‹ Notes de philologie wallonneChapitre 8 sur 34 · VI (B. 7, P. G, C · texte numérisé non relu

VI (B. 7, P. G, C

Bourguignon (t. 7) : Voici le berger paresseux couché par terre. — Grand-Pére vient à passer, lui demande le chemin pour aller à Bethléem. Trop paresseux pour se lever, (il le) lui montre avecson pied.

Poetgens, (t. 6) : Vola li pùri bèrdji. C'est qwand quécôq (quelqu'un) li vét demander V vôye po-z-aler a Bethléem, quu V pùri bèrdji li mosteùre avou s'pi. « C'èst-là! » dist-i.

Closset (cahier) : Tableau VI, représente le upûri bièrdji » couche mi boni d'une route. Explication : Voici des j>aysans qui vont à Bethléem. I d'mandèt Vvôye à pùri bièrdji i/u'èst si piiri qu'èlzi acsègne avou s'j)i. La copie du scénario de i8g3 omet l'indication scénique du début et dit à la fin : ... a pùri bièrdji qu'èlzi acsègne avou s'pi... C'èst-là! dist-i.

(l) Bulletin de lu Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XI. 1868.

Le texte de 1897 est identique à celui de 189,3.

Le pûri bièrdji qu'acsègne lu vôye avou s'pi est resté proverbial dans le canton de Verviers pour qualifier une paresse excessive. Cette fois, il est facile de voir que ce n'est pas le drame qui a emprunté au peuple le type tout créé. Il est peu probable que le peuple eût choisi justement un berger comme type de la paresse. ("est le drame qui avait besoin ici d'un berger : c'est lui qui a créé et popularisé \r type. (V proverbe ne se trouve pas dans le Dictionnaire des spots de Dejardin.

Vil H. s. p. :. c. -,

Avec l'apparition des bergers commencent les chœurs. Ici il y a des variantes plus nombreuses, des omission- et des transpositions d'un texte a l'autre.

Bourguignon ne parle pas de chants. On ne lui avait sans doute demandé que les paroles. Son texte porte (t. 8) : Voici la montagne de frère Ernout. Les bergers font la ronde pour se réjouir de la venue du Messie.

Poetgens, sous le dessin colorié qui représente une ronde au premier plan dans une prairie, et, en haut, un ermite devant la porte, de son ermitage, inscril sans explication préalable un couplet de Noël :

Djans. corans-î tôt dansant,

Veye lu mirôke du eist-èfant

<,>ui est né d'one pucèle.

Duhôbe-tu, mère, ay, nosse Djuhan,

Duhôbe-tu <l<">. bôcèle.

Puis il ajoute : La a d'zeûr c'est frère Non. Lisez fré Renou, et ne soyez pas étonne de voir un frère, c'est-à-dire un religieux, un moine avant le christianisme. Fré Renou est un peu parent de saint Siméon.

Closset (cahier) introduit le chœur par quelques mots : tableau?, représente des bergers dansant en rond sur la montagne; une bande de bergers qui doit descendre pins tard. Toc/ ïdanse, corans-î tôt dansant. Quand la danse commence, on chante les couplets suivants. Suivent en effet les quatorze couplets d'un noël wallon commençant par le vers : Choufl chouf '! Marèie, ki fait-i freu! Ce chœur est copié du recueil liégeois de noëls imprimé chez L. Grandmont-Donders, qui se vendait a Verviers avec la mention : Verviers, chez A. Remacle, imprimeur libraire, remplaçant la mention de l'imprimeur liégeois. Ce cahier contient également

la copie fidèle de la musique « 1 * ' celle ('dit ion, ligne pour ligne. Ces transcriptions ne prouvent pas que tout le noël était alors chanté an Bethléem. M Closset, qui s'est servi de ce cahier pour sa copie définitive de 1893, ne conserve qu'un seul des quatorze couplets, le huitième, celui que nous avons transcrit plus haut. Enfin, en [897, <oi chaule a cet endroit les couplets un, trois et six (édition Grandmonl ou Remacle, 11. 5, 7, 4 de l'édition Dontrepont). 11 semble, a première vue, (pie ces variations du chant témoignent d'une extension du chœur à mesure qu'on se rapproche de l'état actuel. Xous n'en croyons rien cependant. Il y a dans les versions Bourguignon et Poetgens des personnages dont la présence ne s'explique que par les couplets de- ce même noël. Quest-ce «pie Grand-Pére dans la première version? Qu'est-ce que Fré lie non ou Frère l'.rnon (Arnould) dans la seconde? Le premier est un personnage cité dans le sixième couplet; le second apparaît au septième :

Grand-pére, vos pwèteréz bin l'fisik (fusil!)

