BEAUX-ARTS — MŒURS — COUTUMES
manque de ce que nous appelons l'esprit ; si vous demandez un renseignement, une indication, la réponse tarde, vous voyez se produire sur la face un effort pénible, un travail évident pour trouver la solution. Un marchand de cigares se mit un jour en nage, à la Haye, pour nous expliquer assez mal la valeur de la monnaie de son pays. Les Hollandais sont peu raffinés en fait de plaisirs : pendant les kermesses, le peuple se livre à de basses débauches. Les satisfactions de la vanité, de la gloire, les laissent indifférents 5 leur naturel calme, peu impressionnable, les détourne de l'ambition ; ils savent se contenter et, quand ils ont atteint le but qu'ils s'étaient proposé, on les voit souvent quitter les affaires pour prendre, jeunes encore, un repos qui leur permet de jouir longtemps du fruit de leurs efforts.
Comme mœurs, les Hollandais sont casaniers, économes, peu sociables 5 réunis, ils savent écouter, rester immobiles pendant plusieurs heures, les apparences frivoles ne les éblouissent pas, ils veulent aller au fond des choses; c'est pour ce motif que leurs maisons de banque ont atteint un si grand développement, une si grande prospérité. Ils s'enferment chez eux, vivent de la vie de famille, livrés à un certain nombre de pratiques religieuses, et ne semblent pas se douter qu'il y ait quelque chose par delà cet étroit horizon.
Les réunions mondaines sont fort rares, les relations sociales presque nulles. A Scheveningen, la plage la plus fréquentée de la mer du Nord, on voit les mères de famille travailler entourées de leurs enfants, et formant chacune un clan séparé, sans se réunir par groupes ou par coteries comme chez nous; elles ont même inventé à ce sujet une sorte de cahute ou guérite qui, sous le prétexte de les abriter du vent et du soleil, leur sert à s'isoler, à
se dissimuler, et dans lesquelles les femmes travaillent pendant des heures sans parler, sans même bouger.
L'amour du gain, le désir de satisfaire leurs intérêts matériels, emploient toutes leurs forces vives et les détournent de la recherche des jouissances spirituelles ou métaphysiques.
Les questions religieuses , pour lesquelles ils sont si intolérants, les gênent, les troublent; ils ont créé les écoles neutres, espérant avec raison que les enfants de diverses religions ainsi soumis à la même règle, à la même instruction, seraient, une fois devenus hommes, plus faciles aux concessions , plus bienveillants les uns poulies autres.
Leur. calme et leur ténacité deviennent facilement de l'entêtement : un soir, à Amsterdam, sur la place du Dam, un omnibus comptait un voyageur en trop; il s'agissait d'aller à une sorte' de promenade-concert qui ferme à dix heures, il en était huit, le conducteur se refusait à partir, les voyageurs à descendre-, la voiture fit une fois, deux fois, trois fois le tour de la place, puis revint à son point de stationnement, la foule s'était amassée, pas un cri, pas une injure ; on discutait sérieusement le droit des voyageurs, le devoir du conducteur; à dix heures, le cocher détela ses chevaux et alla se coucher, les voyageurs descendirent et regagnèrent chacun leur logis; leur soirée était perdue, mais ils n'avaient pas cédé; remarquons que la police n'avait pas eu besoin d'intervenir et que personne n'avait pensé à elle.
La famille est pour eux l'objet d'un véritable culte, les mauvais ménages sont fort rares, la naissance d'un nouveau-né est signalée au public par un petit coussin pendu à l'extérieur de la maison, et cette exhibition oblige les passants à certains égards, à certaines attentions.
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Les goûts du Hollandais se portent tous du côté des satisfactions matérielles, les plus développés sont l'amour delà bonne chère, il a grand appétit; après la quiétude de l'esprit et le repos, ce qu'il aime par-dessus tout, c'est le bien-être d'un intérieur confortable, propre, un foyer tranquille , exempt d'orages; il excelle dans les travaux qui exigent une grande patience, de la ténacité et de la suite ; c'est parmi les Hollandais que se trouvent les meilleurs tailleurs de diamants , profession pour laquelle un ouvrier doit rester, pendant des mois, occupé à tailler une petite pierre de dimensions insignifiantes.
Les Hollandais n'éprouvent pas le besoin de parler, de chanter; ce n'est qu'au moment des kermesses qu'on entend, pendant quelques jours, dans les rues les chants qui sont si fréquents dans nos villes du Midi. Les marchands qui promènent leurs marchandises dans les rues n'attirent pas le chaland par leurs cris, ils passent en silence, toujours à la même heure, devant la maison de chacun de leurs clients.
Leur amour de la propreté est devenu une manie, et les exagérations invraisemblables qu'on raconte à cet égard ne sont pourtant que des vérités.
L'amour du lucre leur a fait vaincre leur amour du repos; hardis marins, adroits commerçants, ils exploitent Java d'une façon remarquable, pressurent la population, achètent à vil prix ce qu'ils vendent en Europe à prix d'or, et, jusqu'en ces derniers temps, étaient le seul peuple de l'ancien monde ayant un comptoir au Japon.
Leurs domestiques ne sont pas comme les nôtres parqués dans les combles de la maison, ils sont en nombre restreint, vivent près des maîtres, en contact continuel avec la maîtresse, et cette dernière ne se contente pas de les
surveiller, de les diriger dans les soins du ménage, elle met elle-même la main aux détails intérieurs.
La bienfaisance est entièrement abandonnée à l'initiative privée, et pas une nation de l'Europe ne possède cependant un aussi grand nombre d'établissements de secours pour les misères humaines. Ils font quelque étalage de ce sentiment si naturel, et les uniformes bizarres dont ils affublent en public les pauvres de leurs hospices doivent, à chaque instant, froisser la dignité de ces malheureux et la modestie de leurs bienfaiteurs.
En général, ils sont riches, fort riches même, et acquittent d'énormes impôts. Il faut, pour être électeur, payer, en contribution foncière seulement, près de 150 florins (environ 315 francs).
Ils n'aiment pas la discussion et savent écouter, nous l'avons déjà dit; aussi le régime représentatif et parlementaire leur convient-il merveilleusement, et leur organisation politique fonctionne-t-elle d'une façon digne d'envie. Il n'en est pas de même des questions religieuses, et d'accord sur les questions politiques, ils ne peuvent s'entendre sur les dogmes religieux, motifs de constantes et interminables controverses, pour lesquelles ils arrivent presque à se passionner.
Maintenant il est facile, d'après ce qui précède, de comprendre pourquoi l'architecture est en Hollande telle que nous l'avons trouvée.
A part les quelques églises du moyen âge que leur a léguées la religion catholique, les Hollandais n'ont pas d'édifices religieux vraiment dignes de ce nom, parce qu'ils sont divisés en un si grand nombre de sectes, qu'un espace réduit suffit à assurer l'exercice de chacune d'elles.