‹ Notes et croquis de RaffetChapitre 16 sur 22 · Je vais de bonne heure au chemin de fer · texte numérisé non relu

Je vais de bonne heure au chemin de fer

sept heures. Nous nous rendons aux avant-postes (pl. 27, fig. 2), et de là l’on voit les Livournais dispersés dans les villages environnants. Je fais un croquis de la Barricade élevée par les Autrichiens devant la station. Nous allons voir opérer l’armée sur la gauche. Nous arrivons au quartier général, qui est installé dans une maison française, dans un village. Il y a autour un grand nombre de bagages groupés dans l’ordre le plus pittoresque. Croquis de l’Étatmajor à cheval. (N° 34.)

Je vais de là, à travers des bois de pins, jusqu’au Campo Santo. En route, nous voyons toutes les positions prises sur les insurgés ; ils ne les ont pas défendues. Le général s’établit au Campo Santo, mais quelques boulets tirés d une tour (le Marzocco), au bord de la mer, l’obligent de rentrer dans la maison. Le capitaine Pappenheim établit une petite batterie qui fait cesser le feu de la tour. Le soir, je retourne à Pise avec le baron Hügel ; nous rentrons à l’état-major où je couche sur trois chaises.

(Voici une note d’un officier autrichien, à propos de la pièce de canon qui fit cesser le feu du Marzocco.)

« Le 10 de mai, un canon, placé sur un wagon du chemin de fer de Pise, se trouva sans artilleurs dans le feu de la batterie à la lanterne Marzocco. Les capitaines Mattyasowsky et comte Pappenheim, qui se trouvaient dans la suite du général en chef, près du lieu, en voyant cela, descendirent de cheval, réunirent, le sabre à la main, quelques soldats du régiment Kaiser, descendirent le canon du wagon sur des planches de bois, et tirèrent le canon sur la lanterne, de manière qu’après plusieurs coups elle dut finir de manoeuvrer. Pour tirer, on n’avait pas même les ustensiles nécessaires, et on fut obligé, par exemple, de brûler la poudre avec des allumettes, les artilleurs toscans ayant emporté dans leur retraite tout ce qu’ils pouvaient conduire avec eux. »

11. — A quatre heures, tout le monde se lève et se dispose à partir. Croquis d’un Poste autrichien. (N® y y.)

L’état-major se dirige sur le

Campo Santo, et de là vers une petite ferme, qui n’est pas loin de la station du chemin de fer, où l'on établit des Batteries d’obusiers et de canons , qui font un feu très-vif sur la ville et les faubourgs. (PI. 28.) Les Livournais ripostent très-faiblement. On pratique une brèche dans le mur d’octroi, et aussitôt fait, on prépare un chemin pour passer. On arrive ainsi à la grande porte, on l’enfonce à coups de canon, et on lance une première compagnie, ainsi que par la Brèche pratiquée dans le mur. (N® j6.) Ceux qui entrent par la brèche, infanterie et artillerie, prennent à gauche pour pénétrer dans les faubourgs. Ceux qui entrent par la grande

porte vont droit devant eux.

C’est par cette porte que je suis entré avec les premières troupes ; c’est une fusillade générale. Nous rencontrons quelques Morts en route, tous Livournais, arrachés des maisons, puis fusillés. (PI. 29, fig. 1.) Arrivé sur une place près la porte San Marco, j’entends des cris à faire frémir.

Ce sont des soldats qui, dans une petite rue, viennent de fouiller une maison et en arrachent un homme. Des femmes se cramponnaient aux soldats en les suppliant ; quelques enfants faisaient aussi partie de cette scène.

Un officier de l’état-major se dirigea de ce côté pour tâcher d’y mettre de l’ordre ; mais

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les femmes avaient probablement été violées, et l’homme fut entraîné. Il était très-fort et dans la force de l’âge.

Il passa devant moi, et fut probablement fusillé un peu plus loin, car tout ce qui avait un habit bourgeois était tué sur la place. Le baron Hügel me prévint qu’il serait imprudent de m’éloigner de lui en ce moment. J’ai été d'autant plus étonné de la fureur des soldats, que la défense n’a pas été très-vive, et qu’ils n’ont perdu presque personne. Des rumeurs sinistres se faisaient V!/P\W entendre dans toutes les directions. C’étaient des décharges réitérées, des cris de femmes, et tous ces soldats furieux, qui arrachaient, brisaient, tuaient tout sur le moindre indice. Voilà donc cette civilisation si n« 58.

