Salon de lecture. 17. Privés
liers 5 tandis que les chambres des voyageurs, isolées du mouvement et du bruit, se trouvent distribuées à droite et à gauche avec des accès larges et commodes, éclairées sur des halls qui font pénétrer dans toutes les parties l'air et la lumière.
Le plan du rez-de-chaussée (fig. 71) et celui du premier étage (fig. 72) indiquent les principales distributions.
na HOLLANDE.
L'hôtel contient en tout cent vingt-quatre chambres dont dix avec salon, un monte-charge évite de faire passer les bagages et les fardeaux par les escaliers; toutes les chambres sont pourvues d'eau, de gaz, chauffées par une bouche de calorifère et munies d'un appareil de ventilation.
L'air est amassé et comprimé dans un réservoir établi au sous-sol ; des conduites analogues à celles employées pour le gaz le distribuent dans les chambres : la simple pression d'un bouton suffit pour l'y faire affluer. A sa sortie du réservoir, l'air traverse un jet de vapeur pulvérisée qui lui donne, en cas de besoin, le degré d'hygrométrie nécessaire1.
Les façades de l'hôtel sont peu originales (fig. 73) et rappellent la plupart de nos bâtiments modernes.
La construction de l'Amstel-Hôtel a compris trois opérations distinctes : la première a consisté dans le remblai des terrains conquis sur l'Amstel; la seconde, dans l'établissement des fondations sur pilotis , travail commencé en 1864 et achevé en juin 1865 ; enfin la troisième, dans les constructions au-dessus du sol, qui, entreprises en février 1866, furent complètement achevées en juillet 1867 ; l'hôtel put être exploité le 15 du même mois.
Ces travaux ont donné lieu à une dépense de 600,000 florins (1,260,000 francs), soit 690 francs par mètre de surface couverte (non compris les snbstructions).
Ces détails ont leur intérêt; ils nous montrent la marche que suit en Hollande 4'exécution des grands travaux publics, les divers phases qu'ils subissent, et, en
1. Une installation analogue existe, en France, dans certains établissements publics.
rapprochant les dates, on voit qu'après une halte nécessaire pour que l'affaire soit complètement étudiée et arrê-
tée, se développe un mouvement d'activité propre à amener une rapide solution.
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Les ponts, que l'on rencontre à chaque pas pour traverser les innombrables canaux dont la ville est coupée, ont un tablier mobile en totalité ou en partie, de façon à laisser libre le passage des navires 5 la manœuvre qui lève ou baisse ces tabliers est incessante et se fait avec une extrême facilité, grâce à la combinaison adoptée (fig. 74).
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Dans l'axe des piles centrales s'élèvent deux points d'appui verticaux, sur le sommet desquels s'assemblent deux traverses horizontales répétant comme poids et dimensions les traverses inférieures du tablier; ces deux appareils ainsi disposés se maintiennent mutuellement à l'état du repos; mais qu'une cause accidentelle, une différence de poids, quelque faible qu'elle soit, vienne à rompre l'équilibre, la bascule se produit, les branches inférieures soulèvent sans efforts le tablier du pont et le laissent tomber sans secousse quand l'excédant de poids a disparu.
Les Marchés d'Amsterdam n'offrent pas à tous égards
les remarquables installations des nôtres. Le nouveau marché est sombre et mal aéré ; son plan, un carré de 30 mètres de côté, a exigé une couverture spéciale. Les combles sont divisés en deux versants : le versant extérieur par lequel les eaux s'écoulent dans des chéneaux et de là sur la voie publique, le versant intérieur , concentrique au premier, ayant la forme d'un entonnoir, et par lequel les eaux arrivent à une énorme descente ménagée dans la pile centrale, pile qui supporte au milieu de la construction la charge des entraits de la charpente. Cette combinaison offre le double avantage de permettre de diminuer la hauteur qu'auraient exigée les combles d'un bâtiment de 30 mètres de côté et d'éviter ensuite les chéneaux intermédiaires entre deux rampants, cause incessante d'infiltrations et de réparations d'entretien.
