‹ Notes et croquis de RaffetChapitre 13 sur 22 · Croquis chez M. Morelli · texte numérisé non relu

Croquis chez M. Morelli

19. — Le matin, je vais chez le Prince, j'y reviens pour dîner. A dix heures, je pars avec M. Kulture, dans une voiture qui doit aller directement à Livourne.

20. — Nous arrivons à Empoli à trois heures du matin, avec beaucoup de peine, par la grande quantité de neige qui est tombée. Un autre obstacle se présente. Un des deux chevaux qui étaient là pour le relais était mort le matin. Nous sommes obligés de coucher à l’auberge, et d’attendre huit heures et demie du matin pour partir par le chemin de fer. Nous arrivons à dix heures et demie à Livourne. Nos caisses ne sont pas encore arrivées, ni le bateau de l'État ; nous attendons. Les caisses arrivent à deux heures. A six heures du soir, le bateau français n’est pas encore en vue. La journée a été très-froide, le vent est très-fort ; il pleut vers le soir.

21. — Nous allons à l’administration des paquebots français ; le Lycurgue n’est toujours pas ici. Je me décide à partir par la Maria Antonietta , de trois à quatre heures. A l’instant où le vapeur Maria Antonietta sort de Livourne, le Lycurgue , bâtiment français, entre dans le port. La nuit, il y a un peu de mer. A trois heures du matin, nous arrivons dans le port de Gênes.

22. — Le temps est très-pluvieux; nous sortons du port de Gènes à deux heures et demie. La mer est assez calme. La vue des montagnes à droite est magnifique ; elles sont toutes couvertes de peige.

23. — La mer est bonne, il tombe une pluie très-fine et continue. Le temps devient meilleur. Arrivée à Marseille à une heure et demie.

2 j . — Nous arrivons à Lyon à six heures du matin. Nous reprenons le vapeur qui doit nous conduire à Chalon-sur-Saône.

26. — Nous déjeunons à Ancy-le-Franc. Nous passons à Saint-Florentin ; près le canal, église très-élevée, montée rapide. Dîner à Sens.

27. — Arrivée à Paris, à sept heures du matin, à l’Hôtel des Postes, où je quitte la diligence, et je me rends rue Laurette, 3 (devenue depuis rue Carnot), au nouvel appartement que ma femme avait loué pendant mon absence, après de nombreuses recherches. Elle avait aussi mis Auguste en pension chez M. Hénon, rue de Courcelles.

i'r- if Janvier. Je fais des rangements dans mon nouvel atelier. Retouché, pour M. Furne, Coriolan , les Horaces, Regulus , la Mort de César. Commencé à décalquer des dessins du Voyage en Espagne.

16-31. — Travaillé a des projets de Cadres pour le Prince. Retouché Rébecca sur le bûcher et les Puritains.

. „ I,r^,FETRrER- ~ Retouché le Monastère, Y Antiquaire, Guy Mannering, pour M. Furne. Terminé le portrait a 1 aquarelle de M. Paul Demidoff \ en Espagnol. Fait deux autres aquarelles pour le Prince, Catalans et Tatar. Lithographié, pour Gihaut, le portrait de M. Huot. Été à la douane chercher les caisses de costumes.

16-21. — Fait un dessin de la Prise de la Bastille , pour M. Furne, ifo francs.

22 ‘ Tioubles à 1 occasion du banquet contremandé pour la réforme électorale. Croquis d’un Homme du peuple. (PI. 21, fig. 1.) Scène de barricade , des insurgés parlent à des soldats.

23. Combats dans les rues. Démission des ministres. Été de garde, assisté à une partie du conflit. Rentré à onze heures. Je fais un croquis d’une scène que j’ai vue; Le peuple en marche, la musique du 34 e jouant la Marseillaise, suivie du 6f marchant la crosse en l'air. Le tocsin sonne à onze heures et demie.

24. — Nouvelles de l’abdication de Louis-Philippe en faveur du comte de Paris et proclamation de la République. Ma femme va rue Saint-Jacques chercher des médicaments pour ma mère, qui a une inflammation de poitrine. Elle voit beaucoup de tumulte, décharger des armes.

2f. — Appris quel est le gouvernement provisoire nommé hier et le ministère. MM. Lamartine, Louis Blanc, Ledru-Rollin, Arago, Dupont (de l’Eure), Marrast, Lamoricière en font partie. Louis-Philippe a quitté les Tuileries à midi. Visite de M. Furne, qui me remet joo fr. ; je lui donne la retouche de la Fiancée de Lammermoor. Essayé de travailler un peu.

26. — Panique au sujet du pillage de la caisse de la mairie. Rencontré des Patrouilles de patriotes à cheval. (N° 26.)

28. — Été à la place de l’Hôtel-de-ville dessiner des Montagnards. Croquis de Patriotes (pl. 21, fig. 2), Officier commandant à la préfecture. Officier d'étudiants. Le soir, travaillé à un dessin de la dernière révolution. Visites de diverses personnes pour demander des sujets du jour.

2 Mars. — Sorti à neuf heures pour aller à la cérémonie qui a lieu sur la tombe d’Armand Carrel, dans le cimetière de Saint-Mandé. Fait des croquis d’après les Anciens prisonniers de Doullens que j’ai vus aujourd’hui à la préfecture.

4. — M. Gihaut vient nous chercher pour voir les funérailles des victimes des trois journées. Je vais, après la cérémonie, dessiner le Char des symboles de la République.

y-iy. — Je fais un petit dessin à la mine de plomb pour M. Gabriel, Barricade, s3 février, 70 fr. J’envoie à M. Gihaut le portrait de M. de Sainson , lithographié, et un Café turc à Srnyrne, yoo fr. Je termine, pour M. Furne, le Portrait de Vala\é, 100 fr., et la retouche de l’Abbé, abdication de Marie Stuart. Fait des Figures dans trois planches d’André Durand. Je vais faire le croquis du Ministère des affaires étrangères. Je vais dîner avec M. Furne, au palais du Luxembourg, chez M. Louis Blanc, avec M. Albert.

16. — Visite de M. Gihaut qui nous apprend que la Banque suspend le payement des billets. On vient me chercher pour la manifestation de la garde nationale contre le nouveau décret qui la concerne; je refuse d’y aller. Été le soir à la réunion pour le choix à faire des officiers de la n" légion.

17. — Ma femme rencontre sur les quais le rassemblement d’ouvriers se rendant à l’Hôtel de ville; 200,000 hommes, dit-on.

18-31. — M. Louis Blanc vient poser accompagné de M. Furne. Nous payons les contributions supplémentaires. Été voir la manifestation des Polonais, et à un club. On a planté ces jours-ci un arbre de la liberté dans le Luxembourg. Fait un deuxième dessin de Barricade , pour M. Gabriel, 70 fr. Terminé, pour M. Furne, les portraits de Barnave et de Grégoire. Exécuté ces jours-ci, pour M. Jeanron, des projets de Costumes pour la garde civique et les gardiens de Paris.

1 or- 1 5 Avril. — Été chercher le docteur Marchai pour le petit Charles, qui a une inflammation grave des bronches. Livré à Gihaut la planche de l’Infanterie turque, yoo fr., et les portraits du docteur Léveillé et du prince Demidoff. Été au club entendre le Père Lacordaire, qui se présente pour être député. M. Ardoin ne peut pas payer une traite du Prince.

16. — Été avec Auguste au club de la Chambre des députés. Rentré avec lui à quatre heures. On m’appelle à la mairie. Bruits divers. Prétendu assassinat de Louis Blanc, Ledru-Rollin, Lamartine. Réunion de communistes aux Champs-Élysées.

17-30. — Petit Charles va mieux. Travaillé à une petite lithographie pour mettre en tête de la loi sur l’Artillerie de la garde nationale, pour Bourdin, et aussi, à un Trophée d'artillerie sur bois. Fait la liste des trente-quatre candidats pour la députation de la Seine, et été avec Auguste au dépouillement des votes. Fait un troisième dessin pour M. Gabriel, Respect au courage malheureux , 70 fr. Été plusieurs fois à la réunion des lithographes, et à la commission des peintres. On se bat à Rouen, à Nîmes, à Elbeuf.

1er- 14 Mai. — Parti le 4, à cinq heures du matin, pour aller assister à l’ouverture de l’Assemblée nationale ; parvenu à entrer moyennant 5 francs. Été au Salon, remarqué les tableaux de M110 Rosa Bonheur, quelques portraits de Flandrin, un tableau de Lafon.

— Sorti pour aller entendre M. Henri Martin ouvrir son cours. Au retour, le rappel est battu; parti pour le Luxembourg et campé la nuit dans le jardin. Appris, vers trois heures, l’invasion de l’Assemblée nationale sous le prétexte d’une manifestation en l’honneur de la Pologne. Proclamation d’un gouvernement provisoire composé de Raspail, Blanqui, Barbés, Pierre Leroux, Sobrier, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Albert, Caussidière, Considérant, Thoré, etc. Arrestation de plusieurs d’entre eux et du général Courtais. Vu M. Arago visiter les pogtes du Luxembourg.

— Il y a encore quelques mouvements dans Paris. Je vais au Champ-de-Mars avec Auguste et M. Furne, pour la fête de la Fraternité. M. Bry me fait avoir une invitation pour le dîner de la Fraternité, 800 couverts. Terminé, pour Gihaut, la planche des Recrues turques, y 00 fr. Été un soir, à l’École de médecine, entendre la profession de, foi de M. Anselme Petetin.

i"-iy Juin. — Terminé la planche du Ba^ar, à Srnyrne, pour Gihaut, yoo fr. Je reçois une lettre de M. Demidoff qui nous propose d’aller tous en Italie. On a battu ces jours-ci le rappel à cause de Louis-Napoléon. J’ai lu une affiche où l’on propose Caussidière pour chef de la République.

16-22. — Achevé la planche d’ Ali-Pacha-Meiden, à Srnyrne, y 00 fr. : c’est la dernière grande planche de l’ouvrage. Il y a de petits attroupements dans les rues. Été voir passer la revue de la garde républicaine, par le gouvernement provisoire, au Luxembourg.