vantée, et où peuvent mener de fausses idées de liberté,

de fraternité. Si les malheureux Livournais avaient été sages, ils se seraient liés avec les gens honnêtes de la Toscane. Au lieu de cela, ils les ont menacés de les piller, et la réaction a pu se faire facilement. Enfin, de rue èn rue, de ^

place en place, nous arrivons au port ; tout est pris. Les soldats s’installent sur les places (noa ^7, 5:8, 5:9), les Camps se forment (pl. 27, fig. 3 ; pl. 29, fi g. 2); mais la ville a l’air vide, pas un habit bourgeois dans les rues. Il faut dire que les officiers autrichiens ont fait beaucoup d’efforts pour maintenir les soldats, mais il paraît que cela n’est pas facile. Aussitôt les choses installées au palais, je pars avec un petit garçon qui . doit me porter mon carton. Je traverse de petites rues. Je vois une pauvre vieille femme, pleurant accroupie sur un cadavre d’homme très-beau, vêtu d’un pantalon bleu et d’une veste de velours comme on en porte généralement dans ce pays. 11 avait un doigt coupé par les soldats pour lui arracher une bague. Un Hongrois montrait aussi une chaîne et demandait combien cela valait. Arrivé au débouché d’une petite rue, je trouve un cadavre d 'Homme lié sur une voiture à bras. Comme je commençais un croquis, j’entendis un bruit épouvantable, et je’ vis les soldats et les bagages fuir dans toutes les directions. Un officier de hussards suivi d’un soldat cherchait un logement ; il était terrifié. Je m’approche de lui, je lui dis que je sors de l’état-major, qu’il n’y a rien, qu’il ne peut rien y avoir, que c’est une terreur panique; rien n’y fait, cet homme est comme pétrifié. Enfin, voyant courir tout le monde, je me rapproche de l’état-major. Les soldats sont plus furieux que jamais, et, tout en s’enfuyant, ils poursuivent les bourgeois, qui étaient sortis pour applaudir à leur venue. Je m’informe à l’état-major. On me dit que dans une église de la place, quelques hommes s’étaient

réfugiés, et que du haut de

. la tour ils firent feu sur les

soldats, dont il y eut un de tué, ainsi qu’un cheval.

Aussitôt une terreur panique s’empare des soldats, ils tirent dans toutes les directions, les bagages fuient, les officiers ne savent plus où donner de la tête : on se croit miné. Aussi quelques Habitants furent saisis et fusillés en masse au pied du palais. (N° 60.) Je les ai vus tomber deux par deux; c’était une chose horrible à voir. Comme ils n’étaient pas tout à fait morts, les soldats les achevaient à coups de baïonnette : c’était un flot de sang. Dans toutes les rues

environnantes, on entra aussi. Je fus bien étonné de voir une armée, que je croyais solide, s’effrayer pour si peu. Si, au lieu de trois ou quatre malheureux, cent avaient tiré, ils auraient fait fuir toute 1 armée autrichienne, qui se serait fusillée elle-même. Pendant ce temps, le petit garçon qui était avec moi s est sauve et a emporté le carton où j’ai un croquis de l’affaire, auquel je tiens beaucoup. Ces messieurs de l’état-major ont eu la complaisance de le faire afficher. La fusillade a jeté une telle terreur dans la ville que 1 on ne voit aucun habitant. Le commerce de Livourne est perdu pour longtemps. Le peuple accuse toujours la classe aisee d’avoir appelé les Autrichiens pour le châtier : comme lui seul a été victime, il est à craindre qu’il n’y ait des vengeances. Les particuliers riches, et il y en a beaucoup, ne pensent qu’à fuir. Il est évident qu’une ville comme Livourne ne peut avoir beaucoup d’ordre. C’est l’agglomération des commerçants de toutes nations

qui en fait la prospérité; aussitôt gêné, le commerce va ailleurs. Tous ces dépôts de marchandises n’ont plus de débouchés en Italie, puisque c’est un pays ruiné. Aussitôt que le calme renaîtra, les Autrichiens s’apercevront qu’ils ont perdu 1 Italie de fait. Il ne suffit pas de tout comprimer, il faut organiser, et dans le sens des idées du temps. Cette position est très-favorable pour la France, car l’influence des Autrichiens diminue en Italie. Ils sont obligés de se faire aider par les Russes en Hongrie, ce qui annonce une décroissance de forces.

12.— Je parcours la ville. Dessiné YÉchafaudage établi par les insurgés, près la porte de Florence. Tout le monde porte ses armes à la place, car c’est une chose compromettante en ce moment. Je n'ai pas encore retrouvé mon n® 62. carton ; je perds l’espérance. Je reviens à l’état-major, où je commence quelques Portraits. Le général d’Aspre est meilleur que je ne le croyais ; il accorde plusieurs grâces, et c’est justice.

