail des noms de lieux, il convient que l'auteur crée des chapitres d'ensemble qui nous orientent, en nous montrant la commune par ses traits essentiels ri à vol d'oiseau, en nous faisant connaître l'état actuel du pays et même un peu, s'il est possible, son passé. Nous avons besoin de ces chapitres généraux pour nous intéresserai! sujet.
Dans le corps de l'ouvrage, quel type d'article et quel ordre adopter? On peut réduire à deux les types d'article que nous offrent les travaux imprimés. L'un est celui des toponymies de Saint-Léger, de Francorchamps et de Forges ; l'autre est celui de la toponymie de Jupille. Chacun a ses avantages particuliers ; le premier mode condense moins la matière et se laisse lire plus facilement. Le second mode, imaginé par M. Haust pour l'édition qu'il a donnée de la toponymie de Jupille, a le mérite de mieux préparer les matériaux en vue d'un classement général. L'écueil à éviter dans le premier cas, c'est la diffusion ; dans le second cas, c'est la sécheresse. Peut-être y aurait-il moyen de combiner la forme méthodique du second mode avec l'allure plus humainement narrative et descriptive du premier. Quelque système qu'un auteur adopte, il doit vous donner des articles significatifs et qui se prêtent à la lecture. Ce serait un leurre de composer maintenant un travail illisible avec l'espoir que, dans cinquante ans, on s'en servira plus facilement pour une œuvre d'ensemble. Il faut que les auteurs se donnent la peine de rédiger, d'exposer clairement, sans verbiage et sans concentration trop savante, des renseignements qui seront très variés d'ailleurs, et d'autant plus intéressants que souvent ils auront été recueillis sur place et non empruntés à des livres.
Voici le minimum de ce que doit contenir un article :
En tète, le nom moderne, dans la langue du terroir, accompagné du nom officiel francisé, s'il y en a un. Si l'on croit nécessaire de donner la priorité au nom officiel, comme étant un nom universellement connu (ex. : Charleroi), nous n'y voyons pas d'inconvénient. L'ordre des articles seul en sera peut-être parfois légèrement modifié. Mais si le nom n'a de traduction que les traductions souvent maladroites ou fantaisistes des tabellions et des géomètres, il faut adopter la forme patoise, qui a le mérite, elle, d'être vivante. Enfin, quand les formes anciennes seules
existent, faut-il choisir la plus ancienne? Elle est respectable, certes, mais elle peut être singulièrement altérée, soit par ignorance du scribe, soit par quelque autre accident. Il vaut mieux, à notre avis, choisir la plus fidèle, qui ne sera pas très difficile à déterminer, pour peu qu'on ait des variantes. L'arbitraire, qui risque de fausser parfois le choix, nous paraît moins dangereux que la nécessité de suivre une graphie qui peut être absurde, qui d'ailleurs, étant la plus ancienne aujourd'hui, pourrait être détrônée par quelque autre forme antérieure demain. En second lieu vient le tableau des variantes du nom recueillies dans les anciens textes imprimés et manuscrits. Ce tableau n'a d'autre but que de fournir une idée approximative de l'ancienneté du nom, chose dont l'historien peut se servir, et de donner les éléments comparatifs pour la restitution exacte et l'explication d'un nom obscur. Il faut en tout cas s'assurer de l'accord entre les noms modernes et la tradition, car des noms modernes qui apparaissent a priori très clairs et très simples sont parfois dus à des déformations par étymologie populaire (exemples : Pont-deloup, issu du Funderlo de 840; Saint- Vincent, issu de Saivinsart). Celui qui entreprend ces recherches à travers les archives n'a pas besoin qu'on lui dise dans quelles pièces et dans quelles collections il