I. — L - communs sonl . - 5pécifiqn
- les individus d'une - - pas d'un nom indivi-
duel, leur appartenant en propre. Tel chêne vénéré a rer;u un nom ju'on lui prêtait, tous 1 •■- S n'ont point
reçu un culte et un nom. Les petites lonnent des noms
- laboureurs 3 boeufs, les chasseurs a leurs
chiens, les cochers à leur.-. situation particu-
le rapport- plus intimes avec l'homme qui ont prov< ippellations individuelles. A plus raison les lieux, les
tribus et les hommes ont-ils • de bonne heure des noms
distinctifs. Ces non.- >nt chez les peuplades sauvages. A la
vérité, ils ne peuvenl nporaii-
tations du langage. Les interjections nomatopi mots
si mal dénommé- pronom-, c'est-à-dire le démonstratifs et
— nS
adverbes pronominaux, bon nombre de noms tour à tour qualificatifs el verbes ont dû exister avant les noms propres, puisque ceux-ei sont à l'origine des noms qualificatifs. Néanmoins l'invention du nom individuel remonte bien au delà des temps historiques.
Un individu prend rarement lui-même un nom. Ce nom lui vient d'autrùi, étant (oui d'abord un pur moyen pratique de distinguer dans le discours une personne d'une autre personne. L'usage de donner un nom officiel à l'entant, à sa naissance, est une systématisation (pie la raison nous dit bien postérieure, pour laquelle il faut une sorte de baptême, une cérémonie de la naissance, une inscription obligatoire. Les autres noms sont des sobriquets donnés par les parents, les voisins, amis ou ennemis. Le même individu peut évidemment en recevoir plusieurs. Il les reçoit en fait, sans les accepter, sans leur donner valeur officielle. Luimême se dénomme d'un de ces noms ou d'un nom qu'il se fabrique, mais ce dernier cas doit être rare. Comment vous nommez-vous'! et comment vous appelle-t-oni sont donc deux questions fort différentes.
Aujourd'hui, à l'état-civil, chaque personne a un nom de famille, un nom individuel souvent composé d'une kyrielle de prénoms. L'identité, la distinction de tout autre individu est assurée par l'adjonction de qualifications de lieu d'origine, de date d'origine, de profession.
Dans la vie courante sociale, chacun est désigné au moins par deux noms; dans la vie de famille, le cercle étant plus restreint et les confusions moins possibles, un seul nom suffit, celui qui différencie un membre de l'autre, le prénom. De môme autrefois, chez, les Grecs, le nom individuel était suivi du nom du père et du nom du dème ou bourg d'où l'on était originaire. Mais dans la vie ordinaire le nom individuel suffisait. Il n'y avait point de nom de famille transmissible de génération en génération. Chez les Romains, au contraire, les gentes patriciennes avaient un nom, dont elles étaient fières, nous en reparlerons tantôt, — de sorte (pie le nom gentilice, précédé du praenomen, souvent suivi du cognonem indiquant telle branche de la famille, formait lf nom officiel d'un Romain de race. Dans l'intimité seulement, If terrible citoyen répondant en public aux noms de Titus Annius Milo, se contentait d'être Annius ou Milo ou Titus tout court.
Les personnages gaulois cités par César n'ont qu'un seul nom. On ne voit pas qu'il en soit des Germains autrement que des
- rig -
Celtes. Cependant pareille indétermination me semble improbable. Officiellement le nom individuel devait être renforcé partout du nom du père et du nom de la tribu. Attila est de la famille des Baltes, Hamilcar de la famille Barca.
En effet, donner des noms, c'est l'aire de la classification. Les noms n'étant pas en nombre infini, une fois que les générations se sont multiplie..-, il y a plus d'individus que de noms différents. Il y a nécessairement des personnes qui portent le même nom. Pourtant, dans les relations réciproques, il faut éviter des confusions possibles. Je ne vois pas d'autre moyen que le moyen usité en zoologie ou en botanique. La juxtaposition de deux ou trois noms enlève seule toute équivoque. On peut ne considérer comme nom propre que le nom individuel, mais les autres cependant, noms patronymiques ou gentilices, noms de tribus et de terres, noms de qualité, de profession, de résidence, tendent au même but, qui est de classer, de différencier sans cesse.
II. — Il est temps d'étudier le nom propre en lui-même pour savoir ce qu'il signifie et quelles sont les liabitudes diverses des nations à ce sujet.
