Elle n’a guère fontionné qu’en 18U
2. En 1830, voici le tableau des professeurs des Facultés des lettres pour la province :
Besançon. 4 professeurs.
Caen. 5 —
Dijon. 4 —
Strasbourg. 3 —
Toulouse. 5 —
Au total 23 professeurs pour toute la France, Paris excepté, mais y compris Strasbourg, les Facultés des lettres n’existaient
Les Facultés des sciences n’existaient guère davantage. On comptait en province 30 professeurs, 4 à Caen, Dijon et Grenoble, 5 à Strasbourg et à Toulouse, 8 à Montpellier. Dans le même temps, les Facultés de médecine de Strasbourg et de Montpellier avaient 2S chaires, c’est-à-dire 2 de plus que toutes
PROPOS DE l’enquête'
Dès l’an IV, deux Facultés de médecine étaient fortement constituées à côté de celle de Paris et avaient un personnel considérable. De plus, c’est le propre des Facultés de médecine d’avoir un esprit de corps très marqué qui les empêchera loujoui’s d’accepter la suprématie de l’une d’entre elles.
Il y a lieu aussi de penser qu’avec le temps les intéressés eux-mêmes verront tous les dangers d’une centralisation excessive. Il n’est pas nécessaire d’y insister longuement *. Avec une telle agglomération, il est impossible au professeur de connaître les étudiants et de s’en occuper; il est même impossible de donner aux travaux pra-
les Facultés des lettres de proviuce. Ou demande par quelles raisons profondes, — qui, on le supposerait volontiers, tiennent au génie national, — l’enseignement supérieur des lettres et des sciences en France a été longtemps si médiocre. La réponse est bien simple : on avait négligé de le créer. La première condition pour prospérer, c’est d’exister.
En 1850, les chaires des lettres en province étaient au nombre de 60, celles des scieness de 48. Le budget de 1883 indique 95 chaires de lettres, 104 chaires de sciences, sans compter les conférences, les cours complémentaires, et les leçons données par les professeurs des lycées délégués à titre temporaire dans les Facultés ; en réalité, pour 1883, d’après le Bulletin atlministratif, les enseignements dans les Facultés des lettres de province sont au nombre de 152, dans les Facultés des sciences de 1.33, Alger non compris.
1. Voyez sur ce sujet les remarques si justes de M. Bert (Discours parlementaires, 1881, p. 40 et suivantes). A Paris, eu une année, sur 4,789 élèves inscrits, 1,861 avaient disparu de l’école sans qu’on sût ce qu’ils étaient devenus.
tiques le temps matériel qu’ils demandent : si on arrive à les faire suivre par les jeunes gens, c’est avec beaucoup de peine, et on ne leur fournit pas les moyens de s’y exercer fréquemment. Yoici par exemple à Paris près de six cents élèves de première année : ils doivent tous faire des manipulations de chimie et de physique et tous recevoir individuellement les observations du chef des travaux; tous doivent étudier la botanique au microscope; il faudra forcément les distribuer en séries qui seront admises à des époques éloignées et pour peu de temps. Et quel personnel pourrait suffire, même avec le plus admirable dévouement, à une tâche aussi difficile? Elle est au contraire très aisée à Bordeaux avec 49 élèves, à Lille avec 18, à Nancy avec 21, et elle le serait encore davantage si ces Facultés avaient ce que nous appelons leur chiffre normal d’étudiants. Le mal est encore plus grand pour les cliniques; comment veut-on que 700 élèves de quatrième année fassent tous ces études sérieusement? et ce chiffre ne représente que la moitié des élèves cliniciens puisque le stage est de deux ans. Ce sont là des vérités de bon sens que personne ne peut mettre en doute.
