‹ Notes diverses sur le Bas-Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'Eurepéen opprimé par l'arbitraire d’un maître arrogant, rumé par les impôts, découragé, enetvé par l'absence absolue de la liberté, ou par son absence réelle pendant qu’on la proclame en théorie, jette les yeux sur l'Amérique, où les sources du bonheur public et privé sont alimentées par de libres constitutions et un esprit du peuple qui sait maintenir intactes ces institutions. Il contemple avec des sentimens de joie ces terres heureuses qui lui permettront uu jour de jouir de la vie sans crainte d’être accusé par un mouchard ou maltraité pu un tyran. Il compure sa patrie, qui

privées, de peur qu'il ne le devienne dans sa qualité de sujet ; car on abhorre jusqu’au titre de citoyen ; avec les pays de l’hémisphère occidental, où de province en province, d'état en état, aucune limite n’arrête son industrie. Il se voit obligé en Europe de se priver soi et sa famille du plus nécessaire pour contribuer au payement des interêts d’une detto publique créée sans son intervention, qui ne sera jamais amortie ; pendant que PAmérique n’a plus de dette et que le budget des dépenses d’un des empires les plus etendus du monde, ne s’élève as à ce que dévore en Europe une seule branche de l'administration. Dans le Grand Duché de Bade p. e. qui formerait à peine un comté de la Pensilvanie, l’armée seule coûte plus que tout le mécanisme administratif des Etats-Unis. En lisant les rapports du bonheur de ces pays, ilen vient à la conclusion qu’une finance sage, économique et bien réglée, eat le premier élément du bonheur public; que le gouvernement ne doit jamais plus exiger que ce que requiert la nécessité la plus pressante. Entouré d’espions, de baionnettes, de princes méprisables, de juges politiques, il jette le regard sur l'Amérique, et reconnait

que le second élément du bonheur public est une constitution libre, défendue non par les satrapes

d'un maître, mais par l'amour du peuple. Il est convaincu de rencontrer des citoyens heureux dans tout état, où le faible trouve dans la loi un défenseur assez redoutabl scélérat.

e pour füire trembler le puissant

Mais de quel pays de P'Amérique parle PEuropéen avec tant d'enthousiasme ? Est-ce de l’Amérique Britannique? Ce n’est pas de l’Amérique Britannique. Ces provinces de la Grande- Bretagne sont donc bien décriées en Europe, où leur administration est en si mauvaise réputation, pour effrayer tout Européen du continent, qui cherche la liberté et la justice en Amérique ?

L’Européen, qui traverse l'Océan, cherche le principe qu’ cipe démocratique ou républicain. Ce principe ne s'accorde guère avec la monarchie qui domine sur le continent de l’Europe, Ainsi qu'en Amérique, il n’y a qu'une monarchie, le Brésil; de même il n’y a er Europe qu'une FpUlque, la Suisse. Ces deux états sont déplacés. L’Européen veut se rendre compte de ce p énomène, et il se rappelle, qu’il eut son origine dans les jours du dix-huitième siècle, où le droit public fat entièrement changé, où le principe monarchique fut de plus en plus limité ; que des états qui se formaient alors devaient nécessairement porter les couleurs de cette époque. Il se rappelle que la république la plus puissante de l'Amérique fut une Colonie Britannique, comme le Canada l’est encore aujourd'hui, et qu’une révolution, une guerre sanglante, terrible, inhumaine, sépara ces pays de la Grande-Bretagne. C’est là une des raisons les plus puissantes, pour que l’Européen ne dirige pas ses pas vers ce pays: car sous le rapport de la fertilité, de la situation favorable au commerce et aux arts de l’industrie, sous celui des ressources naturelles, les provinces Britanniques l’emportent peut-être sur plusieurs états de l’Union.

il ne retrouve pas chez soi, le prin-

Dans ces notes écrites surtout pour éclairer les Canadiens sur leurs griefs et leurs torts, pour ouvrir les yeux des Bretons libéraux, impartiaux et honnêtes sur le gouvernement Colonial de leur

empire, l’Éuropéen du continent démélera peut-être les causes de la révolution qui créa les Etats- Unis du Nord. Il se convaincra peut-être que ce ne fut m la taxe sur le thé, ni l'acte du timbre qui Va produite, De pareilles choses ne font pas plus une révolution que le décrêt de la convengue, ou que celui de Bayonne ne sépara PAmérique

du Sud de l'Espagne. Des événemens de cette nature ont des causes plus imporiantes. Les ré. volutions de l'Amérique avaient le germe de leur existence, d’un côté dans le développement des ressources coloniales, et d'autre part dans la politique vicieuse et fausse des cabinets de Si. James, des Tuilleries et de Madrid, Un syslème de mauvaise administration l'a fructifiée, et les événemens accidentels n’ont fait que les accélérer. La cause première c’est la nature des choses, la nécessité absolue, c’est l’histoire de ce pays.

