Salon. 8. Chambres à coucher
d'une vaste loge, dépendance des salons ouverts au fond : une véranda, qui établit une communication entre les pièces du rez-de-chaussée, abrite contre le soleil la façade au midi. Sur la façade opposée s'élève un porche servant d'entrée couverte pour les voitures. Au premier étage se trouvent les pièces destinées à l'habitation, ouvrant toutes sur des loges ou des balcons. Les deux chambres à coucher principales montrent dans leur installation une grande science du confortable : chacune est accompagnée d'un cabinet de toilette ; les lits sont placés debout dans une retraite ménagée par la saillie de la logette,
laissant ainsi un grand espace vide dans la pièce ; ils sont de plus parfaitement abrités contre les courants d'air ou l'éclat d'une trop vive lumière que son reflet sur l'eau rend parfois fatigante; s'il fait beau, l'habitant peut, sans sortir de son appartement, aller sur la loge respirer la fraîche brise de la mer; s'il fait mauvais temps, il brave, au coin de son feu, le vent et la pluie, et trouve une distraction dans le spectacle qu'il aperçoit à travers les glaces de ses larges fenêtres fermées par le système dit à guillotine.
Les pièces secondaires, les services généraux sont reportés sur la façade opposée, d'où la vue est moins intéressante. La façade orientée au nord n'est percée d'aucune ouverture, elle présente un mur plein, d'une construction solide, car il fallait de ce côté se défendre avec avantage contre les mauvais temps; au lieu d'un mur ordinaire d'une seule épaisseur, le constructeur a établi deux murs, l'un extérieur, de o"1,1}©, l'autre intérieur, formé d'une brique posée à plat ( om, 1 1 ) ; ces deux murs sont séparés par un espace vide, de om,io de largeur, aucun lien ne les réunit, sauf des traverses en fer placées à la hauteur des planchers, et destinées à les rendre solidaires, sans toutefois permettre que l'humidité de l'un puisse se communiquer à l'autre; les planchers étant posés sur les murs de refend, le mur intérieur n'a que sa propre charg-e à supporter; dans les flancs sont ménagées quatre petites barbàcanes établissant un courant d'air, et au niveau du sol une petite dalle, creusée comme un caniveau, réunit l'eau provenant de la buée ou de l'humidité qui aurait suinté à travers le- mur extérieur; les parements du mur intérieur se trouvent ainsi à l'abri de toute influence extérieure et restent parfaitement secs.
Ce système de doubles murs est très-employé en
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Russie, et l'espace vide entre les deux murs sert de conduit de chaleur pour les calorifères qui élèvent ainsi la
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température en chauffant de grandes surfaces au lieu de s'introduire dans les appartements par un orifice unique dont les abords sont souvent d'un voisinage désagréable. La décoration de l'intérieur de cette villa ne mérite pas moins d'attirer l'attention que ses dispositions exté-
rieures. Le sapin est la seule matière mise en œuvre; mais, malgré des moyens d'action aussi simples, le résultat obtenu est heureux et préférable sans contredit à celui qu'eut donné l'emploi des simili-marbres et des cartonspâtes si en faveur chez nous.
Les solives des planchers sont apparentes : une moulure en enlève les arêtes et s'accuse au moyen de filets de couleur; d'autres filets d'un ton très -vif, tracés sur les joints des lambris, servent à former des compartiments réguliers tranchant sur le fond clair et uni du sapin que fait briller une épaisse couche de vernis ; tout cela est très-simple, mais exempt de toute prétention et de toute recherche banale.
La figure 32 montre le parti général, adopté pour l'installation et la décoration de l'escalier principal, desservant le premier étage. Les marches, limons, points d'appui et la rampe elle-même sont entièrement en sapin ; quelques parties sont simplement moulurées ou refouillées dans la masse.
Les détails portent l'empreinte des souvenirs gothiques et sont étudiés avec un grand soin; les matériaux employés ne comprennent, sauf quelques morceaux de pierres de Belgique, que de la brique et du bois1.
Le village de Scheveningen, qui est le Dieppe de la Hollande, n'a guère d'intéressant que ses maisons de plaisance; cependant, dans la partie habitée par les pêcheurs, on retrouve une église (fig. 33) dont la fondation remonte au xive siècle ; le chœur a été construit au xv% la nef et les bas côtés sont couverts par un même
1. Pour plus de détails et pour connaître les dessins auxquels nous faisons allusion dans nos descriptions, voir : Habitations modernes, par MM.ViolIetle-Duc et Félix Narjoux, architectes. — Ve A. Morel et Cie, éditeurs, Paris.
