‹ Notes de philologie wallonneChapitre 4 sur 34 · II · texte numérisé non relu

II

\vec de la patience ël de la concordance dans les efforts, on peut arriver à recueillir les désignations de tout genre des cadastres aiïcien et actuel. Mais, pour faire le triage et tenter l'explication de ce qui mérite l'attention du linguiste dans cette masse énorme el superfétatoire, il faut autre chose que de la patience. En eeci, le toponymiste belge ne saurait faire oeuvre scientifique sans se tenir au courant des meilleures publications étrangères qui présentent un intérêt général. Les conclusions trop radicales d'Arnold dans l'application de la toponymie à l'ethnographie sont battues en brèche depuis 1890. Arnold a ouvert le champ à l'appréciation scientifique des noms de lieux, mais dans le détail ses théories sont à reviser. Elans YYitte ('), Adolf Schieber (2), Georg Heeger (3), Franz Cramer (*) ont repiis l'une ou l'autre question et, par des comparaisons méticuleuses, ont réduit les affirmations aventureuses, mais fécondes, d'Arnold.

Nous aurions pu allonger cette liste, mais la liste des ouvrages ne donne pas la manière de s'en servir. On ne saurait trop répéter que la toponymie est une partie de la linguistique, la plus difficile à exploiter, la plus ingrate et la plus décevante. On pourrait dire encore à ceux qui désirent s'y aventurer que, dans l'état actuel, où tant de grandes hypothèses ont été lancées, la science a surtout besoin de travaux critiques partiels, de démonstrations patientes, qui aient pour résultat de ruiner définitivement celles des grandes synthèses prématurées qui encombrent et illusionnent. Prenons un exemple relatif à notre pays. Vous savez quelle importance M. d'Arbois de Jubainville donne aux Ligures, dont il fait les prédécesseurs des Gaulois dans une grande partie de la Gaule. On attribue aux Ligures les noms de suffixe -asco, -osco, -usco, le thème aliso. Or, on prétend signaler leur habitation en Belgique par un Stabelasco de 69,3 (Stavelot), par un Geningha Thriusca (Drieseh sous Waereghem, Flandre occ), par le nom du

(') D'abord dans Jahrbuch der Gesellschaft fur lothringische Geschichte, iS|)o. p. 278; puis dans Cher Deutsche niul Keltoromanen in Lothringen, Strasburg, Trubner, itt<ji (-îngen, -weiler).

(2) Dans la même revue lorraine, t. XII, 1900 (-îngen, -heim)\ t. XIV. i!>"'-^ 1»- U9-

(3) Die germanische Besiedlung der Vorderpfalz an der //.nid der Ortsnaiiii-n. Programme du gymnase de Landau, [900.

Die Ortsnamen auf-weiler im Aachener Bezirk. dans Zeitachrift des Aachener Geschichtsoereins, t. XXIX. 190-.

Condroz : Condruscus pagus (l). Ces formes isolées sont-elles de mauvaises lectures ou non? Les mots de terminaison -sco sont-ils nécessairement assignables aux Ligures? Des études critiques de ce genre, sur des points bien délimités, peuvent rendre les plus grands services. Signalons comme des modèles à suivre, en ce sens, les études d'Antoine Thomas sur la formation du nom du pays de Comenge, sur les noms de rivières en -ain, sur le « plomb n du Cantal, sur la formation du nom de la ville (F Arles, sur aise et aisance (*), les Notes critiques .sur la toponymie gauloise et galloromaine (3). Le Manuel de Vantiquité celtique de G. Dottin (4) est aussi un livre de science prudente qui n'égarera pas les travailleurs.

Mais aux toponymistes il ne faut pas seulement des livres de linguistique: il faut des recueils comme ceux de Forstemann, de Holder, et surtout des cartulaires bien faits, comme ceux de Saint-Hubert (Kurtli), de Stauelot-Malmedy (Roland et Halkin), comme le Cantatorium de Saint-Hubert (Hanquet), pour ne citer que des textes relatifs à notre région, où les auteurs ont dépensé des trésors de sagacité et d'érudition pour identifier et expliquer les noms propres de leurs textes. Peut être serait-il désirable qu'un recueil critique général d'onomastique et de toponymie belge fournît à pied d'œuvre aux historiens et aux linguistes les matériaux de cette nature disséminés dans une foule de publications, au moins depuis les auteurs anciens jusqu'à l'époque où commencent nos archives.

Les origines et la signification des noms propres de personnes, spécialement en pays wallon (5).

On étonne beaucoup les gens simples quand on leur dit (pie les noms propres, noms de lieux et de personnes, ont à l'origine un sens, tout comme les noms communs et les noms qualificatifs.