a chance de rencontrer de nombreuses formes et indications toponymiques. S'il n'est archiviste lui-même, il sera renseigné à souhait par les archivistes de nos grands dépôts. Peut-être sera-t-il bon ici de mettre les néophytes en garde contre les excès de zèle, les lectures fastidieuses sans utilité réelle. S'il est intelligent, par exemple, de noter que telle forme est isolée, accidentelle, et que telle autre est la forme ordinaire, ce ne serait guère comprendre le but de ces recherches que de compter combien de centaines de fois une forme se rencontre dans les quatrevingts volumes des registres aux œuvres d'une commune. Dans le travail définitif, ces indications se donnent par la date et par la mention de la collection, du registre et de la page en abréviations convenues, assez claires pour renseigner celui qui désire vérifier, pas assez étendues pour arrêter le profane qui cherche dans pareil ouvrage des connaissances plus simples. De même que la synonymie, le reste de l'article a pour but d'éclairer le terme en apportant ce que la topographie et l'histoire locale peuvent fournir. Quelle est la nature de l'objet? Où est-il situé exactement? N'a-t-il pas subi des changements d'attribution ou de forme ? Quelles sont les particularités intéressantes qui le concernent? Celui qui vise
à fournir Lui-même une explication du nom et qui est capable d'étymologie saura facilement quels traits il doit choisir. Au contraire, celui qui veut se borner a la mission plus modeste de recueillir des notes el des arguments utilisables, prévoit plus difficilement ce qui peut servir dans les cas les plus obscurs, qui sont aussi les plus intéressants. 11 faut alors (pie ce dernier, en attendant que l'expérience lui vienne, ne craigne pas d'en dire trop pour en dire assez.
Quelques auteurs demandent en outre des noms comparatifs, des analogies de toute sorte, qui sont du ressort de la philologie. 11 nous parait (pie ces rapprochements ne seront faits avec succès par les auteurs de glossaires que dans les cas tout à t'ait faciles, c'est à-dire quand ils seront inutiles. Dès lors, à quoi bon embarrasser de ces comparaisons élémentaires les glossaires toponymiques demandés?
Les articles constitués, dans quel ordre devront-ils être rangés? Disons d'abord que l'auteur fera bien de laisser ces articles en pages séparées, pour laisser à lui et aux autres la faculté d'améliorer l'ordre choisi Jusqu'ici, sur la façon de coordonner et de présenter la toponymie d'une commune, les avis sont assez divergents. Certes, il n'est nullement nécessaire que tous les travaux de ce genre soient coulés dans le même moule. Il n'y a pas grand mal à ce que les monographies présentent quelque variété par la rédaction, la disposition, voire par les préoccupations favorites de l'auteur. Indiquons les divers types proposés et examinonsdes.
L'un voudrait que l'on étudiât d'abord le nom de la commune, puis ceux des hameaux, des rues, des chemins. La première partie serait ainsi consacrée aux ouvrages de l'homme. Dans une seconde partie viendraient les cours d'eau, les accidents de terrain, les cultures, bois, bruyères, marécages.
Cependant, les cultures, les prairies sont aussi des œuvres de L'homme. Puis n'est-il pas plus juste de commencer par ce qui ne dépend pas de l'homme et est antérieur à son installation : le sol, L'hydrographie et l'orographie; de continuer par les bois, naturels plus souvent qu'artificiels; puis par les lieux qui dépendent du travail de l'homme, chemins, prés, terres arables; enfin par les constructions humaines : fermes, églises, rues, monuments, ponts, viaducs, chemins de fer? C'est suivre, autant qu'il est possible, un ordre chronologique des choses et des noms.
