‹ Notes de philologie wallonneChapitre 7 sur 34 · TABLEAU I · texte numérisé non relu

TABLEAU I

Le texte Bourguignon (1820?) porte simplement : L'église du mariage de In suinte Vierge.

La version Poetgens, i856, n'a pas ce tableau.

La version Closset, i8g3, porte : Voci l'église du saint Simèon, wice quu Djôsèfèt Marie ont r'çu Vbènèdiceion.

Texte de 1897 : Voci l'église Saint-Simèon, ivice quu la sainte Vierge et suint Djôsef qu'a r'çu la bènèdicion (').

Siméon est le grand-prêtre. On le canonise naïvement, et même, dans la dernière version, on a l'air d'en faire le patron de l'église. Le temple juif est devenu une église chrétienne.

Bourguignon : Oratoire de la Sainte Vierge. — Voici l'ange du Seigneur (jui annonce à Marie qu'elle sera la mère du Sauveur.

Poetgens : Voci l'adôratoire : c'est la quu la su-inte Vierge fève ses priyircs qwand l'andje vét li anoncer qu'èle sèrc lu mère de Christ. Ele Ii dit : je suis lu servante du Seigneur, qu'il nie soit fait selon votre parole. — Çou-voci vu mosteûre, mes èfants, quu vos d'véz je vos priyircs tos lès d'joûs et bè hoùter vos père et mère, comme l'a fait la suinte Vierge.

Christ n'est guère du langage populaire : c'est la seule fois que ce mot apparaît dans ces divers textes.

Remarquez le mot adoratoire. La seconde phrase ne sert qu'à traduire ce mot inconnu au peuple.

Closset (cahier) : Voici l'oratoire de lu suinte Vierge. — (L'ange descend) : Voici l'ange du Seigneur (jui vient unnôcer à Marie qu'elle sera la mère du Sauveur. La suinte Vierge rèspond : qu'il me soit fait selon votre parole. — (Le Saint Esprit descend.) Elle a côçu par l'opération du Suint Esprit.

Closset (texte de i8o,3) : Voci l'adôratoire du la sainte Vierge. C'est la qu'île fève ses priyircs. Voci l'ange du Seigneur qui vint annôcer à Marèie qu'èle sèrè la mère du Sauveur. Lu suinte Vierge rèspond : qu'il me soit fait selon votre parole. Et elle a côcu pur l'opération du Saint Esprit, et le Verbe s'est fait chair et il n-t-hôbité pur mi nous.

Texte de 1897 : Voci l oratoire de la Sainte Vierge : C'est la qu'ile fève ses priy ires. L'ange du Seigneur vint (= vient) annoncer à Marie qu'elle sera la mère du Sauveur. — Et voci l'Saint Esprit.

Le Saint-Esprit est en 1897 une colombe descendant obliquement le long d'un fil jusqu'à la fenêtre de l'oratoire. Il y a une colombe et un ange dans la photographie de 1893.

(•) Nous avertissons que ees textes ne doivent pas être pris en qualité de textes wallons. Ils passent sans transition du wallon au français et du français au wallon. Ajoutez-y un troisième langage : le français prononce à la verviétoise (anôcer pour annoncer, côçu pour conçu). Nos graphies essaient autant que possible de se modeler sur ces variations.

Bourguignon : Moulin ù vent. — Voici le meunier qui moud son grain. Le domestique conduit auecson une lu farine ù domicile.

Ce tableau ne paraît nullement, ainsi annoncé, se rattacher à la vie «le Jésus. Les versions suivantes sont plus explicites.

Poetgens : Vola lu molin n vint. \'os vèyez la lu moûnî qui va monde de grain po pwèrter h Bethléem po fé dès bolêyesà Vèfani Jésus.

Closset (cahier) : Vola Vmolin a vint (jui moud de grain po-z-alez ;i Bethléem. Vola l'moûnî <jiii monte so s'gurnî avou dès sètehs.

Déjà, avant qu'il ne naisse, on se préoccupe de lui faire <le la bouillie! Naïf anachronisme qui suppose connu tout ce qui sera. Cela l'ait songer à la chanson moderne où Napoléon tout puissant dit avec mélancolie : «Sans avoir décoré Talma j'irai mourir à Sainte-Hélène».

La copie Closset pour 1893 porte : Voci Vmolin a vint. Vos vèyéz Vmoûnî — qui monte so s'gurni — po-z-aler monde de grain — po fé dèl f arène — po pwèrter a Bethléem — po fé dèl holèye à Vèfant Jésus. On a visiblement corsé le texte en vue de la représentation au Globe.

Mon texte de 1897 porte simplement : Le moulin au vint. - Voci Vmoûni — qui môte so s'gurni — po fé dèl bolèye — a Vèfant Jésus.

(Bourg. 4)

Bourguignon compte ensuite comme tableau séparé une bergerie adjacente au moulin, avec l'annonce : Voici la bergerie du meunier. Ce tableau formait un petit groupe destiné à l'amusement des enfants. Comme il était sans utilité, et n'avait pas pour se soutenir le pittoresque du langage, il a disparu.