23. — Parti le matin pour aller chez M. Leplay. Rentré à midi. On se bat sur plusieurs points de Paris; nous entendons la fusillade et les coups de canon jusqu’à la nuit.

24. — A quatre heures du matin, la fusillade recommence. On dit que la ville est en état de siège, et que la Commission exécutive a donné sa démission ; que le général Cavaignac est dictateur ou président de la République. Le feu diminue d’intensité vers deux heures et quart. Été chercher Auguste et rencontré beaucoup de groupes malgré l’état de siège.

23. — Le bruit de la bataille diminue de notre côté; de temps en temps des coups de canon s’entendent encore. Parti le matin comme simple garde national, car je ne veux plus être officier. Je cherche à aller chez M. Furne, je ne puis y arriver. Ma femme reconduit Auguste à sa pension, sans accident.

26. — Eté de garde toute la journée au poste. Dans l’après-midi, on annonce partout la reddition des insurgés les plus opiniâtres. Passé la nuit au poste ; coups de feu au milieu de la nuit. Ma femme réussit à arriver rue Saint-André-des-Arcs, pour savoir des nouvelles de Mn‘° Furne : un des commis a reçu deux balles à la jambe.

27. — Continué d’être au poste. Visité une portion du faubourg Saint-Antoine. On annonce la pacification complète. Parcouru, le soir, le quartier du Panthéon et la rue Saint-Jacques.

28. — Revenu à la maison. Le général Cavaignac est nommé président du Conseil.

29. — Eté avec ma femme chez M. de Tournemine. Visité le Panthéon, au milieu duquel est exposé le corps de M. Antonin Brunet; à sa droite, celui de M. Faré, tous deux capitaines dans la mobile; à gauche, celui de M. Apolline, commandant. Été place Maubert, où le corps de garde est démoli ; place Baudoyer, où les numéros 3 et 3 sont très-maltraités ; place de la Bastille, où la maison du coin de la rue de la Roquette s’est écroulée sous les coups de canon, et dont les décombres fument encore. Rencontré Alfred Arago, chez M. Furne.

ior Juillet. — Reçu un billet de garde pour sortir immédiatement; on bat aussi le rappel. Je donne à M. Furne une Vue de Bayonne , à l'aquarelle. Passé la nuit au poste.

2-i). — Je quitte quelque temps le poste où j’étais de garde, pour aller voir la place de la Concorde où l’on a célébré une messe en l’honneur des victimes des journées de Juin. Été chez M. Charles Blanc porter la liste des lithographes qui méritent des récompenses. Passé plusieurs nuits au poste, à cause des bruits d’incendie.

16-31. — Fait le portrait à l’aquarelle du Général Piat. Le 31, été de garde à l’Assemblée nationale. Séance intéressante ; M. Proudhon répondant à M. Thiers. J’ai pu le voir un instant, à la tribune.

icr-if Août. — Été à la soirée du président de la Chambre des députés, M. Armand Marrast. Fait une aquarelle de Sainte Edwige, pour M"“ Langlois. Livré à Gihaut les portraits de MM. Lalanne, Malinvaud et Rousseau. Eté à l’École polytechnique, avec M. Basset, visiter le modèle d’un système de télégraphe électrique.

16-31. — Été chez le comte de Labédoyère, qui désire quatre dessins. Assisté à la distribution des récompenses aux artistes, au ministère de l’intérieur. Envoyé à M. Bry, pour M. Gihaut, les portraits de MM. Nordmann, Kolounoff , Le Play et le mien. Été chez M. Ingres voir le Portrait de M. Rothschild, et la Vénus Anadyomène. Visite de M. Desvaux, qui arrive d’Afrique. MM. Caussidière et Louis Blanc sont mis en accusation après une séance de dix-huit heures.

icr- 13 Septembre. — Terminé le Frontispice des portraits du Voyage en Crimée, 100 francs. Été au Champ-de-Mars voir la revue de 60,000 hommes, passée par le général Cavaignac.

16-30. — Commencé le portrait à.’ Auguste ; retouché celui de la Petite Royé , fait par sa mère. Le lieutenant-colonel Desvaux m’envoie son uniforme de chasseur et un tapis arabe* Fait le portrait de Paul Coullet, pour M1'10 Furne. Le prince Louis-Napoléon a fait ces jours-ci son entrée à l’Assemblée nationale.

Tr- 13 Octobre. — Terminé la lithographie du Réveil. Fait deux croquis d’après M. Desvaux , qui part pour Carcassonne.

16-31. — Fait deux dessins, pour le Prince, Combattants du 24 février 1848 , et Valenciens.

Du 22 au 26, j’ai été à Bruxelles avec le petit Auguste que le Prince voulait voir.

i'r-i y Novembre. — Croquis à l’aquarelle d’un Soldat , pour la fête de M. Furne. Eté avec M. Perrotin chez le prince Louis-Napoléon. Été, en garde national, assister à la promulgation de la Constitution ; bien vu le général Cavaignac et M. Armand Marrast.

16-30. — Vu chez M. de Tournemine un officier, M. Terrasson, qui a figuré dans la dernière guerre de Sicile. Été quelques, jours à Bruxelles pour voir des tableaux ; revenu avec le Prince à Paris, et reparti avec lui. Le 24, le pape s’est enfui de Rome. Le 254 à Paris, quelques rassemblements, place Bourgogne et place de la Concorde ; dragons rangés devant le palais de l'Assemblée sur cette dernière place. Explications du général Cavaignac à la tribune. L’Assemblée déclare qu’il a bien mérité de la patrie.

icr-iy Décembre. — Fait le portrait du Comte Zichy. Vote pour l’élection du président de la République. A Paris, la majorité est pour le prince Louis-Napoléon. Été à Bruxelles et revenu.

16-31. — Recommencé le portrait du prince Demidoff, pour le Voyage en Crimée. Fait, pour lui, le portrait du Père de Ravignan , à l’aquarelle. Copié à l’estompe le portrait du Prince , par M. Delaroche. Été voir la revue passée par le président de la République ; très-bien vu. Reparti pour Bruxelles avec MM. Kulture et Anatole Jaunez.

(Dans le courant de l’année 1848, le prince Demidoff avait écrit à Raffet de venir demeurer chez lui, à San-Donato, avec toute sa famille, jusqu'à ce que la stabilité des affaires permît de reprendre les travaux qui avaient été interrompus. Les événements de France eurent leur contre-coup en Italie, et le Prince fut obligé de quitter Florence. Il vint en Belgique où Raffet se rendit plusieurs fois, soit pour le voir, soit pour visiter des galeries de tableaux. Le Prince voulut traverser la Suisse, avant de rentrer en Italie. Il engagea l’artiste à venir le rejoindre. Raffet alla donc retrouver le Prince à Bruxelles, et parcourut toutes les villes belges et suisses dont les musées sont si intéressants pour un peintre. M. Demidoff ayant beaucoup d’amis dans l’armée autrichienne, qui fit cette année la guerre en Italie, Raffet put suivre et étudier une armée en campagne. Il réunit beaucoup de croquis dans l’intention de publier un album sur la révolution italienne, . mais il ne put mettre son idée complètement à exécution. Rome, au mois de juillet, fut prise d’assaut par les Français. Raffet se rendit dans cette ville dix jours après l’occupation, et commença sur le siège de nombreuses études qui lui prirent tout son temps, et lui firent abandonner ses autres projets.)

icr-6 Janvier. — Séjour à Bruxelles.

7- — Voyage à Bruges. Nous visitons le Beffroi, où il y a un carillon ; le Palais de justice où il y a une superbe cheminée en bois, marbre et pierre ; un tableau de Memling. Nous allons à l'église Notre-Dame, cathédrale, où sont les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille, en cuivre et marbre ; à Saint-Sauveur, qui ressemble beaucoup aux églises d’Espagne. Nous allons voir l’Hôpital, où il y a beaucoup de tableaux de Memling, très-beaux. Dessiné un Capucin , une Femme vêtue d’une coiffe.

8. — Je finis un Costume espagnol. A une heure, je vais dessiner une Femme de Groningen. Le soir, nous restons auprès du Prince qui est malade.

9. — Je fais des croquis jusqu’à onze heures, puis une retouche. Je vais finir le croquis de la Femme de Groningen. Je dîne, et j’achète un manteau du pays, pour envoyer à ma femme. Le soir, je dessine près du Prince.

10. — Je commence un croquis. Je vais faire le portrait du Prince de Syracuse et celui du Comte Zichy. Je reviens faire un peu de lithographie dans ma chambre.

11. — Je prépare ma lithographie. Portrait du Prince de Syracuse. Croquis l’après-midi. Le soir, travaillé près du Prince et dans ma chambre.

12. — Le matin, je me trouve un peu indisposé. Croquis pour un capitaine de navire. J’apprends que Terrasson est à Bruxelles. Je vais le voir. Je reviens déjeuner. Portrait du Prince de Syracuse. Le soir, je vais faire le portrait de Terrasson, en général de la révolution sicilienne et en bourgeois;, il part demain.

13. — Travaille à la lithographie. Porté le portrait de Terrasson. Vu un très-beau portrait de Rembrandt. Terminé le portrait du Prince de Syracuse. Le baron Chazal, ministre de la guerre de Belgique, m’envoie une permission pour visiter la citadelle de Gand.

14. — Je pars pour Gand à dix heures par le chemin de fer. J’arrive à Wetteren, où je trouve le frère de M,nc Gasc qui m’invite à déjeuner chez eux. J’y reste une partie de la journée, je prépare les Portraits de ses deux enfants. Je reprends le chemin de fer, et j’arrive à Gand à six heures. Je vais loger a l’hôtel des Postes, où je rencontre André Durand que le Prince fait voyager aussi. Je me promène dans la ville, par le mauvais temps. Elle ne me paraît pas très-gaie, mais malgré l’obscurit4 j’entrevois des monuments qui seront d’un grand intérêt pour moi demain.

