Il pleut encore. Je
vais de nouveau près du phare ; il y a là une batterie. Tout est n- 37.
à peu près dans le même état.
On dit que Gênes a envoyé une députation a Turin. Elle veut bien se rendre, mais les principaux insurgés qui tiennent les forts menacent de brûler la ville si celle-ci fait sa soumission. Belle position! Je fais des croquis de Piémontais , et de Voitures de bagages. (PI. 23, fig. 2 ; pl. 24, fig. 1 ; n° 37.)
8. — Il pleut. Je fais un croquis de Costume de femme génoise et quelques Soldats. Gênes est toujours fermée. Les habitants voudraient bien se rendre, mais les hommes qui occupent les forts s’y refusent, et menacent de tout bombarder. Deux bateaux à vapeur français sont arrivés. Les soldats qui logent dans la maison où nous sommes (deux compagnies) sont changés ; l'une de ces Compagnies est de garde au phare. (N° 38.)
9. — Troisième jour de pluie. Je fais quelques Croquis à l’intérieur. (Nos 39 et 40.) Demain 10, l’armistice expire. Je fais des vœux pour que la ville ne soit pas de nouveau bombardée.
I0. Je fais quelques Croquis dans la maison. Nous voyons partir beaucoup de soldats. Nous allons voir
si l’on peut entrer en ville. Arrivés à la première porte, on nous dit qu’il faut un permis ; nous allons le chercher à l’état-major. Nous entrons. Tout le monde est sous les armes, les canonniers à leurs pièces : c’est très-curieux. On entend beaucoup de coups de fusil dans le faubourg ou quartier de Carignan. On nous dit que
c’est la garde nationale qui se bat avec la populace. On nous fait faire un détour à droite, et nous arrivons devant une énorme barricade en balles de coton avec des embrasures pour des pièces de canon. Nous demandons à aller au delà, mais on nous prend notre permission que nous trouverons au retour. Aussitôt que nous avons passé la ligne des postes, la ville respire un air de contentement. Il paraît que tout est fini. Les barricades sont en train d’être démolies, et avec l’ardeur que l’on y met, les traces en auront disparu demain. Nous allons à la diligence pour avoir des nouvelles de nos effets ; ils sont en très-bon état. Rien n’a été dérangé. Je fais immédiatement un tour dans les rues pour voir les Barricades dont j’ai pu prendre une ébauche. Les dégâts , ne sont pas aussi grands que je le croyais. Il y a eu n* 40. plus de bruit que de mal : c’est très-heureux. Cependant j’ai vu une petite maison percée à jour depuis le faite jusqu’en bas. Il y a beaucoup de barricades en balles de coton ; c’est un excellent rempart. Dessiné la barricade de la Strada Lomellina ; de la Place de la Barsena ; de la ’ Strada del Campa, de la Strada del Ponte reale, devant l’hôtel Feder. Croquis de Chanteuses dans un café. (N° 41.)
11. — Je vais dessiner quelques Batteries occupées pendant le siège et servies par la garde nationale.
Batterie basse. Batterie de la place Saint- Thomas, trois pièces :
i° Un obusier de trentedeux, court; 20 une pièce de siège de seize à deux flasques ; 30 une pièce de montagne de quatre . Acette barricade, ily avaitsoixante Français et Polonais, qua- . treàcinq prêtres, quelques moines, des gardes nationaux, des portefaix et des marins. Elle était formée de pavés et de dalles.
Au bastion Saint-Thomas, deux pièces.
Au-dessous du fort Saint-Georges tenant à l’église de la Consolation, une batterie trente-deux, courts, commandée par Favre (habit bourgeois boutonné, képi, un grand porte-
de deux •voix à la
obusiers de main.)
Batterie qui précède la batterie de l’épreuve. Batterie de l’épreuve ; marins et gardes nationaux, quelques hommes du peuple.
Barricade, près de la place de l’Annonciation, entrée de la rue Balbi ; barricade en haut, près le monument de Colombo.