Sur la place du marché aux poissons, Vischmarkt , on aperçoit une massive construction à l'aspect bizarre, aux saillies accentuées, sans destination fixe actuelle, et qui a été construite au xive siècle pour recevoir le poids de la ville, nom sous lequel elle est encore désignée aujourd'hui (fig. 75). Au milieu d'une autre place, le Boter Markt, se dresse la statue de Rembrandt ; le statuaire, un Belge, a placé son personnage debout, il lui a donné une démarche hautaine , un air fier et rébarbatif; cette statue n'est pourtant pas sans mérites, seulement elle ne répond guère à l'idée qu'on peut se faire de Rembrandt, bon bourgeois d'Amsterdam, avare et riche collectionneur de bibelots.
L'inscription (lu socle est pleine de grandeur dans sa concision, deux mots seulement : A Rembrandt.
Les anciennes fortifications de la ville n'existent
n6 HOLLANDE.
plus; cependant on retrouve encore trois des tours qui flanquaient le mur d'enceinte ; la Montalbans Toren en est une, elle faisait partie du système de défense construit à la fin du xve siècle et n'a plus aujourd'hui de destination précise (ûg. 76).
Fig- 75-
Amsterdam est défendue contre la mer par deux digues, bras immenses qui s'étendent à droite et à gauche ; la digue de droite renferme les docks et le bassin des gros navires qui font les voyages de l'Océanie. La construction de ces docks dont les murs ont une hauteur considérable, puisqu'elle permet à certains navires d'y entrer pour déposer ou recevoir leur charge, a rencontré de sérieuses difficultés. En effet, monter à 1 5 ou 20 mètres des murs isolés que ne reliaient aucun plancher et dont
les fondations étaient assises sur un sol inconsistant et compressible, constituait une entreprise peu facile. Le système employé a consisté dans l'établissement de points
Fig. 7<î.
d'appui très-résistants , consolidés par d'innombrables pilotis et supportant la charge des combles ; puis, ces piles reliées par des arcs ont eu l'intervalle qui les séparait rempli par une maçonnerie relativement légère, ne chargeant pas les fondations et indépendante de l'ossature principale dont elles ne font pas partie et dont elles peuvent être détachées, même sans modifier l'ensemble général et sans l'affaiblir.
n8 HOLLANDE.
De cette façon, si un tassement s'était produit dans le remplissage, la solidité des piles n'en eût pas été compromise, et si, au contraire, une pile avait manqué, c'eût été un accident isolé dont les fâcheuses conséquences pouvaient facilement être circonscrites ; de plus, avantage sérieux pour des gens pratiques et économes, cette combinaison permettait d'obtenir la stabilité nécessaire aux piles en reportant sous ces points seuls les travaux de consolidation du sol qu'autrement il eût fallu exécuter sous tout le périmètre des murs. Ce système n'est, du reste, que l'application du principe qui a présidé à la construction de nos grandes cathédrales du moyen âge.
Les richesses artistiques d'Amsterdam sont ses musées, dans lesquels se trouvent les chefs-d'œuvre de l'école hollandaise.
Un Français qui abusait de son esprit écrivait, il y a peu de temps, pendant son séjour à Amsterdam :
« N'écoutez pas les gens qui vous conseilleront d'aller voir les curiosités de la Hollande ; il n'y en a pas, les musées sont nuls ou médiocres, deux Rembrandt et im Potter, voilà tout, et encore y a-t-il bien des critiques à adresser au Taureau de celui-ci et à la Ronde de nuit de celui-là, c'est mon guide qui me l'affirme. »
Il ne faut pas croire ce voyageur, exaspéré sans doute par les ridicules prétentions des Hollandais, qui n'hésitent pas à mettre la Ronde de nuit de Rembrandt audessus de la Transfiguration de Raphaël 5 il faut, au contraire, faire de longues et de fréquentes visites aux musées de Hollande, à celui d'Amsterdam surtout.
