Privés
comme une chose toute simple, justifiée par notre étrange langage; il nous présentait à sa famille, nous obligeait à nous asseoir à sa table et nous offrait enfin toutes facilités pour remplir le but de notre visite, qui était de voir
sa maison. Il nous servit de guide, accompagnant notre examen d'observations plus propres à faire connaître l'habitation qu'il avait conçue que celle qu'il avait réalisée.
Le petit porche, dont nous avons parlé, donne accès dans un vestibule desservant toutes les pièces (ûg. 202-203) (hall des habitations anglaises), occupant la hauteur de deux étages et formant balcon au-dessus du rez-dechaussée ; de ce vestibule on entre dans la salle, grande pièce servant à tous les usages de la vie commune, éclairée d'un côté sur l'avenue, de l'autre sur le jardin. Sur une des faces est ménagée, en saillie, une loge où se trouve la cheminée : cette loge forme comme une seconde pièce dans la grande, et l'hiver, pendant les froids rigoureux, une épaisse tenture de cuir en ferme l'entrée, protégeant contre les courants d'air ceux qui se pressent autour du foyer. L'ameublement et la décoration de cette pièce participent de la salle à manger et du salon; les murs sont peints, les plafonds font voir les solives de sapin, laissées apparentes, décorées de filets de couleurs. Au premier étage (flg. 204), une chambre à coucher répète la salle, en a la forme et les dimensions, et offre dans sa décoration les mêmes caractères et le même parti; un grand lit carré, placé debout, occupe une partie de la pièce; au fond de la loge est placé le coffre, tradition toujours debout d'une des plus vieilles coutumes des provinces Scandinaves ; c'est dans ce coffre qu'on conserve le trésor de la famille, les vieux bijoux, la couronne des fiançailles, la robe de mariage de la mère, le vêtement de baptême de l'enfant, précieux souvenirs que se lèguent les générations, qu'un des grands actes de la vie de famille fait seul sortir de leur réduit, mais que malheureusement commencent à dédaigner les
jeunes élégantes, qui leur préfèrent des toilettes à la mode de Paris ou de Londres.
De l'autre côté du vestibule se trouvent, au rezde-chaussée , la cage de l'escalier , les services de la cuisine et une chambre à coucher ; au premier étage,
Fig. 204.
des chambres à coucher secondaires ; sur le fond du jardin est ménagée une véranda, utile abri pendant Tété, — car il ne faut pas perdre de vue que, si les climats du Nord sont rigoureux pendant de longs mois d'hiver, ils sont exposés, pendant l'été, à quelques jours de chaleur insupportable.
Les façades de cette maison (ng. 205) offrent un
caractère franc et tranché ; les lignes de construction, arrêtées d'une façon régulière et suivie, donnent de l'échelle à l'ensemble ; aucun enduit ne dissimule la
lig. aoj.
nature et le mode d'emploi des matériaux. Sous le climat du Nord, plus que partout ailleurs, du reste, les enduits extérieurs sont mauvais et exigent un coûteux entretien. Rien dans l'aspect extérieur de cette construction n'est
abandonné aux idées d'un faux luxe ou d'un vain désir de paraître. Il faut notamment insister sur le mode d'emploi de la brique dans la hauteur du premier étage-, ces briques, placées de façon à ce que leurs joints ne se coupent que de deux en deux rangs, forment des cubes aux angles enlevés et simulent ainsi des polygones à huit pans interrompus par une ligne continue de briques d'un ton différent; l'aspect ainsi obtenu est original, se marie bien mieux qu'une surface unie avec les imbrications des bandeaux et avec celles de la corniche de couronnement. Cette habitation est agréable d'aspect et confortable à l'intérieur ; elle ne répondrait peut-être pas suffisamment à nos besoins, aux exigences de notre vie trop extérieure et trop mondaine, mais elle doit parfaitement convenir à des gens habitués à vivre chez eux, à s'y plaire et à ne pas chercher au dehors les distractions qu'ils peuvent trouver dans leur intérieur, gens plus préoccupés de l'installation et du bien-être de leur demeure que du désir de paraître et d'éblouir.
Il fut un temps où les Danois, subissant l'influence des mœurs françaises d'alors, s'efforçaient de les copier et étaient parvenus à nous ressembler, autant du moins qu'un Danois pourra jamais ressembler à un Français ; les souvenirs et les traces de cette époque déjà loin de nous se retrouvent dans les grands hôtels de. Bredgade ou d'Amaliengade, riches demeures, habitations qui exigeaient un grand train de maison , entraînaient une installation coûteuse et des dépenses que les fortunes actuelles ne peuvent permettre qu'à de rares exceptions. Ces hôtels , sauf quelques-uns possédés encore par de grandes familles qui les habitent rarement, ont en général perdu leur
aspect primitif: les façades sont dénaturées, les distributions modifiées et appropriées aux nécessités et aux exigences de la vie moderne la plus simple et la plus modeste.
