‹ Notes de voyage d'un architecte dans le nord-ouest de l'EuropeChapitre 68 sur 74 · Privés · texte numérisé non relu

Privés

personnes de la classe moyenne ; le salon n'existe pas ; la salle sert de lieu de réunion pour les assemblées de famille et c'est aussi là que se prennent les repas ; la chambre à coucher principale est haute de pla-

fond, quatre mètres au moins; le sol est parqueté en sapin, une boiserie de sapin règne à une certaine hauteur ; les plafonds sont apparents ou lambrissés, les papiers de tenture, simples, pour ne pas dire communs; aucune dorure, aucune décoration en pâtisserie comme celles en usage chez nous, le sapin verni les remplace ; pas de cheminée, mais de grands poêles en faïence, chauffés à la tourbe, le seul combustible généralement en usage en Danemark; puis, détail d'économie domestique, au lieu de lits proportionnés à Page et à la taille des enfants, devenant par suite successivement inutiles à mesure qu'arrivent les années , nous voyons des lits qui grandissent en même temps que ceux qui doivent y prendre place. Des traverses latérales, retenues par des crochets, maintiennent l'ensemble, l'allongent ou le raccourcissent, de petits matelas s'ajustent les uns à la suite des autres, ou bien s'entassent suivant les besoins ; un lit d'enfant peut donc ainsi servir à une grande personne et réciproquement.

Les meubles sont à peu près ce qu'étaient les nôtres en province, il y a trente ou quarante ans ; les cheminées sont remplacées par des consoles sur lesquelles s'étalent le plus souvent des vases avec des fleurs artificielles, recouverts d'un globe, et, par exception, une pendule en zinc (article ParisJ ; aucunes ressources de luxe, aucuns raffinements ni recherches de comfort, une excessive propreté et presque toujours des fleurs naturelles ou des branches de verdure.

Les baies sont fermées par deux croisées en menuiserie, s'ouvrant, non dans toute leur hauteur au moyen d'une espagnolette ou d'une crémone, mais par petits compartiments , de dimensions à peine suffisantes pour laisser passer la tête ; entre ces deux croisées, des fleurs ;

un épais lit de sable fin et des cornets de sel pour absorber l'humidité de la buée, qui pourrait ternir et obscurcir les carreaux; souvent aussi, la silhouette de quelque belle fille blonde, les yeux au loin, et l'esprit plus loin encore.

Nous avions à porter une lettre de recommandation dans une maison des allées de Frederiksberg. Nous arrivons devant la maison indiquée, riante demeure entourée de massifs de rosiers. Au lieu de murs de clôture, une grille couverte de plantes grimpantes; un petit jardin ouvert laisse apercevoir au fond la porte d'entrée, les façades en briques rouges et blanches et quelques parties en pierre (granit) ; les carreaux de vitres sont propres et luisants ; de longues grappes de verdure s'accrochent à tous les angles et retombent en désordre ; l'aspect est si gai, si riant, que le passant doit bien souvent éprouver l'envie de pousser la porte et d'entrer.

Nous nous présentons : une servante à la bouche espiègle, une vraie piga, vient nous ouvrir. A peine at-elle entendu quelques mots de notre langage, qu'elle se sauve, les poings sur les hanches, en riant à se tordre ; elle revient un instant après avec une camarade qui partage sa gaieté, et voilà les deux folles nous désignant du doigt, et échangeant les propos les plus vifs, dont évidemment nous faisions le sujet d'une façon désavantageuse pour notre dignité. Nous commencions à faire assez sotte figure, ne sachant s'il fallait rire ou nous fâcher, quand parut le maître de la maison, bientôt mis au courant de la situation par le récit de ses servantes et la lettre que nous portions.

Un instant après, nous étions dans la salle 5 notre hôte qui s'exprimait presque en français, nous recevait

de la façon la plus aimable et la plus cordiale, nous faisant envisager la réception dont nous avions été victimes

Fia. 202,

i. Porche.

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