Je vais à sept heures à
Florence acheter des couleurs, puis à la poste, où il n’y a rien pour moi. Divers bruits circulent sur
l’expédition française. Les uns disent que les Français ont été battus, les autres qu'ils sont sous les murs de Rome. A onze heures et demie, je repars pour Lucques, où j’arrive à quatre heures. Je vais voir le
Te Deum chanté dans la cathédrale,
à la suite de l’exposition du Volto Santo. Toutes les confréries sont venues dans la journée ; j’en rencontre encore beaucoup. Elles portent des cagoules noires ou blanches. Elles sont toujours précédées d’un Christ en croix et de quatre lanternes en bois doré. Les femmes suivent par derrière. Un cheval, qui s’est débarrassé de
son cavalier, s’est mis à caracoler au milieu de la foule, qui a pris la fuite, les plus éloignés croyant a un
mouvement populaire.
4. — Je prépare un dessin. A dix heures, le Prince arrive ; il est fort gai. Il repart aussitôt, et je dois le rejoindre à Pietra Santa, où j’arrive à deux heures. Là, je reste quelques heures. Le Prince revient de Massa, et me donne quelques lettres de recommandation pour le général d’Aspre. Je vais moi-même à Massa pour obtenir la permission de suivre sa division. Croquis de Soldats autrichiens , près de Massa (n° 49), et d’un Petit Poste, au clair de lune.
(PI. 26, fig. 2.) Je reviens tard à Pietra Santa.
y. — Je me lève à trois heures du matin, et me prépare à partir. J’ai loué un cheval. A six heures, l’avant-garde autrichienne entre dans Pietra Santa.
L’état-major y vient, et la 1 ™ division défile devant celle du général en chef, baron d’Aspre. (N° yo.) Je vais
avec la 2® division, qui se dirige sur Lucques. Nous n’arrivons qu’à cinq heures du soir. Les soldats étaient très-fatigués; ils étaient sur pied depuis trois heures du matin. Le trajet de Massa à Lucques est d environ vingt-huit milles. Je suis enchanté d’avoir vu une armée en marche ; je sais maintenant ce que c est. Il y a beaucoup d’ordre dans l’armée autrichienne ; pas un seul soldat ne s’est écarté de la colonne. Elle se composait de : une avant-garde de hussards hongrois (bleu clair, ornements jaune et noir, shakos vert foncé), et de quelques soldats bohèmes à pied. Venait ensuite le régiment de hussards, puis les troupes de Modène, infanterie et cavalerie, enfin un régiment bohème avec une avant-garde, car chaque corps a la sienne. L’infanterie allemande avait l’habit blanc, la capote en bandoulière ; les chasseurs ont pour couleur distinctive le vert foncé. Alors suivait l’artillerie (trois pièces et des raquettes), qui ne ressemble en rien à la nôtre. Les soldats sont a cheval sur la pièce, au lieu d’être assis ; ce qui les force d’avoir des pièces plus courtes, et d un calibre plus petit. La portée est donc moins grande; mais il paraît qu’ils s’en servent très-bien. Le général ma dit : « Nous approchons davantage, et la partie devient égale. » Après l’artillerie, un régiment d’infanterie hongroise avec son avant-garde. L’infanterie hongroise (habit blanc, couleur distinctive rouge foncé), venait par le carrefour, tirailleurs en avant. Ensuite un autre régiment de hussards hongrois, et des bagages en grand nombre. Les aides de camp avaient le chapeau recouvert de toile cirée. Il y a eu deux haltes, et l’on est arrivé à cinq heures à Lucques. Croquis d’un Poste. (N° 51.) On doit repartir bientôt pour Pise et Livourne.
Tous les habitants des campagnes paraissent très-contents de l’arrivée des Autrichiens pour rétablir le calme dans Livourne. La troupe toscane n’est pas capable de le faire, et ce désordre, s’il n’était réprimé, pourrait durer bien longtemps. Les villes paraissent moins satisfaites; cependant beaucoup de gens désirent la présence des soldats étrangers.
C’est une chose incroyable que le peu de portée d’esprit des Italiens; ils passent le temps à se tromper eux-mêmes. Il n’y a aucune police, et cependant on rencontre partout des gens en uniforme, des officiers, mais qui ne sont occupés qu’à fumer ou parler. Enfin le soir, je suis revenu après avoir vu entrer les Autrichiens à Lucques, musique en tête. Je n’ai jamais entendu une musique aussi bonne ; elle est, en général., composée d’instruments à vent. Je me couche de bonne heure, car je suis très-fatigué. J’ai passé quatorze heures à cheval.
g, Je me lève de bonne heure ; je ne me sens plus de la fatigue d’hier. Le Prince me fait demander et
me prévient que l’archiduc Albert désire voir mes croquis. Nous y allons à onze heures trois quarts, et nous revenons vers deux heures. Je vais avec MM. Sainson et Octave dans la ville de Lucques pour voir les différents camps. Il y a des choses extrêmement pittoresques, telles que l’infanterie hongroise campée dans le palais. Nous revenons le soir. Il y a un grand dîner chez le Prince, auquel assistent le général en chef, baron d’Aspre; son chef d’état-major, Schmerling; le baron Hügel, et plusieurs autres officiers. Après dîner, je leur fais voir mes dessins.
7. — Je me lève à six heures. Je prépare mon sac, car on doit partir à une heure pour Pise. Nous partons à midi par le chemin de fer avec un grand nombre de soldats (volontaires de Vienne). Nous logeons à Pise à l’hôtel Peverada. Je vais faire un tour dans la ville, qui est remplie de militaires. On se dispose à partir demain pour Livourne qui est résolue à ne pas se rendre.
8. — Je mets au net quelques croquis. J’écris à ma femme. Dessiné la Garde montante (n° 5:2), et des Officiers autrichiens au café.
(PI. 27, fig. 1.) Nous allons sur la route de Livourne voir les avant-postes des révoltés ; mais comme on est éloigné de cette ville de quatorze milles, il s’ensuit que nous sommes obligés de revenir sans avoir rien vu. Le soir, croquis.
9. — Je vais voir le Campo Santo, le Baptistère et la Tour penchée. De là, à midi, nous allons à la revue de la division aux Cascine. 11 y a une grande Distribution
de médailles (n° y 3), ce qui est très-curieux. Voici l’ordre du défilé: T Dragons modénais; 20 Chasseurs styriens; 30 Régiment de Furstemberg; 40 Volontaires viennois; Régiment Kinsky, salué toujours parle général ; 6° Artillerie, pièces de 18; 70 Régiment François-Charles; 8° Régiment de l’Empereur ; 90 Chasseurs ; io°Modénais; n0 Régiment Giulay; 120 Régiment Paumgarten ; 130 Pionniers ; 1 40 Ambulance ; 1 3 0 Batterie légère ; 160 Raquettes ;
170 Hussards.