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NOMADES CAMPÉS

nuées grises. Les montagnes, les collines embuées, se profilent en vagues silhouettes d'une teinte neutre sur le ciel opaque. La palmeraie, transie, aux têtes échevelées des dattiers, s'emplit de poussière blafarde, et les vieilles maisons en toub, debout au milieu des ruines, émergent, jaunâtres, comme salies de l'ombre trouble de la vallée, au delà des grands cimetières isolés.

Le désert a dépouillé sa parure de lumière et un voile de deuil immense plane sur lui.

Aux camps, autour des chevaux couverts de soie en loques, autour des chameaux, goumiers et sokhar s'éveillent. Un murmure monte des tas de burnous humides roulés sur le sol dur.

Au réveil, maussades, les chameaux bousculés commencent à se plaindre. En silence, sans entrain, les nomades se lèvent et allument des feux. Dans l'humidité froide, les djerid fument, sans gaité.

... Le vent glacé balaye brusquement les camps ; il soulève des tourbillons de poussière et de fumée, faisant claquer la toile tendue de la tente du chef de goum, ornée d'un fanion tricolore.

La silhouette du lieutenant français passe. Placide, 'l'œil triste, les mains fourrées dans les poches de son pantalon de toile bleue, il fume sa pipe en inspectant distraitement hommes et bêtes.

Lui aussi sent peser sur lui le malaise de ce matin de recommencement,- après des mois et des

mois de ce dur métier de « meneur de chameaux », comme il dit, toujours en rovite, toujours seul, avec, pour unique consolation, cette pipe mélancolique où se consument en fumées légères les heures monotones de sa vie . . .

Les nomades préparent le café dans leurs gamelles d'étain, puis, sous le vent qui glapit, ils se lèvent lentement, paresseusement, secouant la terre qui alourdit leurs burnous.

Ils vaquent aux menus soins du camp.

Les goumiers et les sokhar jettent des brassées d'alfa devant leurs bêtes. On fait un pansage sommaire au cheval gris de l'officier. Quelques-uns, assis dans la fumée des feux, commencent des reprises aux harnachements ou à leurs burnous. D'autres montent au village, pour d'interminables marchandages chez les juifs et de longues beuveries de thé marocain, dans les salles frustes des cafés maures.

Des chameaux grognent et mordent leurs haraïr. Un cheval se détache et galope furieusement à travers les camps. Deux hommes se disputent pour une brassée d'alfa... Et c'est tout, comme tous les jours, dans l'ennui des heures longues, des heures d'attente.

Depuis longtemps les nomades ont oublié la solitude de leur existence traditionnelle, sur les Hauts-Plateaux, sans autre souci que leurs troupeaux et les éternelles querelles de groupes à

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