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)agnol, qui reçut ainsi et sans trop de honte un siarcroît de gloire à bon marché. La France vient d'acheter cette belle œuvre de Regnault ; elle restera SLvx Musée du Luxembourg ' comme un superbe morceau de peinture et comme une page vivante de cette histoire d'Espagne qui se relie si fatalement à la nôtre. De retour à Rome, il fallut vivre encore dans l'atelier qui lui semblait si triste, parcourir ces rues peuplées de passants si vulgaires. Plus de beaux tons rouges et orange qui pétillent au soleil, plus de Gitanes. L'Orient un moment entrevu disparaît, et il faut se remettre au travail; le succès le pousse et ^oblige. Oti retrouver l'inspiration ? Dans ces mauvaises dispositions, il commence cependant son second tableau d'envoi : la Judith; puis, surpris un jour par la physionomie étrange d'une petite paysanne dont la chevelure ébouriffée et d'un noir bleu lui rap- .pdle ses chères Bohémiennes, il commence, d'après elle, l'étude qui deviendra plus tard la Salomé.
A quels hasards tiennent souvent les succès I Regnault, qui était passionné pour les belles étoffes, et ?ui aurait préféré endurer la faim que de se priver d'acquérir des armes d'Orient ou une selle arabe, ^^ait acheté à l'Exposition de Paris une pièce de soie de Chine d'un jaune radieux. La jeune fille s'asseoit ^ns dessein devant cette tenture qui illuminait l'ate- ^^er de ses rayons moirés, et soudain l'œuvre appa-
^lle est au Louvre aujourd'hui.
raît à l'œil de l'artiste ; il commence cette étude, q lui offre des rapports de tons heureux et étrang< Ce qu'elle deviendra, il n'en sait rien encore; ma le tableau est trouvé. Ceci était l'occasion d'un m ment qu'il faut savoir surprendre et saisir. Mais ces bénéfices on ne peut que rarement profiter. A côté, il y a l'œuvre sérieuse et de plus longue leine que l'Académie réclame, et à laquelle il fai maintenant songer. La critique prétendra que àsin ce tableau étrange, Tartiste a plus songé à étonne les yeux qu'à satisfaire les plus justes exigence^ de la raison. Elle ne verra que Tétrangeté du costume de l'héroïne de Béthulie, l'exécution piquante, les contrastes de tonalités puissantes; elle ne saux"^ jamais combien ce sujet a été médité. De ce que so^ pinceau ne sait se baigner que dans des couleux^ éclatantes, il ne s'ensuit pas que la réflexion ne Pai^ pas guidé plus encore que la joie de peindre. Il voti'^ lait que son tableau fît deviner le drame effrayant qi>^ allait se passer. Le noir qu'il faisait dominer dans 1^ gamme de son harmonie était là comme un voile i^ mort. Quant à Judith, il voudrait, il ne sait conrf ment rendre son angoisse et sa résolution. Verra-t-o^ ce serrement d'une gorge que l'émotion étrangle, c^^ léger soulèvement des épaules, cette main qui ^^ crispe sur le couteau? Tout cela, du moins, il ^ voulu l'exprimer. Était-ce une raison pour se refus^ à toutes ces fines recherches, à ces coquetteries d'ex cution qu'il aime tant? Le costume ne cache ni
îsage ni le geste, et l'on a enveloppé assez souvent la Tienne, voisine de Tyr et des pompes idolâtriques, la femme dont la Bible décrit les bijoux et les voiles parfumés, avec les plis rigides des filles de Sparte ou les manteaux de laine des compagnes d'Abraham. Ce tableau était à peine fini, que le peintre s'enfuyait encore une fois vers sa chère Espagne, oti nous allons le suivre dans son dernier voyage.
La Judith exposée aux Beaux-Arts eut encore un succès de curiosité vive et réveilla les polémiques. Décidément, ce jeune homme était plus qu'un élève; sur les bancs de l'école dont il faisait encore partie, il semblait vouloir prendre la position d'un novateur. "^ Pareille prétention était certes bien loin de lui, et rien ne Tamusait autant que de lire les jugements contradictoires que ses tableaux faisaient naître, les ^conclusions qu'on en tirait pour son avenir et les localises, souvent pédantes, qu'elles mettaient au '^ut de la plume des critiques. Il peignait suivant son tempérament et ses goûts, comme les oiseaux chantent, comme ont peint tous ceux qui, dans Part, ^c sont pas venus pour redire la leçon des maîtres. S'il eût été moins capable de penser, si son esprit réfléchi ne se fût pas associé chez lui à toutes les ardeurs d'une nature enthousiaste et pleine de premier mouvement, on aurait presque pu dire qu'il était inconscient du caractère de ses œuvres.
Quoi qu'il en soit, le résultat était atteint; sa Judith avait fait assez parler d'elle, et il lui refusa la permis-
sîon de se présenter de nouveau devant le public du Salon. D'ailleurs, tous ces travaux n'étaient que les efiforts d'une main qui s'essayait et comme des élans successifs vers le grand ouvrage dont le plan fermentait déjà dans son imagination. Arrivé à Barcelone le 9 août, il part pour Grenade.
Il n'est pas de voyageur, si peu fait qu'il soit pour les jouissances que donnent la nature et la poésie, si peu sensible aux spectacles des vicissitudes des peuples et aux tristes enseignements de l'histoire, qui n'ai ressenti , en visitant la dernière capitale des Maures d'Espagne, cette admiration et cette émotion qui saisirent Regnault et qui lui tracèrent jusqu'à la fin de sa vie le chemin de ses études, en même temps qu'elles déterminaient le genre de sujets auquel allaient s'appliquer ses merveilleuses facultés. On peut voir aux Beaux-Arts les nombreuses esquisses qu'il commença dans l'Alhambra, soit sur toile, soit à l'aquarelle, les laissant inachevées lorsqu'il avait saisi le nécessaire, sortes de notes à travers lesquelles il entrevoyait toute une série de scènes tragiques ou pleines des splendeurs de l'Orient.
Il passa dans cette demeure des fées le temps qu'il appelait le plus heureux de sa vie, ne se reposant du travail que par l'admiration, décalquant les azulejos les plus compliqués et les plus intéressants, poursuivant dans les retraites mystérieuses de ce palais désert les reflets de la lumière , les secrets de l'ombre que l'or transperce et illumine; décrivant dans des
res charmantes les enivrements au milieu desis il vit heureux, mélancolique, tout entier à lagination et comme en dehors du réel. A peine il réveillé, le jour le ramène dans ces murs bâtis lierres précieuses que le soleil fait briller comme écrin ; et quand Tastrc ami disparaît le soir, le sur y reste jusqu^à ce que la lune se lève; il essaye "S de partir pour revenir encore, comme s'il les rcevait pour la dernière fois. Quelquefois, lorsil étudie les voûtes des plafonds, perdu dans ces ipoles dont les stalactites s'entre-croisent en mille s divers, il éprouve comme une sorte de vertige hauteur, et peu s'en faut qu'il ne se sente enlevé terre. « Mahomet est mon prophète ! » s*écriait-il K cette gaieté que donnent les grandes jouisances Tart, et quand, du haut des terrasses qui dominent ville, à travers les grands arbres qui couvrent de ir ombre les sources jaillissantes et les vieilles mails de Grenade, il revoit en pensée ce qu'elle était temps des califes, comme Gibbon;, du haut du pitole, à la vue des ruines du Forum romain, il •erait presque Panathème à ceux qui ont profané Ihambra et détruit cette civilisation qui a pu eniter tant et de si prodigieux chefs-d'œuvre. L-eSi octobre, il revint cependant à Madrid pour cvoir sa copie des Lances, qu'il trouva mauvaise, is la fortune Fy attendait; il allait goûter ses Qiières faveurs; d'abord, il vendit sa Salomé lOoo francs à un marchand, homme de prescience.
28o NOTES ET CAUSERIES
qui Tacheta sans Pavoir vue^ et, comme un bien précède souvent un autre, il était en même ten nommé commandeur de Tordre de Charles III. Ti tefois, l'Espagne lui semble suivre une triste roi Il en était arrivé, comme bien d'autres, à ce mon^e. où les plus libéraux sentent quelquefois faiblir 1er: foi et comprennent la nécessité d'un maître. Peu s^ei faut qu'au souvenir de Grenade il ne regrette que a pays, le plus beau du monde, ne retourne pas à se^ anciens maîtres, et que ce peuple aimable et bo^n n'ait pas accepté cette proposition de l'empereur 4*^ Maroc, qui, au lendemain de l'expulsion d'Isabelle lui offrait, dans une lettre aussi noble que naïve, d* revenir aux anciens jours, quand l'Espagne était ^ prospère, que ses champs ressemblaient à de vast^ jardins, que ses académies attiraient à Cordoue 1^ savants de l'Europe chrétienne. Ses prédécesseur alors régnaient au nom de Mahomet. Pour ramena cette prospérité disparue, il eût accepté le sceptre prétendant que les malheurs de la Péninsule dataier du jour oîi les armées du Christ avaient repoussé ! Croissant sur les rivages de l'Afrique.