Ce musée est installé dans une ancienne habitation particulière; les salles sont des chambres; le jour arrive de côté ; les plafonds sont si bas que les grandes toiles
descendent jusqu'au parquet; pourvoir un tableau il faut presque toucher celui qui lui fait face.
Il est indigne d'un peuple éclairé de traiter avec ce sans-gène les productions du génie et le public qui vient les admirer, mais des considérations de cet ordre touchent peu les Hollandais, et aux reproches qu'on leur adresse à ce sujet, ils sont tout prêts à répondre : Nous trouvons les choses bien comme cela, si elles ne conviennent pas aux autres, qu'ils restent chez eux. — Cette manière de pratiquer l'hospitalité et de comprendre les relations sociales n'est pas précisément conforme à nos usages, et ne ressemble en rien à l'accueil que reçoivent chez nous les étrangers qui veulent bien nous visiter, mais il faut savoir surmonter sa mauvaise humeur, car, une fois entré dans le Muséum d'Amsterdam, on oublie bien vite sa première impression.
Ce musée est le plus important de la Hollande ; c'est là surtout qu'il faut étudier cette école de peinture, la dernière venue dans l'histoire de l'art, la seule née sur le sol germain, et dont les œuvres ont une si incontestable originalité.
L'imagination a fait défaut à ces artistes; ils ne s'élèvent pas dans le monde idéal et restent sur terre , ils ne créent pas et se contentent de copier; mais de quelle façon ils s'acquittent de leur tâche! Avec quel minutieux scrupule ils reproduisent jusqu'au plus petit détail les dessins d'une draperie , ses couleurs étincelantes et la cassure de ses plis ; avec quel soin ils représentent les ciselures d'un vase, les poils d'une fourrure, les briques d'une maison et même la disproportion d'un corps humain; comme ils saisissent les traits grotesques, la carrure lourde, épaisse de leurs concitoyens ! Toute leur œuvre rt'est que la glorification de la vie réelle, la seule qu'ils
paraissent comprendre; ils ne connaissent, ne savent et ne veulent voir que le calme d'un intérieur bourgeois, le bien-être et le confort d'un appartement bien clos, les satisfactions de la chair en présence d'un bon repas; la gaieté qu'ils peignent est lourde, épaisse, triviale; c'est celle de la taverne ou d'une existence monotone et réglée; ils ne montrent pas les efforts de l'homme pour arriver au bonheur, mais la jouissance de l'homme parvenu à la satisfaction de ses sens.
Quand ils sortent de cette donnée habituelle, de cette règle générale de leurs compositions, leur idée n'est pas nettement exprimée, la traduction n'en est pas rendue sensible : les deux toiles capitales du musée d'Amsterdam, la Ronde de nuit de Rembrandt et le Banquet civique de Vander Helst, sont là pour prouver ce que nous avançons ; l'une représente une scène bourgeoise : des gardes nationaux à table dont tous les types sont des portraits ; l'autre est une œuvre d'imagination et le sujet reproduit n'est pas encore aujourd'hui clairement expliqué.
Mais la différence d'origine est la seule qui sépare ces deux œuvres ; toutes deux ont une puissance de vérité et une énergie de couleur étonnantes ; les personnages sont là chacun avec leur caractère , leur tempérament particuliers, exprimés non-seulement par les traits de leurs figures, mais par leurs gestes sobres et précis. Quant aux détails, ils sont étudiés avec une recherche et un fini dont un examen approfondi peut seul faire apprécier toute la valeur.
Le mérite qui éclate le plus dans ces 'œuvres, mérite supérieur, peut-être, à la vérité d'expression, à l'exactitude des scènes représentées, est la science et la finesse du coloris dont ces maîtres ont fait preuve.