Dessiné différents Uniformes de soldats italiens. Les troupes sont entrées aujourd’hui en ville. Il y a une bonne proclamation du général La Marmora. Amnistie générale, excepté pour les particuliers dont voici les noms : général Avezzana, Davide Marchio , Ottavio Lazotti, Didogo Pellegrini, Constantino Reta, Nicolo Acama, Antonio Gianni, Borzini, Gio. B. Cambiaro, Federico Campanella, Gio. B. Albertini,
Webers.
12. — Je vais chercher une permission pour dessiner, car les Piémontais ont pris possession de tous les postes. Cela me fait perdre un peu de temps. Aussitôt que je l’ai obtenue, je vais dessiner une Batterie qui a été occupée par la garde nationale. Rentré le soir de bonne heure. On raconte que les chefs de l'insurrection se sont enfuis, chacun avec un million.
13. — Je vais dessiner des Bersaglieri. (N0' 42, 43, 44, 43, 46.) Je rentre de bonne heure rectifier quelques croquis.
14. — Je vais à la caserne des Bersaglieri dessiner des Costumes. De là, je vais à la rue Charles- Albert, dessiner la Grande barricade ; ensuite à l’arsenal, dessiner des Canons dont le peuple s’est servi, l’Obusier et une autre Pièce qui étaient à la grande barricade. Je vais voir une petite batterie que je dessinerai demain.
13. — Je vais dans le palais Doria dessiner la Position des insurgés ; je ne puis terminer à cause d’une grande pluie. Le matin, je me suis procuré les journaux qui ont paru pendant l’insurrection.
16. — Je vais le matin dessiner les Ruines du fort Saint-Georges , où était l’emplacement de la petite batterie d’obusiers de 32, des insurgés (pl. 24, fig. 2); V Ancienne église de la Consolation , près le fort Saint-Georges, où ils se réfugièrent pour charger leurs armes. De là, je vais au Phare que je dessine ainsi que la Maison où
nous avons demeuré pendant le bombardement, la Galerie du palais Doria , la Croix de Saint-Pierre d’Arena.
Sujets à faire. (Projet d’ Album sur la révolution de Gênes.)
i° Révolution dans Gênes. Proclamation de la République.
2° Poste populaire. Barricade.
30 A la Banque, les moines montent la garde avec des fusils anglais.
40 Les Piémontais attaquent la place.
3° Grande Barricade de la rue Charles- Albert, place Saint-Thomas. La population s’y défend avec vigueur. Il y a trois pièces ; un grand canon à deux flasques ; un obusier, |ancien modèle, à deux flasques, et un autre
canon. Il y a eu huit hommes tués, plusieurs blessés. La barricade était faite avec des pavés, des caissons, de
la terre, des dalles de rue et des balles de coton. Elle prenait toute la largeur de la rue.
6° Batterie de l’épreuve (de la cave), servie par la garde nationale et les marins.
70 La nuit à la Batterie de l’épreuve.
8° Campement de l’armée piémontaise au bord de la mer.
90 Sortie de plusieurs familles de Gênes.
io° Escalade des Bersaglieri, au palais Doria.
1 1° Vue des ruines du fort Saint-Georges, prise du palais Doria.
12° Batterie établie par les Piémontais dans la Grande-Rue.
130 Batterie d’obusiers des insurgés, contre l’église de la Consolation (fort Saint-Georges).
140 Insurgés.
1 30 Refuge des insurgés, église de la Consolation.
Je reviens à la maison à deux heures et demie, et nous partons par la diligence, à quatre heures, pour Pise. Nous passons par un pays charmant et très-pittoresque. Nous sommes le soir à Rapallo, à Chiavari, où il y a des Bersaglieri et des Gardes nationaux en armes. Nous passons la nuit en voiture.