A ces deux types s'en oppose un troisième, l'ordre alphabétique pur et simple. Nous en avons dit un mot tantôt, en tant que le
plan de l'ouvrage influe sur la rédaction des articles. Ce système a deux qualités. Il fait venir sous le même titre tout ce qui contient le même nom, quelles que soient les différences de destination des objets. Ainsi corti Zabê, pré Zabê et fontaine Zabê seront placés kZabê. Tout se dispose ainsi mécaniquement en vue d'un grand recueil de toponymie ou belge ou wallonne. L'inconvénient principal de cette méthode, c'est qu'elle sacrifie l'avantage immédiat a un avantage ultérieur. On lira toujours plus facilement et avec plus de plaisir un ouvrage qui essaye de retracer la physionomie de la commune et qui n'éparpille point l'intérêt topographique et historique au hasard de l'ordre alphabétique. Nul doute, cependant, que cet ordre ne soit de mise dans chaque chapitre, pour classer des étangs, «les fontaines, des prés dont, logiquement, la place est indifférente; nul doute qu'un index final ne doive rassembler ce que l'expose systématique a dû séparer; il y a du moins accord sur ce point. Les amateurs d'une disposition réaliste pourraient aussi se rapprocher de la disposition alphabétique en multipliant moins les subdivisions. Inutile de mettre à part, en effet, les haies et les heids, dénominations souvent confondues. C'est faire du zèle de distinguer en chapitres séparés des prés, des prairies, des assises. Cn chapitre cultures pourrait envelopper tout ce qui est prés et terres, d'autant que l'un se transforme en l'autre assez facilement. Voilà des concessions possibles en vue de l'utilisation ultérieure du glossaire. Je ferai remarquer aussi, relativement à l'ordrealphabétique.que rien en réalité ne s'y prête moins que les dénominations toponymiques. Ainsi Zabê, qui concentre diverses expressions, n'est pas un nom de lieu, c'est un prénom de femme. C'est donc bien à corti que doit se trouver corti Zabê, à supposer que ce nom demande autre chose qu'une simple mention. A Zabê, qui sera dans l'index final, il ne doit y avoir qu'un rappel ou un renvoi. Sinon, tous les noms de personnes viendront se ranger par ordre alphabétique dans un dictionnaire toponymique. Il y a des cas où le classement alphabétique devient presque impossible; c'est lorsque l'expression contient une préposition, un adjectif faisant partie intégrante du nom. Disos V tiêr, a pi de tiér, est un autre lieu que le tièr. Si on fait un sort à la préposition dans le classement de Derricre- Coronmeuse (Vottem, Herstal), Dessous-les Bois (Erezée), Devantle-Pont (Visé), à l'adjectif dans Diêrin-patàr (Hollogne-aux- Pierres, Baisy-Thy. Vogenée), que fera-t-on des innombrables locutions commençant par a, al, è, so ou soit Elles ne se caseront
pas sans classement arbitraire el sans beaucoup de renvois. Tels sont les avantages et inconvénients de chaque système. Nous conseillons aux interesses de les étudier en détail dans les œuvres publiées avant de choisir une disposition, mais nous ne prétendons exclure aucune des dispositions proposées.
Tout glossaire toponymique doit être accompagné d'une carte de la commune, sans exclusion d'autres cartes partielles. Les auteurs devraient toujours adopter pour base de leur travail les cartes de l'Institut cartographique militaire au vingt-millième, qui donnent exactement le relief du sol et tous les accidents de terrain ; quittes à en amplifier le format, s'ils le jugent nécessaire. ( "est dans ce cadre fidèle et lisible qu'ils devraient inscrire les noms de lieux, avec tout le soin qu'on donne à un travail qui doit être gravé ou reproduit par la photogravure. Qu'on ne cesse de prêcher aux futurs auteurs : « Faites-nous de bonnes cartes ». Une bonne carte dispense de tant d'explications ! Si on possédait déjà, sans texte explicatif, les 4^7 planchettes de la (Jarte de I>elgi<jiic soigneusement élaborées au point de vue des noms de lieux, la question du répertoire toponymique de notre pays serait bien près d'aboutir !