15. — Je pars pour Ostende, où j’arrive de bonne heure. Je dessine la Place du Marché aux herbes. Les maisons y sont badigeonnées de jaune, pierres grises, tuiles rouges; toutes les cheminées sont en briques. Très-grande quantité d’ânes, beaucoup de voitures; petits pavés. De là, je vais voir les bassins du phare et la jetée qui est toute en charpente. C’est le Chenal, composé de deux jetées en demi-cercle, qui vont en se rétrécissant. La mer était très-forte, car le vent soufflait ouest-sud-ouest. C’était très-beau de voir entrer les bateaux de pèche à toutes voiles; ils passaient devant la jetée comme des flèches. Dans l’église d’Ostende, je fais différents petits croquis de Matelots et de Femmes qui gesticulaient en faisant leur prière. Le chemin de fer part trop tôt. Je remets mon départ à demain, et je rentre à l’hôtel où j’étais allé déjeuner. Je vais visiter les cafés ou tavernes. Il y en a une où l'on danse, et qui est très-curieuse. Je suis allé voir la taverne des matelots. On s’y exerçait à la savate, et au moment où j’entrais, un des champions tombait sur une collection de verres à bière, à la grande satisfaction des assistants. Dessiné un Porteur de lait.

16. — Je pars pour Bruges. Je visite la cathédrale Saint-Sauveur, qui est une fort belle chose. De là, je reprends le chemin de fer- pour Gand. Je vais à Deynze et de Dcynze à Audenarde. Je visite l’Hôtel de ville qui est un bijou, grande salle ancienne où il y a une fort belle cheminée. Je visite la salle du Conseil qui est aussi fort ancienne, et où il y a un portail en bois sculpté de la plus grande beauté. Tout le haut, couvert de blasons et de figures, est sculpté très-artistement. Il y a ensuite vingt-huit compartiments où sont des enfants et des ornenienls en relief, qui sont dignes des maîtres. Je vais voir l’église dédiée à la patronne de la ville, et la Cathédrale. Dans celle-ci, rien de remarquable, si ce n’est l'extérieur. Je reviens par la voiture à Deynze. Je reprends le chemin de fer, et j’arrive à Gand, où je mets en ordre les quelques croquis que j’ai faits.

1^7. — J'arrête un domestique de place, et je visite Gand. Nous allons voir les Dominicains ; il y a une seule nef et les chapelles sont autour. Elles ressemblent à celles d’Espagne. Les Dominicains existent encore, ils officient le dimanche. Je vais à l’église Saint-Michel, l’intérieur est ordinaire; elle a servi de temple de la Raison pendant la Révolution. Il y a un fort beau tableau de Van Dyck, le Crucifiement ou plutôt le Dernier soupir du Christ. Ce tableau est d’une couleur superbe, mais il a beaucoup souffert. Le torse du Christ est très-bien modelé. Il y a aussi un tableau de Paëlinck, élève de David, qui est assez bien. Une Sainte Catherine en gloire, de Gaspard de Crayer; la tête de la sainte est de Rubens, c’est Catherine d’Aragon. Un Philippe de Champagne, pas très-bien. La Pénitence et le Jugement du roi David, par Honthorst, élève de Rubens. Chaire à prêcher de 1723, qui est très-bien sculptée.

La façade de l’église est d’un très-beau ton. En passant sur le Quai aux herbes, nous voyons de très -jolies et anciennes maisons des francs-bateliers de 1331. Nous voyons saint Nicolas, dont il y aurait une vue à prendre du np 24. Place du Marché aux grains, pendant que nous regardions, il y avait devant nous, au coin de la place, un Malheureux exposé au pilori, et qui avait été amené sur une charrette.

Nous allons à Saint-Bavon, cathédrale. L’extérieur est d’un ton superbe ; elle fut commencée en 800, et reprise en 1200. L’intérieur est très-beau. Toutes les chapelles ressemblent à celles d’Espagne, époque de Philippe IL La chaire à prêcher est bien, quoique de goût rococo. Il y a dans le chœur quatre candélabres très-grands, donnés par Charles Ior, roi d’Angleterre. La statue de Jérôme Duquesnoy, Triest, septième évêque de Bruxelles, est très-bien. Dans la chapelle du Saint-Esprit, tableau d’Otto Venius, , le maître de Rubens.

Chapelle de Saint-Bavon, tableau représentant la Réception de Saint Bavon dans l’abbaye de Saint- Arnaud, par Rubens; il est très-beau de couleur et de composition. Chapelle de la Vierge, tableau de Nicolas Roose, ordinaire. Chapelle de l’Évêque résigné, un Christ de Crayer assez beau. Chapelle de l’Agneau, un très-beau tableau des frères Van Eyck. C’est leur deuxième peint à l’huile, dit-on; c’est la plus belle chose que j’aie encore vue d’eux. Ce tableau est divisé en deux. Les trois grandes figures du dessus sont peintes par Hubert Van Eyck; le sujet du dessous, Y Adoration de l’Agneau, est de Jean Van Eyck. Chapelle Saint-Nicolas, tableau de Porbus, Jésus et les docteurs ; les portraits de Charles-Quint, de Philippe II, de Porbus s’y trouvent. Nous visitons les caveaux qui étaient autrefois une ancienne église. Dans une partie latérale sont enterrés un Van Eyck et sa sœur; au centre, est enterré l’autre frère, dont la tombe est en pierre de touche.

Nous visitons l'Hôtel de ville. La nouvelle partie est de 1618, l’ancienne de 1432; très-beau gothique, charmante cheminée. Le Beffroi, dont il y a une vue à prendre du haut de la rue du Marché-au-Beurre, est un monument très-curieux. Nous parcourons les ruines de l’ancienne petite ville de Saint-Bavon. (En passant, nous voyons la Pêcherie où se divisent la Lys et l’Escaut, au pont de la Tour rouge.) Nous arrivons au milieu des restes de cette vieille abbaye. L’intérieur du cloître est très-curieux. On y voit quelques restes bien conservés; le carrelage de la vieille tour est un reste du xi" siècle. 11 y a une autre ville dont les Espagnols se sont emparés, et où ils ont construit une citadelle dont on voit encore deux bastions. Nous allons au Béguinage dont la porte d entrée est curieuse. Les petites maisons sont d’une très-grande propreté. C’est une institution ancienne et respectée ; un ensemble de femmes qui mènent la vie de religieuses, mais sans faire de vœux. J'ai été le soir au salut où elles étaient presque toutes réunies, sept cents environ, toutes couvertes de voiles blancs, et priant en silence. Lorsqu’elles ont fini, elles replient leur voile et le jettent en carré sur leur tète. Nous voyons l’entrée du palais du Marché au poisson et l’ancienne porte du château des Comtes qui est très-curieuse (ix° siècle). Il a été habité par Jean de Gand, duc de Lancastre. Nous voyons la grande boucherie, un ex-voto qui reste toujours éclairé la nuit, le grand canon de Gand que l’on appelle Marguerite l’Enragée.

18. — Je passe devant la maison où a demeuré Louis XVIII, en 1813, rue des Champs, 83. Je vais voir la Poissonnerie, le Marché aux légumes. Visité Saint-Jacques dont l’intérieur est dans le goût de Philippe II. Vu la maison du brasseur Arteveld.

Je pars pour Malines. Je visite l’église Notre-Dame. Au fond de cette église est le tombeau de la Pêche miraculeuse, de Rubens. Sur le volet de droite du tableau, les Apôtres, et au dos, Saint Pierre. Sur le volet de gauche, Tobie et l’Ange. L’intérieur de Notre-Dame rappelle celui des églises d’Espagne, seulement moins riche. Le portail n’a point été achevé. Place du Marché-aux-Grains, à prendre de la rue de Bruxelles. Maisons à dessiner sur la Dyle, elles datent de différentes époques. Halles de fer, ou Marché aux légumes, à prendre. Vieille maison où est l’Académie de dessin. Cathédrale de Saint-Rombaut. Dans une chapelle latérale, un Crucifiement de Van Dyck; belle composition, superbe de couleur, rappelant un peu le tableau de Rubens, qui est à Anvers. L’intérieur de l’église ressemble à celles d’Espagne. Il y a une belle chaire de Verbreghel, au maître-autel, et à ses pieds, une petite figurine en ivoire très-remarquable. Monté à la tour Saint-Rombaut, y 34 marches, 6 grosses cloches et 38 petites pour le carillon.

Église Saint-Jean, dans le goût espagnol. Il y a au maître-autel un tableau de Rubens, V Adoration des Mages. Sur le volet de droite du tableau, la Décollation de saint Jean-Baptiste, et derrière, le Baptême du Christ. Sur le volet de gauche, Saint Jean l’Évangéliste, dans la chaudière d’huile bouillante, et derrière, Saint Jean dans l'île de Pathmos : magnifiques tableaux. Église Sainte-Catherine, celle des Béguines. Il y a dans la sacristie un superbe Christ janséniste, d’un seul morceau d’ivoire, qui peut avoir 24 pouces de haut; c’est un ouvrage d’art remarquable. Église Saint-Pierre, ressemble à celles d’Espagne. Place du Marché-aux-Cochons, j’ai retrouvé l’ancienne maison où nous avons logé, Dufour et moi, en revenant d’Anvers, en 1833. J’y suis entré boire un verre de bière. Tout est dans le même ordre ; il semble qu’il y a deux jours de cela. Passé dans la rue du Chien-Bleu, drôle de rue. Je reprends le chemin de fer à quatre heures et demie. A cinq heures et demie, je suis à Bruxelles. Je vais voir le Prince, qui est indisposé.

19. — Travaillé au portrait du Prince de Syracuse , et à différentes choses que le Prince me demande.

20. — Gihaut arrive le matin ; nous causons de l’affaire du Voyage en Espague. Il se présente au Prince qui l’accueille bien. Le texte qu’il apporte a quelques fautes, mais cela ne dépend pas de lui. Il faudra le recommencer. Je travaille au portrait du Prince de Syracuse. Je vais me promener avec Gihaut.

