‹ Notes de voyage d'un architecte dans le nord-ouest de l'EuropeChapitre 30 sur 74 · M. Oppler, architecte · texte numérisé non relu

M. Oppler, architecte

vue, que le plan de ce temple doive être adopté pour toutes

1 ig. 104 et 105.

les synagogues de tous les pays possibles 5 mais, si la croyance, le culte ne se sont pas modifias ; les exigences

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des différents climats ne sont pas les mêmes. Il a fallu allier les nécessités modernes de l'Occident aux besoins d'une religion née en Orient, et concevoir un édifice que sa forme, son caractère, le système de sa construction conforme aux procédés actuels, mettent d'accord avec les traditions qu'il devait rappeler et les principes fondamentaux et immuables qu'il devait transmettre. Les synagogues, comme tous les autres édifices, varient donc autant de formes que de dispositions architecturales.

Le plan de la synagogue de Hanovre (fig. 106) est conforme aux conventions acceptées : il affecte la forme d'un rectangle, mais des excédants de largeur au droit du transsept rappelleraient malencontreusement la croix, si ce transsept n'était pas disposé de façon à présenter avec le prolongement delà nef et du chœur un vaste parti central qui, à proprement parler, forme à lui seul la véritable salle, séparée en travées par des arcs portés sur des piles isolées.

L'entrée, placée à l'occident, est précédée d'un porche sur lequel s'ouvrent des cages d'escalier montant aux tribunes-, les voûtes de ce porche sont supportées par douze colonnes destinées à rappeler les douze tribus d'Israël. La nef ou saint est suivie du sanctuaire ou saint des saints placé à l'orient ; au centre de la croisée, une grande coupole domine toutes les parties du monument et symbolise l'idée de l'unité de Dieu.

Près du sanctuaire se trouvent, à droite et à gauche, deux vestiaires, et, à l'entrée, deux pièces de service; dans la grande salle du rez-de-chaussée, les gradins réservés aux hommes, et, au premier étage, ceux réservés aux femmes; dans l'enceinte du chœur, les stalles du grand rabbin, celles des membres du consistoire et de la commission administrative; en avant, la chaire, les chandeliers

à sept branches et la lampe traditionnelle ; dans l'abside,

Fie. ic<5.

l'arche ou armoire, souvenir de l'arche d'alliance et dans

laquelle les Juifs tiennent enfermés les cinq livres de Moïse (livres de la loi) écrits à la main sur du vélin et roulés suivant l'usage antique.

v'oM-

Comme disposition architecturale nous signalerons à l'intérieur (%. 107) les grands arcs de la nef qui enoccu-

pent toute la hauteur, du sol aux voûtes, sans être coupés par des arcs inférieurs destinés à porter les tribunes , souvenirs des anciens monuments de Westphalie dans lesquels les bas côtés s'élevaient toujours à la hauteur de la nef. Les tribunes sont soutenues sur des colonnes et consoles en fer ouvragé et paraissent indépendantes de la construction on pourrait les enlever sans rien changer aux dispositions de l'édifice : c'est peut-être une faute, mais, d'un autre côté, ce parti adopté est nouveau, il augmente l'élévation des voûtes dont aucune combinaison de détail ne vient ainsi couper la hauteur; la coupole est portée sur quatre trombes formées d'arcs se retraitant successivement de leur épaisseur; le reste de l'édifice est recouvert de voûtes d'arêtes aux nervures saillantes;, l'ensemble a une apparence de richesse et de confort que viendra augmenter plus tard la décoration, loin d'être achevée en ce moment

Les grandes dispositions du plan et de l'intérieur se retrouvent sur les façades (fig. 108) ; on comprend trèsbien en les examinant ce que nous avons voulu dire tout à l'heure en parlant de la salle centrale, surmontée de la coupole et accusée par quatre piles saillantes. Remarquons aussi que les voûtes de la nef pourraient être obscures dans leur partie supérieure, — car elles ne sont éclairées qu'en second jour au moyen des fenêtres des bas côtés, — si, par suite de la forme peu allongée de son plan, l'édifice ne recevait pas la lumière par les grandes ouvertures percées aux extrémités du transsept.

