‹ Notes et croquis de RaffetChapitre 18 sur 22 · Cherché inutilement à rencontrer le général Cordova · texte numérisé non relu

Cherché inutilement à rencontrer le général Cordova

29. - La petite guerre qui devait avoir lieu est contremandée. Je fais le croquis du Colonel de Leyritz 68- de

ligne, et celui de M. Visconti. J

30. Je dessine toute la journée au 33' de ligne. Je déjeune chez le colonel. Le soir, je dine chez le colonel de Noue, et je vais passer la soirée chez le général Baraguey-d’Hilliers.

31. — Je fais des Croquis au 33" de ligne. Je vais ensuite, mais trop tard, chez le général Cordova.

icr-4 Janvier. — Je commence le portrait du Fils du prince Volkonsky. Je dessine des soldats espagnols à l’atelier de M. Squanquerillo ; Lanciers , Chasseurs , et un officier d’état-major, M.Ramon Despujol, aide de camp du général Cordova. Je vais le soir à l’Académie avec Auguste.

Nous sortons pour acheter des daguerréotypes, mais l’artiste n’y est pas. Nous entrons dans l’église

de Gesù Maria dans le Corso. Il y a d’assez belles sculptures sur les tombeaux de la famille Bolognetti. Dans l’église de San Giacomo, qui est presque en face, rien de remarquable. Nous visitons les restes du mausolée d’Auguste, puis nous passons le Tibre dans un bac. Nous voyons des maisons démolies dans la dernière

révolution. Nous repassons la rivière, et je vais chez M. de Liederkerke , dont je fais le portrait.

6-14. — Je vais chez le prince Volkonsky, pour les Portraits de ses deux enfants, que je fais en double pour M. Demidoff. Je dessine des Soldats espagnols. Je travaille au ii° dragons. Je vais avec Duhousset faire des Soldats romains. J’ai vu arrêter un voleur via délia Croce ; c’est assez drôle. Portrait de M. Toussaint et Dessins au château Saint-Ange. Nous allons plusieurs fois, le soir, à l’Académie.

iy. — Été chez le prince Volkonsky. Nous visitons ensuite tous les quatre le Musée étrusque, la statue nouvellement découverte du Spremente de Lysippe. Là, nous rencontrons MM. Horace Vernet, le commandant Raynouard et Duhousset. Nous les accompagnons dans leur visite aux Stanze et aux Loges, et nous entrons

ensuite dans Saint-Pierre, dont nous faisons le tour. Le général Niel nous attendait à la maison. Je vais chez lui

le soir.

K5-Ï0. — Portrait de Duhousset , chez lequel je vais faire des croquis de l’ Uniforme des Suisses du Pape. Canard répandu à Rome sur une révolution à Paris, Cavaignac dictateur. Je termine les Deux enjants du prince Volkonsky. Le soir, à l’Académie, dessiné un Moine.

ïç. Nous allons au Testaccio avec Duhousset. Sur la route, nous lisons cette inscription, sur un mur :

« Aviso. Rome, ressouviens-toi des ménagements que le Français a usé envers toi. » Été à l’Académie des costumes et chez le général Niel.

20. Nous sortons le matin avec Duhousset, pour aller voir des costumes de Garibaldiens dans le Ghetto.

Je fais différents croquis d’uniformes.

Soldati di Garibaldi. Au 30 avril, les officiers seuls étaient vêtus de rouge. Au mois de juin, tous les hommes étaient habillés de rouge ; collet, parements, bande devant la tunique et les poches vert clair. Ils portaient le foulard aux couleurs italiennes, quelquefois rouge, souvent noir. Ils avaient à la ceinture, sabre, poignard et pistolets. Le fusil se portait, l’épaule passée dans la bretelle. Sur le chapeau, trois plumes de coq. D’autres avaient le sabre courbé, une carabine, petite giberne à la ceinture, pistolets, quelquefois poignard. Neuf boutons en cuivre. Le manteau de la cavalerie de Garibaldi était gris-blanc. Garibaldi portait ce manteau blanc doublé de rouge ; il portait aussi un foulard en sautoir, aux couleurs italiennes. Le soir, nous allons tous chez la princesse Volkonsky pour un arbre de Noël.

21-26. — Je fais le portrait du capitaine de chasseurs à pied, M. Gantaume , et celui de Monseigneur Luquet. Je termine un dessin de Pifferari pour le Prince. Je fais trois croquis d’après Chiara. Je vais à la police, chez MM. Mangin et Le Rouxeau, au sujet de l’arrestation, à Ancône, de Felicetto Neri. On croit que c'est à cause de la mort de Rossi.

27. — Fait un croquis d’après Hyena , boule-dogue qui a appartenu à Garibaldi et depuis à Felicetto Neri. A trois heures, nous sortons tous en voiture, et nous allons à Santa Croce in Gerusalemme, où l’on nous fait voir un des clous saints, deux morceaux du bois de la vraie croix, un grand morceau de l’inscription placée au-dessus de la tête de Notre-Seigneur, en trois langues différentes. Nous faisons toucher quelques objets au saint clou. Dans l’église de Santa Croce, nous voyons quatre candélabres en bronze provenant d’un temple de Bacchus. Nous remarquons une peinture du Pinturicchio à la voûte de la tribune, et, dessous, le tabernacle qui est trèsancien. Dans le jardin des Chartreux, à gauche de l’église, nous voyons les restes d’un ancien cirque.

28-31. — Je refais un croquis d’après Chiara , non réussi. Je vais dessiner des Costumes de soldats romains. Croquis d’après M. Filippo Aquirone. Je vais le soir à l’Académie, qui finit ce mois-ci.

1 r Février. Nous sortons tous en voiture par la porte Cavalleggieri. Nous visitons l’église de San Pancrazio, que 1 on répare. On voit encore la châsse du saint qui a été profanée, les ornements de cuivre enlevés ; des candélabres byzantins brisés à la porte. Je dessine des Vues de rempart ; Batterie établie sur la plate-forme de San Pietro in Montorio.

2‘ ~ Nous allons, en voiture, jusqu’aux Sept salles ou anciennes piscines. De là, nous allons à San Pietro m Vincoli, que nous visitons de nouveau, à cause du Moïse de Michel-Ange au tombeau de Jules II. Sur la place, nous voyons apporter un mort, que l’on dépose dans une chambre mortuaire, qui en contenait déjà un autre. Nous visitons ensuite les thermes de Titus, et les chambres qui restent de la maison de Néron, ainsi que le ciypto-portique dont la voûte est ornée de peintures. Toujours les mêmes motifs de décorations qu’à Pompei. Nous allons ensuite au Colisée, et nous montons à son sommet, d’où l’on aperçoit de beaux points de vue de Rome.

T va*s c^ez M. Visconti qui était sorti; chez M. Hauser qui me montre un portrait qu’il a fait de

Garibaldi. Ensuite nous sortons tous par la porte de San Pancrazio pour dessiner une Porte de villa , près de Corsini, la Casa des Quatre Vents , et une autre Porte près du bastion 8, casa Visconti. Nous rentrons dans Rome par la Porta Portese, puis nous passons par Ripa Grande. Le soir, croquis.

4- Termine le portrait de M. Olivien. A midi, nous allons tous visiter le palais Corsini, à la Longara. Nous remarquons surtout YEcce homo , du Guerchin ; celui de Carlo Dolci ; une Pietà de L. Caracci ; une Guirlande de fleurs , par Mario de Fiori ; Fruits, Fleurs , Objets divers par David, hollandais ; un portrait du Pape Innocent X, Corsini, par Velasquez ; une Vieille femme, par Rembrandt ; Philippe II, par le Titien ; les Enfants de Charles-Quint, par le même, etc., plus une petite statue grecque d’Hercule portant un taureau, et une chaise étrusque en marbre. Nous allons ensuite à la Farnesina qui est en face ; nous y voyons la Galatée peinte à fresque par Raphaël. La tête crayonnée au charbon que l’on dit être de Michel-Ange n’est certainement pas de lui. Nous entrons par la porte du Casino Spada sur les bastions. Nous revenons par la place de Venise ; des officiers nous invitent à monter à leur balcon. De là, nous voyons la course des Barberi ; huit chevaux seulement couraient. Il n’y avait dans le Corso ni voitures ni masques. Je vais le soir chez la princesse Volkonsky et chez le général en chef.

ç — Nous sortons par la porte Saint-Pancrace. Nous allons à la vigna Merluzetto, sur le monte Verde. Je dessine les Deux maisons de cette propriété, notamment Celle aux volets verts , ir° ambulance.

6. — Je vais chez M. Visconti, puis, par la Porta Portese, nous allons à la

villa Santucci. Je dessine la Maison, puis je fais deux petits croquis, dont un de

la Place du camp de cavalerie.

7. — Je vais avec M. Visconti chez M. Campana. A une heure, nous allons

tous chez M. de Sainte-Marie, dans le Corso ; Charles est habillé en Pulcinella. A quatre heures, tout est très-animé. A cinq heures, a lieu la course des Barberi. Je reçois une lettre du Prince, contenant une pièce de vers de Théophile Gautier, publiée dans la Revue des Deux Mondes du icr janvier. Dans cette pièce de vers est citée la Revue nocturne.

8. — Je vais au château Saint-Ange, je n’y trouve personne. Je dessine un Lieutenant romain. Je fais ensuite

le portrait de M. Campana. Été ensuite à YEndroit où a eu lieu le combat du 3o avril, dont je fais un croquis.

9. — Nous partons à huit heures, et nous visitons en passant Santa Maria in Trastevere, que nous connaissions déjà. Nous admirons la belle couleur de l’intérieur de cette église. Nous sortons de Rome par la Porta Portese • nous allons à la villa Santucci dont je dessine la Porte d'entrée. Nous allons ensuite dans les bastions et la fausse demi-lune romaine, près Saint-Pancrace. Croquis d’une Sentinelle. (N° 87.) Un soldat français a été assassiné dans la journée. On nous raconte aussi qu’un coup de pistolet a été tiré dans le Corso. La vérité est qu’au Corso on a lancé une grenade de verre dans la voiture de D. Joseph, prince de Musignano, qui a été blessé.

10. — Nous visitons le musée Campana, où il y a des bijoux étrusques très-beaux. Je vais ensuite faire le portrait du Prince Pietro Odescalchi.

11. — Nous allons tous à pied au bastion 6, où je dessine toute la journée. Par suite des derniers assassinats de soldats français, le général en chef ordonne que tous les porteurs d’armes seront fusillés.

12. — Je vais le matin au château Saint- Ange dessiner des Pièces romaines. Nous allons ensuite au Corso, tous les quatre, voir la fin du carnaval. Les Moccoletti n’ont pas lieu. Le soir, je vais chez le général en chef, qui est absent.

13. — Je fais sept croquis d’après un Burattino de Pulcinella. Je termine ensuite les deux croquis de Chiara.

14. — Je fais une visite d’adieu au général en chef. Je vais faire le croquis de la Salle des bustes au Capitole. Nous dînons avec MM. de Sainte-Marie et Souhaut, et à six heures nous partons pour Civita Vecchia.

15:. — Nous arrivons à quatre heures du matin. Je fais .le portrait d’un Officier et des Croquis pour le débarquement des Français. Nous nous embarquons ensuite sur le courrier corse, qui lève l’ancre à cinq heures.

16. — Arrivés à neuf heures du matin à Livourne, nous débarquons à dix heures et demie. Nous allons à l’hôtel San Marco, où nous déjeunons. Nous prenons le chemin de fer à cinq heures, et nous arrivons à huit heures à San Donato.

17-28. — Je fais le portrait de M. Schmerling et celui de M. Kolowrath. Je dessine à San Lorenzo, dans la chapelle de Michel-Ange. Nous allons au Musée des Offices. Nous visitons la tribune, la petite galerie de sculpture toscane, les bronzes antiques. Je commence les pierres lithographiques du siège de Rome.

ior-4 Mars. — Je vais dessiner à San Lorenzo.

y. — A cinq heures du soir nous quittons Florence, car ma femme retourne à Paris pour mettre Auguste au collège. Nous arrivons à Livourne à huit heures.

6. — Ma femme prend ses dispositions pour partir, mais le bateau n'arrivant pas, je fais le portrait du Petit Auguste. Nous visitons ensuite la ville.

7. — Le bateau le Mentor arrive. Je rencontre le commandant Reynaud, ancien commandant de YAriel. Je lui recommande ma famille, car il fait partie des passagers. A dix heures, le vapeur se dispose à partir; je quitte ma femme et mes enfants. Le petit Auguste avait les larmes aux yeux : j’en suis très-touché. Je retourne à San Donato dans la journée.

8-1 y. — Je vais dessiner à San Lorenzo. Je travaille au portrait de M. Schmerling. Je fais pour le Prince un Costume de Manola , et j’avance son Portrait en costume espagnol. Je vais voir un vieux tableau représentant la Mort de Savonarole. Dessiné un Costume tatar pour Mmo Yems. Études d’après l'écorché , pour me faire la main pour le siège de Rome.

16-20. — Été à San Lorenzo. Je fais un croquis d 'Enfant chez M. Morelli, puis son Portrait et celui de sa Mère. Fait un petit dessin pour M. Valabrègue.

21-31. — Auguste doit entrer ces jours-ci au collège de Juilly. Je vais à Florence faire le croquis du Général hongrois, comte Kolowrat, dans sa nouvelle tenue. Je termine le portrait de M. Schmerling. Je vais voir une cérémonie religieuse au Duomo, c’est la sortie du pigeon qui met le feu à un artifice. Je vais le lendemain voir la grand’messe au Duomo ; la cour y assistait. J’ai été poser chez Morelli, qui veut faire mon portrait.

ier-6 Avril. — Je travaille à de petits portraits du Prince. Je vais, avec le colonel Maule et Morelli, au Jardin botanique et au couvent de Santa Maria Novella. Je vais voir manœuvrer les troupes autrichiennes.