Pour bien comprendre ce côté de la question, il faut connaître le pays dans lequel la peinture de l'école hollandaise a pris naissance et se rendre ainsi compte de l'influence qu'il a pu exercer sur les artistes et leurs productions.
L'impression la plus vive qui puisse s'imposer à l'esprit de l'artiste est celle que produit la vue de la nature au milieu de laquelle il se trouve placé ; dans les pays accidentés, l'artiste voit surtout et presque exclusivement la ligne, les montagnes se découpent sur le ciel en traits nobles et grands : en Sicile, en Toscane, par exemple, tous les objets se détachent et s'enlèvent en vigueur sur le fond de l'air pur et limpide; dans les pays de plaines, au contraire, les contours disparaissent, les formes s'amollissent : dans les Pays-Bas, les lignes sont estompées, l'horizon est triste et froid, la couleur doit venir au secours du dessin, insuffisant pour faire comprendre la forme, le relief et le modelé 5 c'est pour cela que, comparant l'école vénitienne à l'école hollandaise, on a pu dire que, dans ces deux contrées, la nature avait fait l'homme coloriste: mais Venise avait son soleil pour dorer ses paysages, et la Hollande n'a que le- brouillard qui laisse les siens pâles et froids ; les blondes chevelures des patriciennes de Venise ne ressemblent pas aux cheveux jaunes des bourgeoises d'Amsterdam.
Le dessin peut suffire pour rendre un paysage des montagnes de Provence ou d'Espagne, pour faire comprendre l'aspect sec et terne du sol dont tous les tons disparaissent sous l'éclat de la lumière du Midi; mais, dans un pays creux, mouillé comme l'est la Hollande, le ciel caché pendant une partie de l'année perd toute valeur, on l'aperçoit sous forme de voile opaque, et les objets terrestres, par suite, acquièrent une importance que rien
ne vient contre-balancer. Ce sont donc ces objets qu'il faut accuser et mettre en relief, il faut rendre l'étrange effet de ces fleuves luisants, épais, changeant de couleurs en un instant, passant des tons du gris le plus tendre à ceux de la suie détrempée, il faut montrer les façades rouges et jaunes des maisons, ou les troupeaux tachetant çà et là des prairies toujours vertes, — motifs peu variés, baignés dans une constante vapeur et se détachant sur un horizon plat et monotone.
Pour arriver à un résultat si complexe, il était nécessaire de joindre à toute la science des finesses et des ressources de la couleur, ce tempérament calme , placide et chercheur, particulier aux Hollandais, don indispensable pour mener à bien les longues et patientes études qui devaient les conduire au but si heureusement atteint.
Ajoutons une dernière observation au sujet de Y école hollandaise, c'est le souffle de la liberté qui l'a fait éclore et c'est en perdant leur indépendance que les Pays-Bas ont en même temps vu s'éteindre les derniers de leurs grands artistes.
Nous approchons de l'époque de la kermesse de septembre. Une fois le gaz allumé, Amsterdam change d'aspect, le mouvement et le bruit remplacent le calme et le silence, la population se prépare aux jouissances qui vont avoir lieu et offre un curieux spectacle : les rues centrales sont encombrées par une foule peu endurante, aux mouvements grossiers, au contact peu engageant; sur les places se dressent des baraques destinées à des débits de nourriture et de boisson, à la vente d'objets usuels et surtout d'articles de Paris; de longues files de servantes accouplées à des soldats, tous dans un état de gaieté accentué,
vont et viennent en chantant des refrains qui provoquent de longs éclats de rire, des cris aigus, prolongés, dont l'éclat retentit et fatigue; cette gaieté est lourde, épaisse, bruyante 5 l'animal est lâché, il se répand au dehors et ne connaît plus ni bornes ni retenue. Le peuple se gorge en une semaine de tout ce dont il s'est passé pendant une année, les dépenses si économiquement réglées deviennent momentanément excessives, le calme, le repos sont bannis du logis, le Hollandais sort de chez lui et vit au dehors; de même que, pendant toute l'année, c'est avec excès qu'il économise, se retire et se tait, de même c'est sans mesure que, pendant les kermesses, il dépense, sort et crie; ces démonstrations triviales, cette joie brutale n'inspirent aucun attrait; loin de là, elles font éprouver un sentiment de véritable répulsion.