Chez les Hindous, les Grecs, les Celtes, les Germains, les noms sont en général poétiques, longs, harmonieux. Les poèmes de l'Inde nous offrent des noms comme Brahmadatta (donné par Brahma), correspondant des Diodotos et des Théodotos du grec ; comme Yadjnadattn (donné au sacrifice), correspondant du grec hagiodotos ; comme Sâvitrî (la créatrice). Les Grecs portent volontiers des noms tirés du nom d'un dieu, ou exprimant quelque chose de noble et d'élevé, parlant des aspirations de la jeunesse, de vaillance, d'habileté à manier les armes et les chevaux, d'influence politique. On connaît assez, par l'histoire ou la littérature, les noms de Diodôros (don de Zens), Diogenês (né de Zeus), Apollodôros (don d'Apollon), Athênadôros don d'Athêna, la Minerve grecque), Apollônios (fils d'Apollon), Dêmêtrios (fils de Dèmêter, Cérès), Themistoclês (gloire de la justice), Héraclès (gloire de Hèra, Junon). Ou bien on s'appelle Timothée (qui honore Dieu), Philothée (qui aime Dieu), ou, moins religieusement, Alciphrôn (cœur de cerf), Damnippe (dompte-chevaux), Arisie (excellent), Aristobule (bon conseiller). Les femmes s'appellent Iphigénie, Eugénie (bien née), Iphianasse (fortement reine), Aspasie (bienvenue), Mélanie (la noire), Thérèse (la tendre), Arsène (la mâle), Glycère (la douce).
Les Grecs concevaient leurs dieux comme bienfaisants et pro-
tecteurs ; peuple gai, optimiste, heureux de vivre, aimant la nature et la divinisant. Les Romains, eux, craignent leurs dieux, qu'ils imaginenl colères et méchants. Ils ne pouvaient doue songer à donner a leurs enfants les noms de ces dieux redoutés, qui seraient des noms de sujétion, de défiance, de crainte. Nous n'appelons pas nos enfants Satan, ni Démon, ni don du diable, ni tison d'enfer : nous réservons ces termes pour l'exécration de nos ennemis. Les noms de personnes chez les Romains ont donc un autre caractère. L'esprit pratique et prosaïque du Romain de vieille roche, avant l'influence grecque, s'y reflète étonnamment.
D'abord le père de famille romain a plaisir à désigne]- mathématiquement par des noms ordinaux : Quintus (mon numéro cinq !), Sextu.s (sixième), Septimus (septième), Oelavus (huitième), Decimus (dixième), Secundus (le puîné). Et ces mêmes noms individuels sont devenus noms de familles (noms de gens ou gentilices) par le suffixe -ius : Sextius, Septimius, Octauius, Nonius, Decius.
En second lieu, le Romain, en cela comparable au wallon, aime à remarquer les défauts physiques ou les imperfections morales, à traduire en sobriquets son observation des tics, des attitudes, de la démarche, de la couleur des cheveux, de la forme de certains organes. De là, les noms de Albus (blanc), Ru fus (roux», Rufw (gros roux), Plancus (pieds larges), Plot us et Pedo (pieds plats), Varus, Varo et Valgius (cagneux), Claudius (boiteux), Flaccus (qui vacille), Sulla (petits mollets, de sur'la diminutif de sura, mollet), Capito (grosse tête), Fronto (grand front), Mento (gros menton), Naso (gros nez), Stilo (goutte au nez, morveux), Labeo (grosse lèvre), Rucco (grosse bouche), Rarbo (grande barbe), Dentio (dents longues) Ralbus (bègue), Turpio (laid), Lurco (glou ton), Strabo (louche), P>œtus (qui cligne des yeux), Cal vus (chauve), Glabrio (glabre, chauve), Crispus (crépu), Crassus (gros), Dorso (gros dos, bossu), Tubero (bossu), .S7o/o (grosse bête), Naevius (qui a des naevi, taches de naissance ou grains de beauté). De ces noms individuels naissaient ensuite des noms de familles : les Albii, les Rnfii. les Rutilii, les Livii, les Caesii, les Fulvii, les Nigidii, les Claudii.
Voici une troisième espèce de noms, pour laquelle deux explications sont possibles. D'après les philologues classiques (') ils
(') C'est l'explication de F. <>. Weise, Les caractères de la langue lutine, trad. de l'allemand par F. Antoine ; Paris, Klincksieck, 1896.
reflètent l'amour des Romains pour la vie rustique, l'agriculture et l'élevage. Fabius serait l'homme qui cultive spécialement les fèves (faba), Lentiilus serait l'homme aux lentilles (lens), Piso l'homme aux pois, (licero l'homme aux pois chiches, Caepio l'homme aux oignons. Il y a des Taurus, des Asellio, des Bubulcus. Le temporiseur Quintus Fabius Maximus fut surnommé Ooicula (petite brebis), sans doute à cause de sa douceur. L'élevage de tel ou tel animal en quantité ou de préférence à d'autres espèces aurait donné naissance aux familles des Porcii, des Asinii, des Vitellii (oituliis, vitellus, veau), des Ovidii (puis, brebis), des Canii et Canidii (canis, chien,), des Caprarii (capra, chèvre).