Regnault pensait depuis longtemps à cette terre voisine de lui, sur laquelle l'ancien type arabe s encore conservé. Il espérait pénétrer dans ce pa de Fez, si on lui procurait les lettres de recomnr dation qu'il sollicitait instamment. Il attendait domestique, qui devait arriver avec son chien, lévrier que tout le monde connaissait à Rome, et
limait de tout son cœur, et avec eux son tableau de Salotné; il comptait le finir sous les rayons d'un soleil plus éclatant. Revenu à Grenade, il fit connaissance avec des officiers anglais qui remmenèrent à Séville avec eux ; mais cette vie trop plantureuse le fatigua promptement, et il partit pour Gibraltar. L'impatience le dévorait. Afin de tromper ses inquiétudes, il passa le détroit et s'en vint voir Tanger. Là, il apprend que le bâtiment qui portait tant d'oblets si précieux pour lui, et des êtres qui lui étaient chers, a sombré en mer.
Cette nouvelle Tatteignit au cœur; il se peignait ^SL fin de Lagraine, de cet homme dont il connaissait l^affection profonde et le dévouement sans bornes ; il redisait qu'il avait péri pour sauver son tableau, que sans cette préoccupation il aurait eu le temps de sauter dans une barque et d'échapper peut-être à la mort. Brisé de chagrin, il revient à Gibraltar; sur le quai, il aperçoit tout d'abord un homme qui lui Wsait de grands signes ; c'était l'employé du télégraphe. Il précédait Lagraine et le lévrier. Cette rencontre le dédommagea de toutes ses angoisses ; il faillit être renversé dans la mer par son chien , fou de J^joie de revoir son maître. Le vaisseau sur lequel élevait s'embarquer le fidèle serviteur avait fait naufi^ge , en efifet ; un retard heureux avait tout sauvé. Libre dès lors de toute préoccupation , il retourne ^Tanger avec son ami, M. Clairin, qu'il décide à l'y ^^ivre, et ils louent tous deux, dans un quartier de la
ville voisin de celui des Juifs, une maison qui avait, par fortune, une porte donnant sur une impasse, de telle sorte que Ton pouvait entrer et sortir sans être vu, condition importante pour des peintres qui comptaient faire poser chez eux tous ceux quMls décideraient par des séductions bien sonnantes. Un musulman qui fréquente la maison d'un chrétien court mille vexations; quant aux femmes, leur faiblesse les expose à recevoir des coups de bâton, dont le nombre varie entre deux et trois cents. Les précautions n'étaient donc pas superflues, et ils avaient eu la main heureuse dans leurs recherches. Une fois maîtres de la maison , ils en arrangèrent la cour intérieure . le vieil atrium antique dont l'usage s'est conservé en Orient, de manière qu'elle pût leur servir d'atelier. Un toit de verre les défendit de la pluie sans leur retirer les mille ressources d'ombre et de lumière que ie soleil leur apportait. C'était l'hôte ami qui avait toujours droit d'entrée dans la maison et qu'ils chargeaient du soin de faire valoir les ornements empruntés à l'Alhambra, dont, sans crainte d'une inutile fatigue, ils avaient embelli les murs et les colonnes de leur patio. Tout meuble qui rappelait l'Europe fut chassé du sanctuaire; on y vécut sur des tapis; on relégua dans des pièces cachées les ustensiles du ménage et les engins de peinture; toute une petite smala de domestiques fut attachée à la maison. Le palefrenier élait une espèce de Triboulet aux jambes gonflées par l'éléphantiasis, qui n'en était pas moins
emier cavalier de Tanger; il s'appelait Ali-Pata. ha, bonne petite Moresque, faisait le ménage; it elle qui était chargée du soin difficile et danux d'introduire les amies qui se décideraient à er faire leur portrait. Que de journées charmantes julèrent ainsi ! C'est là que fut terminé la Salomé, luelle il eût voulu donner un autre nom. Il senbien que celui qu'il avait choisi, sans y tenir, irait aux envieux mille bonnes raisons de dénison œuvre. Quoi! c'est là Salomé, la fille adopd'un roi! Quelle inintelligence du sujet! quel in des plus vulgaires convenances de la raison i l'histoire! Tout, dira-t-on, pour une draperie e, pétard prétentieux qui ne trompe personne. Il i^oulu qu'on lui fournît un nom impossible à oncer et qui n'éveillât aucun souvenir. Alors, quoi ce bassin et cette arme prête à se teindre de ? Il prêtait d'avance à ses détracteurs tout l'esprit s allaient dépenser contre lui. Mais il ne s'inta pas autrement. Le tableau partit par le bateau larseille, et un nouveau voyage en Espagne fut lé. Des renseignements nécessaires à la composide son dernier envoi, qu'il voulait faire tressant et digne du musée dans lequel il espérait n lui donnerait une place, le forçaient encore fois à quitter une ville oti il se trouvait si bien, auvre Aïscha fut renvoyée avec mille précautions itôuan, et les amis ne quittèrent la ville qu'après s assurés, en lui disant un dernier adieu sur la
route, où ils eurent Pair de passer par hasard, qu^e//e était hors de danger. Il y allait pour elle de la vie, si Ton eût su qu^elle avait habité sous le même toit que des giaours. — Après avoir traversé Séville, où Murillo lui apparut sous un jour tout nouveau, et qu'il déclara presque aussi grand que son grand Velasquez; Grenade, d'où le mauvais temps le chasse, il franchit la Sierra-Nevada et arriva à Guadix. Ce pays lui arracha de nouveaux cris d'admiration. Nous retrouvons la trace de ses enthousiasmes dans des dessins exposés avec ses autres peintures, dessins exécutés avec cette sûreté de main qu'il avait eue si jeune, cette précision de peintre d'histoire et cet instinct du grand que n'étouffaient pas en lui d'autres amours.
Il espérait peindre au milieu de ces montagnes grandioses deux paysages pour le Salon; mais, soit que le pays lui parût en efifet trop beau pour qu'on en pût donner une idée juste avec le pinceau, soit plutôt que son tableau le préoccupât trop pour qu'il eût la liberté de se livrer à d'autres travaux, il repartit tout à coup pour Tanger. — Rien ne le distrait plus de son idée fixe, il sait le succès de sa Salomé à Paris; mais Paris n'en devient pas plus aimable, et il n'a pas le vain désir de jouir de sa gloire.
Si quelque voyageur de France passe un jour sur cette longue route poudreuse qui conduit de Tanger à Tétouan , il verra sur un de ses côtés une maison dont les murailles neuves et l'aspect inachevé lui sembleront la ruine de quelque projet resté sans suite;
son cœur se serrera s'il apprend que là vécut un instant ce jeune homme promis à de si brillantes destinées et qui fit aimer la France partout où Ton sutqu'il était un de ses enfants. Regnault avait acheté en avivant un terrain assez grand pour y faire construire un vaste atelier. Il y aurait joint plus tard une petite maison d'agrément avec jardin et bassecour, car il comptait passer en Afrique tous les hivers. Paris révolutionnaire lui déplaisait de plus en plus, et il se sentait rassuré à Tanger par la sainte et respectueuse influence du bâton sur des populations qui voyaient en lui le symbole de l'autorité. En Afrique, ^autorité, c'est la loi. Il y a du bon dans ce système; on y revient en France, à quelque parti qu'on appartienne. Le malheur est que trop de gens croient avoir k droit de s*ériger en législateurs. Il est vrai qu*à Tanger il n'y a pas de poète pour dire à la canaille qu'elle est sainte, et elle n'a pas, de son côté, le souci de se ruer à l'immortalité.
Des fenêtres de la maison, on avait sur la mer une
vue admirable; des caravanes descendaient à chaque
instant à la ville pour aller au marché. C'était le bon
endroit : on y trouvait à faire mille tableaux, dont
ies éléments se rassemblaient à plaisir sous le crayon.
Ce n'était pas toutefois le moment de se distraire par
tant et de si commodes séductions. Le temps passait.
On ne peint pas en quelques semaines une toile de
sept mètres de haut sur cinq de longueur, et le sujet
qu'avait décidément choisi notre jeune peintre n'est
pas de ceux dont on improvise les détails au bout de la brosse. Il voulait peindre le caractère de la domination arabe en Espagne. Devant le calife, sorti des profondeurs du « généralife », idole que le peuple ne contemple qu'aux jours solennels, se déroulerait une vaste scène où se peindraient à la fois rindififérence mahométane pour la vie, la cruauté, le mépris des chrétiens, le despotisme et toutes les splendeurs de 1^ civilisation la plus raffinée. Aux pieds du maître, n^ général dépose la tête d'un ennemi. Il est aussi pâl^ qu'elle, car il peut craindre que sa victoire ne im coûte la vie. Le soupçon et la jalousie est toute 1^ politique de ce sombre tyran , qui n'en connaît p^^ d'autre. A droite et à gauche, des femmes nues, cap' tives promises aux grilles du sérail; des soldats, des prisonniers; partout la richesse; tout doit être or, étoffes splendides, chairs éclatantes. C'est rapothéos* du fatalisme. — Il nous semble que ce canevas n'e^t pas d'un homme qui craint les sujets où la pensée gêne la main et entrave les explosions de ce sensu^' lisme que le talent a rendu tant de fois légitime dans les arts. Les malcontents auraient pu en devenir pli^^ indulgents, et si le tableau ne fut pas fait, il est just^ de tenir compte de l'idée à celui qu'elle préoccup^*^ si fortement. On peut entrevoir quelque chose d^ cette composition à travers celle que le livret appelle la sortie du pacha, esquisse absolument incomplète» mais qui est néanmoins un prodige de lumière, d'audacieuse franchise et d'harmonie.