17. — Croquis d’un Fourgon piémontais, d’une Diligence et de voyageurs passant sur un bac, près de la Magra. (PI. 25, fig. 1, 2.) Nous arrivons le matin d’assez bonne heure à Sarzana, où il y a un petit fort très-pittoresque; croquis de Paysans. (PI. 23, fig. 3,4.) A Avenza (duché de Modène), nous rencontrons une avant-garde d’Autrichiens, et à Modène, nous les trouvons installés; ils y rétablissent l’autorité du grand-duc. Il y a 1,200 hommes. On voit des drapeaux bleus et blancs dans beaucoup d’endroits. Nous avions déjà rencontré un soldat hongrois escorté par quatre ou cinq paysans et par des gamins qui avaient l’air de le fêter. Ils portaient quelques petits drapeaux bleus et blancs. A Carrare, il y a aussi des Autrichiens. Nous arrivons vers quatre heures du soir à Pietra Santa, où je fais un croquis de la Route et de l'Hôtel de l’Union , tenu par Bertola. Nous partons pour Pise, et sur la route, vers minuit, nous passons à travers une foule de paysans qui brûlaient un arbre de la liberté en criant : « Viva Leopoldo Secondo ! » Ils ont vociféré autour de la voiture sur laquelle ils ont fait une décharge. Plus loin, c’est la même chose, et nous sommes forcés de coucher dans une auberge. On nous dit que Pise est révoltée, et qu’on ne peut y entrer. Nous avons avec nous un voyageur français, négociant, et sa femme qui est très-spirituelle, mais le mari est d’une poltronnerie très-comique. Il avait d’abord affiché une grande confiance, mais lorsqu’il entendit la fusillade, il fut tout à fait décontenancé, et fit les réflexions les plus singulières avec la plus grande naïveté.
18. — Nous partons de bonne heure, et nous entrons dans Pise qui est pavoisée de drapeaux aux couleurs italiennes. On crie partout dans les rues : « Viva Leopoldo secondo ! » La garde nationale est sous les armes, la population s’arme aussi. On dit que Livourne se dispose à attaquer la ville. Tout à coup, sur les quatre heures, les portes se ferment, les barricades s’élèvent devant elles. La population monte sur le rempart, armée de fusils. On dit que les Livournais ne sont plus qu’à quatre milles ; la guerre est à l’ordre du jour. Les paysans du territoire de Pise entrent en criant aussi : « Viva Leopoldo secondo ! » On les place derrière les barricades, et l’on attend les Livournais qui n'arrivent que dans la nuit. On entre en pourparlers. Ces derniers sont exténués de
fatigue et de faim, car les paysans, qui ne sont pas pour la République, leur ont refusé toute espèce de comestibles. Ils ont été réduits à louer des chevaux pour traîner leurs canons. Arrivés à la porte de Pise, ils demandent à entrer, mais on leur dit de déposer leur armes ; ce qu’ils font sans difficultés. Ils déposent donc 1,300 fusils et 3 pièces de canon. On les fit manger, et on les réexpédia sur Livourne. L’un d’eux disait : « Quel malheur de faire la guerre , quand on a le ventre vide ! » Je ne sais s’ils avaient été dépouillés en route, mais ils étaient presque en chemise, et souvent même ils en manquaient; pas de chaussures. C’est dans la nuit du 18 au 19 qu’ils se sont rendus. Dessiné des Habitants de Pise (n° 47), et des Enfants jouant sur un canon. (PI. 26, fig. 1.)
19. — Je vais dessiner la Barricade où sont venus les Livournais, et des Portefaix toscans. (N° 48.) De retour, je prépare mes affaires pour partir. Je conduis M. K... au chemin de fer de Florence, et je pars pour Lucques où l’on me dit qu’est le Prince en ce moment. J’arrive vers quatre heures, mais il est parti pour Gaëte, d’où il ne reviendra que dans six jours. Je refais ma toilette qui est en mauvais état, et je finis mon journal.
20-21. — 11 pleut beaucoup. Je travaille aux Dessins de M. Zichy. Je fais une petite promenade dans la ville. MM. Sainson, Tolentino et Jaunez (secrétaires de M. Demidoff) arrivent.
22-24. — Il pleut toujours. Je termine enfin les Dessins Zichy. Je mets au net quelques croquis de Novare.
25:. — Je travaille à la rectification de quelques croquis. Je reçois une lettre de ma femme ; j’y réponds. Vers le milieu de la journée, on entend le tambour et le tocsin. Les paysans, dit-on, sont à la poursuite des soldats de la légion étrangère formée par les révolutionnaires. Je vais les voir passer sur la route ; ce rassemblement est très-curieux. Ils marchent avec assez d’ordre, armés de toutes façons, munis, en général, d’un fusil de chasse à un coup. Les paysans n’approuvent pas du tout ce que les villes organisent. Les corps créés par elles sont traqués par les campagnards. Ce qui prouve que l'on peut faire toutes sortes de théories dans un café, mais que pour l’application, il faut compter avec la population. On a voulu faire une levée de 3,000 hommes à Florence, pour marcher contre Livourne, mais ils ne veulent pas, disent-ils, s’armer contre leurs frères. Si c’était contre les Autrichiens, ils s’inscriraient aussitôt. Dieu veuille que la France n’intervienne pas pour un tel peuple qui ne sait que hâbler!
