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Chambre à coucher, 10. Cabinet de toilette

Mais pourtant le vrai Hollandais, même celui de la Haye, ne peut renoncer aux traditions de toute sa vie, et voici, comme exemple de cette transformation, une maison dans laquelle il a essayé d'allier ses anciens souvenirs et ses nouvelles aspirations (fig-. 27 et 28). Il se sépare toujours de la voie publique par un fossé où se trouve l'accès des cuisines et des services, puis il pénètre par une entrée couverte dans un vestibule qui, à droite, ouvre sur la salle à manger, à gauche sur le salon. En arrière de ces pièces, une serre ou jardin d'hiver; au pre-

mier étage, l'habitation de la famille ; la chambre à coucher principale est, par concession aux idées nouvelles, ornée d'un balcon ; mais ce balcon est devenu loge, et

Fig. 29.

(Échelle de om,oc>5 5 pour mètre.)

c'est toujours renfermé et sans être vu qu'il peut, s'il le veut, regarder ce qui se passe à l'extérieur (fig. 29).

Environs de la Haye. — Aux portes de la ville se trouve la célèbre promenade, appelée le Bois, pour laquelle la Hollande entière professe la plus vive admiration et

que Gérard de Nerval prétendit un jour être plantée sur pilotis.

Quand le ciel est pur, que le soleil brille, — ce qui se voit quelquefois en Hollande, — ce bois est, dans les jours de fête, le rendez-vous de toute la population de la ville. Riches bourgeois, ouvriers endimanchés, pauvres avec la livrée de leur hospice, y viennent entendre les concerts en plein vent que donnent gratuitement les musiques militaires, installées dans une petite île autour de laquelle circulent les promeneurs, allant tous méthodiquement dans le même sens, sans se heurter et surtout sans se presser. Les voitures y sont rares; nous nous rappelons un certain jour n'en avoir rencontré que deux : dans Tune, la reine mère et le roi; dans l'autre, bizarre coïncidence, un Français qui, dans nos dernières discordes civiles, s'est acquis une triste notoriété.

Le passage des souverains ne donnait lieu à aucun cri, à aucune démonstration bruyante; chacun se découvrait à leur approche, pendant qu'eux saluaient avec ce mouvement automatique particulier aux têtes couronnées. La présence de leur roi n'éveillait parmi les assistants ni transports ni enthousiasme, mais tout simplement les marques d'égard, les témoignages de respect qui sont dus au représentant du principe de gouvernement que s'est librement donné une nation; cette attitude était du reste fort digne, et présentait un contraste frappant avec les plates manifestations qui se produisent souvent ailleurs en pareille occurrence.

Comparer le bois de la Haye à notre bois de Boulogne serait une erreur, car il n'y a aucun rapprochement à faire entre eux. Ils présentent deux choses tout à fait distinctes, ayant chacun leur mérite propre, mais différent : le sol du bois de la Haye est parfaitement plat et uni, l'eau y

abonde, un trou de canne dans le sol y creuserait un puits, les allées sont tracées au milieu d'arbres superbes; les racines des hêtres plongeant toujours dans un trou humide donnent à Técorce et au feuillage un ton blanchâtre auquel les rayons du soleil communiquent un éclat quasi-métallique, qui se retrouve dans les paysages des peintres nationaux.

Au milieu du bois s'élève la résidence royale appelée maison du Bois, c'est une riche habitation bourgeoise du xvif siècle, dont l'intérieur renferme un certain nombre de tableaux et d'objets d'art d'un intérêt secondaire.

Du bois partent différentes avenues qui, à certaine distance, sont bordées de villas et de maisons de plaisance, demeures dans lesquelles viennent se reposer et se distraire, à leur façon, les riches Hollandais de Hollande ou de Java; car l'amour du sol est tel, chez ces natures pourtant si calmes et si froides, que — quels que soient leur situation acquise, le chemin à parcourir, les espérances réalisées ou déçues, — c'est toujours au berceau de leur enfance qu'ils tendent à revenir : semblables en cela au coolie chinois, qui va pendant cinq ans s'enfouir dans les mines de guano du Pérou, afin de gagner de quoi se faire enterrer sur le sol du Céleste Empire.