En somme, la question du danger que peut avoir le doctorat ès sciences médicales pour la
PROPOS DE l’enquête
prospérité des Facultés de province se ramène à ceci : les conditions faites aujourd’hui à ces Facultés leur permettent-elles de se développer? ces écoles doivent-elles arriver à grouper autour d’elles un nombre plus grand d’étudiants, à former des centres scientifiques importants? Pour nous, nous répondons oui ; nous croyons que pour assurer cette prospérité il leur faut peu d’efforts, et par suite le nouveau grade ne peut que leur servir au lieu de leur nuire. Si elles n’ont pas d’avenir, que le grade soit institué ou non, c’est là pour elles chose de médiocre intérêt'.
Resteraient les intérêts des écoles supérieures et préparatoires. C’est un sujet qu’il sera mieux de traiter quand l’enquête sur l’état et les vœux de ces écoles sera publiée, ce qui, nous l’espérons, se fera bientôt.
1. Noua avons en France une Faculté pour 6 millions d’habitants ; en Allemagne, y compris l’Autriche, la proportion est d’une Faculté pour 2 millions d'habitants. (P. Bert, Rapport sur la création des Facultés de médecine; Bureau, Sm»’ l'enseignement et l'exercice de la médecine en Europe, dans la Gazette hebdomadaire de médecine, 1872). Non seulement nous croyons à l'avenir de nos cinq Facultés de province, mais nous sommes persuadé que deux au moins des écoles supérieures ou préparatoires aujourd'hui existantes, sinon trois, pourront devenir des Facultés et réunir un grand nombre d’élèves. Ce qui manque en ce moment, c'est le personnel des professeurs ; les villes et l’État feront les frais des installations matérielles quand le moment sera venu. Il est Injuste do supposer que notre pays, quand on l’y aidera, ne pourra pas donner, dans cet ordre, un enseignement égal à celui de l’étranger.
4“ On paraît craindre dans quelques Facultés, et cette pensée a été exprimée dans cette revue même, que le nouveau doctorat ne remplace l’agrégation, qu’il ne diminue de la sorte la part d’indépendance que le recrutement par le concours assure aux Facultés. Il est regrettable que l’enquête sur la réforme de l’agrégation n’ait pas été publiée. Ce qui a préoccupé l’administration, — d’après ses circulaires, —c’est de diminuer la durée des épreuves, de rendre le concours plus accessible à un grand nombre de candidats, en élevant cependant le niveau des connaissances exigées. Elle est partie, semble-t-il, de cette idée que pour l’agrégation de médecine les épreuves éliminatoires pourraient être seulement écrites et se faire en province; qu’elles seraient jugées par le jury sans que le candidat se déplaçât; que le candidat ferait ensuite la tbèse à loisir, après l’admissibilité, au lieu de sa résidence habituelle; que le séjour à Paris, réduit aux épreuves orales, serait très court. Les Facultés ont tenu à deux choses : 1° à des épreuves orales éliminatoires ; 2“ à la lecture par le can-
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didat des épreuves écrites devant le public. La première do ces exigences paraît être également nécessaire aux professeurs des Facultés de droit pour l’agrégation de cet ordre. Sur les autres conditions, les Facultés de médecine ont exprimé des opinions si opposées qu’aucun accord n’était possible. On le sait par ce qu’en ont dit les revues spéciales et par la publication de "certaines délibérations.
La circulaire du 31 octobre 1882 surle doctorat es sciences médicales suppose que de cette nouvelle enquête il pourra résulter des vues utiles pour modifier les règles du concours de l’agrégation ; elle suppose que le doctorat pourra entrer en compte ; elle exprime ce vœu qu’à propos de cette discussion on revienne sur l’agrégation, question qui est toujours à l’étude ; de là à la suppression de ce mode de recrutement, il y a loin, et nous ne voyons pas du tout sur quoi on peut se fonder pour prêter cette pensée au ministre. On assimile trop facilement le doctorat en médecine à ceux des sciences et des lettres. On oublie que le docteur ès lettres ou ès sciences a donné la mesure de ses qualités professorales dans l’enseignement secondaire, tandis que le docteur en médecine ou en droit ne l’a en général donnée nulle part. Quoi qu’il en soit, nous