So vosse nez mètez des bèrikes (besicles)

Et s'ioukiz èl potale,

Tôt â coron di nosse botique :

Vos trouverez des brocales (allumettes).

Cuzèue Marôye, vinez avou ; Nos passerans po mon (m*) fré Èrnou, Qui nos mône al valêye :

I fait si spès qui dj'a paon Qui nos n'sèyansse d'robèyes.

Donc, ou il faut admettre que tous ces personnages étaient archi connus du peuple soit par légende, soit par des représentations de mystères, ou il faut admettre, ce qui est en tout cas beaucoup plus simple, que le noël en question était anciennement chanté au Bethléem ou en totalité ou en grande partie. Les scénarios qui ne donnent plus qu'un seul couplet ont réduit le chœur a une portion bien exiguë. Celui que nous avons note en 1897 a conservé au moins trois couplets en cet endroit et en a réservé d'autres pour un tableau suhséquent. Les voici :

('j ("est le second noël liégeois du recueil publié dans la Revue des patois gallo-romans par A. Doutrepont. Mais l'ordre des couplets adopté par Dontrepont n'est pas le même.

Tchouf, tchouf, Marèye, qui fait-i freûd ! Lès dints m'eakèt, rlj'a ma d'ines deûts. I rc du I)iu. queue djalèye :

Cist-èfant sèrè inwèrt <lu freûd :

Pwèrtans li po 'ne blamèye.

l'or mi. dju li pvvèterè m'cotrè Po le des fahes è( «les lignerès, l'.t a l'mére des tchâssètes.

Vos lezi keûseréz bîn, s'i v' plait, Dj'a de li è m'taliète.

Grand-père, \<> pwèterez i»i h lïisik, etc. (voir ci-dessus,

VIII (B. ii, P. s. C. 7 [suite] ).

La suite naturelle de ce même tableau contient dans les deux plus anciennes versions des traits que les suivantes ont laissé se perdre.

Bourguignon (t. 9) : Voici les bergers qui apportent leurs présents, l'un des pommes de terre, l'autre des fagots, l'autre pour faire des langes. Berger Jacob, qui ne possède qu'une brebis, l'apporte à l'enfant Jésus.

' Poetgens (t. 8) : \'oci les djins (jui vont à Bethléem : vos vèyez Marèye qui pwète des fahes et des lignerès: one aute pwète one dj usse sutopêye avou ô navè. Vos vèyez so lu d'vanl lu pauve bèrdji avou s'mouton : c'est lu qu'èst-arrivé lu prumi a Bethléem.

Le trait de la cruche de lait bouchée à l'aide d'un navet se retrouve dans les versions postérieures au tableau suivant. Mais on a tout à l'ait oublié le pauvre berger ou berger Jacob qui offre à Jésus son unique brebis.

D'autre part on a signalé plus tôt l'apparition de l'étoile, ce qui est assez conforme aux données bibliques. Voici donc la lin de ce tableau dans les plus récentes versions :

Closset (cahier) : Vola lu steùle a caive qui mosteûre (Copie qiïaesègnc) a bièrdjis V vôye po-z aler a Bethléem. Vos lès vèyez la turtos quid'hiendèt Vmôtagne. (Les bergers descendent).

Version de 1897 : Vos vèyez one assimblèye du bièrdjis qui d'hendèt Vmôtagne. Quant à la comète, on la présente sans cérémonie du bout de la baguette, et mon transcripteur de 1897 l'a oubliée.

Mais je vois qu'un prospectus de la même année en fait un huitième tableau nue l'on compte à part. Comme tableau séparé, c'est évidemment un peu maigre.

