L. Cabinet
Le plan (fig. 12, 13 et 14) se compose de deux salles de dimensions égales, séparées par une cloison formée de panneaux glissant les uns sur les autres au moyen de galets, ce qui rend facile la réunion des deux pièces en une seule ; en face de la porte d'entrée, Fescalier montant à l'étage supérieur et descendant dans le sous-sol, où se trouvent la cuisine, la soute à tourbe, la cave, une salle de bains et des privés ; l'accès de ce sous-sol a lieu
ROTTERDAM
directement de l'extérieur, et, afin de lui donner tout le jour et l'air possibles, un large fossé de 1 mètre ou im,^o sépare le mur de face de l'alignement de la voie publique, et tient le passant à distance. L'étage supérieur
Fig. 15.
comprend deux pièces semblables à celles du rez-dechaussée, un cabinet qui répète le vestibule, et des privés; si la maison est plus importante, cet étage est renouvelé une, deux, trois fois ; mais ce dernier cas est fort rare. Les combles sont utilisés comme magasin, et, afin d'éviter qu'aucun transport se fasse par l'escalier inté-
rieur, un poteau muni d'une poulie monte et descend à l'extérieur tons les fardeaux.
Quand les maisons ont leurs façades ouvertes sur un canal, cette façade se couvre parfois de balcons fermés, de terrasses abritées ou de logettes d'un effet pittoresque
Les pièces du rez-de-chaussée sont destinées à être
vues du public qui passe dans la rue et regarde sans entrer; les fenêtres de ces pièces ont leur appui trèsbas, et sont intérieurement ornées de jardinières pleines de fleurs ; à travers les vitres, on aperçoit le mobilier, qui presque toujours emprunte aux productions de Java, de la Chine ou du Japon, des objets d'art ou de curiosité de forme étrange, mais d'un prix et d'une recherche inimaginables ; les potiches immenses, les bouddhas hideux, les cornets de jade ou les bronzes niellés y abondent; rien ne gène la vue qui traverse jusqu'à la seconde pièce et rencontre les plantes rares, les tulipes excentriques de la serre placée tout à fait au fond. Un mécanisme trèssimple fait avancer ou reculer les fleurs exposées près de la fenêtre.
Toutes les fenêtres s'ouvrent par le système dit à guillotine, excellent pour assurer une fermeture hermétique, sans inconvénient dans un pays où il n'y a pas nécessité de renouveler fréquemment l'air des habitations, et où. non pas regarder par la fenêtre, mais seulement l'ouvrir, est contraire aux usages admis. Pour remédier à cet emprisonnement, les femmes, qui toujours habitent l'étage supérieur, ont adopté l'usage du miroir espion belge on suisse, grâce auquel elles -peuvent voir, assises à leur place, tout ce qui se passe dans la rue; mais dans les familles rigides le miroir est prohibé et les femmes habitent les pièces donnant sur le jardin intérieur.
ROTTERDAM
L'emploi des persiennes estime rare exception 5 on y supplée par des volets intérieurs ou des doubles fenêtres. Quand l'habitant veut interdire aux promeneurs ou aux voisins la vue de ce qui se passe chez lui, il place devant les fenêtres, à l'intérieur, de petits écrans en treillis, à mailles très-serrées, bleus ou roses, appelés Horren, et qui lui permettent de voir sans être vu.
Fig. 16.
Ces maisons sont entièrement construites en briques; les planchers et la charpente sont en bois de sapin, ainsi que les menuiseries et les encadrements des ouvertures; les combles sont recouverts en tuiles courbes, d'une forme différant légèrement de celle des nôtres 5 les briques, en général d'un ton foncé, ont 0,05 X o?io X °>22? elles sont employées de la façon la plus primitive, sans la recherche d'aucune combinaison pouvant amener un
3o HOLLANDE.
avantage dans la construction ou présenter des formes agréables à l'œil.
Les règlements de voirie, qui chez nous enserrent, dans tant de conditions de toutes sortes les constructions et les constructeurs, ne paraissent pas en vigueur en Hollande ; chaque propriétaire élève sa maison suivant un alignement donné ; il la construit solidement, parce qu'il a intérêt à cela ; il la rend commode et salubre, parce que, autrement, il ne pourrait ni la louer, ni la vendre, ni l'habiter ; mais il atteint ce but sans être soumis à tous nos règlements, d'une application difficile, d'une interprétation variable et souvent douteuse.