Comment abandonna-t-il un moment un projet u'U caressait depuis si longtemps pour exécuter le ïbleau du Jugement sous les califes de Grenade? l.ecula-t-il devant Timmensité de sa tâche, ou se réservait- il le bénéfice du temps et des longues Studes? Quoi qu'il en soit, sa dernière œuvre partit pour être exposée avec les travaux des pensionnaires. Il espérait bien que cette fois on ne lui reprocherait pas de n'être qu'un décorateur, quoiqu'il se trouve trèshonoré de Tépithète, la peinture n'ayant pas, après tout, été inventée pour autre chose que la décoration. De toutes ses œuvres, c'est au contraire celle sur laquelle l'envie s'acharna le plus pour lui refuser^ avec une insistance inattentive ou sournoisement nialveillante, ce don de la pensée qui l'eût fait alors trop grand. Il nous semble cependant que, si l'on veut bien prendre son parti de la vérité absolue desdétails, à laquelle Regnault aimait à ne pas se soustraire, accepter que la lumière éclaire avec la même indifférence le sang, les larmes et la joie, contraste 4ue les poètes aiment à relever, et dont le peiotre a Men le droit de profiter à son tour, il nous semble, dis-je, que la partie essentielle de l'expression a été justement, scrupuleusement méditée et rendue avec l^nheur, depuis le bourreau essuyant sans émotion ^ la manche de sa tunique le couteau qui lui servira d^niain peut-être comme il lui a servi hier, jusqu'à ^^ïte tête du supplicié que la vie n'a pas encore abandonnée et dont l'œil, dilaté par la mort, porte dans le
vide son regard épouvanté. A quoi bon essayer d^éclairer ceux qui ne savent pas ou qui ne veulent pas voir? Au reste, le tableau n'eut pas le temps d^étre très-discuté; il parut un instant à l'Ecole des Beaux-Arts, puis fut envoyé en Angleterre à PExposition. Il est depuis huit jours soumis en plein au scalpel des uns et aux dithyrambes des autres. Quand donc saurons-nous jouir des choses de Part sans chercher maladroitement à nous gâter nous-mêmes le plaisir qu'elles sont £siites pour nous donner? Quand saurons-nous accepter les œuvres comme elles naissent dans rimagination de Tartiste? Quelle singulière et ridicule prétention que de vouloir substituer son sens particulier des choses à celui de Thomme qui est capable quelquefois de faire un chef-d'œuvre avec elles ! — Regnault n'hélait peut-être pas un coloriste de tableau d'histoire; il ne subordonnait pas l'ensemble de ses harmonies au caraaère de la scène qu^il représentait; il n'eût pas assombri le ciel, amassé les ténèbres autour d'un criminel; il ne dessinait pas non plus par le ton ^ comme aimait à le faire Delacroix^ qui« respectueux à sa façon de la tradition, chargeait la couleur d^indiquer le mouvement de ses p>ersonnage<; , de séparer les groupes , sans essayer de lutter contre son impuissance native et étendre son ctïbrt jusqu'à la ligne extérieure. Il était vrai avant tout ; comme Tobjei se présentait à son œil, il le transcrivait sur sa toile, saisissant leurs rapports communs avec une merveilleuse habileté; ce n^est pas là
an mérîte vulgaire. Il n'est quelquefois pas nécessaire d'en avoir d'autre pour se placer au premier rang.
Regnault, du reste, avait pris son parti d'être critiqué; il suivait tranquillement sa voie, travaillant diaprés son sentiment et les observations qu'une étude constante fixait dans sa mémoire, et moins préoccupé de l'originalité à tout prix que du désir de faire bien et de rester sincère vis-à-vis de lui-même.
Tout à coup la guerre éclate : le bruit de cette grande nouvelle arrive promptement jusqu'à Tanger; puis les désastres se succèdent. Gomment rester à peindre avec indiflFérence, quand la patrie est en danger et qu'on a la jeunesse et toutes les nobles passions d'une âme bien faite? Regnault n'hésite pas : quoique son titre de lauréat Texempte de tout service militaire, il part pour se faire le soldat d'une cause si chère. Hélas! celui qui, tant de fois, avait cru lire dans l'avenir que sa vie serait courte, allait avec confiance braver le hasard, (c Tout le monde ne meurt pas, disait-il, au feu de la bataille; on en revient, j'en reviendrai. » Des pensées si hautes, de si nobles ambitions remplissaient son âme qu'il lui semblait que Dieu lui laisserait le temps de vivre. Déjà deux fois il avait vaincu son destin : la première à Rome , où il faillit se briser la tête dans une chute de cheval, puis à Madrid, où il s'empoisonna en coupant son pain avec son couteau à palette. Mais la mort le guettait, elle ne lui avait pas fait grâce.
Arrivé à Paris le lo septembre, il s^engagea d'at dans un corps de francs>tireurs; un peu dégoûU la compagnie assez mêlée qu'il y rencontra, il ei un mois après dans les compagnies de marche à garde nationale. Durant ce long siège, si plein d\ goisses et aussi d'ennuis, il fit bravement son devc ne s'interrompant que pour jeter sur le papier ( trois magnifiques esquisses de tapisserie qui ont d^ leur somptuosité comme un reflet de sang. N'ayî plus qu'une tiède ardeur au travail, il regardait a^ désespoir mourir la patrie qu'il adorait. Une bi prussienne Tatteignit au front dans cette sangla mêlée de Buzenval, le 19 janvier 1871 , au moin« où, la retraite étant sonnée, il rejoignait ses can rades, au tournant d'un mur, déjà presque en sûn la dernière et une des plus nobles victimes de a guerre à jamais maudite.
II mourut seul; ses camarades croyaient qu'il avait suivis. On ne sut que le lendemain qu'il n'é pas rentré dans Paris, et son corps ne fut relroi que le 25 au milieu d'autres cadavres.
II y a plus d'un an que le drame de cette jeune finissait au milieu des larmes de tous, et aujourd'l sa mémoire est entourée d'une auréole dont les ann n'aflFaibliront pas l'éclat. Son nom est inscrit danî liste de nos gloires à côté de celui de Géricault; religion de la patrie en a fait un de ses plus sai martyrs.
GEROME
Le Salon de 1 847 a dû laisser quelques traces dans ^* mémoire de ceux que l'âge condamne à se souvenir. Mais combien sont-ils aujourd'hui qui se sou- ^^ennent du Salon de 1847? Il y a de cela trente winées, ou peu s'en faut. Grande œvi spatium! Depuis, bien des illustres d'alors sont descendus dans ^ tombe ou dans l'oubli. En 1847, Delacroix avait exposé une de ses meilleures œuvres : les Naufragés àans la barque; mais Couture éclipsa tout : il fit paraître V Orgie romaine. Ce fut un coup d'éclat; il s^nnbla alors un coup de maître. Les journaux célébrèrent sans désaccord le nom du nouveau Messie; les ateliers envoyaient des députations stationner aux Pi^sdu chef-d'œuvre, et le public, subjugué par cet *^ brillant qui ne choquait pas, lui, ses vieilles habitudes et son paisible tempérament, ce public nom- "^Ux et incertain des premiers jours faisait écho aux fanfiires des enthousiastes. En ce temps-là, un homme '^nait dans la critique. Sa plume incomparablement
habile était un sceptre, sceptre redouté, dont chumL: — ^^ enviait les caresses et sollicitait les coups ; on ne (^ :ara/gnait que son oubli. Heureusement Th. Gautier ^tra/V bon, et il exerçait son pouvoir avec bénignité. De Tatelier de Tauteur de V Apothéose d'Homère à czelui du peintre du Massacre de Scio , il promenait ses pas, sans trouble d'examen, sans parti et presque sans préférence. Coloristes et dessinateurs paraissaiexif ^aux devant lui; même contre l'Institut , il n'ava^i^ pas de préjugés. Chose rare I car en 1847 on entende ^^ encore pétiller dans le lointain les derniers bruits ^^ la grande bataille des romantiques et des classiqu^^» au milieu de laquelle, séide de Fauteur d^HerruM ^> Th. Gautier avait combattu avec acharnement. I>^' puis , soit lassitude , soit mollesse de conviction C^^ bénéfice d'âge, il s'inclinait plus volontiers deva^^^ tous les partis. Chef des choristes en présence ^^^ M. Ingres, il ne démontait pas sa lyre lorsque p-^' raissait un tableau de son rival détesté, et les cL^' meurs des deux camps ennemis ne servaient qui- ^ chauffer son lyrisme éclectique. Toutefois, cedoi-^^ aristarque gardait par moments certaines préférence^ • s'il saluait de loin et à larges bras les soleils couchanCS, plus volontiers il courait pour voir lever les auror^^- Astronome, il se fût voué à la recherche des étoil^^» sa joie n'était jamais si grande que lorsque, dans ^^^ amas de toiles sous lequel chaque année on cach^^^ au Louvre les chefs-d'œuvre des maîtres, il parven^^^ à découvrir quelque innomé, victime injustem^^^
isée par l'administration dans les hauteurs de la se. Plus obscure était la place, plus éclatante s^affiait la protection du patron, plus ardente la poussée atre l'ignorance ou la malveillance des juges. Or, u de temps après l'ouverture de PExposition, lorse chaque jour et chaque journal grandissaient le :cès de Couture, on lisait dans un des feuilletons
la Presse, sous la signature de Gautier : « Il faut irquer de blanc cette année heureuse. Un peintre us est né, il s'appelle Gérôme. Aujourd'hui je vous î son nom, et je vous prédis que demain il sera lèbre. » Et de sa meilleure plume, et comme il irait le faire, il copiait le Combat de coqs, A l'aide
ses mauvais yeux, à vingt mètres au-dessus du jard du chercheur, il l'avait découvert. Il ne s'était pas trompé sur la valeur de l'œuvre, sur celle de l'artiste.