1 j . — Je vais dessiner différentes Positions barricadées avant qu’elles ne soient démolies. Je vais au Campo Santo; on y apporte deux matelots anglais fusillés la veille. Vue de Livourne , prise du Campo Santo.

14. — Je fais quelques Portraits. Je vais le soir au Campo Santo finir une vue ; les deux matelots y sont encore. Le Prince me fait retenir une chambre à l’hôtel San Marco, mais je préféré loger au Palais pour les portraits que j’ai à faire. On a tiré dans la journée sur un officier avec un fusil à vent. J’ai heureusement retrouvé mon carton à dessiner. On dit qu’à Rome l’armée française s’est mise avec les insurgés ; c'est joli !

iy. — Je fais des Portraits toute la journée, et je dessine la Porte San Marco. La ville est toujours dans la stupeur.

16. — Portraits toute la journée. Le soir, je vais dîner chez le Prince, qui est arrivé ces jours-ci. Le général d’Aspre est très-indisposé; la ville est toujours de même. On dit que les élections de Paris sont bonnes; j'espère que le reste de la France suivra ce bon exemple. Rentré de bonne heure à l’état-major. La ville est en émoi, les patrouilles se succèdent et marchent en tenue de guerre ; on dit qu’elles doivent être attaquées. La ville est triste. Des processions se sont faites ; il y a eu station aux endroits où- des hommes ont été fusillés, mais personne ne les suivait. On a fusillé un individu qui tenait des propos hasardés, on dit que c’est un chef. Il est mort très-bravement.

17-18. — Je dessine des Costumes et des Portraits toute la journée. Je vais au café des officiers et au Giardinetto.

I9. Portraits toute la journée. Le Prince part pour Pise ; le général d'Aspre aussi. Je quitte le palais pour loger à l’hôtel San Marco.

2Q, — Je vais commencer une Vue du petit pont près le Campo Santo. (PI. 30.) Tombes d insurgés. Je fais les Portraits du général Wimpfen et de son Aide de camp , ainsi que quelques croquis de Hongrois et Dragons d’état-major. (N°“ 61, 62, 63, 64, 6y, 66.) Je finis la Vue du Campo Santo , Murailles de Livourne et Mur qui borde le chemin derrière la brèche.

21. — Je vais prendre une Vue de Livourne sur le bord de la mer, près la porte de ce nom ; une Vue de la plage et du Phare de Livourne ; le Marçocco, petite tour de marbre près de Livourne. On fit feu de cette position pendant l’action. De là, je vais chez le général Kolowrat, qui me fait dessiner des Soldats et une Batterie attelée.

22. — Je me prépare pour partir dans la journée comme cela est convenu avec le Prince. Je vais à Lucques voir le général Kolowrat, car je dois dessiner de nouveau une batterie attelée. Je reviens à l’hôtel, où je retouche et mets au net quelques croquis. Je pars à quatre heures par le chemin de fer, j’arrive à Pise à cinq heures. J’en pars à cinq heures et demie, et je reviens à Lucques, d’où je me dirige immédiatement sur Monte San Quirico, où je trouve le Prince, à qui je montre mes dessins.

23. — Je retouche quelques croquis ; je les mets en ordre. Je copie des Calques de l’armée bavaroise. Je fais, le soir, le tour des remparts de Lucques avec le Prince. Le pays est charmant dans cette saison.

24. — J’écris à ma femme. Je fais un dessin et des détails de costume de la Garde nationale de Lucques.

25- . — Je me prépare à quitter Lucques, pour aller à Florence et à San Donato. Nous partons à une heure, et nous arrivons à sépt heures en passant par Pistoia ; le pays est magnifique et très-pittoresque. Les Autrichiens sont entrés aujourd’hui à Florence.

26- 3 1 . — Je fais le portrait du Comte Festetics. Je vais plusieurs fois chez le général Kolowrat, pour dessiner des Hongrois , des Soldats de sanitê et des Pionniers. Portrait d’un Officier d’état-major .

i"-7 Juin. — Portraits du Général d'Aspre , du Général Kolojvrat, du Général Wimpfen , d’un Aide de camp du général Sladion. Croquis de Hulans. Je vais au régiment Giulay dessiner des Soldats tsiganes et un Tambour.