21. — Je vais à Malines avec le Prince, pour voir le Christ en ivoire qui est à la sacristie de l’église Sainte-Catherine des Béguines. Nous allons ensuite à Anvers visiter le Musée, la Descente de Croix de Rubens et la Cathédrale. Nous entrons à la Bourse que je ne connaissais pas, et qui ressemble aux patios mauresques que

1 on 1 encontre en Espagne. A la Citadelle, il n’y a plus rien ; elle est nue comme la main. Nous visitons aussi 1 Arsenal qui est reconstruit à la place de celui qui a été brûlé ; les bassins que Napoléon a fait bâtir, et la tête de Flandre qui est restée telle que je l’ai vue en 1832. Nous revenons le soir à six heures et demie. Je reçois une permission du baron Chazal pour visiter à Liège la Manufacture d’armes, la Fonderie de canons et l'Hôpital militaire ; à Bruxelles, le Musée d’artillerie, les Casernes des guides, du régiment d’élite et de l’artillerie.

22-26. Fait le catalogue de mes dessins que j’avais dû faire à Paris. Travaillé à une planche lithographique. Reçu un joli souvenir du prince de Syracuse.

27. Je vais de la part du Prince à Vieux-Dieu, voir un portrait de Rubens appelé La Faille; c’est le portrait de sa femme. Fort belle chose, artistement et librement faite, d’un admirable ton. La tète n’est pas tout a fait d’ensemble. Ce tableau se trouve dans la famille de M. Dubois, qui en a fait cadeau à ses neuf enfants. Ceux-ci, ne pouvant le partager, veulent le vendre 90,000 fr. ; c’est un peu exagéré.

travaille au Dessin Zichy . Je sors avec le Prince à trois heures. Nous allons voir un beau portrait de Rembiandt, que Ion veut vendre if,ooo fr., et chez un M. Cousteau, un magnifique tableau de Téniers que Ion veut vendre 16,000 fr. Le soir, je dîne avec le prince Demidoff, le prince de Syracuse, un descendant des Visconti. Nous allons ensuite à Franconi russe.

29- Fait avec M. Tolentino un extrait des sujets que je crois devoir faire sur l’Espagne. Nous n'avons fini qu à quatre heures. M. Demidoff reçoit une lettre du baron Chazal pour me donner quelques renseignements sur l’armée belge.

1849, 29 janvier. Bruxelles.

Mon Prince,

J’ai l’honneur de vous renvoyer les croquis que vous avez eu la bonté de soumettre à mon examen. Je lès trouve très-artistement dessinés, mais je regrette que M. Raffet ait choisi des types peu militaires. Malheureusement, nous n’avons cette année que des conscrits sous les armes. Par mesure d’économie, nous avons envoyé tous nos anciens soldats en congé, et il n’y a sous les drapeaux, dans ce moment, que les miliciens de l’an dernier, c’est-à-dire que des hommes qui n’ont pas dix mois de service. Il ne faut donc pas juger notre armée, d’après ce que vous voyez en ce moment. Si nous étions menacés par le moindre danger, nous rappellerions cinquante mille anciens soldats qui sont en congé provisoire dans leurs foyers et qui auraient l’air un peu plus martial que ceux que vous voyez aujourd’hui et qui sont à peine dégrossis.

Notre cavalerie se compose de :

Deux régiments de chasseurs : l’un vert et rouge, en garnison à Tournay ; l’autre vert et jaune, en garnison à Mons.

Deux régiments de lanciers : 1 un bleu et amarante, en garnison à Louvain ; l’autre bleu et jaune, en garnison à Namur.

Deux régiments de cuirassiers : l’un en garnison à Malines, l’autre à Gand.

Un régiment de guides, à Bruxelles.

Un régiment de gendarmerie.

La gendarmerie à cheval, en cas de guerre, mobilise quatre escadrons qui forment un régiment de grosse cavalerie.

Les autres régiments ont six escadrons.

J’ai donné l’ordre, afin qu’un soldat du régiment de chasseurs-carabiniers se rende ce matin chez M. Raffet. J’espère qu’il aura été exact à l’heure.

Veuillez agréer, mon Prince...

Baron Chazal.

30. — Dessiné plusieurs soldats. Régiment d’élite, grenadier ; l’épinglette est en argent pour les meilleurs tireurs. Voltigeurs ; grande tenue, habit bleu foncé, boutonné droit par neuf boutons, pantalon marengo. Guides. Chasseur-carabinier .

31. — Dessiné le Ralliement des tirailleurs-guides. Croquis de Chasseurs-carabiniers.

i"-3 Février. — Dessiné des Chasseurs-carabiniers et d’autres soldats. Ma femme m’écrit que, ces jours derniers, il y a eu des troubles et des mouvements de troupes à Paris. On a battu le rappel dans notre quartier. Le président de la République a parcouru les boulevards à cheval. La proposition Rateau, pour la dissolution de l’Assemblée, a été prise en considération à une faible majorité.

4. — J’écris à ma femme. Je prépare mes affaires pour mon départ. Été le soir chez Dubosc, et après au spectacle.

— A deux heures je vais chez le prince de Syracuse. Je vais voir M. Gasc et M. Gallait.

Je prends le chemin de fer, et j’arrive à Malines. Je visite la ville.

6. — Je me lève un peu tard, et j’ai la tête lourde. Je m’aperçois que ma chambre sans cheminée, et par conséquent sans air, est très-humide. Je prends du thé, cela se dissipe. Croquis-d’un Soldat belge (n" 28) et de Tambours. (PI. ai, fig. 3.) Je vais chez le colonel, qui me donne un permis pour dessiner un cavalier (cuirassier). Celui-ci met plus de trois quarts d’heure à s’habiller et à équiper son cheval; ce qui me fait manquer le chemin de fer de onze heures. Je suis obligé d’attendre le train de cinq heures. Je me promène dans la ville. Je vais revoir de bons tableaux, de vieilles maisons. Croquis de Bateaux à moulins. Je

reprends le chemin de fer à cinq heures et quart, et j’arrive à Louvain à six heures et

quelques minutes. Je vais loger à l’hôtel de la Cour de Mons. De là, je me rends chez le colonel Lahure, qui promet de m’envoyer à l’hôtel demain, à huit heures, un cavalier tout équipé. Je parcours la ville ; il y a des choses très-curieuses. Je rentre de bonne heure, et je lis un livre sur les antiquités de Louvain.

y. Je prépare mes affaires pour partir. Je déjeune au thé, je prends aussi du thé à dîner. Depuis que je

ne fume plus et que je ne bois plus de vin, je me porte très-bien. Croquiè d’une Porteuse de paniers. Le Cavalier (lancier) est venu à huit heures et demie précises : c’est un très-beau maréchal des logis chef, qui a^ un cheval superbe. Après mon croquis, je vais voir la Cathédrale, l’Hôtel de ville qui est un modèle de légèreté et

de goût, mais dont les ornements sont cependant un peu multipliés. Dans l’Hôtel de ville, il y a de fort belles

salles, les plafonds sont en chêne sculpté. Dans un coin, sont de vieux canons ou fauconneaux; les premiers, dit-on, qui ont été faits. Il y a aussi quelques tableaux anciens, mais sans valeur artistique ; le plan et

l’élévation de la Cathédrale, telle quelle était avant que ses tours ne se soient écroulées. J’ai été voir la galerie

Vander Schrieck, qui est une des plus remarquables de la Belgique. Je suis parti à midi pour Liège où je suis arrivé à trois heures. J’ai été me loger à l'hôtel des Flandres. J’ai pris un guide et me suis dirigé vers la cathédrale Saint-Paul qui est fort belle, et où il y a une chaire sculptée en bois de cèdre, dans le goût gothique. Ce qu’il y a de curieux, c’est que l’église à force de restaurations est arrivée à être complètement neuve. On y a fait alors une chaire gothique du meilleur goût. De là, j’ai été à Saint-Jacques, qui est aussi gothique et fort jolie. La nef est surprenante de délicatesse et de goût : les orgues sont magnifiques de forme. Je vais ensuite au palais des Princes-Évêques qui est très-original; la cour surtout est très-remarquable. Voilà les vicissitudes du sort. Le bâtiment est à des marchands après avoir été pendant plusieurs siècles habité par des prélats souverains. Je vais voir la Meuse, puis l’Hôtel de ville qui n’est pas curieux, puis l’Université où il y a une collection intéressante de fossiles trouvés dans la grotte de Chokier. C'est un mélange d’os d’ours, de lionne, d’éléphant, de cerf, de renne, de souris, de rats. A Goffontaine, on a fait la même découverte dans une grotte, mais en plus, des ossements humains y sont mêlés. J’ai palpé plusieurs crânes dont le front est très-déprimé; ces ossements ont é* trouvés au-dessous des couches calcaires. Après j’ai fait un tour dans la ville dont les rues sont très-étroites. J ai été à

la poste chercher tes deux lettres, et je suis rentré mettre au net quelques croquis. M. Sainte-Beuve faisait son

cours aujourd’hui, de midi à une heure.

8. A sept heures je pars pour la Fonderie de canons, où j’arrive à sept heures et demie. Je visite d’abord

la salle ou hangar des modèles, puis l’endroit où l’on fait les moules, celui où l’on coule, l’atelier du forage, celui où l’on fait les lumières. Nous allons ensuite à la Citadelle qui est à l’autre extrémité de la ville. On monte longtemps et on arrive enfin à cette citadelle qui a cinq fronts d’attaque. Trois bastions seulement tiennent au corps de la place, les n“ 3, 4, 5. Les n“ 1 et 2, sont pour la défense du côté des terres basses, mais le n’ 2 est dominé par une colline qui plonge dans ce bastion; ce qui rend la citadelle tres-faible de ce coté. On a une très-belle vue sur les bastions n” 4 et cependant les sept bras de la Meuse ne peuvent bien se voir que de

l’angle de la colline Saint-Gilles. Nous allons voir l’Hôpital militaire qui renferme en moyenne cent vingt-cinq

malades. Ils sont soignés par les soeurs hospitalières de l’ordre de Saint-Augustin. Un ancien couvent de moines de Saint-Laurent y est adossé. Visité l’église Saint-Jean. Je reviens à l'hôtel, et je pars pour Spa où j'arrive le soir. J'ai cependant le temps de visiter la ville. La route pour y arriver est très-pittoresque. Je vais voir les salles de spectacle, de bal et de jeu, où le désœuvrement blasé vient chercher quelques émotions. Le soir, je revois quelques croquis.