La construction est en pierre de taille, en briques, en bois et en fer; c'est une des rares constructions de Hanovre où nous ayons trouvé le fer mis en œuvre. La façon dont son emploi a été compris, dont il a reçu des formes et des combinaisons appropriées à sa nature et

au rôle qu'il doit jouer dans la construction, montre que son usage restreint n'a pas pour cause l'impuissance

Fig. 108.

des architectes hanovriens à savoir en tirer parti , mais tient à l'influence de sages idées économiques qui font préférer au fer le bois" encore abondant et d'un prix relativement assez bas dans le pays.

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Le Gymnase et la Synagogue sont deux édifices intéressants qui méritent certainement les développements dans lesquels nous sommes entré à leur sujet; les architectes qui les ont conçus ont eu un mérite rare chez nos confrères allemands, celui de ne pas emprunter le travail d'autrui pour se l'approprier. Ces monuments constituent chacun dans leur genre une œuvre personnelle, renfermant, nous le reconnaissons, bien des éléments divers ; mais ces réminiscences sont sagement coordonnées entre elles, mises en parfait accord et produisent au total un ensemble d'une véritable valeur.

Nous entrons dans une école publique : cour restreinte, local de la classe insuffisant, plafond trop bas, les enfants sont entassés les uns près des autres, le mobilier est vicieux, un seul maître surveille et instruit plus de cent élèves à la fois; le jour n'est pas favorable, le bâtiment, d'abord maison ordinaire, a été transformé en école et la transformation ne s'est pas opérée dans de bonnes conditions. Nous visitons une seconde école : celle-ci est moins mal tenue, moins mal installée que la précédente, mais bien au-dessous, cependant, de ce qu'on rencontre dans les écoles modernes de France et d'Angleterre; il y fait très-chaud et l'odeur produite par l'agglomération d'un très-grand nombre d'enfants est insupportable. Nous demandons au maître de quels moyens d'aération il dispose; il se fait plusieurs fois répéter la question, puis tout à coup sa figure s'éclaire, il a compris et, se précipitant vers une des fenêtres, il l'ouvre toute grande d'un air triomphant.

L'Ecole polytechnique est un établissement qui répond à peu près à nos grands lycées ou plutôt aux col-

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léges Rollin et Chaptal de la ville de Paris : les classes sont petites, mais bien aérées; les élèves ont une bonne tenue; ne voulant pas faire connaître notre nationalité de Français, nous demandons à un des grands un renseignement en anglais ; il nous répond en fort bon français qu'on ne leur enseigne pas l'anglais, mais seulement le français; que cette langue seule est obligatoire. C'était un enfant de quatorze à quinze ans, il s'exprimait facilement et sans embarras; nous doutons que beaucoup d'élèves de nos lycées pussent se faire aussi bien comprendre en allemand. L'uniforme consiste en une casquette microscopique fond blanc avec une large bande rouge. Beaucoup d'enfants ont des lunettes; on peut presque dire que ceux qui n'en portent pas forment la minorité. La myopie, du reste, est une infirmité qui prend en Allemagne un accroissement inquiétant, accroissement généralement attribué au mauvais mode d'éclairage et aux dispositions vicieuses adoptées pour la construction et l'installation du mobilier scolaire '.

Hanovre possède une des six écoles militaires d'Allemagne ; nous n'en parlerons que pour signaler l'enseignement donné à la quatrième division et qui comprend la connaissance de l'ensemble de tous les documents relatifs aux armées des gouvernements étrangers. Ces documents, modifiés chaque jour, renseignent d'une façon précise les élèves sur les armements, la position des corps d'armée et l'effectif des régiments, leur situation, le nom des chefs qui les commandent, les canons qui les accompagnent et les approvisionnements des arsenaux d'Europe. C'est la connaissance exacte de tous ces

i . Construction et installation des écoles primaires ; par Félix Narjoux, architecte. — i vol. in-8° avec gravures intercalées. Librairie Morel, 13, rue Bonaparte, Paris.

détails que, — ne pouvant nous l'expliquer autrement pendant la guerre de 1870, — nous avons mise sur le compte de l'espionnage.

