‹ Notes de voyage [microforme]Chapitre 7 sur 19 · RE · texte numérisé non relu

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est toujours M. Dansereau. Il a rendu service à tout le monde.

Nous voilà en route pour Notre-Damedu-Portage, village voisin de la Rivièredu-Loup, pour serrer la main à M. Faucher de Saint-Maurice, l'homme d'esprit que tous les marins français connaissent.

En passant, nous nous arrétons pour saluer le seigneur Globensky, qui vient au-devant de nous entouré d’une meute de superbes chiens danois et qui a vraiment grand air ainsi. Il ne manque pas dans le pays de descendants des anciens seigneurs et cependant c'est seulement à M. Globensky qu'on donne le titre de seigneur. On dit le seigneur Globensky comme on dit le chevalier Drolet, le chevalier La Rocque, quoiqu'il y ait bien d'autres décorés de la Légion d’hon:neur et d'ordres pontificaux. C’est sans doute qu'ils sont considérés comme des

personnalités typiques.

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reçoit dans une tenue quasi-militaire, avec une sorte de cordialité brusque et enjouée; nous passons avec lui une heure fort animée, et une autre heure 4 également agréable chez M. Joseph | Simard. 0

Le lendemain, nous allons à Cacouna, 4 par une route ombragée et charmante.

Il n’y avait autrefois comme plage à la mode que Cacouna, qui a maintenant bien des rivales: elle n’en garde pas moins sa place et un attrait particulier.

Le fleuve s’y déploie largement et la vue s'étend au loin; on sent que le golfe qui conduit à la mer n’est pas à grande distance. On y reçoit comme une première impression de l'Océan.

Après trois jours d'un séjour plein d'agrément à la Rivière-du-Loup, nous reprenons le bateau pour le Saguenay.

Ce petit voyage du Saguenay est devenu comme une sorte de voyage aux bords du Rhin. Bien des gens le font tous les ans,

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ou à peu près. De Québec il ne dure que deux jours et deux nuits trop tôt passés.

Le premier arrêt est à Tadousac, site merveilleux à l’entréc mème du Saguenay. À l'approche du bateau, on tire un coup de canon, et, en mème temps, on hisse le drapeau tricolore. J'avoue que, si loin de France, à voir monter et flotter au vent les trois couleurs, le cceur nous a battu. Cela avait un petit air de triomphe et d'allégresse patriotiques auquel on ne saurait rester insensible.

C’est à T'adousac que fut construite, dit-on, la première chapelle. Tout comme de bons pelerins, nous allons y respirer le recueillement. C’est très touchant, de l'avis de tous; ce petit sanctuaire érigé par les premiers Canadiens, nos ancètres, est loin des grandes cathédrales élevées par la foi des aïeux d’Allais, Berthier et Debiève, pas si loin cependant si on regarde plus au sentiment qu’à l’art.

Pour trancher sur ce tableau primitif, une jeune fille qui rappelle à s’y méprendre le type parisien, très adroite et insinuante, nous offre des photographies et des souvenirs avec toutes les petites roueries du métier, dissimulées sous un naturel dont nous sentons toute la grâce dans ce coin pittoresque de la nature.

A côté de cela, des cochers comme on n'en voit pas, qui nous confient chevaux et voitures, en nous recommandant de ñe pas les ménager.

C'est en vain que nous avons voulu laisser Berthier comme otage aux cochers confiants. Nous voilà en route seuls, conduisant tant bien que mal, par des chemins à nous inconnus et jouissant de cette heure de liberté entière.

En quittant Tadousac, nous entrons dans le Saguenay, dont le cours tantôt se rétrécit au point qu'on se demande si le bateau va pouvoir se glisser entre les rives, tantôt s'élargit et se déploie en des

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lacs magnifiques. Nous saluons le cap Trinité, grandiose et qui domine le fleuve majestueusement. Le bateau siffle, et le bruit, après avoir fait comme le tour de la baie en heurtant les rochers, nous revient net et brutal. Autre effet curieux; il semble que ces rochers soient tout près de vous, que vous pouvez les toucher de la main : vous lancez une pierre, croyant les atteindre, et la pierre tombe à mille mètres de la rive, tout près du bateau.

Après avoir traversé la baie des Ha!

Ha ! nous passons à Saint-Alphonse, et à cinq heures du matin arrêtons à Chicoutimi, qui a déjà l'aspect d’une ville; mais cinq heures du matin c’est bien tôt et nous ne l'avons guère vue qu’à travers nos paupières alourdies. Après deux heures d’arrèt commence le voyage de retour.

Nous revoyons la baie des Ha! Ha!

tout à fait digne de cette exclamation

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naïve, car elle est singulièrement imposante. Voici le cap Trinité, le cap Eternité, superbes; et pendant tout le cours du Saguenay jusqu’à Tadousac, de nouveau sous nos yeux, merveille succède à merveille ; c’est un paysage mouvementé, varié, qu’on ne se lasse pas de regarder.

Nul aspect ne ressemble à l’autre, et c'est à regret qu'après avoir touché à J'adousac et salué la petite Parisienne, poussée si loin du boulevard, nous voyons s'éloigner ces sites que le paquebot, dans sa course trop rapide, fait repasser sous nos yeux qui en voudraient retenir l'image.

La Carolina nous ramène vers les plages fréquentées par le monde élégant; nous disons un bonjour à nos amis de la Rivière-du-Loup qui attendent notre passage sur le quai; nous arrêtons un jour à la Malbaïe, qui est une sorte de Deauville, mais bien autrement pittoresque. Buiès, dans ses inimitables chro-

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niques, a décrit tout ce pays avec une fidélité tendre, une émotion et un éclat de style incomparables. Nous l’avonslu durant tout ce voyage avec infiniment de plaisir et nous lui avons trouvé bien de l'esprit. Il v aurait péril à décrire apres lui cette nature tourmentée et puissante.

Il serait trop long de parler de tous ceux qui, ici, nous ont fait fête; nous avons, en particulier, été ravis de la soirée donnée pour nous par M" Roy et où se trouvait réunie une société charmante. Nous rencontrons là M. Pierre Garneau, le bon ami de mon pere; M. le juge Routhier, dont on connaît le grand talent et l'esprit si fin, et tant d'autres. Au point de vue de l'élégance et des agréments de la conversation, on se croirait sur une des plages de la Manche, et je me demande avec quelque inquiétude comment je vais faire pour tirer de là mes compagnons.

Des pique-niques s’annoncent de tous

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côtés; les jeunes filles toutes charmantes qu'ils ont aperçues au quai, à l'arrivée, entrevues aux fenêtres, sur les r'utes, en coquet costume, et qu'ils retrouvent ici, leur tournent un peu la tête. Je sens que si je cède ils sont perdus et que nous irons ainsi jusqu'à la clôture de la saison.

Le lendemain, nous déjeunons chez

Mre De Celles, dinons chez Mme Ernest Pacaud, conime à Paris et mieux; nous passons l'après-midi à nous promener en calèche. Cette petite calèche canadienne qui vous fait sauter comme si vous étitz encore sur les genoux de votre nourrice, dit Allais, nous amuse extraordinairement. Mes amis ne s’en lassent pas,et,au moment de partir, ils m'échappent encore en calèche.

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