9. — je vais à Verviers. Là, je prends un guide, et nous allons voir la ville qui ne renferme pas beaucoup de

choses curieuses. Croquis de Femmes. (N05 29, 30.) Je vais voir la fontaine du Vieux-Chêne, autrefois ombragée par un arbre de ce nom. Le blason de la ville porte une branche de chêne sur fond d’or, et la légende était Vieux et Vert. Les environs sont très-jolis.

Je reprends le chemin de fer qui me mène à Aix-la-Chapelle. Je loge à l’hôtel du Chemin de fer. Je prends un guide et je vais visiter la Cathédrale. Les reliques qu’elle renferme sont du plus grand intérêt. La ceinture du Christ, un morceau de la corde qui le retint pendant la flagellation, la ceinture de la Vierge, un anneau de N" 29. la chaîne de saint Pierre. Tous les sept ans, on fait voir la robe de la Vierge, le suaire qui enveloppait le Christ, les langes de son enfance et le linge qui enveloppait son corps sur la croix. Toutes ces reliques, grandes et petites, ont été données à Charlemagne, par Haroun-al-Raschid et par Jean, patriarche de Jérusalem. Je suis allé voir l’Hôtel de ville et la salle où se réunissaient l’empereur d’Allemagne et les Grands, après le couronnement dans l’église. J’ai vu aussi dans la cathédrale le siège sur lequel était assis Charlemagne dans son tombeau, et un grand lustre de cuivre doré donné par Frédéric Ier Barberousse. Sur la place de l’Hôtel-de-Ville est une statue en bronze de Charlemagne debout sur une fontaine ; au-dessous est un très-grand bassin de bronze. Dans l’église Saint-Nicolas, il y a deux superbes Rubens,

le Christ sur les genoux de la Vierge , tableau rond placé en haut de l’autel, et une Descente de croix, au-dessous. Tous deux sont d’un très-beau ton ; le saint Jean qui soutient le Christ ressemble à celui d’Anvers. A la place principale est un tableau d’Albert Grim, très-mauvais, et qui prouve que les beaux tableaux ne sont souvent pas compris de ceux qui les possèdent. Été place du Marché-au-Beurre. Croquis d’une arrestation. (Nu 31.)

10. — Je vais revoir beaucoup des mêmes choses. Je retourne à Saint-Nicolas, à la Cathédrale. Je vais voir la parade à la caserne prussienne. On manœuvrait devant un général, et, pour la première fois, j’ai vu faire l’exercice à la prussienne. Je n’ai pas encore vu de soldats manœuvrer aussi bien, ni avec autant d’aplomb; c’était très-beau. Le nouveau casque qu’ils ont fait très-bien en masse et très-mal individuellement. Dessiné un Soldat prussien , en tenue de route; pas de fourreau de baïonnette.

Je pars à onze heures et demie pour Cologne, où j’arrive à trois heures. Je vais à l’hôtel de Disch, où le

Prince m’a donné rendez-vous. Je vais à la poste, où je ne trouve point de lettre de toi. Je visite la Cathédrale,

qui, bien que non achevée, est magnifique. J’y rencontre un jeune homme qui, me voyant embarrassé, me demande à m’expliquer différentes choses. Ce n’était pas pour rien, mais il l’a fait avec beaucoup de grâce. Je pense que c’est un étudiant gêné. J’ai vu la chapelle des trois rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar, avec leurs reliques. Tout le chœur qui est achevé est fort beau. Le vaisseau de l’église est des mieux dessinés et lorsque le monument sera terminé il sera un des plus beaux du genre.

J’ai été voir l’église des Jésuites, qui est trop chargée d’ornements. Son autel ressemble à celui de

Saint-Nicolas d’Aix-la-Chapelle; de chaque côté sont des confessionnaux ouverts en bois sculpté.

L'église de Saint-Géréon, dans la forme romane, est la chose la plus curieuse que je connaisse au point de

vue de l’architecture; elle est peinte à l’intérieur. Il y a une petite chapelle dans le chœur, qui lui-même est

élevé de vingt marches. Vu l’Hôtel- de ville, où il y a une très-vieille tour gothique, du haut de laquelle on voit les églises Saint-Séverin, Sainte-Marie, Sainte-Ursule, Saint-Géréon, les Saints-Apôtres, Saint-Pierre, la chapelle de Saint- Jean-Baptiste, Saint-Martin, le salon de Gürzenich, le pont de bateaux sur le Rhin. Dans la salle, en bas de la tour sont de fort belles tapisseries d’après Van der Meulen. Au milieu de la ville est une tour romaine sur laquelle un Français, pour la conserver, a fait bâtir une habitation. Nous avons été voir l'église Saint-Pierre, où il y a un beau tableau de Rubens , Saint Pierre crucifié la tête en bas. Ensuite la maison Jabach, où demeurait et où est morte Marie de Médicis ; Rubens y est né, rue Sternengasse. Dans l 'église Sainte-Ursule sont conservés les os de onze mille vierges. Le soir, je vais au chemin de fer attendre le Prince.

1 1 . — Je répète avec le Prince la tournée d’hier. Nous visitons la Cathédrale, le chœur, la galerie du chœur, l'orgue, les reliques des trois rois, la chambre du trésor dans laquelle sont les reliques et les objets servant au culte en l’an IV de l’ère chrétienne, une épée de Maximilien de Bavière, électeur et évêque de Cologne, un

ostensoir et une patène en pierres précieuses. Nous allons voir Deutz et le pont de bateaux. Nous revenons à

l’hôtel en passant chez Jean-Marie Farina, acheter de l’eau de Cologne. Le soir, je termine quelques croquis.

I2 Nous partons à neuf heures du matin pour le bateau à vapeur. Nous remontons le Rhin jusqu à

Coblentz. Nous y arrivons à neuf heures du soir.

15 — Je vais de bonne heure faire un Croquis de la ville. Je visite le tombeau de Marceau; j’en copie l’inscription Départ à midi pour Mayence. Les rives du Rhin sont très-pittoresques et très-accidentées. Des deux côtés, il y a une grande quantité de châteaux de l’effet le plus agréable. Nous arrivons le soir à six heures et demie à Mayence.

14 — Je prends un guide à sept heures. Nous visitons la maison de Kellermann, celle de Jean-Bon-Saint- André, ’ ancien préfet de l’empire, le Musée où il y a un tableau attribué à Callot, et un Annibal Carrache.

Nous visitons la maison de Gutenberg, où, dit-on, il est né en 1598, la maison où il a travaillé dans les années 1445, 1430 et 1436. Je vais voir l’église de Saint-Martin brûlée pendant que les Français occupaient la ville, en 1813. Cette église renferme beaucoup de tombeaux curieux ainsi que le cloître. Il y a un Christ au tombeau, dont le costume est remarquable.

A dix heures, départ pour Francfort, nous passons par le pont qui joint Mayence à Castel. Nous prenons le chemin de fer. Nous arrivons à trois heures, nous logeons à l’hôtel de Russie. Nous visitons la Galerie Bethmann, le Cimetière et la Chambre où l’on dépose les morts. Nous voyons la maison où l’on a pris le prince Félix Lichnowski et son compagnon le général prussien Auerswald, membres du parlement, et l’arbre au pied duquel ils furent assassinés, le 18 septembre 184S. Nous faisons le tour de la ville dont les maisons et les promenades sont charmantes ; nous visitons quelques boutiques, une vieille caserne.

, - — Je vais le matin faire un tour dans la ville, dans le quartier juif. A dix heures, je vais avec le Prince

voir V Assemblée constituante de Francfort; j’en fais un croquis. La ville est pleine de soldats de toutes les parties

de l’Allemagne. Dessiné un Artilleur de la Hesse électorale , en tenue de campagne, à la caserne. Nous voyons la maison où demeure l’archiduc Jean, qui est malade, les promenades autour de la ville.

Nous partons pour Heidelberg, où nous arrivons à trois heures. Visite dans la ville qui renferme des maisons extrêmement curieuses. Croquis d'étudiants. Été au château ruiné et très-curieux, d’où l’on a une vue magnifique et très-accidentée.

,6 — Nous partons de Heidelberg à sept heures et trente-cinq minutes du matin, par le chemin de fer.

La route est des plus pittoresques. Nous passons dans le pays de Bade, nous arrivons à Bâle, dont les environs

sont très-beaux. La République vient d'ètre proclamée, ces jours-ci, à Rome et à Florence.

17 — J’entre dans la Cathédrale, le matin. Elle est fort curieuse; une partie date de 1010. Elle renferme des tombeaux intéressants. Celui d’Erasme, JJ 36, du cardinal Fesch, du premier recteur de l’Université, 1466, de la femme d’un margrave, 138,-. Le tombeau de l’impératrice Anne de Hohenberg avec ses deux fils Hartmann et Charles- elle était femme de Rodolphe de Habsbourg. Baptistère ou fonts baptismaux en pierre, 146;. Visité la chambre du Concile où les séances secrètes avaient lieu de 1431 à 1448. Dans cette salle fut détrôné le pape Eugène IV, remplacé par Félix V, duc de Savoie et cardinal. Tombeau des chevaliers de Salis-Samade, du chevalier Reichenstein. Dessiné la Porte de Sainl-Gall, la Fontaine Samson.