Les élèves, pendant la dernière année de leurs études, subissent des examens fréquents sur ces matières : ils sont tenus, dans les réponses aux questions qu'on leur adresse, d'indiquer, par exemple, les numéros des régiments formant à l'étranger tel ou tel corps d'armée, les points de cantonnement, les ressources locales, l'importance et la nature des produits de chaque commune, les noms des généraux de brigade et de division avec le résumé de leurs états de service ; les camps, les forteresses, les arsenaux, sont l'objet de semblables études, d'égales investigations. Un officier allemand doit, en outre, connaître le réseau des chemins de fer d'Europe, leur mode d'exploitation, les points de bifurcation des lignes et l'importance du matériel des compagnies. Les ponts des fleuves et rivières sont tracés sur des cartes spéciales avec l'indication de la charge qu'ils peuvent supporter. La largeur , la profondeur des fleuves et canaux sont exactement cotées et apprises par cœur; aucun moyen enfin n'est négligé pour que jamais, en campagne, un obstacle quelconque dû à l'ignorance ou à l'irrésolution puisse arrêter un chef de troupes.

Elèves des écoles publiques et élèves des écoles secondaires, tous se livrent avec ardeur aux exercices physiques ; l'importance donnée aux bâtiments du Gymnase (fig. 100, 101, 102 et 103) montre quel intérêt l'Allemand attache à ces jeux qui doivent développer le corps et lui donner la force nécessaire pour maintenir un juste équilibre entre le physique et le moral.

Nous n'avons pas l'intention de faire ici une étude comparée entre l'enseignement secondaire allemand et

l'enseignement secondaire français ; mais nous signalerons cependant les points de dissemblance les plus saillants entre les deux systèmes. L'Allemagne a mis en pratique le système tutorial si en faveur en Angleterre et qui consiste à supprimer les grands internats pour les remplacer par des pensions de huit à dix élèves, pensions restreintes tenues par les professeurs des collèges. Les professeurs élèvent ces jeunes gens dans leur propre famille, les accompagnent à la classe, leur font répéter leurs devoirs, les guident dans la vie et remplacent près d'eux le père absent. Les heures d'études obligatoires sont supprimées et les enfants travaillent quand bon leur semble ; pourvu que la besogne soit achevée au moment opportun, le maître ne leur demande aucun compte de l'emploi de leur temps. Les maîtres d'étude sont remplacés par des surveillants choisis par les élèves et pris parmi eux; enfin les classes, au lieu de durer deux heures, ne durent que trois quarts d'heure ou une heure et sont toujours séparées par une récréation.

Si l'enseignement supérieur allemand se perd dans es images de la métaphysique et une sorte de rêvasserie poétique pleine de l'étude de minutieux détails sur l'analyse des sentiments, l'enseignement secondaire, au contraire, est éminemment pratique, et les jeunes élèves sont très-ferrés sur l'histoire, la géographie, les mathématiques, les sciences naturelles, le chant, le dessin et une ou plusieurs langues vivantes, professées au moyen de longues conversations entre les maîtres et les élèves. L'enseignement primaire , quand l'intelligence un peu rebelle de l'enfant allemand a pu le Suivre, est assez avancé; les élèves ont, plus que nos enfants du peuple, de connaissances en chant, calcul et géographie.

Une dernière observation pour en finir avec ce sujet,

c'est qu'en différents voyages faits en Allemagne, nous avons toujours été frappé, longtemps avant 1870, de la quantité de cartes géographiques qui tapissent les murs des gares, des tavernes, des restaurations, de tous les lieux de réunion, enfin; les cartes de France y étaient et y sont encore très-nombreuses, elles remplacent avec avantage (il faut bien le dire) les enluminures de mauvais goût malheureusement si en faveur chez nous et ailleurs.

Cet emploi des cartes géographiques nous avait paru si heureux que, chargé, peu après un de nos voyages, de la rédaction d'un projet de maison d'école, nous avions proposé de peindre des cartes sur les murs du préau et des classes ; cette proposition eut auprès de

l'administration locale un grand succès de rire, à nos

dépens. Le même succès nous fut du reste réservé à Paris, lors de la construction d'ateliers où. devaient se trouver réunis de nombreux ouvriers : nous voulions encore peindre sur les murs des cartes géographiques , des outils, des modèles de calcul, d'écriture, de dessin ou des renseignements usuels. — « Cela distrairait mes ouvriers, » nous répondit le patron.

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