Quelle différence avec les fêtes populaires de Paris ou de Rome. Là, un feu d'artifice, une voiture de masques, un concert en plein vent suffisent à mettre tout un peuple en joie; la foule reste pendant des heures pour voir une fusée, entendre une chanson. Et comme elle se charge de remplir les intermèdes, de charmer son attente par un feu roulant de lazzis, une suite non interrompue de plaisanteries, de quolibets, qui s'échangent d'individu à individu, de groupe à groupe! Les auditeurs sont juges de cette sorte de joutes, leurs'rires encouragent les plaisants orateurs, et les bravos ne sont pas ménagés à l'heureuse répartie qui assure à son auteur le succès difficile d'avoir le dernier mot.
En Hollande, ces luttes de l'esprit, ces querelles de la langue sont inconnues; on boit, on mange, on crie, on se bat, et Dieu sait de quelle façon.
La Hollande a la réputation d'avoir les mœurs pures,
ce n'est toujours pas à l'époque des kermesses qu'elle mérite cette réputation ; quant au reste du temps, après avoir vu certaines scènes des allées solitaires du bois de la Haye, de la Calver-Straat ou des quartiers innomés d'Amsterdam, on peut se demander si cette prétendue candeur ne serait pas tout simplement la plus naïve corruption.
LA NORD-HOLLANDE
Certains détails de cette singulière contrée font croire à une mise en scène préparée pour ébahir le voyageur.
Ni m.
Amsterdam est le point de départ de diverses excursions dont les plus intéressantes ont pour but la Nord- Hollande, grande presqu'île réunie au continent par une étroite langue de terre.
Le canal du Nord traverse cet isthme pour relier la mer du Nord avec le golfe de YY, et permettre, en toutes saisons, l'accès du port d'Amsterdam aux bâtiments de fort tonnage sans qu'ils aient à subir les lenteurs du canal de Hollande, ni à redouter les bancs de sable et les basfonds du Zuydersée.
On traverse le golfe de l'Y, — qui gela si à propos en 1794 pour permettre à la cavalerie française de prendre à l'abordage la flotte des Pays-Bas, — et, une fois sur l'autre rive, on découvre le panorama de la ville qu'on vient de quitter : amas de maisons rouges émergeant à peine au-dessus de l'eau, quatre ou cinq clochers, des masses grises, jaunes, une mer visqueuse et luisante, et, s'il fait chaud, les arômes du port et des canaux d'Amsterdam apportés par le vent. Rien, on le voit, quoi qu'on
eji dise, qui rappelle, même de loin, Venise vue duLido. Presqu'au milieu du golfe, de petites baraques en bois, bâties sur pilotis, isolées au milieu des eaux, sur une sorte de digue, sont les maisons de plaisance des riches négociants de la ville- ils viennent en bateau passer dans ces prisons leur journée de dimanche, heureux de manger, de boire et fumer sans craindre le bruit ou la visite d'un fâcheux.
Deux points principaux attirent le plus généralement le voyageur dans la Nord-Hollande : c'est d'abord le fantastique village de Broek, dont la méticuleuse et ridicule propreté est connue du monde entier, puis la cabane de Zaandam, habitée par Pierre le Grand, quand, en 1696, il vint en Hollande étudier la construction des navifes.
Nous avons négligé ces deux buts d'excursions un peu banals et préféré continuer notre chemin jusqu'à Enkuisen.
