Chambres à un lit
j 5. Galerie couvert j.
mander toutefois l'application à un élève de l'École des Beaux-Arts, s'il désire obtenir une mention dans un con-
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Fig. 158.
Hôtel de baigneurs, Helgoland.
cours; mais plus tard, dans l'exercice de sa profession, il pourra en faire son profit.
Il n'existe pas d'entrée couverte pour les voitures ; elles ne sont pas en usage dans l'île et pour cause. Sous le porche se trouve le guichet du bar-room, dans lequel se débitent les liqueurs et spiritueux que les consommateurs absorbent debout; vient ensuite la loge du portier; en face, les lavabos et les privés, puis l'entrée du grand vestibule, sorte de halle vitrée (fig. 157) au centre de laquelle se développe le grand escalier. Une saillie des rochers de la côte abrite le bâtiment du fond, exposé au nord; il ne contient que des pièces de service et les salles à manger. Les chambres à coucher occupent les deux ailes latérales ; l'inclinaison donnée au mur dirige toutes leurs ouvertures du côté du midi et leur donne vue sur la mer; en avant de ces chambres existe une galerie triangulaire isolée, leur servant de dépendance pendant la belle saison ; le vent peut ainsi souffler de trois points de l'horizon sans être ressenti par les habitants de ces pièces, trèsbien abritées au 2iord, à l'est et à l'ouest.
Dans le sous-sol, se trouvent les cuisines et leurs accessoires; au premier étage, même distribution qu'au rez-de-chaussée ou à peu près; seulement, les salons et salles à manger sont remplacés par des chambres à coucher et, au-dessus des pièces de service, ont trouvé place les lingeries, salles de bain, salle de domestiques, etc. La galerie couverte, — qui forme au rez-de-chaussée une annexe au salon et s'ouvre sur un jardin par lequel on peut se rendre à la plage, — devient un balcon pour les chambres du premier étage; durant l'été, elle est couverte d'une tente. La construction est en brique et en fer. L'architecte ne paraît pas avoir cherché à donner à ses façades (fig. 158) un charme quelconque; il a réservé toutes ses
études, tous ses soins à bien distribuer l'intérieur. Les dispositions du hall et de l'escalier qu'il contient ont une certaine grandeur : les chambres paraissent un peu petites, mais la place de chaque meuble y est réservée et indiquée; la simplicité du parti adopté rend faciles et commodes les communications des diverses parties entre elles; les murs ont une épaisseur qui défie les rigueurs du climat, et, si Ton peut discuter le programme, on ne peut discuter la solution qui lui a été donnée.
Il faut remarquer aussi que cette habitation, bien que destinée en principe aux baigneurs, hôtes habituels pendant la belle saison, est également occupée, chaque hiver, par un nombre de plus en plus considérable de touristes, d'Anglais surtout, amateurs des grandes pêches de l'Océan qui viennent s'installer sur ce rocher pour y satisfaire leur goût; gens riches, blasés, oisifs, prêts à supporter toutes les privations, à braver les dangers d'une tempête dans l'espoir d'y rencontrer une sensation inconnue, mais voulant, au retour, trouver dans leur intérieur les ressources d'une civilisation raffinée et les moyens de satisfaire leurs habitudes de luxe, de bien-être et de dépense. Ces hôtes peuvent s'isoler dans leurs chambres, se réunir en commun dans les salons; le hall sert de lieu de promenade pendant les jours de neige et de pluie, et, en dehors des puissantes émotions dans lesquelles la vie de ceux qui y prennent part est souvent en jeu, chacun se livre à des occupations en rapport avec sa nature et le degré de culture de son esprit.
Helgoland n'offre ni les plaisirs ni les distractions de nos plages normandes; ce site triste, sévère, ne. parle pas à toutes les imaginations; il faut, pour bien en comprendre le charme et la séduction, d'abord aimer la mer,
ensuite ne pas redouter la monotonie d'une existence exempte de changements et d'imprévus. Le matin, les pécheurs émérites, les misses intrépides s'embarquent dès l'aube et gagnent le large; les baigneurs se rendent à Pune des deux plages, puis se mettent à l'ombre d'un... rocher et regardent la lame déferler au pied de la falaise. En certains endroits, cette falaise est rouge et communique sa teinte à l'eau environnante ; on dirait une mer de sang. Un peu plus tard, on monte au signal, on compte les voiles en vue, on suit de l'œil le vol des mouettes, dont l'aile effleure la cime des flots ou se perd dans les grands nuages de l'horizon ; quelque violent coup de vent parfois s'élève tout à coup, balaye le ciel ou amène un orage, et il faut bien vite chercher un abri. Trois fois par semaine, le bateau de Hambourg ou de Brème apporte des nouvelles du continent ; alors le naturel reprend le dessus, chacun se précipite à la recherche d'un journal, dévore les nouvelles qu'il contient, celles de France et de Paris surtout et, fait étrange qui nous frappe d'étonnement, parmi tous ces gens dont pas un n'est Français, beaucoup de lecteurs du Figaro.
Le soir, on retourne au bord de la mer; la phosphorescence de l'eau est telle que, si le vent soulève un peu la lame et la fait briser sur les rochers, chaque goutte d'eau semble une aigrette lumineuse qui se reflète à l'infini sur la surface des flots; on reste longtemps à contempler ce curieux spectacle, puis chacun regagne son logis et recommence le lendemain la journée de la veille.
Cependant cette existence si calme, si monotone, exerce un grand prestige sur certaines organisations, sur les esprits fatigués ou brisés dans les luttes de la vie. On montre encore là-bas une petite maison autrefois, dit-on, habitée par un des vaincus des grandes batailles de la
}o8 ALLEMAGNE.
société moderne 5 c'est sur ce rocher qu'il échoua un jour, abreuvé de dégoûts, mort à toute espérance, il le croyait du moins; il y vécut quelque temps, calme, tranquille en apparence, songeant au passé, perdu dans cette grande solitude où il trouvait le repos, en face de cette mer orageuse, au milieu de cette nature ingrate et stérile; puis vint un jour où se fit en Europe un si grand bruit qu'on l'entendit jusque là-bas : l'étincelle se ralluma sous la cendre, le vieil homme reparut et, s'élançant de nouveau dans la terrible mêlée, il fit encore retentir le monde du bruit de son nom, pour s'abîmer ensuite à tout jamais dans une effroyable catastrophe.
Un jour, il nous fallut dire adieu à la petite île; un bateau, qui se rendait sur la côte du Sleswig et faisait escale à Helgoland pour y demander un pilote, nous prit à bord et nous transporta à Hussum, port de la mer du Nord, point de départ de l'excursion que nous voulions faire sur le théâtre de la guerre des duchés.
PRÉLIMINAIRES, — l'aRMÉE AUSTRO-PRUSSIENNE.