(') ZANÀRDELLI, Toponymie fluviale, cité dans Raoul de FÉLICE, Les noms de nos rivières. Paris, H. Champion, i!)07, p. ôa.

(2) Recueillies dans les Essais de philologie française, Paris, Bouillon, 1898.

(3) Dans Nouveaux essais de philologie française, Paris, Bouillon, i<)o~>, pp. 34-62.

(*) Paris, H. Champion, 1906.

{*) Conférence faite à la Société verviétoise d'archéologie et d'histoire, et insérée dans la Chronique de cette société, u" 5 (juin-juillet 1906), p. 77"93-

Actuellement, en effet, ils servent à distinguer, comme une étiquette, un endroit d'un autre, un individu d'un autre, sans indiquer de qualification particulière. Parmi les noms de per sonnes, ceux mêmes qui ont conservé un sens visible ne désignent pas l'objet en raison de la qualité indiquée. Leblond peut être le nom d'une femme, comme d'un homme, et ne désigne pas nécessairement un blond. De même il y a des noires qu'on appelle Blanche, des évaporées qu'on appelle Sophie, des gens détestables ([u'on appelle Désiré.

Il faut distinguer dans un nom : i° l'objet qu'il désigne ou signifie; 2° la qualité à l'aide de laquelle ce nom est signe de l'objet, signifie cet objet. Stuart-Mill (Cf. Logique t. I) dirait, à l'imitation des anciens logiciens, que le nom dénote un objet et connole une qualité. C'est par la connotation (pie la dénotation est rendue possible. Par exemple le mot bluct signifie ou dénote telle fleur, telle plante dont la flore énumère tous les attributs; ce mot ne désigne cependant cette plante qu'en énonçant ou conno tant une seule qualité de la fleur, sa couleur. De même sanglier a été adjectif, il signifie solitaire, et le wallon dit encore on pourcê single. C'est cette habitude de vivre isolé qui a servi à l'origine à dénommer le porc des bois. C'est uniquement la couleur de la fleur qui a servi à l'origine à dénommer le bluet. Nous disons à l'origine, car bien des gens se servent aujourd'hui du mot sans penser à la couleur bleue. Il en est ainsi de la plupart des noms communs, et l'oubli du sens est si bien la régie chez un peuple que l'étude de la langue est en partie l'étude des qualifications oubliées cpie renferment les noms. Apprendre le sens de âme, esprit, fragment, trait, fait, livre, ville, c'est apprendre beaucoup d'histoire et même de philosophie, mais c'est avant tout apprendre la valeur exacte des mots.

Les philosophes qui ont le génie mathématique ou qui raisonnent sur les abstractions, comme Auguste Comte, se réjouissent de cette perte du sens connotatif, en raison de ce qu'ils y trouvent de fugitif et de fortuit. Ils craignent de voir le sens attributif ancien projeter son ombre sur la signification objective moderne. C'est que ces messieurs ne font pas l'histoire des idées, sans quoi ils sauraient que l'histoire des idées est inscrite dans les mots.

Au reste, l'oblitération du sens attributif des noms peut avoir ses avantages comme elle a ses désavantages : ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question. Nous voulons nous borner à constater qu'il y a deux choses que l'on confond d'ordinaire sous

lion ou sens d'un nom, qu'une seule i bien «rivante l'ap >n à an objel | que

l'autre disparaît pen à ;

PI ifi nom commun, le nom propre se vide - - conno-

tatif initial. ■ - l'une autre -

Qom de pers pase l'autre; la qualité que le

nom était de* chez le nouveau pos

-.•m- du nom. A - tout Muet reste bleu, - scendants

Lelongg pew - sRousseaux tourner au noir.

La. quai ste, il se transmet indéfiniment,

simpl spourvo

Il est pourtant in1 îhercher l'orighn

propres. Leur immense variété vous intrigue. Puis on se doute bien qu'il y a un grand ensehj ut à tirer de l'étude des cir-

constances multiples entourai

D'abord <] ■ - L'un nom propre, individuel? Le

prennent-ils eux-mêmes ou le leur in. - - Qui aurait qualité

pour se donn< voir, imposer un nom? Pourquoi, ou. quand,

a quelle occasion se fail éation de noi

Pois vient l'étude «lu nom propre en lui-même. Quelles qualités exprime-t-il les ? La linguistique peut-

elle arriver à retrouver l'id sentiment qui a présidé à la

g nation ?

Enfin, limitant le problème au domaine roman et particuli lut-ut wallon, il y a lieu aguer divei ses es de noms

propres, de -uivant leurs origin<

fournir chemin faisant de nombreux exemph

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