8. — Dessiné un Tambour-major , mais comme il y a revue, je ne puis continuer. A cinq heures, les troupes sont sur le terrain des Cascine. A six heures, Radetzki arrive en calèche. L’état-major vient au-devant de lui; il descend de voiture et commence sa revue par la gauche et à pied. 11 entre dans une batterie et passe derrière, oublie un front, revient devant l’infanterie, s’arrête quelquefois en tapant sur l’épaule d’un soldat. Ceux-ci crient beaucoup, et ont l’air de le voir avec beaucoup d’intérêt. Pendant ce temps, la foule s’était précipitée à travers les haies des Cascine, en criant : « Evviva Radetzki !» (Il y a à peine quelques mois, on voulait le faire rôtir.) Le maréchal vint se placer au centre du champ, pour le défilé qui commença immédiatement. Il est resté toujours à pied malgré ses 83 ans. Ses yeux sont bordés de rouge, ce qui est très-désagréable. Il porte moustache, il est gros et petit. Sa revue n’a pas été bien faite, selon moi ; tout s’est passé d’une manière un peu brouillonne. Il a, du reste, l’air d’un homme fort ordinaire, bon militaire, mais comme il y en a beaucoup, et que les circonstances seules ont placé en évidence. 11 a près de lui un général que l’on dit fort capable, et je soupçonne fort que Radetzki n’est qu’un instrument dont on se sert pour fasciner l’esprit des soldats qui lui sont très-attachés. En général, la composition des officiers d’une armée autrichienne est des plus singulière. On y parle allemand, mais il y a fort peu d’Autrichiens. Ce sont en général des Allemands de toutes les provinces d’Allemagne, des Français, des Anglais qui commandent. Les régiments ont des propriétaires qui ont le droit de nommer à tous les grades, avec le consentement du ministre de la guerre qui fait, en général, ce que le propriétaire désire. On conçoit les énormes abus qui doivent avoir lieu pour l’avancement régulier. Par exemple, un Anglais que je connais a désiré servir. Il s’est présenté au général qui l’a admis, nommé lieutenant. Il a fait toute la campagne, a été décoré d’une médaille. Il n’était pas préparé, car il n’y a pas d’examen : le caprice seul a tout fait. Cet officier n’a pris du service que pour pouvoir visiter l’Italie sans frais ; il se retirera quand il le voudra. Je pense que l’organisation française est bien meilleure.

g. — Je vais dessiner un Sapeur hongrois , et différents détails du costume de Lancier. Le soir, il y a illumination sur l’Arno devant les fenêtres du maréchal Radetzki. La musique était placée sur un ponton. Après avoir exécuté différents morceaux, les cinq musiques sont venues en masse sous les fenêtres du maréchal crier bravo et jouer de nouveaux airs, entre autres un air russe que j’ai entendu à Vosnessensk. Elles se sont ensuite formées en colonne et ont parcouru la ville, escortées par les soldats, qui tenaient des flambeaux, et par toute la population de Florence qui se roulait d’allégresse et criait : « Viva i Tedeschi ! Viva Radetzki !» Il y a à peine quelques semaines, on criait tout le contraire ! Et les Français se feraient tuer pour des gens qui changent d’opinions aussi brusquement ! Ce qu’ils ont fait à Rome est bien différent. C’était la continuation des journées de Juin, puisque la plupart des insurgés étaient Français. En général, les Italiens ont besoin de crier : Vive quelque chose. Ils ont toujours été les mêmes, c’est-à-dire menés par l’étranger.

10-13. — Je reçois une lettre de ma femme, qui accepte l’invitation du Prince de venir me rejoindre ici à l’époque des vacances. Je dessine des Soldats ,

Différents temps de la manoeuvre, des Pièces d’artillerie et des Voitures du train.

Portrait du Colonel d’artillerie Pittingeren.

16. — Je dessine des Canonniers , une Raquette. Le soir, je vais chez Mlle de Fauveau, dont le talent est intéressant. Vu chez elle, le Tombeau de Gros, son portrait, un miroir en bois sculpté par elle et son frère, une sonnette, un bénitier, le tombeau d’un enfant, son premier ouvrage qui est un saint Michel terrassant le démon, une statue d’une sainte à laquelle un ange apporte des fleurs, d’un beau contour.

17-30. — Portrait de M. de Weiss, colonel des chasseurs. Dessiné des Artilleurs et des Chasseurs. (PI. 32, fig. 1, 2.) Je vais à l’état-major faire des croquis d’après les Soldats nouvellement décorés de l’ordre de Saint-Georges.