Répéter que le pays est plat n'apprendrait rien ; ce serait, du reste, inexact et insuffisant, car c'est creux qu'il faut dire. Les bords que ronge la mer sont légèrement relevés au moyen de digues, le reste s'enfonce et offre la parfaite image d'une cuvette. Le canal de Hollande, qui va d'Amsterdam à la pointe extrême du Helder, passe à gauche, la route traverse' des polders avec des prairies, des troupeaux, des moulins à vent qui sont toujours les mêmes; mais, à côté de cette monotonie qui s'accuse de plus en plus dans la campagne, on voit le côté bizarre et étrange s'accentuer davantage dans les œuvres des hommes.
La contrée est fort riche, on s'en aperçoit à l'importance des troupeaux et â celle des constructions, puis au costume des habitants, des femmes surtout, dont la tête
LA NORD-HOLLANDE. 127
est enfermée dans une sorte de casque semblable à ceux dont nous avons déjà parlé, avec cette différence qu'au lieu d'être en cuivre ou en argent, ils sont en or décorés de pierres fines et d'œillères d'un luxueux travail. Les femmes ont une réputation de beauté exagérée; elles possèdent cependant un charme particulier dû à la finesse de leur peau, à l'éclat de leur teint et de leurs dents ; ce qu'elles montrent de leurs cheveux est d'un blond fade, leurs traits sont empâtés, leur démarche est lourde et manque totalement de grâce et d'élégance.
Les fermes ou maisons qu'habitent ces paysans répondent peu à l'idée que ce mot éveille en nous. Au lieu des tas de fumier, des animaux vaguant en liberté, des cours encombrées, des salles mal tenues ou en désordre et des habitants malpropres de nos constructions rurales, les fermes hollandaises montrent : à l'extérieur, des cours sablées, des clôtures en bon état, des maisons propres, bien entretenues; — à l'intérieur, des pièces d'une propreté inouïe, excessive, invraisemblable. Dans l'une, travaille la maîtresse entourée de ses servantes : leur costume est coquet, élégant même ; l'étable qui communique directement avec cette sorte de salon a son plancher irréprochable, net et exempt de souillures; les pots de la laiterie, les ustensiles de toutes sortes reluisent et brillent d'un éclat entretenu par des soins de chaque instant; les chambres à coucher de plain-pied avec le reste de l'habitation contiennent de grands lits enfermés dans des alcôves qui sont des sortes d'armoires, des bahuts couverts de faïences d'un prix fou ; dans la salle commune, appendus aux murs, des cartes géographiques, des instruments de précision, un pèse-lait, un baromètre, un niveau, une mire, des outils d'arpenteur; sur une étagère,
des livres, des journaux; deux cuisines, une pour Tété, exposée au nord, l'autre pour l'hiver, abritée des vents froids, et enfin, dernière singularité, une pièce d'honneur nettoyée chaque semaine avec les soins les plus méticuleux. Cette pièce (fig. 77) n'a aucune destination fixe, mais c'est là que sont conservés les riches ornements de
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Fig. 77.
famille et la layette du nouveau-né; c'est là que la fiancée revêt sa toilette de mariage ou qu'est déposé le cercueil du parent défunt; la porte de cette pièce, appelée Porte dorée, donne directement sur le chemin, et ne s'ouvre qu'aux grands jours de deuilou de réjouissance : pour un baptême, un mariage ou un enterrement.
C'est à une cérémonie de cette dernière nature que nous avons assisté. — Les parents et amis remplissaient la chambre, entourant le cercueil dont le couvercle à demi relevé laissait apercevoir la tête du défunt; le mi-
LA NORD-HOLLANDE
nistre et le maître d'école psalmodiaient un chant sacré au milieu de cris et de sanglots qui paraissaient faire partie de la cérémonie. La porte d'or s'ouvrit, le char reçut la bière et la veuve s'assit solennellement sur les restes de son époux pour les conduire au cimetière.
Fig. 73.
Fig- 79-
(Échelle de om,ooi pour mètre.)