7- — Le Pape devant rentrer à Rome ces jours-ci, je pars de Florence par le chemin de fer. Arrivé à Livourne à deux heures et demie, je vais à l’hôtel suisse.

ANNÉE 1 8 jo

8- Je me promène dans la ville, que je quitte à quatre heures. Je m’embarque sur la Ville de Marseille, qui part à cinq heures. La mer est mauvaise. Pendant toute la nuit, nous avons le vent debout.

9- — Nous arrivons à Civita Vecchia à midi. Nous attendons que la police ait dîné, et nous sommes retenus à la douane. Pendant ce temps, je fais un croquis des Remparts extérieurs où la troupe a campé. Nous partons à trois heures pour Rome ; il pleut beaucoup.

io. — Nous arrivons à Rome à une heure du matin. On nous force d’aller à la douane, après nous avoir cependant visités ; ce qui nous fait perdre une heure. Nous allons à l’hôtel, où nous prenons provisoirement des logements. Au jour, nous allons voir le prince Volkonsky, qui a reçu une lettre de M. Octave, d’après laquelle, le prince Demidoff doit arriver par la Porta del Popolo. Nous l’attendons inutilement.

1 1 • — Le général Sauvan, commandant la place de Rome, m’accorde très-gracieusement des billets et des permissions, pour que les troupes françaises et italiennes me laissent circuler librement et pour entrer au fort Saint- Ange, afin de bien voir le cortège de Sa Sainteté, qui rentrera demain. Le prince Demidoff n’arrive qu’à dix heures du soir. Il n’a quitté Florence qu’hier, après le mariage du comte de Trapani.

12. Nous allons chez le prince Volkonsky, et de là, à Saint-Jean de Latran. Nous trouvons enfin une fenêtre d où nous voyons assez bien. Le Saint-Père entre à quatre heures et demie par la porte San Giovanni, et se dirige vers leglise. A la droite de la portière est le général Morris, et le colonel de Lachèze à la gauche; il y a une escorte de dragons. Le général en chef attendait devant l’église. Il était escorté par des officiers d état-major et des gendarmes. Le Pape est descendu de voiture, et a été reçu par le clergé au bas du perron. Cette scene a ete tres-touchante. Tout le monde pleurait. Il y avait là un très-grand parasol, plus les armes de la papauté, en relief, portées par un prêtre ; c’est ce qu’on appelle la Basilica. La haie était formée par l’armée romaine, infanterie de ligne. Il y en avait aussi dans l’église. Un office a été dit. Le Pape a ensuite fait une prière, le dos tourné à la porte d’entrée. Sur le perron, il y avait des Suisses. La diplomatie était placée dans une tribune a gauche en entrant. Après la cérémonie, pendant laquelle le Pape était agenouillé sur un coussin blanc et or, on s’est dirigé vers Saint-Pierre. Le général en chef était à la portière de droite; le chef de la garde noble à celle de gauche. Les troupes françaises formaient la haie à droite et à gauche. Les chasseurs à pied avaient leur droite à Saint-Pierre. La troupe de ligne, infanterie légère, formait la haie opposée, la gauche à Saint-Pierre. Le Saint-Père est descendu devant le perron, où l’on avait fait un ornement avec de l’herbe et des fleurs. Il a été reçu par le clergé de Saint-Pierre; les cardinaux sont arrivés successivement. Le Pape avait devant lui un de ces grands parasols, rouge et jaune, et au-dessus de sa tête, on portait un autre petit parasol amarante. On est entré dans l’église. La haie était formée par des compagnies d’élite à droite, et par du génie à gauche ; l’artillerie était en tête. La diplomatie était à droite en entrant. Vers l’autel, il y avait comme à Saint- Jean de Latran des tribunes de dames à droite et à gauche. Un autre service a été célébré. Le Pape priait devant l’autel sur un prie-Dieu blanc et or. Il est sorti par une petite porte latérale. Le public et la troupe se sont alors retirés. Il y a eu le soir illuminations générales; le dôme de Saint-Pierre est éclairé en quelques secondes.

13. — Je vais le matin reconnaître les points que je désire dessiner. L’après-midi, je commence, mais je suis forcé d’effacer ce que j’ai fait. En revenant, je fais une portion du tour de la ville depuis la porte Saint-Jean de Latran, jusqu’à celle de Saint-Jean Maggiore d’Arezzo.

14- — Le matin, je travaille à la maison. Vers deux heures, nous allons voir la basilique de Saint-Paul-hors les-Murs, à trois milles de Rome. Ce qui reste de l’ancienne église brûlée, mosaïques, colonnes, etc. fait vivement regretter le reste. On la rebâtit très-richement, mais sans beaucoup de goût. Nous allons voir les illuminations; le dôme de Saint-Pierre reste sombre.

if. — Je fais le matin une promenade. Après déjeuner, nous visitons l’église du Gesù, très-riche d’ornements. Il y a une chapelle de Saint-Ignace de Loyola, où la statue de ce saint est en or et argent, selon les uns, en stuc doré, selon les autres. Un tableau s’abaisse pour laisser voir le saint. Nous allons à Sainte-Cécile. Dessous l’autel est couchée la charmante statue en marbre de cette sainte. De là, nous nous dirigeons vers Santa Maria in Trastevere, que je revois avec grand plaisir. Le soir, nous visitons le Vatican aux flambeaux.

*6- — A dix heures, nous allons au Vatican chez le Saint-Père. Nous lui portons une très-grande quantité de chapelets à bénir. Nous attendons environ une heure et demie. On s’agenouille à l’entrée de la porte de la chambre, et lorsqu’on est près du Pape, on baise sa mule. Il a béni les chapelets que nous lui avons présentés et nous a donné aussi sa bénédiction. Il a causé avec nous pendant une demi-heure en italien. Ensuite nous

avons visité l’église de Saint-Pierre, le Musée, les Stanze, puis le terrain du 30 avril, et enfin la Farnesina, où nous voyons les fresques de Jules Romain et le Triomphe de Galatée de Raphaël. En rentrant, je me sens très-mal, j’ai un crachement de sang. J’ai eu un refroidissement en attendant le Saint-Père.

17. — Nous visitons les fortifications, pour avoir une vue générale de l’attaque et de la défense. Le temps est très-mauvais. J’ai encore craché le sang.

18. — Je vais chez le docteur Souhaut. Vers trois heures, nous allons voir la bénédiction donnée par Pie IX à l’armée française, sur la place Saint-Pierre. Les cloches sonnent; on tire le canon. Il est cinq heures du soir. Le Pape avait à sa droite le cardinal Dupont; à sa gauche, le cardinal Antonelli. Les échafaudages font le tour de l'escalier en partant du milieu. Défilé : artillerie, génie, chasseurs à pied, ligne, dragons.

19. — Vers une heure, nous allons tous à Saint-Pierre. Nous montons dans la boule, ce qu’on fait par un tout petit tube. La vue est très-pittoresque. Nous allons encore à la Farnesina. Le soir, le Prince fait éclairer le Colisée et les vieux monuments de Rome. Je fais une liste de dessins à faire pour le retour du Pape. i° Vue de Saint-Jean de Latran, pour l’arrivée; 20 Intérieur de Saint-Jean de Latran; 3°Une rue de Rome, Via papale; 40 Arrivée à Saint-Pierre, vue de Saint-Pierre; 5° Intérieur de l’église de Saint-Pierre; 6° Réception de la diplomatie; appartement; 70 Bénédiction de l’armée française, place Saint-Pierre; 8° Voiture de cardinal; 90 Suisses; tambour, officier; io° Prêtre ou chanoine de Saint-Pierre; ii° Basilica, ou armes de la Papauté; 120 Carabiniers romains; 130 Voiture du Saint-Père; domestiques, grande et petite tenue; 140 Chevalier noir, ou camérier secret; 1 j° Dragons romains; 1 6° Domestiques de cardinaux; 170 Garde noble; 180 Parasols; 190 Uniformes et décorations de la diplomatie; 20° Costume du Saint-Père, le jour de son arrivée; 210 Bustes au Capitole; 220 Cardinal Dupont; 230 Son secrétaire, M. Micard; 240 Terrain de la Maglianella; 230 Devaux, colonel d’artillerie; 26° Pasquier, inspecteur des finances; 270 Lamblin, id. ; 28° Vrignaud, capitaine de vaisseau; 290 De Bonnières, lieutenant au 32e; 30° Colonel Asguini; 310 Colonel Orioli; 320 Monsignor Hohenlohe, au Vatican; 330 Sherlock, camérier.

20. — Le Prince retourne à Florence. Je vais m’établir chez M. Squanquerillo. A quatre heures, je vais dessiner la Salle où la diplomatie a été reçue par le Pape.

21. — Je vais à l’Académie de France voir l’exposition des élèves. Les sujets sont : les Exilés de Tibère; Caïn et Abel; les Chrétiens livrés aux bêtes, grande aquarelle de Bénouville; Virgile au bord de l’Anio, paysage de Bénouville frère; Saint Paul et les filles de Césarée, de Cabanel, esquisse peinte. Tout cela n’est pas très-fort sous le rapport de la composition, mais l’exécution de plusieurs, et entre autres de l’esquisse de Cabanel, est remarquable. En sculpture, David portant la tète de Goliath est une bonne chose.

22. — Je sors avec M. Squanquerillo pour dessiner des Suisses. Je dessine aussi le Cocher du Pape , un Decano noir , un Domestique rouge.

23. — Je dessine des Suisses. L’après-midi, je vais reconnaître un point à dessiner sur la Via papale. Le soir, je vais à l’Académie.

24. — Je vais à San Giovanni, mais le soleil est trop fort. Je vais alors à Saint-Pierre, et je commence à dessiner une Vue de la Basilique.

23. — Le matin, je travaille à la Vue de Saint-Pierre. K midi, je vais à la sacristie de Saint-Pierre faire le portrait de Monsignor Prosperi Buri, et différents costumes ecclésiastiques. Croquis du Maître des cérémonies ; les Clercs sont de même, la robe est noire et sans ceinture. Bénéficier de Saint-Pierre ; les chanoines portent le même costume, seulement la fourrure est blanche et le rochet à manches. Le général Sauvan me donne une permission pour visiter le Colisée à toute heure de la nuit.

26-30. — Je continue mon dessin de Saint-Pierre , et celui du Palais du Vatican. Je termine le portrait de Monsignor Prosperi Buri, et je fais celui du Général en chef. Je vais voir tirer les chasseurs ; je reçois la pluie pour aller et venir. Je dessine un Tambour des Suisses, un Dragon et un Carabinier.

ior Mai. — Je vais travailler à une Vue de Saint-Pierre. A deux heures, je me rends avec M. Thénard sur les terrains du siège et du 30 avril. Le soir, je vais chercher mon carton à l’Académie, mais inutilement. J’entre dans un spectacle forain, place Navone ; c’est très-mauvais.

ANNEE 1 8 ; o

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2. Je vais a Saint-Pierre dessiner le ier cheval de droite de la voiture du Pape ; elle avait six chevaux. De retour à la maison, je dessine un Pâtre des environs de Rome . Je retourne prendre mon carton à l’Académie. Rencontré M. Souhaut.

3- Je commence a dessiner la Voiture du Saint-Père. Je fais une étude de Chevaux et du Carrosse d'un cardinal. Au retour, Berger des environs de Rome.

4- Je termine la Voiture du Saint-Père. Je vais sur le terrain du 30 avril. Le soir, visite chez le directeur de l’Académie.

) • Je vais a 1 église de Sainte-Marie-Majeure, où sont exposées la Châsse et les reliques de Pie V ; j’en fais un croquis. A midi, j’assiste à la revue d adieu du général en chef; elle est très-bien faite. J’accompagne ensuite le commandant Tiersonnier sur le terrain du 30 avril. Croquis de Mendiants.

(N° 88.) Le soir, je vais voir les officiers du 36°.

6. — Je fais les portraits du Cardinal Du Pont et de M. Micard , son secrétaire.

7. - Service en mémoire des victimes du pont d'Angers („• léger). Je fais un croquis du Costume du cardinal Du Pont. Il est entièrement rouge. Les cardinaux français seuls portent le rabat ; la dentelle dépasse un peu le rochet. Portrait du Colonel du SS". Je prends part au diner donné par les officiers du i6‘ en l'honneur de trois décorés.

8. Je vais dessiner un Chevalier de capa et spada, puis faire un autre croquis du Cardinal Du Pont Le soir, je sors pour voir l’illumination de Saint-Pierre.

9. — (Jeudi.) Je vais voir la bénédiction donnée par le Saint-Père, sur la place Saint-Jean de Latran à 1 occasion de l'Ascension. Je ne puis rien faire ce jour-là ; il pleut à tout instant. La cérémonie a été fort belle Le Pape a entendu l’office. 11 était assis sur un trône au fond de l’église. Il portait la tiare et la chape blanche très-longue, ornée de quelques légers dessins en or. Ses camériers étaient près de lui en costume rouge. Les cardinaux aussi étaient rangés tout autour, en grand costume rouge à longue queue. Le Pape s’est placé ensuite a autel pour prier, puis l’on a apporté un siège ou trône porté sur deux longues barres recouvertes de velours pourpre. Le Saint-Pere s’est assis dans le fauteuil, qu’on a ensuite enlevé sur les épaules. Il était coiffé de la tiare et les porteurs étaient tout habillés de rouge, ce qui est d’un effet très-pittoresque. On le porte ainsi de 1 autre cote de 1 autel où il fait une prière. Il s’assied de nouveau dans son fauteuil. On le conduit jusqu’au balcon, ou il donne sa bénédiction sans quitter sa place, mais alors il se tient debout, étend les bras et bénit de a main droite, l’index et le doigt du milieu ouverts. Le balcon est tendu de soie amarante et d’une étoffe

blanche avec le dessin du Golgotha surmonté d’une étoile entourée d’ornements. Le soir, Girandola sur le fort Saint-Ange. Ce feu d’artifice a été très-beau. Il représentait un temple avec les clefs de Saint-Pierre et la tiare et l’inscription : A Pio nono.