Je visite à l’hôpital le professeur Zanetti, qui me montre des préparations anatomiques conservées. Ce sont celles de M. Cigato, mais elles sont altérées; les poissons surtout commencent à se décomposer. Je fais un dessin du Chien du régiment Paumgarten, qui traîne la grosse caisse. (PI. 32, fig. 3 .) J’apprends qu’on a fusillé à Pistoia un homme, qui dans un corps de garde avait reproché aux Hongrois de ne pas aller aider leurs frères en Hongrie.

icr-7 Juillet. — Dessins d’ Artillerie . Portraits du Colonel Torok et de Soldats hongrois, hussards. (N° 67 et pl. 31, fig. 1, 2; pl. 32, fig. 4, f, 6.) Croquis d’ Artillerie . Préparatifs de départ pour Rome.

8. — Départ de Florence à cinq heures et demie du matin par le chemin de fer de Livourne.

Dessin de la Place d'armes de Livourne, de la Cathédrale. Le bateau ne part pas; je fais une promenade en mer. Le bateau à vapeur part subitement emportant des Révolutionnaires de Rome ; plusieurs sont venus après son départ et l’ont appelé en vain. (N° 68.)

9. — A Livourne, croquis de Marins grecs. (N° 69.) Près Livourne, dessiné la Casa di Vincen\o Chiellini, sulla via del Campo Santo nuovo, luogo detto presso aile Catteratte ; ferme où j’ai fait un dessin pendant le feu.

10. — Départ à quatre heures pour Civita Yecchia, à bord de la Maria Antonietta. Très-beau temps, mer tranquille, clair de lune. La nuit se passe sur le pont.

11. — Arrivée à Civita Vecchia à huit heures. Nous restons longtemps à bord. Je descends enfin à terre, et vais faire une reconnaissance dans la ville qui renferme beaucoup d’étrangers venant de Rome. Dessiné quelques Soldats français. Visite au fort de Michel-Ange, où il y a quelques voleurs très-renommés. Lettre de ma femme.

12. — Le matin, je dessine des Soldats. Le soir, à onze heures, nous partons pour Rome dans deux petites voitures.

13. — A quatre heures et demie du matin, nous arrivons à Palo, où il y a un petit fort délabré qui ressemble aux constructions turques. La campagne aussi ressemble à l’Orient.

Nous arrivons près d’un pont, sur la Maglianella, qui a été coupé; plus loin, le pont de

l’Acqua Fredda l’a été également. Nous commençons à voir le dôme de Saint-Pierre, qui se voit, du reste, en mer. Nous passons sur l’emplacement d’un camp français et nous arrivons à la porte Càvalleggieri, où les Français ont été massacrés le 30 avril. A dix heures et demie, nous entrons dans Rome qui est pleine de barricades que l’on démolit en ce moment. L’endroit par où les Français ont tenté d’entrer pour la première fois est très-étroit, et il a été

impossible de s’y défendre. La ville ne me paraît pas aussi belle que je m’y

attendais. Je vais loger Via de’ Coronari, 28, chez M. Squanquerillo. Je me rends ensuite à l’état-major du général Oudinot pour lui présenter une lettre de recommandation; il n’est pas visible et son aide de camp me paraît peu ouvert. Je dois y retourner demain. Je vais voir le Monte Cavallo que je ne trouve pas très-bien, la fontaine de Trevi qui est rococo, la Piazza del Popolo qui me paraît bien, et le jardin de la villa Borghese, où était une maison habitée, dit-on, par Raphaël, et qui a été ruinée ainsi que le jardin, sans utilité aucune pour la défense de la ville. J’avoue qu’il est difficile d’être plus sale que les habitants de la ville éternelle.

ïq. — Je fais mon journal. Je vais chez le général, qui ne peut me recevoir. Je fais un tour aux fortifications. Croquis de Moines . près d’une tombe. (PI. 32, fig. 7; pl. 33, fig. 1.) Le soir, le général m’envoie une invitation

pour le surlendemain à neuf heures et demie, et m’annonce qu’il a chargé M. Duhousset de me guider partout.

— Je vais à quatre heures du matin visiter les fortifications avec Duhousset, lieutenant de grenadiers au 66e. Je visite la villa Corsini. Je reviens de bonne heure pour la revue ayant lieu sur la place Saint-Pierre, qui est très-belle; le général est très-bien accueilli. Le soir, illumination du dôme de Saint-Pierre. Les défiances paraissent avoir cessé depuis que l’on a arboré le drapeau papal. Le soir, je visite Espinasse.

16. — A quatre heures, je vais dans les tranchées et sur le bastion n° 7. Croquis d’un Fond de tranchée où il reste encore des ossements.