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comble. Cette église est actuellement consacrée an culte protestant et a beaucoup perdu de l'intérêt qu'elle devait offrir autrefois (fig. 34).
Sur une dune, dont le pied est consolidé par un mur en briques, sont rangés 200 bateaux que les pêcheurs ont mis hier à l'abri du coup de vent de cette nuit. Ils sont là au repos, bien en ordre, parfaitement alignés et
Fig. 33- 'Echelle de o'"7ooi pour mitre.)
prêts à reprendre la mer. Ces bateaux sont lourds, épais, massifs, et offrent pour la plupart une disposition peu en usage ailleurs, croyons-nous. Des palettes fixées sur les plats-bords au moyen d'une vis se rabattent pendant les gros temps afin de diminuer les oscillations imprimées par le roulis 5 le moyen est-il bien efficace, et le résultat bien important pour des bateaux destinés à un aussi rude service que des bateaux de pêche? La chose est douteuse; en tout cas, il semble que cet engin doit gêner la
manœuvre, et, par une mer un peu forte, empêcher l'embarcation de facilement monter à la lame.
Ce qu'il y a de plus curieux à Scheveningen, c'est
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la plage, immense ligne de sable fin, doux et uni, à laquelle on parvient non pas en descendant, mais en montant. Ici la mer n'est pas au-dessous, mais bien audessus de vous. Elle a si peu de fond que, pour s'y baigner, on se sert de voitures-cabanes, portées sur quatre roues et traînées par un cheval. Quand la voiture s'arrête,
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en a eu le temps de se déshabiller; on ouvre alors une porte et on se jette à Peau dans un étroit espace que des toiles garantissent de tout regard indiscret. — Vous pouvez, il est vrai, les soulever pour faire une pleine eau, si le cœur vous en dit. — Le bain pris, on remonte en voiture, le cheval repart et le temps du retour est consacré à refaire sa toilette.
C'est à Scheveningen aussi qu'on peut constater quelques traits de mœurs de la vie hollandaise, faciles à observer et intéressants à noter. Les chemins ou les canaux allant de la Haye à Scheveningen sont, sur presque tout leur parcours, bordés de villas d'un goût ou d'une forme que nous ne discutons pas ici, mais l'aspect en est gai, riant, et en somme fort plaisant à voir. En avant, des haies, des fleurs, des gazons verdoyants, des platesbandes aux riches couleurs luxueusement entretenues : du milieu de ces parterres, la vue est égayée par l'aspect de la campagne, les sites du paysage environnant, le mouvement des promeneurs et des voitures; en arrière des bâtiments se trouve le plus souvent un espace restreint, fermé, assez maussade, avec un fossé d'eau saumâtre et un moulin à vent. Eh bien! c'est ce dernier endroit que le Hollandais s'est réservé, c'est là qu'il se tient et que se réunit la famille ; ce fossé, ce moulin à vent, font la joie de tous ces gens : ils ne voient ni ne sont vus, les voilà heureux. Quant à la partie de l'habitation exposée aux regards du public, elle lui est sacrifiée. Le Hollandais y fait étalage de sa fortune et des jouissances qu'elle pourrait lui donner; il satisfait de cette façon sa vanité et son amour de la retraite, car, s'il était uniquement guidé par ce dernier sentiment , rien ne s'opposerait à ce qu'il profitât, tout en la voilant, de la richesse qu'il exhibe aux yeux des autres.
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Autre détail. — La plage de Scheveningen est fréquentée pendant la saison par la société élégante. Au lieu de se montrer et de s'étaler, comme elles le font en tous pays , les femmes s'installent dans des sortes de cahutes qui les cachent, elles ne se réunissent pas entre elles, ne cherchent pas à faire exhibition ni assaut de toilette, mais vivent retirées et isolées. Cependant toutes sont riches, très-riches même ; elles sont souvent fort belles, d'une beauté étrange, produit de l'union des races javanaise et hollandaise, type plein de contrastes, une carnation blanche avec des cheveux noirs, une peau bistrée avec des yeux bleus, une allure nonchalante alliée à des gestes expressifs; mais fortune, grâce, beauté, tout reste caché et ne se montre pas au dehors : ce sont des plaisirs, des charmes réservés pour l'intérieur, pour la vie intime. La vie sociale se réduit à la vie de famille ; ce n'est pas en cela, plus qu'en beaucoup d'autres choses, que les Hollandais nous ressemblent.