, IU".I>' Je contmue mes dessins de Saint-Pierre, malgré une pluie abominable qui me force d’interrompre

a tout instant mon travail. Je vais faire plusieurs Croquis à la Maglianella. Je dessine Saint-Jean de Latran de plusieurs côtés. Je dîne chez M. Alaux, directeur de l’Académie de France.

.6-20. - Je vais au terrain du ,o avril. Route conduisant à la porte Cavalleggieri ; à gauche, sur le montant

a. . a d Une ïllla’. eSt ecnt r.art‘C,e * de la Constitution française. Je dessine la Porte Saint-Paul et la

Pyramide de Caïus Cestius. Je termine mes dessins à Saint-Pierre.

-, , ai'M' - DifKrents Croquis aux bastions y et 8, à Corsini, à Saint-Jean de Latran, au Colisée, à la place Colonna, au Testacco. Je fais le portrait du Général en chej et de ses Aides de camp. Je vais faire mes adieux a plusieurs artistes et à l’Académie. Le 4, départ pour Civita Vecchia, à onze heures du matin.

e I"«°-JU» Ret°Ur 4 Sa“ Donato’ ^ ma femme itait revenue avec Charles, le mois dernier. Je vais à

Santa Maria Novella au service du général d’Aspre.

11.^0. — Terminé une copie du Portrait du Prince en majo. Mis sur pierre et lithographié celui de M. de Marches. Fait pour le Prince les portraits du Capitaine autrichien Schima , de M. Valabrègue, de M. de Sainson et le mien. Je vais chez un marchand, voir un tableau attribué au Pérugin, et une aiguière attribuée à Benvenuto, qui est très-belle.

i,p-if Juillet. — J’envoie au Prince un croquis, Tirailleurs hongrois à Novare , et les portraits faits ces jours derniers. Je fais maintenant ceux du prêtre grec, Johann Sorak , de M. Desloges, de M. O. Jaune ç. Je vais voir les manoeuvres et l’exercice à feu des Autrichiens, aux Cascine. Préparé des Sujets du siège de Rome.

iô-31. — Portrait de M. Koçuchomky. Je copie celui de Y Archiduc Charles-Ferdinand d’Autriche. Fait un Dessin pour M. de Tournemine. J’assiste aux manœuvres des Toscans. Préparé le croquis de Y Assaut de la brèche et du bastion 7.

ie,'-iï Août. — Lettre de la veuve du général Mollière, qui demande une copie du portrait de son mari. Je fais une copie des portraits de M. Octave et de M. Ko^uchomki. Je vais voir manœuvrer les Toscans et les Allemands. Je commence la Maglianella. Je classe des gravures et lithographies pour une collection destinée à la maison de Napoléon à l'ile d'Elbe.

ï6--3 1 . — Portrait de M. Joachim Murat. Je vais voir la messe militaire aux Cascine, pour l’anniversaire de

l’Empereur d’Autriche. Visite à Florence, à la casa Buonarotti, via Ghibellina. 11 y a quelques bons morceaux de Michel-Ange. Je termine la planche de la Maglianella, 300 francs, et le frontispice du siège de Rome, Porte de la villa Santucci , 300 fr.

i'r- ij Septembre. — Fait quatre croquis d’après Deux petits mendiants. Dessiné une Couleuvre du jardin. Portrait du Petit Charles. Nous allons à Florence à la foire de l’Annunziata. Été voir l’exercice à feu aux Cascine. Parti avec le Prince pour Lucques, pour dessiner des Autrichiens.

16-30. — Retour de Lucques. Le Saint-Père m’a donné, le 23 août, la croix de Saint-Grégoire le Grand.

Portraits de M. Le Play et de M. Mural. -Je travaille à la planche du 3o Avril. Visite au ministre français, M. de Montessuy.

i*r-ij Octobre. — Je vais voir des fresques chez M"” Macdonald et une belle tête de Murillo. Été voir essayer des chevaux pour les courses.

16-31. — Terminé la planche du 3o Avril , 300 fr. Été aux courses. Un jockey noir gagne trois fois avec

deux chevaux appartenant à M. Carlo Tatti. Vu chez le Prince, le général Rüdiger, Cabrera et sa femme, et le

cardinal Wiseman. Portrait de M. Klinkauf. Compositions pour le Rêve. (N° 89. PL 34, fig. 2, et pl. 3J, fig. 1.) Croquis à Florence, d’après M. Hugh Macdonell, officier dans les tirailleurs anglais.

1 er- 1 3 Novembre. — Été chez M. de Montessuy. Copié pour le Prince les portraits du Comte Schmerling , des Prince Liechtenstein et Comte Pappenheim. Terminé pour Gihaut la planche, Infanterie de ligne, tenue de marche ( Prêts à partir ), 300 fr.

13. — Je vais à Florence porter ma malle à la diligence de Bologne. Je reviens à San Donato, et, à neuf heures du soir, la diligence me prend en passant avec M. M..., par un beau clair de lune.

14. — A sept heures du matin, nous arrivons à la douane papale, dans un pays extrêmement pittoresque, peu cultivé, mais avec de superbes lignes de montagnes, et par un temps magnifique. Nous sommes sur une route nouvelle, plus courte, dit-on, que l’ancienne. On parle d’une bande de voleurs qui parcourt le pays. Nous entrons à trois heures à Bologne, et nous logeons à l’hôtel suisse. Je parcours la ville qui a presque partout des arcades, ce qui lui donne quelque chose d’étrange. La Bourse a une jolie façade construite en briques. Non loin de là, sont les tours Asinelli et Garisenda. Toutes deux penchées depuis des siècles, car de vieux tableaux du moyen âge les représentent dans l’état où elles sont aujourd’hui.

i). — Je parcours encore la ville. Je vais à l’Académie des Beaux-Arts où les tableaux modernes sont plus que médiocres, et au vieux Musée. Parmi les belles choses, je remarque la Sainte Cécile de Raphaël, un Massacre des Innocents du Guide, beaucoup de Carraches, des Guerchins superbes. Le Prince arrive à quatre heures.

Nous visitons le Musée, la vieille Université où se voient les blasons de tous les professeurs de différents pays ; le palais Bacciocchi qui est très-beau. En revenant, nous passons devant la porte San Mammolo, et précisément, nous voyons fusiller trois hommes que l’on dit être des voleurs. Ils sont morts avec un grand courage. Les Autrichiens font de ces exécutions tous les samedis. Nous montons sur une hauteur voisine de la ville, d’où la vue est très-belle. Été le soir au spectacle.

17. — Nous partons de Bologne à onze heures. Nous arrivons à Modène dans le milieu de la journée. Nous visitons la ville qui n’est pas gaie. Croquis. (N0Ï 90 et 91.) La Cathédrale (le Duomo) est très-curieuse. Bâtie par les ordres de la comtesse Mathilde, dans le goût byzantin; il y a une chapelle sous le maître-autel, et l’on monte au chœur par deux escaliers latéraux. Le soir, nous allons au spectacle. La salle est assez belle. Il y a beaucoup de militaires et un bataillon de chasseurs autrichiens.

18. — Je vais revoir la Cathédrale. Nous partons de Modène à dix heures. Nous passons le Pô sur un bac vers trois heures.

Ce fleuve a des berges dans le genre de celles du Tibre; c’est un terrain mouvant. Le pays est très-plat, les montagnes bornent l’horizon. Nous arrivons à Mantoue par le côté de terre. En -route nous rencontrons des Croates. Nous sortons de la ville par le côté du lac sur un pont qui le traverse, et qui est fort long. Nous arrivons à dix heures du soir à Vérone.

19. — Je vais faire un tour dans la ville de Vérone qui est remplie de débris de sculptures antiques et du moyen âge. J’ai été voir les Tombeaux des Scaligeri, qui sont très-beaux. 11 y a beaucoup de caractère dans ces monuments et une teinte sauvage qui ne leur nuit pas. La maison des Scaligeri est située près de ces tombeaux. Le dernier des Scaligeri a, de son vivant, fait construire le sien qui a coûté 10,000 ducats d’or. Je visite le Cirque antique dont l’intérieur est bien conservé, grâce à des réparations successives, puis la Cathédrale qui est remarquable, mais elle n’est pas très-bien tenue. Nous allons à Santa Lucia, près Vérone, où les Piémontais sont venus dans la guerre de 1848. On nous décrit la bataille, et on nous dit que si les Piémontais avaient été plus résolus, ils auraient pu entrer dans la ville, mais leurs chefs étaient peu expérimentés. Depuis, les Autrichiens ont bâti tout autour de Vérone, des petits forts pour protéger la ville du côté de la route de Milan et sur toutes les hauteurs qui commandent la ville du côté du Tyrol, de sorte qu’elle est très-fortifiée. Cependant les forts du côté de Milan ne me paraissent pas d’un grand secours; je les trouve trop petits et trop rapprochés. Il me semble que cette ville n’est pas un grand obstacle pour pénétrer dans le Tyrol. Nous rentrons dans la ville et nous visitons l’Arsenal qui est un ancien fort gibelin, avec un pont fortifié de la même époque; le tout bâti en briques et d’un effet pittoresque. De là, nous allons au jardin planté par les Scaliger, et où il y a des cyprès de leur temps.

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20. — Revu les tombeaux des Scaligeri. Nous partons de Vérone à dix heures. Nous passons devant Padoue,

et vers trois heures nous arrivons au débarcadère de Venise ; il pleut légèrement. Nous prenons des gondoles, et nous arrivons à l’hôtel de l’Europe. Je vais de suite voir la place Saint-Marc.

21. — Je visite l’église Saint-Marc qui est remplie de mosaïques. Il n'y a qu’un tout petit tableau sur fond

or, d’une seule figure, à gauche du chœur. Cette église est bâtie, dit-on, sur le modèle de Sainte-Sophie de Constantinople, mais plus petite. C’est la chose la plus étrange que j’aie vue, en fait de goût : on est là en pleine Byzance. Tous les sujets sont sur fond or. Le pavé de l’église est devenu inégal, parce qu’il n’y a que

les colonnes qui soient bâties sur pilotis. Nous sommes montés dans les galeries qui sont curieuses, puis sur la

devanture de l’église où sont les fameux chevaux que Napoléon 1er fit placer sur l’Arc-de-Triomphe du Carrousel, à Paris ; ces animaux sont très-bien dessinés. De l’église, nous sommes allés dans le palais du Doge. Nous visitons la Salle du Grand Conseil, celle des Dix. Dans la galerie, on voit encore les deux bouches de cuivre où l’on jetait les dénonciations. Une autre destinée au même usage se voit à l’extérieur de la salle du Conseil des Dix, dans l’escalier près de la porte. Toutes ces salles ont de belles peintures du Titien et du Tintoret. Nous visitons l’église San Giovanni et San Paolo, qui est très-curieuse pour les sculptures, et pour un beau tableau du Titien, la Mort de saint Pierre. Après, nous entrons dans l’église des Jésuites, chargée d’ornements, mais de mauvais goût.

22. — Visité le trésor de l’église Saint-Marc. Il est très-curieux et sans doute authentiques; toutes les reliques venant de Constantinople. Nous allons voir les prisons du palais des Doges. Elles se divisaient en politiques et en criminelles. Les accusés de crimes étaient placés dans les prisons supérieures, ne recevant de clarté que par un trou devant lequel on plaçait une lampe. Ces prisons se Ressemblent toutes. L’intérieur était garni de bois pour atténuer un peu l’humidité des murs. Les prisons politiques étaient placées plus bas; c’est ce qu’on appelle les Puits. Leur forme est semblable à celle des prisons supérieures. A l’extrémité du couloir des prisons, est une porte donnant sur le canal, au-dessous du pont des Soupirs. A l'entrée de ce couloir était placée une chaise sur laquelle on asseyait le condamné politique, et il était étranglé au moyen d’un lacet, ou noyé au-delà du Lido. Jamais ce genre de criminels n’était exécuté en public. Nous visitons aussi les Plombs, mais ces prisons sont presque toutes démolies. Nous allons au Rialto, quartier des marchands, situé de l’autre côté du Grand Canal ; chez les marchands d’antiquités ; chez ceux de chaînes et bijoux.

23. — A l’église de la Salute, peintures du Titien, à la sacristie. Aux Beaux-Arts, magnifiques tableaux du Tintoret, du Titien et de Paul Véronèse. A l’église des Frari, la Famille Pesaro, du Titien; le tombeau du Titien, et celui de Canova, par lui-même. A l’église Saint-Roch, où travailla pendant dix-huit ans le Tintoret, une Élévation en croix et autres tableaux. Retourné à Saint-Marc.

24. t — Été chez un peintre russe ; chez Nerli, qui a du talent. Il occupe l’atelier où Léopold Robert s’est donné la mort. Été à Saint-Marc, au quai dei Schiavoni, au Jardin public, à la Giudecca, chez Don Carlos, aux palais Rezzonico et Pisani. Le soir, au théâtre.

25. — Été au Musée, chez le prince Troubetzkoï, au couvent des Arméniens, au Lido.

26. — Été chez Don Carlos, à l’Académie, à San Quirico, église. Nous visitons l’église de San Salvadore, où il y a un beau tableau de Bellini, les Disciples d’Emmaüs. Nous retournons à l’Académie, voir des dessins de Raphaël, du Tintoret, etc. Nous allons chez Separini, peintre d’un certain talent, puis à l’Arsenal, à la Darsena, à la Salle des modèles, à la Corderie. Nous voyons un mât du Bucentaure, et une barque qui a servi à Napoléon Ier.