En Amérique, je l'ai déjà dit, l’Européen cherche et a toujours cherché des principes qu’il regrettait de ne pas rencontrer en Europe, la liberté civile ct religieuse. Les milliers d’Anglais qui ont d’abord peuplé ja Virginie, se sauvèrent devant le fanatisme religieux, qui les empêcha d’adorer Dieu en Angieterre selon leur conscience ; ils s’enfüuirent d’un pays, où la loi sans force réelle ne put protéger le faible contre le puissant, où l’opulence fut un moyen de se soustraire aux injustices, aux vexo‘lons, au mépris du fort ; ils abandonnèrent un peys où l’on établit en priacipe légal l'étrange prétention de se moquer des lois de l'équité et de la Justice, parce qu’une longue suite d’ayeux er ont violé les droits. Qui amena tant de colons en Amérique sous Jacques 1? Ne füt-ce pas !e premier mouvement de disafféction qui se manifesta en Angleterre contre l’idée extravagante qu’eût le monarque de sa ruissance royale et divine? Dites si Massachussetts, la Nouvelle Hampshire, Rhode Island et Connecticut, ne doivent Pas leurs premiers colons à ce mouvement? Et qui souleva ces mêmes Pays dans une époque encore reculée, quand jeur population était encore si mince? Le despotisme de Charles El le fit. 11 voulut ÿ limiter la liberté du commerce ; illeur défendit le commerce des nelleteries, des bois de construction, du tabac, avec d’autres nations que celle de Ja Grande-Bretagne ; il essaya de les priver du droit de régler louts finances ; il voulut innuller, au moins corrompre leur représentation. La révolte de 1677, ne put être conjurée que par l’exécution de Nathaniel Bacon; celle de 1689, ne finit pas par une séparation de la Mère- Patrie, que parce que le despotique Jacques !T déchut du trône. Ce füt envain que les ministres anglais tentèrent la destruction des garanties des libertés Coloniales, l’anéantissement des municipalités élus par le peuple, du jury, cette puissante égide de la liberté. En vein ossayat-on d'établir en Amérique l’hiérarchie et Paristocratie anglaise : ces plantes n’y ont jamais profité, elles ny profiteront jamais. L’Angleterre qui s’obstine encore aujourd’hui à vouloir législater pour les Colonies, qui ont des législatures, a perdu ses plus belles prssessions pour soutenir ce principe, Elle ne ‘es a pas sacrifiées sans avoir été avertie. Déjà en 1707, l'assemblée de New-York déclara, que c’était une violation de la prospérité du peuple, que de vouloir régler les finances des Colonies. La perte de ce vaste et beau pays, qui forme maintenant les Etats-Unis, at-elle instruit le gouvernement Britannique ? Lisez les pages suivantes. Vous en jugerez par les faits,

La Grande-Bretagne a le mérite inestimable d’avoir donné à ses colonies des institutions qui devaient nécessairement former ur: caractère national énergique et noble. Mais le gouvernement exécutif de la Grande-Bretagne & toujours oublié que ces institutions et ce caractère ne se soumettent pas plus à l’arbitraire ou au mépris de la mere-patrie qu'aux armes de Pétranger. En dépit des avantages que l'Angleterre offrit aux colonies, en dépit de ‘us les mérites qu’elle s'était acquis, la seule prohibition du commerce avec d’autres nations que celle de la métropole, ct le mo. nopole que les sujets nés dans la Grande-Bretagne exerçaient dans les colonies, durent rendre la connexion avec elle plus oppressive à mesure que la population augmentait et que l’industrie s’animait. Au lieu de lacher la bride, l’Angleterre la ressèra, en s’efforçant plus que jamais de ruiner ouverte. ment ou sourdement toute espèce de fabrique qui s’y établit. Pendant la &uerre septennale les lois prohibitives n’avaient pas été exécutées avec beaucoup de rigueur : on avait cajolé les colons, on leur avait montré de la confiance —le danger passé, le gouvernement ingrat resserra les chaines, ce qui vexa d’autant plus, qu’on n’en avait plus habitude depuis longtemps. Pour comble de folie le gouvernement exigea que les Américains Contribuassent à l'amortissement de la dette anglaise. L'’aveugle Grenville fit rigoureusement exécuter les lois contre la contrebande par des bâtimens anglais ; il réussit à faire passer dans le Parlement Impérial un acte qui élevait les droits sur les marchandises étrangères de cinq pour cent et l’acte du timbre. Que firent les colons ? Ils repoussèrent les lois et opposèrent à la tyrannie britannique cette force inerte, qui est si ruineuse .au commerce e! surtout au monopole : le peuple des colonies n'arheta plus de produits anglais. Voyez alorg le ministère Bockingham recommander l'acte du timbre en déclarant comme l'a dernièrement fait Lord Brougbam, l’indigne successeur du noble Henrs Brougham, que lângieterre a Îc droit de iégisiater

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