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Dessin d 'Écossais. Dîné au 72e écossais

i*r Septembre. — Dessin de Militaires écossais. Nous allons voir les grottes de stalactites (Grottes de Saint- Michel) que l’on a illuminées. J’en fais un croquis, mais la fumée de l’artifice me force de sortir. Le soir, je vais avec le Prince dîner chez le gouverneur, M. Wilson. Nous revenons apres a la table des officiers du 79 . Alarme dans la ville à l’occasion d’un feu de lit; il n’y a pas de malheur.

2. — Je vais chez M. Murray dessiner un Officier, une Femme et un Juif. Je vais faire le croquis d'un Soldat et d’un Sapeur chez le colonel Maule, et je reviens dessiner un Juif chez M. Murray.

6 au soir. — Je ne trouve pas le petit papier qui indique ce que j’ai fait du 3 au 6. Je sais seulement que j’ai dessiné une Petite fille mauresque, une Batterie, des Pièces de campagne. J’ai assisté aux manœuvres des Écossais. Nous avons visité la frégate à vapeur américaine Princeton , ou un matelot a ete blesse grièvement dans une manœuvre.

7. — Nous partons de Gibraltar à six heures du matin. Nous allons à bord du vapeur anglais le Virago. Le gouverneur de Gibraltar, M. Wilson, veut accompagner le Prince. 11 y a à bord le soi-disant gouverneur de Tanger, Ben-Abou, c’est-à-dire le commandant des troupes de la ville. On lui fait des saluts et l’on a tort, puisqu'il n'est pas gouverneur. Le temps est beau et le vent un peu contraire ; nous arrivons cependant de bonne heure devant la ville de Tanger. (Nous sommes passés devant Tarifa, curieuse par ses ruines arabes.) Il n’y a pas de port à Tanger. La ville est défendue, pour la partie qui regarde la mer, par une nombreuse artillerie. Nous abordons la plage en canot, et pour débarquer nous montons sur le dos des gens du port, qui nous mettent à terre sans nous mouiller. Nous allons jusqu’à la Fonda, qui est tenue par des dames écossaises, et qui est très-bien. On nous donne des chevaux, et nous accompagnons le Prince et M. Wilson jusque chez Ben-Abou; il nous reçoit chez lui dans la forteresse. Ben-Abou est un homme très-grand et très-fort, mais qui a l’air un peu amolli ; peut-être n’est-ce qu’une habitude d’Orient. Il nous fait voir son palais qui est très-propre, et qui annonce quelques restes de luxe, mais les cours, les murailles qui entourent cet édifice tombent ou sont prêtes à tomber. La position en est très-belle. Nous sortons sur nos chevaux, et nous allons voir des marchands juifs ainsi qu’une femme en costume. Après avoir un peu couru, nous revenons dîner. Nous allons ensuite avec le Prince faire une visite au consul de France, M. Roche, ainsi qu’au chargé d’afFaires de France, M. Château. Le Prince me laisse deux jours ici avec M. de Valabrègue, et il part le soir même pour Gibraltar. Tanger est la chose la plus curieuse que l’on puisse voir au point de vue de la peinture et des figures. C’est prodigieux de singularité, de couleur, de costumes. Après le départ du Prince, je suis revenu mettre au net quelques croquis. Nous avons été aux environs de la ville, dans les jardins du consul de Suède, près duquel est le Cimetière des chrétiens, dans un piteux état. Après dîner, nous avons été prendre le café dans la Fonda Kaoua, où j’ai fait quelques Croquis.

8. — Je vais dessiner la Grande mosquée , un Intérieur de caravansérail, puis une Fontaine. Je vais dîner, puis je me fais conduire à un café bien plus curieux que l’autre ; c’est une sorte d’ancien caravansérail. Les ânes et les mulets occupent la partie basse ; les hommes prennent le café et fument en haut. Une partie a été enfoncée par une bombe française. Tout cela est d’un aspect saisissant à voir, c’est coloré au plus haut point. Tout est gluant et humide, et cependant du plus haut caractère : le café est bon. Nous allons après cela jaser avec des boutiquiers, et prendre le thé chez le consul de France. Nous rentrons tard, ét nous entendons les premiers cris et les premiers instruments qui éclatent à minuit. Nous sommes dans le Rhamadan. A cette époque, les musulmans ne mangent pas de la journée, mais seulement au coucher du soleil. Toute la nuit alors, il y a des hommes qui parcourent les rues avec un tambourin, et en criant. Il y a dans la tour de la mosquée un homme qui joue d’une espèce de hautbois.

9. — je vais voir, à sept heures du matin, le marché qui se tient à la porte de la ville, et qui est caractéristique. Les habitants qui sont Berbères ont des costumes tout différents de ceux des Arabes. On voit à ce marché tout ce qui sert aux usages domestiques. Sur une des hauteurs qui dominent Tanger, il y a une Petite mosquée à ciel ouvert, où l’on dit la prière quatre fois par an ; j’en fais un croquis. De là, je redescends vers la foire ou marché, qui se tient autour d’un petit marabout, et où l’on enterre les musulmans. Ils n’ont point l’air