27. — Départ de Venise. Passé à Mestre, d’où le Prince va à Vienne et en Russie. J’arrive à quatre heures à Padoue ; la ville me paraît curieuse. Il y a une Université ancienne dans le genre de celle de Bologne. Elle a encore huit cents écoliers, qui étudient la médecine et la philosophie. On y voit les armoiries des familles des élèves. La salle du Palais de Justice a trois cents pieds de long et quatre-vingts de large. On y voit un Cheval de bois du Donatello, très-bien exécuté, et pouvant contenir seize personnes. Visité les palais Trento, Pappa, Fava. Groupe d’un seul bloc de marbre, la Chute des Anges, d’Agostino Favolato, composé de 60 figures; il a coûté douze ans et quatre mois de travail. Vu l’église de Saint-Antoine de Padoue. Sur la place est une magnifique statue du condottiere Gatta-Melata ; elle serait, dit-on, la première qui ait été fondue chez les modernes.

28. — Départ à midi de Padoue. Je vais ce même jour à Vicence et à Vérone, où je reste malade le 29 et le 30.

roc)

1"' Décembre.

d’or.

Je pars de Vérone, et j’arrive le soir à Mantoue, où. je vais coucher à l’hôtel de l’Aigle

■2. — Cette ville a des côtés très-pittoresques; elle n’est pas très-habitée, mais le centre a beaucoup de mouvement. Nous visitons la tour de la Gabbia, où est encore, à l’extérieur, la cage de fer dans laquelle on exposait les criminels pour les y laisser mourir de faim. Du haut de cette tour, la vue est magnifique. On domine le lac qui entoure Mantoue, et du côté de Vérone, les montagnes sont couvertes de neige. La salle de spectacle est très-belle. Un certain Blondin de Paris y donne avec ses enfants des représentations de gymnastique.

3. — Nous visitons le Palazzo del Te, où nous voyons des Jules Romain médiocres, la Chute des Géants. Nous allons au vieux palais des ducs de Gonzague, qui a des Jules Romain assez beaux. Fait le tour de la ville. 11 y a de charmantes villas de l’autre côté du lac. Nous avons vu le jardin de Virgile. Nous passons devant les portes de Saint-Georges, de Florence, de Milan.

4. — Je pars à deux heures de Mantoue, et, le lendemain, j’arrive à Florence et rentre à San Donato.

6-31. — M. de Medem vient poser pour son portrait que je termine, mais je suis obligé de le recommencer. Je fais quatre dessins pour le Prince, Voltigeur du 33e de ligne , Souvenir de bons camarades , juillet 184g, Soldat hongrois du régiment Fran\ Karl et Soldat du </ chasseurs tyroliens.

(A cette année se rapportent les notes suivantes : ce sont les indications premières de 31 planches ou dessins sur le siège de Rome.)

i° Porte Saint-Pancrace, batterie de deux pièces, blindée. La même est à la porte San Giovanni. 20 Batterie Corsini. 30 Prise du Ponte Molle. 40 Fossé de la courtine, bastion 7. 50 Affaire de la demi-lune. 6° Épisode de tranchée dans le bastion 7, flanc droit, près de la batterie romaine. 70 Batterie (bastion 7), tirant contre San Pietro in Montorio. 8° Batterie de petits mortiers, bastion 7. 9° Le Testaccio. io° Ripetta, batterie romaine, bord du Tibre. n° Gabionnade. 120 La brèche, vue d’en bas. 130 Vue générale de la défense dans le bastion 7. 14° Vue générale de 1 affaire du 30 avril. ij° Vue générale de Santucci, quartier général. 160 Batterie romaine, bastion 8, flanc droit. 170 Scène du jeune homme, près la brèche, et le chien. 180 Batterie de brèche. 190 Vue de la défense, prise du bastion 6. 20° Échafaudage, derrière la courtine du bastion. 21 0 Tranchée à Corsini. 220 Traverse à Corsini. 230 Villa Barberini. 240 Attaque générale, vue de la batterie Saint-Pancrace. 2f° Défense générale, vue du haut de la gorge du bastion 7. 26° Chemin de ronde en charpente, établi par les Romains derrière les murs de la ville. 270 Batterie de brèche n° 8, pour ruiner la face du bastion 6. 28° Batterie de brèche établie contre la courtine du bastion 7. 290 Batterie de brèche pour la face gauche du bastion 7. 30° Batterie Corsini, n° 10. 31° Assaut et prise du bastion 6.

(A la suite de ces projets, et sans date, nous trouvons le récit suivant, écrit par Raffet sous la dictée de M. Duhousset, au retour d’une excursion faite dans le courant de l'année i8fo. Il explique le n° 17, intitulé : Scène du jeune homme, près la brèche, et le chien).

Duhousset est venu me chercher pour explorer le terrain de l’assaut du bastion 8, auquel il avait pris part. Il me donne en rentrant quelques détails sur cette affaire. « La compagnie de grenadiers du 66% dont je faisais partie, avait gravi la brèche du bastion 8, et s’était portée en avant du côté de la muraille aurélienne. Elle revint, dès qu’il fit grand jour, s’abriter contre la petite maison qui la dominait, et sous le talus extérieur de l’embrasure d’une pièce mise en batterie pour saluer les assaillants à leur arrivée. Au moyen de quelques gabions, le terrain fut bien vite mis en état de protéger les soldats contre un retour offensif de l’ennemi. Les Romains, repoussés au-delà du ravin, ne cessaient de tirer contre un pan de mur qui menaçait à chaque instant de nous écraser par sa chute.

« Nous étions couverts de boue et le lieu était peu propice pour faire sa toilette du matin. Il n’était même pas prudent de se tenir debout. Le petit réduit dans lequel la compagnie se serrait, n’offrait un abri qu’à la condition de s’appuyer contre l’épaulement. Le soldat français s’impatiente d’entendre le bruit d’une action à laquelle il ne participe pas. Nos hommes avaient un regard interrogateur qui traduisait très-bien leur ennui. Près de moi, un vieux sergent, pour passer le temps, dépouillait une correspondance qu’il venait de découvrir dans un havre-sac abandonné. Sa figure bronzée exprimait une commisération à laquelle j’eus le désir de m’associer. Je lui en demandai le motif. Il me tendit une lettre écrite en italien, et dont il comprenait parfaitement le contenu

I Iü

car il était Corse. Cette lettre s’adressait à un tout jeune homme, que sa mère désirait rappeler près d’elle, en lui exprimant toutes ses craintes pour les cruelles éventualités au-devant desquelles il courait. La réalisation de la triste prévoyance maternelle ne s’était probablement pas fait attendre.

« Nous restions sous cette pénible impression lorsque, parmi quelques cadavres mis en tas pour nous faire place, nous vîmes se tourner vers nous et s’ouvrir une main mutilée, puis lentement se dresser sur son séant, une masse sanglante ayant à peine forme humaine tant elle était défigurée, a Ma pauvre mère! » fut la première phrase que prononça ce malheureux, en français, avec l’accent italien. Il ajouta, mais presque bas : « J’ai « bien soif ; par charité, donnez-moi un peu d’eau. » Puis, comme épuisé par ce dernier effort, il retomba lourdement à la renverse. Cette apparition nous avait fortement émus. Pendant qu’on lui faisait avaler un peu d’eau mêlée d’eau-de-vie, j’essayais avec mon mouchoir d’enlever les caillots de sang figé qui rendaient méconnaissable ce jeune blessé. Il avait la poitrine trouée en plusieurs endroits. Un coup de baïonnette lui ouvrait le nez jusqu’au front ; à sa main droite, il ne restait que les lambeaux de trois doigts. Il était évident que ce soldat de dix-neuf ans avait bravement combattu et résisté bien en face.

« Lorsqu’il fut un peu remis, il nous dit, sans que sa voix exprimât aucune crainte, mais en l'élevant un peu et d’un air convaincu, qu’il s’était, comme Lombard, battu pour l’indépendance italienne, et qu’il était heureux de mourir pour son pays. Nous n’avions rien à répondre, et nous fîmes transporter ce pauvre enfant à l’ambulance. On lui restitua, sur sa demande, son sac ainsi que la correspondance maternelle qui nous avait d’abord si vivement touchés. Nous le suivîmes pendant quelque temps avec la certitude qu’il avait à peine quelques heures à vivre. Nous nous trompions. La nature jeune et vigoureuse du sujet fit un prodige en prenant le dessus. J’eus plus tard l’occasion de le rencontrer parfaitement guéri à Rome, et la satisfaction de le faire employer, comme écrivain, dans les bureaux de l’Intendance. Il avait perfectionné son français et savait se rendre utile en faisant des traductions.

« Pendant l’heure que nous passâmes dans le réduit bruyant dont je viens de parler, nous fûmes témoins, au milieu des ruines qui nous entouraient, d’un trait de fidélité au malheur qui, pour avoir son héros en dehors de l’espèce humaine, n’en était pas moins attachant. Nous entendions d’abord le sifflement de la mitraille qui rasait l’épaulement sans nous atteindre. Le canon du Transtevère cessa tout à coup de nous gratifier de ses salves, constatant l’inutilité de ses efforts contre la muraille chancelante, qui décidément ne voulait pas nous écraser sous ses débris. De l’autre côté de l’embrasure, les servants, surpris par la vivacité de notre attaque, avaient succombé sur la pièce démontée dirigée contre nous, sans avoir eu le temps de s’en servir.

« Depuis quelque temps, un son plaintif arrivait à ‘nos oreilles. Nous en cherchions la cause. C’était un chien qui espérait soulager son maître en léchant la plaie béante qui lui sillonnait le front. Tous nos efforts furent inutiles pour appeler à nous ce généreux animal, et l’arracher aux tristes marques d’affection, prodiguées à l’ami dont il sollicitait vainement une dernière caresse. Il y eut une trêve pour enlever les morts. Nous suivîmes du regard la civière qui portait le cadavre à travers les inégalités du terrain. La forme blanche du chien nous la désignait et permettait de suivre sa trace au loin. La pauvre bête s’était attachée à une main pendante, et semblait vouloir disputer son maître aux brancardiers, quoi qu’on fit pour l’éloigner.

« Lorsque la suspension d’armes fut annoncée par nos clairons, tous nos troupiers surgirent et couronnèrent le bastion et la courtine. C’était un spectacle curieux de voir d’un côté, sur l’arête culminante de la position, les vainqueurs de la lutte des premières heures du jour, officiers et soldats. Leurs uniformes portaient l’empreinte du désordre qu’y laisse une nuit de pluie, s’ajoutant à la boue d’un terrain fraîchement remué et trop détrempé. De l'autre côté, dans le ravin, au-delà de la vieille muraille aurélienne, au milieu des vaincus, la figure grave et énergique de Garibaldi tranchait sur son état-major. Ses officiers, brillants de jeunesse, propres et serrés dans des costumes aux couleurs voyantes, feutres à larges bords, plumes, velours, formaient, d’aspect et de pose, un ensemble théâtral. Entre les deux camps, sur le terrain du combat, maintenant devenu neutre, un muet échange de morts et de blessés. Cette journée fut la dernière de la résistance, car lorsque Mazzini fut d’avis de prolonger la défense, Garibaldi vint lui-même à l’Assemblée constituante déclarer la supériorité de nos armes. Il considérait cependant que tout était encore possible à la volonté d’un peuple préférant mourir plutôt que de se rendre. La victoire ayant favorisé la France, il était forcé d’abandonner le mont Janicule, l’enceinte aurélienne et la position de San Pietro in Montorio ; mais si les Romains étaient décidés à vaincre ou mourir, Rome devait faire les plus grands sacrifices sans perdre une heure. Garibaldi avait vu mourir ses principaux chefs; ses soldats étaient décimés et harassés de fatigue sous une chaleur accablante. Le temps des illusions était passé, l’Assemblée se déclara vaincue et vota la reddition de la .ville le 30 juin ».

icr-27 Janvier. — Je fais quatre petites figures pour le Prince, Russe, Hongrois , Espagnol, Écossais (n° 92), plus Sept dessins au trait. Terminé pour Gihaut la planche 5: du siège de Rome, Saint-Pierre , 300 fr. Je fais beaucoup de recherches perspectives pour les autres planches. Je copie le portrait de M. Autan , pour M. Laure, à Toulon. Je fais trois croquis dans l’album du lieutenant Fabre, Soldat français. Croate, Garibaldien.

28 . — Je pars de Florence avec ma femme et Charles. Arrivés le soir à huit heures à Livourne, nous logeons à l’hôtel du Nord.

29. Je vais de bonne heure chez le général autrichien Crenneville (d’origine française), pour avoir une permission de dessiner. A midi, je m’embarque pour faire des croquis; vers trois heures, ma femme et Charles viennent me rejoindre sur le môle. Nous allons tous dans la barque visiter le Phare, haut de 198 pieds. Du sommet, la vue est magnifique; nous voyons la tour Meloria, l’ile de la Gorgone, etc., mais l'ile d’Elbe et Pise sont cachées par le brouillard. Nous voyons le soleil se coucher, et nous prenons terre ; la mer est comme une glace. Nous dînons au Giardinetto, nous lisons le journal au café américain, et le soir, je travaille un peu.

3°- Avant déjeuner, je vais sur le chantier, puis en mer dessiner des Bateaux à vapeur. A midi, nous allons tous trois en voiture hors la Porta a Mare, près des Bagni. Je fais des croquis, puis nous allons au Mar\occo , que je dessine. Nous revenons au môle., où je fais des croquis de Barques. Nous dînons à la Pergola, puis nous suivons la musique militaire autrichienne.