Je vais voir le Musée d’artillerie ou arsenal, qui renferme la cotte de mailles, la brigandine de Charles le Téméraire, et le frontal de son cheval. Tableau de Téniers père. Armure de la bataille de Morat. Tableau brode par Joséphine. Poignards bourguignons depuis le xme siècle. Têtes de taureaux et boucs romains. Tableau de Holbein le jeune. Au Musée, sculptures sur bois attribuées à Albert Dürer ; très-beaux dessins et tableaux de Holbein ; manuscrits du rxe siècle ; les cinq livres de Moïse, sur peau et roulés, trouvés dans un couvent à Cayroun. Croquis de la Porte Saint-Paul , de la Fontaine de Holbein.

Le Prince part à midi, et me laisse à Bâle, d'où je dois faire une tournée en Suisse : je le rejoindrai à Genève dans douze jours. Je pars le soir pour Schaffhouse, où j’arrive le lendemain matin à sept heures et demie.

18. — Je loge à l’hôtel du Vaisseau d’or. Je vais voir la ville qui est pittoresque, cependant tout cela est un peu froid. Il fait un fort brouillard, qui commence à se dissiper à midi. Je fais un croquis de la Chute du Rhin ; à Matten, croquis de la Chute du Staulbach. Je reviens le soir, et me couche un peu tard dans une chambre froide.

19. — Je pars à sept heures et demie pour Constance. La route paraît très-jolie, mais le brouillard est trop épais. Je vais voir Arenemberg et Gottlieben, maisons d’été et d’hiver de la reine Hortense et de ses deux fils. Dans le petit cabinet d’entrée est une statue en marbre de Joséphine, le portrait d’Eugène Beauharnais. Tout est entouré de verdure. Le petit appartement est arrangé à l’antique. Une antichambre meublée dans le même goût ; le salon est en forme de tente. Portrait du prince Louis-Napoléon. Tête de Napoléon en marbre ; sur un poêle à gauche, le roi de Rome ; la reine Hortense et ses deux fils. Salle à manger ; plusieurs gravures, le couronnement, le serment du Jeu de Paume, le roi de Rome, Napoléon. Salle du lit, au premier, des lithographies. Bibliothèque. Chambre à coucher; gravures, le Christ qui retire saint Pierre des eaux; vitrail; poêle en faïence. Salle de billard voûtée, sièges gothiques. Au bout du salon, chambre où il y a une reproduction de la Communion de saint Jérôme, une statuette de femme tenant un enfant. Dans une chambre en haut, portrait de Jérôme Napoléon. Dans une tour qui fait pendant à celle de gauche, chapelle, chambres gothiques.

Dans une des tours du château de Gottlieben, celle de droite, est une petite chambre en bois, où Jean Huss fut renfermé.

20. — Je vais le matin voir l’ile de Meinau. Je pars dans une petite voiture, et, par extraordinaire, le temps est superbe. De la hauteur, on découvre l’île, elle est fort bien placée. Pour y arriver, on suit un terrain qui est à fleur d’eau, et qui longe le lac. L’île est élevée, on y arrive par un petit pont en planches. On rencontre à gauche du pont un Christ en croix entre les deux larrons (bronze). Le château n’a pas plus de cent ans. Il y a des portraits des propriétaires modernes, peints par Winterhalter. Des fenêtres, on a une vue magnifique sur le lac. On voit tout le rideau des montagnes de la Saille, c’est un superbe panorama. Je suis revenu par la même route à Constance. J’ai été voir la salle du Concile de 1414, bâtie en 1388 pour une autre destination; longueur, 190 pieds; largeur, 92; hauteur, 20 ; elle a 23 fenêtres, 14 colonnes sur deux rangs. On y voit des choses anciennes fort curieuses : des boucliers du temps des croisades, en sapin recouvert de peau de sanglier, une gourde en cuir de la même époque, une vieille voiture à quatre chevaux, en bois, de 1408, un vêtement de buffle de la guerre de Trente ans, les sièges de Sigismond et du pape Martin qui ont jugé Jean Huss, le costume de Jérôme de Prague. L’après-midi, je dessine un Soldat , et une Mascarade. Le soir, j’ai été voir des bals populaires.

21. — Dessiné un Militaire. Eté voir l’emplacement où a été brûlé Jean Huss. Je vais chez un antiquaire qui a de très-beaux vitraux, de belles porcelaines. Été à l’église catholique qui est très-curieuse. Les bois sculptés du chœur sont de 1416. Monument d’un évêque de Salzbourg, Robert Hallam, mort en 1416; il prit part au concile de Constance. Le buffet d’orgue est remarquable, les portes d’entrée sont très-belles, en bois sculpté. Peinture à fresque de 1311. Très-beau triptyque. Dans le trésor, sont des manuscrits très-beaux avec miniatures. Un rosaire donné par le pape et dont les grains sont de petits globes terrestres. Christ en ivoire très-beau. Une bombe lancée par les Suédois, 1633. Le reste de la ville est peu curieux. L’Hôtel de ville est à colonnes cintrées, mais perdues dans les maisons ; il a peu d’intérêt. Dessiné des Femmes de la forêt Noire. Je rentre faire quelques croquis.

22. — ■ Je pars à six heures du matin sur le bateau à vapeur l’ Helvetia. Nous arrivons l’après-midi à l’île de Lindau (Bavière), qui est liée à la terre ferme par un pont. Sur le pont, je rencontre un soldat (grenadier), dans la tenue française, le sac au dos. Un autre soldat (voltigeur), que j’avais rencontré, et celui-ci viennent de Bologne. Ils ont servi le pape, et ceux qui ont organisé cette troupe, lui ont donné la tenue française pour faire plus d’effet. Je suis charmé de cela, car j’étais très-peiné d’avoir rencontré deux compatriotes aussi niais.

Je fais visiter mon passe-port pour Brégenz. Ici .l’on ne badine plus, cela devient sériêux : on extrait toute la substance du passe-port. Cependant comme j’explique, par le canal d’un galopin qui parle français, que je ne dois rester que quelques jours, on me laisse aller. Je vais dîner à la table d’hôte à une heure. C’est très-incommode, mais il en est ainsi dans toute l’Allemagne. Je pars à trois heures pour Brégenz. Arrivé à la frontière autrichienne, on me demande de nouveau mon passe-port. Nouvelle explication, cette fois par l’entremise du conducteur; enfin me voilà sur la terre autrichienne. J’avoue que cela respire un peu plus l’ordre que dans le reste de l’Allemagne. L’aisance s’y fait sentir, il y a moins de pauvres. Je loge à l’hôtel de l’Aigle d’or, dans une très-jolie petite chambre sur le devant. Je plonge sur un poste autrichien. Ce sont des troupes extrêmement bien tenues comme propreté. C’est moins tendu qu’en Prusse, mais c’est plus confortable. Ces soldats-là sont soumis, obéissants et d’une très-bonne façon : ce sont des Bohèmes, qui sont de Brégenz, régiment du duc de Wellington, n° 42. Il y a de fort belles têtes. C’est moins grossier d’allure, moins commun que dans l’armée prussienne et les autres troupes de la Confédération. Je vais faire une tournée sur le Saint-Gebhard, mais il fait si mauvais temps que l’on ne voit rien.

23. — Le matin, monté sur le Saint-Gebhard, dans une maison où l’on boit du vin du pays ; on a de là un panorama magnifique. On est placé au-dessus de Brégenz, possession autrichienne. A droite, la Bavière ; du même côté, mais plus loin, le Wurtemberg ; au fond, Bade. A gauche de la Saille, limitée par le Rhin, le Voralberg (Autriche). Le premier canton que l’on voit de ce côté est celui d’Appenzel, que le Rhin contourne pour se jeter dans le lac de Constance. C’est une des plus belles vues que l’on puisse avoir. On est placé si haut qu’on peut lire tout cela comme sur une carte géographique. Sur le point où je suis, existait, il y a deux cents ans, un château, Schlossberg, ou Gebhardsberg, détruit par Gustave-Adolphe en 1646. L’Aar coule au pied du Gebhardsberg, et se jette dans le lac entre Brégenz et le Rhin.

Je reviens à la table d’hôte à une heure. Je dois, en même temps, parler au général qui commande ici pour faire poser des soldats. Il y a peu de monde à table. Seulement quatre officiers autrichiens, deux aides de camp du colonel, et le général qui n’est pas beau, mais qui a beaucoup de physionomie. Un hasard heureux me met à côté du général, qui parlait français, et à la fin du dîner, en fumant le cigare, je lui ai fait part de mon désir. Il a été assez complaisant, et demain j’aurai des soldats. Je retourne le soir sur le Saint-Gebhard ; je fais un croquis malgré le vent, la neige et le froid. Je ne veux pas m’en aller de là sans emporter un souvenir.

24. — Le matin, je me prépare. A huit heures, arrivent trois troupiers, un Caporal , un Soldat et un Tambour. Pour qu’ils ne s’ennuient pas, je leur fais servir des cigares, de la bière, et voilà le feu qui commence. Arrive un adjudant-major, un jeune homme très-bien, qui reste spectateur, et qui naturellement fait éteindre les cigares. 11 est resté jusqu’à la fin. On ne plaisante pas dans l’armée autrichienne à l’endroit de la discipline, et on ne veut pas, sans doute, que l’esprit français vienne jeter quelques germes dans l’armée. Ces soldats ont très-bien posé. Portrait-croquis de M. Nekojvan , officier. Après-dîner, je demande au colonel de dessiner le drapeau, et en revenant, je vais me perdre pendant quelque temps sur le Saint-Gebhard. Croquis de la Manière d’éparpiller le fumier dans le pays. Rentré de bonne heure. Je dois, demain, avoir un sapeur, un musicien et un tambour-major.

23. — Je dessine des Soldats toute la journée. Cependant, le matin, j’ai assisté à une messe militaire dont la musique est très-bonne ; après cela, au défilé et à la promotion d’un sergent fait sous-lieutenant. C’est un très-beau jeune homme. Tous les officiers l’ont félicité avec effusion : c’était très-touchant. Il a sans doute fait

quelque chose de remarquable. J’ai vu porter le Saint-Sacrement à un malade. La garde s’est assemblée, a mis

un genou en terre, et s’est découverte : tout le monde dans la rue en fait autant. J’ai fait presque tous les Costumes du régiment, mais il me manque le sergent ; je tâcherai de l’avoir demain.