d’avoir un grand respect pour les morts, car une partie du marché se tient sur l’emplacement des tombes. Près de là, il y a des boucheries, et la route, c’est-à-dire l’endroit par où passent les paysans, serpente à travers toutes ces tombes que chacun piétine à son aise. En redescendant la colline opposée, j’entendis dans un fossé des gémissements, et je vis à ma grande surprise plusieurs femmes enveloppées de leurs grands manteaux blancs, qui se cachaient le plus qu’elles pouvaient en se répétant l’une à l’autre : Voilà un Roumi ; tout cela avec des plaintes comme si on les écrasait. (Ces cris ne s’adressaient sans doute pas à l’artiste; il est probable qu'il y avait là une tombe, et que les femmes poussaient ces plaintes dont on dit : Jendebou.) Je me dirigeai vers les boucheries qui sont très-pittoresques. Voici le groupe des femmes du peuple : Elles sont couvertes d’une immense draperie blanche, elles se mettent sur la tête de vastes chapeaux de paille; elles ont l’air d’un énorme paquet de linge. Ce qui ajoute à leur difformité, c’est qu’elles portent souvent d’énormes paquets sous leurs manteaux, et le plus jeune de leurs enfants attaché sur leur dos pour lui donner à teter. Je vais dans les fossés du rempart voir les potiers. Il y en a un qui fait deux pots devant moi ; je fais un croquis de sa Cabane. Je reviens à la Fonda. On avait prévenu une certaine quantité de Nègres. Ils vinrent exécuter, à une heure, une danse de Tombouctou avec d’énormes castagnettes en fer. C’est d’un sauvage à faire frissonner, et quand ces gaillards-là se remuent, il s’en dégage des émanations à faire éternuer. Je les dessine tous l’un après l’autre.

10. — 'Je dessine des Soldats marocains , et, le soir, je vais, avec M. de Valabrègue, dîner chez le consul de Danemarck.

11. — Dessin d’un Costume de femme mauresque et d’un autre de Femme juive. Le soir, nous prenons le café à la Fonda Kaoua, où il y a des groupes curieux. Cette maison est dans la forme d’un caravansérail. Il y a une cour entourée d’une galerie à colonnes, et où l’on met les ânes et les chevaux. La galerie supérieure sert de café, et n’a jamais été nettoyée ; tu juges de la couleur et de l’odeur. Nous allons ensuite chez le consul de Danemarck, et après chez le consul de France.

12. — Je dessine le Domestique de la maison. Je fais une Vue de ma fenêtre. Je dessine un Juif. Nous allons faire nos adieux au consul de France ; nous revenons faire nos paquets. Nous allons au Souk (place du marché) voir passer le gouverneur et son escorte. Ils reviennent de faire la prière à la petite mosquée qui est hors la ville et sur la hauteur. A sa suite, les soldats, infanterie et cavalerie,- sont presque tous armés de même, mais irrégulièrement vêtus. Il y a de la musique, des tambourins et des hautbois ou espèces de chalumeaux. Il y a aussi des enfants qui se tiennent par la main, et qui ont tous le même costume, c’est-à-dire une tunique blanche, une ceinture et des babouches jaunes. Ce sont des enfants de soldats. Ce défilé est très-original. Je vais sur le port surveiller le chargement de mes effets. Nous attendons quelque temps les dépêches que le consul doit embarquer. Elles arrivent enfin, et nous montons sur le Véloce qui veut bien se détourner de sa route, pour nous mettre, M. de Valabrègue et moi, à Gibraltar. Je trouve sur ce bâtiment un officier, M. Vial, qui m’offre sa chambre • ou cabine sur le pont; j’accepte. C’est celle qu’occupaient Alexandre Dumas et ses amis. M. Vial me remet une lettre pour Dumas à qui je dois la remettre moi-même, car il en a déjà écrit trois qui sont restées sans réponse. Nous attendons environ deux heures pour l’embarquement des restes d’une tribu qu’Abderrhaman a fait décimer. Il ne reste plus à ces malheureux que quelques haillons. C’est très-curieux, mais triste. Les pauvres petits enfants que leurs mères allaitent, sont à peine couverts de quelques chiffons. Enfin nous partons, la mer est houleuse. Les pauvres Arabes ont presque tous le mal de mer. La journée se passe comme on la passe à bord, à marcher, à causer. Nous arrivons à huit heures devant Gibraltar, le port est fermé depuis une heure. Nous attendrons le lendemain. Le capitaine avait eu la bonté de nous inviter à sa table. Je me couche dans une cabine qui est très-bien.

13. — Nous faisons nos préparatifs pour aller à terre. Nous allons à Club-House, où nous trouvons le Prince, qui avait eu beaucoup d’inquiétude pour la santé du docteur Gary. Il va bien mieux, et tout nous fait espérer une prompte guérison; il a eu la fièvre de Gibraltar. Je retouche mes croquis; dessin d’un Juif. Le soir, dîner au 79'.

14. — Je prépare quelques croquis que je mets au net. Parade, le matin. Je vais faire le Portrait du colonel Maule. Convoi d’un Écossais. Dessin d’un Écossais en petite tenue.

if. — r Dessin d’une Pièce de campagne. Je finis le portrait du Colonel. L’après-midi, je dessine un Tambour un Fifre et un Clairon écossais. Le soir, dîner au mess des officiers, toast d’adieux. Je rentre tard et je fais ma malle.

16. — Je vais dire adieu au docteur, qui reste à Gibraltar, et qui va mieux. Je fais son Portrait , puis un croquis d’une Batterie. A onze heures, nous disons adieu au consul de France, M. Gautier, et à sa femme. Nous allons à bord de VOrénoque , commandé par M. Béchameil. Il nous conduit en vue de Ceuta, et nous fait faire le tour de cette presqu’île. C’est immédiatement en face de Gibraltar, et cette situation me paraît plus agréable. Le bâtiment se dirige sur la côte d'Afrique qui est ravissante de pittoresque et fort peu habitée. Nous arrivons devant Tanger à six heures , nous dînons chez le commandant. Nous serions descendus à terre, mais il est trop tard.