On peut cependant reconnaître encore ce que quelques-uns furent autrefois et restituer, non pas les façades dont le rococo exagéré était le moindre défaut, mais le plan qui, par ses dispositions d'ensemble et de détail, offre, pour l'architecte, une curieuse étude.
Voici (ûg. 206) le plan du rez-de-chaussée d'un de ces intérieurs :
Deux grandes portes cochères donnent accès dans une cour d'honneur située en / ; les voitures tournent et pénètrent sous un porche parfaitement clos à ses extrémités ; la voiture ou le traîneau, suivant la saison, sort de la cour par la seconde porte en passant sous un passage 23, pénètre dans un abri couvert .25, où bêtes et gens peuvent se réchauffer 5 les visiteurs, eux, ont franchi la porte du vestibule, au devant de laquelle il n'existe pas de marche, afin de pouvoir, de plain-pied, pénétrer de la voiture dans la maison. Quand le visiteur vient à pied, ou qu'il laisse sa voiture dans la rue, il passe par la porte 2, suit une galerie couverte où il est à l'abri du contact des équipages, et, montant quelques marches, rejoint dans le vestibule les personnes venues en voiture ; les valets dépouillent leurs maîtres de leurs fourrures et les attendent dans une salle-vestiaire 7, pendant que les femmes réparent leur toilette dans un vestiaire particulier 8, muni d'un lavabo et de privés 13; l'entrée des salons 10 et 10 (bis) a lieu par deux grandes portes ouvertes dans le vestibule. S'il s'agit d'une fête et d'une grande réception, les maîtres se tiennent dans le premier salon pour recevoir leurs invités; ceux-ci arrivent par ce
salon, traversent le petit salon et pénètrent dans la salle de bal g' au fond de laquelle une loge en saillie, percée
Fig. 206.
au fond, reçoit l'orchestre desservi par un petit escalier spécial; la salle à manger est en //' près du salon de réception habituelle ; enfin, salle des fêtes, salon et salle à manger sont réunis, grâce à une serre vitrée ouvrant sur
les jardins auxquels on peut descendre par un escalier intérieur. Le grand escalier donne dans le vestibule ; en
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Fig. 207.
passant sous la seconde volée, on trouve un dégagement i4y séparant le logement des maîtres de la partie réservée aux services, qui comprennent : un office 18, une cuisine 21 , avec la laverie ig et le garde-manger 20, la lampisterie 17 , la salle des gens 15, une pièce pour le nettoyage de la chaussure et le battage des vêtements 16, puis l'escalier de service desservant tous les étages. Une porte spéciale, 22, permet de descendre de la cuisine à la
cour des écuries et évite, aux fournisseurs et domestiques, l'entrée du principal corps de logis ; le bâtiment des dépendances comprend : la porterie 3, placée de façon à desservir à la fois l'entrée de la cour d'honneur et celle de la cour des écuries, puis une écurie pour six chevaux 2j, une remise 28, une sellerie 2g et des privés 13; en arrière se trouve le jardin.
Au premier étage (flg. 20 7), se répète le vestibule du rez-de-chaussée, 31 ; d'où, l'on gagne la tribune de la salle des fêtes, 32; puis vient un appartement composé d'un cabinet de travail, 33, d'une chambre à coucher, 34, d'un cabinet de toilette, 35, et d'un cabinet à la suite; une galerie ajourée tournant autour de l'escalier conduit à des chambres à coucher, 34, accompagnées de cabinets de toilette, 35.
A l'étage supérieur sont ménagés les lingeries, les services secondaires et les logements de domestiques.
On comprend, par l'examen de ces plans, combien une demeure conçue dans de telles conditions peut se prêter aux exigences d'une existence riche et fastueuse, quelles ressources elle offre pour satisfaire aux goûts de plaisirs et de dépenses de ses habitants. Bon nombre de nos modernes hôtels de Paris sont moins bien disposés et sont installés d'une façon plus étroite et plus mesquine.
La décoration de ces intérieurs répondait aux dispositions générales que nous venons d'indiquer. Voici (ûg. 208) la vue d'un salon et du vestibule qui le précède ; les plafonds formés de solives apparentes, reliées par des traverses, figuraient ainsi des caissons dont le centre était occupé par un motif en bois sculpté, rehaussé de dorures et de peintures; des tentures recouvraient les parements des murs, et. sur le sol, s'étendaient d'épais
tapis. Tous les profils et détails sont lourds, les ornements manquent de grâce et de finesse, le bois qui forme l'élément constitutif de la construction n'est pas ménagé, on le tourne et retourne de cent façons : ce sont les motifs de notre architecture Louis XV appliqués par des gens qui cherchent à en exagérer les effets.
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Fig. 20t
D'autres constructions de Copenhague méritent une visite, mais trop souvent elles reproduisent des souvenirs d'habitudes ou de formes étrangères, et nous n'avons voulu insister que sur celles dont les dispositions intérieures et les formes extérieures offrent avec les nôtres une différence utile à faire ressortir; là comme ailleurs, du reste, les constructions banales ne sont pas rares, et nous n'avons pas jugé intéressant d'en parler.