26. — En allant remercier le général de sa complaisance pour moi, il m’a offert de me donner le costume d’officier général ; ce que j’ai accepté. Il m’a aussi fait venir un Sapeur que j’ai dessiné. J’ai également fait le Cheval du général tout harnaché. Puis le colonel, renchérissant sur le tout, veut poser demain ; ce qui me fait retarder mon départ d’un jour.

27. — Dessiné le Colonel et son Équipement , le Général-major Ulrichsthal. Fait le Portrait de l'hôtesse. Vue du Corps de garde , au moment d’une ronde, la sentinelle criant : « Heraus ».

28. — Fait une Vue de Brégenç. Fini le Corps de garde et le Portrait de l’hôtesse. Parti à midi par le

vapeur qui va directement à Rorschach, où je dessine des Paysans et paysannes. Pris la diligence qui me fait

passer par Saint-Gall où je dîne, et le lendemain matin, à six heures, je suis à Zurich.

1" Mars. — Je vais loger à l'hôtel de la Cigogne. Je refais un peu ma toilette, et je vais voir la ville avec un guide, puis le Musée d’artillerie, fort curieux par sa composition, mais il n’est pas bien rangé. J ai dessiné quelque objets intéressants, mais à la hâte : une Armure allemande, la Cuirasse et le Chapel de Jacob de Ems , un Étendard porté à la bataille de Floiden-Field, i5i3, le Chapel d’Ulrich Zwingle, sa hache et son épée, l’Arbalète de Guillaume Tell. Le soir, je mets ces croquis au net.

2. — Je pars de Zurich, le matin, à huit heures. La route est fort belle, surtout en arrivant à Zug ; plus on avance, plus le pays est accidenté. Bientôt on aperçoit le Rigi- Une portion de la montagne qui lui faisait face s’est écroulée : c’est d’un effet très-beau et qui de la grandeur. Il y a des quartiers de roche qui ont ete lancés à de très-grandes distances, et maintenant beaucoup d’habitations couvrent les débris. Ce serait à étudier, car il y a des effets de terrain superbes. Si jamais j'en ai le loisir, je viendrai etudier ici de tres-belles formes de montagnes. L’été, ce doit être admirable. Nous passons à Schwitz, nous arrivons le soir à Brünen, ou je couche.

3. — Je fais un croquis des Montagnes qui bordent le lac. Le bateau arrive à sept heures, et je pars pour Fluelen. De là, je vais à Altorf, où je fais un croquis d’une Chambre d’auberge. Je vais dessiner aux environs, en attendant la voiture qui doit revenir du Saint-Gothard. A cinq heures, parti de Fluelen pôur Brünen et de Brünen pour Lucerne, où le bateau arrive vers huit heures du soir.

4. — Je vais faire le tour de la ville de Lucerne. Je vais à l’église ; croquis de la Sortie de l'église , croquis de Montagnes. Le soir, je pars pour Berne. Nous allons toute la nuit, et très-doucement : il fait un tres-beau clair de lune. Le pays paraît très-beau.

3. — Arrivé à neuf heures du matin. Écrit au Prince. Trouvé une lettre de ma femme à la poste. Je me promène dans la ville qui est très-curieuse. Toutes les rues de Berne ont des arcades sous lesquelles on circule.

6. Je vais dans la ville voir le grand marché qui est pittoresque, et qui a lieu tous les mardis. Je vais aussi visiter la Cathédrale qui est assez intéressante. La statue, en bronze, de son fondateur est sur la terrasse en face de la place. De là, on a la vue des hautes montagnes ou glaciers. J’ai trouvé, à la poste, une seconde lettre de ma femme. Le soir, je vais voir le bal déguisé.

7. — Je vais voir le lever du soleil, au nord, de l’autre côté de la ville. Il y a des vues superbes. Je rentre, et quitte mon hôtel qui est triste et me rend malade ; je vais à l’ouest. Pose d’une Femme de Berne en costume d’été , Rosina Juni.

8.. — Rosina Juni pose encore dans le grand et petit costume.

9. • — Il tombe une neige très-forte. Je vais au Musée le matin. Dans une armoire est un costume d’Osage. On a introduit dans les pièces de ce costume une ceinture de chasseur du temps de la République française. Dans une autre armoire, il y a des ustensiles japonais, et un plan de la ville de Kakalaki qui est très-bien fait. Dans une troisième, on voit une étoffe brodée provenant de la tente de Charles le Téméraire, et son prie-Dieu, venant de la bataille de Granson. Je vois aussi un dessin et la date de l’éboulement d’une montagne où je Suis passé (le Goldau) : c’est le Spitzebuhl qui a roulé dans la vallée, 2 septembre 1806. Modèle de tombe antique étrusque; un sabre-poignard en cuivre. J’ai fait au conservateur du Musée des observations au sujet de la ceinture républicaine ; il en a pris note.

Il neige toujours. Après le Musée, nous allons voir la salle du Conseil, car le Parlement n’a lieu qu’après Pâques : on, y discute les intérêts du canton. Ce n’est pas très-curieux pour des étrangers. Le bâtiment où se tiennent les séances est assez intéressant. Nous allons voir les deux fosses où sont renfermés deux ours ; il y a une autre fosse où sont placés des cerfs. Comme la neige continue, je ne puis aller dessiner à l'extérieur. Je suis obligé de rentrer ; je mets quelques croquis au net.

10. — Je dessine une Jeune fille de Berne. Vers deux heures, je vais avec mon domestique de place attendre deux autres jeunes filles de Berne que je dois dessiner ; elles ne viennent pas. Je fais le croquis de la Tour de l’Horloge. Il fait très-froid, la neige tombe. Je rentre.

11. — Dessiné une Femme de Berne , Maria Arm , et un Soldat d'infanterie suisse , Jean Æbrehard : détails d’uniforme. Le soir, été au Cirque.

12. — Je vais comme les autres jours à la poste ; rien de nouveau. Je dessine encore Maria Arm, dans son costume d'été. Croquis d’une Fontaine. (N° 32.)

13. — Été dessiner la Porte de l’Horloge. Visite dans le marché.

14. — Je vais finir la Porte de l’Horloge. Dessiné la Fontaine de l'Ours de Berne , et Un Intérieur d’auberge. (N° 33.) Je prépare mes affaires, et je pars pour Thun à quatre heures. J’ÿ arrive à la nuit. Croquis de Deux jeunes filles.

if. — Il neige. Je vais faire un tour dans la ville. Je vais à Scherzligen. Je fais un croquis de la Montagne de Disbach. Je descends à une maison de Scherzligen pour dessiner. La neige tombe si fort que je suis obligé de

revenir.

16. — Je pars à six heures du matin pour Interlaken, Brientz et Lauterbrunn, où je dessine un Intérieur de cuisine. Je suis de retour le soir pour prendre la voiture qui part pour Berne. J’avais été jusqu’au pied de la Jungfrau, mais, accablé par la neige, je n’ai pu continuer ma route.

17. — Je vais à la poste de Berne ; point de lettres. Je pars de Berne pour Fribourg, où j’arrive vers deux heures. Je vais avec un guide faire une grande course dans la ville. Je vais voir les ponts en fil de fer, qui sont d’un seul jet et d’une grande hardiesse ; la Cathédrale ; l’ancien collège des Jésuites qui a été saccagé. Je visite aussi un couvent de femmes, sous l’invocation de saint François d’Assise. La chapelle est tenue avec grand soin, et ornée de fleurs artificielles dans lesquelles elles excellent. J’en ai acheté, afin d’avoir occasion de les voir de près. Je vais à la porte du haut de la ville, qui de là prend un aspect fantastique.

18. — Je pars à huit heures du matin pour Morat, qui est dans une charmante position sur le lac. Le monument qui rappelle la bataille est un obélisque dans la plaine, mais il n’y a plus d’ossuaire. Nous arrivons dans l’après-midi à Neuchâtel. Je vais faire une course avec un domestique de place. Je vais voir l’ancienne église qui est aujourd’hui un prêche. Il y a encore le tombeau des comtes de Neuchâtel, qui est fort curieux. On lit dans l’église une inscription qui date de la Réforme, et qui est ainsi conçue: « IJ50, le 23 octobre, l’Idolâtrie fut abolie par les bourgeois. » Il y a aussi un vieux monument, la Halle ou Marché aux grains, qui est de 15:70. J’ai été au Musée qui renferme quelques objets sauvages et indiens assez intéressants. La position de la ville sur le bord du lac est charmante. Elle a devant elle, de l’autre côté, les plus hautes montagnes de la Suisse.

19. — Je pars de Neuchâtel à cinq heures du matin par la poste. Je passe par Granson, et de là, nous arrivons vers midi à Lausanne. Je fais une tournée dans la ville qui est très-pittoresquement établie sur des collines ; aussi faut-il beaucoup monter. La Cathédrale est assez originale. J’avoue que j’ai le cœur serré de voir les réformés posséder ces monuments qui ne sont pas faits pour eux. Us sont là comme en hôtel garni. Je ne suis pas très-dévot, mais enfin, je ne trouve rien qui aille à l’âme dans ce que disaient ceux que j’ai entendus : c’est l’ennui personnifié. Je suis parti à une heure un quart par le bateau à vapeur qui parcourt toute la longueur du lac et vous permet de jouir d’une très-belle vue. Je suis arrivé à Genève à cinq heures, j’ai été à la poste. Il y avait trois lettres de ma femme et une du Prince, qui est parti d'ici le 26 février pour rejoindre le grand-duc de Toscane.

20. — Je me lève de bonne heure. Je refais ma toilette qui est très-délabrée. Je visite la ville avec un M. K... que j’ai connu à Vosnessensk. Nous allons au Musée, qui n’abonde pas en bonnes choses. Il y a des tableaux de quelques peintres, et que l’on nomme pompeusement école de Genève. Je vais sur la place qui est dans une position admirable, et d’où l’on découvre une vue splendide. La ville de Genève est, au point de vue moderne, une des plus belles de la Suisse. Le soir, nous allons au spectacle : on ne joue qu’une fois la semaine. Ce n’est pas trop mal, il y a de bons acteurs.