IV (Bourg. 5)

Bourguignon : Voici la montagne de Zaeharie. Au dessus se trouve la maison de sainte Elisabeth. — El voici la Vierge, accompagnée de saint Joseph, qui vont lui rendre visite.

Poetgens : Vola la sainte Vierge et saint Djôsef qui vôt rède (vont rendre) visite a leû cusène sainte Elisabeth.

Closset : ]'oci Vmôtagne d'Isaï wice quu Notru-Dame va rinde visite a s'eusène Elisabeth. (La sainte Vierge s'arrête ù une petite distancede lu porte) : Mettez co <>'})auc, suinte Vierge!

Notre texte de 1897 est conforme au précédent, sauf un mol : la

Vierge va visiter sa sœur Elisabeth. De part et d'autre la montagne est appelée montagne d'Isaïe. ("est une corruption évidente provenant de ce que, si Elisabeth est populaire, Zacharie ne l'est nullement. Son nom, oublié, est devenu par assonance Isaïe.

Il y a un escalier à gravir pour pénétrer dans la demeure. Marie, aussi visiblement lourde que dans certain tableau de Rubens, s'arrête an milieu de l'escalier. Et la vieille interprète, s'improvisant actrice dans le drame, l'encourage d'un mot familier, non sans y mettre une pointe de malice : mutez èco ô pane, Sainte Vierge! Alors la Vierge lait un effort et gravit les dernières marches. Ce trait ne manque jamais son effet sur l'assistance.

Cette montagne de Zacharie est actuellement constituée par une maison ouverte qui laisse voir Elisabeth assise au milieu. Cette maison repose sur un amas de rochers où l'on a rassemblé une foule d'animaux assez disparates, des chèvres, des vaches, des lions, des serpents, toute la faune du paradis terrestre et de l'arche de Noé.

Y (Bourg. <i

Bourguignon : Voici F hôtellerie de la méchante Magrite. La sainte Vierge vient a passer, demande à logis, et (elle) lui refuse en lui donnant des coups de balai. Son mari indigné vient par la fenêtre, frappe sa femme avec un bâton.

La scène doit être à Bethléem lors du recensement. C'est chose étrange comme les tableaux sont mal liés et combien peu de peine l'on s'est donnée pour indiquer au spectateur les circonstances de temps et de lieu. Pareille négligence ne se comprendrait pas si le public ne connaissait pas d'ailleurs les détails omis. C'est ce qui corrobore notre hypothèse (pie le spectacle du Bethléem procède de quelque mystère de la nativité. Les autres versions ne sont pas plus explicites.

Poetgens : Yoci lu maie Magrite avou s'ramon. C'est qwand saint Djôsef et la sainte Vierge li vôt d'mander a lodjis, qu'île lès tchèsse èvôye. Mais s' bouname qu'est pu charitàve quu lève, èl vét corèdji.

Closset, copie pour i8o,3 : Voci Vmanhon dèle mâle Magrite. (Le cahier ajoute des indications scéniques : Saint Joseph et la sainte Vierge savancent sur le seuil.) — Saint Djôsef et la Vierge vunèt dniander a lodjî, mais l'male Magrite lès heûve èvôye avou s'ramon. (Cahier : Magrite sort et balaie.) — Voici s' bouname, qu'est co pus charitàve quu lève : i vint V corèdji avou s'bordon.

Textede 1897 : Voci l'mâhon dèle mâle Magrite. Saint Djôsèf et la suinte Vierge vinèt iV miauler l'hospitalité; mais T maie Magrite lès tchèsse èvôye avou s'ramon, Su bouname, pu charitâve, ki vét Vcorèdji avou s'bordon.

Mâle Magrite est un sobriquet bien populaire. On sait que les prénoms employés dans tin sens péjoratif sont communs et que les femmes de mauvaise conduite ou de méchant caractère ont souvent uni aux prénoms qu'elles portaient. Voyez au Voc. des poissardes d'Albin Body (') les mots Magrite. Marôye, Djètrou, Muïon, Agnès, Daditte, Djâquelène, Djihène, Madelinne, Zabai. A Liège, Tchantchè (= François) signifie factotum. Mathî est un sot. Le français dit un Alphonse, une Agnès.

L'origine de cette légende nous reste inconnue.

A-t-on remarqué cette variante de mise en scène, que, dans le plus ancien texte, le mari vient par la fenêtre'! Qu'on ne croie pas qu'il se contente de passer le bras par la fenêtre. Nous avons des dessins accompagnant la version Bourguignon et la version Poetgens. Dans cette dernière, en effet, le mari se contente d'apparaître à la fenêtre armé d'un très longbâton. Mais dans le Betliléem Bourguignon, le dessin montre l'homme s'élançant par la fenêtre, le bâton levé, une jambe déjà en debors. Comme ce mouvement devait être difficile à exécuter, on le supprima. Actuellement le mari est dehors, sur un des côtés de l'auberge; il s'avance au moment propice par une rainure.

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