V. — La culture de la toponymie dans notre pays n'a pas seulement produit des recueils de noms : elle a eu quelquefois l'ambition de fournir des théories, des explications, des démonstrations. Sans s'aventurer aussi profondément dans le passé que H. d'Arbois de Jubainville, elle a souvent appliqué à la Belgique ou critiqué avec bonheur les hypothèses heureuses ou hasardées de la science française et germanique. M. Knrth a étudié en détail par la toponymie les fluctuations de la limite linguistique en Belgique, et, débordant beaucoup de sou cadre, il a fait de sou livre, par l'appareil de démonstration et les listes de noms, une vraie bible du toponymiste belge. Dans le premier volume de sa Toponymie namuroise, le chanoine C. G. Roland a savamment étudié les plus anciennes couches de noms géographiques de sa province. Avant eux, dans la Wallonie prussienne, M. Quirin Esser avait donné de nombreux articles de toponymie celtique qui intéressent aussi notre région ('). On peut signaler ensuite des monographies rela-
Les articles antérieurs à [885 sont réunis dans une brochure : Beitràge sur gallo-keltischen Namenkun.de, Malmeuy, 1SS4 : d'autres ont paru dans le Kreisblatt fur <U-n Kreis Malmedy, imprimé à Saint- Vith, dans VAachener allgemeine Zeitung (Lousberg, Salvador, etc.).
tives à des suffixes, à des préfixes, à des termes fréquents ou curieux : le travail de M. Paul Errera sur les Waréchaix (l) ; une Etude critique sur le nom de Mons (2), par É. Dony et I. Fonsny ; les notes de Vanderkindere sur Meer et Belle, et, plus récemment, sur Dieweg et Diestelle (3) ; un travail du rapporteur soussigné sur les noms en -ster (*), l'article de l'abbé J. Bastin sur le préfixe Chin- (s) ; des articles de M. G. Ceyssens dans Leodium (6) ; des études de toponymie flamande dans la petite revue flamande Biekorf (1908) ; le vif débat qui eut lieu entre MM. Kurth et Gobert à propos de Merchoul et Legia ('■) ; l'article du chanoine Roland sur Astanetum (8) ; celui de M. A. Vincent sur Willerieken et su légende (') ; celui de M. Lucieu Roger sur la toponymie du pays Gaumet et spécialement de Jamoigne (10) ; telles sont les traces les plus récentes des préoccupations linguistiques appliquées aux noms de lieux. Il faudrait étendre de beaucoup cette liste si l'on voulait citer les travaux historiques à base toponymique comme les Origines de la ville de Liège, de M. Kurth (n), contre lesquelles M. J. Schrciber vient récemment de rompre sa lance (12) ; les études de D. Jonckheere sur YOrigine du nom de Flandre (13), et de Vanderkindere sur les Origines de la population flamande (u). le Majeroux de M. Kurth (15), des articles de M. Victor Tourneur sur la mythologie ou l'archéologie gauloise dont la toponymie n'est pas exclue (l6).
(l) Dans Annales de la Soc. d'arch. de Bruxelles, 1894, t. VIII, 2' liv.
(-) Daus Annales du Cercle arch. de Mons, t. XXIX, 1899.
(3) Dans Annuaire-Bulletin pour le progrès des études philologiques et historiques, 1899 et 1904.
(') Dans Bull, de la Soc. verviétoise d'arch. et d'hist., t. Y, 1904 ; reproduit ci-après dans ce volume.
(5) Dans Leodium, 1907.
(6) Leodium, 1908, 1909-
(7) GOBERT, sur Merchoul dans Bull, de l'Institut archéologique liégeois, t. XXXV, 189k. — Kurth, La Legia, avec appendice relatif à Merchoul, même Bulletin, t. XXXVII. — GOBERT, Merchoul et Matricula. 1907.
(8) Dans Mélanges Kurth, t. II, 289-293.
(9) Dans Revue de l'Université de Bruxelles, juin-juillet 1910.
(10) Dans Annales de l'Institut arch. du Luxembourg, t. XLV, 1910.
(») Dans Bull, de la Soc. d'art et d'histoire du Diocèse de Liège, t. II, [882.
(12) Dans le Bull, de la Soc. scient, et lilt. du Limbourg, t. XXVI. 1908. pp. 19-67.
(13) Dans Revue catholique, 1 882-83.
(u) Dans Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, i885.
(15) Daus Annales de l'Institut arch. du Luxembourg, t. XVII.
(16j Dans le Musée belge.