21. — J’écris à ma femme ; je vais mettre ma lettre à la poste à midi. De là, je vais chez M. Bautte; la lettre que j’attends n’est pas encore revenue de Berne. Je vais au tir avec M. K..., nous tirons cent dix coups de carabine.

22. — Je fais quelques courses dans la ville. Vers midi, je pars pour Ferney visiter l'habitation de Voltaire, placée au milieu d’une très-belle vallée, d’où l’on a une vue magnifique. Le Jura, d’un côté ; de l’autre, le Mont-Blanc, et toutes les montagnes qui l’environnent. La maison est en réparation ; il est donc difficile de juger ce qu’elle a été. Cependant, à de certains restes, tels qu’un poêle, un dessus de porte, une glace, ce devait être d’assez mauvais goût, et je ne sais pourquoi cette habitation ne m'inspire rien du tout. Rentré de bonne heure. Promenade dans la ville.

23. — Je vais déjeuner avec M. K... et le baron Müller. Je vais à la poste, où je trouve une lettre de ma femme, du 20 mars. J’ai écrit le 21, elle doit avoir ma lettre maintenant. Je vais voir le peintre Hornung, qui est un homme de talent. Je fais mes préparatifs de départ. Le Prince me fait dire qu’il a conclu avec Gihaut pour l’Espagne. Tant mieux ! je ferai mes efforts pour que l’ouvrage fasse honneur à tous. Je pars demain pour Alexandrie, Turin, Gênes, et de là pour Florence. Je passerai à travers l’Italie, où j’espère voir l’armée autrichienne et celle de Charles-Albert. (Il n’y a eu d’exécuté pour le Voyage en Espagne que la planche des Catalans et la préparation de celle des Montreurs de Marionnettes .

24. — Départ à neuf heures du matin. Nous arrivons le soir à Chambéry, où l’on nous apprend la bataille de Novare. On dit que les Piémontais ont fait 10,000 prisonniers ; puis, qu’ils ont perdu la bataille, que les Lombards se sont tous enfuis, et Ramorino, leur commandant, un des premiers. Nous partons la nuit en voiture. Nous sommes à trois heures et demie au mont Cenis, criblés par la neige.

26. — A quatre heures et demie du matin, nous entrons à Turin; je me loge à l'hôtel Feder. Je fais ma toilette, et je vais aux nouvelles. Les Piémontais ont été battus. Je vais sur la route de Novare.

Un grand nombre de soldats reviennent, les uns sont petits, les autres sont en loques, un entre autres était couvert de bouts de ficelle. (N° 34.) Le soir, j’entre dans un café au centre de Turin, mais on est sans nouvelles.

27. — Nous allons voir dans la journée la reconnaissance du nouveau roi Victor- Emmanuel par la garde nationale. Nous nous occupons

Dans la nuit, un officier à cheval

28. — A quatre heures et demie du matin, nous arrivons à Vercelli, où nous passons quelques heures. Nous voyons beaucoup de débris de l’armée piémontaise qui est complètement dispersée. On ne sait encore rien de

l’issue de la guerre. Je dessine des Piémontais escortant une charrette (n° 33), Une Halte de soldats. (PI. 22, fig. 1, 2.) Nous partons à onze heures et demie pour Novare. Tout près de Vercelli, je dessine encore un Petit Poste. (N° 36.) En route, nous voyons l’endroit où les troupes autrichiennes ont campé ; elles n’ont pas fait beaucoup de dégâts. Je fais plusieurs croquis de Morts , entre autres, Un Croate à demi enterré dont les bras sortaient de terre. Nous arrivons à Novare, où nous voyons tous les résultats d’une affaire. Nous allons chez le général autrichien commandant la ville, qui nous n» 55. donne une permission pour visiter les casernes, le camp; les Troupes n° 56.

campent dans les rues. (PI. 23, fig. i.)Un autre général nous donne un aide de camp qui nous explique comment l’affaire s’est passée. Nous allons pour cela sur le terrain même, où nous voyons tous les débris et les dégâts qui ont eu lieu. Cinq Hongrois ( Croates ) morts étaient encore derrière un mur. Quelle chose horrible que la guerre, et comme ceux qui y poussent devraient y être envoyés eux-mêmes les premiers ! Voici le petit plan de la bataille. J’ai fait un croquis *de Santa Maria délia Bicocca ; une autre vue de l’Abbaye de Porto-Franco , il Casinone , et le Terrain où l’on s’est battu. Vue prise de la caserne Négri, ou Casa Bicocca, Casa Bobi.

29. — Nous allons voir les hôpitaux et nous assistons à des amputations de bras et de jambes, choses que je n’ai pas encore vues. 11 y a beaucoup de blessés, c’est horrible à voir. On entend dans tous les coins des plaintes étouffées qui déchirent le cœur. 11 y a surtout un Blessé hongrois que l’on ne peut endormir, et qu’il faut opérer quand même. Nous allons de là voir les différentes places où l’on s’est battu. Rentré tard.

30. — Je vais dessiner l' Emplacement de la bataille , mais il pleut beaucoup : cela me gêne. Je suis obligé de céder au mauvais temps : je reviens à l'hôtel.

31. — Je mets au net un croquis, et je vais chez le Général Thurn. Je fais son portrait; ceux du Général comte de Degenfeld , du Général comte de Culo{, du Capitaine d’état-major N ad 1er, du Premier lieutenant Becken , aide de camp du général Culoz, du Commandant Aûrnhammer. Après ces portraits, je dessine des Soldats autrichiens jusqu’au soir, et une Coiffure de femme.

du départ pour Vercelli; nous partons par la diligence à sept heures du soir, demande au conducteur de lui donner des nouvelles de son artillerie.

1" Avril. — Je fais le portrait du Lieutenant-colonel d'état-major Burdina, et celui de quelques Soldats. A midi, nous allons sur l’emplacement de la quatrième division qui, dans un mouvement à droite, s’est placée entre Novare et Vercelli sur les derrières de l’armée piémontaise, et a décidé par ce mouvement la retraite de cette dernière. C’est accompagnés de l’état-major du général Thurn que nous avons été sur le terrain. Nous revenons, et je dessine différents costumes, Hulans , Dragons , le général Culo\ et deux Aides de camp.

2. — Je vais faire un croquis d’un Lieutenant de lanciers. Je vais chez le général Thurn. De là, je me rends sur le Terrain de la bataille où je fais un croquis, puis un autre croquis sur la Route de Novare, et oit a eu lieu le combat de nuit. Un général vient à passer, qui me mène à la ferme Sainte-Marguerite où s’est arrêté Charles-Albert, et où il est resté trois heures sous le nom du colonel comte de Bargé. Je reviens à la maison ; je fais quelques Croquis d’officiers. Nous partons le soir à six heures. Nous passons à la ferme où est le Fils d’un général , qui a eu la jambe emportée ; je fais un croquis de sa figure que je laisse pour son père. Nous arrivons à Vercelli à neuf heures, nous attendons la poste qui nous prend à midi et nous mène à Pavie. Près de Vercelli, j’ai dessiné un Avant-poste de hulans.

3. — Nous prenons une voiture qui nous mène à Novi. Nous passons sur le terrain de la bataille de Marengo ; il y a là une belle propriété où est la statue du premier Consul. Nous arrivons à Novi. Il y a beaucoup de troupes -, on nous dit qu’il y a une révolution à Gènes. Nous sommes très-embarrassés pour savoir comment nous pourrons entrer dans cette ville, où nous devons nous embarquer pour Livourne, et comment nous pourrons avoir nos malles. Nous séjournons ici, car mon compagnon est malade.

4- — Nous partons de bonne heure de Novi pour Voltri; la route de Gênes est interceptée par les troupes piémontaises se dirigeant vers cette ville, qui s'est révoltée, poussée par je ne sais quel délire. Nous voilà donc en voiture ; il pleut beaucoup. Nous arrivons enfin à un village dans les montagnes, où l’on nous donne des chevaux pour les traverser. Ce voyage est des plus pittoresques. Les montagnes sont très-sauvages, d’un ton généralement vert-de-gris, et blanc au sommet le plus élevé. Lorsque nous découvrîmes la mer, le canon de Gênes se faisait entendre. La révolte était commencée, mais déjà les Piémontais attaquaient par différents côtés à la fois. A ce moment, nous étions au milieu d’un énorme troupeau de petits moutons bêlants. Nous découvrions une très-grande quantité de montagnes et une immense mer unie, et au milieu de tout cela, une ville bombardée. En descendant dans Voltri, il y avait une espèce de fête militaire ; c’était l’arrivée du général La Marmora. 11 nous fut impossible de trouver un gîte. Nous allons plus loin, et nous couchons chez un pêcheur. Le feu continue toute la nuit.

). — Nous allons vers Gênes, très-près d’une des portes. Les boulets et les obus passent par-dessus nos têtes, et viennent s’enfoncer dans la terre des jardins qui nous entourent. Je fais quelques observations à mon compagnon qui n’a pas l’air d’entendre, mais je m’aperçois que c’est de l’affectation. Je fais de même, et comme je suis assez entêté de ma nature, nous restons si longtemps qu’il demande à aller se coucher. Je trouve qu'il est parfaitement ridicule de se fourrer dans le danger sans nécessité. Enfin le bombardement continue, et, par conséquent, on ne peut pas entrer. Les troupes ont fait de grands progrès, elles tiennent presque tous les forts et quelques positions dans la ville. Dessiné des Facchini et des Génoises coiffées de la mantella blanche. Nous revenons coucher chez un particulier qui loge des soldats. Le bombardement continue toujours ; on doit, dit-on, cette nuit lancer les troupes dans l’intérieur.

6. — J’écris au Prince et à ma femme. Je vais à la porte de la ville, près la lanterne (le Phare) pour savoir des nouvelles. Gênes tient toujours et les coups de canon se succèdent avec rapidité. Il pleut légèrement.

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