26. — Je rectifie quelques croquis. Je visite la ville de Lucques. 11 y a des églises très-curieuses qui doivent être de l’époque byzantine. Le bruit court que la République de Rome est renversée. De retour, je prépare des feuilles pour demain.
27. — Rectifié des croquis. Je vais à Lucques dessiner des gardes civiques, Major et Soldat. Visite dans l’église de San Martino (cathédrale) -, c’est une fort belle construction de la Renaissance. Tableau de Fra Bartolommeo, très-remarquable ; tombeau et sculptures par Matteo Civitale, Lucquois. Il y a aussi une relique qui ne sera visible que le Ier mai ; c’est le Volto Santo. On ne le découvre que dans les calamités publiques ou après de graves événements. Cette fois-ci, ce sera à cause de la réconciliation des Toscans et du retour du grand-duc. Nous allons voir une autre relique. C’est, dit-on, une domestique qui donnait tout ce qu’elle gagnait aux pauvres ; elle volait même ses maîtres. Un jour, on la prit sur le fait, et on lui demanda ce qu’elle avait dans son tablier. Elle répondit : « Des roses. » Elle ouvrit son tablier, et, en effet, ce qu’elle avait pris était changé en roses. Cette sainte est exposée dans son entier sous une châsse. Chacun apporte quelque chose de précieux à faire toucher. La foule est très-considérable ; c’est la fête des Domestiques. La sainte s’appelle Zita; elle est dans l’église de San Frediano.
Croquis de la Barricade établie par les insurgés sur la route de Pise à Livourne, un peu en avant de Florence. Joueurs de boules sur la grande route.
28. — Je travaille à un croquis. On apprend dans la journée que les Français sont à Civita Vecchia ; on parle d’une révolution à Rome. On dit aussi que les Autrichiens doivent aller à Livourne. Un bataillon de Bersaglieri est arrivé à Lucques, on ne sait d’où. Je vais faire une promenade.
29. — Je travaille à une petite composition de la Bataille de Novare. A midi, je vais dans Lucques, à Santa Maria in Corte Orlandini, puis à San Martino. On disait que le Volto Santo se voyait aujourd’hui ; mais ce ne sera que le i" mai. Je visite San Michèle, puis l’église des Franciscains et son cloître qui n’a rien de remarquable, et enfin l’église des Capucins, où il n’y a jamais d’ornement de métal. Je vais voir un ancien cirque qui sert de marché et San Frediano. Je reviens par les remparts dont la promenade est des plus pittoresques. Il y a des points de vue charmants. Je retourne à Pise à six heures du soir.
30. — Je travaille à quelques petites compositions. Le soir, je vais voir préparer, à Lucques, l’exposition du Volto Santo pour le j« mai. Je vais h la sacristie pour voir les bijoux qui doivent l’orner demain. Ils se composent d’une couronne en or pesant 10 kilos, ornée de pierres précieuses et surmontée d’une croix, puis d’un bijou singulier par sa forme également orné de diamants à l’état brut. Je vais aussi voir les préparatifs dans la chapelle.
!■' Mai. — Je fais un dessin. A deux heures, je vais voir le Volto Santo exposé pour le rétablissement de la paix en Toscane. C'est un Christ en croix, en bois sculpté, très-foncé et d’un assez beau caractère. Il est plus grand que nature et doit être très-ancien. On le costume en empereur byzantin. La robe a des ornements d or. Il a une couronne, un collier, une plaque en diamants sur la poitrine. Une foule considérable vient voir cette figure.
2. — Je pars de Lucques à onze / heures pour Florence, où j’arrive à
quatre heures. M.Jaunez m’attendait et m’avait préparé un logement à San Donato. Il est toujours sans nouvelles du Prince.