3 1 • Croquis de la Place d' Armes de Livourne. A midi, départ par le chemin de fer pour Pise, où nous arrivons à une heure et demie. Nous nous installons à la locanda del Nettuno, puis nous visitons le Campo Santo dont nous faisons le tour, mais trop rapidement. Nous allons au Duomo, nous y admirons les magnifiques portes de bronze de Jean de Bologne. La plupart des colonnes des cinq nefs sont antiques. L'intérieur de l'église, à bandes noires et blanches, est très-imposant. Le maître-autel est presque tout en lapis. Le chœur est orné de charmants tableaux d’Andrea del Sarto, enclavés dans de larges panneaux de bois sculpté de couleur foncée : c’est un ensemble très-harmonieux. Dans cette église, se voit une mauvaise statue antique du dieu Mars, révérée sous le nom de saint Éphèse. Au baptistère, chaire hexagone à bas-reliefs de Nicolas de Pise, 1260. Elle est portée sur des colonnes antiques en marbre de couleurs variées, posées sur des lions. Les fonts baptismaux, octogones, sont ornés de rosaces très-finement travaillées, et différant toutes les unes des autres. Des trous

profonds permettaient de baptiser les petits enfants par immersion. Les colonnes et les chapiteaux sont

presque tous antiques; l’un d’eux représente la Chasse de Méléagre. Nous allons à la Tour penchée. Nous montons jusqu’au dernier rang de colonnes où sont les cloches. En descendant, nous remarquons les diverses réparations nécessitées par le mouvement de la Tour du côté de l'inclinaison. Par là, les marches ont éclaté et il a souvent fallu remplacer des morceaux, et même des fûts de colonnes. En revenant, nous passons par la place dei Cavalieri. Près de là, était la tour où périt Ugolin.

1" Février. — Départ de Pise. Arrivée à neuf heures et demie à Lucques. Nous déjeunons dans un café

que traverse un voleur poursuivi par un gendarme. Nous allons à la cathédrale San Martino. Portique

très-curieux, colonnettes à zigzags de marbre noir et blanc; sculptures intéressantes, bas-reliefs antiques, lions, etc. décollation d’un saint. Trois nefs; vitraux peints. Tempietto del Volto Santo, crucifix où N. -S. est représenté vêtu de la robe byzantine, ses pieds ne sont pas superposés. Dans une chapelle nommée le Sanctuaire, est un délicieux tableau de fra Bartholommeo, la Madone, un Ange jouant du luth , saint Jean, saint André en robe rouge et coiffé avec des pierres. A San Francesco, nous cherchons vainement le tombeau de Castruccio Castracani. L’église de San Michèle était fermée. Son portail est étrange. Les colonnes du haut de la façade sont toutes différentes de forme et de grandeur. Sur le pignon du fronton est un ange aux ailes mobiles. Ce monument est

très-ancien. Nous sommes entrés à San Frediano, basilique lombarde. Sur sa façade est une mosaïque du xii" siècle. Elle a trois nefs, des arceaux circulaires soutenus par des colonnes antiques. Ses fonts baptismaux ont la forme d’un cuvier rond avec des bas-reliefs de magister Robertus, i2fi. Le bassin est assez vaste pour que l’on ait pu y pratiquer le baptême par immersion. Nous allons à San Quirico, à la villa Boccella. Nous visitons les appartements, les serres et les jardins qui sont très-jolis, car cette villa est située sur la pente d’une montagne. Retour à Pise, et le soir à Livourne.

2. — Nous prenons une voiture et à dix heures, nous sommes installés près du Marçocco, et d’une des Torracie; je les dessine jusqu’à une heure. Nous souffrons beaucoup du froid et de l’humidité. Un orage violent a eu lieu toute la nuit dernière, et la mer est encore mauvaise. Nous voyons entrer un vapeur français fort en retard. Nous allons de là à un Campo Santo, sur lequel on a tiré du Marzocco en 1849. Nous visitons le cimetière, puis nous rentrons dans Livourne par la Porta Maremmana. Nous revenons à l’hôtel, comptant partir, mais le dernier convoi du dimanche ne va que jusqu’à Pise. Je laisse une carte chez le général Crenneville.

3-1 y. — Nous partons de Livourne, et à dix heures nous sommes à Florence. Mis au net quelques croquis. Préparé de nouvelles planches. Travaillé au portrait de M. de Medem,

16-28. — Croquis de Valencien. Petit dessin pour le lieutenant Fabre. Catalan pour M. Jaubert de Passa. Terminé la planche du Débarquement à Civita Vecchio , 300 fr., que j’envoie à Paris avec trois autres. M. et M"" de Montessuy viennent voir les planches avant leur départ. Été un soir, voir le Stenterello de la Piazza Vecchia. La pièce, Stenterello parruchiere , est très-mauvaise, mais l’acteur est très-comique; son nom est Ricci.

ior-9 Mars. — Je termine le premier titre de l’expédition de Rome, Votre réception n'est ni polie ni politique ; le titre de Novare, Bersaglieri ; le titre de Livourne, Il Marzocco. Je retouche le portrait de M. Octane Jauneç .

10. — Le soir, un affreux accident arrive à Charles. Une capsule en éclatant lui lance un fragment dans l’œil droit. Nous courons chez les docteurs Punta et Regnoli qui essayent en vain de l’extraire.

11. — Nous allons avec Charles chez le docteur Regnoli qui nous envoie à Santa Maria Nuova, où il lui fait subir l’opération, après l’avoir endormi avec le chloroforme; ce qui a été très-difficile. Le fragment de cuivre a été retiré, et le pauvre petit se trouve soulagé à son réveil, mais il a la fièvre.

12-24. — travaille aux portraits du Général Mollière et à celui du Général Oudinot. Je dessine un Baroccio pour le Prince, et un Soldat autrichien pour M. Fume. Je vais faire des croquis à Pise et à Pietra Santa. Nous allons faire quelques achats sur le Ponte Vecchio, puis nous allons à San Miniato al Monte, où il y a un grand concours de monde. Nous visitons l’ancienne église avec détail. M. de Montessuy vient savoir des nouvelles de Charles. Nous faisons nos préparatifs de départ pour Paris, où Charles doit suivre un traitement pour son œil.

2). — A quatre heures, nous partons pour Livourne, où nous arrivons à huit heures.

26. — Courses dans Livourne. A quatre heures de l’après-midi, nous nous embarquons sur le bateau-poste le Tancrède. Nous partons à cinq heures.

27. — Nous sommes devant Gênes à deux heures du matin. A neuf heures, nous sommes à l’hôtel Feder, ancien palazzo Gentili. Nous sortons visiter la Cathédrale, fort intéressante, à bandes blanches et noires. Nous allons Strada Nuova, où sont de beaux palais. Nous prenons un omnibus qui nous mène jusqu’à San Pier d’Arena, d’où l’on a une vue magnifique. Nous revenons à pied, et, en passant, nous visitons le palais d’André Doria, qui contient de bonnes fresques de Pierino del Vaga. Mais la beauté de ce palais consiste principalement dans les terrasses, et dans un jardin planté d’arbres toujours verts situé sur le bord de la mer. Dans la journée, je suis allé aussi chez le général de Mollard et le colonel Saillet. Le soir, je vais au café retrouver ces messieurs.

28. — Je vais faire des croquis d’après des Soldats du régiment de Savoie et des Artilleurs. Pendant ce temps, ma femme et Charles visitent avec un guide le palais Pallavicini, rue Carlo Felice, décoré avec beaucoup de goût, et orné de quelques beaux tableaux. Le palais Brignole, Strada Nuova, 42, très-riche, ayant une nombreuse collection de tableaux. Portraits de Van Dyck, de Rubens, Judith de Paul de Véronèse, des peintures du Guerchin. De là, ils vont au palais Balbi, rue Balbi, beau portique, portraits par Van Dyck. Puis ils vont voir une belle promenade plantée d’arbres, située près du palais Serra, et une autre qui domine la mer. Dans l’après-midi, je vais avec eux dans le vieux Gênes.

29. — Été à la douane et à la poste. Visité la Cathédrale et l’église de San Siro, belle quoique rococo. Nous partons à sept heures du soir.

30. — A quatre heures du matin, nous passons à Arquata, puis nous arrivons à Turin. Nous visitons la Cathédrale dont les ornements, les chapiteaux et les frises sont peints en grisaille, au lieu d’être sculptés. Nous allons au Musée. Nous y remarquons un portrait de Rembrandt (un Pacha) ; les Trois enfants de Charles Ier , par Van Dyck ; une esquisse de Rubens, Y Apothéose de Henri IV ; une Procession de Salaert. Nous partons à cinq heures. Nous passons le mont Cenis. Il y a beaucoup de neige, mais le froid n’est pas très-vif. Arrivés au sommet, on nous met sur des traîneaux.

3 1 • — Nous nous arrêtons un peu à Saint-Jean-de-Maurienne, où nous dînons.

Ier Avril. — Nous passons à Chambéry, puis à Pont-de-Beauvoisin, où l’on visite nos malles, puis celles des voyageurs qui ne les ont pas fait plomber. Nous arrivons à Lyon, où nous dînons avec le commandant Sainte-Marie.

2. — A sept heures du matin, nous quittons Lyon. Nous sommes à onze heures à Tarare, dont les campagnes nous plaisent beaucoup. A quatre heures, nous sommes à Roanne.

3. — Nous arrivons à Nevers à neuf heures. Nous visitons la Cathédrale qui a un retable sculpté fort endommagé, et un jaquemart, ou chevalier qui frappe les heures. L’extérieur du château des ducs de Nevers est imposant. A onze heures, nous prenons le chemin de fer ; à quatre heures, nous sommes à Orléans, et le soir, à huit heures, à Paris, où nous nous organisons tant bien que mal, rue Carnot, n° 3, ancienne rue Laurette.

4-22. — Nous retenons un logement et un atelier, rue du Bouloi, 17. Je vais à l’Exposition où il y a peu de bonnes choses. Je suis invité à dîner chez le Président de la République. Il y avait le général Roguet, le colonel Vaudrey, M. Laity. Je termine le Baroccio pour le Prince.

23-30. — Je pars pour Anvers où je reste jusqu’à la fin du mois, pour voir des tableaux et visiter des collections.

ier-3 1 Mai. — Nous nous installons rue du Bouloi, puis je pars pour Londres, où je reste tout le mois pour l’Exposition. A la fin du mois, ma mère tombe malade.

i0r-3o Juin. — J’arrive de Londres, le 8, dans l’après-midi, et je fais un Portrait de ma mère , qui était morte le 6, à trois heures du matin. Été voir le tableau de P. Delaroche, Marie- Antoinette sortant du tribunal révolutionnaire. Je travaille à une aquarelle de Napoléon , pour M. Fume. Nous faisons nos préparatifs pour aller tous les trois à Londres.

i01' Juillet. — Nous sommes à six heures au chemin de fer du Nord. A midi, nous arrivons à Boulogne. Nous nous embarquons à une heure ; la mer est très-bonne. A trois heures, nous descendons à Folkestone, où la douane absorbe aux voyageurs une heure et demie. Nous arrivons à Londres à sept heures.

2. — Je vais voir des tableaux avec le prince Troubetzkoï. L’après-midi, nous visitons l’Exposition. Nous commençons par la section russe, les malachites et les pépites d’or du prince Demidoff. Nous voyons les produits français, le beau groupe de Debay, le Berceau primitif , la Bacchante de Clésinger, l’exposition de Lyon, les porcelaines françaises, puis les produits chinois et indiens, excessivement curieux. Le lendemain 3, nouvelle visite à l’Exposition.

4. — Visite à Windsor ; l’aspect du château est imposant et original. Après les appartements privés de la Reine, nous voyons les appartements d’État. Nous admirons une série très-remarquable de Canaletti ; Vues de Venise , du Forum; des Holbein, parmi lesquels les portraits de Henri VIII , de Catherine T Aragon, Édouard VI, Anne de Boleyn, François II, de France ; une salle entière de portraits de Van Dyck, Charles Ier assis avec sa famille , le même à cheval, d'Épernon portant son casque ; Henriette de France , répétée plusieurs fois, Killigrew et Carejv , Buckingham et son frère , Charles II enfant , Van Dyck lui-même; une collection de très-beaux Rubens, Saint Martin , la bataille de Nordlingen ; Galonné, par Mm* Lebrun; de beaux bustes en bronze de Charles-Quint, Philippe II, Henri IV. Visite à la chapelle de Saint-Georges. Les stalles des chevaliers sont surmontées de clochetons magnifiquement sculptés en bois; au-dessus des clochetons sont leurs bannières. Les vitraux anciens sont admirables. Nous n’avons malheureusement pas le temps de nous y arrêter. Le cénotaphe de la princesse

iî

Charlotte, fille de Georges IV, est une belle œuvre empreinte d’originalité.

Nous visitons en sortant la Tour Ronde, où furent emprisonnés le roi Jean de France, David d’Écosse et sa femme, après la bataille de Crécy. Du sommet, la vue est magnifique.

j. — Nous sortons à dix heures, pour visiter une exposition de tableaux modernes généralement très-mauvais. Après déjeuner, nous allons visiter la jonque chinoise. Le peintre nous fait deux croquis, et le capitaine de la jonque nous écrit nos noms. De là, nous allons voir la famille chinoise ; il y a une jeune femme et des enfants charmants. Croquis d’ Hommes sur les quais.

6. — (Dimanche.) Nous allons à Greenwich par la Tamise. Le parc est superbe, les bâtiments assez beaux, les tableaux généralement faibles. On montre les habits portés par Nelson, aux batailles du Nil et de Trafalgar.

y. — Visité l’abbaye de Westminster, belle architecture. Nous admirons le tombeau de Henri VII, l’entourage de cuivre ciselé, le plafond de la chapelle à clefs pendantes en pierre, les tombes de Marie Stuart, d’Élisabeth, d’Édouard-le-Confesseur, du roi Jean, les sièges qui servent au couronnement. La sculpture me semble médiocre; Chantrey est mou et sans caractère. La Charité , sur le tombeau de M1'5 Warren, par Westmacott, fait exception.

8. — Été faire le portrait de M. Ramsay, puis nous allons faire une visite à la Tour de Londres. Nous voyons une belle collection d’armures pour hommes et chevaux. Celles d’Édouard Ie1', de Richard II, de Henri VII, Henri VIII, Jacques 1er, Charles I", Charles II, des armures japonaises, indiennes, sikhes. On nous montre le billot où ont été décapités les lords Balmerino et Lowat ; un collier de fer pour torturer ; la fille du bourreau, instrument servant à écarteler ; le cachot où fut enfermé Sir Walter Raleigh ; les joyaux de la couronne ; la couronne de la reine Victoria, en saphirs et diamants ; celles de Charles II, du prince de Galles ; celle d’Anne de Boleyn, son sceptre d’ivoire ; le sceptre., la main de justice et le globe que l’on porte au couronnement. Le soir, je vais chez Mmo Tussaud.