Zlhacun se rappelle cette idylle charmante. Le chef i néo-grecs, ignorant du titre onéreux dont on ait bientôt le décorer, s'y révélait du premier effort ic sa naïveté étrange et son habileté de main déjà ^sommée. Rien de plus simple que cette compo- Lon. Une jeune fille et son compagnon animent au "nbat deux coqs. C'est un match anglais sous le eil de Sicile. Au loin , la mer bleue , et pour tout ^or et comme moralité du sujet , un tombeau. Le i ne peintre avait-il prétendu , à la façon du Poussin, us montrer la vanité de toute gloire , ou simple- -nt faire, à côté de l'antique, une étude de nu? Le
jury trouva-t-il la leçon prétentieuse ou mal dessinée? Il ne révéla pas le secret de son dédain. Les premiers levers de la gloire sont, du reste, communément enveloppés de brouillards; toujours est-il que les coqs, emportant avec eux le nom de leur auteur, étaient allés se perdre, à cette place maudite qu'une vieille consigne bien connue semblait assigner pour punition sans appel à ceux qui trop ouvertement trahissaient leur faiblesse, souvent moins coupable qu'un essai d'indépendance ou une velléité d'originalité. Quand une main puissante ne vous tirait pas de cette ombre, on y restait enfoui jusqu'à la fin. Combien, faute de secours, n'en descendirent jamais, qui succombèrent au découragement et acceptèrent leur défaite à la veille peut-être d'une victoire méritée! Le premier sourire de la chance à ce jeune homme digne de sa fortune future, ce fut donc l'article de Gautier. On savait que le maître critique^^ ^ n'abandonnait jamais ceux que, disait-il, il avait:^ jf inventés.
Au lendemain de ce feuilleton à sensation, journa^ __j. listes et curieux coururent vcûr le Combat de coqs^^. Soudain les yeux s'ouvrirent, Tinconnu devena^Br célèbre en un seul jour, et la prophétie était accoin::^Bplie. Gérôme avait à peine vingt-trois ans. Gautife. :x, en bon stratégiste, révéla cette jeunesse. Il savait bi^^n qu'elle doublerait le succès de son protégé.
Qu'était-ce donc que ce débutant dont l'entrée en ^J^ène était accueillie par un tel applaudissement, et ^^ facilement consenti? D'où venait- il? — Léon ^^ôme était né à Vesoul, première chance. Malheur ^^X natifs de Paris, la ville marâtre qui abandonne, lui ne connaît même pas ses enfants. A Vesoul encore il commença ses études, mélange à dose inéê^e de latin, de grec et de dessin. En dessin, il remportait tous les prix. A Paris qui s'en fut occupé? A Vesoul, chacun parlait de l'enfant prodige. Son père ^tait orfèvre; même en province, c'est un état qui touche à l'art. De là, sans doute, une bonne volonté plus facile pour les inclinations aventureuses de l'artiste en herbe, bonne volonté qui n'était pas sans ïïiérîte : il y a quarante ans, les peintres vendaient 'ïial leurs tableaux, quand ils les vendaient, et la "location de l'art intimidait, non sans raison, la prudence des parents. Disons-le à la louange du père de ^rôme, il donna le premier des arrhes à Tinconnu. J^ans un voyage à Paris, il osa acheter lui-même ^^e boîte de couleurs et l'apporta bravement en ^^compense au premier élève de la classe de dessin ^^ collège de Vesoul ! c'était mettre le feu aux poudres, ^rôme entreprit immédiatement une copie d'un tableau de Decamps, égaré dans ces parages lointains. ^^tte copie fit événement. Le hasard se mit de la
partie : il avait amené dans la petite cité un anci ami de Paul Delaroche; on lui montra comme à ' juge les essais du néophyte; il en fut satisfait, pré pita lui-même les dernières résolutions , et Léon i envoyé à Paris avec deux choses dans son bissac : u lettre de recommandation pour Fauteur de Charles et douze cents francs; de quoi vivre un an et achei du talent : c^était peu et c'était beaucoup ; dans temps-là on se tirait très-bien d'affaire avec ce pc on citait même, dans les ateliers de la capitale , d riches qui n'avaient pas un si beau revenu.
L'atelier de Paul Delaroche tenait alors le premi rang parmi les écoles d'enseignement. L'Etat n'( patronnait aucune. Le maître, dans tout Péclat de \ renommée, exerçait sur ses élèves une autorité qu' ne laissait pas discuter. Gérôme réfléchissait déjà; accepta le joug sans hésitation. Du reste, entre lui son maître plus d^une aflinité et, à la distance d^âg une certaine conformité de caractère établirent vî la sympathie. Delaroche distingua ce jeune home à la figure intelligente et résolue, travailleur infel gable et praticien promptement habile. 11 y av^ quelque mérite à se faire remarquer dans ce noc breux bataillon où brillaient déjà, au delà des mu de Tatelier, Damery, Picou, Jalabert et Hamo Gérôme devint en peu de temps une sorte de et dont ses camarades reconnaissaient les qualités 01 ginales et subissaient l'influence; il vécut trois a dans ce milieu. Mais, hélas î l'atelier ne reste pas to
)Oursle sanctuaire paisible de Tétude. Le calme est quelquefois antipathique à Tâge de Timagination, et ces soixante jeune gens n'en manquaient pas. Tous ne remployaient pas de la même manière. On tra- ^illait bien; pendant quelques heures c'était un dérivatif, mais il y avait les instants des repos,, instants dangereux, pendant lesquels la fougue contenue s^échappait. Puis certaines traditions se perdent diflBcilement ; celle des charges était encore fort en honneur, elle fournissait matière à de bonnes plaisanteries. Les inventeurs y trouvaient un plaisir extrême, beaucoup plus que Pétranger de passage dans la rue Mazarine ou sur le quai Conti; de là, des conffits. Le bruit en arrivait souvent jusqu'à Poreille du maître; il se fâchait. On semblait se soumettre, on promettait d'être plus sage, et l'on recommençait le lendemain. Que ceux qui furent sans péché jettent à CCS indociles la première pierre. Malheureusement un triste événement survint qui changea en un drame retentissant ces comédies déjà fatigantes pour Delaloche, qui, indigné, désolé de la mort d'un nouveau, ^ctime peut-être des épreuves souvent dures de l'adniission, ferma son atelier et renvoya indistinctement fe innocents et les coupables. Pendant ce temps-là, Gérôme était à Vesoul; lorsqu'il revint, le maître lui dit : « Je ne veux plus d'élèves, tu entreras chez ï^rolling, tu t'y prépareras au concours de Rome. — Je n'entrerai pas chez Drolling, répondit résolurent le jeune homme. Je n'accepte pas deux maîtres.
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ans U etv '^^-; sages, at-- ^fita -; ^es ^^ rtavt Ve «a^*^ :^e co^Ç ^^ '
appris à voir sans complaisance et à vouloir sans hésitation. Le membre de Plnstitut a quelquefois i^conté cette petite anecdote à ses élèves. Elle est d'un bon enseignement, et elle explique d'avance Partiste et certaines faces de son talent.
Cependant le père de Gérôme avait une forme précise d'ambition pour son fils. A un certain âge, on se contente mal des espérances et des promesses ; il "Voulait, après quatre ans d'eflforts, des résultats. Le prix de Rome le tentait pour deux. Il fallait obéir, et <^oinme le nom d'un maître était nécessaire si l'on se présentait au concours, le nouveau compétiteur vint Se présenter chez Gleyre. Malgré qu'il eût retrouvé là bon nombre de ses anciens camarades, il ne put se résigner à rester avec eux plus de trois mois. La science de l'auteur du Soir de la vie lui parut-elle insuffisante? question délicate sur laquelle Gérôme ^ toujours gardé un silence respectueux. Cependant le futur peintre du Combat de coqs, à vingt et un ^ns, connaissait assez son métier pour se passer des <^onseils et des exemples du peintre du Départ des ^tres, et peut-être s'en était-il aperçu. Il revint ^uver Paul Delaroche. Ce nouveau rapprochement ^Ura un an , pendant lequel l'aide ébaucha pour le ïïiaître le Passage des Alpes par Charlemagne, aujourd'hui d^ns le musée de Versailles.
