A SAINT-LÉON
Le lendemain, nous partions pour Saint-Léon, qui est une sorte de Vichy canadien. Eaux excellentes et d’un goût fort agréable. On y vient de toutes les parties du Canada, et aussi des Etats- Unis. On peut prédire qu'une guérison bien placée ou un médecin célèbre doublera la clientèle de Saint-Léon un jour ou l’autre.
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Nous descendons du train à Louiseville, et c’est dans unc de ces bizarres voitures d’origine et d’allure américaines appelées planches, et qui font regretter les calèches de la Malbaie, que nous nous rendons à Saint-Léon, bercés par une sorte de vacillement continu. Le paysage rappelle beaucoup celui d'Auvergne.
Nous ne pouvons tirer un mot de notre petit cocher. S'il avait été Auvergnat aussi, il eût parlé davantage sans doute.
Saint-Léon réalise ce prodige que, sans le secours de théâtre et de café-
| concert, il est une des places d'eaux les
plus animées que je connaisse. Il ne demande son agrément qu'aux réunions de famille, ét c'est un trait bien caractérisque de la société canadienne où règne
sans partage la famille, mais la famille
ouverte, accueillante, respectée de tous, et à laquelle il est sans exemple qu'on ait jamais fait regretter sà rare bienveillance,
A ARTHABASKAVILLE
J'avais réservé, comme der:ière excursion, Arthabaskaville, où : écoulée une partie de mon enfauce, voulant partir sur ce souvenir qui me reportait à quinze ans en arrière.
C’est sur l'invitation d’une des femmes les plus remarquables du Canada, Mr: Lavergne, que nous y allions, et l'accueil que nous avons reçu chez elle, par la grâce, le charme et la bonté, ne saurait être surpassé.
Plusieurs de nos amis de Montréal étaient venus avec nous, et vraiment la fête, presque la dernière avant notre départ, était complète. Mme Lavergne est une maitresse de maison qui songe à tout, et pour remplir un programme
varié, elle a demandé à chacun quel-
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que chose; ceux qui, comme moi, ne dansent guère, ont dit des monologues.
Dans la journée, nous avions, sous la direction de deux jeunes filles charmantes, Miles Lavergne et Côté, parcouru la petite ville et les alentours qui m’étaient autrefois familiers. Il me semblait que c'était hier encore que je courrais par les champs, et que rien n'avait vieilli autour de moi que moi.
C’est à Arthabaskaville qu’habite M. Laurier, le chef de la gauche, et malgré tous les appels des grandes villes, il est resté fidèle à ce pays qui a vu naître et grandir sa haute fortune politique.
Mon grand’père, et mon oncle le docteur Poisson, dont le fils est un poète plein de talent, ont été les véritables fondateurs d’Arthabaskaville; je m'y sens captivé et retenu par tous ces liens du passé, et il me faut un effort pour m’y soustraire,
A MONTRÉAL
Notre voyage tire à sa fin. Rappelé en France, Alphonse Allais nous à quittés le premier, et nous allons le suivre dans quelques jours, non sans regret de ne pouvoir prolonger notre séjour et non sans espoir d’un très prochain retour.
Nous revoyons la ville, dont toutes les rues principales, les encoignures où l’on
se retrouve, les figures connues sont maintenant farnilières à mes compagnons
de voyage comme à moi-même.
C'est vraiment une belle ville que Montréal, avec un aspect clair et joyeux dans sa puissante activité d’affaires. Comparez, si vous voulez bien j juger; prenez, par exemple, comme points de comparaison, Liverpool en Angleterre et Lyon en France. Ce sont des villes supérieures
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comme chitfre de population à Montréal, mais certes point comme aspect et comme agrément.
Et quelle population vivante, vibrante sympathique, aimable! Point de trace de scepticisme, encore moins de pessimisme, de ce pessimisme qui, sous couleur de culte pour le passé ou de vision de l'avenir, dénigre les hommes et rapetisse les choses. Si vous voulez plaire à un Canadien, ne lui dites de mal ni de son pays, ni de son temps; ne faites paraître à ses yeux que le bon côté du monde. À quoi bon voir l’autre ? C’est une vue stérile, qui ne mène à rien. Ce qui mène à tout dans un pays nouveau, c’est la confiance. C'est ainsi qu’on a vu surgir depuis vingt-cinq ans tant de choses qui ont transformé ce pays et lui ont ouvert les plus larges destinées, à commencer par le chemin de fer du Pacifique, sans parler de la Confédération elle-même.
Ceci nous frappe tous : les physiono-
mies s’éclairent d’un bon sourire lorsque, à notre tour et très sincèrement, nous dépouillant du sentiment chagrin qu’on apporte d'Europe et qui porte à diminuer le succès des autres, nous parlons du talent ou de la fortune des gens.
Personne ne saurait réussir au Canada, ni dans la politique, ni dans les affaires, s'il ne commence par un acte de foi dans les destinées du pays.
Cette fin de séjour est remplie par de 0
nombreux repas d'adieu. J'en passe, et des meilleurs, de peur que de quelque esto-
mac débile ne s'élève ce murmure : Vous
avez donc passé tou. le voyage à table!
Je me borne, après m'être rappelé un délicieux diner donné, au Metrepolitar | Club, par M. Préfontaine et M. Saint- Jean, à parler de notre dîner d’adieu.
Mon cousin Louis Perrault ait mis M à notre disposition, pour ce diner, que MM
Debiève et Berthier désiraient offrir à quelques-uns de nos amis avant le départ, MN
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son installation commode et charmante, que tout Montréal connait, et le ménage Guéry, cuisinière modèle et maitre d'hôtel de premier ordre.
Convives : Le Lieutenant-Gouverneur Chapleau, le maire Villeneuve, M. Dec
Celles, M. Dansereau, M. Saint-Jean,
# M. Patenaude, Vicomte de la Barthc,
M. Reid-Taylor, M. Louis Perrault, Debiève, Berthier de Casaunau et moi.
Mie Perrault avait bien voulu faire
Le menu, absolument remarquable, avaitinspiré à mon jeune cousin, Edouard
… Surveyer, des strophes joyeuses que voici,
et qui furent fort goûtées au dessert :