17. — Je descends à terre à cinq heures du matin. Je vais chez le consul de France déposer mon sac à dessins, puis chez le Juif David qui va me chercher mon soldat Abdallah. Je vais alors dessiner le Souk Cpiace du Marché J, c’est l’endroit le plus fréquenté de Tanger. Il y a là une fontaine qui coule fort lentement, et où il y a nuit et jour du monde qui attend son tour pour puiser de l’eau. Je fais le dessin d’une Petite mosqiiée. Je retourne chez David pour des Ornements de femme juive. Je reviens chez le Consul. Le Prince arrive; il me fournit l’occasion de dessiner un Canonnier marocain. Nous montons à cheval et nous allons aux environs de Tanger. Le pays est très-cultivé. De distance en distance, il y a un petit échafaudage où un Arabe est placé en vigie pour surveiller la campagne. Nous traversons un village pur berbère. Les habitants ont une tournure héroïque et' des traits d’une pureté remarquable. Nous arrivons près de Din, petit port arabe moderne et très-bien fait. Je fais un croquis de ce Paysage , qui est charmant. Nous revenons par le bord de la mer. Toutes les femmes que nous avons rencontrées se sont enfuies comme si elles voyaient le feu. Nous revenons chez le Consul laisser nos chevaux, et nous allons à bord de VOrénoque , où le commandant nous donne à souper, ainsi qu’au Consul et à M. Roche, celui qui a été secrétaire d’Abd-el-Kader ; c’est un très-bel homme et très-aimable.

18. — (Cadix.) — Levé à cinq heures pourvoir apparaître Cadix qui est sur une presqu’île et blanche comme du lait. C’est un fort joli spectacle. Le soleil était derrière, ce qui donnait à la ville quelque chose de fantastique. Nous débarquons à sept heures. Nous allons à l’hôtel ou casa Jimenès, au nord de la ville, sur le rempart et d’où l’on voit entrer et sortir tous les bâtiments. Je fais pour le Prince un Dessin qu’il envoie à Barcelone. Je passe des dessins au lait. Nous allons voir la Cathédrale, le Sagrario, où il y a une Sainte Madeleine de Murillo trèsexpressive. Nous visitons aussi la vieille église, qui a été restaurée à l’intérieur. Dans l’après-midi, nous allons au cirque. Il y a un combat de Novillos, jeunes taureaux inexpérimentés. Le public, qui est très-amateur, veut qu'on mette un de ces jeunes taureaux à mort ; ce qui n’a pas été difficile, bien qu’on l’ait manqué plusieurs fois. On a donné ensuite un combat de Bollados, taureaux faits dont les cornes sont garnies de boules. Tout le monde alors peut prendre part à ce jeu et descendre dans le cirque. C’est très-amusant. Quelquefois le taureau fait une trouée dans la foule qui l’entoure, qui le stimule avec la veste ou le chapeau, et il roule plusieurs personnes par terre. Le soir, nous allons au théâtre. Il y a une actrice appelée Carmen Carasco, et qui joue à merveille. La pièce est suivie du Baile nacional, danses espagnoles très-jolies, surtout le Jaleo de Jerès nuevo.

20. — Dessiné des Soldats toute la journée. Nous allons au spectacle le soir. Nous voyons une danse nationale très-jolie, puis une petite pièce du Palais-Royal, la Chambre à deux lits , et enfin une danse nommée la Malaguena. Une Andalouse se promène tenant un éventail, faisant toutes sortes d’agaceries à un cavalier qui la suit et qui lui fait des galanteries. Elle dépose enfin sa mante et se met à danser ainsi que le cavalier avec une vivacité charmante. Je n’ai pas encore vu si bien danser.

21. — Je dessine des Miquelets et un Danseur espagnol. Le soir, nous allons voir danser la Jota aragonesa. Nous allons avec le Prince visiter l’intérieur du théâtre; nous y voyons la Carasco. C'est une très-bonne personne. Je dois faire demain son portrait. L'intérieur du théâtre ressemble beaucoup aux descriptions que l’on trouve dans Gil Blas.

22. — Dessins de Gallegos , de Femmes gaditanes. Je commence le portrait de Carmen Carasco.

23. — Nous partons pour Jerès, par le bateau à vapeur qui nous mène à Puerto Santa Maria. Nous déjeunons chez un riche marchand de vins anglais, nommé M. Burlon. De là, nous allons à la Cartuja (Chartreuse), qui est en ruines depuis la révolution espagnole, puis nous nous rendons à Jerès de la Frontera. Le Prince est reçu chez un autre négociant anglais, M. John David Gordon, vice-consul d’Angleterre, qui nous traite à merveille. On visite l’hôpital de la Merci, et la Cathédrale dont je voudrais faire un croquis, mais il pleut; je suis forcé d’attendre. Le Prince part vers midi, je n’ai pas eu le temps de terminer. Dîner chez M. Gordon.

24. — Nous revenons dans des calessas à Puerto Santa Maria. Déjeuner chez M. Burlon. Nous prenons le bateau à vapeur et nous revenons à Cadix, à la casa de Jimenès. Je colle des feuilles.

25-. — Je dessine des Femmes et des Hommes andalous. Le soir, le Prince nous fait dîner avec trois officiers du 26', et nous allons au spectacle.

26. — Je dessine une Calessa. Nous allons voir la messe militaire, puis le couvent de femmes de la

Concepcion de San Francisco. Les Religieuses veulent bien se laisser dessiner. Je reviens à l’hôtel et nous allons au théâtre del Balon. On donnait une représentation en l’honneur du Prince. C’est là que nous avons vu la danse espagnole dans sa perfection et d’un entrain extraordinaire. Nous en sommes restés éblouis, transportés.

27. — Je dessine la Voiture à quatre chevaux qui doit nous transporter à San Fernando. Nous partons à

neuf heures; nous suivons une route sur l’isthme qui sépare Cadix de la terre ferme. Nous arrivons à San Fernando et nous déjeunons. La route est très-bonne ; elle est environnée de marais salants. Tout le paysage qui est au-delà de l’isthme ressemble beaucoup à l’Afrique. San Fernando est une jolie ville qui contient 18,000 âmes, et qui pourrait en avoir le double, si la marine espagnole reprenait de la vigueur. Nous allons voir la Carraca ou Carraque, arsenal maritime qui a dû être fort beau autrefois, mais qui est singulièrement déchu. Je dessine des Matelots de Manille. Le fils du général, qui a accompagné le Prince, lui fait les honneurs de son bâtiment, jolie petite frégate qui est un modèle de propreté et de bonne tenue. Je dessine un Canonnier de marine. Le Prince va visiter ensuite l’école navale, qui est aussi fort bien tenue. Nous revenons le soir à six heures à Cadix.