Mais la famille ne lâchait pas prise : Rome, répétait- ^n de Vesoul, Rome avant tout ! Gérôme se présenta ^U concours. Reçu l'un des premiers à l'esquisse, il
3oo NOTES ET CAUSERIES
échoua dans l'exécution de la figure. Il comprenait déjà la nature à sa manière, manière originale, mais un peu sèche et sans éclat ; son étude ne pouvait supporter la comparaison avec celles de concurrents qui s'appelaient Benouville, Cabanel, Lenepveu, rompus au vieux métier de logiste et connaissant tous les secrets de la grammaire d'école que Paul Delaroche dédaignait et dont il ne se souciait guère d'enseigner les roueries. Gérôme ne perdit pas courage. Pour s& préparer à de nouvelles luttes, il entreprit de s'essaya à l'exécution de deux figures nues de grandeur natu:: relie. — Ce fut là l'origine du Combat de coqs. ~ Gérôme s'était mis au travail sans autre désir (\\2 celui d'étudier, et sans songer à un autre but. Il voulait apprendre, et pour mieux y réussir, il regardait avec une naïveté scrupuleuse le modèle qu'il avair choisi. Son œuvre naissante lui paraissait médiocre; il s'en consolait toutefois. « J'essaye de peindre en honnête homme, disait-il à son maître, mais je sens bien que Je ne suis pas encore assez habile pour le prouver. Tout cela est plat, maigre, incolore. » Delaroche trouvait la critique fondée ; il le louait de sa modestie et de sa clairvoyance, mais les qualités de style, l'originalité, l'élégance de l'exécution , le rendaient plus indulgent. « Tu as raison, lui dit-il, tu feras mieux une autre fois ; en attendant, e;cpose ton tableau. )) Grand étonnement de Gérôme. Nous avons dit comment le succès de l'élève justifia la confiance et la hardiesse du professeur.
SUR L'ART ET SUR LES ARTISTES. 3oi
A la suite de PExposition de 1847, le jury, averti, fit Pefifort de décerner à Gérôme une troisième médaille. Cela ne sonnait pas si haut que le prix de Rome ; mais à Vesoul on s'en contenta sans doute, et il ne fut plus question de concourir. D'ailleurs, Fauteur du Combat de coqs était désormais bien en vue et sûr de Tattention publique; son séjour en Italie ne rapportait pas toujours autant aux lauréats ; il s'agissait seulement de né pas déchoir.
Cependant le plus difficile était fait. Sans trop d'hésitation, Gérôme avait trouvé sa manière et son procédé. Il n'en devait plus changer. A vingt-cinq ans de distance, on reconnaît sur le tableau du Frédéric tnélomane la même main qui allait exécuter VAnacréon.
Dans l'atelier de Delaroche on étudiait beaucoup ^antiquité, surtout l'antiquité grecque : Phidias était en grand honneur, et les vases étrusques une source inépuisable d'inspirations et d'imitations. On ne méprisait pas Tétude de la nature, mais on la voyait le plus souvent à travers les souvenirs du siècle de Périclés; on regardait le modèle, mais moins pour rendre "éclat et la couleur de la vie que pour retrouver sur tola forme ennoblie des héros d'Athènes ou d'Égine. *- enseignement d'Ingres était plus large : le génie de Raphaël lui servait de sauvegarde contre les entraînements de l'archéologie ; il lui devait une vue saine ^e la beauté vraie, et sous la protection de ce maître ^ nul autre pareil, il avait uni, alliance pleine d'ori
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gînalité, la simplicité de Tart antique et son incomparable dignité avec la sincérité et Taccent du naturalisme moderne. Aussi exigeait-il de ses élèves une obéissance absolue de copiste devant un membre même appauvri, même déformé. Jusque dans sa couleur en apparence systématique, on retrouvait le témoignage de son amour pour la vérité. Paul Delaroche s^était bien efforcé d'atteindre, à sa manière, cet idéal dangereux : dans V Hémicycle il avait, sans fausse honte, montré sa déférence pour le peintre d'Homère déifié. Mais soit doute, soit respect, il laissait à ses élèves plus de liberté qu'il ne s'en permettait lui-même. Gérôme, à son insu peut-être, poussait jusqu'au système la simplification du modelé ; de là, un certain vide dans l'exécution du morceau qui avait paru déjà choquante à quelques-uns dans le Combat de coqs. Delaroche le laissa-t-il sans avertissements? compta-t-il sur celte clairvoyance que donne l'expérience et que les conseils retardent quelquefois? ]J*Anacréon, qui parut en 1848, prouva du moins que Gérôme ne reconnaissait pas ses torts ; il n'avait que vingt-quatre ans, mais l'âge de la timidité était déjà passé pour lui.
Les admirateurs de la veille étaient un peu inquiets : ils auraient dû se rassurer plus vite ; ces péchés d'exagération, ces fautes de mesure par haine de la banalité, il n'est pas donné à tout le monde de les commettre, et non pas par son étrangeté seule, VAnacréon se détachait encore des toiles ses voisines. Sans doute
SUR L'ART ET SUR LES ARTISTES. 3o3
le torse et les jambes de la Joueuse de flûte étaient trop sommairement modelés dans le précinct d'un contour trop rigide; sans doute le poëte, avec son énorme lyre, formait sur le ciel une silhouette un peu étrange, et le petit dieu Bacchus titubait plutôt parla faute de son portraitiste que par Teffet de son intempérance. Mais quel charme renouvelé de Luini dans la figure de PAmour et jusque dans les moindres détails! quelle recherche ingénieuse et quelle originalité de praticien ! Le regard se promenait, amusé au milieu de ce paysage antique, non pas vu dans les gravures du Poussin, mais sorti du grand jardin de la franche nature, avec ses rochers grisâtres maculés de lichen, son gazon rasé par le vent aigu de la mer, et ses arbres aux branches frêles agitant sous le souffle de k brise leurs feuilles finement découpées, que colorait Por pâli du soleil en fuite. On eût dit, avec plus de style et moins de servitude dans Tanalyse, une de ces études bizarres mais fidèles du pauvre Delaberge. Cela ne suSîsait pas à désarmer certaines jalousies, et des reproches mérités avaient certes droit de parole; ^s quoi ! le peintre avait-il beaucoup plus de vingt *ns? La jeunesse enthousiaste applaudissait son représentant, et au lendemain de VAnacréon, Técole néopecque, en pleine éclosion, se groupait autour de son chef. Ce quasi-échec valait donc peut-être mieux pour Gérôme qu'un succès moins contesté, et cette originalité, qu'on qualifiait d'agressive et de prétentieuse, plus qu'une soumission innocente et banale.
3o4 NOTES ET CAUSERIES
Les lendemains de victoire sont souvent pleins dangers : les ennemis ne guettent pas seuls les faui possibles du vainqueur; ses amis eux-mêmes dévie nent quelquefois plus exigeants. Gérôme allait pe dant quelque temps faire l'expérience de Tinstabil du succès : Tartiste semblait cependant n^avoir pi qu'à marcher sans crainte dans la voie qu'il s*éu tracée, et oti d'autres le suivaient déjà. Les yeux < public étaient fixés sur cet étroit jardin de la rue < Fleurus ou, à Tombre des lilas et des rosiers, la petii colonie avait apporté ses pénates et dressé ses tente autour de celui qu'elle s'était donné pour chef, et For attendait. La révolution de 1848 éclata. Révolution dès l'abord pacifique et comme consentie, qui laissa au nouveau gouvernement une sorte de confiance dans l'avenir. Il osa appeler les artistes à leur rendezvous annuel. Gérôme, bien entouré de ses amis, trop bien entouré peut-être, y revint exposant Bacchusd r Amour ivres, tandis que Picou et Hamon, dans toute la fleur de la jeunesse et de l'imagination, se présentaient pour la première fois dans l'arène, 1^ premier avec la Naissance de Pindare, un petit cher d'œuvre de grâce antique, qui semblait promettre un successeur à Prudhon, et le second avec son tablea"* de la Comédie humaine, amusante énigme que 1^ public s'ingéniait à deviner, tandis que les artistcSi
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moins préoccupés du sens de la charade, en louaient sans conteste la fine et vaporeuse couleur, la disposition originale, le dessin élégant, malgré ce qu'on y pouvait trouver de sommaire et d'indécis.
Les dieux gardaient sans doute rancune au peintre
qui s'obstinait à les représenter dans leurs mauvais
moments ; un silence significatif se fit autour de
Tœuvre de Gérôme, et tout le succès s'en alla cette
fois à ces deux nouveaux venus qui présentaient au
regard des divinités plus aimables et surtout plus
décentes, et avec un art moins rigide au service d'une
imagination plus souple et plus poétique.
Certaines déceptions éclairent, d'autres irritçnt et trop souvent insinuent de mauvais conseils. L'année suivante, Gérôme exposait une scène antique, sous ^^ûtït: Intérieur grec. Il n'était pas difficile de voir dans quelle sorte d'intérieur le peintre introduisait le spectateur. Il vaudrait mieux passer sans la décrire et sans en réveiller le souvenir devant cette composition nialheureuse et blâmable ; ni par la grâce du pinceau,
^1 par la force de l'exécution, elle n'expliquait et ne achetait le bruit et le scandale qu'elle provoqua. Ce- Pendant on pouvait voir, à la recherche patiente du ^écoret des accessoires, au soin minutieux du rendu, ^Ue l'artiste s'était efforcé de faire son morceau de 'ïiaîtrise. Il n'y réussit pas. Pour se faire pardonner Une faute de goût, il lui manquait cette exécution *^rillante et facile qui prête de la légèreté à une erreur, 'tii donne un air irréfléchi et la rend irresponsable,
restés respecuWes malgré d^mpardonnable Mais il y a en art, comme ea littérature, tières qu'il est bon de reconnaître d'avant est dangereux de dépasser. Ce qui est tolén nésine devient inacceptable dans une expc blique. Ceci est une question de tact, autj temps et de lieux. Le public aujourd'hu peut-être pas mieux que celui du seiziètn tout le moins veut-il qu'on respecte certaii nances. On fit à Gérôme un procès de 0 cela était injuste peut-être, mais l'artiste i de ne s'en pas inquiéter.