IX (B. ro et n, P. 9, C. 8.)

Bourguignon (tabl. 10) : Voici la crèche de l'enfant Jésus. Au dessus se trouve lange, tenant dans ses mains le Gloria in excelsis Deo. De côté se trouve rétoile à queue, guide des bergers pour leur montrer l'étable où l'enfant Jésus est né. (Tableau 11) : \oici la maison du cousin Gillet qui joue si bien sur son sifflet. Puis l'auteur écrit naïvement dans un carré : Ici se trouve une table ronde, avec un verre au milieu. Cousin (iillet avec son compagnon sont aux deux côtés. Comprenez qu'ils sont installés dans une guinguette adossée à la maison de la nativité et qu'ils boivent la goutte en l'honneur de l'enfant Jésus. Suivant l'ancien usage, il n'y a qu'un verre pour tous.

Poetgens (tabl. 9) : Voci l'enfant Jésus <jui vint au mode. Vos vèyéz quu l'bon Diu estent bé pauve, ca i vint à mode duvin ô p'tit stave. I n'a qu'ô pô du strin po s'coûki. 0 bon et on-àgne èl rèsichâfèt. Vos vèyéz la Vierge et saint Djôsef a costé. C'èst-alôrs quu l' and je vét dire as bièrdjis : Gloria in excelsis Deo.

Closset (cahier) : tableau 8, représente une étable, la crèche. Voci lu stave wice quu l'bô Diu a v'nou a mode, inte l'âgne et l'boù, qui rèstchâfèt l'èfant avou leù-z alêne. — Vos vèyéz Notre-Dame (copie : la sainte Vierge) la so V costé, et saint Djôsef èst-èl cwène. — Voci Vcuzé Djilet qui djowe lu flûte avou ô huflèt ; è l'aute costé vo vèyéz one djusse du lèssè stopêye avou ô navê.

Remarquez les rimes Gillet : hufflet et lessai : navai qui sont peut-être des traces d'ancienne versification dont nous aurions déjà pu signaler plus haut des exemples : bierdji : pi : dis-ti, et mounî : gurni.

Version de 1897, tabl. 9 : Voci lu p'tit Jésus vinou a mode. Vos vèyéz Vsainte Vierge so l 'costé, saint Djôsef èl cwène, (en montrant de la baguette) : lu cuzé Djilet qui djowe lu flûte avou ô huflèt, et one djusse du lessè stopêye avou ô navê.

Le chœur des bergers entonne ensuite des actions de grâces. Poetgens, dans ses dessins, représente ici des gens attablés, en train de l'aire le réveillon. Ce tableau, le dixième pour lui, est accompagné du couplet suivant, (qui est sauf l'omission des vers 3 et 4. le sixième couplet du n" 1 de Doutrepont, le deuxième du n" 24 de Grandmont et de Remacle) :

Qwand n's âraus stu a deùs treùs messes. Nos vêrans chai magni dès cwèsses (du chou), Si magn'rans-ne ine aune di tripe.

Vest-i nin vrèy, cusène Magrile?

Qwand n's âraus bu deùs ou treus bôs côps : Gloria in e.xcelsis Deu.

Le cahier Closset ne porte aucune mention de ce chant, mais la copie répare cet oubli en inscrivant le même couplet que ci-dessus, introduit par la mention : vola one assimblêye du bièrdjis. La représentation de 185)7 t'ait ici la part plus large au chœur. Après l'annonce : voci one assimblêye du bièrdjis, on chante les couplets suivante :

/" Couplet.

(Ed. Graudmont et Reinacle, uu 20, couplet 8. Doutrepont II, 2.)

Djans, corans-î tôt dansant

Vèye lu inirâke du cist-èfant

Qui est né d'one pucèle.

Duhombe-tu, Dj'hène, duhombe-tu. Dj'han.

Duhombe-tu don. bôcèle.

//. (G. R. i3: D. II. i3.)

Moussans d'vins, su nos adjunans:

Nos ira ns adorer l'étant

Kt li offri nosse eoùr-e.

C'est çou qu'i vont, l'divin étant

Qu'est la couki so l'foûr-e.

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