28. — Je fais un Fond au portrait du colonel Maule. Après déjeuner, je vais dessiner la Calle Ancha , une

des plus belles rues de Cadix. Le Prince vient me trouver, et je vais voir avec lui des tableaux qu’on lui

propose, tous fort mauvais. Le quatrième est mieux, sans cependant être très-bien : on en veut 20,000 francs. Je reviens dessiner la Calle Ancha. Le soir, je fais ma malle. Nous partons demain pour Séville.

29. — Je vais faire un petit croquis de la Promenade de mer. Je reviens à l’hôtel et nous partons par le bateau à vapeur, le Rapido. A onze heures, on lève l’ancre; nous doublons la pointe de Rota et nous entrons dans le Guadalquivir. Les bords en sont très-abaissés. Il n’y a plus de montagnes et le pays est plat comme dans la Beauce, mais plus droit , je crois, car les bestiaux se voient à des distances extraordinaires. Les deux rives sont pareilles et offrent peu de pittoresque, mais en revanche, comme culture, le pays produit beaucoup. Nous arrivons à Séville à la nuit; nous ne débarquons qu’à sept heures et demie. Nous allons à l’hôtel de la Reine, Fonda de la Reyna, puis à la Cathédrale qui, ce soir, me paraît trop sombre. Demain, je la verrai et je m’en rendrai compte.

30. — Je me lève à six heures. Je vais de suite voir la Cathédrale qui est très-belle et très-grande. Je visite toutes les chapelles qui sont très-curieuses, une entre autres, la Chapelle du baptistère, où il y a un très-beau tableau de Murillo. C’est l 'Enfant Jésus qui vient sur la prière d’un moine , Saint-Antoine de Padoue. (L’esquisse de ce tableau, achetée par le prince Demidoff, a été vendue, en 1870, à la vente de San Donato.) Il y a aussi une belle Tête de l’Espagnolet, dans une chapelle, près le portail. J’avais cru trouver des armes mauresques au maître-autel, mais je crois me rappeler que c’est à la cathédrale de Cordoue. Le fond ou retable du maîtreautel est tout sculpté en bois avec beaucoup d’art et de soin. C’est un ensemble de sujets de la Bible et du Nouveau Testament divisé par carrés, et d’une hauteur de peut-être 100 pieds. Tout cela est noirci par la fumée de l’encens; ce qui empêche de distinguer les sujets du haut. L’église a la division d’une mosquée. La cour, et la fontaine qui servait aux ablutions des musulmans, sont restées telles qu’elles étaient. Il n’y a que l’église qui soit changée, et encore la tour de la Giralda ressemble-t-elle à la tour ou minaret de la mosquée de Tanger. J’ai été voir le Palais archiépiscopal. En revenant déjeuner, je fais la connaissance d’un peintre, M. Villa-Amil, qui est ici depuis dix-huit mois, et qui connaît bien la ville. Nous allons, dans l’après-midi, revoir la Cathédrale, l’Alcazar et les jardins. L’Alcazar est relativement plus intéressant que l’Alhambra, moins la situation qui, à Grenade, est magnifique. On répare cet édifice dans le goût mauresque. Dans beaucoup d'endroits, l’architecte a substitué son propre goût à celui des Arabes, et il a eu tort. J’ai vu la chambre où Pierre le Cruel fit massacrer ses deux frères. Nous revenons à l’hôtel, et le soir, nous avons une collection de danseurs espagnols, hommes et femmes, qui ont exécuté plusieurs des danses d’Espagne. La Cachucha, le Boléro, la Cigarrera, la Jota aragonesa, la Gallegada, danse de Galice, el Ole Gaditano, danse de Gitanos, le Fandango et le Vito Sevillano. Cette dernière danse s’exécute par une femme avec un chapeau andalou sur la tête. Toutes ces danses sont très-amusantes et d’une grande vivacité.

ier Octobre. — Je colle le portrait de M. Maule. Je vais faire un tour dans la ville; je dessine une Petite Vierge. Je reviens avec le Prince voir le trésor de la Cathédrale, qui se compose de toutes sortes d’ornements d’église en or. et en argent. Il y a, entre autres, une croix faite avec le premier or rapporté d’Amérique par Christophe Colomb et garnie de pierres du pays., une paire de burettes faites avec le premier or venu du Mexique, ensuite des ornements d’église en argent massif, qui servent dans différentes fêtes. Nous allons voir, dans une petite pièce derrière le maître-autel, un vieux tableau qui est d’une expression charmante. Je vais dans la ville, avec M. de Valabrègue, pour le costume qu’il se fait faire et qui lui coûte 300 francs. Je reviens à l’Alcazar, que je visite de nouveau; je vais faire un petit Croquis dans le jardin. Le Prince vient me chercher pour aller voir des Murillo qui sont à vendre. Ils sont effectivement très-jolis, surtout un Petit enfant sur un coussin. Nous allons en voir de plus importants dans l’église de la Caridad, ou hospice de la Charité. Ceux-ci sont ce que j’ai vu de plus beau de ce maître. Les sujets sont : .Moïse frappant le rocher ; la Multiplication des pains par le Christ ; un Petit Enfant au-dessus du tabernacle, et enfin Saint Jean de Dieu qui porte un malheureux à l'hospice, soutenu par un ange. Ils sont tous très-beaux à différents degrés ; Moïse frappant le rocher est surtout magnifique. Nous faisons le tour de l'Hôpital de la vieillesse. Je m’arrête dans la cour pour faire un Croquis d’une tour. Je reviens à l’hôtel et je finis le portrait du colonel Maule, c’est-à-dire que j’applique le verre.