À cette explication, des folkloristes et mythologues modernes (') substituent celle-ci : les Fabii, les Porcii, les Asinii, etc. sont de vieux clans romains qui avaient pour totem la fève, le pore, l'âne, etc., et qui ont pris, comme il est de règle, le nom de leur totem. Le tabou ou sanctification de la fève est en effet bien antérieur aux doctrines pythagoriciennes. On le retrouve chez les Orphiques, en Egypte, en Italie. A Rome même, le flamen dialis ne devait ni manger ni même nommer une fève. Cette explication, plausible pour les noms de clans (gentes), n'est pas d'ailleurs applicable à des surnoms individuels comme Ovicala (brebis), Lentiilus (lentille), Caepio (oignon), Anser (oie), Gallus (coq), qu'il est plus prudent d'interpréter comme des sobriquets moqueurs.
Chez les Celtes, les noms sont d'ordinaire composés de deux ternies. Le déterminant précède le déterminé, comme en grec et en germain. Les noms expriment soit une filiation divine, soit un rapport totémique, soit quelque particularité physique ou morale, notamment la valeur guerrière. A la première catégorie appartiennent, par exemple, Esugenos, fils du dieu Esus, Camulogenos, fils de Camulus, Divogenos, fils de Dieu ; Divogena, fille de Dieu ; Esunertos, force d'Esus. L'affiliation totémique se laisse deviner (2) dans Artigenos et Malugenos, fils de l'ours : Urogenos, fils de l'unis ; *Brannogenos, fils du corbeau ; Boduognatos, fils de la corneille ; * Vidage nos, fils de l'arbre ; *Vernogenos, fils de l'aune. On trouve des qualités, mais sans intention satirique, dans Nertomaros, grand par la force ; Dagodubnos, profond par la bonté ; Dubnotalos, front profond ; Dubnorix ou Dumnorix, roi
(') Sai.omox Reixacii. Cultes, mythes et religions. I, 4(J-4~- (2) Quant au totémisme des anciens Celtes, cf. SALOMON ReïNACH, Cultes. mythes et religions, I, 3o-"8.
ilu profond (du monde) ; dans les noms guerriers Catugnatos, né pour le combat ; Catnmaros, grand dans le combat ; Caturix, roi du combat ; Albiorix, roi du inonde ; Çingetorix, roi des guerriers ; Vercingetorix, roi des grands guerriers ; Orgetorix,
roi des tueurs ; Eporedorix, roi des cavaliers (sur ehar)(').
Chez les Germains aussi, les noms de personnes ont quelque chose d'héroïque el de fort. La guerre y tient la première place. Au lieu d'ailleurs d'en parler d'une façon théorique, il vaudra mieux de vous montrer des échantillons de ces racines adjeetives qui entrent dans la composition des noms germaniques et d'anal\ ser quelques-uns de ces noms. Adal qu'on retrouve dans Adalbert, signifie noble ; bald, qu'on retrouve dans Baudouin, signifie hardi : berht de Bertrand = brillant ; daghe de Dagobert = épée ; et de même citons rapidement eghe, subtil ; frid, paix ; gund, combat ; hard, brave ; helm, bouclier: her, guerrier ; hilpe, secouruble ; hlode, brillant ; hramn, vigoureux ; hrode, parleur ou conseiller ; hug, prévoyant ; karl, robuste ; mund, chel ou protecteur ; rad, prompt ; rand, bouclier ; rik, /br< ; swind, agile; wite, sage.
Voulez-vous voir ces racines en composition ? Il me suffira de vous citer quelques noms pris au hasard dans la masse énorme de noms mérovingiens et carolingiens que l'histoire nous a transmis, et dont un grand nombre vivent encore aujourd'hui, transformes, il est vrai, et souvent méconnaissables. Clovis s'appelait Hlodo-vech, et un chroniqueur ancien, Ermold le Noir, nous expliquera lui-même ce nom : « nempe sonat hluto praeclarum, wigch quoque mars est ». Mars brillant, c'est-à-dire guerrier brillant, voilà ce que signifiait il y a quinze siècles le nom qui est devenu Louis en français, Ludwig en allemand. Daghebert, Dagobert signifiait brillant par iépée, dague existe encore en français au sens de épée. Swindebald, Zwentibold est formé de deux racines qui signifient agile et hardi. Merevig, Mérovée = éminent guerrier; Carlemann = homme robuste; Adalbert = brillant ]>ar la noblesse; mais Witekind est un sage enfant et Godefroid est la paix de Dieu. Le fameux pharamund qu'on a longtemps considéré comme le premier roi des Francs esl un nom commun signifiant chef de clan. Le moderne Bertrand
I <J. DOTTIN, Manuel j>our servir;) l'étude de V Antiquité celtique. Paris,