‹ Notes et documents inédits sur l'Opéra-comique et quelques-uns de ses artistes pendant la RévolutionChapitre 3 sur 6 · NARBONNE · texte numérisé non relu

NARBONNE

Louis Nai bonne, né en 1745, chanta d'abord en province, où il acquit l'expérience de la scène et la plénitude de ses moyens vocaux. D'après Campardon, cet artiste, avant d'aborder le théâtre aurait été abbé et attaché à la musique de Notre-Dame (i).

Engagea la Comédie Italienne, Narbonne y débuta, le 25 octobre 1772, dans le rôle de Sylvain (2). Un mois après il était reçu, à 2.400 livres d'appointements, puis, le 20 avril 1773, il était nommé sociétaire à 1/4 de part, le 12 avril 1773 à moitié part et, un peu plus tard, à part entière.

Sa belle voix de basse-taille, son chant expressif et un jeu spirituel lui acquirent bientôt la faveur du public.

Pendant plusieurs années, il concourut aux succès des principaux opéras joués aux Italiens. Homme de goût et d'esprit, au dire de ses contemporains, il savait tirer parti des rôles secondaires et leur donnait un relief qui étonnait les auteurs eux-mêmes.

En 1787, il prenait sa retraite avec i.5oo livres de pension (3).

Lorsqu'il s'agit, en 1789, de constituer une troupe capable de rivaliser avec celle de Feydeau dont la concurrence était à redouter, Narbonne, artiste de grande réputation et fort aimé du public, fut sollicité d'entrer dans la nouvelle combinaison.

(I.) E. Campardon. op. cit., t. II, p. 29.

(2) Sylvain, opéra-comique en un acte, paroles de Marniontel. musique de Gre'try, représenté aux Italiens le 19 février 1770. Ci) En 1790, Narbonne était domicilié rue Feydeau.

A côté des sociétaires, il existait à l'Opéra-Comique, comme de nos jours à la Comédie française, des pensionnaires à appointements tixes qui ne participaient ni aux bénétices ni aux pertes. Aussi Narbonne préféra-t-il cette dernière situation qui lui permettait non seulement de conserver sa pension, mais encore de se faire allouer de gros appointements {i S.ooo livres), bien supérieurs aux revenus d'une part entière (i).

« M. Narbonne dont on regrettait la perte, est rentré le 22 février, d'après levœu de ses camarades », enregistre VAlmanach des spectacles de ijgo.

Cette rentrée eut lieu dans Félix (2) de Monsigny.

La brillante situation créée en faveur de l'ancien acteur de la Comédie Italienne ne fut pas de longue durée. A la fin de cette même année, en présence de la pénurie des recettes et de l'accroissement des dettes, une mesure de rigueur s'imposait.

Les artistes du chant se séparèrent des artistes de la comédie. Tandis que les sociétaires, au nombre de 24, acceptaient de réduire le nombre des parts à 1 5 (3), les pensionnaires dont le chiffre était ramené de 28 à 23, voyaient leurs appointements abaissés de 75.700 livres à 28.700. Narbonne n'hésita pas à rentrer comme sociétaire avec une attribution de 3/4 de part, égale à celle allouée à ses camarades les plus favorisés (4).

Deux ans après, en 1792, les artistes de l'Opéra- Comique qui avaient promis de nouveaux dons patriotiques et s'étaient engagés à verser une contribution annuelle de i.5oo livres pour les frais de la guerre, furent obligés d'avoir recours à leur camarade Narbonne Ce dernier leur avança cette somme, qui lui fut remboursée le 28 avril 1792.

(1) Le nom de Mme Narbonne figure, en 1789, sur la liste des acteurs et actrices des rôles et chœurs aux appointements, avec un émolument annuel de goo livres.

(2) Félix ou l'Enfant /roz/ve.comédie en trois actes mêlée d'ariettes, paroles de Sedainè. musique de Monsign}', fut représenté à Fontainebleau, devant la Cour, le 10 novembre 1777 et le 24 novembre suivant à la Comédie Italienne.

(3) Les huit parts éteintes servirent.;! former un séquestre.

(4) En 1792-93 la situation fut rétablie telle qu'elle était avant 1790 et les principaux artistes touchèrent part entière.

Dans la séance de l'Assemblée Nationale du 25 avril, dit le Moniteur Universel, a MM. Trial, Narbonne, Chenard et Clairval, de la Comédie Itjlienne, sont admis à la barre et déposent sur le bureau, au nom de la Comédie, une otlVande de i.5oo livres; ils la renouvelleront tous les ans. Ils sont applaudis et invités aux honneurs de la séance » (i) .

Comme Dorsonville, Narbonne paraît avoir quitté rOpéra-Comique en 1794. Il passa au Théâtre Feydeau, où il était encore engagé en 1801 .

« Cet auteur, dit la Nouvelle Lorgnette des spectacles (i8oi\ a une voix soutenue et forte et une grande habitude de la scène; mais sa manière de chanter n'annonce pas une excellente méthode. Il est bien placé dans tous les rôles où il faut des manières franches, du sentiment sans apprêt et même de la rusticité. Il jouait très bien aux Italiens le père de Babet dans Biaise et Babet (2), le rôle du fermier dans Félix et l'oncle de Damis dans les Dettes » (3).

D'autres appréciations moins indulgentes se font jour vers la fin de sa carrière.

« Narbonne aurait dû se retirer dès le temps qu'il était aux Italiens, dit un petit almanach de l'an VII; on peut juger que depuis cette époque, il n'a pas dû gagner » (4). Un autre pamphlet traite plus irrévérencieusement encore le vieil acteur auquel on applique sans ambages l'adage connu : & On ne peut à la fois être et avoir été » (3).

Narbonne ne paraît pas avoir fait partie de la troupe à la réunion des Théâtres Favart et Feydeau. Il mourut vers 1802.

(i) Arthur Pougin, op. cit., pp. 69 et 70.

(2) Deux actes, paroles de Monnet, musique de Dezède (j^o juin 1-83).

(3) Comédie en deux actes, en prose, mêlée d'ariettes, par MM. Forgeot et Ciiampein, représentée en 1787 à la Comédie Italienne.

(4) Melpowcne et Tlialie vengées, pour l'an VII (Paris, in-12, .Marchand libraire).

(b) Chronique scandaleuse de 1800 pour l'an /Soi. Recueil d'anecdotes, méchancetés et vérités sur les hommes du jour, les artistes, acteurs, auteurs, etc., Paris, dans un coin d'oii l'on voit tout (p. I ^7,).

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