9. — Nous partons à six heures du matin pour Lichfield, par le chemin du North-Western. Le pays ressemble à un jardin anglais. Nous arrivons à onze heures. Des omnibus nous conduisent du débarcadère dans la ville, qui est très-jolie. Les maisons sont en briques rouges. Il y a beaucoup d’arbres. Nous déjeunons à George Inn, puis nous visitons la Cathédrale qui est curieuse et bien tenue. Les vitraux peints sont flamands. Nous voyons les tombes de Dean Woodhouse et sa femme, de leurs enfants et petits-enfants. La tombe de ceux-ci est sculptée par Chantrey et a du mérite. Nous faisons le tour de l’église, et nous allons voir la statue de Johnson sur la place du marché. Nous allons visiter l’extérieur de Christ’s Church. Nous dînons au Svann Inn, et nous sommes de retour à Londres à dix heures du soir.

-Je vais chez M. Ramsay. L’après-midi, nous voulons aller à Hampton-Court, mais le chemin de fer' est

déjà parti. Nous allons alors à la National Gallery, Trafalgar Square. Nous voyons d’admirables tableaux anciens. Des Velasquez, parmi lesquels une Chasse au sanglier, où sont de petites figures délicieusement touchées. Des portraits de Rembrandt, vrais chefs-d’œuvre. Deux Corrège placés sous verre, et achetés récemment 296,000 francs. Il y a dans ce même musée, une collection de tableaux à l’huile, d’aquarelles et dessins d’artistes anglais modernes, qui contient de jolies choses. Deux bons tableaux de Landseer, un peu mous. La Colombe revenant dans l'arche , par Millais, tableau peint d’une manière singulière, mais d’un relief étonnant.

11. — Je continue le portrait de M. Ramsay. Nous allons tous au parc de Lord Holland, à Notting Hall. Nous y voyons des jeux, des Danses écossaises (n° 95) ; des joueurs de cornemuse,

des courses en sacs, des Lutteurs français. (Nosg6, 97.) Il y a trois ou quatre costumes écossais de la plus grande beauté, particulièrement celui d’un chef de clan nommé Manzies?

12. Chez M. Ramsay. Nous visitons Saint-Paul; le vaisseau est beau, mais l’église est mal tenue, et les sculptures des tombeaux sont très-médiocres. Nous allons au Zoological-Garden, qui est très-curieux.

1 T Terminé le portrait de M. Ramsay. Je commence le portrait du Prince Troubet^koî. Nous allons ensuite au Musée Britannique, qui est du plus haut intérêt.

Cliez le Prince Troubetzkoï. L’après-midi, nous allons tous au parc de Windsor, où est une exposition de bestiaux monstrueux qui ont remporté des prix.

Il y a des taureaux, des bœufs, des vaches, des moutons et des porcs. Ensuite nous visitons le collège d Eaton, fondé par Henri III, pour 70 boursiers qui portent encore le costume de cette époque. L’un d’eux, le jeune J. -H. Wilford, nous fait les honneurs d’une manière charmante.

16. — Ma femme passe prendre Mra* Furne le matin, et toutes deux retournent à Paris avec le petit Charles.

i7“3 K — Séjour à Londres, où je fais encore différents Portraits , et où je visite de nouvelles galeries de tableaux. Je ne reviens à Paris que le 29.

1--31 Août. — Au Champ-de-Mars, manœuvres en présence du Lord-Maire de Londres. Le Prince vient à Paris le 7, et le lendemain, nous partons pour l'ile d’Elbe. Il y possède la maison où demeurait Napoléon I"', et

dont il veut faire un musée de souvenirs se rapportant à l’Empire. Nous passons ensuite quelques jours à San Donato, et le ) [, je reviens à Paris.

icr-30 Septembre. — Je passe le mois en Hollande et en Belgique, pour visiter des galeries de tableaux et des collections particulières.

1 r-3i Octobre. — Retour à Paris. Je vais voir un prétendu Greuze, chez M. Reboul. Je m’occupe du dessin des Abeilles , pour les boutons de l’uniforme que doivent porter les fondateurs du musée de San Martino, à l’ile d'Elbe. Je décalque des Portraits autrichiens , et je commence le portrait du Prince pour l’ile d’Elbe.

icr- 3 o Novembre. — J’envoie à M"'cFurne un croquis à' Autrichien. Je fais une petite Vue d'Asie Mineure , pour M. de Tournemine, à N° 97. 1 aquarelle. Le Général Oudinot et M. de Parviennent poser pour leurs

portraits. Je vais au ministère de la guerre décalquer des Drapeaux.

2 Décembre. — On nous dit le matin, que des proclamations du gouvernement annoncent la dissolution de la Chambre, le rétablissement du suffrage universel, l’abrogation de la loi du 31 mai, la convocation des comices électoraux pour le 14. Louis-Napoléon demande le pouvoir pour dix ans. On dit que beaucoup de députés sont arrêtés, quelques-uns dans des conciliabules, à quatre heures du matin. Il y a des troupes partout. La ville est tranquille, mais en état de siège. Je travaille au portrait du Prince.

3. — Mme de Bar vient poser deux heures. Je vais au Musée d’artillerie, fermé à cause de la Sainte-Barbe. II y a des barricades rue Rambuteau, rue Mandar, pointe Saint-Eustache. Nous entendons une violente fusillade vers cinq heures, et quelques coups de huit heures à neuf heures. La nuit est tranquille. Les boutiques de notre rue sont fermées.

llô

4. — La ville paraît tranquille, mais notre voisinage est occupé par le <ji\ Le mode de scrutin est changé; il sera secret, par oui ou non, sur bulletin.

f-i^. — Été rue de Rambuteau, voir les dégâts causés par la fusillade. Ils sont nombreux. Terminé une copie du Portrait du Prince, pour M. de Loubitz. Je vais à Saint-Cloud voir les guérites du temps de l’Empire. Sainte-Geneviève est rendue au culte.

16-31. — Terminé quatre dessins pour M. Demidoff, pour le jour de l’an; Réquisitionnaire, 1792; Groupe de Murciens dans la huerta d'Espamelas , Alicante ; Cornemuse du 79° Écossais , à Gibraltar ; Femmes tatares. Terminé le portrait de Mme de Bar. Été voir boxer, à la salle Montesquieu. Visite de Duhousset, avec une lettre de M. Noisot, le grenadier de l’ile d’Elbe.

(Voici quelques notes sur le départ de Napoléon I"' de l’ile d’Elbe, qui peuvent se rapporter à cette date.)

« L’Empereur fut se placer avec ses tentes dans la montagne de Marciana, près la Madonna, dans le mois d’août 1814, pour prendre le frais; il y resta quinze jours. La comtesse Walewska débarqua à Porto-Ferrajo, la nuit avec son enfant. Elle va secrètement à la maison de Marciana, où l'Empereur vint la trouver, et elle fut dans la montagne avec lui, mais peu de temps. Il n’y avait ni poste ni factionnaire. La troupe après quatre heures était embarquée. L’Empereur est parti à sept heures.

Composition de la troupe à l’île d’Elbe, 1814 : i° Bataillon de 600 hommes de la garde à pied, commandant Malet, capitaine Combes. 20 Polonais, 5:0 hommes. 30 Mamelucks, 18 hommes. 40 Artillerie, une compagnie. 50 Un bataillon corse. 6° Un bataillon franc-elbois.

ier-3i Janvier. — Été à Notre-Dame entendre chanter le Te Deum, pour l’élection du président de la République. Été chez le baron Marchand pour des renseignements [sur Napoléon. Fait le tracé d’un Drapeau de l'Empire , pour le musée de l’île d'Elbe. Croquis d’après M. de Bannières. Été poser chez M. Feuchère qui fait mon buste.

a appartenu à Napoléon. Été chez

Ier- 13 Février. — Été chez M. Manganaro voir une cocarde qui M. de Tournemine retoucher un 'petit tableau. Croquis d’un Mendiant et d’un Montreur d’animaux. (NÜS 98, 99.)

Je fais une seconde fois les portraits de M. et M"'e de Bar.

16-29. — Recommencé la lithographie du portrait de M. de Medem.

Été poser une dernière fois chez M. Feuchère. Travaillé aux Petits Tambours républicains que je donne à M. de Tournemine. Je vais plusieurs fois voir les lutteurs, à la salle Montesquieu. Été examiner un tableau de Greuze chez M. Collet.

Tr-if Mars. — Remis les Petits Tambours à M. de Tournemine, qui N» 98. les porte au Louvre, pour l’exposition. N™ 99.

J’envoie à M. DemidofF les dix

portraits faits pour le musée de San Martino, à l’île d’Elbe, le Prince Demidoff , A. Melchior, L. Melchior, Durai, Schaffter , ministre protestant, Matas, architecte, Gustave Weyer , de Sainson, Ramsay , Raffet. Terminé le portrait de M. Niel. Visite de M. H. Flandrin.

16-30. — Été aux Tuileries, chez M'ne Sautreau, fille du général Magnan, voir distribuer par le Président les nouvelles médailles. J’expédie à M. Demidoff, pour le 24, deux aquarelles, Joueur de guitare, à Carthagène , Paysan et Gitano , à Alméria. Été chez M. de Sainte-Aldegonde voir le drapeau d’Augereau.

1 er- 1 )' Avril. — Un marchand de Bruxelles vient pour acheter les Tambours qui sont au Salon. Assisté à une revue des 30* et 42' de ligne, aux Tuileries. Le cardinal Antonelli et un autre y assistaient, en grand costume rouge.

16-30. — Portraits de M. Mouillard et de Mlle Jenny Jaune\. Été avec M. de Tournemine chez M. Émile Augier, aux Tuileries, pour voir le Président qui passe en revue de l’artillerie, de la gendarmerie mobile, des pompiers, des dragons, de la gendarmerie départementale. M. Léonard de la Tuilerie vient pour le petit tableau des Tambours.

(Extrait d'une lettre de M. de Sainson, à propos d’une audience qu’il avait obtenue du Saint-Père, le 1 3 avril, et où il cite les paroles mêmes de Pie IX.)

« Puis il m’a encore arrêté pour me demander des nouvelles de Raffet, le rittratista. Avec quel talent il rend la physionomie. C’est un bon homme, un Français que j’aime bien, mais il nous a un peu persécutés, le cardinal Antonelli et moi, pour avoir nos portraits. Cela m’a rappelé les premiers temps de mon pontificat, où, si j’avais cru les peintres, je n’aurais fait autre chose que poser. Mais dites à ce Raffet, comme vous l’appelez, que je lui souhaite bien du bonheur. »

icr-9 Mai. — J’envoie au Prince, pour San Donato, la répétition des portraits faits pour San.Martino. Accompagné jusqu'à la première étape M. de Bellecourt et son bataillon, qui quittent Paris. Le 3, j’ai été place Vendôme, où je vois au pied de la colonne quelques vieux soldats de l’Empire, vêtus de leurs anciens uniformes. Parmi eux, étaient des mamelucks. Été à l’exposition de la galerie du maréchal Soult.

10. — A dix heures, nous sommes au Champ-de-Mars, pour la bénédiction des drapeaux. La tribune du Ministère de la guerre, pour laquelle nous avons des billets, n’est pas encore terminée. On refuse pendant quelque temps de nous laisser monter, enfin nous trouvons de bonnes places. On achève la tribune, et on la recouvre d’un coutil lorsqu’elle est déjà encombrée de monde. Nous voyons arriver les troupes et le clergé, et à midi et demi, le président. L’autel et son pavillon sont resplendissants sous le soleil. A deux heures, pendant le défilé, des nuages s'élèvent. A trois heures, tout est fini.

1 1—3 1 . — Nous allons à la galerie du maréchal Soult. Nous remarquons la Vierge de Murillo, la Naissance de la Vierge , par le même ; le Miracle du Crucifix, de Zurbaran ; un délicieux petit Saint Antoine de Padoue, de Murillo ; Saint Basile enseignant, par Herrera ; un beau portrait, de Tintoret ; un Christ portant sa croix , peint sur ardoise. M. de Neveu vient me chercher pour aller déjeuner avec le colonel Durrieu et les chefs arabes de Constantine. J’en vois six ou huit, dont deux ont de très-belles têtes. Le capitaine Chatin vient chercher les croquis pour la Manœuvre à la baïonnette du 42e de ligne. Visité l'exposition de la collection de tableaux de M. de Morny ; elle est fort belle. Fait quatre petits Drapeaux sur pierre lithographique. Été chez le général Oudinot lui porter ses portraits. Livré à l'imprimerie la Prise de la villa Pamfili , 300 fr.

1 er- 1 y Juin. — Été à l’enterrement de M. Pradier avec MM. de Tournemine et Charles Blanc. Je vais chez Théophile Gautier, pour le remercier de son charmant article de la Presse du 3 juin. Été voir des costumes garibaldiens. Rencontré M. Couture, qui me fait visiter sa chapelle de Saint-Eustache. Le général Niel vient avec moi au Musée d’artillerie, pour des drapeaux.

16-30. — Visite de M. Himely avec des dessins de Charlet. Été plusieurs fois au Musée d’artillerie. Espinasse et Anatole Jaune\ viennent poser. Commencé à travailler à la Première parallèle , siège de Rome, et composé la Sape.

ier- 13 Juillet. — Je termine le portrait du Général Espinasse. Je vais prendre des leçons de perspective chez M. Forestier, pour le siège de Rome. Lettre de Bruxelles de M. Becker, pour acheter le petit tableau des Tambours. Livré la planche de la Première parallèle , 300 fr.