Trois années passèrent jusqu'à la grand lion universelle de iSSy; Gérôme y voula avec une œuvre importante qui fixât défin l'attention des juges dans cet immense car où l'art européen, on l'espérait du moins donner rendez-vous. A trente ans, on a d( fiances et de ces ambitions que l'expérie
la paix un instant consola les hommes. » Ajouta-t-il : « et où le Christ vint au monde w? A tout le moins, il le laissa dire pour lui au grand Bossuet. La toile devait avoir dix mètres de long sur une hauteur presque égale. Mais pour se préparer à cette immense entreprise, il résolut de courir le monde, et de chercher sur les grandes routes cet imprévu secourable qui vient si rarement frapper à la porte des rêveurs, et qu'un peu d'activité vous fait rencontrer plus souvent, comme la rime, au coin des grandes routes et des grands bois. En compagnie d'un ami, il partit pour Moscou. Pourquoi ^fioscou, et quel rapport pouvait-il y avoir entre les poètes et les généraux de César Auguste et les Sarmates modernes du czar? En regardant le grand tableau de V Apothéose d'Auguste, on trouve dans les groupes qui se pressent sur le pavé de l'atrium impérial la raison de ce choix. Le peintre espérait revoir sur le visage des descendants d'Arminius et d'Attila quelques-uns des traits de leurs pères, rencontre trop fortuite à Paris, et il s'en allait bravement, album en main, à travers les steppes. La guerre l'y arrêta. En ces temps, qui semblent si éloignés de nous et que de nouvelles mœurs rendent plus dignes de l'histoire, le feu des batailles ne fermait pas le cœur à la générosité, et la nation russe passait en France pour aimer l'honneur chevaleresque ^t comprendre les devoirs qu'il impose même à des ennemis.
On ne pouvait songer à aller à Moscou, cependant ;
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mais, à travers l'Ukraine, et même à travers Tarmée de Tempereur Nicolas, il n'était pas impossible de gagner Constant inople. Les amis suivirent la route du Danube. Un jour que le bateau s'était arrêté pour une relâche sur les bords du fleuve, ils descendirent à terre; le hasard les amena près d'un groupe que le brouillard du matin dissimulait, il se trouva que c'était un corps de musiciens en train de répéter une marche de combat. Gérôme s'approcha, regarda à son aise, prit ses croquis et ses notes, et les Cosaques le laissèrent faire. Depuis, on est devenu plus prudeni ailleurs, et du peintre trop audacieux, un autra ennemi en eût fait peut-être un otage , plus vraisem-. blablement un espion et une victime. Et voilà com^ ment, parti pour dessiner dans l'Ukraine les vassau-^ de la grande Rome antique, Gérôme y rencontre 1^ acteurs d'une petite page d'histoire contemporaine dont les modestes figures éclipsèrent, hélas! celles d Virgile et de Brutus, mais en ouvrant à celui q^t avait su les voir et les pourtraire une nouvelle vei wn de succès; elle est loin d'être épuisée, et c'est da.n cette vue soigneusement entretenue et renouvelée cJ l'élément pittoresque et de la physionomie des rac« étrangères, que le peintre retrouve encore aujoiH" d'hui les plus incontestables triomphes. C'est elle q.^ en assurera sans doute la durée.
Le Siècle d'Auguste fut peu regardé. Il mérita* plus d'attention. On trouva que le voisinage ^ V Apothéose d* Homère nuisait à celle d'Auguste, ^
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la critique se rejeta sur le petit tableau des Musiciens rousses; elle y épuisa ses louanges; mais comme certaines rancunes se cachaient peut-être derrière ces éloges largement accordés, il n'est pas défendu de croire qu^on espérait cantonner le jeune artiste dans un genre réputé inférieur, en lui faisant craindre Pînsuccès définitif d'un essor ambitieux qui inquiétait probablement d'autres que ses amis.
Peu après, Gérôme recevait une nouvelle commande de peinture décorative; il devait cette fois peindre quatre figures isolées et symboliques dans les arcatures de la bibliothèque des Arts et métiers. Moins gêné et moins excusable, il échoua de nouveau. Le goût de l'arrangement et le sens de Tidéal semblaient décidément lui échapper comme Tintelligence des scènes historiques et mystiques, et cette impuissance le vouait désormais à la représentation exclusive des choses vues. On se hâta de Fen avertir, en lui laissant, il est vrai, pour consolation Tassurance qu'il était appelé à prendre le premier rang parmi les peintres ethnographiques de la jeune école. Toutefois, rhomme n'était pas de ceux qui se laissent aisément décourager. Il avait mesuré ses forces, et il croyait qu'elles pouvaient suffire à lui laîre accepter la lutte. Sa réputation s'était encore agrandie, malgré l'insuccès de T^P^fA^'ose d'Auguste; ^^ si l'ambition de vouloir devenir avant tout un Peintre d'histoire continuait de le tenter, il était Maintenant en droit de demander à l'administration
exercer leur imagination et leur raient, avou chapelle à peindre était l'honneur suprême, cek tirait le peintre hors des rangs et consacrait son Gérôme l'obtint facilement. On lui donna deux à décorer dans Téglise Saint-Sé vérin, rendue c€ par les fresques d'Hippolyte Flandrin, et pour si la Peste de Marseille et la Communion de Jérôme, Mais sa mauvaise veine n'était pas épi ou plutôt le jeune artiste se trompait une fois ai sur sa vraie vocation. Il s'était trop lié dans ses mières études avec les divinités païennes pour n porter la peine de ses préférences; le sentiment tien lui demeurait lettre close. Le soin de Texéci ne pouvait remplacer le style, ni la préoccup d'une certaine vérité archéologique, l'émotion nécessaire et mieux à sa place dans de si graves si Si les premiers rêves sont longs à s'envoler faut un long temps pour renoncer aux espérano la jeunesse, un moment vient cependant où il s
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leur compte, qui les y poussent par une sécurité apparente, par la confiance calme de leurs jugements, sans morgue comme sans aveu trop modeste, Gérôme est de ceux aussi qui ne cherchent pas à se tromper eux-mêmes. Le sol semblait à Paris se dérober sous ses pas ; il partit pour TÉgypie. C'était chercher la terre promise, le pays de ces poètes, chantres du soleil, qui s'appelaient Marilhat, Decamps. N'y avait-il pas quelque témérité à s'avancer sur leurs traces? Qu'allait Élire le nouveau venu ? copier ces devanciers, ou les contredire? Gérôme ne s'embarrassait pas d'avance de réflexions gênantes. Ce qu'il allait voir, il le redîi^it à sa façon. Peu lui pesaient les comparaisons. Un seul désir l'entraînait, se faire le copiste sans artifice des scènes que l'Orient allait mettre sous ses yeux. En retrouvant sur les rivages du Nil le souveï^irde cette seconde vocation entrevue une fois sur les *^rds du Danube, il donnait un horizon sûr à ses yeux, et fixait le but qui semblait depuis quelque ^emps fuir devant lui.
Aussi quel bagage l'artiste rapporte avec lui, au ^tour, à l'Exposition de iSSy! Le public, surpris ^e ces œuvres nouvelles, fait foule devant les Recrues égyptiennes, la Prière che^ un chef arnaute, les Colosses antiques de Memnon et la Plaine de Thèbes. 5? ^^est la vieille Egypte dont le sable chaque année «évore les débris, et c'est aussi l'Egypte qui s'essaye ^ ï^naître, et, au-dessus du temps, le peintre semble j Montrer encore la fatalité prolongeant sur une race
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maudite le double joug de Tesclavage et delà s france. Il est vrai qu'il regarde tout cela d'un impassible et avec la sérénité d'un voyant uni ment préoccupé d'être exact; son pinceau n'h pas, et n'en paraît que plus sincère; il donne i révélations d'un pays déjà si bien connu une ph] nomie nouvelle, et à ses tableaux Tautorité d'un d ment indiscutable, dont un jour Thistoire po invoquer le témoignage. L'art, au reste, n'osait reprocher à cette copie si hautainement fidèle, même cette simplicité d'efifet et d'exécution, qui r sait les yeux des conventions devenues banales, moins habile parce qu'elle ne prétendait pas ajc de la lumière au soleil, ni prêter de l'éclat aux 1 Ions du fellah.
Cette année iSSy devait marquer dans la cari de Gérôme. A côté des scènes d'Orient, il exposa Sortie d'un bal masqué. Certaines œuvres indiqi le point culminant du talent qu'un artiste ne dép guère : le Duel de Pierrot est de celles-là. Il de^ rapidement populaire : reproduit maintes fois pa peintre lui-même, par la gravure, par la photof phie, il est dans toutes les mémoires; ce serait soin inutile de ie décrire. Mais ces sortes de sa( ont leur danger, il est bon souvent de les regardci face, de les peser et de ne pas s'en laisser accab Que de gens sans malveillance le rappellent à cha< tentative nouvelle, comme s'il devenait impossibi l'artiste de se surpasser désormais ! Gérôme sut te
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à la louange ; il se rappelait d^ailleurs telle autre d^ses compositions, moins regardée, moins piquante d'invention, mais que la critique sérieuse et luircàéine plaçaient au-dessus du Duel. En effet, sans prétendre diminuer non plus par la comparaison la valeur d'un tableau émouvant, il est permis de placer tout à côté de lui cette simple idylle, le Hache-paille, c|ui semble une illustration contemporaine d'Hérodote ou un feuillet détaché d'un chapitre de la Bible. Ce rapprochement prouve à la fois , chez Gérôme, Vîntelligence de la nature et la flexibilité d'une imagination qu'on accusait de stérilité. Il va ainsi au caprice du jour et de la route, s'arrétant devant le drame ensanglanté, non pas plus volontiers que devant le champ de blé doré par le soleil, indifférent si Ton veut à force d'éclectisme et déroutant la psychologie de ceux qui aiment à renfermer dans certaines limites la sensibilité deTâme, laquelle doit, ce semble, plutôt recevoir tous les chocs et, s'il lui est possible, rendre toutes les harmonies.