Pour quitter Rotterdam, on passe sous la porte de Delft (fig. 16), édifice du dernier siècle, et qui est un monument dans une ville où en en compte si peu; puis on arrive devant une grande construction moderne et... gothique, mais quel gothique! qui est la gare du chemin de fer de la Hâve.
Dès qu'on a commencé à perdre de vue les dernières maisons de Rotterdam, on retrouve la campagne telle qu'on l'a quittée de l'autre côté avant d'entrer dans la ville : les canaux, les prairies, les troupeaux, les moulins à vent, les routes pavées de briques reviennent sans cesse, se succèdent dans un ordre uniforme et régulier, si bien qu'on peut craindre à la fin d'être victime d'une illusion et qu'on se prend à frotter la glace de son wagon, pour s'assurer que ce n'est pas sur elle qu'est gravée cette image dont la reproduction vous poursuit sans varier jamais.
La Haye est le lieu où la noblesse de Hollande fait sa résidence; il n'y en a guère de plus agréable dans le monde.
Regnard, i68r.
LE BINNENOF, l'hOTEL DE VILLE, LE MARCHÉ, LES MAISONS, LES MUSÉES.
Si la gare par laquelle on part de Rotterdam est gothique, en revanche celle par laquelle on arrive à la Haye est grecque. Elles se valent toutes deux; et faire un choix entre elles n'est guère possible.
La Haye (S'Gravenhagé) est la ville la moins hollandaise de la Hollande; elle n'a pas de caractère propre, pas de personnalité originale ; c'est la capitale du royaume, le siège de la cour, ville de plaisir et séjour recherché de cette foule nomade, sans demeure fixe, qui a l'Europe pour résidence. Elle a constamment offert un abri aux proscrits de tous pays; il y existe une société savante éclairée, de belles collections artistiques, des ressources intellectuelles ; on y sent la présence d'une riche nature, et la mer est à deux pas.
L'aspect de la ville répond très-bien à l'idée qu'on peut s'en faire : des rues droites, de larges avenues et des places plantées d'arbres; puis, chose à noter dans une
ville hollandaise, pas de canaux intérieurs; on les a consignés à la porte. Une seule pièce d'eau a reçu droit de cité, c'est le Vivyer, dont les dimensions sont celles d'une mare, et qui, occupant le côté d'une vaste place, baigne les murs du Binnenof.
Fig. 17.
Le Binnenof (fig. 17) est un palais ou plutôt uu ensemble d'édifices remplissant aujourd'hui le même but que celui degli Uffijt à Florence ; c'est l'ancien palais des stathouders et le berceau de la Haye, autrefois forteresse entourée de fossés 5 il ne communique encore aujourd'hui avec la ville que par trois ponts.
On a installé dans ces vastes bâtiments-une chapelle, la Cour des comptes, le Sénat, le Musée (un peu en dehors des constructions anciennes), deux ministères et plusieurs administrations publiques; au milieu de la cour
s'élève un édifice du xnic siècle, chapelle dans le principe, aujourd'hui consacré au tirage de la loterie nationale et aux exercices de la garde civique, qui manœuvre ainsi à l'abri de la pluie et du soleil (fig. 18).
L'ensemble du Binnenof a bien des fois été remanié
lig. 18.
et modifié : les bâtiments primitifs, qu'on voit sur la cour intérieure, se composent d'un rez-de-chaussée au-devant duquel règne un portique, et de deux étages carrés.
Les matériaux mis en œuvre sont la pierre et la brique apparente ; la construction a été très-soignée ; aussi, malgré les efforts du temps et les fondations assises sur un sol mouvant et compressible, la masse générale de l'œuvre s'est bien comportée et n'offre à l'œil aucune détérioration sensible. Mais l'aspect de cet édifice n'est pas
gai, il éveille plutôt l'idée d'une caserne ou d'une prison que celle d'un palais.
La salle de la loterie seule anime un peu la vaste place. Ce petit édifice gothique rompt avec bonheur la monotonie des lignes froides et symétriques qui l'en-
A. Président.
B. Secrétaires.