LES VILLAS, L EGLISE
Un moyen de transport encore en honneur en Hollande et qu'il est bon de signaler au lecteur, afin qu'il puisse l'éviter, c'est le voyage en tresckuit. Il faut posséder le calme hollandais pour pouvoir supporter un trajet, quelque court qu'il soit, dans ces lourdes barques plates et étroites, remorquées par un cheval, sur des canaux aux eaux épaisses et verdâtres. On ne voit rien, car le canal est encaissé entre deux très-hautes berges ; on n'entend rien, parce qu'il ne se fait aucun bruit; vos compagnons de voyage, en général des habitants des villages environnants, sont immobiles, figés à leur place; ils n'ont jamais rien à se dire, et certainement pas davantage à penser. Les hommes fument, les femmes tricotent; leurs figures épaisses, sans modelé, sans expression, ne laissent voir aucune trace d'impression ou d'émotion quelconque. Parfois on s'arrête, le bateau se range : c'est qu'un autre tresckuit vient en sens contraire. Il est à 500 mètres, on aurait dix fois le temps d'atteindre un
garage plus éloigné et d'éviter une perte de temps; mais se presser est un acte qui, en ce pays, ne viendrait à l'idée de personne. Il faut donc prendre son mal en patience, regretter le chemin de fer à roulettes qui fait le trajet de la Haye à Scheveningen en un quart d'heure, penser au chariot à voiles de Regnard, qui n'est plus guère en usage que dans les plaines de Hong-Kong, et puis, après tout, enfin, on finit par arriver.
Cependant il faut rendre justice au tresckuit, il procure un moment de véritable satisfaction, c'est quand on le quitte.
Ce qui étonne le plus le voyageur débarquant à Batavia, ce n'est pas l'aspect des flamboyants ou des palmiers éventails, ce ne sont pas non plus les vérandas de marbre ou les kiosques en bois de Teck. Rien de tout cela, paraît-il, n'égale l'impression que produit sous ce ciel ardent, à côté de cette végétation excessive, l'aspect des étroites et mesquines maisons de briques, aux pignons fantastiques, élevées sur ce sol nouveau, en souvenir de la mère patrie, par les colons hollandais.
Une impression analogue, mais contraire, attend le voyageur qui parcourt certains environs de la Haye et se rend à Scheveningen où à Woorburg. Au milieu de bosquets d'arbres, de massifs de fleurs des tropiques (élevées en serre et exhibées aux grands jours), s'aperçoivent des maisons ouvertes à tous les vents, ne montrant que vérandas, portiques, loges ou balcons; on se demande avec effroi comment de tels logis peuvent être habitables sous ce ciel brumeux et gris; on y est sans aucun doute fort mal, mais cependant, quand parfois un gai rayon de soleil réchauffe le paysage, l'œil se réjouit du spectacle qu'il découvre.
SCHEVENINGEN
Voici une de ces habitations, en cours de construction. Toutes ne sont pas étudiées avec le même soin et avec la même recherche dans les détails ; bien souvent les souvenirs lointains ne sont pas heureusement placés, et en tout cas cette mutuelle transplantation d'oeuvres créées pour des climats et des besoins si opposés ne satisfait pas précisément la logique et le raisonnement.
Cette villa (fig. 30 et 31) est exposée du nord au midi, en vue de la mer; de ce côté elle est précédée
Fig. 30. — Rez-de-chaussée. Fig. 31. —
Premier étage.
(Échelle de om,ooi pour mètre.)