Mais si Gérôme aime la diversité dans le choix de ses sujets, cela ne tient peut-être pas seulement à la ïnobilité de ses impressions; il a l'expérience du public. Il sait qu'il ne suffît pas toujours à l'artiste de faire bien, et que le spectateur dont il dépend veut ^ tenu en haleine et surtout amusé. C'est le soin harassant que les expositions imposent à ceux qui kur confient tout leur avenir et toutes leurs espé- '^nces, depuis qu'elles ont remplacé les influences et
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les pouvoirs disparus. Cest dans les expositions qu< le sort d^un tableau se décide, que les nouveaux venus deviennent des compétiteurs dangereux et qu( les vieilles gloires se maintiennent ou s^éclipsent. L prix d'une œuvre dépend aujourd'hui le plus souven du nombre de curieux qui s'amassent devant elle, e la réputation qu'elle procure est d'autant plus grand que le prix dont on le paye est plus énorme. Il &U vivre, dit-on, avec son temps, et subir ses exigence pour faire avec lui bon ménage. Or, notre temj n'aime pas les redîtes. La perfection monotone lasse vite, et il pardonnerait peut-être difficilemei aujourd'hui à David ses héroïnes aux beaux bras e ses dieux si noblement dessinés. Si quelque chose pouvait nuire à la vogue dont Gérôme jouit devant les amateurs de toute sorte, désintéressés ou prompts à la possession, c'était précisément cette perfection qui jette sur tous ses tableaux une monotonie dont cependant bien peu sont assez habiles pour se rendre coupables.
Aussi l'artiste eût été la victime de son propre talent s'il n'eût possédé un double savoir-faire : celui de U main et celui de l'esprit. De là, ces deux courants qu'il paraît suivre avec une sorte de méthode : le courant moderne, au long duquel il retrouve une clientèle fidèle, et le courant antique. Peut-être dans ces eaux-ct cherche-t-il plus volontiers à se retrouver lui-même. Ainsi, d'année en année, il se répète à la fois et se renouvelle. En 1 86 1 , à côté de Phrjrné devant l'AréO'
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page et (TAlcibiade che:^ Aspasie, — deux souvenirs antiques qui rappellent trop fièrement le Gynécée et une fois de plus défient les regards délicats, — il peindT2i Rembrandt dans son atelier, une de ses meilleures œuvres, de celles dont il pourra se couvrir à bon droit contre ces critiques que rien ne dérange de leur parti pris et qui, sans tenir compte à Partiste de ses concessions ni même de ses progrès, lui reprocheront de tableau en tableau d'être moins un peintre qu'un ^.rchéologue égaré dans sa route. Puis pendant dix 3.ns se succéderont devant nos yeux, dans une sorte de parallélisme cherché, le Déjeuner de Molière à Versailles et le Prisonnier sur le Nil, la Danse de i'almée et la Cléopdtre devant César, V Exécution detfey et le Supplice du Golgotha, Quelles sont les oeuvres à préférer dans cette longue suite? Inutiles questions. L'avenir fera son choix, celui des contemporains n'y changera rien. Il serait plus piquant de connaître aujourd'hui le jugement de l'artiste sur luimême. Ces sélections personnelles sont souvent en raison inverse des arrêts de la galerie. Nul doute, à prendre pour base de présomptions la faveur qui accueillit certaines compositions de Gérôme, qu'il ne 5e sente quelque indulgence pour le Duel de Pierrot, le Prisonnier sur le Nil ou la Barque du harem ; et cependant à le voir retourner avec une complaisance infatigable vers ce cirque oti déjà tant de fois il a fait asseoir ses acteurs, comment ne pas croire qu'il n'escompte avec plus de sécurité le succès qu'il a quelque-
3i6 NOTES ET CAUSERIES
fois trouvé? Le Pollice verso n'est-il pas, avec "^ Morituri te salutant, l'œuvre que l'artiste verr^ avec le plus d'orgueil prendre sa place significati ^^ dans un musée de l'avenir? ou bien, malgré les séduzi tions de certaines réussites assurées d'avance, PartL^^ revient-il par un mouvement involontaire et ciu^ sorte d'habitude invincible vers ces premières amovi/s et ces études indépendantes de la jeunesse , dont rien après elles dans la vie, ni le besoin du changemeni; ni même le succès, n'afifaiblit le souvenir et ne diminue le charme?
Gérôme, on l'a dit, se contente de saisir au passage une scène pittoresque ; il la transporte sans commentaires sur la toile, sans chercher à y ajouter d'autre attrait que celui d'une transcription rigoureusement fidèle. Cependant il semblerait que l'auteur du Btul de Pierrot peut franchir, quand il le veut, les limites où il s'enferme plus volontiers, et même, quand il reste peintre de mœurs, il réussit encore à être quelque chose de plus. Un soir, il se promenait sur les bords du Nil, et, à la clarté du crépuscule, il regardait une barque filant au cours du fleuve, sur les flots argentés et tremblants. Assis à la proue, un Arnaute chantait aux étoiles en s'accompagnant sur la guzfa. Est-ce que le thème n'était pas suffisant? Le peintre, avec l'œil intérieur de son imagination, y vit cependant un acteur qui allait en doubler l'intérêt : sur le banc du rameur il étendit un pauvre esclave, les pieds et les mains fortement serrés dans les fers. Souffle, brise
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embaumée, tu passes sur ces prés que le prisonnier . ne foulera plus; brille, lumière du ciel, sur ces yeux qui vont se fermer, et toi, bourreau, insulte ta victime de la voix et du geste ! voilà de ces contrastes que plus rfun peintre pourra rendre d'un pinceau aussi habile, mais le cœur d'un poëte seul les trouvera, sans pour cela devoir de reconnaissance au hasard qui les lui a fournis.
Les derniers tableaux de Gérôme, Molière che^ Corneille et V Escalier du Palais^Cardinal, lui ont valu la grande médaille d'or. Preuve nouvelle et bien inutile que Fauteur du Combat de coqs n'est pas sur la pente fatale du déclin, et le goût du public, qui gouverne quelquefois les jugements du jury luimême, n'est pas prêt encore, sans doute , à délaisser un de ses favoris.
La pierre de touche du talent, disait Ingres, qui aimait les formules décisives, c'est le portrait. Gérôme, on peut en convenir même en le louant , donne un démenti à ce théorème. En art, il n'en est pas d'absolu. Il a peu réussi dans ce genre, oîi l'auteur de ^dint Sjrmphorien était passé maître. Celui-ci en aurait-il conclu avec la même rigueur devant les œuvres d'un homme qu'involontairement il n'aurait Pn s'empêcher de regarder comme un de ses élèves? Elève capricieux, plus d'une fois indocile et prêt à "^nchir le cercle au delà duquel, pour Ingres, il n'y ^^ait pas de salut, mais élève, malgré la révolte, qui P^rteen plein sur le front la marque de l'école. Etait-
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ce prudence ou ennui de cette servitude quUmpose modèle? Rarement Gérôme s'est essayé dans le p trait, du moins le public n'en a pas reçu la coi dence; on peut ranger parmi les œuvres d'imaginat pure cette figure de Rachel , qui orne aujourd*hu foyer de la Comédie française, et peut-être Faut préférerait-îl n'avoir pas montré au public cet aca micien à l'étroit dans son costume, qui fit presq du tort, en 1864, au succès retentissant de la Dm de V aimée.