2. — Je vais dessiner la Giralda , mais le soleil me chasse. Je vais dessiner la Pla\a de San Francisco.

y — je vais à la foire de Santi-Ponce qui se tient à une lieue et demie de Séville. On y vend des bœufs, des taureaux, des porcs, des ânes, des chevaux et des moutons; ceux-ci en petite quantité, mais les porcs sont très-nombreux. L’aspect est des plus gais, quoique la campagne ne soit pas belle. J’ai été un peu au delà pour voir les ruines d’Italica, dont il ne reste plus que les débris d’un Cirque qu’un tremblement de terre aura sans doute bouleversé. J’en fais un petit croquis. On voit au loin la Cathédrale et sa grosse tour carree, la Giralda. Je reviens dans la fête et je dessine toute la journée. La plupart des paysans étaient en habit des dimanches. Les élégants de Séville sont venus dans l’après-midi, vêtus en majos, non pas de theatre, mais dans le costume habituel. Beaucoup avaient leur femme en croupe. C’était d’un effet charmant; il y aurait de quoi dessiner huit jours. Je rentre le soir à sept heures et demie. Je m habille vite et je vais, avec le Prince, dîner chez le capitaine général de la province, M. Shelly. Sa femme a joue du piano le soir et chante des airs nationaux ; elle chante très-bien. Rentré tard; je retouche quelques dessins et je t’écris.

4. Je vais entendre la graud’messe à la Cathédrale. La cérémonie est très-pompeuse, surtout au moment

de l’élévation de l’hostie. On brûle beaucoup d’encens. Il s’élève alors un long nuage blanc sur le fond de bois sculpté du retable ; ce qui fait le plus grand effet. Je travaille au dessin de la Giralda , je vais voir la Lonja (la Bourse). De là, je vais chez le chanoine Don C..., qui me donne rendez-vous pour demain. Je vais dessiner la Porte du Sagrario, ou Porte del Pardon.

, A six heures, je vais travailler à la Porte del Pardon. A dix heures, je vais chez le chanoine Don C... dessiner le drapeau que portaient les Espagnols à la prise de Séville sur les Arabes. A onze heures, je vais dessiner un Costume de contrebandier. A trois heures, je vais finir la porte del Pardon ; croquis d’une Rue. Le soir, je fais un Petit portrait , je retouche quelques croquis.

6. Je vais travailler à la tour de la Giralda; il tombe une très-forte pluie qui me gêne beaucoup. Je vais dessiner un Jeune homme de la ville, puis un Costume de contrebandier , chez M. B..., jeune peintre, qui est très-obligeant. Je ne lui trouve pas beaucoup de talent ; il a surtout un défaut grave, c’est celui de faire des figures disloquées. C’est du reste, le défaut de la plupart des peintres espagnols, même des meilleurs. Je reviens à la maison dessiner un autre Costume de contrebandier. Le soir, le colonel Maule arrive de Gibraltar. Nous allons tous voir danser les Gitanos chez le comte de Villa-Palma ; il y a beaucoup d’entrain.

7. — Je vais dessiner la Giralda , pluie très-forte. Je fais ensuite le Comte de Villa-Palma , en costume

andalou, et aussi une Gitana en costume. Le soir, je dîne avec le marquis, et après le dîner, l’on danse l’oie et

le vito sevillano, mais sur la table et aux grands applaudissements des Andalous. Il est de fait que ces dames

sont très-animées et ont beaucoup de grâce.

8. — Je vais, de bonne heure, dessiner la Casa de Pilatos , à l’intérieur et à l’extérieur. Le soir, je rencontre

la Procession des Rosaires , je la suis. C’est une confrérie de femmes, précédée d’un homme qui sonne de la trompette. Quatre femmes le suivent portant des lanternes au bout de longs bâtons. Au milieu d’elles, une autre

femme porte une croix placée au-dessus de l’effigie de la Giralda ; de chaque côté de cette croix est un petit

saint colorié portant une palme. Vient ensuite un autre groupe de femmes précédées d’un prêtre. Elles chantent, et de chaque côté, il y a une haie d’autres femmes, dont les unes portent de gros cierges, et les autres de grosses lanternes comme les premières. Cette procession sort d’une chapelle de la Cathédrale (le Sagrario), et va dans une autre église. Derrière, plusieurs femmes font la quête ; elles sont toutes vêtues de noir, et portent la mantille. Je dessine cette scène.

9- vais dessiner la Giralda , et à onze heures, des Femmes gitanas. A deux heures et demie, je vais,

avec le Prince, visiter l’ancien couvent de la Merced devenu Musée, et qui renferme beaucoup de Murillo ét de Zurbaran. Il y a aussi deux sculptures très-remarquables, un Saint Dominique de Montanès, et un Saint Jérôme du Torrigiano. Les tableaux de Murillo sont Saint Thomas de Villanueva faisant l’aumône , Saint Félix de Cantalicio, Saint Juste et Sainte Rufine, la Nativité , l’ Adoration des bergers , Saint Léandre et Saint Bonaventure, Saint Joseph, Saint Jean de l’Agneau sans tache, la Vierge et l’Enfant ou la Serviette, Saint François embrassant le crucifix, la Vierge et les Anges près du Christ mort, l’Annonciation, Saint Antoine de Padoue, Saint Félix, la Conception. Les plus remarquables sont l’Annonciation et l’Aumône. De Zurbaran, il y a le Saint Thomas d Aquin, Saint Henri de Sufon, Saint Louis Bertran, un Père éternel. Saint Bruno devant le pape Urbain II, la Vierge protectrice des Chartreux, Saint Hugo dans le réfectoire. Il y a aussi une Sainte Herménégilde de Herrerale-Vieux.