(Pl. 33, fig. 2.) Je reviens déjeuner chez le général en chef. A deux heures je retourne dans les tranchées avec le colonel du génie. Le soir, je vais chez le capitaine Marmouget.

Bastion 7. Batteries de petits mortiers n° i3. A cette batterie :

4 pièces, capitaine de Rochebouet. Le capitaine a été blessé d’un éclat d’obus au bras gauche, un servant de droite tué par un boulet; un maréchal des logis blessé d’une balle à la tète. Pour les brèches, deux colonnes de travailleurs, chacune de 120 à 130 hommes d’élite, marchèrent à la suite des colonnes d'attaque, et, sous la conduite des officiers de génie, occupèrent les gorges des batteries des bastions 6 et 7, et y firent des logements sur toute la longueur des gorges. Ambulances et Tombes.

17. — Été aux bastions 7 et 8. Dessiné le Terrain d’où est partie la colonne de droite commandée par le chef de bataillon Laforêt, assaut du 30 juin. Vue générale du terrain et de la Batterie romaine , prise dans la nuit du 30 juin au ior juillet, bastion 8. Tranchée dans le flanc droit du bastion 7. Maison ruinée au bas de la gorge du bastion 7. Brèche du bastion 7, face gauche. Batterie de brèche n° 14 , appuyée au saillant du bastion 7. Plusieurs croquis de la Brèche du bastion 8 , vue de l’angle droit du bastion 7. Grande brèche , flanc gauche du bastion 8. Chaussée ou fossé de Rome. Le soir, je dîne avec Espinasse, colonel du 22° léger.

18. — Je dessine dans la tranchée et dans la maison grise. Terrain du 3o avril ,

vue prise de la maison à gauche. Retour à quatre heures et demie. Croquis d’ Émigrants (n° 70), de Paysans (n° 71), d’un Homme faisant tirer une loterie dans la rue. (N° 72.)

Dîner avec les officiers du génie et de l’artillerie.

19. — Je vais dessiner la Porte San Giovanni , et visiter l’Église de ce nom, près d’une batterie romaine, une des dernières qui firent feu. Été à la porte San Pancrazio ; dessiné le haut de la Maison Ganbaldi. Vue près San Pancrazio, près de la croix. Obusier dans la batterie romaine, près la courtine San Pancrazio.

20. — Été aux bastions 7 et 8 ; à la porte San Pancrazio. L’ouverture de la tranchée eut lieu dans la nuit du 4 au 5 juin ; le 66e était de garde. Dessus de la porte San Pancrazio, sur la courtine qui joint le bastion 8 au bastion 9.

21-25:. — Été au bastion 8. Dans le bastion 8, Côté droit de la dernière batterie prise. Tranchée française et Revers de la batterie romaine.

L’assaut a été donné du 29 au 30 juin. On est monté à la brèche à deux heures et demie du matin, le jour de saint Pierre. Le dôme était illuminé, et il faisait clair de lune ; il y avait beaucoup de nuages. A la droite, il y avait deux compagnies, une de grenadiers du 5:3°, et une de voltigeurs du 32'. Au centre, les carabiniers du 22e léger. A la brèche, deux compagnies, une de carabiniers du 32% et une de voltigeurs du 73e. L’ordre était de ne pas tirer un coup de fusil, et de courir sur l’ennemi. Le mot d’ordre était : France, à la baïonnette ! On se battit à la baïonnette, et on fit cependant ifo prisonniers. Vue du Terrain sur lequel a eu lieu le combat à la baïonnette dans la nuit du 29 au 30 juin.

Été dessiner à la villa Corsini. Batterie n° 10, capitaine Serrand. Il n’y avait que 5; pièces, deux pièces de 16, deux pièces de 24, et un obusier de 32 ; ce dernier était au centre de la batterie. Cette batterie était établie pour ouvrir le flanc droit du bastion 6. (Nous copions ici une lettre écrite à MM. Gihaut, le 22 juillet 1849.)

Mes chers Gihaut,

Il y a bien longtemps que je n’ai de vos nouvelles. Depuis lors j’ai vu des choses curieuses et instructives pour tout le monde, et j’ai composé un album des plus pittoresques. J’ai pensé qu’une publication ferait bien, et je viens vous demander votre avis à ce sujet. L’Album que je me propose de faire aurait pour titre : Novare, Gènes, Livourne, Rome. Souvenir d’un calepin de voyage, 1849.

Si vous trouvez que cela pourrait être intéressant, dites-le-moi, et je vous ferai part de la forme sous laquelle nous publierons cela. Il n’y aurait pas un grand nombre de planches...

26-27. — Été aux bastions 7 et 8. Pied de la maison qui était sur la brèche du bastion 8.