16-31. — Terminé le portrait à' Anatole Jaune f, et fait celui du capitaine d’artillerie, Ragon. Été avec M. de Tournemine, au musée du Louvre, pour voir le portrait d’Isabey et de sa fille, par Gérard. Continué les leçons de perspective. Assisté au Louvre, à la distribution des récompenses aux artistes, par le Ministre de l’intérieur. Envoyé au Prince deux aquarelles, Muletier espagnol , et la Cuckillera , danseuse.

I°r-24A0UT. — Été à Saint-Cyr voir la manœuvre qui a lieu en présence du Ministre de la guerre. Assisté à l’enterrement de Johannot. Demandé des conseils de perspective à Dauzats. Le jour de l’Assomption, belle revue puis combat naval sur la Seine. Été avec M. de Tournemine et Auguste, au bal des Halles. Le Prince, qui vient d’arriver à Berlin ces jours-ci, m’écrit, pour m’inviter à le rejoindre. C'est une bonne occasion de voir un pays nouveau et de belles collections.

21-51- — Séjour à Berlin. Visité le Musée des tableaux, collection fort riche. Je remarque surtout parmi les Italiens, la Madone de Raphaël , qui vient de la maison Colonna; le Christ couronné d’épines , par le Corrège; ur. magnifique Portrait de femme, par André del Sarte; Deux jeunes gens, du Giorgione; le Sansovino, de Battista Franco ; le Titien dans sa vieillesse, ébauche de l’artiste ; sa Fille et deux belles esquisses de lui ; Beau portrait d'homme, de Palma Vecchio ; Saint Marc recevant les hommages de trois procurateurs de la République de Venise, par le Tintoret ; un Portrait de femme, du Bronzino; Tête de femme, par Michel-Ange de Caravage. L’École espagnole possède un des bons tableaux de la galerie du maréchal Soult, le Miracle du Crucifix de saint Pierre Nolasque, de Zurbaran-, Saint Jérome , et un Saint Barthélemy , de Ribera; Saint Antoine de Padoue, de Murillo. De l’Ecole française, il y a un Christ, du Valentin, et un portrait d’ Architecte , par Rigaud. Parmi les tableaux de l’École flamande, il y a de Rembrandt, la Famille de Tobie , un Ange et la Sainte Famille, trois portraits, deux de Lia et une Jeune Femme, Emprisonnement du duc Adolphe de Gueldre, un Moïse ,- de Miéris, deux tableaux; de Van Ostade, une Vieille Femme; quatre Téniers; de Rubens, Marie et la Trinité, un portrait de Femme et un de Petite Fille , une magnifique esquisse pour un tableau d’Anvers. Le Musée des antiques est un bon choix de statues, bustes, bas-reliefs, sarcophages, bien tenus et bien classés, ün bas-relief trouvé à Ostie est charmant. Dans la salle des sculptures du moyen âge, se trouvent Saint Philippe de Neri par le Bernin, un bas-relief du Sansovino, et plusieurs bustes coloriés de personnages historiques, L. de Médicis, Machiavel, etc.

A Potsdam, j’ai examiné avec curiosité l'a Chambre des concerts où l'on conserve de la musique écrite par Frédéric. Dans le Cabinet à écrire, on voit la table couverte de velours bleu dont Napoléon a coupé un morceau pour l’emporter à Paris, le télescope dont le roi de Prusse s’est servi dans les batailles.

A Sans-Souci. Chambre à coucher de Frédéric, un portrait de lui très-ressemblant, le fauteuil où il est mort. Un casier contenant la plaque qu il portait habituellement, sa dernière chemise, son caleçon, le tabac qui fut trouvé dans la poche de son gilet, etc. Une très-belle collection de Watteaux. La reine actuelle se sert de la chambre de Voltaire comme cabinet de toilette. Cette chambre est très-élégamment décorée d’oiseaux et de fleurs en relief. Le bureau de Voltaire et une pendule donnée par M™ de Pompadour s’y trouvent encore. Le jardin de Sans-Souci est très-bien tenu, la vue que l’on a du plateau où est situé le palais est magnifique. Dans ce jardin, on montre la pelouse où Frédéric avait d’abord désiré être enterré. A côté, sont plusieurs tombes de ses chiens favoris; sur lune des pierres, on lit encore : Tisbé ! Derrière les nouveaux appartements, est le fameux moulin à vent devenu historique; il est maintenant embelli par une vigne. Le roi actuel l’a acheté, a fait consolider l'intérieur, et l’a affermé à un descendant de l’ancien meunier.

Ces divers palais sont les premiers où j’ai vu des chambres et des meubles ornés d’argent. Cela doit être très-brillant à la lumière. J’ai aussi remarqué une statuette coloriée de l’empereur Nicolas ; il est debout, vêtu de là capote russe. Il y a aussi une salle fort originale dans le nouveau palais. Elle est tapissée moitié de marbre, moitié de coquillages et minéraux formant des dessins, des colonnes, des niches, il y a là de beaux morceaux d’ambre, de cristal de roche, d’améthyste. Près du nouveau palais se trouve la Rotonde, mausolée de la reine Louise, dont la statue couchée est au centre. C’est, dit-on, le chef-d’œuvre de Rauch, qui a mis quinze ans à l’achever. Elle est admirable.

Avant de quitter Potsdam, je suis entré dans l’église de la cour et de la garnison, dont l’architecture est peu remarquable. Bien que ce soit un temple protestant, il y a des tableaux, mais médiocres; des drapeaux de la République et des aigles de l'Empire forment trophées. Sous la chaire de marbre est une porte, celle d’un caveau où sont placés deux cercueils : celui de Frédéric le Grand, en étain, sans aucune inscription, ainsi qu’il l’a ordonné. Son corps, non embaumé, est enveloppé d’un linceul de cuir. Son père repose dans l’autre tombeau qui est en marbre noir.

Croquis d’un Soldat prussien avec un fusil nouveau modèle. (N° 100.) Cavalerie prussienne à une revue, près Berlin. (PI. 3^, fig. 2.)

ior-20 Octobre. — Séjour à Carlsbad et à Dresde. A Carlsbad, Croquis au théâtre (pl. 37, fig. 1), et Paysage. (PI. 36.) A Dresde, croquis d 'Officier saxon. (Pl. 37, fig. 2.)

21-31. — Passé à Prague et à Breslau, et arrivée à Vienne. A Vienne, Paysans hongrois (pl. 37, fig. 3), Croquis dans un café (pl. 37, fig. 4), et Soldats autrichiens. (Pl. 37, fig. 3, 6,7).

i‘r- 30 Septembre. — Séjour à Dresde et à Carlsbad, où le Prince prend des bains.

(Note prise à Dresde.) C’est dans l’habitation du ministre de Prusse, près d’une petite maison, sur le bord de la route, qu’une pièce mise en batterie tira sur le groupe où se trouvait Moreau, sur une petite colline.

icr 4 Novembre. — Séjour à Laybach. Soldats hongrois , en tenue de route (n° 101), et Distribution de pains , (N° 102.)

3-30. — Passé à Mantoue, et séjour à San Martino et Porto-Ferrajo (île d’Elbe), où le Prince tombe malade.

1 *r- 3 1 Décembre. — Nous restons toujours à l’ile d’Elbe, tantôt à San Martino, tantôt à Porto-Ferrajo, à cause de la maladie du Prince. Nous nous occupons aussi du Musée. Je dessine des Galériens.

ANNÉE 1 8 s j

i"-if Janvier. — Je quitte San Martino, et j’arrive à Gênes.

Je prends la route de Novare, que j’ai besoin de revoir; je passe près Arquata, où je fais un croquis de Paysans (n° 103), et j’arrive à Paris.

16-31. — Nous allons à l'Exposition et à la vente des tableaux de la duchesse d’Orléans .

Nous y voyons la Stratonice de M. Ingres, qui est superbe.

Le Prince l’achète 63,000 fr.

Assisté au mariage de l’Empereur à Notre-Dame ; nous sommes assez bien placés.

i"-if Février. — Été au Musée des Souverains qui vient de s’ouvrir. Visite à M. Octave pour le tableau de Charlet, appartenant à M. Himely.

16-28. — Je vais à Mézières, pour voir des tableaux. J’y reste seulement un jour. Nous allons à une exposition de tableaux à Paris. Il n’y a d’assez remarquables qu’une Vue des environs de Rome , par Ziem; un petit tableau de Plassan, et une esquisse de Géricault. Je vais pour le Prince, chez M. Gatteaux, et à Poissy, chez M. Meissonier. Fait un petit croquis pour M. Depaulis. Été plusieurs fois, à la salle Montesquieu, voir lutter Crest, le Taureau de la Provence. (PI. 33, fig. 1, 2, et n° 104.)

Ier- if Mars. — Croquis pour M. Jadelot. Parti pour Lille, avec M. Octave, afin de visiter le Musée. Resté deux jours.

16-31. — Été plusieurs fois chez M. Henriquel-Dupont. M. Flandrin vient deux fois à la maison, pour la peinture que désire M. Demidoff. Je vais à Versailles faire copier le portrait de Laplace, par M. Lefèvre. Croquis d’un Bonnet de sapeur suisse, appartenant à M. Famechon.

1 cr- 1 y Avril. — Je termine le portrait du Prince , à Santicios , pour le voyage en Espagne.

Je fais plusieurs études d’après un Mineur , pour le siège de Rome. Le général Bouat vient voir les drapeaux que je fais exécuter pour l’île d’Elbe.

16-30. — Croquis de Supports de drapeaux pour les aigles. Croquis pour M. Blot. Remis un dessin à M. Fatout. M. Chatin et un soldat viennent poser plusieurs fois pour l 'Escrime à la baïonnette. Le Maréchal Saint-Arnaud et M. Boyer viennent poser pour leurs portraits. Je fais plusieurs études de Mineurs. Été à l’exposition de Decamps, et visité les fresques de Saint-Vincent-de-Paul, par H. Flandrin ; c’est fort beau.

ier-if Mai. — Je fais emballer les drapeaux pour le musée de San Martino, à l’île d’Elbe, Terminé la planche des Sapeurs mineurs , pour le siège de Rome, 300 fr. Fait une copie du portrait du Capitaine Rouillard. Été à l’ouverture du Salon.

16-31. — Je commence la planche des Catalans. Terminé le portrait lithographié du Maréchal Saint- Arnaud. Fait à l’aquarelle le portrait du Docteur Gary et le mien, que j’efface et recommence. Été voir faire l’exercice aux pompiers.

ier-if Juin. — Été au Gymnase voir danser la Petra Camara et la troupe espagnole. Fait beaucoup de croquis d’après le soldat Vacher.

16-30. — Terminé la planche de la Sape volante , 300 fr. Croquis à la mine de plomb pour M. Bérat, le Départ d’un conscrit.

i"-ij Juillet. — Eté chez M. Ingres, et à Poissy, chez M. Meissonier. Portrait de M. Balleydier. Fait une Petite tête de saint Louis , pour M. Furne.

16-31. — Portrait de M. Poche{. Été chez M. Théophile Gautier. Lettre d’un marchand hollandais pour demander des tableaux.

1 er- 1 J Août. — Terminé la planche, Grenadiers du 66% 300 fr. Fait un croquis à' Espagnol , d’après Auguste; je l’efface. Croquis pour M. Marchai.

: Tl 16-31. — Été chez M. Meissonier. Visité le camp de Satory avec les enfants, Duhousset et Tiersonnier.

ier-30 Septembre. — M"10 O’Connell vient voir le portrait de Pierre le Grand, que M. Demidoff doit lui faire copier. Été chez Mra0 Herbelin, pour des miniatures de Napoléon. Travaillé à un petit bois pour la nouvelle édition du Voyage en Crimée, que Bourdin doit publier, Bateau à vapeur. Été au camp de Satory.

ier- ij Octobre. — Petites aquarelles pour Bourdin, Grenadiers hongrois , Israélites , Postillons moldaves , Dorobenti et Paysans valaques , Mollahs tatars , Femmes tatares.

Pour le même, Cavalcade de voyageurs , sur bois.

16-31. — Pour Bourdin, Karalmes, Soldats russes , nouvelle tenue, Soldats turcs à l’aquarelle, et sur bois, Travailleurs à Sébastopol , Famille tatare en voyage. Je pars pour Genève, pour voir le Musée.

i'r-30 Novembre. — Retour de Genève. Été voir les Cafres au Cirque. Fait plusieurs retouches pour Bourdin. Été à l’ambassade turque qui me prête des costumes.

i"-30 Décembre. — Fait le croquis de M. Mouktar , officier d’artillerie ottomane, en une heure et demie; très-bien réussi.

Portrait du Colonel de Saillet, du 1" régiment de Savoie.

Terminé la planche du Combat dans Pamfili , 300 fr. Été voir les Cafres au théâtre Bonne-Nouvelle. Nous allons au Cirque voir des Maures. Croquis d’un Écuyer debout sur son cheval. (N° ioj.)

ior-i f Janvier. — Envoyé au Prince pour le jour de l’an, les aquarelles suivantes : Souvenir de Livourne, Frontispice pour le voyage en Espagne, Soldat autrichien, plus les portraits suivants, Mme Chenou, Anatole Jaune^, Colonel Cucchiari.

16-31. — Terminé la planche des Travailleurs allant à la tranchée, 300 fr. Été chez M. Gatteaux, voir le Napoléon de M. Ingres, et le Tombeau de la comtesse de Damas , chez Debay.

ior-28 Février. — Fait trois croquis de Costumes turcs anciens , pour l’ambassade ottomane. Été avec M. de Tournemine chez M. Lacaze, voir sa belle collection de tableaux. Le Moniteur de ces jours-ci, publie le refus de l’empereur de Russie, d'accepter les propositions formulées dans la lettre de l’empereur des Français.

Ier- ij Mars. — Assisté à une revue, place du Carrousel. Été voir un paysage de Cabat. Mmc Espinasse vient poser pour son portrait. Fait un petit Costume pour M. Jouffroy. Je vais au chemin de fer de Lyon voir partir le général Espinasse; le général Canrobert part aussi. Terminé la planche des Catalans.