10. — (Dimanche.) Je vais faire le dessin d’une Calessa. Je vais, à neuf heures et demie, entendre la grand’messe avec le Prince. Nous allons après dans le canot de M. Murphy, sur le Guadalquivir ; nous ramons chacun à notre tour. Nous entrons dans la petite rivière Guadaris. Nous y visitons une propriété superbe où il y a une forêt d’orangers en pleine terre. Nous revenons dîner dans le canot, ce qui est charmant. Je fais un Croquis , et nous ramons encore chacun à notre tour pour revenir. Nous allons le soir au spectacle, voir jouer la Carasco ; danses de Gitanos.

11. — Je vais dessiner V Intérieur de l’Alcaçar. Je vais faire un Petit portrait chez le marquis de Villa- Palma ; il est encore couché. Je fais la vue de la Promenade del Duque ; je reviens chez le marquis faire son croquis. Je vais au jardin de l’Alcazar, mais la pluie est trop forte pour pouvoir dessiner. Je reviens à l’hôtel. Le soir, je vais avec le Prince chez M. Murphy, où il y a un chanteur espagnol.

12. — A midi, je vais dessiner la Cathédrale. A deux heures, je vais voir l’Acosadero, c’est une course de taureaux en plein champ. Les jeunes gens de la ville y vont habillés en majos et à cheval; la plupart ont de longues lances non aiguës. Le troupeau arrive, précédé d’un conducteur et de quatre taureaux noirs; les autres suivent. Lorsqu’ils sont dans la plaine, on fait sortir un des jeunes taureaux, et le grand plaisir est de le renverser et de le poursuivre en le piquant avec la lance sur le train de derrière. Quand le cavalier est adroit, il fait rouler la bête avec facilité. Quelquefois le taureau se retourne et se défend à coups de cornes. Il y a eu un homme pris par les reins, heureusement il n’a pas été blessé. Cette course, qui s’appelle Acosadero, se fait sur un troupeau destiné à la boucherie de Séville. Mais une autre course qui a plus d’attraits et de dangers, est celle qu’on appelle Tentadero. Elle se fait pour choisir de bons taureaux pour le cirque. Tous ceux qui résistent sont mis à part, les autres sont envoyés à la boucherie. Le soir, spectacle; soirée chez le général.

13. — Pluie, dessin à la caserne. Le soir, je finis le Portrait de la Carasco.

14. — Je dessine le matin à la caserne. Le soir, je vais faire le Portrait de la Nina.

if. — Je copie le Dessin qui est en tête du brevet authentique d’un familier de l’Inquisition. A midi, je vais finir la Giralda , puis terminer un dessin du Jardin de l’Alca\ar. Le soir, j’essaye un costume de majo dont le Prince m’a fait présent.

16. — Je vais au cimetière par une pluie très-forte. La manière dont on enterre est curieuse; malgré la pluie j’ai suivi un convoi. J’ai fait pendant ce temps un croquis de l 'Ensemble du cimetière qui se compose de plusieurs cours carrées. Dans le mur, qui est très-épais, il y a des espèces de fours dans lesquels on introduit les cadavres, les pieds les premiers. On bouche la partie qui regarde la cour avec des tuiles ou des briques, et l’on place une inscription par-dessus. J’ai assisté à plusieurs enterrements. Le corps est souvent porté dans une énorme bière par un porteur, avec un collègue pour le relayer. Il en est arrivé deux en même temps. Une jeune fille portée par des enfants et une vieille femme par des porteurs. Les enfants ont ouvert le cercueil de la jeune fille, et ont versé sur elle un flacon de parfum. Cette jeune fille était arrangée comme une vierge de Murillo, une longue robe blanche, une ceinture bleue, et derrière une draperie bleue, les cheveux flottants; une rose dans

la main droite. On a ouvert de même la grande bière dans laquelle était une femme vêtue de noir, la main gantée dans l’action de la prière, la tête enveloppée de linges blancs. Les deux porteurs la retirèrent de la grande bière, et sous une pluie battante, sans aucune précaution, ils la mirent dans un de ces fours indiqués ci-dessus. C’était hideux à voir. Je reviens en ville, mais la pluie recommence et je me réfugie sous une porte, où je dessine un Muletier. Pendant ce temps, j’entends rire à gorge déployée. C’étaient trois jeunes filles qui avaient leurs têtes groupées à l’ouverture d’une porte, et qui étaient très-étonnées de voir un étranger dessiner par un temps pareil. Le petit garçon, mon guide, qui les connaissait, me dit qu’il allait me conduire chez elles, et qu’elles poseraient. J’allai donc avec lui dans le couvent de San Elmo ?, où je trouvai leur famille. Elles posèrent effectivement, et je promis de revenir le lendemain. Le soir, je dessine un Sereno.

17. — Il pleut encore. Je dessine YAlcaçar et une Vue de la Cathédrale , prise de la fabrique de tabac. Je vais à San Elmo ? dessiner les Trois petites Andalouses. Je fais mes adieux à cette bonne famille dont tous les individus me quittent en pleurant, et me serrent la main en me faisant promettre de revenir bientôt. Le soir, je fais ma malle.

18. — Nous partons sur le bateau à vapeur le Barcino , qui va de Séville à Cadix. Le temps est abominable. Arrivés à San Lucar, nous sommes obligés de débarquer, parce que le bateau ne peut franchir la barre. Tous ces messieurs montent dans une grande voiture et moi dans une calessa. La pluie continue toujours, j’arrive trèsmouillé le soir à Puerto Santa Maria. Le colonel Maule et un de ses amis m’attendaient.

19. — Je fais un croquis de Puerto Santa Maria. Nous partons à onze heures sur un petit bateau à vapeur qui fait le service de Cadix. Nous arrivons à midi à la casa de Jimenès. Je vais travailler au dessin de la Calle Ancha.

20. — Je retouche quelques croquis et je vais travailler à la Calle Ancha. Le soir, diner avec le commandant Béchameil.