On nous présente au propriétaire d'une de ces maisons et nous la visitons avec lui. La richesse des meubles qui la garnissent, des objets d'art de l'Orient dont elle est pleine, nous étonne et notre admiration le fait sourire. Il nous montre alors de grandes photographies coloriées qui représentent son habitation de Samarang : — vrai palais tout en marbre, entouré d'une véranda en bois de Teck. Trois pavillons isolés, défendus du soleil par une double toiture, sont reliés entre eux par de longues galeries

que portent des piles en bois ouvragé ; ces pavillons renferment une salle à manger, une immense piscine et une salle de réunion; dans chaque pièce, des appareils de ventilation un peu primitifs, gigantesques éventails qu'un Malais en robe bleue fait manœuvrer au moyen d'une ficelle passée autour d'un rouleau, et qui suffisent pour entretenir la fraîcheur dans ces vastes pièces ouvertes ou closes, sur une ou deux faces, suivant l'heure du jour; puis des jardins immenses, avec les produits de l'exubérante végétation des tropiques, des fruits dont les sucs donnent la mort, des plantes dont le parfum est un poison, enfin, comme complément de cette installation, des écuries pour vingt-cinq chevaux, et des logements pour quatrevingts domestiques qu'on voit remplissant leurs différentes fonctions, revêtus des plus riches costumes.

Il semble que cette demeure de la Haye doit paraître pauvre et mesquine à cet homme, habitué au luxe et à la splendeur de l'Orient. Et cependant, ce nabab éprouve à certains moments le besoin d'abandonner pour quelque temps l'existence princière qu'il mène là-bas; il quitte son palais, le soleil étincelant, la nature luxuriante de Java, et part pour revoir avec bonheur sa petite villa , les brouillards et les tulipes de sa chère Hollande, il oublie sa richesse, son pouvoir et redevient simple bourgeois, modeste propriétaire d'une petite maison de la Haye, dans laquelle il retrouve les habitudes de sa race et les souvenirs de son enfance.

« Avez-vous des architectes à Java ? demandâmesnous à notre hôte au moment de prendre congé.

— Certes, oui : nous avons d'abord les architectes européens qui, imbus des traditions de l'Occident, viennent construire là-bas des maisons taillées sur le patron de

celles qu'on voit partout, en Hollande ou ailleurs; ils s'efforcent de faire revivre à Java le souvenir des édifices grecs , romains ou gothiques qu'ils ont plus ou moins bien compris1. Le résultat atteint est ce que vous pensez. Nous avons ensuite les Chinois, qui ne cherchent pas à faire prédominer leurs goûts personnels, leur propre manière de voir, mais qui ont au contraire un remarquable talent d'assimilation; ils sont, à la fois, à peu près archi-' tectes, ingénieurs et entrepreneurs; un Chinois est tout ce qu'on veut; ils écoutent attentivement les indications de leur client, ne prennent pas la parole pour lui donner des idées, mais seulement pour l'obliger à développer les siennes ; un croquis, le plus souvent un simple tracé sur le sol, leur suffit, et ils produisent ensuite ce que vous voyez. Voici des constructions en bois, en marbre. Remarquez comme elles sont comprises suivant leur destination,' les matériaux employés, l'emplacement qu'elles occupent. Il est impossible, n'est-ce pas, de ne pas distinguer à première vue que ce pavillon contient la piscine, cet autre une salle de réunion, celui-ci les pièces de l'habitation, cet autre les services secondaires. Quant à la décoration merveilleuse et à la variété infinie des dispositions intérieures, elle est le produit de l'art chinois et indou joints aux effets de cette éblouissante lumière qui dore, anime, met en relief les objets les plus simples.

— C'est merveilleux, en effet... et penser que de tels résultats sont obtenus par des gens que nous traitons de barbares !

— Les Chinois, des barbares? Ah ça, mais...

i. Qu'on ne nous accuse pas d'exagération, puisque nous autres Français nous avons bien élevé un palais néo-grec pour le gouverneur de notre colonie de Saigon et une cathédrale gothique à Shang-haï.

SCHEVENINGEN

On va de la Haye à la mer en moins d'un quart d'heure par un chemin très-agréable. Nous vîmes en y allant un chariot à voiles.

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