16-31. — Travaillé à un projet de planche pour l’Espagne, les Marionnettes. Envoyé au Prince une aquarelle pour le 24 mars, Majas à Cadix. Été avec M. Octave, voir les dessins d’André Durand.

ier 30 Avril. — Assisté à une revue où se trouvait le duc de Cambridge. Été voir partir le maréchal Saint- Arnaud. Nous visitons les appartements de l’Hôtel de Ville, riches, mais sans harmonie. Nous allons à la Porte-Saint-Martin, voir des jongleurs chinois très-curieux. Je vais chez Mm° Espinasse, voir son portrait par Mm* Herbelin.

i8r-3i Mai. — Achevé la planche du Ponte Molle , 300 fr. Terminé le portrait de Mme Niel , pour le général, qui en est très-content. Croquis à l’aquarelle, Hussard , 1806 , pour M. Christophe de... Commencé les costumes de M. Furne, pour son livre sur la Garde impériale de Napoléon Ior; je lui remets les Grenadiers et les Artilleurs.

ier-30 Juin. — Nous visitons l’exposition de la galerie de tableaux de Mrao Gentil de Chavagnac. Quatre cartons de Jules Romain. La Sœur de Rembrandt , magnifique portrait. Six charmants Boucher, les Quatre Saisons. Céphale et Procris, Jupiter et Calisto. Deux Snyders, Nature morte et Singes jouant au trictrac. Voilà ce qu’il y a de plus remarquable. M. George nous fait voir un Rembrandt, Homme tenant un faucon, qui est bien; un Zurbaran, Saint François , et un Ruisdaël, ces deux derniers très-beaux. Été un soir au Palais-Royal, voir une troupe de danseurs espagnols. Il y en qui portent le costume valencien. La première danseuse, Pepa Vargas , danse très-bien. (N° 106.) Fait un croquis de Gendarme , à l’aquarelle, pour M. Genty de Bussy. Livré à M. Furne, Marins , Chasseur et Fusilier, Chasseur à cheval et Napoléon en costume de chasseur. Croquis

pour l’escrime à la baïonnette du capitaine Chatin. Portrait de Lucien de Tournemine.

i'r-3i Juillet. — Livré à M. Furne le Dragon et le Lancier. Je commence deux esquisses à l’huile, pour le Prince, la Bataille des Pyramides et YAcosadero, Cadix, 1847. Portrait de M"° Judith Sorge (M",e Merley ).

1 cr-3 1 Août. — Travaillé à un croquis pour que M. Bry fasse un essai de report. Été au cimetière du Père-Lachaise, pour la cérémonie d’inauguration du nouveau monument de la mère du Prince. Continué à préparer les deux tableaux. Été au Musée des Souverains dessiner des Selles de Mamelucks. Le 19, on a tiré le canon pour la prise de Bomarsund.

N« Io6, 1 Septembre. — Le colonel Maule, du 79» Écossais,

étant mort à Varna, le prince Demidoff nous prie, M. Octave et moi, d'aller présenter ses compliments de condoléance à sa famille. Nous partons aujourd’hui à sept heures pour l’Écosse. Nous passons à Douai, à Lille. Nous avons beau temps jusqu’à Hazebrouck. Là, le brouillard nous prend jusqu’à Calais. La mer est forte; la lame nous mouille dans le canot pour aborder le vapeur. On se hisse au moyen de deux cordes. Mal de mer général, vent du nord. Arrivée à Douvres à six heures et à Londres à dix heures et demie. Nous descendons à Thomas’s Hôtel, qui est restauré et agrandi. Le lendemain 6, séjour à Londres. Courses chez le banquier.

7. — Départ à neuf heures par le North Western ; nous passons à Lichfield, Manchester, Lancaster, Carlisle, Lanark, et nous arrivons à Édimbourg, à huit heures et demie du soir. Distance de Londres, 400 milles anglais, sans aucune fatigue. A Carlisle, belle salle à manger ancienne, en sapin, et soldats écossais en tenue de route.

8. — Départ d’Édimbourg à dix heures. Nous allons à Perth, nous passons à Fullark, Carbert, Stirling. Arrivés en retard à Farnet, nous attendons le train qui mène à Bréchin. Nous y sommes à cinq heures. L’intendant de lady Panmure, ancien officier du 79e, nous attend avec une voiture, et nous faisons 23 milles pour arriver au petit château d’Invernark. A mi-chemin, nous rencontrons Millden, maison de chasse du défunt colonel Maule, où son frère William ne peut nous recevoir aujourd’hui. La voiture de lord Panmure nous prend, nous faisons route dans les montagnes, et nous arrivons par le clair de lune à Invernark. Lord Panmure nous présente à M'1" Young, sœur du colonel, à M. Young, son fils, officier de l’armée de l’Inde, à lord Abercrombie, âgé de quinze ans, à miss Ramsay, et nous soupons dans une salle à manger de sapin. Miss Ramsay parle seule français. A minuit, lord Panmure nous conduit à nos chambres.

9. — Je me promène de grand matin dans la montagne avec M. Octave. Je fais une chute en sautant un torrent, je tombe sur une roche aiguë. Après le déjeuner, nous allons à Millden , j'en fais un croquis et M. William nous reçoit. Nous retournons dîner à Brechin, chez lady Panmure.

10. — Nous allons visiter la propriété, qui est très-belle. Nous y trouvons George, le vieux domestique du colonel Maule. Nous déjeunons avec lady Panmure, qui nous accompagne au débarcadère de Bridge of Din. Arrivés à Stirling à sept heures, nous logeons à Royal Hôtel.

1 1 • — Nous envoyons nos bagages à Édimbourg, et nous prenons un carriage. Nous passons par Calendar, nous longeons le lac Venandar, et nous arrivons à la station du lac Katrine. Le bateau à vapeur le Rob Roy nous fait traverser le lac dans toute sa largeur; nous passons par l’île de la Dame-Blanche. Au bout du lac, une voiture nous fait traverser un pays sauvage et pittoresque. Arrivée à Invershead, sur le bord du lac Lomond.

12. — Un vapeur nous mène en haut du lac. Une heure et demie après, nous le descendons; nous passons devant la grotte de Rob Roy. Nous sommes à Balloch, station du chemin de fer qui doit nous conduire à Glascow. Nous passons à Dumbarton dont nous apercevons le château fort. De Bowlig, le bateau à vapeur de la Clyde nous mène à Glascow, à huit heures. De pauvres gens, hommes et femmes, marchent presque tous pieds nus. La ville est très-animée; on y respire le charbon de terre à pleins poumons. Le temps est gris, il pleut, nous rentrons à l’hôtel. Dans la salle à manger, des Anglais qui ont beaucoup dîné, dorment comme des veaux. Nous prenons le chemin de fer à neuf heures, et nous sommes à Édimbourg à onze heures. Nous allons à Caledonian Hôtel, où nos bagages sont déjà arrivés, et nous nous couchons très-fatigués. Caledonian Hôtel est dans South Castle Street, donnant dans Prince Street, très-grande rue au bout de laquelle est le monument de Nelson.

13. — Visité la ville d’Édimbourg, et le château qui est curieux.

14. — Nous partons d’Édimbourg à dix heures du matin et nous arrivons à Londres à dix heures du soir. Nous logeons à Thomas’s Hôtel.

1 J. — Nous allons chez le banquier. Il nous donne les renseignements nécessaires pour aller à Sheerness, où sont les prisonniers russes de Bomarsund que M. Octave doit visiter de la part du Prince. Comme cela doit être intéressant pour moi, je l’accompagne. Nous allons voir le Monument; c’est une colonne qui a été construite dans la Cité en souvenir du grand incendie de 1666. Nous allons aussi au Ministère de la guerre, mais la permission que nous voulons est très-difficile à obtenir. Le soir, nous allons dîner chez Verri, restaurant français de Regent Street.

16. — Nous nous préparons pour aller à Strand, Chatham et Sheerness. Nous prenons le chemin de fer à dix heures, et nous arrivons à Northfleet, jolie ville à voir, mais espèce de phalanstère. De là, un vapeur nous amène à Sheerness. Nous descendons à l’hôtel Royal, puis nous allons avec un domestique de place visiter les officiers russes prisonniers. Les deux premiers que nous voyons sont : SchevelofF, capitaine d’artillerie des îles d’Aland, et Stenkevich, lieutenant du régiment de la garnison des ingénieurs. Le suivant, nous l’avons trouvé couché avec sa femme, il s’appelle Lubimoff, proporchik du régiment d’artillerie d’Aland. Il nous a fourni des indications précises, et doit nous donner tous les noms des officiers qui sont à Sheerness. Nous nous rendons chez l’amiral Gordon, qui nous reçoit bien, et nous remet une lettre pour le commandant du Devonshire . Nous y allons, et on nous permet de visiter le ponton. Il y a justement un interprète de l’amirauté qui nous aide. Nous voyons d’abord sur le pont, quatre cadets en bonne tenue. L’un est très-grand, les autres de taille ordinaire ; l’un d’eux avait arrangé sa capote en tunique. Nous descendons dans l’entre-pont où sont réunis tous les soldats ; ils étaient en train de manger. Au fond, était une immense cuisine de bord, où chacun préparait sa nourriture. Il y avait aussi des tables, où le repas me paraissait très-bon. On voit, en général, qu’ils ne sont pas trop mal. Il y a parmi eux un grand nombre de femmes et d’enfants, surtout au fond où j’en ai compté plus de quinze. Quelques jolis enfants courent parmi tout cela. Les soldats ont généralement la capote rejetée sur l’épaule, ou les bras passés dans les manches. Beaucoup ont par-dessous la chemise russe, le pantalon dans les bottes; ils ont avec eux leur sac. Nous avons été voir l’infirmerie, où il y a une quinzaine de malades. L’un d’eux a eu le choléra. Il en est guéri, mais il lui reste une maladie d’estomac. Le pauvre homme, qui est jeune, a l’air de bien souffrir. L’interprète nous dit qu'il n’ira pas loin. Nous revenons dans l’entre-pont où les uns mangent, dorment; les autres jouent aux dames et à d'autres jeux. Nous remontons sur le pont où se promènent beaucoup de femmes et d’enfants. Le lieutenant, commandant le ponton, est très-complaisant; il nous donne les noms des

cadets. Nous devons y retourner lundi 18. Nous revenons à l'hôtel, nous nous disposons à partir, mais le vapeur ne vient pas. Il est tard; nous prenons le parti de rester à l’hôtel, et de passer le dimanche à Sheerness.

17. — (Dimanche.) Nous nous promenons au bord de la mer; le pays est charmant. Nous ne pouvons nous baigner, parce que l’on ne se baigne pas le dimanche. Nous rencontrons un Russe, capitaine des ingénieurs, qui est très-bien tenu. Il demeure Hope Street, chez mistress Howting, près l’hôtel British Queen. Nous allons voir d’autres Russes qui nous reçoivent très-bien. Ils nous font boire et manger de ce qu’ils ont. Il y a là un capitaine ingénieur, un lieutenant d’artillerie, un capitaine d’artillerie, une femme et son mari, lieutenant. Après, nous revenons à la maison, et nous allons voir le major qui a près de lui un capitaine et un lieutenant. Il est bien, mais réservé. Ces Messieurs posent un peu plus que les autres. Nous les quittons bientôt, et nous allons voir les Pontons dont je fais un croquis. Nous revenons dîner, et nous recevons le soir plusieurs officiers russes avec leurs femmes, mais ils évitent de rester avec les autres, ne les trouvant pas assez élevés dans l’échelle sociale. Cela n’annonce pas un grand sens de leur part; car lorsque l’on est prisonnier pour avoir partagé les mêmes dangers, on devrait au moins pratiquer la fraternité des hommes braves. Enfin, nous les reconduisons, et nous allons nous coucher très-fatigués, M. Octave d’avoir parlé toute la journée, et moi de n’avoir rien dit.

18. — Nous recevons plusieurs officiers russes, qui viennent causer avec M. Octave. Nous allons voir M. Edgecombe’s, puis nous allons sur le Devonshire et le Bembojv. Je rectifie un croquis, je remonte sur le Devonshire , je dessine un Intérieur , puis Y Hôpital, et après je vais faire un croquis du Bembojv. De là, nous allons visiter d’autres officiers. L’un d’eux me plaît beaucoup par sa franchise, c’est M. Alexander Pérémiloffsky, deuxième lieutenant, 4' régiment de ligne, io° bataillon de la 210 division. A Sheerness, il y a 22 officiers, 18 cadets. Sur le Devonshire , ^29 hommes, 17 femmes, f enfants. Sur le Bembojv , 5:32 hommes, 17 femmes, 21 enfants. Celui qui nous a accompagnés à bord des pontons est Hoôk, adjudant des tirailleurs de Finlande, grenadiers. Nous prenons le bateau à quatre heures, et à neuf heures nous sommes dans Piccadilly.

19. — Je fais un petit croquis pour donner à M. Demidoff une idée des pontons. Je sors avec M. Octave, qui va chez le banquier pour avoir de l’argent et en envoyer à Sheerness. Nous revenons à l’hôtel, où M. Octave termine son rapport au Prince.

20. — Nous partons à huit heures. Arrivée à Douvres à dix heures; embarquement à onze heures. Le vent est du sud-est, et assez fort; il y a bien des malades. Nous sommes à Calais à une heure. Après les formalités du passe-port qui sont très-longues, on passe à la douane, ce qui est plus long encore. Les douaniers, sur un signe de leur chef qui est aux passe-ports, me font entrer dans une petite pièce, et me visitent jusque dans mes chaussettes. Vient après la visite des malles, où l’on perd à peu près une bonne heure et demie, qui serait beaucoup mieux employée à dîner. Départ vers trois heures. Je dis adieu à M. Octave, à Hazebrouck, et je continue ma route sur Paris, où j’arrive le soir.

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