21. — Je vais travailler au dessin de la Calle Ancha. Je reviens à deux heures voir les achats du Prince; ils sont considérables et très-beaux. Ce sont deux costumes de maja, une robe habillée, une quatrième robe en pagne de Manille et brodée, des mouchoirs, des voiles et des éventails. Le soir, nous allons au théâtre, où l’on danse la Cracovienne et une danse andalouse. Le temps est redevenu beau, mais froid; magnifique clair de lune.

22. — Je retouche quelques croquis, je vais travailler à la Calle Ancha. Je vais voir des tableaux. Le soir, je travaille à mon journal.

23.. — Je fais un Dessin pour le colonel Maule. Je vais travailler au dessin de la Calle Ancha. Je reviens; c'est pour aller à bord de YOrénoque. Le Prince s’est habillé en contrebandier. Nous voulons aussi visiter un bâtiment marocain, mais les matelots ne savent pas ce qu’on veut leur dire. Au retour, nous allons voir un combat de Novillos, exécuté par des nègres, ce qui est très-comique. Nous revenons à la Fonda, après avoir été au nouveau cirque. Nous allons le soir au théâtre del Balon; ensuite promenade sur la plaza del Mina.

24. — Travaillé à la Calle Ancha. Comme je dessinais, j’ai fait connaissance par une fenêtre avec les dames qui demeurent en face, et qui m’ont fait signe de leur montrer mon dessin; ce que j’ai fait. Je leur ai demandé la permission de- les faire poser, ce qu’elles ont accepté, et j’en ai dessiné Deux en mantille et Une avec un éventail.

3)'. Je vais faire à la caserne quelques Croquis qui me manquent pour l’infanterie. Déjeuné au café Lonja,

calle Nueva. Je loue une calessa et je sors de la ville par la porte du sud. Je fais une Vue de Cadix , de la plage, et plus loin une Petite vue de San José. Rentré à six heures et demie. Le soir, spectacle, danses peu intéressantes.

26. Je vais acheter du papier. Je vais dessiner la Pla^a del Mina , une École de petites filles et la Vieille

cathédrale. Le soir, promenade sur la place Mina.

27. Nous partons tous pour Chiclana, pour visiter le fameux toréador Montés. Le Prince est habillé en

contrebandier et les autres voyageurs en majos. Le pays que nous traversons est très-joli et ressemble beaucoup à la campagne des environs de Tanger. Nous arrivons à la demeure de Montés, et à notre grand désappointement,

nous le trouvons ivre à rouler. Après beaucoup de peine, on est parvenu à le faire tenir sur ses jambes, et j’ai pu faire son Portrait. Il a l’air d’un cordonnier, cependant on remarque un certain éclat dans les yeux, mais le vin l’a très-abruti. Sa femme est, par compensation, très-jolie. On dit que c’est la troisième. La première serait morte de chagrin, et il aurait tué la seconde d’un coup de couteau. Nous rentrons dans Cadix à six heures et demie. Le soir, promenade sur l’Alameda et sur la place Mina.

28. — Je finis la Place Mina , la Vieille cathédrale. Le soir, je vais montrer un croquis au consul d’Angleterre. Nous allons aussi un instant à une soirée donnée par M"10 Bardon.

29. — Je fais ma malle. Je vais dessiner la Promenade de la mer , et après déjeuner,, la promenade appelée le Salon de Christine. Je reviens à quatre heures moins un quart à l’hôtel ; le Prince était parti depuis une demi-heure. Je retourne dessiner la Cathédrale du côté de la mer. Je fais mes adieux aux personnes de la calle Ancha qui m’avaient prêté leur chambre pour travailler, et à celles qui avaient bien voulu poser pour moi. Je reviens à sept heures à l’hôtel pour dîner. Le soir, à onze heures, nous sommes tous embarqués à bord de Y Orénoque, qui lève l’ancre à une heure du matin.

30. — • Nous allons à Tarifa; je dessine une Femme, je fais un croquis de la Porte de mer et de la Muraille. Nous arrivons, l’après-midi, dans la rade de Tanger. Le Prince est descendu. Je suis resté à bord ; la mer est très-mauvaise.

31. — (Dimanche). Le vent est très-fort, impossible de dessiner à bord; je vais à terre. Je fais visite aux consuls de France et de Danemarck. Nous allons prendre le café chez les Maures. Pour revenir à bord, la mer est très-houleuse. Nous sommes obligés d’attendre la marée et le retour a encore été très-difficile. Le vent est très-violent toute la nuit.

icr Novembre. — Nous quittons la baie de Tanger. La mer est très-forte, le vent vient de l’est. Nous n’arrivons qu’à trois heures dans la rade de Gibraltar. Le Prince va chez le colonel Maule, et moi chez M. de Valabrègue, au Club-House. Nous allons dîner, le soir, chez le colonel Maule.

2. — Je fais une copie du Portrait de la Carasco. Je vais avec M. de Valabrègue voir déferler la mer à la pointe d’Europe; c’est très-beau à voir. Je reviens l’après-midi dessiner les Drapeaux écossais et un Tambourmajor qui me manquaient. Le soir, tout l’équipage de Y Orénoque et nous, allons dîner chez le colonel Maule. On a dansé un Reel écossais.

3. — Je vais voir la parade sur l’Alameda. Je dessine le Cheval du colonel Maule. Je pars sur Y Orénoque qui exécute, au fond de la baie de Gibraltar, le sauvetage d’un navire de commerce français qui s’est échoué du côté de Saint-Roch, à cinq heures du matin.

4. — Nous partons pour Malaga; nous allons à la Fonda de l’Alameda. Le soir, spectacle très-mauvais.

3. — Je vais à bord; je reviens à terre à midi. Je vais voir M. Dubouzet, consul de France, qui me reçoit très-bien. Le soir, je fais un Croquis que le Prince m’a demandé. Le même soir, le Prince donne à dîner à l’état-major de Y Orénoque.