Été à la villa Corsini. Tranchée communiquant à la villa Corsini à travers un mur. Tranchée en avant de la maison Corsini. Terrain sur lequel il y avait des vignes. Traverse dans la tranchée Corsini.

28. — Je vais avec Duhousset visiter l’emplacement du pont de bateaux sur le Tibre. Dessiné la Tête de pont en avant du Ponte Molle. Intérieur de la tête de pont de bateaux sur le Tibre. Batterie de marine établie sur le bord du Tibre pour défendre les approches du pont de bateaux.

Été à la villa Santucci, visité l’emplacement des camps, les tranchées.

29. — Vue de la casa Malvasia, au-dessous de la brèche du bastion 8, et de l’arrière de cette maison. Vue de la casa Savorelli , dite Garibaldi. Vue de la même maison , à travers une embrasure de la batterie romaine. Vue de la casa Spada, de la Maison Barberini. Dans la maison Barberini, ruines et inscriptions de soldats. « Le 23 juin, jour de l’asaut, pierre Martignat et ses camarades se sont bâtus dans cete maison, 36* de ligne. » Je commence un Petit portrait. Dîner avec Duhousset.

30. — Je vais dessiner au bastion 8. Vue du prolongement de la muraille Aurélie une, Casa Malvasia. Tranchée romaine sur le prolongement du mur Aurélien. Batterie romaine , bastion 8. Opposée à la brèche, elle fut sapée dans la nuit de la prise du bastion 7. Six hommes y furent tués sur les pièces, dont un Français qui ne voulut pas se rendre le matin. Batterie romaine établie sur le mur Aurélien ; différentes pièces sapées. Batterie romaine ruinée établie sur le mur Aurélien, et battant la brèche, bastion 8. Sur l’épaulement de la batterie romaine, le 30 juin au matin, 10 hommes morts. En avant, quelques faisceaux de lances des Garibaldiens, dont une plantée droite ; des blessés et des morts rapportés sur des brancards, Romains et Français ; un soldat rouge de Garibaldi en faction près des lances. Vue du passage par où la batterie romaine a été prise à revers. La muraille Aurélienne fut escaladée par le 22e léger. Tranchée romaine en avant du mur Aurélien. Petit poste romain sur le mur Aurélien. Croquis au 220 léger.

31. — Je vais dans le bastion 8. Pièce romaine égueulée établie sur le flanc gauche du bastion. Tranchée romaine. Petite maison située sur le saillant de gauche du bastion. Je reviens faire des Portraits au 22° léger ; je dîne au régiment. Je vais au bastion 7 avec le capitaine Piron, de la colonne du centre au jour de l’assaut.

(Nous lisons dans les notes de ce mois, Voltigeur collé au mur, à propos d’une promenade à la villa Corsini. Voici l’explication que M. Duhousset nous donne de cette phrase, qui lui remet en mémoire un autre incident de sa promenade avec Raffet. Nous lui laissons donc la parole.)

« La villa Corsini avait été complètement ravagée et détruite par le siège. Nous vîmes là deux choses saisissantes. Derrière la batterie qui fut la cause de la ruine du palais auquel elle était adossée, se trouvait un terrain rempli par un fouillis inextricable de fleurs sauvages, et dans lequel nous marchions avec une certaine réserve. Tout à coup, au milieu d’un buisson de roses, nous découvrîmes une tête desséchée et grimaçante, dont le corps broyé reposait dans la cavité creusée par le boulet qui avait renversé et tué un malheureux soldat. Ce fut l’occasion d’un très-beau croquis de Raffet.

« Continuant notre promenade, nous escaladons les décombres jusqu’à une chambre dont le fond était encore debout. Quel fut notre étonnement en voyant un soldat tout équipé qui paraissait sortir du mur ou plutôt y être incrusté ! Un boulet avait aussi produit ce résultat singulier. Je vois encore l'éclat des épaulettes jaunes sur les deux bras pendant en avant. Tout le haut du corps semblait être soutenu par une brassière. Les pieds reposaient à terre, à côté du fusil, et du schako de ce voltigeur, dont la mort avait dû être foudroyante. Personne n’était entré là depuis l’événement. Le cadavre desséché par le soleil de juillet se trouvait cloué et maintenu dans la muraille par ses vêtements. Le poids de la tête et des membres supérieurs n’avait pu déterminer la chute du corps. Cette sinistre forme rappelait un personnage d’une danse macabre. C’était affreux à voir.