Se souvient-on avec plus d'indulgence de cette sér de figures officielles dont il accepta témérairement c reproduire les traits dans le tableau de ÏEmpereu et F Impératrice recevant à Fontainebleau les arnba, sadeurs du roi de Siam ? Les habits de TOccideni voire même les habits officiels, se marient mal au costumes de l'Orient, et la supériorité de l'intell: gence ne donne pas toujours, même aux visages de plus hauts fonctionnaires, cette indispensable dignii qu'en art on appelle le caractère. Gérôme eut bea confier les rôles les plus importants de sa compositio aux ambassadeurs prosternés aux pieds du souveraii il eut beau faire miroiter l'or et la soie de leurs ricb vêtements et appeler à son secours les dieux et l déesses du Primatice, il lui fallait se résigner à peind également les robes des dames d'honneur et le fc des chambellans. Vain effort ! il parut aussi gênépo peindre ces uniformes, sans la grâce et sans le plift tant, que les Siamois à leur tour l'eussent été pour
SUR L'ART ET SUR LES ARTISTES. 3ig
porter. On ne Ty reprit plus. Il est juste de le dire en même temps, tous les torts en pareil échec ne sont pas du côté du coupable. Il en faut reporter la responsabilité à ceux qui le plus souvent se refusent à Paider, et qui croient qu'on modèle un front avec la même prestesse qu'on formule un axiome de gouvernement. Un jour, un des personnages appelés à Thonneur de figurer dans le tableau des Ambassadeurs, arrive fortement en retard sur l'heure indiquée par le peintre. « Impossible de vous faire poser aujourd'hui, dit l'artiste légèrement agacé de ce sans gène et de cette perte de temps, j'attends le duc de P... : il arrive à trois heures, et il est deux heures cinquante. — Eh bien, répond sans étonnement le délinquant, il vous reste dix minutes I faites vite, je ne pourrais pas revenir. » Après cela, accusez les portraits de mensonge, et les portraitistes d'inconscience ou d'inhabileté I
Au reste, il est facile de voir et de constater que certaines réalités intimident Gérôme; tout en demandant à la nature les types qu'il fait passer dans ses tableaux, il ne les copie pas sans restriction, et il s'arrête, est-ce calcul? juste au moment où quelquesuns de ses détracteurs pourraient le féliciter de ses progrès. Il se défie du titre de réaliste. La vérité pour 'ui, elle est moins dans l'étude scrupuleuse d'une forme patiemment poursuivie à travers les sinuosités delà ligne et les divers plans du modelé; — il aime k simplifier; — moins encore dans la reproduction de ces mille variétés de tons que le sang fait courir
SOUS la peau en chauds reflets ou répand sur les mi clés en méplats argentés, il semble ne pas les voir; tout cela lui serait d'un secours inutile : il le repousi ou s'en affranchit. Dans la scène qu^il peindra, le p sonnage n^est qu^un comparse docile, il le tient à place sans lui permettre de dominer le fond qui 1 sert de cadre, le pavé qui le porte ou le vêtement q rhabille, et ce peintre , si soigneux du travail de s pinceau, qui en surveille les moindres écarts, < comme le Poussin , ne se permet aucune négligeac aucun oubli, semble n'attacher de prix qu'à cette vi d'ensemble qui règle la valeur du détail, dispose h rôles et prend la distance pour règle dominatrice c mesure définitive de Tutile et du nécessaire.
C'est l'usage de placer chaque artiste dans ur camp , dont il sera suivant sa valeur ou sa chance U porte-étendard ou le simple soldat : les uns, qu'ik s'y attendent ou y résistent, appartiendront au groupe des coloristes; les autres, on les rangera parmi leî dessinateurs. Gérôme, à vrai dire, échappe à ceclas* sèment; sans être de ceux qui par tempérament ei sans effort redisent les vibrations , les variétés et ieles harmonies des tons, il voit juste cependant, c< qui est une manière de se montrer coloriste, et sot pinceau, en ne rendant de l'éclat extérieur dd choses qu'un reflet affaibli, n'en altère pas du moiola rigoureuse réalité. Qu'on regarde attentivement e sans parti pris chacune de ses petites toiles, celles ot il fait trembler le flot sous le vague du crépuscule,
OU cette autre qu'îrrise le soleil en son midi , la rue du Caire à l'ombre des grands murs, ou le cirque qu'abrite le velarium de pourpre, le torse de Cléopâtre ou celui de PAlmée, et le gladiateur essuyant sur l'arène sa sueur ensanglantée, Thomme du métier reconnaîtra facilement, au souvenir de ses propres études, la sincérité de ces emprunts et reconnaîtra aussi les enseignements de la nature et de la lumière; seulemant le coloriste franc voit avec l'œil de l'imagination, là oti Gérôme se contente de regarder en homme scrupuleux. Il serait même injuste de ne pas avouer que certaines discordances faciles à apercevoir sur plusieurs tableaux de Thabile peintre ont leur excuse dans le respect, souvent nuisible, qu'il porte à tout ce qu'il entreprend de copier, et puis il a pour sa belle exécution une tendresse inflexible. Depuis les années de sa jeunesse, elle ne s'est jamais affaiblie. Plutôt que de surcharger une draperie , d'en corriger la crudité, ou l'arrangement reconnu défectueux, il lui laissera ces défauts , préférant sauvegarder le travail de la brosse, la fraîcheur de la pâte et l'émail délicat du glacis. Faut-il l'en blâmer? Combien de chefs-d'œuvre acclamés hier pour leur aspect puisant, la nouveauté, la richesse des oppositions, sont devenus aujourd'hui des toiles assombries, dont ^inexpérience de leurs auteurs a fait disparaître toutes 1^ finesses! Les tableaux de Gérôme, peints d'une ^nain discrète et prudente, ont peu à redouter les effets du temps, et il se présentera probablement aux
jugements de Tavenir dans toute la fraîcheur de son premier jet, lorsqu'il ne restera des œuvres rivales qu'une image noircie, effritée et compromettante. C'est un résultat qui, en expliquant bien des sacrifices, excuse des torts apparents. Horace Vernet disait de Gérôme qu'il voyait son tableau fait avant de le commencer sur sa toile. Cette vue première est un don assez rare et précieux , elle inspire quelquefois trop de confiance à l'artiste; elle exclut souvent les bénéfices de la réflexion et du tâtonnement; mais elle assure le procédé, et prête à la main une sécurité qui n'a pas à craindre les trahisons de la retouche. Le regard du spectateur ignorant est séduit par cette netteté d'exécution, et plus d'un artiste, en apparence dédaigneux, l'envie tout bas.
Coloriste discutable, mais qui saurait se défendre, Gérôme est-il davantage un dessinateur à l'abri de la critique? C'estungrandmotquecemot:ledessin. Mais il y a bien des manières de l'entendre , et des degrés dans Tart de s'en servir. On peut dessiner avec facilité, avec élégance, avec esprit, et n'être pas avec tout cela un véritable dessinateur. L'Ecole française ne compte peut-être qu'un seul artiste méritant ce titre. Ingres, qui surpassa le grammatical David, n'a été encore égalé par personne. S'il est un de ses descendants, Gérôme n'a pas beaucoup à prétendre dans l'héritage du peintre à'' Homère et de Saint Sjrmphorien. Cependant, à travers les enseignements et les exemples de Paul Delaroche, on reconnaît facilement la filiation.
Mais il lui manque cette fièvre qui agitait nerveusement la main du grand artiste, et à travers dix coups de crayon lui faisait trouver le trait inquiétant et définitif; il dessine trop sagement, il ne commet pas assez d'erreurs, et, dominée par une facilité tyrannique, sa main obéit trop vite à Tœil qui la dirige. Sans doute , dans le champ rétréci où il se renferme aujourd'hui, Gérôme n'a pas à rêver un style plus large et une manière plus accentuée et plus noble d'^inierpréter la forme; il pourrait du moins éviter avec plus de soin cet écueil redoutable qui s'appelle la monotonie, contre lequel il se heurte quelquefois. On lui souhaiterait presque de désapprendre pour paraître plus véritablement fort. C'est là, après tout, Un reproche qu'on peut entendre sans en garder rancune.
Et puis à quoi bon mettre des réticences aux éloges, et se venger par des réserves des aveux que la justice ^nipose? Sans doute, il y a des lacunes dans le talent de Gérôme, mais quel artiste est ou a jamais été assez complet pour échapper tout entier aux rigueurs de la critique? Il faut se méfier cependant des exigences dont on poursuit trop souvent ses contemporains, autant que des complaisances auxquelles il est si fecile de s'abandonner envers eux. En butte à la fois ^nx éloges et aux dénigrements passionnés, inévitable accompagnement des succès retentissants, Gérôme a ^n conquérir une place au premier rang de ceux qui ''^présentent le mieux l'École française de la fin de ce
siècle; il est souhaitable qu'il la garde, et ce n'i pas à nous qu'il importe de fournir des argumei aux juges de Pavenir. La critique a été dure pi d'une fois et injuste visiblement pour ce peintre, q n'avait d'autre prétention que celle de bien faire, qui ne tentait pas, lui, de révolutionner PEcc Mais elle est ainsi faite, cette race irritable des ja de la presse, elle adore ou elle hait, au gré de 5 caprice , et n'attendez pas d'elle des remords répsL teurs. Elle y devrait prendre garde cependant, c si l'auteur de tant de tableaux devenus pour ne justement célèbres devait souffrir un jour des caprfc de celte mode dont il a été jusqu'à présent le favor tant d'autres l'auraient précédé ou l'accompagneraici logiquement dans sa chute, que la gloire de noti art contemporain en pourrait bien être à son tou compromise.
Quoique Gérôme ait atteint aujourd'hui ce momer de la vie où l'artiste semble n'avoir plus à demande aux dieux que de lui conserver intacts les dons qu' en a reçus, il n'a pas dépassé l'âge du progrès. Atter tif, l'oreille aux aguets, inquiet peut-être quelque fois , il entend parfaitement les mille murmures c ce bruit qu'on appelle la renommée; il les distingua il les note, il en tire profit. Ceux qui ont regarc d'un œil clairvoyant les dernières œuvres qu'il produites ont pu s'apercevoir sans peine de l'élargi sèment qui s'opère depuis quelque temps dans manière, de la fermeté de sa touche au premier cou-
dePopuIence nouvelle de sa pâte. L'artiste s'est mis au ton du jour, mais dans la mesure de son goût personnel. L'inventeur n'avait pas à se montrer plus ingénieux, le peintre est devenu plus peintre. Il nous garde d'autres surprises, comme en témoignera bientôt, nous le croyons, sa composition du Chrétien dans le cirque.