6. — Pluie très-forte; je fais un Croquis. M. Dubouzet vient me voir à l’hôtel. L’après-midi, je compose le Portrait du Prince, souvenir de Santicios. A trois heures, nous revenons à bord de Y Orénoque ; grand dîner au carré des officiers.

A dix heures, appareillage; à midi, départ.

7. — (Dimanche.) Je commence les portraits de M. Aulne , officier, du commandant Béchameil, du Prince et du petit Colon, fils du commissaire. Nous dînons chez le commandant.

8. — Nous arrivons devant Alicante, à neuf heures du matin. Nous descendons à terre, M. Demidoff et moi. Il va chez le chef politique porter un dessin que j’ai fait. Je vais dessiner la Calle San Juan ; il vient m’y trouver. Je vais après dessiner la Plaça del Puerto; le Prince lit « Gil Blas » près de moi. Nous appareillons au soir.

9. — La mer est calme. Je fais le portrait du Docteur et je manque celui de M. Aulne, qui était presque achevé. Nous arrivons à trois heures devant Valence. Nous débarquons et nous allons à la Fonda de las Diligencias. Le temps est trop mauvais pour que le navire se remette en route. Je pars alors avec de l’argent, dans une tartane, à quatre heures et demie, pour Murviedro, avec un officier du bord, M. Jaubert de Passa, qui désire aussi voir les ruines de Sagonte. Nous traversons une partie de la Huerta de Valence; la route est très-belle, mais il y a beaucoup de boue. Nous arrivons le soir à Murviedro et nous logeons à la posada Parador nuevo. Nous y sommes assez bien.

10. Nous nous levons à six heures et demie, car les jours sont très-courts maintenant. Nous déjeunons

en attendant M. Henriquez Rubio, auquel on nous avait recommandés. Il arrive et nous partons de suite pour visiter les ruines de l’ancienne Sagonte. Il y a encore une grande portion de l’ancien mur d’enceinte, qui est un composé de cailloux ou pâte de béton, ciment très-solide. Il y a aussi un ancien amphithéâtre, qui avait été

conservé jusqu’à la guerre des Français. Les Espagnols le firent sauter de peur que les Français ne s’y

logeassent; il y a encore de fort beaux restes. Je fais un croquis des Vieilles murailles et du Cirque , que je crois romain, par une pluie et un vent formidables; nous sommes trempés. Je dessine aussi une Ancienne porte. Nous allons visiter quelques restes de l’ancien cirque d’Annibal, construction carthaginoise, mais il n’y a que peu de chose. De là, nous rentrons à Murviedro. Nous voyons une jeune fille de onze ans qui est morte et que l’on tient exposée sous une porte; elle est très-parée. Beaucoup de jeunes filles sont autour d’elle; c’est très-touchant. Nous revenons à la Posada dont je fais un croquis. Il nous faut partir, car nous devons être rendus à Valence à neuf heures. La pluie continue toujours; nous dînons et partons à quatre heures. Voici la position de

Murviedro, prise du nord. Fort peu de chose reste des anciens Sagontins ; la mer est à une lieue environ. La

pluie continue toujours. Vers le milieu de la route, elle cesse, mais le temps est encore couvert. En arrivant dans un des faubourgs en avant de Valence, notre conducteur nous dit que nous avions gagné notre procès. Nous lui demandâmes l’explication de ces paroles. Il nous dit que nous avions eu du bonheur de ne pas être attaqués. On l’avait engagé, à la posada, à ne pas partir à cette heure-là, lui assurant que nous serions volés. Il y avait un peu de vrai là dedans; il paraît que le paysan valencien est très-voleur. Du reste, on ne voyage pas la nuit. En arrivant à Valence, nous avons manqué n’y trouver personne, car la mer étant mauvaise, et la baie de Valence étant dangereuse, le commandant avait fait prévenir le Prince qu’il fallait partir de suite. Ce dernier m’avait laissé une lettre dans laquelle il y en avait une de toi. Nous serions alors revenus à Barcelone par Tarragone; mais nous trouvâmes tout le monde attendant que la mer fût moins mauvaise, c’est-à-dire que la barre permît le passage.

11. — Nous allons au Grao; impossible de partir. Je fais le croquis d’une Cible sur le bord de la mer. J’avais, le matin, dessiné un Valencien, puis un Intérieur de casa.

12. — La passe est bonne et nous partons à six heures du matin. Journée de mer calme. Je fais un Croquis pour le marquis de Villa Palma. La machine se chauffe, on est obligé de stopper. Après différentes réparations, on reprend la route de Barcelone.

13. — Nous suivons la côte de la Catalogne, mais dans la nuit on avait fait fausse route et dépassé Barcelone de vingt lieues pour avoir été trop au large. Nous ne débarquons à Barcelone qu'au coucher du soleil. Dîner chez M. de Lesseps. Rentré à minuit à l’hôtel des Quatre-Nations.

14. — Je vais chez le Prince. Nous allons à la Cathédrale à neuf heures et demie; retour à dix heures. Je dessine des Costumes sur la Rambla. Je vais ensuite avec le Prince et M. de Lesseps voir le nouveau cimetière protestant. Retour chez M. de Lesseps; je lui montre mes dessins. Le soir, grand dîner de l’état-major de YOrénoque à l’hôtel; spectacle au Liceo.

if. — Le matin, je me promène sur la Rambla. Croquis de Costumes. Après déjeuner, Portrait du Prince; visite à la fabrique Achom. Le soir, spectacle, visite à M. de Lesseps. Départ à dix heures;, le bateau à vapeur part à onze heures et demie.

16. — Nous longeons de près la côte d’Espagne, qui est très-belle. Nous passons devant Roses et son golfe. A trois heures, nous sommes à Port-Vendres. Le Prince va à terre. Le soir, il y a dîner à l’état-major.

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