« Raffet, cherchant les scènes émouvantes, aimait cette note triste, dont le contraste était d’autant plus accentué que nous allions généralement à la découverte, par les plus splendides matinées de la belle saison, qu’éclairait le ciel bleu et souvent sans nuages de l’Italie. L’album de l'artiste s’augmentait ainsi de bien des deuils ignorés. »

i°r-4 Août. — Je dessine une Pièce d'artillerie au bastion 8, le Bastion en bas du mont Aurélien. Portraits du Général Vaillant et de Plusieurs soldats. Je vais au 22e léger et à l’état-major du génie.

y. — Je vais le matin au palais Doria pour un petit Portrait. A midi, je vais avec l’aide de camp du général Gueswiller, voir le Ponte Molle et les positions qui ont été enlevées par la division du général. Au Ponte Molle, sur la perche qui surmonte la petite tourelle, il y avait un drapeau rouge et un bonnet rouge. A l’autre bout du pont, il y avait aussi un drapeau rouge. Je dîne chez le général.

6. — Je vais, avec un capitaine d'artillerie, M. Toussaint, voir la batterie du bastion 6 qu’il commandait et où il me donne des explications. Dans le bastion 6, batterie n" 12, capitaines Canu, blessé, et Toussaint, 4 pièces. 11 y avait, en partant de la gauche, une pièce de 16, un obusier de 22, deux pièces de 16. La pièce de 16 de gauche a eu l’anse cassée par un boulet, au niveau du jantage, et une roue brisée; un servant tué. Derrière l’obusier, le capitaine Canu a eu le bras gauche emporté et un fantassin a été tué. Il y a 6 hommes et un pointeur; ils sont à un mètre les uns des autres, et le maréchal des logis, derrière la pièce.

La tenue des hommes était la veste, le pantalon d’ordonnance, le képi mou, le sabre, le mousqueton, la giberne. Le tout accroché aux parois de la batterie; la capote roulée également accrochée. Assaut et prise du bastion 6, nuit du 21 juin. Grenadiers et voltigeurs du ;■ bataillon du }6"; brigade de génie, capitaine de Jousland. Tenue : le sac de campement avec cartouches, shako, capote retroussée. Sous les ordres du commandant de Sainte-Marie. Je dessine et finis des croquis.

7. — Je fais le portrait du Colonel Leblanc. Je vais au bastion S, voir la chambre où se tenait Garibaldi pendant le feu. Obligés de nous retirer à cause des puces, nous sommes plus dune demi-heure à nous nettoyer dans le bastion. Je finis un croquis de Maison au bastion 7. Je reviens à quatre heures, et je vais dîner avec le prince Volkonsky dans la villa de ce nom, d’où l’on jouit d’une très-belle vue de Rome. Nous voyons des danses du pays qui sont fort gracieuses. Nous assistons au lever de la lune qui est très-beau, et nous rentrons par le Colisée. Ma femme et mes enfants ont dû partir avant-hier pour l’Italie.

8-14. — Portrait du Colonel Goury. Été au Ponte Molle faire le croquis d'une Position , prise, le if juin, à la baïonnette par le 13° de ligne. Au Palais Doria, pour des portraits d 'Officiers et des Mineurs. Croquis de Paysannes. (N08 7 3 , 74.) Danses italiennes chez le prince Volkonsky.

13. — Je dessine au palais Doria. A deux heures, je vais à la revue qui a lieu en l'honneur de la fête de l’emn» 7J. pereur Napoléon Ier, près n» 74.

d’Acqua Acetosa. On était

formé sur quatre lignes. Le terrain formait un angle à cause d’un énorme mamelon très-dénudé. Les deux premières lignes étaient formées par l’infanterie, le génie et les chasseurs à pied. En troisième ligne, les dragons et les chasseurs à cheval. En quatrième ligne, les Romains, infanterie et cavalerie. L’artillerie était à gauche. Le défilé a commencé par un peloton de gendarmes, le génie et les chasseurs à pied. A la fin de la revue, les gendarmes, dragons et chasseurs, ainsi que la cavalerie romaine ont défilé deux fois, la dernière au galop.

16-18. — Portraits du Général Oudinot et de son État-major. Dessiné des Mineurs. Été aux tranchées voir établir une sape pleine et une sape volante. Chez le prince Volkonsky, danseurs et danseuses du Transtevère. Croquis de Musiciens ambulants. (N° 75;.)

19. — Je vais à l’état-major Je vais un instant au spectacle. Je de Marches à l’agonie ; il meurt Il demeurait dans le même apparted’un refroidissement, pour s’être campagne de Rome.

20. — Je fais un Croquis d’après souvenir à sa famille. Je vais dessiner

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