‹ Notes de voyage d'un architecte dans le nord-ouest de l'EuropeChapitre 67 sur 74 · LES MAISONS D HABITATION · texte numérisé non relu

LES MAISONS D HABITATION

On devine aisément, — d'après ce que nous venons de dire des mœurs calmes, paisibles, des habitants de Copenhague, de leur vie retirée, de leur genre d'existence tranquille, — ce que doivent être les maisons qu'ils habitent, comment elles ne peuvent ressembler à celles d'autres pays et comment elles doivent , au contraire , présenter un caractère particulier que feront ressortir facilement la visite et l'examen que nous allons en faire.

Les maisons à loyer sont nombreuses dans la vieille ville; l'enceinte des murs empêchait l'extension des rues et il fallait ménager la place. Les maisons ont, en général, perdu le caractère primitif qu'elles avaient lors de leur construction, et qu'elles devaient surtout à la bizarrerie de leurs pignons. La tradition de ces pignons extravagants, dont nous avons déjà donné un exemple à propos de la Kongens-Nytorv (ng. 170), ne tend pas à disparaître, et certains propriétaires veulent encore les reproduire sur les façades des maisons qu'ils élèvent en ce moment. Les pignons modernes (ng. 1 98) sont pourtant moins déraisonnables que ceux du siècle dernier; ils semblent sou-

mis à une règle de convention, se divisent en compartiments irréguliers, dessinés par des bandes blanches qui s'enlèvent sur le fond rouge des briques. L'effet reste toujours fort exagéré, mais, sous ce ciel si souvent gris et pendant des mois obscurci par de tristes brouillards, les

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Fig. 198.

résultats plus simples dont nous nous contentons seraient évidemment insuffisants.

On pourrait cependant avoir recours à des moyens moins exagérés, et les traces d'anciens pignons à moitié démolis, mais dont la silhouette se retrouve encore, en sont la preuve. En voici un exemple (fig. 199), très-incomplet en l'état actuel, mais facile à retrouver. Les deux

rampants du pignon sont franchement accusés et, sauf la partie centrale, terminés par un motif carré, suivent exactement la ligne du toit 5 des chaînes indiquent sur les façades les murs mitoyens et ceux de refend; sur le milieu

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fig. 199.

de la façade, d'autres chaînes forment un motif principal se répétant dans toute la hauteur et dont les divisions vont, par d'autres chaînes obliques, se relier aux rampants du toit. Les élévations n'offrent pas de dispositions compliquées : quelques morceaux de pierre, de la brique de différentes couleurs pour distinguer les parties saillantes de celles en retrait, puis les linteaux, soulagés par des arcs de décharge, suffisent pour indiquer la construction en la

décorant. Les boutiques sont accusées par de grandes baies. Au sommet des pignons se dresse une potence, servant à monter ou à descendre, des différents étages, les approvisionnements lourds et encombrants. Les caves ne sont guère en usage à Copenhague; le sol, trop humide et trop perméable, trop peu élevé au-dessus du niveau de la mer, les rend facilement insalubres.

Dans le sous-sol, auquel on parvient au moyen d'un escalier extérieur ménagé dans le fossé d'isolement de la façade, s'installent en général les tavernes, les marchands de comestibles et de denrées alimentaires. Une grande salle pour la boutique, une autre pour l'arrière-boutique et une ou deux pièces en retour forment la distribution à peu près invariable de ces sous-sols. Au rez-de-chaussée (fig. 200), grand corridor, vestibule suivi de la cage de l'escalier montant aux étages; on parvient de la rue à ce vestibule par quelques degrés, dont une partie est logée à l'intérieur; les boutiques, placées à droite et à gauche de ce vestibule, n'ont pas . d'entrée directe sur la rue, elles sont suivies d'une arrière ou seconde boutique et d'une cuisine, avec une salle placée en aile; entre les deux ailes, une cour de médiocre étendue, au fond de laquelle se trouvent des privés; chaque habitant a les siens, — situés non à l'étage qu'il occupe, mais dans la cour, — et de la rue, on aperçoit une rangée de petits édicules en bois ou en briques, dont les portes s'ouvrent et se ferment à toute heure du jour et de la nuit. Les maisons étant relativement hautes, on comprend combien un tel usage, contre lequel on ne cherche pas à réagir du reste, crée d'embarras et d'ennuis aux locataires des étages supérieurs d'une maison ; mais comme il en a toujours été ainsi, personne ne songe à demander mieux.

Les étages (fig. 201) comprennent chacun deux

logements : une grande pièce sur la rue, et à la suite, éclairées sur la cour, la salle, puis la cuisine, accompagnée quelquefois d'une chambre d'enfants ou d'une chambre de domestiques. Ces logements sont ceux de

Fig. 200.

Plan du rez-de-chaussée.

Fig. 201.

Plan du p-emier étage.

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